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Discrimination sexiste au travail : une étude comparée au Bénin et en France

De
538 pages
Comment se manifeste la discrimination sexiste envers les femmes dans les milieux de travail? Comment est-elle perçue et vécue? Que font les femmes pour lutter contre ce phénomène d'exclusion? Dans une perspective comparative, quelles peuvent être les réponses à ces questions dans les milieux français et béninois? En d'autres termes, quels sont les éléments communs et distincts face à ce phénomène de discrimination sexiste à l'égard des femmes dans les deux cultures? Combinant "genre et travail", cette oeuvre est une première au Bénin.
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EtudesDiscrimination sexiste au travail :
africainesune étude comparée au Bénin et en France Série Psychologie
Cet ouvrage, basé sur une recherche scientifi que, présente une
lecture du phénomène de la discrimination sexiste en milieu de
travail au Bénin et en France. Il donne des réponses aux questions
suivantes : comment se manifeste la discrimination sexiste envers Sylvie C
les femmes dans les milieux de travail ? Comment est-elle perçue
et vécue ? Que font les femmes pour lutter contre ce phénomène
d’exclusion ? Dans une perspective comparative, quelles peuvent
être les réponses à ces questions dans les milieux français et
béninois ? En d’autres termes, quels sont les éléments communs
et distincts face à ce phénomène de discrimination sexiste à l’égard
des femmes dans les deux cultures ? Discrimination sexistte au tre au tre au tre au tre au traaaaaavvvvvvvvail : ail : ail : ail : ail : ail : ail : ail : ail : ail :
Abordée sous l’angle de la psychologie sociale, cette recherche
expérimentale révèle, entre autres, que : une étude ctude ctude ctude ctude ctude ctude ctude comparomparomparomparomparomparomparomparomparomparomparomparomparomparomparomparomparée ée ée ée ée ée
1) La discrimination favorise la conscientisation et la revendication
des droits des femmes, c’est-à-dire qu’elle est un catalyseur à au Bénin eau Bénin eau Bénin eau Bénin eau Bénin et en Ft en Ft en Ft en Ft en Ft en Ft en Ft en Ft en Ft en Ft en Frrrrancancancancancancancanceeeeeel’émancipation chez les femmes.
2) La discrimination incite à l’épanouissement et à l’affi rmation de la
gent féminine, et ce, grâce à l’émulation.
3) L’émulation des femmes, conséquence de leur discrimination,
crée des femmes militantes, modèles aux générations futures.
4) Des stratégies individuelles ou collectives sont déployées par les
femmes pour faire face au phénomène de discrimination et favoriser
un combat plus effi cace. L’impact de chacune de ces stratégies
dépend du contexte socioculturel.
Combinant « genre et travail », cette œuvre est une première au
Bénin. Elle est destinée à toute personne de culture ou à toute
personne intéressée à mieux comprendre le phénomène social de
la discrimination sexiste en milieu de travail. Cet ouvrage ouvre une
porte sur des différences non encore perçues à nos jours.
Sylvie DE CHACUS détient un doctorat en Psychologie
de l’Université Charles-de-Gaulle Lille. Spécialiste des
questions « Genre et Développement », elle est
enseignantchercheur à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) et Directrice
scientifi que du Laboratoire de Psychologie appliquée (LPA).
Etudes africaines
Série Psychologie
ISBN : 978-2-343-10270-2
42 €
Discrimination sexiste au travail :
Sylvie C
une étude comparée au Bénin et en France








DISCRIMINATION SEXISTE AU TRAVAIL :
UNE ÉTUDE COMPARÉE AU BÉNIN ET EN FRANCECollection « Études africaines »
dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection
« Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera
toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se
déclinera désormais également par séries thématiques : droit,
économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
Claudine-Augée ANGOUÉ, Les fondements religieux du pouvoir néocolonial au
Gabon La construction de l’ethnie philosophique, 2016
Lambert MOSSOA, Gestion, maîtrise et aménagement des ressources naturelles en
Afrique de l’Ouest et du Centre, 2016.
Ghislain M. MABANGA, Le principe de la continuité de l’Etat : issue de secours
à la prohibition du troisième mandat, Analyse critique de l’arrêt de la Cour
constitutionnelle congolaise du 11 mai 2016, 2016.
Jean-Bertrand AMOUGOU, Réflexions sur la rationalité, Tome 1. Variations
culturelles d’un thème chez P.M Hebga, 2016.
Jean-BertranRéflexions sur la rationalité, Tome 2. Sciences
(a)normales et problèmes de méthode(s), 2016.
Rodrigue TEZI (dir.), Former les personnels soignants en Afrique. De l’utilité
d’enseigner les sciences humaines et sociales de la santé dans les programmes de
formation, 2016.
Sokhna BAO DIOP, Le baynunk guñaamolo, une langue du sud du Sénégal.
Analyse phonologique, morphologique et syntaxique, 2016.
Yapi YAPO (dir.), Étudier les représentations sociales, 2016.
Ibrahim MALAM MAMANE SANI, Repenser la gouvernance alimentaire et
nutritionnelles au Niger. La crise alimentaire dans le département du Gouré (2005),
2016.
Guy MVELLE, L’aide française en Afrique. Les mutations via les contrats de
désendettement et de développement (C2D), 2016.
Gaston MUTAMBA LUKUSA, L’économie congolaise de 2007 à 2016,
Persistance des facteurs d’enlisement en RDC, 2016
Hervé LADO, Dynamiques politico-économiques dans l’histoire du Nigéria,
Évolution historique des rapports de force entre élites et non-élites, 2016.
Paul LANDO, Territoires du vodoun en milieu urbain, Le cas de Ouidah en
République du Bénin, 2016.
Josué GUÉBO, Dictionnaire des mots et expressions du français ivoirien, 2016.
Christine THÉODORE, Objets d’initiation. Rencontre avec un chasseur dozo.
Échanges d’objets et modifications des interactions, 2016. Sylvie de Chacus






