//img.uscri.be/pth/2e6b9a19070a30f9564c8444c2ebca129e9a0c0b
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Evaluation de la dangerosité et du risque de récidive

De
178 pages
Cet ouvrage fournit au praticien les outils indispensables à une évaluation objective et argumentée de la dangerosité et du risque de récidive, acte complexe et potentiellement lourd de conséquences pour la personne évaluée et pour la collectivité. Un ouvrage indispensable pour les intervenants dans les domaines tels que la psychiatrie, la psychologie légale, la criminologie, le droit pénal, l'application des peines ou l'éducation spécialisée.
Voir plus Voir moins









Évaluation de la dangerosité
et du risque de récidive







































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55136-7
EAN : 9782296551367



Gérard Niveau



Évaluation de la dangerosité
et du risque de récidive

















L’Harmattan

Ouvrage du même auteur

Médecine, santé et prison, Bertrand D. et Niveau G. Médecine et
Hygiène (Ed.), 2006, Chêne-Bourg.














A Jocelyne
A Nathan et Noémie
Pour leur soutien constant et inconditionnel



















Evaluation de la dangerosité et du risque de récidive


1. Introduction 11

2. Historique 13
2.1. L’évaluation clinique 13
2.2. Les échelles actuarielles 15
2.3. La McArthur Violence Risk Assessment Study 16
2.4. évaluations cliniques structurées 18
2.5. Passage de la dangerosité à l'évaluation du risque 19
2.6. L’introduction de méthodes statistiques plus rigoureuses 20
2.7. La bataille des facteurs statiques et dynamiques 21
2.8. Les outils de quatrième génération 22

3. L’échelle de psychopathie de Hare 27
3.1. Création et évolution de l’échelle de Hare 27
3.2. Description de la PCL-R 29
3.2.1. Structure globale
3.2.2. Définition des items 30
3.2.3. Interprétation du score final 34
3.3. Traductions et validations de la PCL-R 35

4. L’évaluation actuarielle 43
4.1. Comportements violents : la VRAG 43
4.1.1. Généralités 43
4.1.2. Structure et cotation de l’échelle 44
4.1.3. Traductions et validations de la VRAG 47
4.2. Délinquance sexuelle 49 4.2.1. La SORAG 49
2.2. L’ERRRS 54 4.2.3. Statique 99 59
4.2.4. La MnSOST-R 67
5. Les instruments de jugement clinique structuré 81
5.1. Evaluation du risque de récidive de comportements
violents :HCR-20 81
5.1.1. Généralités
5.1.2. Structure et cotation de l’échelle 81
5.1.3. Validation et traduction de la HCR-20 89

5.2. Evaluation du risque de récidive de crimes sexuels 92
5.2.1. La SVR-20 92
5.2.2. Le SONAR 102




6. Les échelles d’évaluation spécialisées 115
6. 1. Dangerosité et risque de récidive des délinquants mineurs 115
6.1.1. La PCL :YV 115
6.1.2 La SAVRY 124
6. 2. Violencesconjugales 127
6.2.1. Ontario Domestic Assault Risk Assessment (ODARA 127
6.2.2. Spousal Assault Risk Assessment Guide (SARA) 129

7. Les outils récents 137
7.1. Le LSI-Ret le LSI/CMI 137
7.1.1. Généralités 137
7.1.2. Structure et cotation 138
7.1.3. Traductionetvalidation 142
7.2. La « Classification of violence Risk » (COVR) 144
7.3. Le FOTRES 145
7.3.1. Généralités 145
7.3.2. Structure de l’instrument 145
7.3.3. Validation 6
7.4. La VRS : Violenceriskscale 146
7.4.1. Généralités 6
7.4.2. Structure et cotation 147
7.4.3. Traductionetvalidation 149
7.5. Risk Matrix 2000 150
7.5.1. Généralités 150
7.5.2. Structure et cotation 150
7.5.3. Traductionet validation 151

8. Evaluation clinique intégrée du risque de récidive 157
8.1. Principes généraux 7 8.2. Positionnement éthique 158
8.3.Définition des objectifs 61 8.4. Méthode 163
8.5. Recueil d’informations 164 8.6. Examen clinique dusujet 7
8.7. Usage des instruments standardisés 168
8.8. Pesée des arguments 169 8.9. Enoncé des conclusions 171

9. Conclusions 175

10
1. Introduction

L’évaluation de la dangerosité potentielle d’autrui est une attitude
spontanée et naturelle. Tout au long de la vie, quel que soit son sexe ou
son âge, chacun jauge le danger possible de toute situation et de toute
rencontre : le jeune enfant qui doit partager son bac à sable avec de petits
inconnus, l’adolescente qui va à son premier rendez-vous avec un garçon
qu’elle ne connaît pas bien, la jeune femme qui croise un homme dans un
parking désert au milieu de la nuit, le voyageur qui s’est trompé de rue
dans une banlieue de grande ville, le cadre de la cinquantaine à qui l’on
vient d’imposer un nouveau directeur plus jeune que lui, le vieillard qui
vient d’être placé dans une maison de retraite…Tout le monde évalue
quotidiennement le danger qu’il peut ou qu’il croit pouvoir rencontrer. Il
s’agit d’un comportement en grande partie instinctif, hérité de
l’évolution, car indispensable à la survie.

