Educatrice auprès des populations défavorisées
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Description

L'intervention éducative se situe au carrefour de la commande sociale et de la demande humaine. Comment se met-elle en oeuvre auprès d'un public adulte en sérieuse situation de précarité ? A quoi ces personnes exclues sont-elles confrontées ? Voici le thème de cet ouvrage qui livre l'expérience d'une éduc' dans une structure d'accueil de jour, dont la mission est d'oeuvrer en direction de l'insertion. Voici un témoignage sur le travail de l'éducateur spécialisé.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2005
Nombre de lectures 52
EAN13 9782336253435
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Educateurs et Préventions
Collection dirigée par Pascal LE REST

Les éducateurs travaillent dans l’ombre et contribuent dans le quotidien à la résolution de situations complexes, souvent dramatiques et douloureuses. Ils interviennent dans des internats pour enfants, pour adolescents et pour adultes, dans des institutions pour déficients visuels ou auditifs, en direction des personnes handicapées physiquement ou mentalement. Dans la rue, ils travaillent, sans mandat et dans le respect de l’anonymat, à restaurer des liens affectifs, sociaux, psychologiques. Ils sont missionnés par la justice pour accompagner des enfants en difficultés ou sont présents en milieu carcéral pour aider les détenus à la réinsertion sociale et professionnelle. Tous, avec courage et détermination, luttent à l’aide d’outils spécifiques, de méthodes et de pratiques de terrain élaborées pour améliorer les conditions de vie des usagers et de leurs familles et prévenir des risques de récidive, d’inadaptation, de désaffiliation, de rupture scolaire ou familiale. La collection veut donner la parole aux éducateurs pour mettre en lumière leur finesse d’intervention, les lignes de force qui sous-tendent l’étayage des préventions et transmettre la mémoire des pratiques.
Déjà parus
Pascal LE REST, La Prévention Spécialisée dans tous ses états , 2002.
Christopher BURGER, Pour une convention nationale de la Prévention Spécialisée , 2002.
Gilbert BERLIOZ, La Prévention dans tous ses états. Histoire critique des éducateurs de rue , 2002.
Guillaume BONNET, Regard sur la Prévention Spécialisée. Un cas de relation éducative dans la rue , 2002.
Daniel LECOMPTE, De la complexité en Prévention Spécialisée, 2002.
Pascal LE REST, Paroles d’éducateurs de Prévention Spécialisée, 2002.
Pascal LE REST, L’attraction des drogues , 2002.
Jacques BUDENAERTS, Drogues : substitution et polytoxicomanie, 2002.
Pascal LE REST, La Prévention Spécialisée, outils, méthodes, pratiques de terrain , 2001.
Educatrice auprès des populations défavorisées
La part des choses

Claire Pinon
© L’Harmattan, 2005
9782747581523
EAN : 9782747581523
Préface
« Ediscatrice auprès des populations défavorisées » choisi comme titre de cet ouvrage révèle à la fois une réflexion approfondie sur l’ambiguïté des désirs et des intentions des demandeurs de soins et révèle aussi la richesse d’une pratique spécialisée mise en œuvre de par son auteur.

Il faut tout d’abord remercier Mademoiselle Claire Pinon de nous inciter à ne jamais perdre de vue que les personnes en souffrance désirent être reconnues et aimées. Elles font partie de notre humanité. Libérer leur parole c’est ouvrir une fenêtre sur la lumière et l’espérance.

Il faut ensuite apprendre à faire acte d’humilité mais aussi de volonté dans l’élaboration de projets éducatifs qui exigent de la part de leur auteur exigence et sensibilité.

Il faut enfin entreprendre une recherche approfondie sur les difficultés posées par le problème de l’exclusion. Celle-ci demeure sans aucun doute un « mal » de société, mais elle interpelle aussi, tous les acteurs engagés dans la lutte pour une émergence de la dignité conçue comme facteur de progrès humain et social.

Cet ouvrage peut et doit servir de guide aux personnes convaincues de l’importance capitale de l’éducation tendue vers la réactivation des valeurs essentielles.
Raymond CHAPPUIS Professeur d’université émérite
Remerciements
Etant donné qu’il m’importe de toujours revenir à la source, je tiens en premier lieu à remercier les gens que j’ai rencontrés, et sans lesquels ces lignes n’auraient jamais existé.

