Et moi ? Émois !
162 pages
Français

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Et moi ? Émois !

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Description

Parce qu’il ne faut pas banaliser les émotions des enfants, Diane Drory explique comme interpréter leurs façons de communiquer. 

Delphine est une petite voleuse, Ann-Louise a souvent mal aux jambes, Christophe voudrait être riche, Marie-Claude mange tout le temps... Les enfants expriment leurs pensées par des voies détournées. Ce livre illustré avec humour propose le décodage de vingt-cinq situations vécues depuis la naissance jusqu'à l'adolescence, pour mieux comprendre la dynamique affective des enfants, leur poésie et quelques fois, leur souffrance. 
Et moi ?... Émois ! offre le regard d’une psychanalyste sur la pensée des jeunes de 0 à 18 ans. Les agissements de nos enfants nous paraissent parfois incongrus, incompréhensibles, hors normes voire inacceptables : Diane Drory donne des clés pour comprendre la dynamique affective, retrouver la poésie que nous avions, enfants et adolescents.

Un guide qui vous aidera à porter un regard différent sur les enfants qui vous entourent et vous permettra de mieux appréhender des situations parfois déstabilisantes.

A PROPOS DE L’AUTEUR

Diane Drory est une psychanalyste belge spécialisée dans l’écoute de l’enfance. Réputée depuis 30 ans pour son approche concrète avec les enfants et leurs parents, elle est également reconnue au-delà des frontières pour son travail théorique au travers de nombreux ouvrages, revues spécialisées et conférences. Elle est aussi chroniqueuse pour le magazine Psychologies et psychanalyste, spécialisée dans la petite enfance.

A PROPOS DE L’ÉDITEUR

Soliflor est une maison d’édition à l’ambiance familiale où germent des idées à foison, rassemblées en de petits livres carrés et colorés, balayant des thématiques variées centrées sur l’art de vivre, de la cuisine au jardin, en passant par toutes les autres pièces de la maison. Oui, les thèmes sont ceux de la vie quotidienne, que nous aimons appréhender de la façon la plus naturelle et respectueuse possible.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9782930543406
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

