Fan et genger studies  : le retour
72 pages
Français

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Fan et genger studies : le retour

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Description

En 2017 sortait le titre Fan et gender studies : la rencontre, un premier volume qui travaillait, autour de thématiques comme les séries ou la musique, les imbrications, parfois directes, entre études de genre et études de fans. Ce second volume poursuit les réflexions autour des minorités de genre et de sexualité, des stéréotypes de genre ou de l'engagement des fans dans les mouvements sociaux féministes ou queer. Nous nous déplaçons vers de nouveaux supports : les jeux vidéo, le cinéma, la littérature et la bande dessinée. Ce second volume est enfin l'occasion pour nous de proposer une réflexion sur la place des fan studies dans les études culturelles.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 février 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782336865515
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre


Sous la direction de
Mélanie B OURDAA et Arnaud A LESSANDRIN






F AN & GENDER STUDIES :
LE RETOUR
Copyright



























EAN E pub : 978-2-336-86551-5
© Téraèdre 2019
www.teraedre.fr
Remerciements :
Nous tenons à remercier chaleureusement l’ensemble des participant.e.s à cet ouvrage. Cet ouvrage n’aurait pas pu voir le jour sans le soutien actif de l’Université Michel de Montaigne et du laboratoire MICA (Médiations, Informations, Communication, Arts), laboratoire de recherche de l’Université Bordeaux Montaigne, labellisé comme Équipe d’Accueil (EA 4426) de l’École Doctorale Montaigne-Humanités. Nous remercions aussi l’équipe du GREF – Groupe de Recherches et d’Études sur les Fans – pour son soutien continu. Des remerciements tout aussi chaleureux à la maison d’édition Téraèdre qui nous accueille au sein de sa collection, et notamment à Christine Delory-Momberger (Professeure en sciences de l’éducation, Paris 13, Experice) pour sa confiance et son amitié. Enfin, nous tenons à remercier notre ami, le talentueux Florent Favard, pour le graphisme de la couverture de ce livre !
Mélanie et Arnaud.
SOMMAIRE
Couverture
4 e de couverture
Titre
Copyright
Remerciements :
ÉDITO. C ROISER FAN ET GENDER STUDIES : ENTRE EXPRESSIONS IDENTITAIRES ET IDENTIFICATIONS COMMUNAUTAIRES
H ELENE BREDA
F AN & Gender studies : l’introduction du retour
Mélanie BOURDAA, Arnaud ALESSANDRIN
1 ÈRE PARTIE : FANS, LITTERATURE(S) ET GENRE
I NCORPORER LES FANS DANS LE COMIC BOOK, L’EXEMPLE DE M ATT F RACTION .
N ICOLAS LABARRE
L A PRATIQUE DE LA LECTURE : ENTRE GENRE ET FAN STUDIES
E NTRETIEN CROISÉ AVEC A NNE CORDIER ET É MILIE LECHENAUT RÉALISÉ PAR M ÉLANIE BOURDAA ET A RNAUD ALESSANDRIN.
2 ÈME PARTIE : FANS, JEUX VIDEO & QUESTIONS DE GENRE
J EUX VIDÉO ET ALTER ÉGALITÉ U NE RÉFLEXION GENRÉE AUTOUR DE L’OUVRAGE DE R OBBIE C OOPER A LTER EGO : LES AVATARS ET LEURS CRÉATEURS
F ANNY LIGNON
« N OOBS HACK IT BETTER ». C ONSTRUIRE UNE COMMUNAUTÉ D’AMATEUR•RICES DE JEUX VIDÉO PAR ET POUR LES FEMMES ET LES PERSONNES QUEERS
M ARION COVILLE (M OOSSYE ) ET C LÉMENCE MOREAU (Z ORA K ILLERQUEEN ), C ÉLINE BOUENNEC (I ZAWENN ), S AM THIOUNN ET A LICE .
3 ÈME PARTIE : FANS & CINEMA
« P OWER ! U NLIMITED POWER ! » : RÉCEPTION DU TROPE DE LA M ARY S UE DANS S TAR W ARS : L E RÉVEIL DE LA F ORCE
M ARIE FETEIRA
L E N EW Q UEER C INEMA ÉTATSUNIEN. C HASSÉ-CROISÉ ENTRE UNE COMMUNAUTÉ, SA REPRÉSENTATION ÉCRANIQUE ET SON PUBLIC
J ULIE BEAULIEU
Conclusion Ê TRE SOI ET ÊTRE ACADÉMIQUE DANS LES ÉTUDES DE FANS
L OUISA STEIN ( TRADUCTION M ELANIE BOURDAA ET A RNAUD ALESSANDRIN)
Collection « Passage aux actes »
ÉDITO. Croiser fan et gender studies : entre expressions identitaires et identifications communautaires
Helene BREDA 1
« I’m done with #doctorwho WORST WRITING CHOICE EVER #NotMyDoctor#doctor13#DoctorWho13 »
