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Effondrements psychiques et cognition onirique

De
274 pages
Les dépressions sont toutes issues d'un effondrement psychique. dans cet ouvrage, l'auteur nous fait remonter à leur source, dans les premiers moments de la vie élaborative et structurative de l'individu: la phase pré-objectale du nouveau-né. Dans l'aube de l'être et du dés-être nous avons tous eu à élaborer, sur un mode idéatoire et figuré, les bases existentielles de notre psyché. Nous découvrirons cette différenciation pré-objectale de notre Soi inconscient.
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EFFONDREMENTS PSYCHIQUES ET COGNITION ONIRIQUE

Ouvrage du même auteur. Collection Psychanalyse et Civilisation Editions L'HARMATTAN: « ADDICTION, CE MONDE OUBLIE»

L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan!@wanadoo.fr

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ISBN: 978-2-296-02745-9 EAN: 9782296027459

Thierry Dubois

EFFONDREMENTS

PSYCHIQUES

ET COGNITION ONIRIQUE

L'Harmattan

Psychanalyse et Civilisations Collection dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection Psychanalyse et Civilisations tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes. Déjà parus Jean Pierre RUMEN, Psisyphe, 2007. Pascal HACHET, Un livre blanc pour la psychanalyse, 2006. Djohar SI AHMED, Comment penser le paranormal. Psychanalyse des champs limites de la psyché, 2006. Jean-Michel PORRET, Auto-érotismes, narcissismes et pulsions du moi, 2006. Edith LECOURT, Le sonore et lafigurabilité, 2006. Charlotte HERFRA Y, La psychanalyse hors les murs, 2006 (réédition). Guy AMSELLEM, L'imaginaire polonais, 2006. Yves BaCHER, Psychanalyse et promenade, 2006. Jacques ATLAN, Essais sur les principes de la psychanalyse, 2006. André BARBIER et Jean-Michel PORTE (sous la dir.), L'Amour de soi, 2006. NACHIN Claude (sous la direction de), Psychanalyse, histoire, rêve et poésie, 2006. CLANCIER Anne, Guillaume Apollinaire, Les incertitudes de l'identité, 2006. MARITAN Claude, Abîmes de l 'humain, 2006. HACHET Pascal, L 'homme aux morts, 2005. VELLUET Louis, Le médecin, un psy qui s'ignore, 2005. MOREAU DE BELLAING Louis, Don et échange, Légitimation 111, 2005. ELFAKIR Véronique, Désir nomade, Littérature de voyage: regard psychanalytique,2005.

AVANT-PROPOS

Le stratège romain, sa victoire achevée, rentrait dans Rome en triomphateur pour recevoir les honneurs de la plèbe assemblée. Debout sur son char, le regard lointain, le front hautain, il contemplait devant lui ses prisonniers marchant tête basse, entravés de lourdes chaînes, alors que la foule l'acclamai t. Derrière lui, suivaient les autres chars dans lesquels avaient été entassés les trésors de ses conquêtes, les étoffes somptueuses, des coffres de pierres précieuses ou d'or, les armes des vaincus, leurs femmes qu'il vendrait comme esclaves. À ses côtés se tenait son serviteur qui, le bras tendu, tenait au dessus de sa tête d'une couronne de laurier, ciselée d'or. Et alors qu'ils avançaient sous les acclamations, son serviteur ne cessait de lui murmurer: « Rappelle-toi que la Gloire est éphémère»

INTRODUCTION
Je sais que je suis, mais parfois, furtivement, s'impose à moi, dans des sensations, des images incompréhensibles, un doute, une peur, sous une forme irréelle et angoissante, de ne pas être. Si me pincer était pour moi une manière de reprendre pied, si quelques peurs s'incrustent dans mon esprit contre mon gré lorsqu'une lumière disparaît, si je sais pourtant que j'existe, si je me fais fort, actif, me ressens comme tel et me montre au grand jour, il est pourtant arrivé, dans l'ombre de mon existence, bien plus souvent que je ne l'aurais désiré, que le noir soit parfois le plus fort. Jocelyne a trente-sept ans. Femme au foyer, apparemment heureuse et épanouie, elle a vécu ses deux grossesses avec ravissement ainsi que les périodes d'allaitement prolongées dont la dernière a été stoppée depuis à peine onze mois. La première aura duré un an et demi et la seconde plus de deux ans. C'était une période bénie pour la maman qui a quitté ce lien relationnel/ /fusionnel, avec son dernier, d'une manière apparemment volontaire, mais empreinte de beaucoup de regrets avoués. Alors qu'elle n'avait jamais présenté aucun trouble psychogène officiel, elle s'est mise à avoir des problèmes médicaux centrés sur ses seins. Ces derniers vont durer une année et au décours de leur solutionnement cette femme va s'effondrer psychiquement après avoir fait le tour de ses somatisations. Elle ne voudra plus sortir de chez elle, ne mangera plus, ne dormira presque plus, et ressentira une atonie physique et psychique submergeante.