Discrimination sexiste au travail :
une étude comparée au Bénin et en France
































L’HARMATTAN










































© L’HARMATTAN, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr/

ISBN : 978-2-343-10270-2
EAN : 9782343102702 Avant-propos
Dr Sylvie de CHACUS a choisi de faire cette étude sur la
discrimination sexiste en milieu du travail au Bénin et en France. Le
travail vise spécialement à analyser la discrimination sexiste au travail
et à montrer en quoi elle peut être, paradoxalement, source de
motivation, donc d’émulation au travail, au point qu’elle permet la
création de modèles féminins pour les générations à venir. Dans le
cadre de la publication de ses travaux, Dr de CHACUS m’a fait
l’honneur de me demander de rédiger l’avant-propos de l’ouvrage
qu’elle publie à partir de cette étude. Pour quelle raison, je ne le sais
exactement. Mais la connaissance que j’ai d’elle sur les plans
académique et scientifique m’amène à me poser quelques questions.
Le choix de ce sujet de recherche est-il une prémonition de la future
carrière de l’intéressée, ou l’affirmation de sa propre personnalité, ou
encore le positionnement d’une scientifique dans le mouvement du
féminisme et de l’approche genre ? Je répondrai facilement par
l’affirmative à toutes ces questions et le lecteur trouvera les raisons de
cette affirmation dans la suite de cet avant-propos.
Avant d’en venir au contenu de l’ouvrage même, je tenterai, tout
d’abord, de situer le sujet dans son contexte théorique (le féminisme et
le genre) de même que dans un contexte pratique (la France et le
Bénin).
Le mouvement féministe a pris naissance depuis des siècles. En
effet, vers la fin du Moyen-Âge, des auteurs critiquaient déjà la place
accordée aux femmes dans la société. Mais le concept de féminisme a
eété utilisé à partir de la seconde moitié du 19 siècle par Alexandre
Dumas fils et Hubertine Auclert. Le féminisme est un concept, une
idéologie ou tout effort/engagement utilisé pour mettre en lumière
l’existence des discriminations dont sont victimes les femmes et pour
changer cette situation. De ce fait, toutes les personnes (universitaires,
chercheur-e-s, militant-e-s) impliquées dans le traitement des
questions touchant aux droits des femmes sont des féministes.
La concrétisation de ce mouvement par les scientifiques et l’élite
féminine a évolué dans le temps. De l’approche Intégration de la
Femme au Développement (IFD) les théories féministes se sont
7 aujourd’hui cristallisées autour de l’approche Genre et
Développement (GED) après avoir transité par l’approche Femme et
Développement (FED).
Le genre est un concept qui permet de rendre compte des relations
différenciées et inégalitaires qu’entretiennent les hommes et les
femmes dans nos sociétés. Il est connu sous le vocable de « gender »
et a généré en français plusieurs expressions notamment : relations de
genre, sexospécificité, rapports sociaux de sexe, sexe social, égalité
entre les sexes, égalité homme femme, etc. C’est un concept qui est né
à l’issue du long processus de l’engagement féministe à lutter contre
les situations d’oppression que vivent les femmes. Plusieurs
définitions ont été apportées au concept genre, mais de manière
globale, il peut être considéré comme l’ensemble des rôles et
responsabilités des femmes et des hommes tels qu’ils sont déterminés
par la société. Il est lié à la façon dont nous sommes perçus et censés
penser et agir en tant qu’homme (s) et femme (s) en fonction de
l’organisation de la société et non du fait de nos différences
biologiques. Ces rôles et responsabilités renvoient aux différents
travaux effectués par les hommes et les femmes, à leurs besoins
pratiques et stratégiques, à leurs différents niveaux d’accès aux
ressources et aux différentes sphères dans lesquelles ils ou elles
peuvent prendre des décisions et exercer un contrôle sur les ressources
et les avantages. Ces rôles et responsabilités sont déterminés d’un
point de vue social et culturel et peuvent différer d’une communauté à
une autre, d’un pays à un autre.
La focalisation de cette étude sur "la discrimination sexiste" montre
que, du point de vue théorique, Dr de Chacus s’inscrit dans cette
perspective. En milieu de travail, cette discrimination sexiste peut
revêtir plusieurs formes : (i) elle s'exprime à travers des
comportements de rejet adoptés par des personnes d'un groupe sexué à
l'égard du groupe sexué opposé ; (ii) elle peut aussi s'exprimer par la
différence salariale, ici à compétences égales, les hommes ont par
exemple, des salaires plus élevés que les femmes ou vice versa ; (iii)
elle peut également s'exprimer à travers la sous-représentativité des
femmes dans les postes à responsabilité. C’est l’expression en général
des stéréotypes, des relations de genre, de la sexospécificité, des
rapports sociaux de sexe, du sexe social, de l’inégalité entre les sexes,
de l’inégalité homme femme, etc. telle que mentionnée plus haut.
8 Pourquoi la France et le Bénin ? Il s’agit de deux milieux
socioculturels apparemment contrastés, mais partageant un lien
colonial. La France faisant partie des premiers pays dans lequel le
mouvement féministe est né, les combats menés pour corriger cette
discrimination sexiste peuvent améliorer les relations et traitements
entre hommes et femmes dans la société. Bien que les femmes du
monde entier soient victimes de discrimination, remarquons que ce
phénomène varie selon les cultures ou les pays et aussi en fonction du
degré de développement économique des nations. La comparaison
entre le Bénin et la France tient toute son importance, car une étude
interculturelle permet de distinguer les différentes formes de
discriminations sexistes au travail propres à chaque culture et
éventuellement de dégager les points de convergence, afin de mesurer
l’impact global du phénomène de la discrimination. Elle peut
permettre de mettre en exergue de nombreux facteurs susceptibles
d’influencer le phénomène, notamment du point de vue culturel,
sociologique et économique. D’ailleurs pour mieux illustrer cette
situation, Dr de Chacus a choisi deux expressions imagées, celles de
plafond de fer et de plafond de verre. Le plafond de fer
correspondrait à la situation des femmes en Afrique subsaharienne en
général et celles des Béninoises en particulier. Cette expression rend
compte de l’importance de la discrimination sexiste dans les pays
africains. En revanche, l’expression plafond de verre reflèterait les
pays Européens en général et la France en particulier pour caractériser
la situation dans laquelle la discrimination sexiste envers les hommes
est moindre, voire quasi inexistante. L’auteure a tout de même
relativisé tout ceci à travers son étude, en démontrant que, même au
Bénin, il existe une réalité particulière : l’émergence d’un groupe de
femmes hautement qualifiées occupant des postes à haut niveau de
responsabilité, nuançant ainsi l’expression plafond de fer utilisé pour
la situation du Bénin : « le plafond de fer est une expression qui
caractérise une grande partie des femmes au Bénin. Cependant des
femmes hautement qualifiées y ont transpercé le plafond de verre,
formule particulièrement adaptée à la situation des femmes en Europe,
et en France en l'occurrence ».
Cet ouvrage de plus de 500 pages et qui rend compte de la
recherche est structuré en sept (7) parties. Nous avons en (1) la
problématique et les objectifs, puis en (2) l’état des lieux sur la
situation des femmes dans les pays étudiés intitulé asymétrie sociale et
9 différence homme/femme en milieu professionnel, ensuite en (3) le
cadre théorique et conceptuel de l’étude, en (4) la démarche
méthodologique de recherche, en (5) les principaux résultats obtenus,
en (6) une discussion générale des résultats et en (7) les grandes
conclusions de l’étude. Cet avant-propos se concentrera
essentiellement sur six de ces sept points.
(1) En partant du contenu des thèmes clés qui constituent l’ossature
de la recherche, à savoir, discrimination, émulation et modèle, la
problématique s’est construite autour des préoccupations telles que les
formes de manifestation de la discrimination dans des différents
domaines et sociétés. Mais aussi autour des avancées dans les sociétés
choisies et les spécificités propres à chacune selon ses réalités
sociologiques considérées de nos jours ; et également autour du
processus d’utilisation de la marginalisation au travail de la femme
comme point d’appui pour son ascension sociale grâce à une volonté
indestructible. Les deux postulats de base de la recherche sont (i) les
femmes béninoises s'engagent dans une action collective pour lutter
plus efficacement contre le phénomène de la discrimination faite à
leur encontre notamment en milieu professionnel, contrairement à
leurs homologues Françaises qui développeraient davantage des
stratégies de lutte individuelle (ii) la perception du phénomène de
discrimination est modérée en France (plafond de verre) et plus forte
au Bénin (plafond de fer). Ainsi, l’objectif global qui en découle est
d’étudier les processus sociocognitifs qui sous-tendent et justifient les
inégalités observables dans les rapports sociaux de sexe au travail à
travers trois axes fondamentaux de la psychologie sociale à savoir : les
perceptions, les explications et les stratégies liées au phénomène de
discrimination. Plus spécifiquement, il s’agit dans cet ouvrage de :
(a) évaluer la perception qu'ont les différents groupes de la
discrimination faite à l'égard des femmes occupant des postes de
responsabilité dans le milieu du travail ;
(b) montrer comment les femmes peuvent utiliser leur
marginalisation au travail comme point d'appui pour leur ascension
sociale grâce à une forte implication au travail ;
(c) étudier la représentativité des femmes dans les instances
décisionnelles (Bénin / France) sachant que ce phénomène ne peut être
uniforme à l'ensemble des pays ; et à partir de la comparaison entre
différents groupes ;
10 (d) comprendre la prégnance du plafond de verre par rapport au
plafond de fer dans les deux pays.
(2) L’état des lieux sur la situation des femmes dans les pays
étudiés a montré que :
(a) de nombreuses mutations s’observent actuellement en Europe et
notamment en France, c’est-à-dire, une évolution de la situation des
femmes dans le milieu professionnel. En effet, on note une ascension
des femmes dans quasiment tous les domaines en France. Laquelle
ascension est le résultat d’une longue lutte et surtout de la
reconnaissance de l’efficacité et de la compétence de ces dernières ;
(b) Au Bénin, quand bien même on parle encore de quota
d’hommes et de femmes dans les administrations et sur les listes
électorales, il n’est plus choquant, comme par le passé, de voir une
femme chef de parti, ministre ou candidate aux élections
présidentielles ;
(c) les efforts et reconnaissances du travail des femmes vont de
pair pour permettre aux femmes de s’imposer ;
(d) à quelques exceptions près, des différentes formes de
discrimination sexiste sont toujours observées dans les deux pays,
seuls les domaines et les formes de discrimination varient d’un pays à
un autre et ;
(e) si au Bénin, les collectifs des femmes jouent beaucoup sur les
mots, font usage d'un vocabulaire féministe assez flatteur, pour
susciter davantage la sympathie des hommes de façon à provoquer les
débats de luttes revendicatives des femmes, qui traitent de fait les
hommes comme des partenaires et non des adversaires et encore
moins des ennemis, ce qui leur permet de s'imposer, en France, on est
encore plus porté vers des combats affichés, encore en allure de
féministes. Et quand ce n'est pas le cas, on est dans des luttes de