Je tiens également à remercier tous ceux qui, de près ou de loin, par courrier ou dans le quotidien, m’ont soutenue (à la base je ne pèse pas très lourd mais durant l’élaboration de mon mémoire je l’ai été !), supportée, encouragée et guidée. Je ne les cite pas ; ils savent qui ils sont et ils se reconnaîtront.

Un remerciement particulier à Mr LE REST, qui a cru en ces lignes et m’a proposé de les publier.

Je remercie les futurs lecteurs, leur souhaitant bonne lecture. Si cette dernière peut contribuer à faire avancer certaines mentalités et à engendrer des prises de position, je n’en serai que très humblement touchée.
Sommaire
Educateurs et Préventions Déjà parus Page de titre Page de Copyright Préface Remerciements Préambule Introduction PREMIERE PARTIE - APPROCHES DE L’EXCLUSION
Chapitre 1 - Approche conceptuelle Chapitre 2 - Approche socio-historique Chapitre 3 - Le dispositif et l’usager Chapitre 4 - L’exclusion : causes, conséquences ou problématiques ?
DEUXIEME PARTIE - ESPACES DE RENCONTRE ENTRE LA DEMANDE HUMAINE ET LA COMMANDE SOCIALE
Chapitre 1 - La structure du Relais Orléanais Chapitre 2 - De la réponse à un besoin vital à l’occasion d’une relation éducative Chapitre 3 - L’accueil de jour
TROISIEME PARTIE - DE L’ACCUEIL... AU RECUEIL
Chapitre 1 - L’entretien : un outil à entretenir Chapitre 2 - Le suivi de Valérie
QUATRIEME PARTIE - DE LA COMMANDE SOCIALE ET DE SES PARADOXES
Chapitre 1 - Un projet dans l’urgence ? Chapitre 2 - Limites du dispositif et de l’intervention éducative
CINQUIEME PARTIE - DESINSERTION... DES INSERTIONS...
Chapitre 1 - Négocier avec le dispositif et s’approprier sa situation Chapitre 2 - Paroles d’usagers Chapitre 3 - L’acte éducatif
Conclusion Bibliographie
Préambule
A 19 ans, le bac en poche, je décidais de travailler, tout en sachant que ce n’était que temporaire. J’avais terriblement envie de travailler, et ce pour plusieurs raisons : m’émanciper, confronter mes idées à la réalité, sortir du système scolaire pour acquérir de nouvelles expériences... bref, j’ai donc trouvé un travail. Je vendais des ordinateurs dans un magasin d’informatique.
Avant cette période qui a constitué une étape dans ma vie, j’avais déjà vu des personnes qui mendiaient et qui zonaient, mais leur présence aux coins des rues ne m’interpellait pas vraiment. Ce n’est qu’à partir du moment où j’ai eu un emploi, et tout ce qui va avec, que je me suis intéressée aux gens qui vivent en marge de la société.

Je me demandais comment il pouvait y avoir de telles différences de condition de vie entre des êtres humains.
Comment était-il possible qu’à mon âge j’aie une bonne et stable situation et que des gens plus âgés soient sans travail et sans logement ? En errance et marginalisés ?
Je pensais que le monde était un peu fou (réflexion que je me fais encore !), et je ne comprenais pas très bien (ce qui m’arrive toujours !). Puis, en m’intéressant à l’économie, à la politique, au fonctionnement des relations humaines, j’ai compris que la pauvreté était le résultat d’interactions très complexes.

Deux ans plus tard, après une première expérience bénévole auprès de personnes en attente de parloirs (à l’Association Solidarité-Prison de Saintes), ces questionnements autour de l’exclusion étaient toujours d’actualité.
Que fait-on pour les exclus ?
Y a-t-il quelque chose de prévu pour ces personnes en rupture de lien social?

Je décidais donc d’en savoir et d’en comprendre un peu plus... C’est ainsi que pendant trois saisons, j’ai été bénévole au Point Accueil Solidarité, SAMU social de Tours. A partir de rencontres avec ces personnes délaissées au bord des trottoirs, qu’elles se sont appropriés, et à travers un travail avec une équipe formidable, j’ai beaucoup appris sur les conditions misérables de la rue et de l’exclusion. J’ai pu déconstruire mes représentations (erronées par des préjugés) de la pauvreté et de ses acteurs de première ligne, les pauvres, pour construire une expérience plus empirique, tirée du terrain.