Michèle a vingt-sept ans. Jeune femme dynamique travaillant dans le prêt à porter, elle a toujours été sentie par son entourage professionnel et intime comme un roc, une battante. Elle s'épanouissait dans une relation personnelle et affective investie depuis six ans quand son compagnon lui dit «sans crier gare» qu'il venait de rencontrer « quelqu'un d'autre ». Le soir même, en sa présence, alors qu'une dispute éclatait et qu'elle se trouvait dans sa baignoire, Michèle s'empara du séchoir à cheveux allumé que son compagnon utilisait devant elle et le lança dans l'eau de son bain. Fort heureusement, le système électrique disjoncta et son compagnon la sortit de l'eau indemne. Michèle entra le soir même et pour longtemps dans un état quasi catatonique dans lequel une multitude d'idéations d'angoisse et d'effondrements identitaires apparurent. Xavier est actif et dirige une équipe dans son sport favori, en annexe de son activité principale d'ingénieur. À quarante ans il « porte» sans problème, et ce, depuis maintenant quinze ans, les problèmes de santé de sa femme, sa famille, son boulot et son activité sportive. Il est reconnu extérieurement comme agréable, droit et honnête, solide, mais depuis quelque temps certaines rivalités hiérarchiques se sont installées dans son entreprise. Après une promotion, sans qu'apparemment une faille préexistante n'ait pu être discernée par lui-même, Xavier s'écroule, tombe en pleurs, ressent comme un vide profond à l'intérieur de lui avec une impossibilité totale à pouvoir agir et surtout être. Certaines idées suicidaires apparaîtront à ce moment-là.

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David est instituteur, appliqué, carré, méticuleux, tant dans sa profession que dans sa vie personnelle depuis vingt-cinq ans. À quarante-sept ans, jamais il n'a eu d'histoire ou de problème avec les autres dans chacun de ces domaines, ni dans aucun autre d'ailleurs. Il est reconnu comme compréhensif, arrangeant, et a pris quelques responsabilités supplémentaires comme Directeur d'Établissement. Sa famille est constituée de sa femme, enseignante comme lui, et de ses deux enfants normalement scolarisés; il a su sans problème apparent surmonter le deuil de ses parents voici quatre ans. Lors de sa dernière rentrée scolaire, après un contrôle par l'Inspecteur d'Académie, une bouffée d'angoisse vitale empêche David de continuer à enseigner; il restera, dès lors, en arrêt de travail, incapable de pouvoir entrer dans une école, un tiraillement psychique incessant au fond de lui-même. Nous constaterons, devant ces histoires véridiques, que «ces quatre Stratèges» n'auront pas su écouter ou entendre leur serviteur leur murmurer à l'oreille et nous garderons en souvenir ces quatre patients qui, avec d'autres, serviront de base à notre travail. Tous ces patients, et tant d'autres, subissent à un moment donné de leur vie ce que les médecins appellent une dépression. Cette dernière sera plus ou moins longue, plus ou moins intense. L'intensité ainsi que le mode selon lequel elle se manifeste ont depuis bien longtemps été cernés par la psychiatrie qui, selon ces deux éléments constitutionnels de ladite dépression, a placé nosologiquement ces effondrements psychiques dans différents cadres. Entre l'hypomanie, la poussée anxiodépressive et la dépression maniacodépressive, la dépression obsessionnelle, la dépression à composante hallucinatoire ou encore la dépression