Ce message posté sur Twitter le 16 juillet 2017 par un dénommé @Icewit 2 condense, en quelques mots, les réactions outrées de toute une frange du fandom de la série britannique Doctor Who . Ce jour-là, la BBC révèle officiellement que le treizième acteur choisi pour prêter ses traits au Time Lord 3 est en réalité une actrice, Jodie Whittaker. Sur les réseaux sociaux, tandis que certain • e • s exultent, d’autres se consument de rage. « Trahison », « propagande féministe », « tyrannie du politiquement correct », « Social Justice Warriors » : telles sont les accusations qui ressortent, en substance, des discours de ces (ex-) fans clamant haut et fort qu’ils arrêtent de regarder leur œuvre culte et que leur enfance est ruinée – rien de moins ! – par ce parti-pris créatif. L’évènement n’est, du reste, pas isolé. La mise en avant du personnage de Rey (Daisy Ridley) dans la nouvelle trilogie Star Wars ou encore l’annonce d’un reboot entièrement féminin des films Ghostbusters avaient suscité les années précédentes des tollés similaires sur le Net.
S’ils peuvent prêter à sourire tant ils paraissent exagérés, ces déferlements d’ire collective sont pourtant révélateurs d’enjeux qui se nouent là où s’articulent identités de genre et engagements faniques. Ils viennent rappeler à quel point la culture, ici populaire, est un lieu structuré par des rapports de pouvoir. Contrairement à certaines croyances encore répandues, la fiction n’y est jamais « que de la fiction » : elle dessine à l’inverse des espaces de reproduction ou de contestation de normes sociales presque impossibles à déboulonner. Partant, toute tentative de mettre en lumière ces normes, de les dé-naturaliser, voire de les dissoudre, est vouée à rencontrer des résistances du côté de la réception, sous des formes qui peuvent prendre une tournure extrêmement violente.
Le mouvement Gamergate, né en 2014 en réaction à quelques percées féminines dans le monde du jeu vidéo (tant au niveau de la création que de la réception), en constitue un exemple paroxystique nourri de cyberharcèlement et de menaces de mort.
Parce qu’elles sont loin d’être anecdotiques, mais qu’elles affectent à l’inverse la vie « réelle » des publics sur la base de leurs identités de genre, ces dynamiques de solidarité ou d’hostilité au sein de fandoms confirment non seulement la pertinence, mais la nécessité des croisements épistémologiques entre fan studies et gender studies. Dans le bel état de l’art qu’elle a dressé pour le premier tome du présent ouvrage, Nelly Quemener (2017) retrace la genèse des rencontres entre ces deux champs ancrés dans des traditions académiques anglo-saxonnes. Rappelons à sa suite que, quoique parfois tenues éloignées et en apparence hermétiques l’une à l’autre, ces disciplines sont liées par des problématiques transversales qui rendent indispensable leur conjugaison. Dans son Panorama historique des études de fans , Henry Jenkins (2015) s’étend pour sa part longuement sur les « racines féministes » des fan studies, mettant en exergue la filiation qui existe entre la seconde vague de revendications pour les droits des femmes et les mutations des communautés faniques à la fin du XX e siècle.
Aborder les fandoms en chaussant les lunettes du genre, c’est par exemple se demander dans quelle mesure des communautés interprétatives (au sens de Stanley Fish, 2007) se superposent à des communautés d’intérêt. Les lectrices de romans à l’eau de rose étudiées par Janice A. Radway (1984) sont un exemple canonique de réceptrices qui s’engagent activement dans des œuvres codées comme féminines et, en tant que telles, symboliquement dévaluées. Le terrain de Radway met au jour le paradoxe omniprésent entre l’adhésion de ses enquêtées à des récits dont la structure narrative immuable « constitue un simple résumé des règles, prescriptions, pratiques sociales et de l’idéologie du patriarcat » 4 , et leur activité de réappropriation des textes par laquelle seront mises en valeur des figures féminines jugées intelligentes, fortes et indépendantes. Dans le même temps, c’est l’acte de lecture en lui-même qui apparaît comme une « appropriation ordinaire des idées féministes » , pour emprunter l’expression d’Albenga, Jacquemart et Bereni (2015), en cela qu’elle permet aux femmes (souvent au foyer) de s’aménager des moments « rien qu’à elles » dans les interstices d’un emploi du temps par ailleurs dévolu au soin des membres de leurs familles.
