Essai sur la mode dans les sociétés modernes

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La mode est une affaire de désir, mais elle reflète également le monde. Elle s'efforce d'en capturer le mouvement et en extrait les lignes de force pour nous y situer en tant qu'acteurs. La mode obéit à un ensemble de règles. Elle s'exprime dans l'ensemble des dimensions de la vie quotidienne et les marques y occupent une place centrale. Aux cotés des systèmes politiques et religieux, elle joue a présent un rôle majeur dans l'évolution des sociétés.

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Date de parution 01 février 2007
Nombre de visites sur la page 112
EAN13 9782336277660
Langue Français

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Essai sur la mode dans les sociétés modernes
Avant-propos Les frontières de la mode Mode, culture et sociologie Le beau, la mode et l’Art Le corps augmenté, profane et irrationnel L’enjeu du collectif Le déséquilibre du monde Les courants de fond Les scénarios de vie Langues et discours Les temps de vie L’affirmation provocante Le primat du symbolique Un cadre stable Le système du luxe L’état du monde Un changement de paradigme Un univers en expansion Le rôle majeur des marques Conclusion
Sommaire
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Avant-propos
Cet ouvrage fait suite à une demande de réactualisation de Mode, le monde en mouvementqui privilégiait un point de vue pratique dans l’analyse des phénomènes de mode et décrivait les mutations qui frappent les industries traditionnelles de ce secteur, en particulier le textile et les accessoires. A cet objectif initial s’est substitué le projet d’écrire un livre s’intéressant plus directement aux ressorts sur lesquels se fonde la mode, à ses continuités et ses ruptures, pour mieux comprendre le nouveau cadre dans lequel elle se situe aujourd’hui.
Au travers des collaborations nouées avec les dirigeants d’entreprises de mode et de biens de grande consommation, ainsi que dans l’enseignement dispensé à l’Université de la Mode, il m’est en effet apparu que certains fondamentaux propres à la mode restaient souvent méconnus ou sous-estimés.
De fait, la plupart des notions sur lesquelles repose la mode sont ambiguës. Elles se réfèrent à des données humaines ou sociales qui mettent en jeu la structure du psychisme humain, l’économie, les formes du politique et les principes d’organisation des sociétés. Cet ouvrage s’efforce de conduire une réflexion à la croisée de ces différentes dimensions.
La mode et la sociologie entretiennent des rapports étroits. Ce livre propose d’adopter ce point de vue comme fil conducteur pour les analyses qui y sont développées. Son propos central porte sur les métamorphoses de la mode dans les sociétés modernes, sur ses nouvelles dimensions et sur la place inédite qu’elle occupe désormais. Pour mieux caractériser ses évolutions récentes, il est apparu nécessaire de se référer aux différents contextes historiques dans lesquels elle s’est développée, en particulier dans les pays occidentaux.
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L’objectif poursuivi n’est pas de retracer les multiples rebondissements qu’a pu connaître la mode, mais de disposer d’un éclairage permettant d’identifier certains de ses constituants essentiels, d’isoler ses invariants et de mettre en perspective les mutations majeures survenues dans son histoire récente.
Ce livre ne présente aucun caractère d’exhaustivité. Certains aspects importants de la mode n’ont pas trouvé leur place dans cet exposé limité. Ils en sont absents ou n’y sont évoqués que de manière partielle. Les spécificités que revêt la mode selon les classes d’âge, les influences réciproques dans lesquelles s’inscrivent actuellement ses rapports avec le sport, les paradigmes de consommation dans lesquels elle se déploie, etc., auraient mérité une analyse approfondie. Il en est de même pour les nouveaux enjeux pratiques du management des marques et des entreprises de mode, qui feront l’objet d’un prochain ouvrage.
Je souhaite enfin profiter de l’occasion qui m’est offerte pour remercier les étudiants de l’aide qu’ils m’ont apportée. Leur vivacité critique et l’originalité de leurs points de vue ont soumis à une constante et constructive remise en cause les principales réflexions de ce livre. Elles ont ainsi permis d’en préciser la formulation tout autant que d’en enrichir le contenu.
Les frontières de la mode
«Pour eviter laquelle moquerie, les anciens nous ont dit qu'il fault toujours vivre à la mode du païs. »
P. Vienne,Philosophie de court(1548).
Dans la langue française, la mode a longtemps désigné l’ensemble des manières, us et coutumes adoptés par une population. Aux côtés des tenues, le terme englobait les tournures de langage, l’étiquette, l’habitat, la cuisine ou le maquillage du corps. La notion recouvrait la globalité des pratiques dont la juxtaposition rendait compte des normes de vie d’une société. Entre mode et mœurs, les frontières étaient incertaines.
Dans son acception la plus courante, la mode est aujourd’hui étroitement associée au prêt-à-porter. Sa périphérie s’étend au champ des accessoires, parmi lesquels bijoux, sacs, lunettes ou chaussures occupent une place importante. Mais son cœur paraît indissociable de l’univers textile. Dans ce cadre plus étroit que par le passé, l’idée de mode renvoie spontanément à celle d’un changement rapide, parfois proche de l’inconstance. Nous voyons dans son mouvement la marque d’une certaine gratuité. Il nous paraît relever de l’arbitraire ou de lois déconnectées du monde réel. Chaque saison, le tourbillon des défilés des créateurs renforce cette perception. Nous assimilons ainsi fréquemment la mode à une entité dotée d’une vie propre. Elle nous semble obéir à une logique autonome, distincte de son environnement. Nous identifions enfin prioritairement la mode à un espace d’expression de la singularité individuelle. Nous lui prêtons
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volontiers un goût prononcé pour la futilité et une aptitude à velopper cheztout un chacun une certaine frivolité.
En fait, chacune des idées que nous associons instinctivement à la mode doit être relativisée.Bien qu’admises et répandues, nos conceptions actuelles nous éloignent des traits les plus distinctifs de la mode, des caractéristiques essentielles qui la définissent et rendent compte de ses fonctions au sein de la société. Quelques brefs rappels historiques peuvent nous permettre de nous dégager du statut d’évidence que nous leur prêtons souvent.
Si les phénomènes de mode ont existé de tout temps, le vêtement ne s’est pas constamment trouvé au centre de leurs manifestations. Il a au contraire pu figurer comme le garant des usages. Sur la totalité de l’histoire de Rome, la toge représenta une pièce de garde robe immuable. Les sandales tinrent une place si importante au sein de la cité que le port de toute autre chaussureyfut interdit. Après la chute de l’empire romain, Byzance se distingua par la permanence et la rigidité de ses pratiquesvestimentaires. Pendant près de mille ans, celles-ci ne connurent pratiquement aucune évolution. La fonction institutionnelle duvêtement, témoin de la tradition, a ainsi pu le tenir à l’écart des mouvements de mode.
Dans aucune période de l’histoire, les phénomènes de mode ne semblent cependant avoir déserté la vie sociale. Appréciée à l’aune de nos références actuelles, la mode vestimentaire a joué un rôle plus que modeste dans la Grèce antique. L’intérêt accordé aux poteries a en revanche représenté un véritable phénomène de société. e La première moitié du V siècle avant J.-C., se caractérise par l’éclosion d’une grandevariété de styles. La renommée des