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De la suggestion dans l'état hypnotique et dans l'état de vieille (1884)

De
166 pages
Thérapeutique et suggestion sont encore aujourd'hui deux termes intimement liés. A la fin du XIXe siècle, une véritable théorie de la suggestion fut élaborée par Hippolyte Bernheim (1840-1919) qui fit de ce concept la base de l'hypnotisme, puis de la psychothérapie. C'est cet ouvrage majeur, incontournable dans l'histoire de la psychologie et de la psychothérapie, aujourd'hui presque introuvable et jamais réédité depuis plus d'un siècle, que nous reproduisons ici.
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DE

LA SUGGESTION
DANS L'ÉTAT HYPNOTIQUE ET DANS L'ÉTAT DE VEILLE

@ L'Hannattan, 2004 ISBN: 2-7475-5623-9 EAN : 9782747556231

Hippolyte BERNHEIM

DE

LA SUGGESTION
DANS L'ÉTAT HYPNOTIQUE ET DANS L'ÉTAT DE VEILLE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan
1026

Hongrie

Hargitau. 3
Budapest

FRANCE

HONGRIE

L'Harmattan Italla Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIX. siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. On pourra utilement compléter l'étude de ces œuvres en consultant les

articlescontenusdans la revue « Psychologieet Histoire» consultablesur
leWeb: http://lpe.psycho.univ-paris5 .fr/membres/nicolas/nicolas.francais .html.

Dernières parutions

Théodule RIBOT, La psychologie anglaise contemporaine (1870), 2002. Serge NICOLAS, La psychologie de W. Wundt (1832-1920), 2003. Serge NICOLAS, Un cours de psychologie durant la Révolution, 2003. Alfred BINET, Psychologie de la mémoire (Œuvres choisies I), 2003. Théodule RIBOT, La psychologie allemande contemporaine (1879), 2003. L.F. LELUT, La phrénologie: son histoire, son système (1858), 2003. Pierre JANET, Trois conférences à la Salpêtrière (1892), 2003.

SOMMAIRE

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR Éléments de biographie... Origine de l'étude de l'hypnose à Nancy Le premier ouvrage de Bernheim: De la suggestion dans l'état hypnotique et dans l'état de veille (1884) De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique (1886) Études nouvelles d'hypnotisme, de suggestion et de Psychothérapie (1891) Conclusion Bibliographie

7 7 8 16 22 33 40 42

RÉÉDITION DE L'OUVRAGE DE BERNHEIM (1884).. 47 Avant-propos Chapitre I Chapitre II Chapitre III 49 51 59 77 95 97 107 125 145 159

Chapitre IV ... ... ....... Chapitre V............................................................
Chapitre VI Chapitre VII Chapitre VIII Notes ...

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR SUR L'ŒUVRE DE H. BERHNHEIM (1840-1919)

Éléments de biographie Henri-Aimé-Hippolyte Bernheim est né à Mulhouse le 17 avril 1840. Il fait ses études de médecine à Strasbourg où il obtient sa thèse de doctorat en 1867 (De la myocardie aiguë). L'année suivante, le 28 décembre 1868, il devient agrégé de médecine auprès de la Faculté de Strasbourg avec une thèse sur les Fièvres Typhoïdes en Général. Élève de Matthieu Hirtz (1809-1878), il le seconda dans son enseignement à la veille de la guerre franco-prussienne. Le 21 mars 1872, l'Assemblée nationale votait le transfert à Nancy de la Faculté de médecine et de l'École Supérieure de pharmacie de Strasbourg. Le 1cr octobre de la même année, le président de la République française confirmait par décret ce transfert et en même temps la suppression de l'École préparatoire de médecine et de pharmacie de Nancy. Les traditions de l'École de Strasbourg se trouvaient ainsi importées à Nancy lorsque le 20 novembre 1872 ouvrait la nouvelle faculté. En 1874, Bernheim fut nommé officiellement suppléant de Hirtz dans son enseignement de clinique dont les Leçons de Clinique Médicale (1877) restent le témoin. En phase avec le mouvement médical de l'époque il publiera un petit ouvrage intitulé Contribution à l'Étude des Localisations Cérébrales (1878). Il fut nommé professeur titulaire de clinique médicale le 13 août 1878 à la Faculté de Médecine de Nancy, héritière de celle de Strasbourg. Séduit par les recherches de Liébeault au début des années 1880, il s'engage alors, avec