Pour leur part, les fans féminines de Star Trek et d’autres œuvres de science-fiction étudiées par Camille Bacon-Smith (1992) ou par Helen Merrick (2009) sont discriminées et invisibilisées au sein de fandoms en raison de leur genre. Condamnées à un soupçon d’illégitimité dans ce domaine supposé masculin, elles sont vues avant tout comme petites amies ou sœurs des « vrais » fans des cultures de l’imaginaire. C’est donc aussi dans une forme de clandestinité, à l’insu de leurs maris ou patrons, qu’elles se livrent à des pratiques de réception engagée telles que l’édition de fanzines ou l’écriture et la lecture de fanfictions. Ces activités leur permettent de compenser la quasi-absence, dans les œuvres originelles qu’elles prisent par ailleurs, de personnages féminins « forts » et inspirants. De telles démarches créatrices reposent, de fait, sur la tension permanente entre l’intérêt des fans concernées pour leurs productions culturelles de prédilection et la frustration de ne pas s’y « retrouver » lorsque l’on est issu d’un groupe socialement minorisé et médiatiquement sous-représenté. Ici encore, pour le dire comme Mélanie Bourdaa, « les fans rassemblés dans une communauté collaborative ont […] un entiment d’appartenance collective qui définit leur identité même » , leur genre constituant l’un des traits saillants de cette identité (Bourdaa, 2018).
De nos jours, les nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC) tiennent bien sûr une place centrale dans la structuration de telles communautés. Si les lectrices rencontrées par Radway étaient isolées au point de ne pas avoir conscience de s’insérer dans un réseau de réceptrices engagées et mues par des intérêts communs, leurs héritières contemporaines que sont les fans de Fifty Shades of Grey rallient des groupes Facebook privés, dont Delphine Chedaleux (2018) a décortiqué les échanges plusieurs années durant. Dans ces sortes de gynécées numériques, elles ont toute latitude pour bâtir ensemble leur propre système de valeurs, en résistance aux interprétations hégémoniquement négatives des romans d’E. L. James 5 (pétries tout à la fois de dévalorisation du féminin, de critique féministe et de mépris de classe).
Les espaces dédiés aux activités faniques sur internet sont cependant loin d’être toujours circonscrits aussi clairement que ces groupes Facebook. Au-delà des fiefs « officiels » des fandoms (wikis, répertoires de fanfictions…), les communautés d’amateur•ice•s déploient leurs pratiques d’engagements actifs et créatifs sur une multitude de plateformes poreuses : blogs, réseaux sociaux, sites de partage de vidéos, etc. Pour les chercheur • euse • s, c’est toute une démarche « netnographique » qui doit être mise en place afin de mener des analyses qualitatives auprès de publics connectés.
L’un des écueils auxquels l’on a tôt fait de se heurter est alors l’anonymat choisi par un grand nombre d’internautes. Pseudonymes et avatars participent d’une « présentation de soi » – pour reprendre la notion goffmanienne – soigneusement construite et calculée. Les différentes dimensions de l’identité numérique recensées par Nawel Chaouni (2018), et notamment l’« identité déclarative », ne suffisent pas toujours à savoir avec certitude qui sont les membres des fandoms que l’on étudie ni les auteur • ice • s des créations dérivées examinées. Ce constat est particulièrement prégnant sur l’axe du genre : rien n’empêche un • e internaute d’endosser sur le web, de manière ponctuelle ou permanente, une identité de genre autre que celle qui est la sienne « IRL ». Comment savoir, dès lors, si ces personnes font l’expérience de la minorité dans leur vie quotidienne, et dans quelle mesure leur engagement avec les œuvres répond à des besoins expressifs enchâssés dans des revendications identitaires ?
