Désinformation 2.0

Désinformation 2.0

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262 pages

Description

La désinformation est, depuis l'invention du langage, un moyen de faire l'histoire en influençant les opinions et les sentiments populaires. Avec internet ce phénomène change de dimension et pose des questions inédites. Les nouvelles technologies permettent aux diverses formes de manipulation de l'information de toucher de vastes publics. Chaque citoyen-internaute devient un acteur des manoeuvres de désinformation, en particulier en les relayant sur les réseaux sociaux. Internet constitue ainsi une révolution de l'information, mais aussi une révolution de la désinformation. Or la mécanique démocratique est mise en danger par les fausses informations, par les « fake news ». La désinformation 2.0 est à la fois un symptôme de la crise de la démocratie et un appel à reconstruire la démocratie.

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Date de parution 05 décembre 2018
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EAN13 9782140107160
Langue Français

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Questions contemporaines Boris BarraudQ DÉSINFORMATION 2.0
Questions contemporaines
Comment défendre la démocratie ?
La désinformation est, depuis l’invention du langage, un moyen de
faire l’histoire en in uençant les opinions et les sentiments populaires.
Les guerres de l’information sont donc un phénomène ancien. Avec QQQ
internet, cependant, ce phénomène change de dimension et pose DÉSINFORMATION 2.0
des questions inédites. Les nouvelles technologies permettent
aux diverses formes de manipulation de l’information de toucher
de vastes publics. Chaque citoyen-internaute devient un acteur Comment défendre la démocratie ?
des manœuvres de désinformation, en particulier en les relayant
sur les réseaux sociaux. Internet constitue ainsi une révolution de
l’information, mais aussi une révolution de la désinformation.
Or la mécanique démocratique est mise en danger par les fausses
informations, par les « fake news ». La désinformation 2.0 est à la fois
un symptôme de la crise de la démocratie et un appel à reconstruire
la démocratie.
Dans ce cadre, le droit et la loi doivent sans doute intervenir et
poser des garde-fous. Lutter contre la désinformation 2.0, ce n’est
pas faire œuvre liberticide. C’est, au contraire, protéger les libertés
civiles les plus fondamentales. Plus on lutte contre la désinformation,
plus on protège les libertés d’expression et d’opinion, car celles-ci
ont besoin d’être éclairées. Et le vote est une forme d’expression et
d’opinion que la « post-vérité » asservit bien plutôt que de la libérer.
Boris Barraud est docteur en droit. Enseignant-chercheur à l’Université
d’Aix-Marseille, il est membre du Laboratoire Interdisciplinaire Droit, Médias et
Mutations Sociales (LID2MS).
Questions contemporaines / Questions de communication
Illustration de couverture : CC0 Creative Commons
ISBN : 978-2-343-16322-2
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DÉSINFORMATION 2.0
Boris Barraud
Comment défendre la démocratie ?








Désinformation 2.0
Comment défendre la démocratie ?




Questions contemporaines
Série ‘Questions de communication’
Dirigée par Bruno Péquignot

La communication est au cœur de la vie politique, économique
et culturelle de la société contemporaine. Cette série, dans le
cadre de la collection « Questions Contemporaines » publie des
ouvrages qui proposent des approches interdisciplinaires sur les
questions de communication.
JOURNALISME
Orphée GORÉ et Paul-Hervé AGOUBLI (dir.), Les réseaux
sociaux en ligne, problématique des nouvelles transparences,
2018.
Didier HALLOY, Le canard enchainé : l’information mise
en scène, 2016.
Odilon CABAT, Sous le sceau de la marque, 2013.
Rodolphe DALLE (dir.), Didactique de la communication,
2013.
Boris Barraud











Désinformation 2.0
Comment défendre la démocratie ?
















































































































































































































































































© L’Harmattan, 2018
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-16322-2
EAN : 9782343163222















La vérité est si précieuse qu’elle devrait toujours être
escortée par un garde du corps de mensonges.
Winston Churchill














Introduction. Information
et désinformation à l’ère d’internet
1. Propos préliminaire. L’hommeest les eul êtrev ivant
capable de mentir, car il est le seul à disposer du langage. Et
l’homme a toujours menti, pour survivre, pour vaincre un
1ennemi ou simplement en raison de son immoralité .
Aujourd’hui, la malhonnêteté se banalise. On ment
2beaucoup, souvent, y compris à soi-même . Les hommes,
par nature, aiment se couper de la réalité, ou bien la
reconstruire, la remodeler. Les fausses réalités sont partout.
Certaines ne sont que des déformations. D’autres sont de
pures inventions. Et la malhonnêteté est contagieuse : on
devient insensible aux mensonges, on les multiplie, on les
diffuse et, surtout, on les croit et on nie la réalité de la vraie
réalité.
Ainsi l’humanité entre-t-elle dans l’ère de la post-vérité,
uneère au sein de laquelle la désinformation, notamment au
moyen de fausses informations, modèle de plus en plus les
vies et les sociétés. Et ce sont jusqu’à la démocratie et à
l’État qui se trouvent mis en péril par un phénomène qui,
s’il n’est guère récent, est démultiplié par les nouvelles
1 Cf. R. Jacquard, La Guerre du mensonge – Histoire secrète de la
désinformation , Plon, 1986.
2Cf.D. Ariely, T oute la vérité (ou presque) sur la malhonnêteté –
Comment on ment à tout le monde à commencer par soi-même ,R ue
Échiquier, coll. Diagonales, 2017.
7






Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
technologies de communication et, en premier lieu, par
internet et les réseaux sociaux. Le web est un libre marché
3des idées , mais aussi un libre marché des informations — et
desfausses informations. Son invention et son déploiement
à l’échelle planétaire sont très directement liés à l’explosion
4de la désinformation .
Le phénomène de la désinformation 2.0 se distingue ainsi
dela désinformation 1.0 en ce qu’il repose sur tous les
individus (tous les internautes) et n’est plus seulement le fait
de puissances lointaines, États ou groupes de pression. C’est
pourcela que la désinformation parvient plus aisément que
par le passé à atteindre ses cibles et, par suite, qu’elle
s’avère plus dangereuse, notamment à l’égard de la
démocratie. Celle-ci, pour s’épanouir, a besoin
d’informationssérieuses, donc qu’on lutte contre les faux
5faits qui risquent d’induire en erreur les citoyens .
Philosophiquement, la démocratie, depuis Athènes, repose
sur l’idée que la citoyenneté et le droit de vote n’ont de sens
que si les individus sont éclairés et n’opèrent pas leurs choix
au hasard ou bien à l’aune de considérations fantaisistes ou
de données erronées.
2. Qu’est-ce qu’une information ? Appelée aussi, dans un
langage désormais archaïque mais qui reste pourtant parfois
3 Réf. à W. Audureau, « Internet, un libre marché des idées qui peut
facilement dérailler », Le Monde, 2 févr. 2017.
4 Cf. K . Young, B unk: The Rise of Hoaxes, Humbug, Plagiarists,
Phonies, Post-facts, and Fake News , Graywolf Press, 2017.
5 Cf. N. Chomsky, E. Herman, La Fabrication du consentement – De
lapropagande médiatique en démocratie, Agone, 2008 ;
N. Chomsky, R. W. McChesney, P ropagande,médias, démocratie,
Ecosociété, 2000.
8






Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
6celui delal oi, «  nouvelle  » , une information est un fait
énoncé sous forme verbale et porté à la connaissance du
public, que ce soit par des journalistes — dont la profession
consiste à rechercher et révéler les faits d’intérêt général —
ou par des non-journalistes.
Sous un angle journalistique, pour qu’un énoncé puisse
être qualifié d’information, il doit répondre aux trois critères
7suivants :
1. Il doit se rapporter à un fait, donc à un événement
matériel, à une action, à un phénomène donné. Une
information n’est pas un avis ni un jugement de valeur, une
opinion ou une idée. Par exemple, qu’une certaine
personnalité politique a été élue député en remportant 55 %
des suffrages lors du second tour des élections législatives
estun fait et donc une information. En revanche, présumer
que ce résultat a pour origine le fort taux d’abstention lors
de ce scrutin est une tentative d’explication, plus ou moins
plausible, donc une spéculation car, si le taux d’abstention
est un fait, son lien direct avec le résultat de l’élection ne
l’est pas et sa mise en avant peut être dictée par quelques
considérations idéologiques.
2. La connaissance du fait en cause doit présenter un certain
intérêt pour le public — même si cet intérêt est assez
subjectif. Une histoire de la vie courante telle que « Bernard
Dupont a mangé chez sa mère le 5 juin 2018 à midi » est un
fait sans être une information. Il s’agit plutôt d’une
anecdote. L’information, par définition, doit être susceptible
6 Comme le rappelle le juge pénal, « la nouvelle est l’annonce d’un
événement arrivé récemment faite à quelqu’un qui n’en a pas encore
connaissance » (trib. corr. Toulouse, 27 juin 2002).
7 Le Monde, « Un guide pour vous aider à y voir plus clair dans les
informations sur internet », [en ligne] <lemonde.fr>, 2017.
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
de toucher un large public, très au-delà d’un cercle familial,
amical ou professionnel. Par exemple, le fait qu’une
personnalité politique s’est livrée à des activités illégales ou
que les services météorologiques prévoient de fortes
intempéries est susceptible de concerner un large public.
3. La réalité du fait doit être vérifiée et certaine. C’est toute
la différence entre une information et une rumeur ou une
fausse information. Un bruit qui court, un «  on dit  », dont
l’origineest douteuse et dont la réalité n’a pas été vérifiée et
ne peut pas l’être, n’est pas une information en bonne et due
forme. Un énoncé peut porter sur un fait qui a réellement eu
lieu, il n’est pas une information tant que cette réalité du fait
n’a pas pu être contrôlée. Un principe essentiel du
journalisme est de ne révéler un fait au public que lorsqu’il
a été au préalable vérifié en consultant toute source
pertinente et notamment les personnes directement
concernées, des témoins, des experts. C’est le travail
indispensable de «  recoupage de l’information  » permettant
d’attester la réalité d’un fait. Lorsque ce travail de
recoupage est impossible ou donne des résultats peu
convaincants, le journaliste doit en déduire qu’il s’agit
d’une non-information — même si les faits ont possiblement
eu lieu.
3. Qu’est-ce qu’une fausse information ? Une fausse
information(ou «  infox  » comme propose de la dénommer
la Commission d’enrichissement de la langue française) se
définitpar opposition à l’information. Il s’agit donc d’un
énoncé présentant comme fait un événement qui n’a pas eu
lieu ou, du moins, dont la réalité ne peut pas être vérifiée.
Dans tous les cas, une fausse information est une
non-information. On parle communément de «  fa ke news   »
parce que l’anglais est à la mode mais aussi parce que le
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
phénomène de développement et de prolifération des
informations erronées a touché plus précocement et plus
8massivementles États-Unis que le reste du monde . Mieux
vaut cependant ne pas utiliser l’expression «   fake news   » car,
employée désormais par tous, elle est devenue un « concept
9fourre-tout » .
Il existe une définition juridique de la fausse information
(ou« fausse nouvelle »). Dans la proposition de loi sur les
fausses informations discutée au Parlement depuis le 7 juin
2018,une fausse information est « toute allégation ou
imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de
nature à la rendre vraisemblable ». L’enjeu ne serait donc
pas de distinguer le vrai et le faux, ce qui s’avère dans bien
des cas impossible, mais le vraisemblable et
l’invraisemblable. Cette approche semble toutefois
maladroite puisque les auteurs de fausses informations font
souvent tout pour les rendre justement vraisemblables,
8 Notamment, E. Perucchietti, F ake News,A rianna,coll.U n’altra
storia,2018 ; B. Housand, Fighting Fake News! Teaching Critical
Thinkingand Media Literacy in a Digital Age , Prufrock Press, 2018 ;
M. Luhtala, J. Whiting, News Literacy: The Keys to Combating Fake
News , Libraries Unlimited Inc, 2018 ; W. Mara, Fake News,C herry
LakePublishing, 2018 ; I. Howell, W hat Is Fake News? ,W ayland,
coll. Who? What? Why?, 2018 ; G. L. Rockey, Fa ke News,B WL
Publishing Inc., 2018 ; J.-P. Lindsley, Fa ke News, True Story, coll.
Inkshares, 2018 ; H. Duchess, T he Fake News Phenomenon ,C ore
Library,2018 ; K. Kuhla, Fake News, Carlsen Verlag, 2017 ; J. Jeffries,
What’s Fake News? , Kidhaven Publishing, 2018.
9 W. Audureau, « Pourquoi il faut arrêter de parler de “fake news” », Le
Monde 31 janv. 2017. L’adjectif « fake » ser apporteàc eq ui est
trompeur, tandis que l’adjectif « false » désigne plus exactement ce
qui est matériellement faux. Un même contenu peut évidemment
entrer dans les deux catégories dès lors qu’il comporte une