classes qui ne tiennent plus compte des différences intergroupes
sexuées, car rentrent en ligne de compte d'autres catégories d'ordre
personnel.
Ces différents constats que Dr de Chacus qualifie d’asymétrie
sociale et de différence homme/femme en milieu professionnel ont
suscité de sa part quatre (4) questions fondamentales :
11 Existe-t-il une différence significative entre les perceptions
qu'ont les personnes (hommes et femmes) cadres à statut
simple – moyen et à statut élevé du Bénin et de la France, des
femmes à des postes de responsabilité ?
La discrimination favorise-t-elle la prise de conscience et la
revendication chez les femmes ?
La discrimination contribue-t-elle à l'épanouissement et à
l'affirmation de la gent féminine ?
Quel rôle vont jouer l'émulation, l'émergence de la femme
modèle et le développement des stratégies de lutte contre la
discrimination sexiste dans l'épanouissement et l'affirmation de
la femme ?
(3) Dans le cadre théorique et conceptuel de l’étude, l’auteure a
tout d’abord exploré les concepts de perceptions et de catégorisation
sociale, les différentes interactions observables entre ces notions et la
privation relative ainsi que les stratégies pour faire face au phénomène
de discrimination dans les sociétés concernées. Ensuite, elle a centré le
travail sur les théories liées à la privation relative. Cette théorie
renvoie aux sentiments de domination et de frustration, ce qui peut
entraîner des revendications en vue de la réduction du sentiment de
domination et de l’amélioration des conditions de vie des populations.
(4) La démarche méthodologique de la recherche est faite d’une
série de petites études avec des objectifs différents et
complémentaires. Les entretiens structurés avec des questionnaires
comme outils de collecte et semi-structurés avec guide d’entretien ont
été utilisés sur un échantillon d’hommes et de femmes cadres moyens
et/ou supérieurs, âgés de 20 à 50 ans et plus, mariés ou non. Les
différentes études ont été réalisées dans deux régions au niveau de
chaque pays : départements du littoral et de l’Ouémé/Plateau (des
pôles de concentration des cadres supérieurs) pour le Bénin ; les
régions lyonnaise et nord Pas-de-Calais pour la France.
Afin de mesurer la perception des enquêtés sur les échelles de
discrimination et de son explication ainsi que ses conséquences, de
l’émulation, de l’identité sociale et des différentes stratégies utilisées,
les variables retenues ont été : la nationalité, le sexe, la catégorie
socio-professionnelle, le niveau de responsabilité, la situation
matrimoniale et l’âge des personnes enquêtées. Les données ont porté
12 sur l’image de la femme, la situation des femmes au moment de
l’enquête, la vision des enquêtés sur l’insertion professionnelle des
femmes, les différences faites entre femmes employées et femmes
ménagères, l’opinion des enquêtés sur la femme politique ainsi que
sur les rôles et responsabilités des époux dans le ménage. Pour y
parvenir, une adaptation a été faite de l’échelle de Tougas et al. (2005)
dans les situations française et béninoise pour aboutir à un
questionnaire qui évalue neuf (9) modalités comportant 31 items
répartis de façon aléatoire. Il s’agit du sexisme, de la discrimination
perçue, des stéréotypes, de l'image de la femme-chef d'entreprise, des
stratégies, de la femme modèle, de la privation, de l'émulation et de
l'explication de la discrimination.
Enfin à l’aide de nombreuses analyses statistiques (factorielle,
inférentielle et descriptive) et de comparaisons de scores de ces
différentes échelles, d’importantes interactions ont été identifiées et
analysées.
(5) Les principaux résultats obtenus et les grandes conclusions de
l’étude concernent les données :
1. Par rapport à la discrimination salariale en milieu de travail.
Les Béninois et les Français s'opposent sur la question relative à la
notion de différence salariale en application dans certains pays du
monde. En effet, si au Bénin les inégalités persistent en milieu
professionnel entre les hommes et les femmes (constats faits par
ailleurs), au point où l'on continue à évoquer ou parler d’une forte
prégnance du phénomène de discrimination dans ce pays, il n'en
demeure pas moins que ces inégalités épargnent la question salariale
où l'égalité semble plutôt appliquée pour tous. En termes de
perception, les personnes célibataires auraient donc une perception
plus accrue que les personnes mariées du phénomène de
discrimination portant sur les différences salariales. Mais les enquêtés
peuvent avoir une importante perception du phénomène de
discrimination sans s’engager dans le processus de reconnaissance de
l’existence des femmes modèles, sans s’intéresser aux luttes menées et
aux efforts consentis pour y faire face.
2. Par rapport à la relation entre discrimination et émulation en
milieu de travail. En considérant l’émulation comme l’effort déployé
par les personnes pour faire face au phénomène de discrimination,
l’étude a prouvé que la discrimination favorise l’émulation et que la
13 perception du phénomène de discrimination, ainsi que sa
reconnaissance particulière dans la culture béninoise favorisent une
grande conscientisation chez les peuples concernés, entraînant ainsi
chez presque tous les individus (hommes ou femmes) l'attribution
d’une forte motivation (donc de l’émulation) dans leurs sphères
professionnelles. Cette situation pourrait être assortie de
reconnaissance pour un meilleur positionnement et une meilleure
représentativité des femmes dans les instances décisionnelles de leur
pays. Les femmes peuvent désormais accéder à des postes de
responsabilité tels que ceux de ministre, député (même les
nonintellectuelles), présidente de groupe majoritaire à l'assemblée,
présidente de cour constitutionnelle, présidente de cour suprême,
présidente de Haute Cour de Justice, etc. Mais au contraire, on note
l'absence d'un lien visible entre la discrimination perçue et l'émulation
chez les femmes françaises. Cependant, on s'aperçoit qu'elles
s'investissent beaucoup dans les sphères professionnelles et encore
plus que les femmes béninoises. On peut donc imaginer que les
raisons et valeurs qui sous-tendent l'investissement et l'engagement
professionnel ne semblent pas être les mêmes chez Françaises et
Béninoises. C'est ainsi que les unes dissocient les deux notions et que
les autres les relient et en font des entités interactives.
3. Par rapport à la relation entre émulation au travail et
émergence de femmes modèles. En définissant d’une part l’émulation
au travail comme l’effort pour se surpasser, faire preuve d’une grande
motivation, et d’autre part, la femme modèle comme celle qui se
trouve à un poste de responsabilité, poste ascendant et qui se fait digne
incarnation de la gent féminine, l’étude a démontré que l’émulation au
travail s’accompagne de reconnaissance qui peut se manifester, entre
autres, par une meilleure perception, voire une grande visibilité de ce
type de femmes qui servent d’exemple et de relais aux jeunes
générations, de par leur militantisme, leur combat aux côtés de leurs
semblables. De même, plus le niveau de connaissances des femmes est
élevé, plus important devient leur niveau de conscientisation, ce qui
entraîne la reconnaissance des femmes modèles ainsi que la légitimité
des luttes féministes qu’elles mènent.
4. Par rapport aux stratégies de lutte contre la discrimination
sexiste des femmes cadres. Ces stratégies varient d’un pays à un autre.
Ainsi, les femmes béninoises adoptent des stratégies collectives alors
que leurs homologues françaises des stratégies individuelles
14 de lutte contre la discrimination sexiste en milieu de travail. Ceci
semble être dû au fait que les femmes françaises ont une perception de
la discrimination sexiste au travail plus faible que celle qu’ont les
femmes béninoises, même si elles sont plutôt sensibles au problème
de discrimination liée à l’écart des salaires et de la rémunération des
efforts. Plus les stéréotypes sont prégnants et perceptibles dans une
culture, plus forte est la perception de la discrimination sexiste au
travail.
En outre, les femmes modèles qui militent pour la défense de la
cause des femmes développent dans leurs combats des stratégies
collectives de lutte contre la discrimination sexiste en milieu
professionnel. Ainsi, les femmes béninoises s'engagent dans une
action collective pour lutter plus efficacement contre le phénomène de
la discrimination faite à leur encontre notamment en milieu
professionnel, contrairement à leurs homologues françaises qui
développeraient davantage des stratégies individuelles de lutte (action
individuelle).
5. Par rapport au niveau de discrimination dans les deux pays. Le
plafond de fer (forte discrimination) caractérise une grande partie des
femmes au Bénin alors que le plafond de verre (discrimination
faible/modérée) est caractéristique des femmes françaises. Cependant,
des femmes béninoises hautement qualifiées y ont transpercé le
plafond de verre. De plus, contrairement à ce que l'on a pu observer en
France, les femmes béninoises se sentent des modèles pour les
générations futures. Et l'existence d'une forte discrimination entre
hommes et femmes béninois est surtout due à une scolarisation faible
des filles.
Cette étude est la première recherche au Bénin véritablement
scientifique dans le domaine du genre ; c’est un travail qui s’inscrit
parfaitement dans le champ de la Psychologie Sociale du Travail et
des Organisations. Elle a démontré les efforts des femmes dans
l’amélioration des relations hommes femmes au travail, mais surtout
dans la mobilisation de la gent féminine dans la sauvegarde de leurs
intérêts. En effet, les résultats de l’étude ont montré que si la
discrimination, le sexisme, la privation et les stéréotypes qui les
soustendent favorisent l'émulation, les individus (femmes) développent des
stratégies pour faire face à ces phénomènes avec l'appui d'une
émergence de la femme modèle favorisée, entre autres, par une bonne
image de la femme-chef d'entreprise (ou femmes aux postes à
15 responsabilité). De plus, les cadres, et, plus particulièrement, les
femmes sont enclines à se battre pour transformer leur existence,
améliorer les conditions de vie des femmes et développer des
stratégies avec l'aide des pouvoirs politiques, des associations, divers
réseaux, pour lutter contre le phénomène de discrimination sexiste en
milieu de travail.
Les mérites de cette étude se situent à trois niveaux : enseignement,
recherche et développement. (i) Au niveau de l’enseignement, les
résultats de cette étude peuvent servir de référence à la formation des
étudiants du point de vue de la conception, de la mise en œuvre et de
l’analyse des résultats dans une perspective du « genre ». (ii) Sur le
plan de la recherche, le croisement entre une lecture interculturelle de
la perception du phénomène de discrimination et une lecture
psychodifférentielle (en fonction du sexe, du pays, de l'âge, de la
situation familiale et de la situation professionnelle, de la situation des
femmes en milieu professionnel et en l'occurrence dans les instances
de pouvoir) pourrait constituer désormais un point de mire pour une
avancée épistémologique. De plus, l’étude constitue une bonne
illustration de l’utilisation des analyses statistiques dans une recherche
qualitative. (iii) Sur le plan du développement, l’étude a montré
comment l’émergence de femmes modèles peut-elle contribuer au
développement de la nation par la réduction des inégalités de genre.
Ces inégalités qui ne sont que des construits sociaux peuvent donc
disparaître au fur et à mesure que s’améliore donc le niveau
d’instruction des femmes et par conséquent l’évolution des mœurs et
des coutumes.