L’enquête de terrain fondée sur des questionnaires, lorsqu’elle est possible, apporte justement des éléments de réponse très intéressants quant à la subversion des rôles genrés au cœur de certaines pratiques faniques et à aux significations sociales qu’elle revêt. En interrogeant ainsi des autrices-consommatrices de yaoi 6 , Lauren Dehgan (2018) met au jour une rupture dans les dichotomies masculin/féminin et hétéro/homosexualité à travers des activités d’écriture queerisées . Par leur adhésion à une identification masculine homosexuelle au cœur même d’un entre-soi féminin, les adeptes du yaoi prennent le contre-pied des lectrices de Radway et se livrent à des performances butleriennes qui leur permettent d’« échapper […] à une réification sexuelle massive des femmes dans l’espace médiatique en réinvestissant une sexualité qui leur est propre et sur laquelle elles ont un parfait contrôle » 7 .
Un tel « trouble » 8 , loin d’être cantonné à quelques forums et chats privés, germine à l’inverse dans une multitude de pratiques et créations faniques. À travers elles, sont subvertis le genre à la fois des personnages (pop-) culturels jugés trop hétéro-et cis-normatifs, et celui des récepteur • ice • s qui explorent leurs propres identités au cours du processus d’appropriation.
Entre autres exemples, citons les mouvances des fanfictions slash (décrivant elles aussi des interactions homoérotiques entre protagonistes fictionnels) et des fanarts genderbend (représentations graphiques de personnages originellement féminins devenus hommes, et vice versa ). « IRL », l’art du cosplaying , qui repose sur la création et le port de costumes imitant ceux de figures populaires issues des cultures de l’imaginaire, offre à ses adeptes des occasions de se détourner du genre qui leur a été assigné, au carrefour entre engagement fanique et performance drag. Nelly Quemener appelait de ses vœux le développement de fan studies queer dépouillées du binarisme traditionnel ; qu’il me soit permis ici de la seconder avec enthousiasme, tant les perspectives ouvertes par ces nouvelles pistes sont riches et stimulantes.
La queerisation de récits et de personnages par trop hétéronormatifs rejoint une véritable demande de la part des publics LGBT + d’une meilleure représentation dans les médias mainstream . Elle peut participer, en cela, d’une prescription culturelle que je qualifierais d’« ascendante » : parallèlement aux discours de récepteurs qui défendent, promeuvent et relaient des contenus auprès de leurs pairs (pour reprendre la typologie établie par Mélanie Bourdaa), les fans peuvent aussi essayer de faire « remonter » leurs revendications aux producteurs des grandes industries culturelles. Je pense ici à différents hashtags populaires sur les réseaux sociaux, du très général #RepresentationMatters 9 (« La représentation, ça compte ») à des cas bien spécifiques comme #GiveElsaAGirlfriend (« Donnez une petite amie à Elsa 10 « ). Certain • e • s, tel le showrunner (ouvertement gay) Bryan Fuller 11 , « jouent le jeu » et instaurent une véritable connivence avec leurs fans autour d’œuvres à haute teneur queer . Toutes les instances créatives ne sont cependant pas sur la même longueur d’onde : lorsque les demandes des publics LGBT + sont entendues, elles ne débouchent encore souvent que sur des pratiques de queer baiting qui suscitent de nouvelles vagues de déception. Entre autres exemples, Mélanie Bourdaa a étudié les revendications de certaines franges de téléspectateur • ice • s subséquentes à la mort du personnage lesbien de Lexa dans la série adolescente The 100 , et la dénonciation du trope narratif « Bury your gays » (Bourdaa, 2017).