Pourtant, quoi de plus complexe que d’évaluer le danger que
représente autrui ? Dans une perspective évolutionniste, on pourrait
affirmer que l’erreur, pour celui qui évalue la dangerosité sans méthode
scientifique, est d’appliquer une méthode instinctive de « chasseur
cueilleur » à un problème qui ne relève plus de cette méthode dans notre
société hautement urbanisée. Peut-être l’appréciation instinctive du
risque à aller chercher sa voiture dans un parking public souterrain à trois
heures du matin peut-elle conserver une certaine pertinence, en
appliquant les mêmes principes que celle du chasseur s’introduisant dans
un bois obscur. Mais l’évaluation du risque qu’un individu ne commette
à nouveau un certain type d’acte, dans un contexte social déterminé, à un
moment donné, ne peut pas répondre aux mêmes critères instinctifs sans
entraîner une marge d’erreur catastrophique.

C’est probablement avec l’espoir, souvent déçu, de l’extraire du
champ des croyances, et pour lui donner un début d’objectivité
scientifique, que l’évaluation de la dangerosité a été confiée aux
spécialistes de la santé mentale, qu’ils s’appellent encore aliénistes ou
déjà psychiatres ou psychologues. Plus récemment l’évaluation du risque
de récidive est devenue un exercice obligatoire pour de nombreuses
professions, telles qu’infirmier, agent de probation, éducateur etc.

L’évaluation du risque de récidive restera toujours la prévision d’un
comportement humain. Cette prévision ne pourrait être exacte que dans la
mesure où l’on croirait le comportement humain prédéterminé de façon
définitive. Il suffirait alors de connaître tous les facteurs de
prédétermination pour que la prévision soit exacte. Inversement si l’on
croit que le comportement humain est totalement libre, alors aucune
prévision n’est valable et l’évaluation du risque de comportement
criminel impossible. La vérité est probablement à mi-chemin, c'est-à-dire
que le comportement humain est en partie déterminé par des facteurs
biopsychosociaux, et que chaque individu conserve un certain degré de
liberté et d’imprévisibilité à l’intérieur de ses limites physiques et
psychiques. C’est pourquoi le pronostic de récidive ne peut prétendre à
l’exactitude, mais peut tout de même tendre à un degré élevé de
précision.

Le but de cet ouvrage est de fournir les moyens à celui ou celle qui est
confronté au problème de l’évaluation de la dangerosité et du risque de
récidive, de s’écarter du hasard et de la subjectivité et de se rapprocher
autant que possible de l’objectivité et de la rigueur scientifique. Ceux ou
celles qui voudront approfondir ce domaine particulier de la criminologie
et de la psychiatrie légale y trouveront également de nombreuses pistes.

12
2. Historique


2.1. L’évaluation clinique

Quoique l'évaluation de la dangerosité ne date pas du XXième siècle,
il existe très peu de littérature sur le sujet avant le début des années 1960.
Les professionnels en charge d’apprécier la dangerosité d’un sujet,
malade mental ou délinquant, utilisaient habituellement une approche
clinique, proche de la démarche diagnostique, consistant à recueillir à
travers l’anamnèse du sujet et l’examen de son état psychique au moment
de l’évaluation, le maximum d’informations pouvant fournir des
indications sur le risque d’un nouveau passage à l’acte de nature à porter
préjudice à autrui. Cette évaluation de la dangerosité, dite « approche
clinique non structurée » a été considérée comme la « première
génération » dans le domaine des méthodes d'évaluation de la
dangerosité.

Cette approche clinique de l'évaluation de la dangerosité est un
processus centré sur l'individu. Il s'agit d'une étude de cas, qui s’intéresse
au sujet comme le résultat d’une expérience existentielle unique, et qui
s’oppose à l’approche standardisée qui considère au contraire le sujet
comme appartenant à un groupe d’individus semblables, et donc, pour
cette raison, au moins partiellement prévisible dans ses comportements.