Rigobert Cocou TOSSOU
Professeur Titulaire en Sociologie
Directeur du Laboratoire de Sociologie et de Vulgarisation
Rurales (LSVR)
Directeur du Centre de Formation et de Recherche en matière de
Population
(CEFORP)
Université d’Abomey-Calavi
16 Préface
En psychologie générale et en particulier dans le courant
comportementaliste classique, on observe une différence entre
discrimination et généralisation. Discrimination signifie avoir des
réactions différentes devant des stimuli différents et généralisation
consiste à avoir la même réaction devant des stimuli différents. Dans
ce sens, la discrimination est signe d’adaptation et, par conséquent,
d’intelligence. Toujours dans le courant comportementaliste, mais
cette fois en conditionnement opérant (Skinner, 1904-1990), le
stimulus discriminatif est un stimulus en présence duquel un
programme de renforcement est activé et au contraire en absence
duquel il ne l’est plus. Ici aussi, agir en présence du stimulus
discriminatif est signe d’adaptation et par conséquent la discrimination
prend un sens positif. Ainsi, la valence du concept de discrimination
est positive dans la littérature de psychologie générale classique.
Plus tard, en psychologie sociale, ce concept prend un sens négatif
en tant que l’expression d’une relation de pouvoir et de domination
d’une catégorie sociale par rapport à une autre. Par réaction aux luttes
contre le racisme et la xénophobie, on a inventé le concept de
discrimination positive avec le lancement du programme de John F.
KENNEDY afin qu’aux États-Unis, l’emploi ne soit pas subordonné à
des considérations d’ordre racial. Mais ce concept a également une
autre origine. C’est celle des stratégies néocolonialistes aux États-Unis
qui, dans cette même époque, attribuaient des positions de privilèges à
certaines catégories sociales des peuples récemment décolonisés pour
mieux assurer un système de relation de pouvoir basé avant tout sur
l’exploitation de leurs richesses. Ainsi des organismes et des
programmes étaient-ils créés pour former des élites de ces pays dont
l’organisation appelée « quatrième principe » au Moyen-Orient était
un exemple. Ainsi, un lien existe entre le phénomène de
discrimination et celui des rapports de pouvoir et de domination dans
la problématique du « vivre ensemble » y compris celle du genre entre
les hommes et les femmes.
Ce tour d’horizon des concepts en lien avec celui de discrimination
peut conduire à penser que la discrimination est une fatalité. C’est
surtout la thèse des sociobiologistes. Elle-même relève de la
justification d’un système de rapports de pouvoir et de domination,
dans le sens où on attribue aux dominés des caractéristiques qui
17 justifient leur infériorité. La différence de statut est considérée comme
étant « naturelle » dans ces rapports de domination. Dans ce type de
raisonnement, on situe la question de la différence au niveau de « la
nature » considérée comme inchangeable. Ce type de raisonnement est
constaté aussi bien dans les débats sur des phénomènes que dans le
racisme et/ou le sexisme.
En revanche, trois séries de faits viennent contrecarrer une telle
thèse et la rendre caduque. D’une part, les progrès scientifiques et
techniques qui ont permis de remplacer les organes « naturels » par
des instruments, par exemple le remplacement du sein maternel
indispensable à l’alimentation, donc la survie des bébés, par le
biberon. Ce genre de progrès a permis aux femmes de se libérer et
refuser de se cantonner entre les quatre murs de la maison. Tout
comme l’argument du statut de mère, mis en évidence dans cette
recherche, il a fait dire aux sujets qu’« on a tort d’admettre au sein des
universités, autant de femmes dans les programmes coûteux comme la
médecine, les écoles d’ingénieurs, alors qu’un grand nombre
quitteront leur emploi après quelques années pour élever leurs
enfants ». Ainsi, on justifie le système de relation de domination en se
référant au statut « naturel » donc « inchangeable » de la mère.
D’autre part, le développement des sciences humaines et
l’introduction des concepts tels que représentation sociale, interaction
et négociation qui ont permis de comprendre qu’aucun pouvoir ne
peut s’exercer de manière absolue. Qu’aucun détenteur de pouvoir au
nom de quoi que ce soit, Dieu ou Nature, ne peut ne pas tenir compte
des réactions et de la résistance de ceux qu’il domine et, ainsi, ne pas
se trouver dans l’incertitude et l’angoisse des effets de la manière dont
il exerce son autorité. Et enfin la troisième série de faits, qui comprend
les luttes incessantes, surtout depuis la Révolution française, des
femmes et leurs aspirations à l’égalité des droits. Ainsi et comme le
remarque l’auteure, loin de se résigner à ce qu’on veut leur imposer
comme une fatalité, « un déterminisme naturel », les femmes ont su
comment utiliser leur statut de dominé pour se constituer en force
sociale et assurer leur ascension au sein des sociétés.
Le point commun entre ces trois séries de faits est le « rapport à la
différence » (Watzlawick, 1921-2007). Tout comme le racisme, le
sexisme indique une exaltation de la différence en la posant. Comme
nous l’avons évoqué plus haut, cette différence se pose à un niveau où
aucun changement ne serait possible, soit, une négation de la
18 différence, comme il est constaté dans cette recherche à propos des
femmes-chefs d’entreprise. Ainsi les sujets de la recherche pensent-ils
que les femmes ne méritent un salaire égal aux hommes que si elles
suscitent de l’admiration. Ici, l’admiration contient un sens
phallocratique qui signifie une virilisation du statut de femme-chef
d’entreprise. Comme quoi, les seules références seraient les attributs
psychologiques masculins. Une femme-chef d’entreprise n’est bonne
manager que si elle dirige comme un bon manager de sexe opposé se
trouvant à cette place-là. Qu’il s’agisse d’exaltation ou de négation,
dans les deux cas, la différence n’est jamais acceptée en tant que telle.
La non-acceptation de la différence ferme la porte à toute possibilité
de relation de réciprocité entre les hommes et les femmes et perpétue
ainsi obligatoirement un système de relations de pouvoir et de
domination entre les deux sexes.
Cette recherche se donne comme projet l’étude de la perception des
phénomènes de discrimination sexiste en milieu du travail faite à
l'endroit des femmes. Elle étudie également la mise en place de
stratégies de luttes collectives et individuelles comme moyen pour
faire face au phénomène de discrimination. De ce fait, elle participe à
l’étayage du ène de sexisme et se situe dans le cadre de la
deuxième série de faits, à savoir les progrès en sciences sociales et
humaines afin de mieux comprendre un système de relation de
pouvoir homme-femme qui se perpétue depuis des millénaires dans de
nombreux pays et contrées.
Pour ce qui est des luttes pour l’égalité des droits homme-femme,
elle met à l’épreuve et authentifie son hypothèse principale, à savoir
que « les femmes béninoises s'engagent dans une action collective
pour lutter plus efficacement contre le phénomène de la discrimination
faite à leur encontre notamment en milieu professionnel,
contrairement à leurs homologues françaises qui développeraient
davantage des stratégies de lutte individuelle (action individuelle). »
Par son caractère interculturel, cette recherche compare deux
configurations de ce même système de rapports de pouvoir : celui en
cours au Bénin et celui en action en France. Pour nous, il s’agit bien
de deux configurations des relations de pouvoir à un moment donné et
dans deux contextes donnés. Ce paradigme met en cause une
conception déterministe et mécaniste de l’influence de l’histoire et de
la culture. Car historiquement parlant, en France la lutte collective
contre le sexisme dure depuis trois siècles. Un tournant a été pris au
19 XVIIIe siècle, suite à la grande Révolution française. Elle a donné
naissance au mouvement féministe sous le slogan de « liberté, égalité
et fraternité », ensuite, il y a eu la Déclaration des droits de la Femme
et de la Citoyenne (Olympe de Gouge) comme premier document de
ce même mouvement. De même, les luttes pour le droit de vote
(1876 : Hubertine Auclert, la société le droit des femmes), ainsi que
celui pour l’obtention d’une éducation complète et la continuité de ces
luttes au cours des XIXe, XXe et XXIe siècles. Ces événements
indiquent l’ancienneté de la lutte collective des femmes en France.
Ceci interroge une conception déterministe et mécaniste de
l’histoire dans laquelle un problème tel que la discrimination sexiste
est étudié soit du côté de ses cibles, les dominés et, en l’occurrence,
les femmes ou du côté des dominants, ici les hommes. En revanche,
dans une perspective interactionniste, ce phénomène est étudié des
deux côtés et en termes d’interactions. La question est de savoir quel
est l’enchainement des interactions entre les individus et les groupes
appartenant aux deux groupes sexuels, aboutissant, à un moment
donné, à une configuration particulière ? Un tel paradigme nous
semble pouvoir expliquer le pourquoi des différences interculturelles
par rapport à ce phénomène. Il nous explique aussi pourquoi, comme
l’a remarqué l’auteure, la discrimination perçue chez les Béninois est
plus forte que chez leurs homologues français ou encore pourquoi «
les femmes béninoises s'engagent dans une action collective pour
lutter plus efficacement contre le phénomène de la discrimination à
leur encontre notamment en milieu professionnel, contrairement à
leurs homologues françaises qui développeraient davantage des
stratégies de lutte individuelle (action individuelle) » et cela malgré
l’histoire des luttes des femmes en France.
Pour autant une explication en termes d’interaction et de
configuration des rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes
dans un pays donné ne s’oppose pas à ce que l’auteure appelle « une
lecture psycho différentielle ». Car les variables évoquées à savoir
sexe, pays, âge, situation familiale, situation professionnelle et
situation des femmes en milieu professionnel et, en l'occurrence, dans
les instances de pouvoir relèvent toujours d’une configuration des
rapports de pouvoir inter-catégoriel au sens à la fois épistémologique
et sociologique de ce dernier terme.
Que faut-il entendre par « le système de relation de pouvoir » ?
C’est avant tout un système c'est-à-dire un ensemble d’éléments (des
20 individus et des groupes) avec leurs histoires, appartenances et
références et les relations qui existent entre eux. Il est système de
pouvoir par le fait que ces relations sont des relations d’influence au
sens du changement de comportement. Dans un tel système, des
sousensembles, individus ou groupes cherchent à modifier les
comportements des uns et des autres dans le sens de leurs propres
intérêts. La particularité des relations interhumaines fait qu’en
influençant l’autre on se crée deux sources d’incertitude, d’une part
l’imprévisibilité du comportement de l’autre et d’autre part, l’effet que
peut avoir le comportement de l’autre sur soi-même. Pour Crozier
(1922-2013) le niveau de pouvoir de la personne A sur la personne B
dépend du niveau d’incertitude de A par rapport aux comportements
de B et du dde B par aux comportements
de A.
Il nous semble qu’un lien puisse être établi entre les concepts
d’incertitude et d’identité. Ainsi pour nous, dans toute situation
relationnelle, l’incertitude implique l’identité des partenaires. Pour les
deux la question est : qui est face à qui et avec quel statut ? Comme on
la remarque, l’influence du système de relations de pouvoir se
constate dans le processus identitaire. Ainsi, l’image du soi chez les
femmes est davantage influencée par le fait de leur appartenance
sexuée, que celle des hommes. Selon les cas, la réponse à « Qui ? » est
différente selon qu’il s’agisse d’individus dominants ou dominés. Il
peut s’agir de la singularisation de l’expression de soi chez les
premiers ou de représentation de soi davantage en termes catégoriels,
en termes d’identité « collective » (de Bosscher & Durand-Delvigne,
2002).
La rapidité de l’évolution des trois séries de faits, citées plus haut,
met de plus en plus en cause l’aspect sexuel de la discrimination et
met au centre du raisonnement le système de relation de pouvoir en
dehors de la question des rapports entre les deux sexes. Ainsi la
différence sexuelle, plus qu’un fait biologique, devient un fait
sociopolitique, un construit social. Nous le constatons régulièrement
nous-même à travers nos expériences et nos travaux de recherche sur
la souffrance liée au travail, que les harceleuses, donc les femmes,
sont parfois plus dures que les harceleurs, donc les hommes.
Harceleuses, elles le sont aussi bien à l’égard des autres femmes que
des hommes, même si, numériquement, elles sont minoritaires. Ceci
nous conduit à penser que la discrimination est avant tout une affaire
21 de relations de pouvoir et de domination, où celle-ci dépend du fait de
qui détient le pouvoir, quelle que soit son appartenance aux groupes
biologique, national, religieux ou ethnique et comment il l’exerce.
Dans ce « jeu de pouvoir » (Crozier, 1922-2013), l’influence que
provoque chacun des deux partenaires de la relation par son
comportement, est censée aller dans le sens de ses propres intérêts
dans la mesure où les partenaires A et B de cette relation disposent
chacun des ressources dont l’autre a besoin et agit de telle sorte qu’en
l’influençant, il puisse les obtenir. Mais en même temps, chacun se
trouve dans une situation d’imprévisibilité ou d’incertitude par rapport
à la résistance que l’un peut manifester en s’opposant au fait d’être
dépendant de l’autre. Celui qui veut influencer l’autre pour que ses
comportements aillent dans le sens de ses intérêts est obligé
d’employer des stratégies pour réduire cette résistance. Ces stratégies
sont diverses, allant de l’emploi de la force jusqu’à, ce que Laacsonen
(1990) appelle, la participation instrumentale dans les milieux de
travail. Ainsi, A et B sont en relation d’interdépendance dont le degré
de dépendance de l’un vis-à-vis de l’autre varie selon les circonstances
et les manières dont ils se représentent tout à la fois eux-mêmes et leur
partenaire.
Les représentations constituent des intermédiaires entre les
individus et la réalité. En fait, c’est par leur intermédiaire que nous
communiquons avec et nous agissons sur elle. Dans une telle
perspective, l’identité se conçoit comme « l’ensemble organisé des
représentations qu’un individu a de lui-même, représentation de soi et
des groupes auxquels nous appartenons » (Zavaloni, 2007). Depuis
Aristote, la culture occidentale nous a appris à concevoir la réalité
extérieure à l’homme à tel point que même « soi » est pensé comme
une entité distincte de celui qui se le représente à lui-même. Du fait de
son caractère existentiel, nous craignons sa disparition. Autrement dit,
à nos propres yeux, nous n’existons qu’à travers ces entités mentales
produites par notre imagination. Ainsi, nous ne pensons exister que si
nous possédons telle ou telle chose, donc tel ou tel statut. C’est pour
se sentir exister et/ou renforcer ce sentiment que les dominants,
groupes ou individus, se font l’illusion d’exercer leur pouvoir sur les
autres, d’où l’égoïsme et la différenciation entre soi et les autres si
chères à Freud comme modèle de l’homme idéal ne dépendant pas des
autres, car, à ses yeux, la dépendance vis-à-vis des autres est un signe
d’immaturité et/ou de régression. Mais aussi le fait que cette
différenciation provoque de l’égocentrisme par lequel nos intérêts
22 prévalent ceux des autres. Et pour nous justifier, comme nous l’avons
vu plus haut, nous nous donnons toute sorte de référence telle que le
sexe, la race ou le statut social, etc. qui sont les ingrédients de la
discrimination au sens négatif, dont celui du sexisme abordé dans
cette recherche.
Les perspectives de recherche qu’ouvre l’ensemble des termes de
conscientisation, revendication, épanouissement, affirmation et
émancipation redonnent à la discrimination son sens positif de lutte
pour l’égalité des droits et de dynamique sociale. À nos yeux, de telles
recherches ne trouvent leur pertinence que sous deux conditions : si
elles incluent la variable configuration des rapports de pouvoir d’une
part et si elles évitent l’emploi du concept de « Culture » d’autre part.
Et cela d’autant plus que le concept de inventé par les
occidentaux relève avant tout de la pensée colonialiste. Car, soit qu’il
exalte les différences pour les maintenir, soit qu’il les nie afin de
disculper ses inventeurs. Dans tous les cas, ce concept est toujours
producteur d’autres stéréotypes et cela malgré les déclarations de ses
adeptes. C’est un concept vague, inopérant, enfermant et
simplificateur de la complexité des interactions sociales dans des
contextes géopolitiques différents.

