Dans la fabrique des transitions écologiques
326 pages
Français

Dans la fabrique des transitions écologiques

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326 pages
Français

Description

Cet ouvrage explore et propose des analyses de processus parfois compliqués qui affectent les métiers et le gouvernement des collectifs. De quelle manière l'environnement bouscule-t-il les collectifs humains ? Comment certaines professions (agriculteurs, acteurs du tourisme, professions médicales) se remettent-elles en question pour tenir compte de l'environnement ? Quelles dynamiques de collectifs, de citoyens ou de territoires oeuvrent pour entrer en transition (agriculture urbaine, coopératives énergétiques, territoires en transition, offre locale de tourisme, mouvement de sobriété heureuse) ? Quels imaginaires habitent ces collectifs et conduisent les scientifiques eux-mêmes à questionner leurs postures et collaborations ?

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Date de parution 25 octobre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140133473
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

les scientiIques eux-mêmes à questionner leurs postures et
Sous la direction de Geoffrey Carrère, Camille Dumat MarieChristine Zélem Dans la fabrique des transitions écologiquesPermanence et changements
Préface de Dominique Bourg
SOCIOLOGIES ET EN VIRON NEM ENT
Dans la fabrique des transitions écologiques
Sociologies et environnement Collection dirigée par Salvador JUAN Le « progrès » est aussi progrès d’une menace de plus en plus exportée vers les pays les plus dépendants. Trop peu de travaux sociologiques émergent pour rendre intelligibles les tendances profondes d’une société à la fois plus inhumaine, plus dangereuse pour les équilibres du milieu et plus riche. La collection Sociologies et environnementest née de ce constat. Certes, selon le mot du poète Hölderlin,avec la menace croît ce qui sauve, mais seule une conscience informée des risques et de ce qui provoque la dégradation tant de la qualité que des conditions de vie est susceptible de se concrétiser en réformes humainement supportables et socialement admissibles... Dans une perspective socio-anthropologique et critique tant des questions d’environnement global que d’écologie urbaine, en articulant les interprétations théoriques et les résultats empiriques, la collectionSociologies et environnemententend participer à l’émergence de cette conscience sociale. Elle présente aussi les alternatives portées par les mouvements sociaux et les pratiques de résistance contestant le productivisme ou la domination des appareils technocratiques. Ouvrages parus Magalie BOURBLANC, L’agriculture à l’épreuve de l’environ-nement, Trente ans de lutte pour la qualité des eaux en Bretagne, 2019. Simon LE ROULLEY et Mathieu UHEL(dir.),Capitalisme ou technocratie ?, Sociologie des transformations sociales et politiques contemporaines,2019. Sylvain Barone, Rémi BARBIER, François DESTANDAU et Patrice GARIN (dir.),Gouvernance de l’eau : un mouvement de réforme perpétuelle ?, 2018. Josiane STOESSEL-RITZ, Maurice BLANC et Ahcène AMAROUCHE, Penser les innovations sociales dans le développement durable, De la guerre à la paix,2018.Rodrigue COUTOULYL’écologie au secours de l’économie, Inventer les outils d’une nouvelle prospérité,2015.
Sous la direction de Geoffrey Carrère, Camille Dumat Marie-Christine Zélem
Dans la fabrique des transitions écologiques
Permanence et changements
Préface de Dominique Bourg
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-15110-6 EAN : 9782343151106
REMERCIEMENTSLes coordinateurs de l’ouvrage adressent leurs remerciements à l’ensemble des auteurs pour la qualité de leur travail et leur réactivité tout au long de ce projet de publication. Ils remercient aussi Dominique Bourg pour avoir pris le temps de rédiger la préface de l’ouvrage. Ils tiennent également à remercier les différents relecteurs des chapitres en particulier : Jacinthe Bessière, Julien Milanesi, Liliane Sochacki, Sidy Tounkara et Vincent Vlès. Ils remercient enfin l’Université Paul Sabatier, le CERTOP (UMR 5044 CNRS) et l’ensemble de l’équipe de l’axe TERNOV pour leur soutien et leur confiance.
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Les opinions et points de vue émis dans les différents chapitres doivent être considérés comme propres à leurs auteurs.
PREFACE
