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Etalements urbains

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Description

Les villes peuvent-elles véritablement s'étaler comme une tache d'huile ? Les constructions et les évolutions des espaces urbains obéissent à des processus indépendants. Les "étalements urbains" deviennent alors les effets, et non plus les causes, des transformations de nos villes. Pourtant articulées entre les univers politique, économique, social et technique, la maîtrise et la compréhension de ces "étalements" semblent échapper aux compétences locales mobilisées.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2011
Nombre de lectures 144
EAN13 9782296711662
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.










ÉT A L E M E N T SU R B A I N S

Emmanuel AMOUGOU






É T A L E M E N T SU R B A I N S



Critique sociale d’une fatalité spatiale




Préface de Benedicht Weber













Pour mon épouse Marie-Noëlle AMBANADANG, qui a
assuré la relecture minutieuse et intégrale de ce texte, et nos
enfants :Daphné Thérèse NYASSALAMENDOMO etJulien
Nicolas AMOUGOUMBALLA





















© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13349-5
EAN : 9782296133495

REMERCIEMENTS



L’idée de porter un regard sociologique sur le phénomène
caractérisé d’étalement urbain n’aurait pas eu la chance de se
réaliser, si je n’avais pas bénéficié, au cours de mon séjour
professionnel à Bordeaux, et plus particulièrement àL’ÉCOLE
NATIONALESUPÉRIEURE D’ARCHITECTURE ET DEPAYSAGEen
tant qu’enseignant-chercheuren sociologie, de l’implication dans les
études et réflexions que mène l’Agence d’Urbanisme sur le
territoire aquitain.
Je tiens tout d’abord à remercier M. Francis CUILLIER-Directeur
- et Jean-Baptiste RIGAUDY -Directeur adjointde -L’AGENCE
D’URBANISMEMÉTROPOLEAQUITAIN, pour la confiance qu’ils
m’ont faite, en m’autorisant à publier les données issues de l’étude
sur les ‘‘étalements urbains’’ en Gironde qu’ils m’avaient confiée.
Aussi, pour leur coopération et leur autorisation à publier les
contenus de nos entretiens, je remercie :
Mme. Agnès BERLAND-BERTHON,Architecte et Maître de
Conférencesen Aménagement de l’Espace et Urbanisme à
L’INSTITUT D’AMÉNAGEMENT,DETOURISME ET D’URBANISMEde
l’Université Michel De Montaigne - Bordeaux III; M. Etienne
PARIN,Architecte-Urbaniste,Directeur duGRANDPROJET DEVILLE
(G.P.V.) desHauts de Garonne enGironde; Jean-Marie BILLA,
Architecte et Enseignant àL’ÉCOLENATIONALESUPÉRIEURE
D’ARCHITECTURE ET DEPAYSAGEde Bordeaux, il a été maire de la
commune de Saint-Macaire et conseiller général en Gironde;
Bruno FAYOLLELUSSAC,Historien de l’Architecture et Archéologue,
Chercheur associéà L’UMR-CNRS-5185-ADES/TEMPOS, MAISON
DESSCIENCES DE L’HOMME, Bordeaux; Jean-Claude
MARGUERITE,Architecte-Urbaniste,Directeurdes SERVICES
TECHNIQUES ET D’URBANISMEla commune de Lormont en de
Gironde ;Alain URSULLET,Architecte en libéral et enseignant à
L’ÉCOLENATIONALESUPÉRIEURE D’ARCHITECTURE ET DE
PAYSAGEenfin Philippe CBordeaux ; deOUGRAND,Romancier et
scénariste, habitant de la commune de Saint-Macaire en Gironde.