Professeur Hossein DJAZAYERI
Université de Lille / France
Psychologue du Travail et des Organisations
Directeur de PROMOCOM

23 Introduction

Il n'est plus rare de constater que la situation des femmes dans le
monde du travail semble paradoxale. En effet, alors que les parcours
scolaires des filles se sont améliorés de façon notable et que les taux
d'activités professionnelles des femmes ont spectaculairement
progressé au cours des dernières décennies, le monde du travail
continue à distinguer les hommes des femmes et à demeurer un lieu de
discrimination sexiste. Par exemple, la progression des carrières des
femmes est plus lente que celle des hommes et quasiment stoppée aux
abords des hauts niveaux de la hiérarchie, phénomène souvent désigné
sous la formule « plafond de verre ». Cette étude s'inscrit dans ce
champ de recherche qui vise à mieux comprendre les dynamiques de
la discrimination sexiste au travail. Cependant, cette recherche met à
nu d'autres paradoxes ou pseudo paradoxes moins souvent relevés à
savoir :
- une situation de forte discrimination sexiste peut se combiner
avec une féminisation des postes à haut niveau de responsabilité ;
- la discrimination peut engendrer une dynamique de progrès
social, d'autant plus que cette discrimination est visible ;
- alors que traditionnellement les relations Nord-Sud, y compris sur
le plan scientifique et pédagogique, sont souvent organisées sous la
forme de conseil ou d'aide que le Nord destine au Sud, les pays du
Sud, en l'occurrence l'Afrique subsaharienne peuvent contribuer à une
meilleure compréhension de questions scientifiques voire inspirer de
nouveaux paradigmes dans le champ des sciences humaines et
sociales développé en Europe.
Comparativement à d’autres disciplines, la psychologie contribue
de façon encore marginale à la description et à la compréhension de la
situation discriminante dont les femmes sont souvent victimes dans le
monde du travail.
C’est ainsi que cette étude a pour objectif de présenter et de tenter
de comprendre les différentes formes de discrimination sexiste en
milieu du travail dans des cadres nationaux et milieux socioculturels
apparemment contrastés. Cette analyse se veut avant tout une analyse
optimiste de la situation des femmes dans leur cadre professionnel. En
25 effet, une des idées fortes qui sera abordée dans cette étude est de
montrer que la discrimination sexiste au travail contrairement à ce que
l’on pourrait penser lorsque l’on ne va pas très loin dans l’analyse,
n’atteint pas les femmes au point de les démobiliser et de les
démotiver. Car, ce travail se propose de démontrer que la
discrimination sexiste au travail, dont sont victimes les femmes, peut
cependant constituer pour ces dernières un stimulus, un élément
d’émulation qui aura pour conséquence l’affirmation et la
reconnaissance progressive de la femme en tant que professionnelle. Il
n’en demeure pas moins que le processus de reconnaissance de la
femme largement entamé et l’affirmation de cette dernière dans son
milieu professionnel ne peut annihiler l’importance encore vivace
aujourd’hui du phénomène de la discrimination.
Doit-on finalement se contenter de ces quelques acquis obtenus par
les femmes après tant d’efforts ? Peut-on prétendre régler le problème
de la discrimination de façon définitive ? Tant que des schémas
sociaux continueront à laisser penser que la place des femmes est
encore avant tout au foyer, pourrons-nous vraiment enrayer ce
phénomène ? Et quelles pourraient être les stratégies envisageables
pour lutter contre ces discriminations ?
Cette étude, loin d’être une réponse définitive à ce problème
complexe, se veut avant tout une piste de recherche à explorer et par là
même à travers ces travaux de recherche.
Nous observons bien qu’aujourd’hui, plus qu’hier, il incombe au
psychologue le rôle d’améliorer les conditions de vie et de travail des
individus au sein même du cadre professionnel dans lequel ils passent
presque autant de temps sinon plus que chez eux. La contribution du
psychologue, comme celle du sociologue, consisterait dans ce
domaine en la réduction des difficultés rencontrées souvent par les
femmes dans leur milieu professionnel, devant les attitudes
discriminatoires diverses dont elles sont souvent l’objet, et ce, quel
que soit le poste ou le statut qu’occupe la femme au sein de
l’entreprise. Il est vrai que certaines questions ont plus passionné que
d’autres, du fait de l’actualité ou selon les besoins du moment.
26 En effet, le constat quotidien montre que les efforts consentis dans le
monde du travail ont jusqu'ici contribué à améliorer la qualité et les
conditions de vie des hommes et des femmes. Ainsi, on constate qu'au
niveau de la grille salariale, à travail et qualification égaux, les
hommes sont mieux rémunérés que les femmes, ou encore que la
précarité des contrats ou la flexibilité du temps de travail pénalisent
les femmes.
Actuellement, ces avancées sont considérées et appréciées comme
des acquis de notre civilisation. N’est-il pas temps pour tous ceux qui
sont concernés par le monde du travail de changer d’orientation dans
les grandes réflexions dans ce domaine ? Ne peut-on pas considérer le
problème du sexisme au travail comme étant une entrave à
l’épanouissement dans le monde du travail et par conséquent un frein
au développement économique et social ? Les sociologues et les
psychologues ne devraient-ils pas être les fers de lance de cette
dynamique nouvelle ?
Les problèmes rencontrés par les femmes dans leur vécu quotidien
sont multiples. Ils sont d’ordre familial, sociologique, culturel et
souvent professionnel. Dans le cadre de cette étude, nous nous
pencherons essentiellement sur l’aspect professionnel. Quand bien
même les femmes du monde entier sont victimes de discrimination,
remarquons que ce phénomène varie selon les cultures ou les pays et
aussi en fonction du degré de développement économique des nations.
Il s’avère en effet nécessaire de relativiser les choses. L’individu se
comporte en fonction des représentations sociales générées par son
environnement et en fonction de son patrimoine culturel, ainsi que des
processus cognitifs liés à son appartenance groupale et culturelle.
Eu égard à tout ce qui précède, il sera question dans cette étude
d’analyser la discrimination sexiste au travail et de montrer en quoi
elle peut être, paradoxalement, source de motivation, donc
d’émulation au travail, au point qu’elle permettrait la création de
modèles féminins pour les générations à venir. Cette étude a pour
terrains d’exploration la France et le Bénin. Une telle étude
interculturelle permet de distinguer les différentes formes de
discriminations sexistes au travail propres à chaque culture et
éventuellement de dégager les points de convergence, afin de mesurer
l’impact global du phénomène de la discrimination sans toutefois
établir une grille de lecture unique et transposable à toutes les cultures.
Cette étude nous semble pertinente, car, elle permet la mise en
27 exergue de nombreux facteurs susceptibles d’influencer le
phénomène, notamment du point de vue culturel, sociologique et
économique.
Selon Zajonc (1967), les problèmes de psychologie sociale furent
très longtemps résolus au niveau de la morale et de la politique ; dans
la mesure où celles-ci entraînaient des prescriptions que nul ne mettait
en doute, la prédiction du comportement était aisée et
l’expérimentation superflue. Qui songerait à étudier de manière
systématique, la marginalisation des femmes au sein de la société, en
mettant en cause des dispositions et textes de loi propres à toute une
culture et mise en œuvre depuis des siècles ? Ce genre d’attitude serait
mal vu et perçu comme un manquement à la tradition.
Toutefois, lorsque les institutions s’ébranlent et perdent de leur
crédit, la prédiction des conduites qu’elles prescrivaient devient moins
aisée et l’explication de la transgression, comme de la
nontransgression, plus problématique. Cette explication de Zajonc paraît
insuffisante. Il existait en effet nombre de points qui ne relevaient ni
du domaine de la politique, ni de celui de la morale, ou du bon sens,
selon les normes de la société dans laquelle l’individu se situe. Ces
problèmes donnaient lieu autrefois à des spéculations raffinées et
controversées, que beaucoup résolvaient sans doute par leur
expérience personnelle, mais à propos desquels aucune
expérimentation scientifique n’a été consignée.
C’est le cas par exemple de la controverse entre Platon et Aristote
au sujet de la catharsis lors du spectacle d’une tragédie, des conseils
d’Aristote sur la façon d’écrire et de mettre en scène une tragédie, ou
encore de construire un discours susceptible d’emporter l’adhésion des
auditeurs. Tous ces problèmes existaient déjà. Mais, il a fallu attendre
le XXe siècle pour les voir soumis à l’épreuve expérimentale. En
dehors de l’explication de Zajonc au sujet de l’apparition récente de
cette branche des sciences humaines qu’est la psychologie sociale, une
autre raison pouvait être liée au problème de sa définition.
Selon Leyens (1979), on pouvait définir la psychologie comme la
branche des sciences humaines traitant de la dépendance et de
l’interdépendance des conduites humaines. Dans ce processus
d’influence et d’influence réciproque, on ne spécifie pas les aspects
quantitatifs ou qualitatifs des individus concernés ; ce que peut être un
individu isolé face à une représentation d’autrui, un leader, etc. Ces
28 partenaires d’une interaction peuvent également ne pas être réels.
C’est ce qui explique l’existence et l’influence d’autrui sur la façon de
penser ou de se comporter des êtres humains, qu’ils soient imaginaires
ou réels. Dans ce cadre d’étude, cet autrui peut être un complexe
socioculturel dans lequel l’individu évolue avec un rôle, une position
déterminée.
Aussi nous sommes-nous proposé d’étudier les relations inter et
intra groupes de sexe au sein des sociétés béninoise et française. Nous
analyserons également les manifestations évaluatives au niveau des
représentations et des comportements des uns vis-à-vis des autres
groupes qui sont souvent (relativement) des sous-groupes. Mais, avant
d’aborder cette recherche proprement dite, essayons de la situer dans
son cadre théorique.
La première partie de ce travail traite de l'asymétrie sociale et de la
différence homme/femme en milieu professionnel en France et au
Bénin. Nous traiterons ensuite de la problématique, des objectifs et
des concepts et théories clés de la recherche. Quant à la troisième
partie, elle est consacrée aux hypothèses, à la méthodologie et aux
résultats. Et nous terminerons ce travail par une discussion générale
des résultats obtenus.
29