Ces démonstrations d’« activisme fan » ne sont d’ailleurs pas l’apanage des récepteur • ice • s LGBT +. Tout au contraire, les actes d’appropriation et de détournement de matériau fictionnel dans des buts militants, notamment féministes, se multiplient et se déploient à divers niveaux, du « simple » fanart représentant des princesses Disney munies de pancartes aux manifestations de Handmaids pour contester l’orientation politique étatsunienne de l’ère Trump 12 . Dans de telles situations, les activités faniques sont sources d’ empowerment et fournissent, comme l’explique Neta Kligler-Vilenchik (2016), « des outils créatifs qui encouragent l’action citoyenne » .
Je n’ai tiré ici que quelques fils du riche tissu théorique produit par l’entrecroisement des gender et des fan studies . Comme en attestent les exemples choisis – bien arbitrairement ! –, les pistes sont multiples, passionnantes, et le terrain demande encore à être largement défriché. Si les fandoms sont des communautés sociales, les rapports genrés s’y jouent et s’y rejouent en permanence, et ce à tous les niveaux : d’une (non-) identification aux personnages de fictionnels et médiatiques en fonction de leur genre ou de leur orientation, à l’appropriation d’un matériau narratif pour questionner et revendiquer son identité, en passant par la reproduction de rapports de domination/subordination au sein des groupes d’amateur • ice • s. Autant de raisons de rappeler, pour quiconque en douterait encore, que la « consommation » de médias de masse ne saurait être réduite à la notion d’aliénation, tout particulièrement d’aliénation féminine.
Un second tome de Fan Studies, Gender Studies me paraît, de fait, plus que bienvenu pour poursuivre l’expansion prolifique de ces recherches interdisciplinaires dans le champ académique hexagonal.
Bibliographie
Albenga V., Jacquemart A. et Bereni L. (dir.), « Appropriations ordinaires des idées féministes » , Politix , n° 109, juillet 2015.
Bacon-Smith C., Enterprizing Women : Television Fandom and the Creation of Popular Myth, University of Pennsylvania Press, 1992.
Bourdaa M., « ‘Je suis fan et je ferais tout pour ma série : les figures de fans prescripteurs », in Chapelain B. et Ducas S. (dir.), Prescription culturelle : avatars et métamorphoses, Presses de l’Enssib, 2018.
Bourdaa M., Alessandrin A., Fan et gender studies : la rencontre , Téraedre, 2017.
Butler J., Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity, Routledge, 1990.
Chaouni N., Les Fans de séries télévisées sur les réseaux socionumériques , L’Harmattan, 2018.
Chedaleux D., « Construire un regard sur la réception de Cinquante nuances de Grey » , Poli, n° 14, octobre 2018.
Dehgan L., « Le RP yaoi en chats privés, expression d’une sexualité transgenre, entre cultures médiatiques et logique de l’intime. », communication aux assises de la recherche en cultures populaires et médiatiques, université Paris Nanterre, 11 octobre 2018.
Fish S., Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives , Les Prairies ordinaires, 2007.
Gay D., « Hannibal (NBC) : la création d’un récit queer par Bryan Fuller » in Hubier S. et Le Vagueresse E., Séries télévisées : Hybridation, recyclage et croisements sémiotiques , Éditions et presses universitaires de Reims, 2018.
Jenkins H., « Panorama historique des études de fans », Revue française des sciences de l’information et de la communication [en ligne], n° 7, mis en ligne le 30 septembre 2015, consulté le 12 novembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/rfsic/1645 .
Kliger-Vilenchik N., «« Decreasing World Suck » : Harnessing Popular Culture for Fan Activism », in Jenkins H. et al . (dir.), By Any Media Necessary. The New youth activism, NYU Press, 2016.
Merrick H., The Secret Feminist Cabal : A Cultural History of Science Fiction Feminisms, Aqueduct Press, 2009.
Quemener N., « Édito », in Alessandrin A. et Bourdaa M. (dir.), Fan Studies, Gender Studies : la rencontre, Téraèdre, 2017.
Radway J. A., Reading the romance. Women, Patriarchy, and Popular Literature, University of North Carolina Press, 1984.