5


PRÉFACE


1
Entre 2000 et 2030, lesterres urbaniséesdoubler , devraient
une extension massive et rapide due à un exode rural désormais
mondialisé, mais également à au moins deux autres facteurs
d’importance. À l’échelle mondiale, une part grandissante des
populations adopte des exigences élevées de confort de vie
auxquelles est associée également l’option de l’évasion
résidentielle vers des territoires à l’écart des nuisances des villes
et métropoles industrialisées. De leur côté, les populations
pauvres sont reléguées majoritairement vers des périphéries de
plus en plus éloignées des espaces urbains sous de fortes
pressions foncières et financières.
De nombreuses critiques des modèles de développement
urbain dominants ont récemment fait apparaître l’extension
massive de l’espace urbanisé comme origine d’organisations
spatiales et de modes de vie difficilement compatibles avec un
développement urbain soutenable. Avec les migrations dues au
changement climatique, ce phénomène d’extension de l’espace
urbanisé se trouve au cœur d’une réflexion sur le devenir de
l’habitat à l’échelle mondiale, et fait actuellement l’objet de
nombreux programmes d’études et d’actions, pour le
comprendre davantage afin de mieux agir.
Emmanuel AMOUGOU parvientà montrer, dans cet
ouvrage, à quel point cette urgence mondiale de comprendre et
d’agir contraste sur le terrain avec des grandes difficultés de
s’entendre, à commencer sur les termes mêmes, circulant trop
souvent comme desmots-valisescontribuent dans ce cas à qui
voiler les réalités, et en premier lieu celle, précisément, d’un
important déficit de compréhension à l’égard des mutations en


1. Nous nous référons ici aux prévisions de laBanque Mondiale. Voir les
documents de lancement du programmeEco2 Citiesen 2010, dont
notamment la synopsis du livreEco2 Cities : Ecological Cities as Economic
Cities, publié par laBanque Mondiale, 2010.

7


cours. L’expression française d’étalement urbain n’enfait pas
exception.
Les notions qui circulent sont loin d’être stables, ce que
montre de manière exemplaire le terme américainurban sprawl.
Celui-ci trouve ses prémisses en 1937, lors d’une conférence
1
d’Earl Draper, collaborateur de laTennesse Valley Authority.
Draper fait alors la critique de développements urbains qu’il
juge inesthétique, et surtout catastrophique au plan
économique. Il utilise l’adjectifsprawling (informe,tentaculaire)
pour nommer un phénomène nouveau d’urbanisation,
débordant les limites et les structures des villes existantes. Sans
développer une critique approfondie, Draper dénonce
globalement les urbanisations favorisées par la diffusion rapide
2
de l’automobile comme moyen de transport . Cette diffusion
offre un élargissement de la liberté de mouvement, mais place
selon Draper dans un contexte bouleversé et problématique un
autre principe : celui de s’installer librement.
Après la deuxième guerre mondiale, le termeurban sprawl
intègre, toujours aux États-Unis, le vocabulaire de la
3
planification urbaine et des économistes de la ville,
principalement pour désigner, dans une approche plus
descriptive que compréhensive et critique, l’extension spatiale
des urbanisations, et la constitution rapide de vastes régions
suburbaines par lesquelles s’accélère une séparation entre lieux
de travail et lieux de résidence. Peu à peu, la notion - avec
d’autres telles que:scatter, leapfrogging, strip development, ribbon
development,puisedge city, edgeless city- sert à nommer et à décrire


2. Pour l’historique de cette notion nous nous appuyons surR. W.
WASSMER,Defining Excessive Decentralization in Californial and Other
Western States. An Economist’s Perspective on Urban Sprawl, Part 1.
Sacramento, CA, California Senate Office of Research, 2002.
3. Le 18 janvier 1937, Ford sort sa 25 millionième voiture.
4. Voir notamment, W.H. WHYTE, «Urban Sprawl», W.H. WHYTE
(Éd.),The Exploding Metropolis. Garden City, New York, Doubleday,
1958, p. 133-156.