Il

névrotique, la dépression endogène, et bien d'autres cadres nosologiques, on pourrait penser, et la majorité le pense, que chaque dépression est particulière, autant dans ses formes que dans ses raisons profondes. Chacun a écrit sur les dépressions, chacun avait raison, mais seule la partie émergée de l'iceberg dépassait, avec quand même, omniprésent, le grand mal-être qui était à chaque fois inscrit. La raison profonde unique et commune à toutes ces dépressions n'a pas encore été déterrée. La raison explicative de ces phénomènes que sont les dépressions, hormis le cas par cas et l'explication analytique apportée selon chacun de ces cas, ne relèverait pas d'une seule cause, mais d'un grand nombre de facteurs: névrotiques, psycho-affectifs, traumatiques de l'enfance. On a étudié jusqu'alors les dépressions par tous les petits bouts de lorgnettes possibles. En effet, tous ces facteurs, analysés autant par un omnipraticien que par un psychiatre, ont trouvé jusqu'à présent, obligatoirement et logiquement, leurs bases et leurs explications essentiellement dans des résurgences d'épisodes affectifs traumatiques ou névrotiques de l'enfance, repris plus tard à l'âge adulte. Mais ne nous serions-nous pas arrêtés en route, arrêtés aux portes de la pré-enfance? Les facteurs constitués dans l'enfance, tant névrotiques que psycho-affectifs ou autres, s'ils peuvent expliquer la partie sumageante des éléments constituant une dépression ainsi que la pluralité, voire l'unicité de chacun des cas, ne peuvent expliquer un phénomène commun à chacune de ces formes de dépression, quelles qu'elles soient, et ne peuvent uniciser cette angoisse existentielle si profonde, commune à toute dépression. Pourtant, notre écoute de ces patients si différents, chacun

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dans l'extravasation de leur mal-être, aura fait ressortir les sensations qu'un effondrement vital et dynamique était apparu, effondrement commun à tous, bien que se révélant sous diverses formes, selon divers phénomènes déclencheurs, divers aspects cliniques, relationnels et humains. Et si toutes ces dépressions possédaient une base commune, si une raison globale pouvait expliquer ces effondrements? Nous tenterons, dans cet ouvrage, de regrouper non pas nosologiquement, ni cliniquement, ni analytiquement sur le plan névrotique ces «dépressions », mais d'en faire simplement un effondrement psychique à l'état brut, en donnant aux symptômes, aux éléments déclencheurs officiels, aux névroses sous-jacentes, leurs justes valeurs, c'est-à-dire celles héritées d'un vécu secondaire qui, lui, sera dirigé par un vécu obscur, primitif, inconnu, que nous appellerons Vécu Primitif. Il y aurait peut-être là l'explication dynamique commune à tous ces effondrements psychiques si disséminés dans le large cadre des dépressions. Nous allons nous éloigner définitivement du mot dépression pour utiliser celui d'effondrement psychique que nous rattacherons à ce que dans mon livre sur les Addictions j'ai nommé Accident Structurel Primaire, mais qui, dans le cadre de ces effondrements psychiques, sera nommé différemment: instabilité du Noyau Structurel Primaire. Si tout Être possède un conscient forgé par les expériences de vie au long de ses années d'existence, celui-ci ne sera détenteur que de la partie surnageante de la psyché; c'est dans l'inconscient que se situe, de la même manière que la structure d'un iceberg, la partie la plus importante de la psyché. Si cette partie sous-marine de nous-mêmes nous amène les rêves, les songes, les phobies, les angoisses, ceux-ci ne

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peuvent trouver leur explication que dans des résurgences de pulsions cachées, anciennes, primitives, qui ne nous sont connues que par leurs effets globaux, tant physiques que psychiques, sur la manière parfois incompréhensible d'agir ou de réagir, de diriger notre destinée, de tout ce qu'ils produisent en nous. Parfois, d'un coup, la psyché va être débordée, submergée par ces pulsions, ces ressentis de négation de soi-même, de sa valeur, de son goût de vivre, mélangés à des images parfois hallucinées, des envies compactes et globales que l'extérieur n'existe plus, que soi-même on se demande si on existe, s'il n'y a plus rien qui nous entoure, plus rien qui nous relie au moment présent, à la réalité, à aujourd'hui, à ceux que nous aimons dans cet autre monde qui a apparemment disparu ! Et on se sent disparaître derrière un rideau de brume, replongé dans une sorte de noir qui fait terriblement peur avec cette non-envie d'aller plus loin... un noir que l'on reconnaît comme si intense, si vide de vie, si dangereux et si angoissant, que l'on a parfois la pulsion d'en finir avec tout ça ! Mais avec quoi, justement? Oh ! Pas avec son corps, ni avec les moments de vie que l'on a rencontrés, pas avec ce faible, mais si fort souvenir d'un bonheur si polymorphe, parfois si plein, souvent douloureux, mais si bon quand même, non? Seulement avec ce que l'on ne peut plus supporter, l'apparition de cette non-existence à l'intérieur de soi, et de cette peur de se dissoudre, de ne plus pouvoir être, de vivre dans un NonEtre insupportable. Voilà! Le fondement de tous ces effondrements est posé: c'est la peur existentielle de ne plus être ou plutôt la reviviscence au fond de nous de ne pas exister. Mais d'où pourrait-elle provenir, alors qu'on a toujours su qu'on existait, même si on subodorait la présence de cette peur ancestrale en nous-mêmes: est-ce que j'existe