quelques collègues de la faculté dont Beaunis et Liégeois, dans l'étude de l'hypnotisme et de la suggestion. Il fait paraître en 1884 son fameux ouvrage De la Suggestion dans l'État Hypnotique et dans l'État de Veille, que nous reproduisons ici, où il met en lumière le rôle essentiel de la suggestion dans la production et dans le développement des états mentaux si curieux qui constitue l'hypnotisme à ses divers degrés. Il développera ses conceptions dans d'autres ouvrages: De la Suggestion et de ses Applications à la Thérapeutique (1886, 2e édition en 1888, 3e édition en 1891), Hypnotisme, Suggestion, Psychothérapie (1891, 2e édition en 1903; 3e édition en 1910) ; Neurasthénie et Psychonévrose (1908). Il prend sa retraite de l'enseignement supérieur médical en 1910. Il fera paraître chez l'éditeur Doin deux petits ouvrages sur L'Hystérie (1913) et L'Aphasie (1914) et chez l'éditeur Albin Michel un autre ouvrage intitulé De la Suggestion (1916). Peu avant sa mort fut éditée sa dernière œuvre: A utomatisme et Suggestion (1917), sorte d'abrégé philosophique de doctrines uniquement fondées sur l'observation clinique. Il meurt à Paris le 22 février 1919. Origine de l'étude de l'hypnose à Nancy La psychanalyse est la fille de l'hypnose et de la suggestion comme l'indiquent les premiers écrits de Freud. Bien que l'histoire de l'hypnose et de la suggestion remonte assez loin dans le temps (pour un historique: cf. Barrucand, 1967; Bersot, 1864; Chertok & Saussure, 1973/1996), ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que ces techniques thérapeutiques entrent dans le domaine scientifique. Dès la fin des années 1870, l'étude de l'hypnose et de l'hystérie est à la mode (cf. Nicolas, 2002, sous presse). Jean-Martin Charcot (1825-1893) s'était attaché à mettre l'hystérie en conformité avec la pathologie générale, par une série d'investigations menées en collaboration avec Paul Richer (1849-1933), son interne depuis 1878. C'est à la Salpêtrière que vont être minutieusement décrites les différentes phases du déroulement de la crise de grande attaque hystérique (période épileptoïde, période des contorsions, période des attitudes passionnelles, période terminale avec délire et hallucinations) dont le schéma avait été esquissé dès 1872 (cf., Charcot, 1878b ; Richer, 1881). Voici comment Charcot lui-même décrit ces diverses phases devant les membres de la Société de Biologie le 13 juillet 1878 : "On considère généralement l'attaque hystéro-épileptique 8