information fausse présentée avec les canons éditoriaux d’un article
de presse.
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
réalistes, alors qu’il s’agit de faux faits. En outre, le titre de
la proposition de loi a été réécrit en commission :
l’expression « fausse information » a laissé la place à
« manipulation de l’information ».
Par ailleurs, en même temps qu’il consacre le terme
«  infox  », le Journal officiel la définit comme « information
mensongèreou délibérément biaisée, répandue par exemple
pour favoriser un parti politique au détriment d’un autre,
pourentacher la réputation d’une personnalité ou d’une
entreprise, ou encore pour contredire une vérité scientifique
établie ».
On peut parler aussi de « désinformation » tant la
production de fausses informations répond généralement à
une volonté d’influencer l’opinion publique. Ainsi, en 2018,
la Commission européenne a-t-elle constitué un groupe
d’experts qui a défini les fausses informations comme
« toute forme d’information fausse, inexacte ou trompeuse
conçue,présentée et promue pour causer intentionnellement
un préjudice public ou pour générer des profits ». Les
autorités de l’Union européenne se réfèrent cependant elles
aussi plus volontiers à la «  désinformation  ». En ces pages,
le concept de désinformation sera privilégié, les fausses
informations en étant le principal instrument.
Dans la majorité des cas, les fausses informations qui
deviennent les plus populaires sont créées de mauvaise foi
et afin de nuire à autrui. Nombre de «  faits alternatifs  » sont
ainsi diffusés à des fins idéologiques. Parfois même ils
participent à de véritables opérations de propagande, sur des
sites web attachés à des courants politiques extrêmes
— mais il faut strictement séparer les points de vue orientés
sur l’actualité et la manipulation et réécriture de l’actualité.
L’intention dolosive n’est cependant pas une condition
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
permettant d’identifier les fausses informations et ces
dernièrespeuvent résulter d’un effort de créativité non
accompagnéde finalités précises ou d’une recherche de
divertissement (parodie ou pastiche). Une fausse
informationpeut aussi résulter d’une erreur — les fausses
informations journalistiques, heureusement rares,
correspondent généralement à ce cas de figure. Enfin, une
fausseinformation peut avoir des visées publicitaires :
beaucoup defausses informations servent d’appeaux à clics,
10notamment sur les réseaux sociaux .
4. La désinformation : un problème de méthode et de but
plus qu’un problème de vérité. La «  post-vérité  »ou
«  vérité alternative  » est généralement constituée de fausses
informations, de faux faits. Mais elle se caractérise aussi et
peut-être surtout par les intentions de ceux qui les créent
11et/ou les propagent . Si le réel est le référent suprême pour
les journalistes, les scientifiques et les honnêtes gens, il est
deplus en plus difficile à identifier car d’autres s’en
accommodent et brouillent la frontière entre la vérité et
le mensonge. On s’interroge quant à la «  réalitéd el a
12réalité  » . Bien sûr, il existe une limite claire et précise entre
le vrai et le faux, entre le réel et l’irréel. Mais il n’en va pas
de même concernant la distinction de l’information vraie et
de l’information fausse.
10 Cf. F. U. Barbosa de Azevedo, The Fake News Dirty Business:
Hackers exposed! Get inside the lucrative and unethical world of
Fake News, Independently published, coll. Ybus, 2018.
11 Cf. N. A. Cooke, Fake News and Alternative Facts: Information
Literacy in a Post-truth Era , Ala Editions, 2018.
12 Réf.à P. Watzlawick, La réalitédel a réalité– Confusion,
désinformation, communication , Points, coll. Essais, 2014.
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
L’information n’étant pas le fait mais sa mise en forme
verbale, elle est nécessairement le reflet de choix, de
compromis, de préconçus, d’aveuglements, de filtres et de
biais communicationnels tant chez celui qui la produit que
13chezcelui qui la reçoit . Chacun se fait son idée du réel, à
telpoint qu’on considère parfois qu’il n’existerait pas de
14réeluniforme mais seulement diverses versions du réel
— en fait de l’information réelle. Le consensus sur
l’information réelle n’aurait jamais existé ; et il existerait de
15moins en moins à l’heure de la polyinformation . Ensuite, il
y a ceux qui cherchent à s’en approcher et ceux qui,
volontairement, veulent travestir la réalité, la reconstruire à
leur guise afinde crédibiliser des thèses ou des idées
particulières, souvent extrêmes. Ce sont ces derniers qui
sont à l’origine des fausses informations et de la
désinformation.
C’est donc moins la vérité que la méthode qui permet de
faire le plus sûrement la différence entre l’information et la
désinformation. Le critère du faux et de la manipulation
n’est pas la vérité mais la rigueur. Dans cette logique, une
fausse information peut être une fausse information tout en
étant matériellement vraie par hasard ou par coïncidence. Ce
n’est pas son taux de vérité qui permet de juger
l’information mais le chemin emprunté pour arriver à sa
conclusion : elle doit être observée, constatée, et non
13 Cf. G. Durandin, L’information, la désinformation et la réalité ,P uf,
coll. Le psychologue, 1993.
14 P. Watzlawick, L a réalité de la réalité – Confusion, désinformation,
communication , Points, coll. Essais, 2014. L’auteur écrit même que,
« de toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu’il
n’existe qu’une seule réalité ».
15 F.-B. Huyghe, F ake News –L ag rande peur,V A Press, coll.
Influences et conflits, 2018.
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