Première Partie : Problématique et Objectifs de l’étude
31 1. Problématique
Le phénomène de la discrimination sexiste naît et se déploie entre
hommes et femmes. La visibilité de la discrimination est importante
dans le cas du Bénin et moindre en France. Alors, quel est l’impact de
ce contexte socioculturel et économique différent sur les processus
sociocognitifs participant à la discrimination ? Cette recherche met en
place une étude comparative sur le phénomène de discrimination
sexiste dans deux milieux socioculturels différents dans lesquels la
visibilité de la discrimination est différente. Dans un des milieux, elle
est importante (plafond de fer, Bénin) et dans l’autre elle est atténuée
(plafond de verre, France). Cette comparaison Bénin/France peut être
une contribution à la compréhension de la construction et du maintien
des inégalités, étudiés dans des postes à haut niveau de responsabilité
dans deux milieux socioprofessionnels appartenant à des aires
culturelles contrastées.
Le plafond de fer est une formule que nous avons créée pour rendre
compte de la situation des femmes en Afrique Subsaharienne.
Cependant, nous verrons ultérieurement que cette expression cache
une réalité particulière au Bénin : la présence non négligeable de
femmes dans des postes à haut niveau de responsabilité. Donc, le
plafond de fer est une expression qui caractérise une grande partie des
femmes au Bénin. Cependant, des femmes hautement qualifiées y ont
transpercé le plafond de verre, formule particulièrement adaptée à la
situation des femmes en Europe, et en l'occurrence en France.
Nous nous intéressons plus particulièrement au phénomène de
discrimination sexiste dans le domaine du travail ; d'où le titre de notre
travail formulé comme suit : Perception, explication et stratégies de
lutte contre la discrimination sexiste en milieu du travail au Bénin
et en France. La discrimination sexiste en milieu du travail s'exprime
à travers des comportements de rejet adoptés par des personnes d'un
groupe sexué à l'égard du groupe sexué opposé. Elle peut aussi
s'exprimer par la différence salariale ; ici à compétences égales, les
hommes ont par exemple, des salaires plus élevés que les femmes. La
discrimination sexiste peut également s'exprimer à travers la
sousreprésentativité des femmes dans les postes de responsabilité. C’est
l’expression en général des stéréotypes et de bien d'autres concepts qui
seront abordés dans ce travail.
33 Quand bien même les sociétés sont différentes les unes des autres
pour ce qui est du contenu des attributions et prescriptions destinées
de manière exclusive soit aux hommes, soit aux femmes, elles sont de
façon générale caractérisées par une même classification hiérarchique
des sexes. Cette manière de procéder s’explique et se remarque par un
processus également universel. Il s’agit du « sex typing », un
processus par lequel le sexe se transmue respectivement en genre au
sein d'un rapport social asymétrique (Durand-Delvigne, 1992).
Les femmes, pour s'en sortir, doivent faire preuve d’une grande
motivation à tous les différents niveaux notamment au travail. Non
seulement elles demeurent dignes au foyer, mais en plus, elles se font
véritables actrices économiques de par leur contribution au
développement de leur pays. Elles interviennent également dans les
organes de décision où elles ont pris une place active au fil du temps
et où, elles réussissent peu à peu à imposer une forme de respect et de
considération qui manquaient jusqu’alors à leur lutte permanente et
inachevée. Grâce à leur volonté indestructible et cette lutte farouche
(vaillance) qui se fait au quotidien, les femmes de pouvoir ont accéléré
considérablement l’intégration et l’émancipation des femmes dans le
milieu du travail. Ces femmes en général ont su convaincre grâce à
leur perspicacité, leur sérieux au travail, ce qui aurait entraîné une
régression du sentiment de misogynie dont elles étaient victimes. Dès
lors qu’un homme peut se faire diriger par une femme, on observe un
énorme progrès dans le changement du regard de l’homme vis-à-vis
de son épouse et de sa collègue femme.
En effet, cette lutte d’émancipation est une lutte pour le
développement des femmes elles-mêmes et non une combativité à
l’égard des hommes. Elles voudraient accéder à la place qui est la leur
dans la société, de même que les droits qui sont les leurs. Ceci
semblerait donc une lutte revendicative et une demande de
cohabitation et non une bataille. Dans certaines cultures comme c’est
le cas au Bénin, la femme de pouvoir dans son parcours est
pleinement consciente du rôle qu’elle joue, ce que sa réussite peut
engendrer, de même qu’un éventuel échec. Ce qui contribue à sa prise
de conscience, car l’avenir des jeunes générations appartenant à son
groupe sexué en dépend.
Toutefois, que les femmes soient conscientes ou non de ce fait,
remarquons que leurs actions ont toujours des retombées sur tout le
groupe. Elles peuvent servir ou desservir le groupe. Ainsi, des
34 comportements individuels adoptés dans la perspective d'une
progression de carrière personnelle, observés plutôt chez les femmes
en France, peuvent néanmoins contribuer à l’évolution des mentalités
au sein des sociétés et au recul de la misogynie, la phallocratie et
autres. Il est sans doute souhaitable que les femmes de pouvoir
prennent conscience de cette lourde charge ou responsabilité et
qu’elles en tiennent compte pour mener à bien leur lutte afin que
celleci serve à la cause de leurs pairs (toutes les femmes).
Quand bien même de nombreux efforts restent à faire, les
mentalités ont quelque peu évolué. Les femmes ont quitté le stade
d’êtres ou d’objets insignifiants. Elles sont ensuite passées au stade de
femmes partenaires de l’homme, êtres complémentaires et
aujourd’hui, on tend vers la parité ou l’égalité dans la réalité.
Néanmoins, les clichés et les représentations demeurent. En théorie, la
lutte pour l’émancipation de la femme a été une lutte de longue
haleine. Au Bénin, les débuts ont été marqués par la présence des
Amazones dans le royaume de Dahomey sous le règne de Tassi
Hangbé où les femmes allaient chercher la victoire là où les hommes
ont échoué. Elles représentaient en quelque sorte la troupe d’élite pour
ainsi dire.
En France, notons qu'en dehors des luttes individuelles des femmes
de pouvoir, sont menées d’autres luttes collectives souvent à travers
de nombreuses associations féministes, des partis politiques où les
femmes en sont les présidentes.
Bien qu’au Bénin, la plupart des luttes menées par les femmes de
pouvoir semblent collectives, il n’en demeure pas moins que certaines
femmes, ici ou là, ne se réclament d’aucun bord. Et il n’est pas
surprenant d’entendre quelques fois certains propos tels : « je ne suis
pas une féministe ; je ne dois ma réussite à personne ; je me bats pour
ma famille et moi… »
Quand bien même l’homme délègue à la femme la gestion du
foyer, il demeure le grand décideur de la vie publique de la société
tout entière. C’est en ce sens que le lieu du travail semble être l’un des
microcosmes les plus représentatifs de la société où la lutte pour
l’égalité des sexes est la plus âpre. Ce qui justifierait l’implication de
plus en plus accrue des femmes dans les sphères publiques, dans la
prise de décision et dans les différents secteurs d’activité.
35 La présente étude s’organise à partir de trois thèmes clés qui en
composent l’ossature, à savoir : discrimination, émulation et modèle.
Il serait intéressant de comprendre le sens que revêtent ces différents
concepts.
La discrimination, de façon générale, est le fait de discerner, de
distinguer les choses les unes des autres avec précision, selon des
critères définis. Dans cette étude, nous nous intéressons surtout à la
discrimination sexiste liée à l’asymétrie des positions sociales des
hommes et des femmes. Cette asymétrie s’observe, par exemple, dans
l’insertion différenciée des femmes et des hommes dans le monde du
travail. On parle aussi de discrimination dans le fait d’exclure les
femmes des centres de décision et parfois de considérer que ces
dernières ne peuvent produire le même rendement que les hommes, ce
qui justifierait les mauvais traitements dont elles peuvent faire l'objet
dans différents milieux professionnels, en termes de salaire, de
carrière, de harcèlement de tout genre, etc. Tous ces préjugés vont
faciliter l'accroissement des inégalités sociales qui vont priver la
société des compétences d’une catégorie. C’est dans le but de
contribuer à une meilleure compréhension des processus sous-jacents
à cette discrimination que la présente étude a été organisée sur le
phénomène.
Certains travaux révèlent déjà qu’entre préjugé et discrimination, il
n’existe qu’une marge. Les préjugés sont liés aux jugements cognitifs
et aux réactions affectives, tandis que la discrimination est le fait de
comportements négatifs à l’égard des individus membres d’un autre
groupe (exo groupe) sur qui on porte des préjugés. Grâce aux travaux
de Pettigrew (1993), on s’est rendu compte de la complexité de ces
deux notions, quant à leur lien. Il a prouvé que la discrimination n’est
pas que l’émanation du préjugé. Nos comportements reflètent nos
convictions personnelles, parfois même profondes et de facteurs
indépendants de nous (circonstances externes qui peuvent échapper à
notre contrôle). Une personne peut éprouver des sentiments négatifs à
l’endroit d’une autre ou d’un groupe minoritaire sans passer à l’acte,
parce que soit son bon sens l’en a empêchée soit qu’il existe dans sa
société, des lois, des textes juridiques qui interdisent de tels actes qui
sont passibles de sanctions sévères.
De même, un individu peut ne pas avoir de préjugés envers un
autre et faire de la discrimination, simplement parce que les lois et
textes juridiques qui régissent la société ou le pays dans lequel il vit le
36 lui permettent et encouragent des comportements discriminatoires.
Selon Bourhis et al. (1994) « c’est souvent dans le domaine de
l’emploi et du cheminement de carrière au sein des organisations que
la discrimination se manifeste de façon particulièrement subtile et
pernicieuse ». Kalin (1981) a fait une série d’études sur des étudiants
universitaires dans une région du Canada anglophone, au sud de
l’Ontario. Ces études démontrent l’effet pervers de la discrimination
dans le monde du travail.
En effet, dans cette analyse, il serait particulièrement intéressant de
voir comment la discrimination se manifeste dans des domaines et des
sociétés différents. Y a-t-il des variantes ; ou alors, de la France au
Bénin, les clichés, les stéréotypes et les pratiques sont-ils sensiblement
les mêmes ? Autrement dit, la discrimination sexiste dans le milieu du
travail est-elle fonction des habitudes, de la culture ou alors, dépend
telle de la nature du cadre d’activité ?
Faire de l’émulation revient à se livrer à une lutte acharnée ou
forte, pratiquer une sorte de rivalité, etc. Également il réfère à un
sentiment qui implique une personne en mérite, à s’égaler ou
surpasser, en savoir, en travail. C’est l’expression de la recherche
d’une valorisation de soi, implicitement inscrite dans une concurrence.
C’est l’expression d’un amour-propre, d’un zèle. Lorsqu’on dit qu’il
existe entre deux personnes de l’émulation ou une grande émulation,
cela voudrait dire qu’elles se livrent à une compétition. Avoir l’esprit
d’émulation ou faire preuve d’émulation au travail, c’est s'impliquer
davantage dans une activité en vue de satisfaire une ambition. Ce
travail va donc montrer comment la femme va utiliser sa
marginalisation au travail comme point d’appui pour son ascension
sociale grâce à une volonté indestructible. Loin de nous l’idée que la
discrimination sexiste au travail ait été nécessaire à la femme pour que
cette dernière dévoile ses capacités et prenne conscience de la
nécessité pour elle de s’affirmer dans ce domaine et partant dans la
société tout entière. Mais, il n’en demeure pas moins que la réalité des
faits nous oblige à considérer que la volonté dont font preuve les
femmes dans la lutte qu’elles mènent pour l’égalité des sexes au
travail et pour la reconnaissance de leurs droits n’est qu’une
conséquence de l’oppression et du traitement dont elles ont été l'objet.
Quant au modèle, c’est ce qui sert ou doit servir d’objet d’imitation
pour faire ou reproduire quelque chose. C’est l’archétype. Les
premières femmes qui font leur preuve vont-elles devenir des
37 exemples et des références pour les générations futures de femmes ?
En seront-elles conscientes et finalement vont-elles œuvrer dans ce
sens ? Le phénomène varie-t-il d’une culture à une autre ? Néanmoins,
à tout point de vue, ces femmes défendent un même idéal, celui de la
lutte pour l’émancipation des femmes en général ou pour leurs
émancipations à elles, prises individuellement.
Pour justifier notre choix d’étude, nous procéderons à l’étude
comparative de deux cultures et nous étudierons la place qu’occupe la
femme dans chacune d’elles. L’étude de ce phénomène en France et
au Bénin sera l’occasion pour nous de cerner les processus
sociocognitifs qui rendent compte du phénomène de discrimination
dans deux milieux socioculturels différents. Même s’il va s’en dire
qu’en Europe comme en Afrique le phénomène ne peut-être uniforme
à l’ensemble des pays ; il n’en demeure pas moins que l’un et l’autre
de ces pays englobent souvent les grands traits de la réalité telle que
vécue dans chacun des continents auxquels ils appartiennent.
Au-delà des considérations que les femmes voudraient atteindre le
même niveau indifféremment des continents et des civilisations
1auxquelles elles appartiennent , l’évolution quant à elle se fait à des
rythmes différents et les changements émanant de ces processus
suivent une courbe particulière inhérente à chaque réalité sociale. Il
serait cependant intéressant de voir les avancées dans les sociétés
choisies et les spécificités propres à chacune selon ses réalités
sociologiques considérées de nos jours.
Si parfois les femmes en France accèdent au pouvoir pour ce
qu’elles valent et non pour être représentatives d’un groupe humain
marginalisé, c’est parce que le phénomène a atteint déjà un niveau non
négligeable, même si des efforts sont encore à faire notamment par
rapport à d’autres pays d’Europe, tels la Suède, la Norvège, etc.
Toujours est-il que certaines de ces femmes sont chefs de partis
politiques, députés, sénatrices, directrices générales de grands
groupes, ministres, etc., mais elles ne se sentent pas forcément