Cet ouvrage concerne tant les positionnements divers des démarches de transition, les difficultés rencontrées que les domaines ouverts où elles peuvent s’exercer. L’expression « transition écologique » peut connaître des appropriations très éclatées, allant de la continuité avec le développement durable jusqu’à une compréhension de l’urgence écologique conforme à ses origines et au mouvement de la transition initié par Rob Hopkins (2010), en passant par la modernisation écologique ou la croissance verte. Le lecteur pourra mesurer le nombre absolument ouvert de domaines où il peut être question de transition, en matière d’énergie et de coopératives énergétiques, relative au tourisme avec parfois des interrogations remettant en cause les déplacements à grande distance, dans le domaine des agricultures, quant aux nanotechnologies, concernant le transport et les hôpitaux, et le tout en suscitant des imaginaires divers. Et la liste n’est pas close. Concernant la raison d’être de ces transitions, à savoir l’état désormais menaçant du système Terre, force est de constater qu’il ne suffit pas d’en être informé et conscient pour passer à une action qui soit à l’aune des difficultés soulevées. La participation n’est pas suffisante et c’est souvent un véritable accompagnement des acteurs locaux qui constitue la clé du changement. La lenteur et les difficultés de la transition ont rendu nécessaires les politiques d’adaptation et de résilience. Remar-quons qu’en dehors d’initiatives effectives sur les territoires, la transition est souvent l’occasion d’engagements rhétoriques d’autant plus forts qu’ils sont lointains, à l’échéance de quelques décennies. Le GIEC a été créé en 1988, les stratégies de biodiversité se sont lentement mises en route dans la foulée de Rio 92, et depuis lors les émissions de gaz à effet de serre n’ont jamais cessé d’augmenter. La température moyenne de plus d’un degré, au-delà de l’amplitude propre à l’holocène ; le vivant sauvage s’effondre autour de nous, à commencer par l’entomofaune. Jusqu’alors ces dégradations continues et globales n’étaient pas visibles. Tel n’est plus le cas et 2018 aura marqué une étape dans
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le devenir sensible du changement climatique, avec des vagues de chaleur et des sécheresses ayant affecté l’hémisphère Nord, du Nord au Sud. A quoi s’ajoutent de façon quasi hebdomadaire des informations environnementales anxiogènes. Le seuil des mobilisations climatiques franchi à l’automne dernier en est la conséquence. Dès lors, l’écart entre les discours et une réalité qui empire, une inaction touchant tant la réduction de nos destructions que les politiques d’adaptation et de résilience, finiront-ils par rendre obvie l’incompatibilité entre lemainstream et ce vers quoi fait signe une transition un tant soit peu exigeante ? Or, la destructivité qui se déploie obstinément ne doit rien au hasard. Les raisons en sont on ne peut plus clairement explicitées à l’article 3 de la 1 CCNUCC , le texte qui encadre toute la négociation climatique internationale : « Il convient d’éviter que les mesures prises pour lutter contre les changements climatiques, y compris les mesures unilatérales, constituent un moyen d’imposer des discriminations arbitraires ou injustifiables sur le plan du commerce international, ou des entraves déguisées à ce commerce ». Autrement dit, le commerce importe plus que le climat, et plus généralement que la vie sur Terre. Or, la logique de croissance ne vise pas tant la satisfaction de besoins fondamentaux, et au-delà l’accroissement du sentiment de bien-être, que de substituer à des relations sociales spontanées ou à des mécanismes naturels, des activités marchandes et techni-ques, et ce, souvent au bénéfice d’un petit nombre. Le cas de l’agriculture en constitue une parfaite illustration. Le procédé Haber-Bosch de captation synthétique de l’azote a détaché les activités agricoles du cycle naturel de l’azote, les pesticides de la révolution verte les ont plus abstraites encore de la vie des sols et de l’entomofaune, la transgenèse a remisé au passé l’utilisation de la reproduction naturelle, et il est désormais question de commercialiser de la viande artificielle. A chaque fois, des pans entiers d’activités sociales et des mécanismes naturels se sont vus remplacés par des activités marchandes concentrant la richesse,
1 Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques.
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avec une destruction notable du « capital naturel » et des perturbations accrues du système Terre. Jusqu’où irons-nous ? Jusqu’à quand la politique des faux-semblants pourra-t-elle se maintenir ? Dominique Bourg, Université de Lausanne
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