8


des modes de croissance urbaine différents des schémas
connus, concentriques ou linéaires. Ces essais analytiques
s’intéressent prioritairement à la dimension morphologique, et
n’engagent qu’en second plan un décryptage des processus
socio-économiques qui sont à l’œuvre.
Au lendemain du premier ‘‘choc pétrolier’’, l’étudeThe Cost
1
of Sprawl porteun jugement sévère sur cette urbanisation de
plus en plus étalée, désignée comme irrationnelle pour
l’impensé des coûts induits par la dépendance d’énergies fossiles
dont le prix s’élève alors très brutalement. Cette étude
déclenche aux États-Unis une vive polémique qui, à son tour,
conduit à une série de travaux empiriques dont certains
confirment les résultats de la première étude réellement critique
portant sur l’urban sprawl, alors que d’autres s’emploient, au nom
d’une certaine conception du progrès social et économique, à
conduire la démonstration inverse.
Dans cet univers nord américain, l’analyse critique de l’urban
sprawls’associe, dès cette période, à une critique antérieure
centrée sur le déclin des villes comme production culturelle,
sociale, et politique. Une approche qui doit beaucoup aux
travaux, entre autres, de Jane Jacobs et de Kevin Lynch, mais
aussi à une sociologie urbaine qui prend sa naissance dans
l’étude des crises urbaines de l’entre-deux guerre à Chicago.
Cette critique élargie de l’urban sprawls’est intégrée, depuis
plus d’une vingtaine d’années, dans une nouvelle production
théorique en urbanisme dont la manifestation la plus connue est
2
le mouvement duNew Urbanism.Mais les retombées de cette


5. REAL ESTATE RESEARCH CORPORATION,The costs of sprawl:
Detailed cost analysis, étude élaborée pour différents acteurs
institutionnels dont:Council on Environmental Quality, Office of Policy
Development and Research, Department of Housing and Urban Development,
Office of Planning and Management, Environmental Protection Agency,
Washington D.C., 1974.
6. Voir P. KATZ,: Toward Architecture of CommunityThe New Urbanism,
New York, McGraw-Hill, 1994. W. FULTON,The New Urbanism:
Hope or Hype for the American Communities?, Cambridge MA, Lincoln

9

production intellectuelle en termes d’actions concrètes restent
modestes voir marginales.
Le débat sur undéveloppement urbain soutenablecontribué à a
accentuer la confrontation entre deux postures. LeNew
Urbanismse trouve opposé à une posture dominante, fondée sur
une perception de l’urban sprawll’expression de la comme
vitalité d’une société considérée dans cette approche comme la
plus développée, et donc comme visée et aboutissement d’un
progrès social et économique qui conduirait ‘‘naturellement’’
vers un modèle de vie s’appuyant sur un nombre d’éléments qui
se sont désormais diffusés à l’échelle mondiale :maison
individuelle ; automobile ; autoroute ; supermarché, hypermarché puis centre
commercial ;réfrigérateur etcongélateur ;télévision et NTC; parcs de
loisir ;etc.
L’inventaire des acteurs économiques qui se sont mis en
place pour produire, diffuser et entretenir ces éléments, permet
de comprendre la pérennité d’un système fondé sur des
complicités fortes. L’histoire outre-atlantique de la notionurban
sprawl intéressebien évidemment d’autres parties du monde
comme l’Europe et donc la France. La puissance avec laquelle
un modèle de vie -‘‘the american way of live’’- s’est imposé
mondialement et continue à peser, constitue un quatrième
facteur important qui favorise l’extension de l’espace urbanisé.
Aux États-Unis peuvent aujourd’hui s’observer des
oppositions franches entre défenseurs d’une ville planifiée et
plutôt compacte (New Urbanism, Smart Growth) et promoteurs
d’une vision de développement urbain décentralisé que seul ‘‘le
marché’’ -foncier, immobilier, financier et de consommation -aurait le
pouvoir de réguler. En Europe cette divergence est bien moins
3
tranchée. Unediversité d’approches et de débats sur un