1 Helene Breda est maitresse de conférence à Paris 13 et chercheur au LABSIC.

2 https://metro.co.uk/2017/07/16/doctor-who-fans-react-to-casting-of-jodie-whittaker-as-the-13th-doctor-6783546/ , consulté le 1 er octobre 2018.

3 Dans la série de science-fiction Doctor Who, les Time Lords sont des extraterrestres qui se régénèrent lorsqu’ils sont mortellement blessés, adoptant successivement des apparences et personnalités différentes.

4 La traduction est de Brigitte Le Grignou.

5 Fifty Shades of Grey , Fifty Shades Darker et Fifty Shades Freed (2012). E. L. James est le nom de plume choisi par l’autrice, Erika Leonard.

6 Les yaoi sont des récits centrés sur les relations amoureuses et sexuelles de couples gays (masculins), écrit par et pour des femmes et des jeunes filles. Dehgan rapproche le yaoi des romances lues par les enquêtées de Janice Radway dans les années quatre- vingt. Tout un pan de la production de yaoi relève de la fanfiction, mais les textes ne sont pas issus par définition d’œuvres antérieures, et peuvent être des créations originales.

7 Communication lors des assises de la recherche « Cultures populaires et médiatiques. Approches critiques des fictions médiatiques : enjeux, outils, méthodes. », Université Paris Nanterre, 11 oct. 2018.

8 Sur les notions de « performance » et de « trouble », v. Butler J. (1990).

9 Ce hashtag n’est pas l’apanage des publics LGBT + ; il est à l’inverse employé pour demander l’inclusion dans des fictions de différents groupes minoritaires, que ce soit du point de vue du genre, de l’appartenance ethno-raciale, de l’orientation sexuelle… Il est nécessaire, à ce titre, de replacer le propos dans une perspective intersectionnelle.

10 La « reine des neiges » dans le film d’animation Disney éponyme (2013).

11 Fuller est notamment le showrunner de la série Hannibal (NBC, 2013-2015), qu’il considère lui-même comme une fanfiction dans laquelle il a pris le parti de queeriser les personnages inventés par le romancier Thomas Harris. Déborah Gay (2018) explique, au sujet de la « connivence queer » dans les interactions entre le créateur et ses fans sur Internet, que « Bryan Fuller prouve, en utilisant Twitter, les incohérences liées à une hétérosexualité vue comme une norme » , et que ses tweets « enrichissent l’histoire, présentent une certaine vision de ce que Bryan Fuller attendait de sa série, et vont même plus loin, rendant l’expérience d’autant plus queer ».