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vraiment parfois? Ceci, au travers de ces résurgences pulsionnelles de la psyché, mais aussi au travers de ces questions si humaines que nous nous posons tous: où allons-nous, pourquoi, comment? Finalement, on s'aperçoit juste que l'on a toujours cru savoir qu'on existait bel et bien, alors qu'au fond de nous un doute, plus ou moins ancré, plus ou moins fort, existe bel et bien. Nous serons obligés, pour comprendre tout cela, de faire le voyage vers un âge où l'on n'en avait pas, où l'on ne pouvait exister par soi-même, où le monde se bornait à un Tout dans lequel on était englobé et duquel nous avons eu à nous sortir pour nous différencier. Et ce sera lors de cette différenciation que le doute sera élaboré, incrusté: un doute existentiel. C'est là, dans les premiers moments de la vie, dans la construction de l'ébauche de son Soi Premier, que nous trouverons les réponses, à un moment où nous étions accrochés vitalement à notre mère, bien avant que l'on puisse la connaître, qu'on la sache, qu'on la délimite, qu'on commence à se délimiter, à exister par soi-même... C'est à cette primitive époque, sans que nous soyons nousmêmes définis, que la faille s'inscrira, une faille existentielle, que nous aurons réussi à équilibrer entre Etre et Non-Etre, alors que nous ne pouvions encore être, mais que nous avions obligation, pour nous mettre à vivre, de croire à notre existence, éloignés de tout concret, de la réalité d'un Soi qui ne pouvait encore être, mais qui se devait d'être rêvé au travers de l'Autre. Pour comprendre cela, nous serons obligés de remettre en cause la réalité de nous-mêmes et d'examiner celle qui aura constitué notre Soi Primitif. Alors pourquoi cette image du stratège romain? Serionsnous tous ou en grande partie mégalomaniaques? Non, nous en avons tous quelques racines plus ou moins importantes et ces dernières proviennent justement de cet

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âge primitif où le doute existentiel côtoyait autant un doute vital que psychique d'existentialité. Afin de masquer, de tenter de cacher ce doute, cette peur, cette angoisse de ne pas être, ce doute existentiel accroché au Non-Etre, nous tous, en tant que nourrissons, aurons eu à plonger dans une dynamique à être, qui, par réaction, dépassera la réalité de nous-mêmes, notre force à être structurelle, pour s'exacerber dans une idéation excessive d'une puissance que nous ne détenons pas vraiment encore et dont la mégalomanie secondaire ne représente qu'une facette. Nous appellerons ce phénomène la construction d'un PréSoi Halluciné qui recouvrira toute la nécessité de continuer à être, dans un hyper être réactionnel défensif, fictif et idéatoire, d'une manière déconnectée du relationnel, afin de continuer à se sentir exister alors que l'on était, dans cette phase Pré-Objectale, entouré par le vide d'une absence ou d'une non-délivrance d'existentialité. C'est pourquoi tout être possédera cet aspect de stratège Romain, hérité du passé primitif, qui sera également assis sur la continuation d'une lutte primitive avec le Tout et de la recherche d'un plaisir primitif jamais égalé et toujours à renouveler. C'est ainsi que les racines de ce doute profond existentiel, incrustées dans notre inconscient, porteuses de notre part désertique, alimenteront et régiront tant de fonctionnements secondaires et nous conduirons à la recherche perpétuelle de la réalité de nous-même, jusque dans des élaborations sublimatoires.
Cette réalité, au même titre que la vérité aura toujouts été et sera donc la recherche principale des hommes. Pour l'approcher, la faire sienne, nombre de philosophies, de religions, ont décliné leurs théories et leurs dogmes. Quelles qu'elles fussent, leur but a toujours été d'officialiser et de codifier les ressentis humains vis-à-vis

