Dans les mines d'or du Sénégal oriental

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Dépossédée par la grande industrie minière et exclue des chaînes de transformation et d'échange, l'exploitation traditionnelle de l'or (ou orpaillage) vit aujourd'hui, au Sénégal, les derniers jours d'une pratique ancestrale, vieille de plusieurs siècles. Avec des machines concasseurs-broyeurs, l'orpaillage perd son caractère traditionnel et sacré, pour devenir une banale activité à haute intensité de main-d'oeuvre, qui comporte d'énormes inconvénients pour la santé humaine et l'environnement.

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Date de parution 01 juin 2014
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EAN13 9782336351087
Langue Français

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KalyNiang
 Dans les mines d’or  du Sénégal oriental La fin de l’orpaillage ?
Dans les mines d’or du Sénégal oriental
Dans les mines d’or du Sénégal oriental. La fin de l’orpaillage ?
KALYNIANGDanslesmines d’or du Sénégal oriental.La fin de l’orpaillage ?
© L'HARMATTAN, 2014 57, rue de l'ÉcolePolytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 9782296998599 EAN : 9782296998599
AVANT-PROPOS
L’orpaillage reste au cœur des activités économiques et sociales de la région de Kédougou et intéresse toutes les franges de la population rurale. C’est une activité de survie qui résulte de la paupérisation soutenue de populations confrontées aux difficultés économiques récurrentes. Bien qu’il soit délicat d’établir des statistiques fiables sur cette activité largement informelle et souvent occasionnelle, il est aujourd’hui probable qu’au moins plus de 50 000 personnes soient directement et régulièrement impliquées dans l’orpaillage qui vit les derniers jours d’une pratique ancestrale vieille de plusieurs siècles. Il est aujourd’hui de plus en plus dépossédé par la grande industrie minière et l’introduction de nouvelles technologies dans le traitement du minerai, qui affecte le cours de l’histoire et dénature le statut d’orpailleur. Toutefois, cette activité n’est pas sans générer des problèmes sociaux et environnementaux. Les effets néfastes de l’orpaillage ont longtemps été mis en avant par les pouvoirs publics impliqués dans la problématique du développement et la protection de l’environnement. L’exploitation minière artisanale se pratique sur une centaine de sites, procurant ainsi des revenus à des milliers de personnes vivant principalement en milieu rural, mais comporte d’énormes inconvénients notamment sur la santé humaine, l’environnement et les ressources naturelles. Il faut noter en effet que l’exploitation minière artisanale contribue au déboisement et à la dégradation des sols, à la pollution de l’air par la poussière, la perte de la biodiversité, la détérioration du paysage, etc. Au plan sanitaire, elle peut engendrer des maladies respiratoires du fait de l’inhalation de la poussière, une contamination au mercure et des accidents souvent mortels. Au plan social, cette activité peut entraîner un délitement du lien social qui unit les orpailleurs, mais aussi la dépravation des mœurs sur les sites d’exploitation ; ce qui peut faire accroître le taux des maladies sexuellement transmissibles. Elle contribue également à vider les établissements scolaires de leurs élèves, qui doivent aider leurs parents dans lesdioura. Ce qui conduit à une baisse du taux de scolarisation dans les zones d’exploitation.
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KALYNIANGAu plan environnemental, il est démontré dans la pratique que pour chaque gramme d’or obtenu par amalgamation, environ deux (2) grammes de mercure s’échappent dans le milieu ambiant, polluant directement les sols, les eaux, sans compter l’inhalation de gaz par les utilisateurs. Ce n’est que récemment qu’un changement et des mutations se sont imposés et qu’une prise de conscience s’est opérée. Malgré cette image négative sur le plan social et environnemental, l’orpaillage permet de limiter l’exode rural en maintenant une activité dans des zones isolées. Et d’après Holloway (1995), ce secteur favorise l’émergence «d’îlots de prospérité dans un océan de pauvreté». La question qui se pose est donc de savoir comment transformer cette activité séculaire choisie par défaut, de manière parfois irrationnelle et souvent temporaire, pour qu’elle contribue à un développement durable. Autrement dit, comment développer l’orpaillage traditionnel dans ce contexte de mutations et de changements technologiques profonds sans faire éclater les vieilles structures qui constituent sa raison d’être ? Cette problématique renvoie à ce qu’on pourrait appeler le « paradoxe des moulins », facteur à la fois de richesse et de chômage. En fait, nous ne nous opposons pas à l’innovation, seulement nous veillons à ce qu’elle soit maîtrisée ; d’où en soustitre notre interrogation à l’affirmative : la fin de l’orpaillage ?
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
1 L’orpaillage est une activitédialogique, longtemps pratiquée par les populations des zones aurifères de la région de Kédougou. Aujourd’hui, le nombre d’orpailleurs sur les différents sites recensés est estimé à plus de 50 000 personnes. Certaines d’entre elles proviennent des pays tels que le Mali, la Guinée, le Burkina Faso, le Ghana, la Gambie, le Libéria, etc. Cette population d’hommes et de femmes de tous âges est constituée de puisatiers, de laveurs, de forgerons, d’acheteurs d’or, de restaurateurs, etc. Rappelons que l’exploitation artisanale de l’or a tout au long de l’histoire précoloniale et coloniale constitué la base de la richesse et/ou de la puissance des pays colonisateurs. À ce propos, M. Niang écrit : « les auteurs qui ont sillonné l’Afrique, qu’ils soient Arabes ou Portugais ont mentionné dans leur écrit de voyage d’importante quantité d’or trouvée dans le continent noir et qui ont servi à la prospérité du 2 monde arabe et même européen » . C’est le cas, entre autres, de l’Empire du Mali qui alimenta l’Europe et le MoyenOrient en or produit artisanalement. L’époque du voyage de Kankan Moussa à la Mecque (1325) qui a fait baisser le coût de l’or est encore vivace dans la conscience collective des orpailleurs mandingues dans tout rappel de la gloire et de la prospérité. À ce propos, il ressort des documents oraux et écrits que 12 000 chameaux chargés de sel arrivaient à Tombouctou, pour en repartir chargés d’or (environ 8 tonnes). Bien avant la colonisation, le Sénégal oriental a fait l’objet d’intenses activités d’exploitation d’or par des procédés artisanaux et traditionnels. Le riche patrimoine historique et culturel du Bambouck et du Galam retrace de nombreux témoignages
1  Dialogique signifie que la pratique étudiée n’est pas compréhensible à partir d’une seule logique, mais elle doit être comprise comme conjuguant des logiques à la fois concurrentes, antagonistes et complémentaires. MORIN (E.),Mes démons, Paris, Stock, 1993, p. 251. 2  NIANG (M.),Problème du monde rural en Afrique, 1984, p. 3 ; MICHEL (P.), Les bassins des fleuves Sénégal et Gambie, 1969.
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