Institute of Mand Policy, 1996. Et, également Congess for:The New
Urbanism, Charter of the New Urbanisme, New York, McGraw-Hill, 2000.
7. On peut certes identifier en Europe également une position
préconisant un retour vers la ville compacte comme par exemple chez
M. JENKS, E. BURTON, K. WILLIAMS (Éd.),The Compact City: A
Sustainable Urban Form ?,London, E & FN Spon, 1996, et une position

10

développement urbain soutenableà un foisonnement conduisent
terminologique, parfois désorientant. D’un pays à l’autre, la
perception du phénomène peut fortement différer, ce qui se
traduit par des ensembles terminologiques décalés. Pour ne
donner qu’un exemple : Alors qu’en français des notions plutôt
neutres commepériurbanisationd’ eturbanisation diffuse sont
utilisées pour parler d’étalement urbain,terme qui reste lui-même
essentiellement descriptif, dans la sphère gérmanophone sont
utilisés des termes qui sous-tendent un positionnement
nettement plus critique:unkontrolliertes Wachstum der
Städtecroissance incontrôlée des villes - puisZersiedelunget
Verstädterung, termes intraductibles qui désignent et dénoncent
lemitagevoire legaspillagedes espaces ruraux par l’urbanisation.
Au plan national s’expriment de nombreuses ambiguïtés,
voire des contradictions. En France par exemple, l’accès à la
maison individuelle reste considéré comme un acquis important
des ‘‘Trente Glorieuses’’. Face à cette réalité, les responsables
politiques et techniques se mettent à jongler avec des discours
4
pour le moins contradictoires.Comment les acteurs s’y
prennent pour approfondir et affiner les études des mutations


de prise en charge positive de l’urbanisation étalée par exemple chez
SIEVERTS, T.,Zwischenstadt zwischen Ort und Welt, Raum und Zeit, Stadt
und Land. Braunschweig, Wiesbaden, Vieweg, 1997 et R.
KALTENBRUNNER,« Randständig.Die Zwischenstadt als Domäne
analytischer und urbanistischer Intervention », L. BÖLLING, T. SIEVERTS
(Éd.), Mitten am Rand. Auf dem Weg von der Vorstadt über die Zwischenstadt
zur regionalen Stadtlandschaft, Wuppertal, Verlag Müller + Busmann,
2004, pp. 54-67.Mais ces positions ne s’opposent pas forcément et se
déclinent en de nombreuses positions intermédiaires voir nuances.
8. On peut en effet s’étonner qu’un même Ministre, très populaire voir
incontesté par ailleurs, puisse sur une période courte (de 2005 à 2007)
passer d’une promotion d’un modèle d’habitat emblématique
de l’étalementde l’espace urbanisé(la maison à 100000 euros) à
l’initiative d’un débat national sur l’environnement (Grenelle de
l’Environnement) qui conduit, entre autres, à dénoncer ce modèle
comme incompatible avec un développement soutenable des villes et
des territoires.

11

urbaines actuelles, pour envisager de manière de plus en plus
informée les actions possibles? C’estl’une des questions
fondamentales qui intéressent Emmanuel AMOUGOU.
Se retrouvant, dans les années 2000 en Gironde, en tant
qu’Enseignant-Chercheur à l’École Nationale Supérieure d’Architecture et
de Paysagede Bordeaux, et fréquentant de nombreux acteurs
investis et préoccupés par la mise en œuvre régionale et locale
d’une politique de lutte contre l’étalement urbain, il s’est trouvé
immergé dans ce qui devint par la suite son terrain d’observation
sociologique. Un terrain qui est également celui d’une grande
région urbaine dans laquelle une part importante de la
population vit, avec des difficultés grandissantes, l’augmentation
des mobilités et déplacements quotidiens.
Dans ce texte, qui de toute évidence ne saurait s’adresser
aux seuls spécialistes des Sciences Humaines et Sociales,
Emmanuel AMOUGOUindique que par son travail, il ‘‘ne saurait
prétendre à une quelconque généralisation’’, ceci d’autant
qu’une telle prétention de généralisation ne pourrait que se
transformer en opération d’occultation ou de dissimulation des
mécanismes et processus réels. Ainsi, en étudiant sur un terrain
concret les discours et en décryptant les représentations,
logiques et pratiques impliquées dans la mise en œuvre des
dispositifs de lutte contre l’étalement urbain, Emmanuel
AMOUGOU parvientà déconstruire ce qui apparaît comme une
vision fataliste de l’étalement urbain en Gironde.
Ce faisant, il confirme que tout champ social local peut
potentiellement être élevé en lieu vigie, c’est-à-dire en terrain
d’où l’on peut observer, décrypter, discuter et penser ce qui se
produit socialement et, en l’occurrence, comment un groupe
social s’y prend pourobjectiver unphénomène complexe qui le
dépasse très largement, puis pour penser sa prise en charge par
l’action locale.
L’espace social apparaîtici, autant dans sa richesse plurielle
que dans son inconstance, comme uneexpérience sociale à
affronter, à scruter et à décrypter inlassablement. Cet espace se
révèle enfin comme un lieu privilégié d’où une tentative de