comme impossible à soumettre à une description régulière. Telle n'est pas

mon opinion, et j'espère vous montrer que, au contraire, il existe, dans ces accès, des types constants et parfaitement définis. Il est question, entendons-nous, de ce qu'on appelle la grande hystérie. Ce n'est pas une variété d'épilepsie, c'est une hystérie dans laquelle existent quelques traits de ressemblance avec l'épilepsie. ]0. On peut, dans l'attaque hystéroépileptique, distinguer quatre périodes principales. La première est dite période éDileDtofde.Lorsque l'aura est montée de la région ovarique vers le creux de l'estomac, qu'elle a produit au cou la sensation de la boule, qu'elle a déterminé les phénomènes du clou dans la tête, les sifflements dans les oreilles, alors surviennent des secousses épileptiformes, qui s'accusent de plus en plus et finissent par se généraliser. On peut arrêter la production de ces secousses par la compression ovarique ou par l'application d'un courant continu, comme l'a fait M Regnard dans mon service de la Salpêtrière. Dans l'épilepsie vraie, on ne réussirait pas ainsi à suspendre cette première phase. Dans la seconde phase de cette période, l'attaque épileptique s'est généralisée, et les membres, la tête et le tronc de la malade sont agités de secousses cloniques et toniques. Puis les secousses se ralentissent, et alors la malade tombe dans un sommeil stertoreux. Il y a alors un entr'acte. 2°. Puis la deuxième Dériode commence. C'est la période des contorsions. Tantôt ce sont de grands mouvements du corps, tout à fait désordonnés, qui occupent les bras, la tête et le tronc.. tantôt les mouvements sont mieux déterminés: la malade renverse sa tête en arrière, recourbe son tronc en arc de cercle, et le soulève au-dessus du plan du lit ..puis elle le redresse, et c'est alors un mouvement de va-et-vient tout à fait effréné. La malade parfois se tord les membres dans tous les sens et prend les attitudes les plus bizarres, qui ne persistent pas : c'est ce qu'on pourrait (appeler) le clownisme hystérique. 3°. La troisième période est celle des attitudes Dassionnelles. Le visage exprime tantôt la terreur, tantôt la joie.. le plus souvent il indique le cynisme le plus éhonté ou l'érotisme le plus violent. (231) Alors la malade commence à parler, pousse des paroles entrecoupées ou des cris sauvages.. elle fait connaître les objets de sa joie ou de sa terreur.. elle raconte les relations que le plaisir lui a procurées et les noms qu'elle cite se rapportent souvent à des personnages qui existent réellement. Tantôt c'est un ami qui la sauve du danger.. le plus souvent c'est un horrible assassin qui veut l'égorger.. elle voit du rouge, du sang. Il est à remarquer, dans les descriptions qu'elles donnent dans la première 9

période ou épileptoide, que c'est le noir qui domine; elles voient des animaux gris, principalement des rats et des serpents; il fait nuit; on veut les aveugler, etc. (...) Tel est l'attaque hystéro-épileptique complète; mais il y a des types et variétés dans lesquels font défaut les phénomènes de la première, de la deuxième ou de la troisième période... On comprend, du reste, que suivant que telle ou telle période existe, ou fait défaut, on puisse obtenir des tableaux un peu différents. " À la fin de cette séance, Charcot fera passer sous les yeux des membres de la Société de magnifiques dessins de Paul Richer qui représentaient des malades épileptiques à différentes périodes de leur accès. C'est d'ailleurs en collaboration avec son élève qu'il continuera l'étude clinique de la grande hystérie qui fut le modèle de la Salpêtrière (cf. Richer, 1881). L'hystérie amènera à l'étude de l'hypnotisme (état pathologique, présent exclusivement chez les hystériques), l'ère scientifique de l'hypnose commence grâce à la figure de Charcot qui reproduira les phases de l'hystérie chez des sujets hypnotisés. L'hypnose était à la mode, le terme « hypnotisme» remplace maintenant l'ancienne dénomination « magnétisme animal». À Nancy, depuis de nombreuses années déjà, Auguste Liébeault (1823-1904), docteur en médecine à Nancy, fit connaître la méthode pour provoquer le sommeil et obtint certains effets thérapeutiques incontestables. Depuis plus de 20 ans, Liébeault, bravant le ridicule et le discrédit attachés aux pratiques de ce qu'on appelait le magnétisme animal, poursuivait ses recherches et se vouait avec désintéressement au traitement des maladies par le sommeil. Liébeault, perfectionnant la méthode de la suggestion, la ramenant à sa plus simple expression, a montré après Braid que la très grande majorité des sujets sont susceptibles d'être influencés; et quelques-uns ressentent les effets bienfaisants de l'état psychique ainsi obtenu. Les premières recherches du médecin de Nancy furent consignées dans un volume intitulé: Du Sommeil et des états analogues considérés surtout au point de vue de l'action du moral sur le physique (Liébeault, 1866). Mais les assertions de Liébeault ne trouvèrent que des incrédules. Ses pratiques parurent tellement empreintes d'étrangeté, pour ne pas dire de naïveté, que les médecins les rejetèrent sans plus ample examen. Liébeault vécut à l'écart, en dehors du monde médical, tout entier à ses malades et à ses convictions jusqu'à ce qu'en 1882, Dumont, chef des travaux de physique à la Faculté de médecine, ayant suivi les consultations de Liébeault, fut convaincu de la réalité des phénomènes 10