12 Les « servantes », ou Handmaids , sont des personnages issus du roman dystopique de Margaret Atwood The Handmaid’s Tale (1985) , adapté en série télévisée en 2017, dans lesquels les femmes sont privées de leurs droits fondamentaux. Des militantes féministes ont choisi de revêtir leur tenue caractéristique (robes et capes rouges, cornettes blanches) notamment pour défendre le droit à l’avortement aux États-Unis, ainsi que pour contester l’élection du candidat Brett Kavanaugh (accusé de viol) à la Cour suprême à l’automne 2018.
Fan & Gender studies : l’introduction du retour 13
Mélanie BOURDAA, Arnaud ALESSANDRIN 14
Il y a un an et demi sortait Fan et gender studies : la rencontre , premier volume de livres collectifs visant à révéler les imbrications, parfois directes, parfois sinueuses, entre études de genre et études de fans. La réception de cet ouvrage fut au-dessus de nos espérances. Nous avons décidé de prendre en compte les critiques qui nous ont été faites et de poursuivre les investigations sur cette rencontre entre théorie et méthodologie.
1. Après la rencontre
Nous introduisons donc ce livre en affirmant que ce dernier répond aux lacunes du précédent. Trois grandes critiques ont été adressées à cet ouvrage. Tout d’abord, sa dimension parfois (trop) technique. Pour travailler sur les questions de pop culture , il est évident que la question de la transmission est centrale. Quelque peu écartelés entre les traditions académiques et l’envie de partager ces recherches au-delà du cercle restreint des fans et des chercheuses et chercheurs en gender studies , nous avons opté, dans ce volume, pour des textes plus souples dans leur forme, plus courts aussi. La hiérarchisation entre savoirs profanes et savoirs savants s’émiette, se dilue lorsque l’on parle de fan studies , encore plus lorsque l’on parle d’un point de vue, d’un point de vie de fan. Il est parfois difficile d’adopter la bonne posture, car le chercheur analyse souvent une communauté et des pratiques qu’il connaît parfaitement. Avec l’interview traduite de Louisa Stein, nous espérons tendre un pont supplémentaire entre les espaces de production des savoirs et des émotions faniques.
La seconde critique qui nous fut formulée, tient des médias choisis pour l’analyse : les séries et la musique principalement. Et il est vrai que ce premier volume s’est cantonné à des champs médiatiques serrés, non par sélection, mais du fait du hasard des rencontres.
Pour ce volume, nous travaillons à des pas de côtés en donnant la parole à la littérature, la bande dessinée, l’éducation par le numérique, les jeux vidéo ou le cinéma. Il s’agit d’élargir les zones de porosité, entre questions de genre et pratiques et analyses de fans, à d’autres horizons. Disons-le d’emblée, certaines thématiques n’ont pas pu être abordées, faute de temps. Nous aurions par exemple souhaité soumettre aux lectrices et aux lecteurs des travaux sur les conventions ou bien encore le crossplay : mais qui sait, un troisième volume verra peut-être le jour ?
Enfin, et ceci nous tient particulièrement à cœur, la question des identités des fans a été interrogée : pourquoi avoir mis l’accent sur les questions de genre au sens des rapports femmes-hommes et des questions LGBTIQ + (lesbiennes, gays, bissexuelles, trans, intersexe, queer et autres) et, en creux, pourquoi ne pas avoir donné plus de place aux notions intersectionnelles que peuvent être les questions de corpulence, les phénomènes d’invisibilisation ethnique, qui croisent aussi les questions de genre. Pour être honnêtes, il n’est pas certain que nous soyons parvenus à combler cette lacune dans le présent volume. Pourtant, les questions identitaires sont au cœur de nos sociétés contemporaines. Pour le dire aussi : nous sommes dans une société des identités.
2. Identités et activisme fan
On ne saurait faire l’économie des questions identitaires dans l’analyse des relations interindividuelles, institutionnelles ou biographiques. Le hashtag #representationmatters (les représentations comptent) en est un exemple flagrant. Les questions de masculinité, de racisation, d’invisibilisation ou d’instrumentalisation des minorités sont une des pulsations du débat actuel en termes de réception comme d’action des fans et des minorités. C’est dire combien les fan studies sont un mètre étalon pour penser les tensions du contemporain, en matière de représentation bien évidemment, mais aussi de résistances, de créativité, d’influence, de passivité parfois face au poids des normes, mais, quoi qu’il en soit, un mètre étalon pour évaluer nos rapports à ce monde qui se joue parfois des identités, des cultures, des minorités.