12

production de connaissances peut, débarrassée de tout
empressement et de toute tentation de généralisation, espérer
contribuer à l’action.



Bendicht WEBER,Architecte,
Professeur àL’École Nationale Supérieure d’Architecturede Paris
La Villette.Chercheurau L.E.T. LABORATOIREESPACETRAVAIL.

13

INTRODUCTION



‘‘La ville est tout sauf commode à cet
égard, car par sa nature, par son origine,
elle se distingue de l’État, qui l’a certes
‘‘domptée’’… mais ne peut empêcher
qu’elle vive, s’étende, se fasse et se défasse
selon une logique qui perturbe celle du
découpage étatique du territoire.’’

Jacques DONZELOT,Quand la ville se défait.


Les transformations que connaissent les villes françaises
depuis plusieurs décennies sont sans aucun doute, pour une
part importante,la résultante des politiques successives mises
en place par l’État. Connues de tous, ces politiques sont
aujourd’hui analysées dans différents champs sociaux qui ont
partie liée aux questionsdites urbaines.C’est dire en effet que
l’on ne peut véritablement comprendre les phénomènes urbains
aujourd’hui sans revenir à l’implication de l’État.
Une telle position suppose inévitablement de prendre toute
la mesure du fonctionnement réel des instances étatiques au
plan national et local. Ainsi, poser les problèmes auxquels les
villes sont confrontées en termes nouveaux suppose de sortir
nécessairementdeux attitudes qui, très souvent, voilent la de
compréhension des véritables mécanismes qui sont au principe
des pratiques observables.
Lapremière attitudeconsiste à considérer l’implication de
l’État dans les territoires urbains en termes d’impositiondirecte
des pouvoirs centraux sur les villes. Laseconde, celle qu’auront
généréles lois de décentralisation, renvoyant à l’affirmation des
autonomies - relatives certes - des collectivités territoriales et
locales en matière de construction et de gestion urbaines.
Renvoyer dos à dos ces deux positions dans lajustification sur
laquelle reposent souvent certaines analyses, c’est sans doute se

15

1
priver d’une part importante de la réalité des mécanismesà
l’œuvre.
Pourtant, que l’interrogation porte sur la question du
2
logement , de l’architecture, du patrimoine, des transports ou
de l’aménagement urbain, au plan local, tout semble indiquer
que la mise en place et la conduite des dispositifs répondant à
toutes ces préoccupations constitue unchamp. Et, dans le cas
qui nous préoccupe, il s’agit d’unchamp à base locale.
L’implication de l’État dans les territoires locaux comporte
des enjeux à la fois politiques, économiques, symboliques et
3
sociaux . Des enjeux dont la nature et l’importance se révèlent
souvent au travers des dispositifs dont les territoires locaux font
l’objet. C’est dire en effet que l’on ne peut véritablement
comprendre les processus de construction ou de transformation
des espaces urbains ou extra urbains en Gironde ou ailleurs qu’à
condition de s’appuyer sur une démarche fondamentalement
relationnelle. Autrement dit, les phénomènes d’étalements urbains
en Gironde ou ailleurs ne sont que les résultats des
interdépendances qui caractérisent toute formationsociale à base
locale. C’est donc à partir de cette hypothèse que nous tentons
d’aborder successivement la construction du territoire desHauts
de Garonneet le phénomène d’étalement urbain.
Comment, par exemple, examiner autrement les conduites
desPolitiques de la Villeles dansHauts de Garonne depuisdes
années, sans mettre en évidence cechamp à base localequand on
sait que ces politiques ne peuvent avoir de véritables sens et