Trois ans après, alors dans la dernière année de formation d’éducateur spécialisé, j’ai souhaité poursuivre et renforcer cette expérience auprès de populations défavorisées afin d’acquérir une connaissance professionnelle dans ce domaine de l’intervention éducative.
J’ai donc effectué un stage à responsabilité de neuf mois au « Relais Orléanais », structure associative dont je n’ai pas tout de suite saisi les tenants et les aboutissants de son fonctionnement.
J’y ai appris énormément. C’est essentiellement à partir de cette expérience que j’ai basé mon mémoire de fin de formation, qui, avec le temps, est devenu cet écrit que vous tenez entre vos mains.

Je souhaite que ces lignes vous intéressent, qu’elles vous questionnent.
Introduction
Lundi, 9h00, le personnel du Relais Orléanais se retrouve pour une nouvelle journée. Une de plus qui aura sa singularité dans un quotidien fait de rituels et de surprises.
L’odeur du café accompagne les deux bénévoles qui s’affairent à préparer le petit-déjeuner et les cuisinières qui, autour des fourneaux, commencent à confectionner le repas du midi.

9h30, l’éducateur de permanence fait l’ouverture de la structure : une dizaine de personnes entre. Les premiers arrivants sont pour la plupart des « habitués » qui se retrouvent quotidiennement devant le Relais dès 9 heures.
Puis, un nouveau arrive... il semble un peu perdu. Le permanent le reçoit, le met en lien avec les bénévoles et lui propose un entretien d’accueil, après un café-croissant. Au Relais, on laisse aux gens le temps de se poser.

Des discussions s’engagent, des dialogues se nouent et se dénouent ; l’atmosphère est conviviale. Pourtant, misère et souffrance prennent dans ce lieu des formes particulières.
Mais, de quoi parlent-ils ?
Ils parlent, comme tout un chacun, de la pluie et du beau temps, des événements locaux et internationaux, des nouvelles émissions de télé...
Puis, très vite, la nature de leurs évocations devient plus personnelle ; ils partagent aussi leurs malheurs et leurs bonheurs.
Bertrand, quarante ans, comme à son habitude, vient boire un chocolat, prendre des nouvelles des uns et en transmettre des autres.
Valérie, quarante-quatre ans, a encore passé la nuit dehors, le ventre vide de nourriture et plein d’alcool.
Gérard, soixante ans, oscille entre rires et ronchonnements ; cela dépend de son humeur.
Damien, vingt ans, détenu, a une permission de deux jours : il vient chercher son courrier et sans doute un peu de chaleur humaine.
David, un ancien « habitué », revient fièrement annoncer qu’il a un appartement, un vrai, et qu’il travaille toujours.

Les bénévoles prennent des nouvelles : l’une s’assoit à une table pour discuter avec les usagers pendant que l’autre continue le service. Les places se libèrent puis sont prises par ceux qui arrivent... le service du petit-déjeuner s’échelonne jusqu’à 10h30.

L’éducateur est en entretien avec le nouveau. Devant son bureau, deux personnes attendent, aussi pour un entretien.
Jacques demande un nécessaire pour se laver, Christine veut déposer son sac dans la bagagerie... les diverses demandes s’enchaînent et se succèdent.

Pourquoi ces personnes viennent-elles ? Comment en sont-elles arrivées à utiliser des structures telles que le Relais Orléanais ? Pourquoi y reviennent-elles ?
Les gens viennent ici pour manger, se reposer, se laver, en un mot pour se restaurer, au sens propre du terme.
Bien que leurs situations soient singulières, leurs statuts ont en commun une étiquette, un stigmate : RMIste, demandeur d’asile, chômeur, Sans Domicile Fixe, toxicomane...

Dans une situation sociale précaire, la personne peut faire appel à des aides, dispensées par l’Etat ou les associations caritatives.
L’association « le Relais Orléanais » est donc pourvue d’une équipe qui a mis en place des services pour mener à bien la mission qui lui est confiée : oeuvrer en direction de l’insertion en soutenant ces adultes qui connaissent de multiples difficultés dans le maintien ou la restauration de leur situation sociale.