16construite ou manipulée . C’est donc sous l’angle de la
méthode qu’il faut attaquer les complotistes et, plus
généralement, tous les faiseurs de fausses informations. Ces
derniers usent de méthodes qui n’en sont pas ou, en tout
cas, qui consistent seulement à procéder de manière
subjective et idéologiquement orientée. Ils antéposent leurs
thèses pour en chercher ensuite les traces, appelées
indûment « preuves », dans un réel souvent largement
falsifié,ce qui revient à produire des procès d’intention et
non des informations.
Les journalistes et les chercheurs, à l’inverse, procèdent
audépart d’une méthode scientifique, objective et
empirique. Ils proposent ainsi des informations et des
explications. La science se moque de ce qu’on a envie de
croire et soumet tout ce qu’elle propose à la sanction du
réel, un peu comme un juge qui instruit à charge et à
décharge. Quant au complotisme, il « se prend pour de la
connaissance alors qu’il lui tourne le dos. C’est un
17symptôme qui se prend pour un diagnostic » .
5. La désinformation : des formes diverses de
manipulationde l’information. Le terme
«  désinformation  » sent lesouffree t attisel es fantasmes.
Venantdu russe « desinformatsiya », il est apparu au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale afin de désigner
certaines pratiques de communication capitaliste visant à
18asservirles masses populaires . Si le mot est donc
d’apparition récente, le phénomène qu’il désigne n’est, lui,
16 R. Enthoven, « Le fin mot de l’info », Europe 1, 5 janv. 2018. Et de
citer Michel de Montaigne selon qui « Autant peut faire le saut celui
qui dit vrai que celui qui dit faux » ( Les Essais , 1580).
17 R. Enthoven, « Le fin mot de l’info », Europe 1, 10 janv. 2018.
18 M. Klen, Les ravages de la désinformation , Favre, 2013.
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
pas nouveau. Il a été omniprésent durant la Guerre froide,
19mais n’a pas disparu avec la mondialisation et a pu
20toucher jusqu’aux manuels scolaires .
On a défini la désinformation telle une « subtile
21déformation de la vérité » . La désinformation va de pair
avec les informations fausses ou faussées, c’est-à-dire avec
22la reconstruction ou pure invention des faits . Il s’agit d’un
ensemble de techniques de communication visant à induire
enerreur, de manière généralement très intéressée, les
23individus, les citoyens, l’opinion publique . La
24désinformation est une manipulation ; comme toute fausse
information n’a pas nécessairement pour but de manipuler
— certaines peuvent avoir par exemple des fins
19 Cf. F.-B. Huyghe, L a désinformation – Les armes du faux,A rmand
Colin,coll. Comprendre le monde, 2016 ; Ch. Harbulot, Fabricants
d’intox – La guerre mondialisée des propagandes,L emieux,coll.
Demain matin, 2016 ; J. Salem, Rideau de fer sur le boul’mich –
Formatage et désinformation dans le monde libre, Delga, 2009.
20 Cf. B. Bonilauri, L a désinformation scolaire – Essai sur les manuels
d’enseignement , Puf, 1983.
21 R. Jacquard, L aGuerre du mensonge – Histoire secrète de la
désinformation , Plon, 1986.
22 La désinformation peut se construire à partir de données
initialement vraies, mais elle les agence et les reformule de façon
tendancieuse et leur applique une grille de lecture qui tronque et
déforme la connaissance et l'analyse des faits (B. Lussato, Vi rus – Huit
leçons sur la désinformation ,É ditionsdes Syrtes,2 007).L ’auteur cite
en exemples «  le massacre des harkis, les tortures en Irak, les
banlieues en flammes ou, plus saisissant encore, L e Cercle des poètes
disparus , film à grand succès, puissant agent de désinformation
faisant appel à l'image pour diffuser un message politique totalitaire  »
( ibid.).
23 Cf. M. Pergnier, La désinformation par les mots – Les mots de la
guerre,la guerre des mots, Éditions du Rocher, coll. Désinformation,
2004.
24 Cf. F . d’Almeida, La manipulation , Puf, coll. Que sais-je ?, 2011.
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
humoristiques —, toute fausse information n’entre pas dans
la catégorie de la désinformation. Mais la désinformation ne
semble pas pouvoir se passer des fausses informations. Par
exemple, des cas isolés peuvent être sélectionnés en
opportunité et massivement diffusés afin de faire croire que
le comportement de certains membres d’un groupe serait le
reflet du comportement de tous les membres du groupe. Si
ces cas isolés ne sont pas des fausses informations, le
message subliminal selon lequel tous les membres du
groupecommettraient les mêmes actes répréhensibles en
constitue une.
Initialement proche de l’idée de propagande et
historiquementle fait d’autorités politiques cherchant à
préserver et renforcer leurs pouvoirs, la désinformation
devient aujourd’hui l’apanage des puissances privées autant
quedes puissances publiques. En une vingtaine d’années,
l’usagede ce terme qui jusqu’alors se cantonnait aux
spécialistes du renseignement et de la propagande a connu
un fort développement en raison de l’apparition de
nouveaux médias de masse puis de nouvelles technologies
de communication numérique. La désinformation a opéré
deuxmutations. La première est quantitative : les
phénomènes de désinformation ne sont plus des cas isolés,
mais des parties pleines et entières du système de référence
permettant à chacun de prendre des décisions faussement
25éclairées . La seconde est qualitative, et autrement
dangereuse : auparavant, la désinformation était d’abord
26utiliséeà des fins de guerre psychologique ; désormais,
25 B. Lussato, V irus – Huit leçons sur la désinformation , Éditions des
Syrtes, 2007.
26 Cf. V. Volkoff et alii , La désinformation : Arme de guerre, Éditions
l’Âged’Homme, coll. Mobiles politiques, 2004 ; M. Pergnier, La
17






Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
elle est devenue un mal susceptible de ronger de l’intérieur
une société ou, du moins, un outil utilisé par diverses
27puissances afin de modeler les opinions à leur image .
Dans tous les domaines stratégiques (politique, militaire,
social, économique), la désinformation est mise en œuvre
pour redéfinir la perception de la réalité par le public,
conditionner les esprits et manipuler l’opinion commune.
L’objectif est de provoquer un choc émotionnel au sein de
la population à propos de certains sujets forts afin de
fragiliser un régime, miner le moral d’un adversaire ou
décrédibiliser un opposant. Or, si la désinformation est
initialement le propre des États totalitaires — qu’on pense
ne serait-ce qu’aux médias d’État nord-coréens —, elle
prend aujourd’hui ses aises y compris dans les États de
28droit, notamment américains et européens . Cela met en
dangerla démocratie, qui, pour ne pas s’écrouler, doit
parvenir à redonner à l’information et à la connaissance
leurs lettres de noblesse, autrement dit permettre à
l’information et à la connaissance de l’emporter sur la
29désinformation et sur la méconnaissance .
La désinformation cherche à modifier insidieusement les
conceptions populaires du monde, des choses et des gens,
afinde provoquer l’adhésion à certaines thèses
prédéterminées. Or la force de pénétration des nouveaux
désinformation par les mots – Les mots de la guerre, la guerre des
mots , Éditions du Rocher, coll. Désinformation, 2004.
27 B. Lussato, V irus – Huit leçons sur la désinformation , Éditions des
Syrtes, 2007.
28 Mais les français sont supposés être moins touchés que les autres
par la manipulation des consciences, grâce à leur indépendance et
leur esprit critique (G. Weill-Raynal, L es nouveaux désinformateurs ,
Armand Colin, 2007).
29 F. Géré, Dictionnaire de la désinformation , Armand Colin, 2011.
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
médias facilite grandement de tels desseins. C’est pourquoi
il devient de plus en plus impératif de savoir repérer les
tentatives de désinformation pour s’en protéger et conserver
son libre-arbitre. C’est ainsi bel et bien la sincérité des
élections qui peut, plus que toute autre chose, justifier de
lutter contre la propagation des fausses informations.
Par ailleurs, la désinformation peut aussi prendre la forme
desthéories conspirationnistes (ou théories du complot). Ce
sont des tentatives d’explication d’événements donnés en
les rattachant à un réseau occulte de personnes, un
groupuscule (au choix : les Juifs, les Francs-maçons, les
Illuminatis, les Reptiliens etc.) qui chercherait à manipuler le
monde ou, du moins, certains grands événements (les
élections notamment). La manipulation consiste donc à
dénoncerune fausse manipulation. Là encore, la
désinformation marche main dans la main avec la fausse
information car, si l’événement est réel (par exemple, le 11
septembre 2001 les tours du World Trade Center ont été
percutées par des avions et se sont écroulées), l’explication
qui y est donnée ne l’est pas (par exemple, ce ne sont pas
des terroristes islamistes mais les autorités américaines qui
ont organisé l’attentat).
La principale caractéristique de la théorie complotiste est
qu’elleignore les données disponibles et repose uniquement
sur les indices plus ou moins probants allant dans le sens de
la thèse défendue, ignorant ceux qui vont à son encontre.
Les coïncidences sont analysées comme des preuves
irréfutables. Le détail est présenté telle une preuve absolue
quand,normalement, plus une information est surprenante
ou plus une accusation est grave, plus il est nécessaire de
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
30l’étayer . Et l’absence de preuves est présentée comme une
preuve : s’il n’y a pas de preuves, cela s’expliquerait par le
fait qu’elles auraient été effacées par les manipulateurs. Or
les théories du complot peuvent séduire un large public
parce qu’elles offrent une réponse simple et toute faite à des
problèmes complexes. Mais elles ne sont faites que de
mensonges et de manipulation.
6. L’ère des guerres de l’information. De tout temps, mais
aussi de plus en plus, les guerres (militaires, diplomatiques,
31 32citoyennes , culturelles ou économiques ) sont des guerres
de l’information, des guerres médiatiques, qui se gagnent à
33grandrenfort de désinformation . Les bombes lancées sur
34lespopulations sont aussi des « bombes à neurones » .
Pour gagner une guerre, le meilleur moyen est donc d’avoir
le pouvoir de définir ce qui est une information et ce qui
n’en est pas une. C’est pourquoi l’information flirte souvent
avec la désinformation. Toute puissance a besoin
30 Le Monde, « Un guide pour vous aider à y voir plus clair dans les
informations sur internet », [en ligne] <lemonde.fr>, 2017. Est
proposé l’exemple suivant : « Tout le monde (ou presque) s’accorde à
dire depuis des siècles, preuves à l’appui, que la Terre tourne autour
du Soleil. Pour affirmer l’inverse, ilfaudrait donc disposer de preuves
solides. Le discours conspirationnistes fait exactement l’inverse : il
remet en cause des discours argumentés et bâtis sur de nombreux faits
à partir de quelques vagues observations ».
31 Cf. D. Cardon, F. Granjon, Médiactivistes, Presses de Sciences Po,
coll. Contester, 2013.