1. Isabelle CHATRIEJean-Michel U etHALDEBORDE, (Sous la direction
de),Partenariat Public-Privé et Développement territorial, Le Monde Éditions,
Revue d’Économie Financière, Paris, 1995.
2. Marie-Geneviève RAYMOND, «Idéologies du logement et opposition
ville-campagne », inRevue Française de Sociologie, IX, 1968, pp. 191-210.
3. Jean-Claude DRIANT», in MarionÉtat et Politique du logement, «
SEGAUD, Jacques BRUN, Jean-Claude DRIANT(Sous la direction de),
Dictionnaire de l’Habitat et du Logement, Éditions Armand Colin, Paris,
2002, pp. 153-155.

16

efficacité (politiques) que si elles s’appuient sur les intérêts et
logiques des agents locaux nécessaires à leur légitimation ?
En ce qui concerne la mise en œuvre locale de ces
politiques, les comités de pilotage constituent des univers
d’objectivation de cechamp à base locale. À propos
duG.P.V.‘‘Grand Projet de Ville’’ desHauts de Garonne
(BassensLormont-Cenon-Floirac), dernier-né de laPolitique de la Ville, on
note ceci :

Le comité de pilotage mène la politique territoriale de
développement solidaire et de renouvellement urbain. Il exprime
les engagements, pris par l’État, les collectivités territoriales et
leurs partenaires, de mener une politique de solidarité urbaine et
de lutter contre les processus de dévalorisation de certains
territoires. Il décide des objectifs à atteindre, définit les moyens
pour y parvenir, vérifie la cohérence d’ensemble des programmes
d’actions thématiques, oriente les travaux du groupe projet et de
l’équipe permanente et met en place le dispositif d’évaluation.
Il est composé par les signataires de la convention cadre ou de
leurs représentants et il est présidé par Albert Dupuis, secrétaire
général de la Préfecture de Gironde, sous-préfet chargé de
mission pour la politique de la ville. Il désigne en son sein les
4
présidents des commissions thématiques […]

Cette configuration,évidente pourceux qui connaissent les
modes de fonctionnement des dispositifs des politiques
publiques au plan local, n’a rien de surprenant. Elle est à la
limitenormale. Pourtant, c’est sans doute aussi à travers celle-ci
que s’affirme l’emprise de l’État sur les territoires par
5
l’investissement desagents sociaux dotés des formes ou
espèces de capital constitutives ducapital politique, nécessairesà
la légitimation des actions de l’État. C’est dire que l’on ne peut

4. ATLAS deLa Politique de la Ville del’agglomération bordelaise,
A’URBA, Agence d’Urbanisme Bordeaux Métropole Aquitaine, 2003,
p. 17.
5. Olivier PIRON, «Les déterminants économiques de l’étalement
urbain »,Études Foncières, n° 129, Octobre 2007.

17

également comprendre lascène localedans une démarche que
interactionniste, voire interdépendante.
Les étalements urbains qui préoccupent tant l’État, les
collectivités locales et territoriales françaises depuis quelques
années n’échappent donc pas à cette logique.