ET MOI ? ÉMOIS !© Éditions Soliflor, info@soliflor.be
Avenue de l’Armée 29, B-1040 Bruxelles
www.soliflor.be
Tous droits de reproduction, traduction, adaptation réservés pour tous pays.DIANE
DRORY
ET MOI ? ÉMOIS !
Regard d’une psychanalyste sur la pensée de l’enfant
Illustrations de
Benoit Coppée et
Nicolas ViotIntroduction
Ce n’était qu’une fleur de jonc…
Si tous, nous venons du pays de notre enfance, n’en
sommesnous pas, malgré nous, exilés ?
Ce cinquième tome Des choses de la vie tente de décrypter les
couleurs, le goût, la forme des désirs d’un enfant, qui se cachent
derrière les phobies, les tristesses, les attitudes, les questions au corps et
au cœur. La cause des enfants m’est chère. Parfois leur âme prend peur.
À nous de réouvrir les oreilles de notre cœur, de retrouver en nous la
trace incertaine des émois de l’enfance. Afin d’offrir du temps pour
allumer les couleurs intérieures, là où les mots sont perdus ou
inconnus. Afin de s’inviter à comprendre l’envie de mordre, de voler,
de manger, de hurler. Le refus de perdre, de se soumettre. Le désir de
détruire, de ne pas dormir pour ne pas mourir, de salir pour dire.
5Et moi ? Émois !
De comprendre ce que cachent les mots d’enfants. De soulager la
tristesse d’un enfant empêché d’habiter sa vie, dans l’attente d’un
regard, d’un geste, d’un sourire, d’un mot.
La part d’inconnu, d’inattendu, d’imprévu qu’apporte chaque
rencontre avec un enfant m’amène à vous relater une anecdote qui
m’a, tel un aiguillon, poussée à écrire ce petit livre.
Au bord d’un fossé, le regard de Gaëtan tombe sur une fleur de jonc,
qui, telle une sucette, se balance au gré du vent. L’enfant s’approche,
la touche. Surpris par la douceur feutrée de cette étrange plante, il la
cueille et emporte cette merveille particulière.
De retour à la maison, tenue aussi cérémonieusement qu’un cierge, la
fleur de jonc trouve une place de choix dans la chambre du
garçonnet. Là où il rassemble une partie de la beauté du monde. «
Ahlala, voilà un ramasse- poussière de plus », dit la mère en souriant.
Le lendemain, pressé de faire découvrir sa trouvaille à ses
compagnons de classe, l’enfant dépose la fleur de jonc près du bureau
de la maîtresse. Celle-ci n’émet ni geste ni commentaire. L’heure de
la récréation sonne. Les enfants sortent s’ébattre. La maîtresse range
la classe. Elle ramasse le brin de jonc. Le casse en quatre. Le jette
dans la corbeille à papier.
6I n t r o d u c t i o n
Rentrant dans la classe, Gaëtan voit son trésor gisant en morceaux au
fond de la poubelle. Il fond en larmes. « Mais que se passe-t-il,
quelqu’un t’a–t-il fait mal ? », interroge la maîtresse. Du doigt, il
pointe le panier. « Mais enfin, ce n’était qu’une fleur de jonc... »
Seuls ceux qui n’ont pas quitté à tout jamais le jardin de l’enfance
peuvent imaginer le chagrin de Gaëtan. Dans notre société, les
évaluations sont codifiées, les valeurs se mesurent à l’aune de leur
prix. Dans ce monde si soucieux d’ordre et de rationalité, où tout est
chiffre, y a-t-il encore de la place pour accorder de la valeur à une
fleur de jonc ?
Ne faisons pas à nos enfants ce que nous ne souhaiterions pas qu’un
autre nous fasse : nous prendre ce qui nous est unique. Une de nos
richesses n’est-elle pas cette possibilité de nous étonner ? Notamment
de la beauté spontanée qui sans cesse nous entoure. Le tout est de la
voir…
« Grand-Mère, j’ai trouvé un diamant pour toi ! », hurle de joie le
petit Loïc en brandissant un caillou blanc trouvé en fouillant une
taupinière. Quand un enfant vous interpelle, vous pose des
7Et moi ? Émois !
questions, pour la réponse vous avez tout le temps. L’écoute, elle, se
vit dans l’instant.
Offrir de l’enfance à l’enfant, c’est l’aider à arracher les masques
derrière lesquels parfois il se cache, pour l’aider à retrouver son
authenticité. Donner de l’enfance à l’enfant, c’est l’aider à créer le
spectacle de son enfance. Ce livre est un geste d’espoir pour préserver
l’âme enfantine.Naître, c’est quitter son abri
pour découvrir les forces du vent
et les chaleurs du soleil.
Maman, dans tes
yeux, je découvre que
j’existe
Un nouveau-né s’extrait du tunnel maternel : « Que de lumière »
! Pour lui, le sablier d’un nouveau temps commence à s’écouler.
Sa « date de naissance », première ponctuation sur sa ligne du
temps, l’inscrit dans un univers temporel qui s’achèvera le jour de
sa mort terrestre. L’heure de la naissance, agrémentée de ses
minutes soigneusement notées à l’état civil, ponctue le départ
d’une trajectoire inédite. Celle de découvrir qui se cache derrière