observés. Il expérimenta avec succès à l'asile de Maréville et eut le bonheur de faire disparaître chez une hystéro-épileptique une contracture de la jambe droite datant de 3 ans et des attaques d'hystéro-épilepsie se répétant 5 ou 6 fois par jour. A la demande de Bernheim, il présenta le 10 mai 1882, à la Société de médecine de Nancy, quatre malades traités par Liébeault, à l'aide de procédés hypnotiques (cf., Revue médicale de l'Est, 1882, tome 14, ge année, p. 438). Il produisit un certain nombre d'expériences qui frappèrent vivement les membres de la Société. Voici le procès verbal de cette séance: « M Bernheim donne la parole à M Dumont qui, après avoir exposé quelques détails sur l 'hypnotisme, le somnambulisme et la catalepsie, fait un certain nombre d'expériences sur 4 sujets, 2 hommes et 2femmes. » « M Dumont passe tout d'abord rapidement en revue les procédés multiples mis en usage pour la production du sommeil artificiel. Ils consistent, pour la plupart, dans l'excitation exclusive et monotone d'un sens (ordinairement la vue ou l'ouïe) pendant un certain temps. Un adjuvant puissant résultera de l'attention concentrée du sujet sur une idée fIXe exprimée à plusieurs reprises par l'expérimentateur. » « Les degrés du sommeil ainsi provoqué varient avec les sujets: tandis en effet que certaines personnes sont dès la première fois et en quelques instants plongées dans un profond somnambulisme artificiel, d'autres n'éprouvent qu'un engourdissement plus ou moins prononcé. Les sujets absolument réfractaires constituent l'exception. » « Le tableau suivant, communiqué par M le docteur Liébeault qui, depuis de longues années, met à Nancy au service de la thérapeutique le sommeil provoqué, donnera une idée de la proportion dans laquelle un nombre relativement considérable de sujets de tout âge, tout sexe et tout tempérament se sont trouvés répartis dans les différentes catégories de sommeil. » « M Dumont, s'appuyant sur cette statistique dont il a pu contrôler l'exactitude et sur ses observations personnelles, insiste sur ce fait que le sommeil dit magnétique ne serait pas, comme on l'affirme d'ordinaire, un fait exceptionnel et pathologique, mais bien la règle, lorsqu'il est habilement provoqué. »

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Année 1880. - Sur 1014 personnes différentes soumises à l'hypnotisation Rétractaires Sommeil très profond Somnolence, pesanteur, etc. Somnambulisme léger Sommeil léger Somnambulisme profond Sommeil profond