1 Comme l’attestent les différents sommets et autres grandes réunions réunissant
les femmes de l’ensemble des pays du monde. Le sommet de Pékin (1995), à ce
propos, a été particulièrement prolifique. En effet, de grandes réflexions sur
l’amélioration des conditions générales d’existence des femmes ont été
amorcées. Et dans ce cadre, les femmes ont réaffirmé que leur liberté passait par
l’instruction et le travail.
38 investies d’une quelconque mission pour l’avancée des droits des
femmes, en tout cas, ces recherches n’ont pas permis d’en rencontrer
beaucoup qui le revendiquaient. Au contraire, elles estiment être
d’abord méritantes et par conséquent toute allusion à leur ascension en
tant que femmes est considérée comme réductrice et abstractive de
leurs mérites. Eu égard à certaines dispositions juridiques présentes en
France, nous observons une discrimination « sourde », presque
invisible, qu’il conviendrait de démasquer, rendre davantage visible
pour mieux y faire face. Alors qu’au Bénin par exemple, les femmes
au pouvoir sont des portes-flambeaux, représentatives de toute la gent
féminine. Elles portent un poids lourd, un avenir, le destin d’un
groupe de personnes écrasées, non prises comme étant des êtres à part
entière, eu égard aux pesanteurs sociologiques, culturelles,
psychologiques et pathologiques encore très nombreuses. Il faut dire
que dans ces pays du tiers-monde, les mouvements féministes sont
encore naissants, le combat féminin en évolution.
Cette recherche vise à démontrer que la discrimination au travail va
paradoxalement constituer pour les femmes un moyen de lutte pour
l’affirmation définitive de leur statut de citoyenne, avec les droits et
les devoirs que cela implique. Afin de valider la question, nous
proposerons un canevas constitué des différents points ou questions à
défendre. De plus, un questionnaire sur les femmes béninoises et
françaises au pouvoir (à des postes de responsabilité) permettra
d’obtenir des données statistiques présentant quelques prototypes
existants. Ensuite, l’étape suivante sera de tenter de comprendre
comment la discrimination favorise l'émulation, et, comment elle a été
et demeure créatrice de modèles chez les femmes.
Il est clair qu’à partir du moment où les femmes ont vu leur rôle
évoluer dans la société, cela a provoqué chez elles une prise de
conscience. Elles réalisent qu’elles peuvent prétendre à une situation
encore meilleure. Ce qui allait entraîner, à terme, l’arrivée de certaines
femmes à la tête d’abord de petites, de moyennes, puis de grandes
entreprises, et dans ce cas de figure, contrairement à ce qu’on pourrait
penser, le Bénin connaît comme la France, la même situation dans son
évolution, mais à des périodes différentes. Puis, les premières femmes,
les pionnières, ont créé une nouvelle classe de chefs d’entreprises,
dont certaines seront progressivement admises dans les milieux qui
jusque-là restaient hermétiquement fermés aux femmes (comme les
domaines politique et diplomatique).
39 L’un des symboles de cette ascension des femmes est l’accession
de centaines de femmes aux plus hautes fonctions de l’État, telles
celles de premier ministre (Édith Cresson en France, Margaret
Thatcher en Angleterre), Présidente de la cour constitutionnelle
(Elizabeth Pognon, Conceptia Houinsou, Marcelline Gbeha Afouda,
(haute cour au Bénin).
Aujourd’hui, on parle de quotas de femmes et d’hommes pour les
différentes listes électorales. Mais reconnaissons aussi qu’il n’est plus
du tout choquant aujourd’hui de voir une femme-chef de parti
politique ou ministre. Finalement, cette ascension de femmes dans
quasiment tous les domaines est le résultat d’une longue lutte et
surtout la reconnaissance de l’efficacité et de la compétence de ces
dernières.
En effet, les femmes ont d’abord accédé à certains postes pour un
besoin d’équilibre social et aussi dans la volonté de certains
responsables politiques de séduire l’électorat féminin (puisqu’elles
représentent un peu plus de la moitié de l’électorat). Dans tous les cas,
les femmes ont donc dans un premier temps accédé à des postes de
responsabilité comme “ gadgets ”. Car la société voulait se débarrasser
de sa misogynie longtemps décriée.
C’est seulement une fois en exercice et contre certaines attentes que
les femmes vont s’avérer être de très bons chefs d’entreprises, de bons
professeurs, de bons médecins, concurrençant efficacement dans
certains domaines leurs collègues hommes. C’est à partir de cet effort
au travail et de la reconnaissance de celui-ci que les femmes vont
véritablement s’imposer et tracer un chemin pour les générations
futures, lesquelles générations vont désormais aborder la vie sans trop
de complexes en ayant à cœur de faire comme leurs prédécesseurs,
voire faire mieux que ceux-ci. Ainsi, le phénomène de discrimination
sexiste au travail pourra peut-être s’annihiler de façon définitive.
Afin d’approfondir la question, nous avons élaboré des hypothèses
théoriques, opérationnelles et statistiques, que nous avons essayé de
valider grâce à des outils de type réactif que nous avons construits tout
en tenant compte du cadre conceptuel établi.
Dans cette étude, nous tenterons de comprendre le phénomène de la
discrimination sexiste au travail, laquelle discrimination a de
nombreuses conséquences sur le rendement et la productivité. Aussi,
ce phénomène entraîne de nombreuses frustrations chez les femmes
40 qui a priori devraient baisser les bras et se résigner devant cette
pression et cette injustice. Notre analyse montre comment les femmes
peuvent se battre, transformant cette pression en défi et ainsi rivaliser
avec les hommes. Cette reconnaissance va prendre forme avec
l’accession des premières femmes aux postes de responsabilités.
Ainsi, cette étude s'appuie principalement sur la théorie de la privation
relative (PR). Celle-ci est promue par Tougas et ses collaborateurs
(1987, 1994). Elle met en exergue le sentiment de domination et la
revendication en vue de la réduction dudit sentiment. De cette théorie,
nous émettons l'hypothèse que les femmes béninoises s'engagent dans
une action collective pour lutter plus efficacement contre le
phénomène de la discrimination faite à leur encontre notamment en
milieu professionnel, contrairement à leurs homologues françaises qui
développeraient davantage des stratégies de lutte individuelle. En
revanche, la perception du phénomène de discrimination est modérée
en France (plafond de verre) et plus forte au Bénin (plafond de fer).
Notons qu'afin de mieux circonscrire la théorie de la PR dans le cadre
de cette recherche, il est aussi nécessaire de présenter et de cerner les
concepts qui lui sont liés, comme les perceptions et catégorisations
sociales, les stratégies envisagées pour faire face au phénomène de
discrimination.
41 2. Objectifs de la recherche
Nous nous proposons d’étudier dans le monde du travail les
mécanismes de la discrimination, de l’émulation et du sexisme. En
relation avec la théorie de l’identité sociale, de l'attribution, des
perceptions, les représentations sociales et la théorie de la privation
relative, les mesures porteront sur la discrimination perçue,
l’explication de cette discrimination et les stratégies individuelles
et/ou collectives pour y faire face.
Alors, l'objectif principal des études faites dans le cadre de la
présente recherche est de contribuer à l'étude des effets de la
discrimination sexiste en milieu professionnel. Ainsi, nous étudions
les processus sociocognitifs qui sous-tendent et justifient les inégalités
observables dans les rapports sociaux de sexe au travail à travers trois
axes fondamentaux de la psychologie sociale à savoir : les
perceptions, les explications et les stratégies liées au phénomène de
discrimination.
De façon plus précise, il s'agit de :
- Évaluer la perception qu'ont les différents groupes de la
discrimination faite à l'égard des femmes occupant des postes de
responsabilité dans le milieu du travail.
- Montrer comment les femmes peuvent utiliser leur
marginalisation au travail comme point d'appui pour leur ascension
sociale grâce à une forte implication au travail.
- Étudier la représentativité des femmes dans les instances
décisionnelles (Bénin / France) sachant que ce phénomène ne peut être
uniforme à l'ensemble des pays.
- Partir de la comparaison entre différents groupes, comprendre la
prégnance du plafond de verre par rapport au plafond de fer dans les
deux pays.
La discrimination sexiste est une discrimination parmi tant d'autres,
mais elle a cette particularité d'être au cœur de tous les débats. Bien
qu'elle soit quasiment aussi vieille que l'humanité, elle est toujours
d'actualité. La discrimination est traitée dans ce travail comme le fait
d’exclure les femmes des centres de décisions.
42 Notre objectif est d’appréhender le paradoxe de la discrimination.
Ce phénomène, qui entraîne de nombreuses frustrations chez les
femmes, peut les amener à un phénomène d’autosoumission. Pourtant,
les femmes se battent, transformant leurs difficultés existentielles,
dans le milieu du travail, en défi, et ainsi à rivaliser avec les hommes.
Ce faisant, les femmes visent à l’amélioration de leur statut
professionnel, et social. Cette recherche consiste à montrer comment
les femmes peuvent utiliser leur marginalisation au travail comme
point d’appui pour leur ascension sociale, grâce à une forte
implication au travail. Une fois cet effort au travail reconnu, elles
s’imposent véritablement et peuvent alors tracer un chemin pour les
générations futures, lesquelles générations vont désormais aborder la
vie sans trop de complexes et aller de l’avant. Aussi faisons-nous
l’hypothèse contre-intuitive qu’une discrimination forte (plafond de
fer) peut induire chez les personnes discriminées la mise en œuvre de
stratégies individuelles et surtout collectives afin de sortir des
situations socioprofessionnelles difficiles tout en impliquant la société
et les pouvoirs publics : la discrimination pourrait devenir
paradoxalement un facteur d’émulation. Ce travail de recherche
consiste à montrer comment les femmes peuvent utiliser leur
marginalisation au travail comme point d’appui pour leur ascension
sociale, grâce à une forte implication au travail.
Le choix d'une étude comparative entre deux cultures
(France/Bénin) peut permettre une meilleure compréhension de la
prégnance du plafond de verre comparé au plafond de fer.
Après un bref rappel historique du statut des femmes dans les
différentes cultures, et après l’évocation des luttes d’émancipation des
femmes au cours des siècles et les grands changements survenus par la
force des choses, cet objectif est d'étudier comment la discrimination
peut entraîner chez la femme une prise de conscience de la situation
de la gent féminine.
Ces observations sont étayées par des travaux du monde occidental
d’une part, par les travaux de Deschamps (1974), Heider (1944, 1958),
Tougas & Guimond (1983, 1987), Tajfel (1978, 1981), Tocqueville
(1856), Davies (1971, 1974), Runciman (1966), Beauvois (1994),
Maruani (2/1996), Durand-Delvigne (1997, 2003), Leyens (1979),
Lorenzi-Cioldi (1993, 1994), Markus et al. (1989, 1991, 1993),
Dumont (1967), Rebzani (2004), Vinsonneau (1999) et d’autre part
43 dans la littérature tiers-mondiste et plus particulièrement
négroAfricaine (Kane, Diop, Kourouma, Pliya, Kouchoro, Attanasso
(2002), etc.).
Sur le plan opérationnel, nous avons mené des recherches (par
entretiens et questionnaires) auprès d’acteurs femmes occupant des
postes de responsabilités importantes (catégories
socioprofessionnelles élevées) et d’observateurs (des hommes
homologues de même niveau de responsabilité, ainsi que des femmes
et des hommes appartenant à des CSP faibles à savoir des cadres
moyens) dans deux pays contrastés sur le plan culturel et du
développement économique et ayant en commun le français comme
langue officielle. En revanche, nous avons souhaité axer
principalement ces analyses sur la base des données recueillies à partir
du questionnaire de la principale enquête.

44



Deuxième Partie : Asymétrie sociale et différence
homme/femme en milieu professionnel en France et au
Bénin