Ce processus d’étalement urbain qui conduit à la ville
‘‘éclatée’’ relève des stratégies de multiples acteurs: les pouvoirs
publics (État, collectivités) qui, selon leurs compétences propres,
organisent l’affectation des sols, développent de nouveaux
secteurs urbains, réalisent des infrastructures pour raccourcir les
temps de parcours et rendre accessibles de nouveaux espaces ; les
ménages, de plus en plus motorisés, et à la recherche de
logements individuels, encouragés en cela par les politiques
publiques d’aide à l’accession à la propriété ; les entreprises qui se
délocalisent des centres-villes dans des secteurs plus vastes, mieux
desservis, sur des terrains moins coûteux …; les grandes
enseignes commerciales qui s’implantent à la périphérie des
agglomérations, à proximité des grandes infrastructures routières
et des points d’échanges… Ainsi les aires urbaines ne cessent de
s’accroître et deviennent peu à peu de véritables régions urbaines,
6
voire des ‘‘archipels urbains.

Les créations des instances nationales et locales (Ministères,
DATAR, DIV, Commissions, etc.) et locales (Agences d’Urbanisme,
7
Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement CAUE,etc.)
constituent, sans doute, une des stratégies à travers laquelle les
mécanismes étatiques s’imposent sur les univers urbains. C’est
dire combien, en matière d’architecture, d’urbanisme et
d’environnement notamment, les réalités urbaines sont


6.DIAGONAL, « Coup de frein à la spirale sans fin », Dossier : ‘‘Planifier
la mobilité pour libérer l’urbanité’’, n°124, Avril 1997, pp. 13-16.
7. En ce qui concerne les CAUE – (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme
et d’Environnement), Agnès DOLLFUSAns de« 20dans son article :
service pour une qualité durable» avait bien décrit les conditions de
création, les missions, et enjeux de ces structures dansDIAGONAL, n°
126 – Août 1997, pp. 10-13.

18

déterminées et activées, pour une part importante, par les
pouvoirs publics comme on dit.
S’appuyant sur son ouvrage,L’État et l’Architecture,
19588
1981. Une politique publique ?, souligne ceci :Éric Lengereau

J’ai compris progressivement que le sujet ne pouvait être traité
sans appréhender les politiques publiques d’aménagement de
l’espace et l’analyse de l’ensemble des stratifications du pouvoir
qui s’exerce sur la qualité architecturale, indépendante des
architectes. Autrement dit, étudier les pouvoirs qui agissent sur
les transformations de la ville - construction, formes urbaines,
espace public – et, de manière générale, leurs relations avec
l’architecture. C’était aussi une manière de la présentercomme
une politique publique au même titre que la politique de la ville.
[…]. D’une manière générale, traiterde la qualité architecturale et
de ce que l’État pense devoir faire pour sa promotion, c’est
évoquer le fonctionnement de toutes les politiques publiques
d’aménagement de l’espace. J’entends par là l’ensemble des
administrations centrales qui y participent. Ce qui m’a également
conduit à montrer que l’architecture relève d’une politique
9
publique, à l’échelle nationale comme à l’échelle locale.

Liés en partie aux politiques publiques d’aménagement de
l’espace et sur les pouvoirs qui s’exercent sur les villes, les
10
étalements urbains en Gironde, comme ailleurs, ont


8. Eric LENGEREAU,L’État et l’Architecture, 1958-1981. Une politique
publique ?Éditions A. et J. PICARD, Comité d’Histoire du Ministère de
la Culture, Paris, 2001.
9. Eric LENGEREAUCes pouvoirs qui déterminent la ville, «», propos
recueillis par Agnès DOLLFUS, inDIAGONAL, n°150, Juillet-Août,
2001, pp. 22-23.
10. En France, malgré les situations territoriales différentes, les luttes
contre les étalements urbains s’appuient sur un constat partagé: «Le
développement urbain est désormais confronté à des défis majeurs,
dont la nature a changé et l’ampleur augmente sans cesse. Les villes
croissent, les raisons de cette croissance sont mesurables, liées à des
facteurs démographiques et sociaux incontestables. Cette croissance
est amplifiée par une dynamique territoriale complexe et non maîtrisée,

19