27 232 33 31 100 131 460

« Il dit ensuite un mot de la division classique de Charcot et de Dumontpa/lier qui distinguent à Paris trois états caractéristiques dans le sommeil provoqué chez les hystériques.. à savoir la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme.. chacun de ces états pouvant être produit et dissipé par des procédés très variés, soit isolément, soit d'une façon mixte, c'est-à-dire en concours avec les autres, ou bien encore de façon à dédoubler pour ainsi dire le sujet, tout le côté droit étant, par exemple, en catalepsie, le gauche en somnambulisme. » « Grâce au bienveillant concours de M le docteur Sizaret, M Dumont a pu répéter à l'asile de Maréville la plupart de ces expériences, avec succès. Il cite de nombreux exemples de perversions de tous les sens provoquées chez les hystéro-épileptiques pendant le sommeil artificiel, en présence des médecins qui ont bien voulu assister aux expériences qu'il a régulièrement faites depuis trois mois.. un fait plus curieux encore, c'est la persistance après le réveil du sujet, des suggestions qui lui ont été inspirées pendant son sommeil, c'est ainsi que, pendant plusieurs semaines, une hystéro-épileptique qui va être présentée, a cru boire à tous ses repas du vin de Bordeaux à la place de l'eau qui lui était donnée, refusant même le vin qui fait partie du régime ordinaire.. les illusions et les hallucinations les plus bizarres lui ont été de même suggérées avec un plein succès.. de même la production d'aphasie et d'amnésie momentanées, a toujours étéfacile. » « Au point de vue de la thérapeutique des névroses, M Dumont a pu, dès la première tentative, faire disparaître chez une malade de l'asile âgée de 45 ans (M"e K., hystéro-épileptique), une contracture de la jambe droite, datant déjà de trois années. Trois mois et demi se sont écoulés, et il ny a pas eu récidive. Aile Berthe C, 19 ans, hystéro-épileptique, entrée à l'asile le 5 avril 1881, après 9 mois de séjour à Sainte-Anne (Paris), a 12

été endormie pour la première fois le 21 février. Elle est tombée d'emblée en somnambulisme profond Elle avait à cette époque cinq à six attaques d'épilepsie par jour et une crise d'hystérie environ tous les deux jours. Elle n'a éprouvé depuis ce temps qu'une seule attaque d'épilepsie, provoquée pendant le sommeil magnétique par une compression du rachis, et trois crises d'hystérie dont elle a annoncé dans son sommeil la date et l'heure précises. Elle a été au début régulièrement endormie trois fois par semaine.. elle ne l'est plus qu'une fois à présent et tout fait espérer le maintien de l'amélioration produite. L'analgésie, bilatérale au début, a disparu successivement, en deux séances, sous l'influence de la suggestion, du côté gauche d'abord, puis du côté droit. » «Mie V., 22 ans, hystéro-épi/eptique, qui va être également présentée à la Société, a été endormie pour la première fois le mois dernier, pendant une crise hystérique compliquée d'hallucinations.. en moins de deux minutes, un sommeil profond a succédé à sa bruyante agitation et on a pu lui enlever la camisole dont ses tentatives de suicide avaient rendu l'emploi nécessaire. Endormie tous les deux jours, elle a vu diminuer le nombre de ses attaques et la manie du suicide a jusqu'à présent complètement disparu. » «M Dumont passe ensuite aux expériences dont plusieurs membres de la Société ont déjà été témoins à Maréville et que quelquesuns ont pu répéter sur ses indications. » «C'est d'abord S..., garçon du laboratoire de physique à la Faculté, âgé de 40 ans, qui pour la troisième fois est soumis à l 'hypnotisme. Les deux premiers essais ont duré environ dix minutes chacun, et n'ont produit que la léthargie avec tendance à la catalepsie. Cette fois, en deux ou trois minutes la catalepsie la mieux caractérisée se manifeste, puis à la suite d'injonctions répétées, le somnambulisme complet. Le patient exécute tous les mouvements qui lui sont commandés, la marche notamment, mais répond difficilement aux questions qui lui sont adressées. Les yeux sont convulsés en haut et en dedans, l'insensibilité cutanée paraît exister, il faut enfoncer profondément un morceau de papier dans les narines ou l'oreille pour constater un léger frémissement des musc/es de la face. Le sujet réveillé déclare se rappeler qu'on lui a crié de marcher, mais il croit être resté immobile, et quand on lui en demande la raison il répond que, malgré ses efforts, il ne pouvait se mouvoir. »