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de cette notion de réalité tant afin de contenir, d'expliquer, tant les phénomènes névrotiques que de confirmer l'existentialité de l'être par rapport au monde extérieur. Pour arriver à affiner et à se rapprocher au plus près de cette articulation de l'être vis-à-vis du monde et la nécessité de compréhension qu'ils avaient d'eux-mêmes, nombres ont dû s'élever au-dessus de leurs propres ressentis, de leurs affects personnels. Pour réaliser cette approche, les moyens d'élévation ou de sublimation ont été nombreux et élaborés, mais tous ont dû utiliser, au travers de ce travail d'analyse philosophique ou religieux, les nécessaires phénomènes cognitifs premiers, acquis par chacun de ces philosophes ou religieux. Par là même, si les résultats de ces travaux ont débouché sur des concepts et des idéologies avancées, une zone noire est restée en arrière, bien que les philosophies religieuses aient abordé de différentes manières les phénomènes structurels de I'homme. Nous pourrions scinder d'ailleurs, au sein de ces philosophies religieuses, deux courants distincts: l'un qui, tout en ressentant intuitivement les racines existentielles primitives constitutives de la psyché ancestrale, aura donné davantage de possibilités de résolution, ou tout du moins de moyens de contenir les phénomènes secondaires structurels représentés avant tout par les névroses, nous y retrouverons toutes les philosophies judéo-chrétiennes, y compris la religion musulmane. Quant à la religion Bouddhiste qui s'arrêtra peu sur les phénomènes structurels secondaires, elle pointera d'emblée le doigt sur le risque du Non-Etre, sur ce doute existentiel primitif, tout en faisant une nécessité pour ne pas avoir à souffrir d'un état d'être inachevé. Nous retrouverons donc dans cette religion la nécessité de s'échapper du Dés-Etre reconnu par l'acceptation d'une existence qui ne pourra devenir pleine qu'au travers de l'acceptation du rien et du tout.

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Si les premières ont shunté le doute existentiel primitif en masquant par une valorisation de l'être la part désertique primitive, en occultant cette zone noire, la seconde, en utilisant trop d'acceptation du doute existentiel primitif, ne l'aura pas pour autant résolu ce qui fera que la zone noire ne sera pas abordée. Cette «Zone Noire» relève de l'utilisation de ces phénomènes interprétatifs psychoaffectifs inconscients et primitifs, de ces cognitifs premiers qui ont été utilisés à la base de chaque élaboration de pensée, à chaque élaboration idéologique ou théorique, phénomènes cognitifs qui auront été à la base de la construction de notre « Soi primitif ». Cette zone noire utilisée comme base de compréhension et de réflexion a amené les êtres à avoir nécessité outre de comprendre les phénomènes naturels, extérieurs, de tenter de percevoir cette notion de leur existentialité et de l'existentialité vis-à-vis de l'extérieur mais ceci, obligatoirement, au travers d'un filtre, celui de la peur existentielle de l'être, avec la nécessité sans cesse renouvelée de percevoir leur extérieur comme une réassurance perpétuelle de ce doute profond sur leur existentialité... comme une drogue ou un miroir d'euxmêmes dans lesquels ils auraient, tout au long de leur vie, possibilité de raffermir leurs sensations à continuer d'être selon le modèle établi par eux-mêmes. Le but second recherché par les concepteurs de ces théories humaines, repris par chaque individu en tant qu'adhérent, aura été la nécessité de préserver au mieux l'équilibre du groupe ainsi que la perpétuation de l'homéostasie vitale individuelle. Le plus grand nombre de ces individus, malgré les déconvenues soulevées, tant par cette zone noire cognitive jamais abordée, que par les événements extérieurs à euxmêmes qu'ils auront à surmonter, aura réussi à perpétuer cette appréhension du monde ainsi qu'à renouveler leur existentialité en son sein.

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Pourtant, nombre d'entre eux rencontreront une dysharmonie aiguë ou chronique dans leur équilibre homéostasique, déséquilibre dénommé par un «extérieur médical et psychiatrique» sous la terminologie de « dépression». .. en fait, un mauvais passage, duquel ils se sortiront de bien des manières ou bien dans lequel ils stagneront leur vie durant. Quelles sont les raisons de ces plongeons individuels? Quels sont les modes sur lesquels ils évoluent? Quelles en sont les bases? Nous essayerons dans cet ouvrage d'étudier et de comprendre cette «Zone Noire », de comprendre les modes de formation et les dynamiques de fonctionnement du Soi Primitif, cette manière d'appréhender, au travers de phénomènes cognitifs premiers, soi -même et l'extérieur entourant dans l'ombre et le secret, les phases secondaires de notre vie. Cela nous obligera à plonger dans cette période première de l'individu, dans ce temps primitif où les prémices d'une relation première s'ébauchaient entre le nourrisson et sa mère, où aucune différenciation entre ces derniers ne pouvait encore faire apparaître, dans ce stade prédifférenciatif, l'élaboration d'un pré-soi-même vis-à-vis d'un extérieur non encore ébauché. Nous étudierons cette phase primordiale en détail afin d'y retrouver les pierres angulaires structurelles de l'individu, leurs polymorphismes et l'équilibre homéostasique tant psychique que physique avec lesquels ces éléments structurels, construits au travers de phénomènes cognitifs primitifs complexes, constitueront le noyau psychique primitif de tout individu, son Soi Global Primitif, qui apportera au futur individu sa structure psychique secondaire, ses modes compensateurs tant narcissiques qu'existentiels et structurels. Nous verrons que l'état structurel primitif, ce pré-Soi primitif que nous appellerons Soi Global, acquis dans cette