Le principal intérêt de l'approche clinique est sa flexibilité et son
adaptabilité aux situations individuelles de survenue de la violence.
Buchanan (1999) suggère que le fait de centrer l'évaluation sur les
mécanismes de survenue des faits délictueux passés peut permettre
d'améliorer la prédiction de faits à venir. La prise en considération du
contexte améliore également la prédiction (Mulvey et Lidz, 1985) et
surtout l'utilisation d'un processus multidisciplinaire permet une
appréciation comparable à une évaluation standardisée (Fuller et Cowan,
1999). Il a été également avancé que la méthode clinique donne une place
à l’analyse des causes de la dangerosité propre à un individu, ce qui ne
peut guère être espéré de la part des approches standardisées.

Cependant, les critiques ont commencé à pleuvoir sur cette évaluation
clinique de la dangerosité dès le milieu des années 60. Un événement
charnière a été l’affaire Baxstrom. En 1966, le jugement Baxstrom c.
Herold aux Etats-Unis a abouti à la libération ou au transfert dans des
unités peu sécurisées de 967 patients provenant d'unités de haute sécurité.
Steadman et Cocoza suivirent le devenir de cette cohorte pendant plus de
quatre ans. La publication de leur étude montra que seulement 20% de
ces patients considérés comme hautement à risque avaient effectivement
commis à nouveau des actes illégaux, pour la plupart non violents.
Seulement 3% étaient à nouveau emprisonnés ou internés dans un hôpital
de sécurité (Steadman et Cocoza, 1974).

Dans les années qui suivirent plusieurs études confirmèrent le peu de
fiabilité des évaluations de dangerosité basées sur des évaluations
cliniques. Le tableau 1 résume quelques-unes des principales études de ce
type.


Etude Années Sujets évalués Sujets évalués non
d'observation dangereux dangereux
Récidive Non Récidive Non
récidive récidive
Kozol et
5 35% 65% 8% 92%
al., 1972
Steadman
et Cocozza, 4 20% 80%
1974
Cocozza et
Steadman, 3 14% 86% 16% 84%
1976
Steadman,
3 41% 59% 31% 69%
1977
Thornberry
et Jacoby, 4 14% 86%
1979
Webster et
2 24% 76% 21% 79%
al., 1984

Tableau 1 : Etudes concernant la validité des évaluations cliniques non
structurées de la dangerosité.



14
En particulier dans l’affaire Dixon, au cours de laquelle, suite à un
jugement d’une cour fédérale, l’hospitalisation involontaire de 414
patients fut déclarée anticonstitutionnelle, la récidive violente ne fut
observée que chez 13,8 % des sujets (Thornberry et Jacoby, 1979).

La critique principale portant sur l'approche clinique non structurée est
qu'il s'agit d'une méthode peu fiable, peu reproductible, et peu pertinente
pour une prise de décision (Monahan et Steadman, 1994; Borum, 1996 ;
Webster et al., 1997). En effet, la plupart des études montraient que
l’approche clinique non structurée entraîne une surévaluation importante
de la dangerosité, et donc le maintien en détention ou en structure
hospitalière sécurisée d’un nombre important de sujets en réalité peu à
risque de passage à l’acte.

Monahan (1980 et 1981), en particulier, étudia les résultats de
l’approche clinique non structurée de façon statistique et conclut à une
efficacité de prédiction maximale de 33%. Quelques années plus tard, il
publia des conclusions un peu moins pessimistes, évoquant que les
prédictions des experts étaient un peu meilleures que la chance
(Monahan, 1997). Il identifia que les meilleurs prédicteurs de violence
dans une population de malades mentaux, comme dans une population de
non malades, étaient sociodémographiques, et que les prédicteurs les
moins efficaces étaient de nature psychologique, comme les diagnostics
psychiatriques ou les évaluations de traits de personnalité.
Gardner et al. (1996) montrèrent également que les pronostics basés
sur des évaluations cliniques pouvaient, si celles-ci étaient menées avec
rigueur, être en fait meilleurs que le hasard.


2.2. Les échelles actuarielles

Suite aux critiques portant sur l’évaluation clinique non structurée,
plusieurs équipes de psychiatres et de psychologues ont développé des
méthodes pouvant permettre une évaluation aussi scientifique que
possible du risque que peut représenter un individu. Ainsi sont nées les
méthodes dites actuarielles. Le terme actuariel fait référence à une
méthodologie des sociétés d'assurance, visant à faire une évaluation d'un
risque sur la base de données objectives et codables de façon préétablie.