Malgré les moyens dont l’association dispose, j’ai repéré et constaté l’existence de certains paradoxes entre la finalité de l’action éducative et sa mise en oeuvre.
En effet, entre commande sociale et demande humaine : comment l’éducateur intervient-il et comment se situe-t-il ?
N’est-il pas pris en étau entre la pression sociale, fortement médiatisée pour enrayer le phénomène de l’exclusion, et les moyens dont il dispose pour répondre à des demandes individuelles et souvent urgentes ?

Autre questionnement important : l’usager tantôt considéré comme victime de la société ou du sort, tantôt considéré comme apte à négocier avec le système pour réussir son intégration, a-t-il aussi une place de sujet ?
PREMIERE PARTIE
APPROCHES DE L’EXCLUSION
Chapitre 1
Approche conceptuelle
Précarité, pauvreté, exclusion... que signifient ces termes ? Certains sont anciens, d’autres sont apparus récemment.
Incarnées par des vies humaines, ces situations ont été conceptualisées dans le but de mieux les repérer, mieux les comprendre, et pourquoi pas les éradiquer... tout au moins lutter contre !
Etant donné que leur usage est galvaudé, sans prétendre les définir précisément, il m’a semblé approprié de commencer par les éclaircir 1 .

La situation de précarité se définit par l’absence d’une ou plusieurs sécurités, essentiellement financière et matérielle mais également d’ordre affectif, pour assurer ses obligations (familiales par exemple) et exercer ses droits.
Une telle situation ne permet pas à la personne de faire des projets car elle mobilise son énergie à tenter de conserver un équilibre, aussi précaire soit-il. L’équilibre de vie est en effet menacé et régulièrement, voire quotidiennement renégocié.
Dans la mesure où elle « compromet les chances de réassumer ses responsabilités et de reconquérir ses droits par soi-même » 2 , la précarité est souvent vue comme une
porte ouverte sur la pauvreté et l’exclusion. La précarité sociale peut amener à la précarité psychique.

La pauvreté désigne l’état d’une personne dont les ressources financières ne lui permettent pas de subvenir convenablement à ses besoins vitaux (se nourrir, se loger, se soigner). Elle ne peut donc faire d’achats superflus ou pour se faire plaisir.
La notion de pauvreté est liée à l’aspect économique : on parle de seuil de pauvreté (actuellement aux environs de 600 €), calculé en fonction des besoins et des revenus médians.
La personne pauvre est donc exclue de la société de consommation. Est-elle pour autant exclue de la société ? Dans certains cas, elle l’est car sous prétexte de ne pas avoir un pouvoir d’achat, elle est mise par ses « pairs » en marge de la société. Il me semble cependant primordial de ne pas considérer la personne pour ce qu’elle a mais plutôt pour ce qu’elle est. Les personnes pauvres ont une dignité humaine à préserver.
Comme le note Serge Paugam, sociologue contemporain, la pauvreté est actuellement très stigmatisée. « Dans les sociétés modernes, la pauvreté n’est pas seulement l’état d’une personne qui manque de biens matériels, elle correspond également à un statut social spécifique, inférieur et dévalorisé, marquant profondément l’identité de ceux qui en font l ’expérience. Le pauvre a toujours été porteur d’une condition humiliante, mais [...] dans la mentalité collective moderne j...] la pauvreté est perçue uniquement de façon négative » 3 .
L’exclusion, relative à la faible existence ou la rupture de lien social, signifie que la personne n’a pas ou n’a plus sa place dans le groupe des personnes insérées.
L’exclusion est un processus, bien souvent très rapide, qui peut aboutir à la désinsertion (qui vient signer l’abandon de l’envie de lutter pour se réinsérer).
Le psychiatre Jean Maisondieu pense que l’exclu fait partie « de la classe des sans places » 4 .
Les sociologues d’approche fonctionnaliste considèrent que la norme est la référence. Ainsi, tous ceux qui s’en écartent sont considérés comme n’ayant pas intégré cette norme. Selon cette théorie, les exclus exercent une double fonction sociale : ils servent à définir les inclus (donc la norme) et à maintenir une certaine cohésion sociale.
« L’exclusion est à la fois un processus et un état [...]. A un niveau macrosocial, l’exclusion est le produit ou le résultat d’un défaut de la cohésion sociale globale, dans une acception plus individualisée, l’exclusion est le produit ou le résultat d’un défaut d’insertion ou d’intégration [...]. C’est un ensemble de mécanismes de ruptures, tant sur le plan symbolique que sur le plan des relations sociales » 5 .