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phase pré-différenciative, engendrera un type donné de cognition primitive débouchant sur un mode personnel et unique d'homéostasie psychique, le tout conditionnant plus tard un type personnel et unique de rapports avec un extérieur. Nous serons obligé d'officialiser le fait que seule une «Cognition Onirique» continue à exister pour chaque individu vis-à-vis d'un extérieur secondaire alors que l'extérieur primaire aura depuis longtemps été oublié, relégué dans notre inconscient, mais qui continuera sa présence par les bases structurelles qu'il aura générées. Cela nous permettra d'envisager alors comment la réalité d'un Extérieur perçu au travers d'une réalité cognitive globale acquise pourra faire apparaître le déphasage concret, la friction à la réalité non percevable, qui deviendra responsable de la rupture dans l'équilibre homéostasique de cet individu qui perpétuait tant bien que mal, jusqu'alors, ses phénomènes salvateurs de réassurances existentielles, au travers de sa Cognition Onirique unique et personnelle, masquée sous la forme du caractère établi de l'adulte.

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CHAPITRE l LE STADE PRE-OBJECTAL PRINCIPAUX CONCEPTS DU STADE PREOBJECTAL Avant de comprendre comment« tout stratège peut un jour être mis en défaut », examinons en détailla construction et les fondements de sa stratégie; cela va nous amener à considérer et à tenter de comprendre le fonctionnement psychique d'un individu. Il est admis que le psychique de « l'individu mature» se décompose entre conscient et inconscient. Le conscient est relatif aux réceptions de données transmises par les sens tant internes au corps qu'à ceux qui lui sont externes (organes sensoriels), associés aux élaborations reconnues comme personnelles et issues de l'esprit que sont les pensées. L'inconscient, lui, reste relatif au monde secret des pensées entremêlées de sensations globales, au monde du rêve et des pulsions, faisant irruption dans le conscient de manière furtive, rythmée, occasionnelle ou répétitive. Mais quels auront été les moyens de construction, quel serait le type d'élaboration de l'inconscient et du conscient chez un être humain? Nous pourrions considérer que le conscient relève d'élaborations psychiques d'un Soi officiellement établi, autant sous forme de pensées que d'affects, de sensations sensorielles, alors que l'inconscient relèverait d'élaborations psychiques souterraines se manifestant sous forme de «flashs pulsionnels », non étiquetés, sous forme de pensées cohérentes et reconnues obligatoirement comme personnelles, non construites ni raisonnées, ni sous forme de sensations en rapport avec le réel du moment. L'inconscient se manifesterait, soit sous forme des « relents» d'une cognitivité globale (sensations physico-

psychiques ancestrales), soit sous forme de pensées « anarchiques» utilisant un ensemble de souvemrs sensoriels et affectifs ancestraux. Il s'agirait là de la manifestation de la présence d'un Soi non connu ou plus exactement non reconnu, car primitif et enfoui. Nous appellerons ce Soi: Soi Global Primitif. Une manifestation encore plus ambiguë de ce Soi Global Primitif serait le mélange qu'il engendrerait dans l'appréhension, par le Soi officiel, des réalités affectives et sensorielles du moment, présentes ou passées de la période consciente. Par passé, nous considérerons qu'il s'agit de temps où le Soi officiel était déjà établi et permettait la reconnaissance de soi-même en tant qu'Etre, dans ses pensées ou dans ses actes, tout autant que l'acte et la pensée permettaient d'être
SOl.

Alors où placer cette ancestralité du Soi Primitif? Au tout début de la vie, dans la phase de l'élaboration première et primitive de l'être qui ne pouvait être défini comme tel, mais seulement en tant que Pré-Etre, ceci bien avant que l'être ne soit reconnu comme une entité tant physique que psychique. Nous arrivons donc à une construction simple de l'individu qui serait régie autant par son Soi Officiel que, dans l'ombre, par son Soi primitif intégré dans l'inconscient. Alors, l'inconscient ne serait pas seulement constitué par les affects pulsionnels du Soi Primitif? Mais d'abord quels pourraient être ces affects pulsionnels, et pourquoi ce terme? Tout ce qui, en sensations physiques entremêlées au psychique (nous les regrouperons sous le terme de Cognitivité Primaire) dans le tréfonds ancestral, caché et enfoui de la psyché, pourrait être considéré comme pulsionnel et inconscient parce que ces sensations cognitives auront été ressenties, élaborées en un temps où l'individu, alors nourrisson, n'avait pas les moyens d'entrer