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« Les mêmes phénomènes sont ensuite provoqués par M Dumont sur M H 65 ans, employé à la Préfecture, qui déclare devoir à une série de seize séances chez le docteur Liébeault la guérison d'un rhumatisme chronique. C'est la première fois qu'il est endormi par M Dumont. M H... répond aux questions qui lui sont adressées par l'expérimentateur ou par les personnes qui sont mises en communication avec lui. Réveillé, il déclare ressentir une légère pesanteur dans la tête. » « Le procédé employé pour hypnotiser ces deux sujets consiste à leur faire fIXer pendant une ou deux minutes les yeux de l'opérateur qui tient pendant ce temps leurs pouces dans ses mains. La suggestion que M Dumont a faite au dernier sujet, de signer son nom à son réveil, sur une feuille de papier disposée sur la table, n'est suivie d'aucun résultat. L'opérateur attribue cet insuccès au défaut d'insistance dans son injonction. » « Viennent ensuite les demoiselles C. et V. dont il a été question plus haut. La première est endormie par le procédé de Braid, l'objet brillant étant l'œil de l'expérimentateur. En deux minutes, la catalepsie .. chacun peut alors produire sur le sujet les contractures les plus variées, par le simple moyen de passes exécutées avec la main, à distance, audessus du muscle sur lequel on veut agir, des passes dans le voisinage du muscle antagoniste ramènent le membre dans sa position primitive, on arrive notamment à produire un torticolis bien caractérisé. De temps en temps, l'état léthargique succède à la catalepsie.. il suffit, pour ramener celle-ci, et pour permettre au sujet de répondre aux questions qui lui sont adressées, d'une friction opérée à l'aide d'un doigt sur le vertex. Si M Dumont présente l'index à quelques centimètres au-devant du front de la dormeuse, on voit bientôt celle-ci se lever et le suivre sans apercevoir les obstacles interposés contre lesquels elle se heurte. M. Dumont fait observer qu'elle s'arrête toujours de façon à se trouver, non en face de lui, mais à son côté, la face dirigée dans le sens inverse de celle de l'expérimentateur. » « Cependant M le docteur Sizaret a de son côté mis en somnambulisme M'le v., en employant le procédé classique, compression de quelques secondes sur les globes oculaires, entraînant la léthargie, puis friction du sommet de la tête. Sur la demande de quelques membres de la Société, M Dumont met alors en rapport les deux somnambules et leur ordonne de danser sur un air qu'il fredonne. Elles exécutent alors un pas de polka automatique qui ne prend fin que sur une injonction de 14

l'expérimentateur. Les danseuses restent alors catalepsiées, dans la position qu'elles avaient à ce moment. /vile C. est ensuite l'objet d'expériences sur la perversion des sens. Un morceau d'aloès est introduit dans sa bouche.. M Dumont lui assure que la saveur en est excellente.. c'est de l'orange.. elle suce avec tous les signes d'une sensation agréable. Avant de la réveiller, l'expérimentateur lui ordonne, sur la proposition d'un membre de la Société, d'aller, après son réveil, prendre le verre cylindrique qui entoure le bec de gaz situé au-dessus de la table, de le mettre dans sa poche et de l'emporter en partant. Unefois réveillée, elle se dirige timidement vers la table, semble confuse de voir tous les regards se porter sur elle, puis après quelque hésitation monte à genoux sur la table. Elle y reste environ deux minutes l'air honteux de sa situation, regarde alternativement les personnes qui l'entourent et l'objet dont elle doit s'emparer.. avance la main, puis la retire et subitement, enlève le verre, le met dans sa poche et s'éloigne rapidement. Elle ne consent à restituer l'objet que lorsqu'elle est sortie de la salle. » « /vile V. est à ce moment saisie, pendant son sommeil, d'une de ses attaques habituelles d'épilepsie, deux crises se succèdent, à quelques minutes d'intervalle.. la léthargie profonde les suit, et ce n'est qu'après de longs et inutiles efforts pour la réveiller dans cet état, que M Dumont la replonge en somnambulisme, et qu'il obtient enfin le réveil sans qu'elle ait conservé le moindre souvenir de ce qui s'est passé. » Bernheim expérimenta à partir de cette époque, avec un grand scepticisme au début, il l'a avoué lui-même (Bernheim, 1884). Après quelques tâtonnements et hésitations, il n'a pas tardé à constater des résultats certains, frappants, qu'il présenta à la Société de médecine de Nancy. Le professeur de clinique médicale Hippolyte Bernheim (18401919), le professeur de droit Jules Liégeois (1833-1908) et le professeur de physiologie Henry Beaunis (1830-1921) entreprirent de constater la réalité des faits avancés et les étudier de plus près. Dans les années qui suivirent les trois universitaires se répartirent pour ainsi dire la tâche. Bernheim s'occupa de l'aspect thérapeutique (Bernheim, 1884, 1886, 1891c), Liégeois envisageait les phénomènes au point de vue du droit civil et criminel (Liégeois, 1884, 1889) alors que Beaunis les étudia au point de vue physiologique et psychologique (Beaunis, 1884, 1885, 1886). Mais celui qui représenta le mieux par ses écrits et ses prises de position l'école de Nancy fut sans nul doute Bernheim. 15