15
L'évaluation actuarielle repose donc sur des facteurs stables, statiques
et prédéfinis. Les échelles actuarielles sont habituellement construites sur
la base d’un large échantillon de sujets ayant déjà commis des actes
antisociaux et parmi lesquels est étudiée la récidive au cours de périodes
déterminées. Après avoir relevé le maximum de variables concernant les
sujets et les circonstances de leur vie durant les périodes d’observation,
on détermine, par régressions statistiques successives, quels sont les
facteurs ayant pu jouer un rôle dans la récidive et le poids relatif de
chaque facteur. Il est ensuite possible de définir des groupes de sujets en
fonction de leur score aux facteurs de risque de récidive et de calculer le
taux de récidive de chaque groupe ainsi constitué. L’évaluation
actuarielle consistera ensuite à rechercher à quel groupe le sujet à évaluer
appartient, et donc quel est son risque de récidive le plus probable.

Les méthodes actuarielles ont été largement utilisées pour évaluer le
risque de récidive criminel et comme aide à la décision pour les services
devant décider de la libération d'individus ayant commis des crimes. De
nombreuses échelles actuarielles ont été créées depuis le début des
années 1960, particulièrement aux Etats-Unis. On peut citer le Base
Expectancy Score (Gottfredson et Bonds, 1961), le Salient Factor Score
(Hoffman, 1983) et la Statistical Information on Recidivism Scale
(Unffied, 1989). Nous étudierons ici de façon détaillée le Violence Risk
Appraisal Guide (VRAG), le Sex Offender Risk Appraisal Guide
(SORAG) et la Level of Service Inventory (LSI).

Les échelles actuarielles améliorent la fiabilité de l'évaluation du
risque de récidive mais elles ne permettent guère de prendre en
considération les variations en rapport avec les particularités des cas
individuels ni les observations cliniques les plus fines. Elles négligent
l'apport du jugement clinique apporté par l'expérience. Pour ces
différentes raisons les méthodes actuarielles sont progressivement moins
utilisées, du moins en tant qu'instrument principal. Elles restent des
méthodes de base et de référence.


2.3. La McArthur Violence Risk Assessment Study

Une étude menée par Monahan et Steadman entre 1992 et 1995 a eu
des répercussions majeures dans le domaine de l’évaluation du risque et
de la dangerosité. Il s’agit d’un travail qui a été généreusement soutenu
16
et financé par la Fondation McArthur, d’où son nom de McArthur
Violence Risk Assessment Study.

Monahan et Steadman avaient pour but initial de s’attaquer au mythe
du malade mental violent. Ils ont mis sur pied une étude qui consistait à
suivre les patients sortant de quatre établissements psychiatriques : le
Western Missouri Mental Center à Kansas city, le Western Psychiatric
Institute and Clinic à Pittsburg, ainsi que le Worcester State Hospital et le
University of Massachusetts Medical Center dans le Worcester. L’étude a
compris 1136 sujets entre 18 et 40 ans, évalués toutes les 10 semaines à
propos de leur comportement hétéro-agressif durant une année. De plus,
un groupe témoin de 519 sujets habitant dans le voisinage des patients a
été interrogé pour évaluer leurs comportements violents durant les dix
dernières semaines avant l’interview.

Le groupe des patients était représentatif de l’ensemble des
pathologies graves touchant les populations hospitalisées en milieu
psychiatrique : schizophrénie, troubles schizophréniformes, troubles
schizoaffectifs, dépression, dysthymie, troubles maniaques, épisodes
psychotiques brefs, troubles hallucinatoires, délires chroniques, abus et
dépendances aux stupéfiants et à l’alcool, troubles de la personnalité, etc.

Le résultat principal de la McArthur Violence Risk Assessment Study,
publié dans les Archives of General Psychiatry (Steadman, et al., 1998) a
été qu’il n’y avait pas de différence significative entre la prévalence des
comportements violents chez les patients psychiatriques et celle présente
dans la population générale. Cependant, la consommation de drogues ou
d’alcool augmentait nettement les comportements violents chez les
patients et chez les personnes sans antécédents d’hospitalisation
psychiatrique. Il apparaissait que cette consommation était
particulièrement importante parmi les patients. Finalement les risques de
comportements violents apparaissaient liés à la présence conjointe d’une
pathologie psychiatrique lourde et d’un comportement d’abus de
substance, alcool ou drogue.

La McArthur Violence Risk Assessment Study a été par la suite
détaillée dans un grand nombre de publications et d’ouvrages (Monahan,
1994 ; Appelbaum et al., 2000). Les données ont été rendues publiques et
ont donné lieu à différentes études secondaires (Silver et al., 1999 ;
Skeem et al., 2002). La question de la généralisation des résultats a été
17