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en contact d'une manière suffisante et différenciative avec son extérieur du moment et ceci parce qu'il était enchâssé dans le tout d'une existentialité globale faisant s'unir, sans pouvoir s'en détacher, lui et son monde, dans un état non différencié. Que les affects primitifs du nourrisson soient emmagasinés sous forme pulsionnelle, cela pourrait se comprendre du fait de cette non-différenciation ainsi que de celui dû à l'immaturité très importante, tant de ses sens, que de ses neurones et de ses activités cérébrales juste stimulées. Pourquoi ces affects primitifs seraient-ils devenus inconscients ou plus exactement formeraient-ils l'inconscient? Ce serait comme sur une coque de bateau où le primaire d'accrochage ne se verrait plus après plusieurs couches de peinture; pourtant, la tenue, la longévité, voire la couleur ou l'aspect des couches de peinture suivantes seraient dépendantes de la sous-couche qui aurait été faite; il en est de même pour la psyché d'un individu! La sous-couche d'accrochage sera le Soi Primitif, les couches de peinture suivantes seront le Soi Officiel élaboré au cours des années d'intégration de données tant relationnelles que de réflexions évolutives que l'individu vivra et construira. Un peu simpliste? Peut-être... En fait (et les paléontologues nous avaient fait remarquer, par leurs dires, que nous gardions dans notre cerveau une structure très ancienne et centrale par rapport aux autres structures élaborées, involuées mais présentes: le rhinencéphale), il ne pourrait y avoir eu de conscience et on ne pourrait pas se souvenir, d'un« état qui n'était pas ». Cet état qui n'en était pas un, mais qui constituait une sorte de pré-état, sera celui des premières élaborations psychiques d'un Soi Premier, non pas concret ou réel, mais celui de l'existentialité de ce Soi qui aura à se différencier d'une globalité non différenciative : le Tout du monde du nournsson.

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Et cette élaboration première du Soi sous forme d'un PréSoi (nous reviendrons sur ce terme pour lui donner le terme de Pré-Soi Global) devra se faire en fonction des possibilités sensorielles et psychiques du moment pour le nourrisson: celles d'un état prenant pour base une indifférenciation tant physique que psychique. Ce pré-Soi sera la base existentielle du futur individu, de l'Etre, et il devra emprunter dans les tout premiers moments cette existentialité à l'extérieur, au Tout, pour le faire sien, sur un mode idéatoire, figuré, sans possibilité de le rapprocher un tant soit peu d'une confrontation au concret de la réalité extérieure de ces premiers moments, de ce Pré-Extérieur qui dans les prémices de la vie ne sera qu'un Tout. C'est donc une fois les phases réelles touchées par la différenciation nourrissonlPré- Extérieur accomplies ce préSoi, portant en lui cette irréalité existentielle inscrite bien que dépassée, pourra être relayé dans les tréfonds de la psyché alors que le Soi Officiel et reconnu apparaîtra et régira officiellement l'individu. Nous verrons l'importance des dynamiques, ainsi que les éléments constitutionnels de ce pré-Soi qui, refoulé, oublié, mais présent dans l'ombre de l'inconscient, continuera à dynamiser, à orienter les affects, les quêtes, les besoins, les plaisirs, du Soi reconnu: les modes de fonctionnements de l'individu. Le Soi Primitif restera connu uniquement du Soi Officiel, seulement par les résurgences des forces qui l'auront bâti; ces résurgences seront les affects pulsionnels primitifs qui auront participé aux élaborations de ce Pré-Soi Primitif; ce sont eux qui régneront et constitueront l'inconscient. Nous inclurons donc dans ce type d'inconscient certains souvenirs postérieurs à la phase de constitution du PréSoi (que nous nommerons phase Pré-Objectale), car l'être ne se constitue pas d'un coup, et plusieurs années d'enfance auront entremêlé, en quittant progressivement