Malgré une définition possible, la frontière entre ces différentes notions reste floue et ténue car au-delà d’un statut, il s’agit avant tout d’un processus vécu par un individu en lien étroit avec son entourage et son environnement.
Chapitre 2
Approche socio-historique
Depuis toujours, la société produit et fonctionne avec des personnes en marge, non intégrées ou rejetées.
Voyons à présent succinctement comment la place et la représentation du pauvre ont évolué au cours des siècles, chacun étant caractérisé par une certaine culture sociale 6

Sous le Moyen-Âge, la religion joue un rôle majeur dans le fonctionnement de la société. A cette époque, le pauvre incarne le Christ.
« D’abord vu comme un intercesseur privilégié de Dieu dont il attire la bénédiction sur ses bienfaiteurs » 7 , il est de bonnes moeurs de lui fournir aide et subsistances.
« Dans la civilisation chrétienne médiévale toutes les idéologies se réfèrent à l’Ecriture sainte et on reconnaît la valeur spirituelle de l’humilité et de l’abnégation. Parallèlement à cette doctrine de la pauvreté, on fait l’éloge de la charité considérés comme un devoir général car les riches n’ont d’autres raisons d’être dans l’Eglise que le soulagement des pauvres » 8 . Cette conception humaniste et philanthropique n’est cependant pas désintéressée car donner un moyen de subsistance au pauvre, c’est s’assurer une place au paradis.
On distingue déjà le « bon » du « mauvais » pauvre : bien qu’encourageant la charité, l’Eglise recommande à ses fidèles de ne pas se laisser tromper. Le bon pauvre, qui ne peut travailler en raison d’une infirmité ou de son âge, est considéré comme une victime du sort et de la vie. Le mauvais pauvre, qui ne veut pas travailler et qui ne fait rien pour s’en sortir, est considéré comme ayant choisi sa situation ; on dit que c’est un pauvre par élection.

A l’époque de la Renaissance, on associe à la pauvreté l’idée d’immoralité et de déviance. Colportant les épidémies et désigné comme fauteur de l’ordre public, le pauvre va très vite devenir dangereux pour le corps social. Cette nouvelle façon de considérer l’indigence va engendrer l’ouverture d’hôpitaux généraux et de bureaux de charité.

La Révolution de 1789 conduit à l’idée d’un Etatprovidence, qui se traduit par « la notion de droit à l’existence et de devoir de la société vis-à-vis de ses membres » 9 . Les bureaux de charité se sécularisent, avec l’objectif d’aider les pauvres à domicile et de leur donner des aides en nature, afin de leur éviter de mendier et de s’alcooliser.
La notion de contrôle social prend forme : le personnel qui visite doit rendre compte des besoins et des abus constatés à la commission des renseignements. La radiation s’exerce après des avertissements pour une inconduite notoire.
Ces bureaux de charité deviendront par la suite des bureaux d’aide sociale, puis, ce qui existe actuellement, le Centre Communal d’Action Sociale (C.C.A.S.).
L’Etat embauche indirectement par le biais d’ateliers de charité ou d’ateliers publics de travail, souvent alliés à l’enfermement. Les premières déviances apparaissent : le travail n’est plus dispensé pour se substituer à la charité mais devient la source de l’exploitation du capital humain, comme cela fut le cas dans les colonies pénitentiaires pour les jeunes, jusque dans les années soixante 10  !
Cependant, jusqu’au milieu du XIX ème siècle, mendiants et vagabonds restent les figures emblématiques de la pauvreté. Intégrés au sein de la communauté rurale, ils se déplacent lorsque les ressources locales ne peuvent plus leur être distribuées, en période de famine par exemple.

Le XIX ème siècle développe un traitement hygiéniste : la connotation péjorative et négative du pauvre se renforce très nettement. Pauvres et vagabonds, qualifiés par leur absence de morale et de religion, sont suspectés, de par leurs comportements dépravés, de troubler l’ordre public. « L’alcoolisme des classes populaires devient au XIX ème siècle l’une des plus grandes phobies des classes dirigeantes » 11 . Toute personne handicapée, malade mentale, prostituée, délinquante ou vagabonde est enfermée. « Peut-être avons-nous honte aujourd’hui de nos prisons. Le XIX