32 Par exemple, R. Kauffer, L’arme de la désinformation – Les
multinationales américaines en guerre contre l’Europe , Grasset,
1999.
33 J. Myard, LaFrance dans la guerre de l’information – Information,
désinformation et géostratégie, L’Harmattan, coll. Questions
contemporaines, 2006.
34 Réf. à E. Parker, La bombe à neurones – Désinformation en chaînes,
Puf, coll. Politique d’aujourd’hui, 1988.
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
d’informations (ou fausses informations) renforçant sa
position, sa légitimité, son influence. Dès lors, elle manipule
les faits, leur fait dire ce dont elle a besoin. Elle produit des
«  informations post-vérité  » avec lesquelles il importe peu
que les faits soient avérés ou non. L’important est qu’ils
suivent la direction souhaitée. La vérité devient une
variable. Et il est ô combien inquiétant qu’on préfère parler
35de «  post-vérité  » plutôt que de «  mensonge  ». L’enjeu, y
comprisdans les démocraties, est d’occuper le terrain
médiatique, peu important que cela soit au moyen de «  faits
alternatifs  » dès lors que ceux-ci servent la cause défendue.
Cela fait longtemps que, à côté des trois pouvoirs
traditionnels (législatif, exécutif et judiciaire), on identifie un
quatrième pouvoir qui serait la presse. Mais, de plus en plus,
la pensée politique découvre que d’autres médias sont
également en mesure d’influencer les décisions publiques et
de jouer un rôle dans les processus électoraux. Or,
contrairement à la presse qui, dans les pays démocratiques
du moins, a toujours été un moyen de limiter plus que de
propager les rumeurs et les mensonges, ces nouveaux
médias ont tendance à donner beaucoup de place à la
désinformation, laquelle n’est guère séparée de
36l’information .Finalement, on se demande si tout ne
35 F. Laugée, « Post-vérité », REM 2016, n° 41, p. 73.
36 Facebook et Twitter sont massivement utilisés à des fins de
manipulation. La propagande et les fausses informations sur les
réseaux sociaux sont abondamment utilisées pour modeler l’opinion
publiqueà travers le monde, comme l’observe une étude menée dans
9 pays et détaillée par le G uardian ([en ligne] <theguardian>). Les
chercheurs de l’Université d’Oxford soulignent l’usage massif des
réseaux sociaux, par des gouvernements et des individus, pour
répandre la désinformation. C’est en particulier le cas en Russie, où
45 % des comptes Twitter très actifs sont des bots (animés par des
logiciels), ou à Taïwan, où une campagne contre le président Tsai
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
reposerait pas sur ce quatrième pouvoir, à tel point que de
son contrôle dépendrait le contrôle des autres pouvoirs
— l’essentiel serait de maîtriser les instruments de
communicationet les technologies de l’information. Et la
construction de la paix passerait forcément par la
conception d’un système médiatique à base de liberté et
37d’indépendance .
Au Moyen Âge déjà, l’information était un enjeu essentiel
38et le plus fort était le plus sachant, le mieux informé .
Aujourd’hui, avec internet et les réseaux sociaux, tout le
monde sait — ou plutôt tout le monde croit savoir. C’est en
toute logique que la manipulation se fait de plus en plus
omniprésente, surtout sur les réseaux sociaux : par exemple,
une technique souvent employée est l’usage de comptes
automatisés pour aimer, partager ou publier des contenus,
cela permettant de noyer sous le nombre les débats réels et
de donner le sentiment qu’une proposition donnée bénéficie
39d’un fort soutien . Toutefois, les enjeux attachés à la
Ing-wen a mis en œuvre des milliers de comptes coordonnés, diffusant
de concert de la propagande de Chine communiste (Th. Noisette,
« Propagande et fake news : Facebook et Twitter sont utilisés pour
manipuler », [en ligne] <nouvelobs.com>, 22 juin 2017).
37 F. Muisanza Katewu, La désinformation et ses applications aux
conflits internationaux via les médias – Comment une Afrique en
quête de démocratie peut s'en protéger ? , L’Harmattan, 2017.
38 J. Verdon, I nformation et désinformation au Moyen Âge ,P errin,
2010.
39 La Russie a été pionnière dans le développement de la propagande
numérique, pour brouiller les messages d’opposants et créer l’illusion
d’un large consensus. Le chercheur Samuel Woolley explique que « la
Russie est le cas à examiner pour voir comment un régime autoritaire
particulièrement puissant utilise les réseaux sociaux pour contrôler
les gens ». En Ukraine, par exemple, les russes ont mené diverses
expériences à base de fausses informations. Ils ont par exemple
inventé et propagé les histoires d’un « garçon crucifié » et de soldats
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
maîtrise de l’information restent les mêmes. Et ils se
renforcent, si bien qu’en démocratie on peut gagner ou
perdre une élection parce qu’on aura élaboré une
communication savante ou maladroite ; tandis que d’aucuns
peuvent en venir à mobiliser les ruses de la désinformation
dans le cadre de la communication politique.
Pareilles problématiques ne concernent pas uniquement
les périodes électorales et encore moins uniquement les
40régimesdémocratiques . La guerre de l’information fait
rage partout dans le monde : vidéos de l’État islamique,
propagande russe, affrontements d’images entre le Hamas et
Israël, polémiques visuelles sur les multiples
rebondissements de la guerre civile en Syrie etc. Il existe