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les affects ancestraux, le Pré-Soi « qui s'éloigne» et le Soi Officiel en cours de constitution; une partie de «ces souvenirs, mélangés d'affects quasi ancestraux avec ceux du moment présent dans l'enfance », subira la force de l'oubli et sera enfouie dans l'inconscient. Ces derniers éléments représenteraient le matériel psychique refoulé. Il s'agirait là, pourtant, d'un autre type d'inconscient que celui issu de la période strictement Pré-Objectale et de l'élaboration du Soi Global Primitif; ce sera celui de l'oubli, du gommage de données et d'affects tensionnels, qui auront été jusqu'à présent décrits en tant que souvenirsécrans ou mémoire effacée. Pourquoi nommerons-nous cette phase d'élaboration du Pré-Soi: phase pré Objectale? C'est parce que pour le nourrisson, lors de ces prémices de vie, n'existait aucune réalité tant extérieure qu'intérieure. Seule une globalité ressentie au travers de sens primitifs et de premières élaborations psychiques sera présente et sera à dépasser. C'est donc dans les ténèbres, dans le silence du vide qui doit se remplir, que les racines de la psyché vont se tisser.
Ce sera dans l'irréel d'un concret, autant d'un non-Soi que d'un Soi à construire, que le nourrisson se débattra dans l'irréel d'un extérieur qui pourtant existe. Il se débattra pour sortir les éléments vitaux de lui-même, au sein d'une existentialité primitive qui finira par avoir raison de « la non-délimitation des contours de l'Objet ». Dans ce cheminement, il n'y aura pas ultérieurement de chemin sans raison, de chute sans vacillement premier, d'équilibre sans instabilité. Nous allons donc essayer de cerner au mieux ces raisons, ces vacillements, cette instabilité, et surtout cette puissance de vie qui anime tout individu. Nota: afin de simplifier, nous dénommerons Pré-Etre le nourrisson, mais Soi Global, son Pré-Soi Ancestral.

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1) LA PERIODE PRE-OBJECTALE Cette phase Pré-Objectale sera la période la plus importante dans la vie du futur Etre car elle aboutira à la constitution du Soi Global ancestral ou primitif qui conditionnera, par les lames de fond qui continueront à régir la Psyché de l'individu pendant toute sa vie, les phases secondaires de structuration à savoir: la phase Orale, Anale, l'Oedipe secondaire, puis secondairement le mode de fonctionnement affectif et social. Car c'est pendant cette période que vont se produire les fondements de la différenciation entre le nourrisson et son extérieur; cette différenciation, amenant à l'élaboration du Soi Primitif, sera plus psychique que physique; elle sera indispensable pour le nourrisson vis-à-vis de son Tout afin d'aboutir, dès la fin de la phase Pré-Objectale, à l'officialisation d'un état différencié tant physique que psychique qui se réunira au sein d'une cognitivité primaire. Cette différenciation sera à la base de la structuration psychique primaire du Pré-Etre qui conservera les éléments ainsi que les modes de fonctionnement inhérents à ses phénomènes cognitifs primaires comme pierre angulaire de la structure secondaire qui s'élaborera ensuite au travers des phases Objectales et Post-Objectales. Cette structuration Primaire du Pré-Etre, de ce Soi Global Primitif, va être basée sur différentes phases structurelles entraînant la constitution d'états structurels primaires (ESP), ceux-ci étant différenciés comme suit: - Etat de Différenciation! /Indifférenciation - Etat d'Etre /Dés-Etre - Etat Phallique !Non-Phallique - Etat d'Oedipe Primaire - Etat Narcissique Primaire - Etat Fusionnel

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Pour le Pré-Etre, la résolution de ces phases structurelles en rapport avec chacun des états Structurels Primaires et constituant la SPP ne se fera pas séparément, mais concomitamment et en interrelation avec les autres tout au long du stade Pré-Objectal. Surtout, les acquisitions différenciatives et structurelles se forgeront sur de nombreux points pris au sein de toutes ces phases, tout comme un peintre, afin de réaliser son tableau, prendrait en permanence ses différentes couleurs sur l'ensemble de sa palette. Nous serons hélas obligé de les séparer artificiellement pour leur étude respective. Il serait également inconvenant de porter un jugement sur le degré de différenciation ou le type structurel, atteint ou non atteint. Si nous le portions, nous considérerions que le fait que certains nourrissons restent dans le Dés-Etre quasi total d'un autisme avéré serait un échec à la vie et à son évolution, tout comme nous penserions qu'un Toxicomane Addictif est resté sur l'échec d'une Relation Manquée trop importante. Or, pour ce Pré-Etre qui sera resté dans les limbes d'une non-relation (ou plutôt d'une relation différenciative trop faible), tout comme pour cet addictif Toxicomane qui n'aura pas dépassé un type particulier d'Objet Ebauché, l'homéostasie aura été atteinte d'une manière optimale. Je veux dire par là qu'au-delà de la compassion thérapique et humaine qui nous fera aider et évoluer ces Etres, la solution structurelle qu'ils auront constituée au travers de leurs mêmes phases structurelles Primaires n'aura été choisie que par la dynamique relationnelle / nonrelationnelle rencontrée, les possibilités personnelles d'adaptation, le point d'équilibre atteint et le plaisir concomitant possible afin d'y revenir. Afin d'envisager le plus clairement possible l'étude de la construction de ces états structurels, nous commencerons par la constitution de

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