le nom qu’il a reçu, et de s’ouvrir à tout ce qui s’offre à ses sens.
Ce petit être fraîchement débarqué de la planète mère se met en
quête de celle qui le familiarisera avec cette terre inconnue et
l’aidera à la comprendre. Il part à la recherche des yeux de sa
mère…
9Et moi ? Émois !
Célia vient de mettre Joséphine au monde. Elle est toute à la joie
d’un premier enfant. Pas de soucis, tout s’est bien passé. Juste un
peu fatiguée. Intégrant sa chambre, elle découvre avec joie un large
écran de télévision. Dès qu’elle aura retrouvé ses esprits, elle
pourra suivre ses feuilletons préférés. Pour elle, les tétées ne seront
pas un souci, au contraire. Elle mettra l’enfant au sein, se calera
dans ses coussins et regardera tranquillement son film. Elle
profitera à fond de son enfant en le gardant près d’elle pendant
toute la durée de l’émission.
L’effort de la naissance passé, pour Joséphine, les épreuves ne sont pas
pour autant terminées. Elle se retrouve en plein désarroi car une
majeure partie de ses repères utérins sont évanouis. Plus de parois
protectrices contre lesquelles appuyer bras et jambes. Fini de flotter
harmonieusement dans un liquide tiède caressant chaque partie de
son corps. Et où donc a disparu son gros coussin d’où elle pompait de
quoi se sustenter sans effort ? Le gazouillis gargouillant et le
toc-toctoc du sein maternel se sont tus… Par contre de nouvelles jouissances
se découvrent : sa bouche se gorge de lait, son oreille reconnaît les voix
parentales ; une nouvelle douceur, sèche cette fois, l’emmaillote.
10Maman, dans tes yeux, je découvre que j’existe.
Repue, elle ouvre les yeux, regarde Celia mais… elle regarde ailleurs,
vers un grand œil rectangulaire qui ne renvoie au petit aucun autre
message personnel que la fascination d’un mouvement de couleurs.
Qu’en est-il de ces tout-petits que les mères allaitent en regardant un
écran ? Qu’en est-il de cet investissement visuel si l’emprise de
l’image se fait plus grande que celle d’un l’échange oculaire avec
l’enfant ?
Le regard-sortilège, clé du sentiment d’existence
Les yeux de Joséphine, comme ceux de tous les nouveaux-nés qui ne
voient clairement qu’à 30 cm, cherchent cet essentiel regard- sortilège
qui fait découvrir à l’enfant le sentiment d’exister aux yeux de
quelqu’un. Ce regard au travers duquel mère et enfant s’embrasent et
s’embrassent, instituant une magie relationnelle. Délicieuse parole
silencieuse mettant en place les premiers liens d’attachement.
Aux sens de Joséphine, un mystère s’impose. « Que m’arrive-t-il » ?
Son corps vibre de toutes sortes de sensations, ses yeux s’ouvrent pour
capter la rencontre avec l’autre. Sa plus ou moins grande activité
11Et moi ? Émois !
visuelle ne prendra tout son sens qu’en fonction de la valorisation
que Celia lui accordera.
Hélas, Célia ne se doutait pas de l’importance de la communication
par le regard mutuel. Lorsque cette rencontre est trop peu sollicitée,
le bébé a plus de difficulté à reconnaître sa mère de manière
personnelle et intime. Ainsi semées, ces premières graines de solitude
pourraient rendre énigmatique le sentiment d’exister. On dit trop
peu aux futures mères que le contact œil à œil constitue le moteur des
interactions précoces où la mère, attentive et émue, et l’enfant, en
quête de rencontre, font connaissance. Un conseil : il est plus
adéquat de regarder son écran quand bébé dort !
Le regard-miroir, première assise de l’estime de soi
Sans cet échange des premiers temps, les yeux de la mère n’agissent
pas dans leur fonction de « miroir » permettant à l’enfant de se
sentir exister en toute sécurité dans une relation. Mère et enfant se
doivent de développer de « l’attirance » - les lois physiques ont leur
correspondant dans les lois psychiques - et le regard mutuel est à ce
titre de grande utilité. Au départ, c’est dans le regard de la mère
12À son arrivée sur terre, l’enfant part à la recherche du regard
de sa mère qui lui apprendra à se familiariser avec le monde.Et moi ? Émois !
que l’enfant se construit en cherchant à la combler, à être tout pour
elle. S’il peut y lire : « Je suis bon, je vaux quelque chose », se met en
place une première assise positive de son narcissisme. Accroché aux
bras et au regard de sa mère, Joséphine, apprivoisant la pesanteur,
découvrira une nouvelle forme de lien.
Le regard mutuel est – et restera pendant toute la vie – l’un des
modes principaux de communication non verbale. Déterminant des
compétences communicatives chez le jeune enfant, cette capacité de «
regarder dans les yeux » sera une clé majeure de la gestion des
rapports interindividuels chez l’adulte.