41des« fabricants d’intox » dans tous les camps . On utilise
la télévision ou le web comme la religion ou la cause de la
42paix pour influencer les esprits . Partout des guerres
43cognitives appellent des pensées stratégiques .
7. Information officielle et contre-information. La
désinformationn’est pas nécessairement une
contre-information. Tout au contraire, la désinformation
ukrainiens payés avec deux esclaves et une parcelle de terrain
(Th. Noisette, « Propagande et fake news : Facebook et Twitter sont
utilisés pour manipuler », [en ligne] <nouvelobs.com>, 22 juin 2017).
40 Il a été montré que jusqu’à la question des OVNI est un enjeu
stratégique fort faisant l’objet d’une extraordinaire guerre de
l’information, de stratégies d’influence et de manoeuvres
psychologiques (F. Parmentier, O VNI : 60 ans de désinformation ,
Éditions du Rocher, coll. Désinformation, 2004).
41 Réf. à Ch. Harbulot, Fabricants d’intox – La guerre mondialisée
des propagandes, L emieux, coll. Demain matin, 2016.
42 Cf. R. Jacquard, L a Guerre du mensonge – Histoire secrète de la
désinformation , Plon, 1986.
43 G. Gagliano, Désinformation, désobéissance civile et guerre
cognitive , VA Press, coll. Indiscipliné, 2017.
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
peut être le fait des autorités officielles. C’est alors la
contre-information qui est l’information véritable. La
désinformation est une arme de persuasion massive à
laquelle les gouvernements, notamment celui des
États-Unis, ont abondamment recouru et continuent de
44recourir . Il ne faudrait donc pas croire que l’État serait
nécessairement l’agent de la lutte contre une désinformation
qui viendrait toujours de la société civile. Au contraire,
l’hypothèse d’une désinformation publique contre laquelle
les individus chercheraient à se prémunir n’est pas un cas
d’école. C’est pourquoi il peut être vital que des
«  médiactivistes  » procèdent à une critique
contre-hégémonique visant à redonner un peu d’air à la
démocratie ou, si celle-ci est inexistante, à insuffler un élan
45démocratique . Et la contre-information peut aussi être
nécessaire face à l’influence de certaines puissances
commerciales privées qui sont aussi des puissances
46communicationnelles recourant en masse à la publicité .
Toujours est-il qu’il est important de garantir l’accès sans
entrave à une grande variété de sources d’informations
— mais aussi d’opinions et d’idées —, donc de renforcer au
maximum le pluralisme des médias. Et cela concerne avant
44 Cf. N . Chomsky, E. Herman, L aF abricationduc onsentement –D e
la propagande médiatique en démocratie, Agone, 2008 ;
N. Chomsky, R. W. McChesney, P ropagande,médias, démocratie,
Ecosociété,2000 ; H. Smart, Désinformation , Louise Courteau, 2007 ;
R. Micoulaut, Tchernobyl – L’histoire d’une désinformation ,
L’Harmattan, coll. Questions contemporaines, 2006.
45 D. Cardon, F. Granjon, Médiactivistes, Presses de Sciences Po, 2013.
46 Le mouvement altermondialiste et, plus généralement, les ONG
pacifistes,écologistes et antimilitaristes cherchent ainsi à défendre
leuridéologie face à Monsanto, Mc Donald, Levi’s, Nike etc. Cf .
G. Gagliano, Désinformation, désobéissance civile et guerre
cognitive , VA Press, coll. Indiscipliné, 2017.
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Désinformation 2.0 – Comment défendre la démocratie ?
toute autre chose la bonne santé de la démocratie, qui a
besoin de débats publics honnêtes et de la libre
47confrontation des idées . Les États ont donc, normalement,
l’obligation positive de favoriser un environnement propice
à la liberté d’expression, notamment en promouvant,
protégeant et soutenant des médias «  chiens de garde  »d e
plus en plus mis à mal par un contexte économique qui se
48détériore . Des médias libres et pluralistes constituent la
colonne vertébrale de toute société démocratique.
Cependant, cela ne veut en aucun instant dire qu’il
faudrait protéger et même encourager les médias,
notammentles sites web, qui lancent ou relayent des fausses
informations. Ce dont la démocratie a besoin, c’est de
liberté d’expression et de liberté d’information — dans
lesquellesla liberté de diffuser des fausses informations et
de procéder à des manœuvres de désinformation n’est pas
comprise. L’article 11 de la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen du 26 août 1789 ou l’article 10 de la
Convention européenne des droits de l’homme et des
libertésfondamentales définissent la liberté de
communiquer des opinions, des idées et des informations,
non la liberté de communiquer des fausses informations et
de désinformer. Les fausses informations et la
47 Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion et la
protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression,
Représentant de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en
Europe (OSCE) pour la liberté des médias, Rapporteur spécial de
l’Organisation des États américains (OEA) pour la liberté
d’expression, Rapporteur spécial sur la liberté d’expression et l’accès
à l’information de la Commission africaine des droits de l’homme et
despeuples (CADHP), « Déclaration conjointe sur la liberté
d’expression et les “fausses nouvelles”, la désinformation et la
propagande », Vienne, 3 mars 2017.
48 Ibid.
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