Le premier ouvrage de Bernheim: « De la suggestion dans l'état hypnotique et dans l'état de veille» (1884) Dans son ouvrage "De la suggestion dans l'état hypnotique et dans l'état de veil/e" Bernheim (1884) offre un examen minutieux, reposant sur un grand nombre d'expériences, de tous les phénomènes relatifs à la suggestion. Ce livre rassemblait en un volume tout une série d'articles déjà publiés dans la Revue Médicale de l'Est l'année précédente (Bernheim, 1883). Dans cet ouvrage, Bernheim expose d'abord la méthode employée pour provoquer l'hypnotisme et les diverses manifestations qu'on peut déterminer chez les sujets hypnotisés. Ensuite, il donne un court aperçu historique de la question en examinant les vues théoriques émises à ce sujet puis expose ses opinions personnelles sur le mécanisme psychologique des phénomènes d'hypnotisme et de suggestion. Enfin, il examine d'une façon générale les appl.ications de la doctrine de la suggestion à la psychologie, à la médecine légale, à la thérapeutique. Le premier chapitre présente d'abord en détail le procédé pour obtenir l'hypnotisme par suggestion. En suivant la classification de Liébeault, il montre ensuite que le degré du sommeil provoqué varie selon les sujets. Au premier degré, les sujets n'éprouvent qu'un engourdissement plus ou moins prononcé, de la pesanteur des paupières, de la somnolence. À un second degré, les sujets gardent les paupières closes, leurs membres sont en résolution; ils entendent tout ce qu'on leur dit, tout ce qui se dit autour d'eux. Mais ils restent assujettis à la volonté de l'endormeur ; leur cerveau est dans cet état que les magnétiseurs appellent hypotaxie ou charme. Ce degré est caractérisé par la catalepsie suggestive. Dans un troisième degré, l'engourdissement paraît plus prononcé, la sensibilité tactile peut être émoussée ou éteinte; outre la catalepsie suggestive, les sujets sont susceptibles de mouvements automatiques bien qu'ils entendent tout ce qui se dit autour d'eux. Le quatrième degré est caractérisé, outre les phénomènes précédents, par la perte de relations avec le monde extérieur. Le sujet entend ce que dit l'opérateur, il n'entend pas ce que disent les autres personnes, ce qui se dit autour de lui: ses sens ne sont en communication qu'avec l'endormeur. Les cinquième et sixième degrés constituent le somnambulisme proprement dit; ils sont caractérisés par l'oubli au réveil de tout ce qui s'est passé pendant le sommeil. Le cinquième degré est le somnambulisme léger: les sujets se 16