45 1. Femmes, marché de l'emploi et le plafond de verre : le
cas de la France
Introduction
Longtemps cantonnées à la sphère privée, où elles étaient retenues
par les tâches domestiques et familiales, au fil du temps, les femmes
ont conquis l’espace public et ainsi ont pu obtenir de nouveaux rôles
autres que ceux qui leur étaient conférés. Ce qui a entraîné une
redéfinition des rapports au sein du couple, de la famille et de la
société tout entière.
Au cours du XVIIIe siècle, la fonction maternelle des femmes,
prenant de l'ampleur, a contribué à leur enfermement, l’enfant étant
devenu l’objet d’une attention croissante. Les philosophes du Siècle
des Lumières s’émeuvent de la mortalité infantile qui, jusque-là, était
acceptée avec résignation, non pas avec indifférence, mais par
soumission à la volonté divine.
Les économistes soucieux de « la richesse des nations », les
juristes, inventeurs du « droit naturel », et surtout les médecins que le
microscope et la dissection ont émancipés de l’autorité des Anciens et
de la religion, tous auraient voulu que chaque enfant conçu puisse
naître et vivre dans les meilleures conditions, car les soins qu’il reçoit
tout petit détermineraient la santé physique et morale de l’adulte qu’il
deviendra. Ces soins dépendent de la mère, personne devenue
indispensable, voire incontournable, dans la réalisation de l'être et de
la famille.
Le Bras-Chopars et Mossuz-Lavau (1997) affirment qu'à cette
époque, « les femmes sont exclues de l'exercice du droit de cité. Elles
sont citoyennes passives comme les enfants, les pauvres et les
étrangers. (...) Tous ont droit à la protection de leur personne, de leur
propriété, de leur liberté, etc. Mais tous n'ont pas droit à prendre une
part active dans la formation des pouvoirs publics ; tous ne sont pas
citoyens actifs. (...) ceux encore qui ne contribueraient en rien à
soutenir l'établissement public ne doivent point influer activement sur
la chose publique ».
eRousseau s'est intéressé à la question au XVIII siècle, dès lors que
les filles d’Ève, humiliées comme pécheresses, et subordonnées aux
hommes, commencent à être vénérées en tant que mères, au service
47 des enfants. L’amour maternel, vu comme consécration totale de la
mère à l’enfant, devenait une valeur de civilisation et un code de
bonne conduite. C'est avec lyrisme qu'on le célébrait tout le long du
eXIX siècle. (Knibiehler, 1980).
Des principaux rôles furent attribués à chacun des deux sexes. La
théorie des « deux sphères » attribue à l’homme la sphère publique, le
travail professionnel, la gestion de la cité ; et à la femme la sphère
privée, le travail domestique, la gestion du ménage, les tendres soins
des corps et des cœurs. Ainsi, de Rotschild qui n’est pas une
chercheuse disait lors d’une émission télévisée « vie privée, vie
familiale » sur l’antenne de France 3, en 2007, que : nombreuses sont
ces femmes qui sont heureuses d’être reconnues dans une fonction si
importante et qui ont appris à se conduire en « femmes d’intérieur »
dignes et discrètes. Et aux femmes qui souhaitaient s'investir dans la
politique, Scott 1996, cité par Le Bras-Chopard & Mossuz-Lavau
(1997) avance : « Souvenez- vous de cette virago, cette
femmehomme, l'impudente Olympe de Gouges, qui a abandonné tous les
soins de son ménage parce qu'elle voulait s'engager dans la politique
et commettre des crimes (...). Cet oubli des vertus de son sexe l'a
conduite à l'échafaud ». Et d'après ces derniers, les inégalités et les
exclusions appliquées aux femmes n'ont fait qu'accroître à travers les
temps, allant de la première jusqu'à la dernière République. Ces
exclusions se sont accentuées aux époques de la Deuxième et de la
Troisième République.
En France, tout comme ailleurs, de nombreux progrès ou mutations
ont vu le jour.
Ce fut au prix d’une dépendance que le Code Napoléon datant de
e1804 et les usages de la société bourgeoise du XIX siècle ont
étroitement resserré. Le chef de famille était maître chez lui ; un voile
épais protégeait l’intimité de la vie, et cachait aussi certains abus de
pouvoir.
eAu cours du XX siècle, l’État providence prend forme peu à peu,
et s’impose à côté du père comme cogestionnaire de la famille. Les
allocations qu’il institue, particulièrement précoces et substantielles en
France, où les hommes d’État voulaient enrayer la dénatalité, ont pour
but d’obtenir que les couples se marient tôt, engendrent sans retard
trois ou quatre enfants, la mère restant au foyer pour les élever, le père
48 demeurant seul pourvoyeur des ressources, tant par son salaire que par
les prestations y afférentes.
Il y eut un renversement des valeurs dès lors que l’enfant
représenté tel « l’ange du foyer », mythe et réalité, a connu un déclin à
epartir du milieu du XX siècle, parce que les femmes sont sorties de la
vie privée. Elles reçoivent des droits civils et politiques (les Françaises
en 1944). L’accès à la pleine citoyenneté les invitait à s’investir dans
les affaires publiques au côté des hommes. Les Françaises certes ont
rencontré des difficultés au départ, par rapport à d'autres peuples
européens ; mais une fois qu’elles se sont mises en route,
l'investissement lent au départ a fini par s’accélérer à partir des années
70.
Si nous nous référons aux succès actuels de certains personnages
féminins tels que Johnson au Libéria, Angela Merkel en Allemagne,
Gloria en Inde, Tarja Halonen en Finlande, Michèle Bachelet au Chili,
dans le monde et Ségolène Royal en France, nous pourrons penser
qu'il y a une grande évolution des mentalités à propos de la place des
femmes dans la société. En effet, la deuxième moitié du XXe siècle a
vu évoluer le rôle des femmes dans la société, ainsi que leurs droits
dans différents secteurs tels que l'éducation, le droit de vote, les
civils et juridiques, les droits à la contraception et à l'avortement.
Aujourd'hui, l'image que l'on s'est faite de la femme change et
évolue. La femme n'est plus perçue comme une personne qui devrait
être absolument soumise à l'homme. Elle a des droits qu'elle
revendique de plus en plus à travers les associations. Malgré cette
avancée dans la façon de considérer la femme, on rencontre encore
dans certains milieux des hommes qui s'obstinent à conserver leur
image traditionnelle d'homme « macho », autoritaire, dur et viril. Une
évolution du statut identitaire des hommes passe par leur participation
à des tâches domestiques et davantage d'investissement dans les
responsabilités familiales. Parlant de la situation des femmes en 2006,
le journaliste Zemmour a relevé que cette évolution des rôles dans la
société pourrait provoquer une certaine crainte que l'émancipation des
femmes conduise à l'émasculation des hommes. Or à notre avis,
l'émancipation des femmes conduirait plutôt à l'évolution et à
davantage d'équilibre de la société.
La situation des femmes et les injustices qu'elles subissent dans
divers domaines sont au cœur des préoccupations de toutes les
49 sociétés. En dépit de cela, le patriarcat demeure le système d'ordre
social dominant.
Les femmes ont toujours pris une part active dans la production
économique des sociétés. Elles se sont investies, souvent aux côtés de
leurs maris, dans la production paysanne, du commerce et de
l'artisanat, avant de se voir rémunérées plus tard pour les activités qui
se déroulaient à l'extérieur de leur foyer. Il s'agit de la salarisation
d'activités des femmes, véritable changement intervenu dans la
e deuxième moitié du XX siècle. Et si nous avançons vers une égalité
des droits entre les hommes et les femmes, notamment en milieu
professionnel, qu'en est-il en effet de leurs positionnements dans les
sphères décisionnelles, des progressions de carrières ; en bref, de
l'évolution des statuts dans les postes ascendants en France ?
Après une évocation de l'histoire du travail féminin en France, à
travers une mise en perspective de la situation des femmes françaises,
nous présenterons un aperçu des emplois féminins, de l'évolution de
leur situation au cours des temps, leurs parcours professionnels, les
handicaps et les combats auxquels elles continuent de faire face pour
l'amélioration de leurs conditions de travail et leurs problèmes
d'accessibilité aux postes de responsabilité.
1.1. Les femmes françaises et la marche vers une
émancipation
1.1.1. Femmes et histoire
Pendant longtemps, les femmes ont été limitées dans la
reproduction ménagère. Elles ont été considérées comme ne pouvant
jouer que le second rôle. Perrot (1992) disait déjà que l’histoire s’est
faite sans les femmes. On a en effet des difficultés à relever le rôle des
femmes dans l’histoire. Il est question de la non-visibilité des femmes
dans l'histoire officielle. Pour faire de l’histoire, deux démarches
s’avèrent nécessaires : observer ce qui se passe ou qui s’est produit et
faire le récit à ce propos. Les Anglais traduisent ceci en deux mots
essentiels à savoir : le « Story » qui représente ce qui se passe, les
évènements qui se sont produits et le « History » qui est le récit que
l’on fait. Quant à l’histoire des femmes, le silence s’est observé aux
deux niveaux.
Perrot s’est dite frappée par une dissymétrie entre l’abondance des
discours produits sur les femmes et la faiblesse des informations
50 concrètes disponibles (op. cit.). On parle à la fois des vertus et des
défauts des femmes. Lorsqu’on parle des femmes à l’époque ancienne,
la tendance va souvent aux discours abstraits. À l’époque grecque,
l’on a parlé de la femme absente de la vie quotidienne. Les peintres
des vases parlent de la nature féminine. Il y a eu les discours des
clercs qui ont renseigné sur la façon dont les femmes priaient. D’un
autre côté, il y eut des discours normatifs qui prescrivaient comment
les femmes devraient se comporter, ce qu’elles devaient faire et ce
discours condamnait les « mauvaises femmes ». Le constat est qu’il y
eut un important déficit de l’enregistrement primaire. On ne s’est pas
occupé de l’histoire des femmes, notamment du point de vue
statistique parce qu’on a jugé qu’elles n’étaient pas importantes ou
qu’elles ne comptaient pas. On les a oubliées et cet oubli est
informatif de la place qui leur est accordée dans la vie sociale et son
organisation.
e e Pour les dénombrements, les XVI et XIX siècles sont assez
e caractéristiques. Pour les statistiques récentes, le XIX est révélateur
en tant que période contemporaine.
Dans le temps, il a existé essentiellement des statistiques
d’exploitations rurales. D’après lesdites statistiques des exploitations
ouvrières au XIXe siècle, quand on dénombrait des feux, on ne
dénombrait que les foyers assimilés aux chefs de famille qui étaient
principalement des hommes, quand bien même certaines femmes
tenaient des exploitations. C’est aussi le cas de femmes qui dirigeaient
des plantations après le décès de leurs maris (Perrot, 1985).
On n’a jamais employé le féminin pour établir les statistiques sauf
dans certains cas. Les chiffres parlaient de femmes ouvrières
exclusivement lorsqu’il y avait des grèves d’employées femmes. Mais
lorsque ces grèves concernent des hommes et des femmes, donc de
grèves mixtes, on parle de grèves d’ouvriers.
On évoquait dans les rapports, les femmes lorsqu’il s’agissait de
stéréotypes. C’est le cas par exemple quand les commissaires de
police établissaient des procès-verbaux dans lesquels ils pouvaient
signaler que les femmes vociféraient… (Perrot, op. cit.).
Lorsque les femmes ont commencé à tenir des plumes, elles ont
marqué leur présence dans les archives privées, les journaux intimes.
Il y avait un autodafé des sources par les femmes elles-mêmes.
Cellesci procédaient à des destructions de sources, de leurs propres écrits au
51 motif qu’elles jugeaient peu crédible de léguer de tels héritages à leurs
progénitures.
Dans l’antiquité grecque, il y eut quelques poétesses et d’aucuns se
demandent encore si celles-ci ont vraiment existé.
Le Moyen-Âge a surtout été marqué par la tenue vestimentaire des
femmes. On parle également de reines, de saintes dans les chroniques
et assez peu de femmes ordinaires. Au XIVe siècle, par exemple, a
existé une femme malicieuse qui signait les manuscrits qu’elle copiait.
Les sources sont diverses et variées, mais peu abondantes.
Très peu d’écrivains parlaient des femmes, exception faite à
quelques-uns. Michelet qui fut un grand écrivain a beaucoup parlé des
femmes et les prenait au sérieux. Pour lui, les rapports entre les
hommes et les femmes sont un des moteurs de l’histoire. Mais il a
repris le discours du XIXe et a reproduit l’idée tranchée de nature.
Ainsi, les femmes seraient rangées du côté de la nature (femme
épouse, femme mère surtout qui fait bien les choses et si elle fait bien
ce travail, la société marche bien) et les hommes du côté de la culture.
Lorsque les femmes veulent sortir de ces rôles qui leur sont attribués
pour se mêler des affaires publiques, l’histoire se rétracte (exemple
des femmes de la Révolution française).
Les positivistes sont moins parleurs que Michelet. Ce courant a
couvert l’histoire politique, le rapport du public et du privé. Il régnera
en maître à la Sorbonne entre 1880 et 1920. Il y eut ensuite l’école des
annales qui s’est opposée au courant précédent dont Febvre
(18781956) et Bloch (1886-1944) en sont les pionniers. Ils se sont surtout
intéressés à l’histoire de la France, l’histoire des mentalités
(l’économique et le social, la conjonction, les crises, les catégories
sociales).
Febvre a fait quelques ouvertures. Parlant du rôle des femmes à
l’époque de la renaissance, il a publié la biographie de Denavar.
L’école des annales de Febvre et Bloch est brillante, mais a
malheureusement assez peu traité des femmes. Il y a eu tout au plus
deux ou trois articles sur les femmes avant 1939.
Les écrivains de cette époque allaient chercher des éléments dans
les sources privées des XVIIIe et XIXe siècles. Lejeune (1993) par
exemple a travaillé sur le moi des demoiselles, sur une centaine de
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