The 2018 Where We Are on TV report found a record-high percentage of LGBTQ series regulars on broadcast television 15 . #RepresentationMatters
– GLAAD (@glaad) 25 octobre 2018
Et on sait combien se voir sur le petit écran est capital quand on est issu-e d’une minorité. #RepresentationMatters
Komitid (@komitid_fr) 26 octobre 2018

Vous savez ce qui est chouette ? Cet ado noir dans mon RE qui sort son exemplaire tout neuf d’un comic Black Panther pour le lire tout de suite, qui le montre à l’adulte qui l’accompagne et en discute avec lui.
#RepresentationMatters
Yasmina Cardoze (@YasminaCardoze) 20 octobre 2018



Can’t believe how amazing it is to see this 16 ! #blackrepresentationmatters
Liv (@livocornibert) 1 er mars 2018

I want to see #fat #girls in movies play a role that isn’t comedic 17 .
#representationmatters Eiros (@oncoming storm) 14 févr. 2016
Mais il aura fallu du temps pour que les cultures faniques et les identités des fans soient ainsi envisagées. Bien au contraire, elles ont longtemps été marginalisées et déconsidérées comme étant l’émanation de récepteur hors de contrôle.
3. Reconsidérer les fans
Les stéréotypes qui sont toujours véhiculés dans les médias montrent les fangirls comme hystériques et les fanboys comme obsessionnels. La culture juvénile qui entoure le stéréotype du fan contribue également à la déresponsabilisation des actes et des opinions des fans, ainsi qu’au déclassement de leur propre culture (peut-être même à l’intériorisation de cette hiérarchie entre culture solide et culture futile). Cependant, les fans sont bien plus que cela : ils partagent un fort sentiment d’appartenance en s’inscrivant dans une ou des communautés : le fandom . Ils sont également des producteurs de contenus et de sens à travers la création d’activités (écriture de fanfiction, montage vidéo ou artistique par exemple) et à travers un engagement civique, un activisme qui leur fait défendre des causes sociales, culturelles et politiques. Bien entendu, il y a divers degrés d’engagement dans la communauté mais les fans sont des récepteurs experts, actifs, producteurs. Leurs paroles et témoignages sont non seulement légitimes mais bien souvent experts. L’image du fan hystérique, adolescent et erratique, est totalement péjorative et souvent (trop) véhiculée par les médias. Les fans sont encore une fois actifs et actives dans leur réception et leur compréhension des enjeux sociaux et politiques, le fandom cristallisant pour eux dans bien des cas, un lieu d’appartenance, de conscientisation et d’action.
Bien entendu, être fan relève d’une passion. Mais ce qui est important pour les fans, et nous avons pu le mesurer lors d’études sur les fans de Battlestar Galactica ou encore de Supernatural et Grey’s Anatomy dans le précédent volume de Fan et gender studies , c’est d’appartenir à une communauté, qui sera pour eux un lieu de sécurité. Un lieu du « commun » où les registres d’importance, les éléments de vocabulaire, les représentations sont partagées. Dans cette communauté, ils pourront échanger, discuter de leurs créations, leurs avis, leurs déceptions aussi, et donc créer des liens d’amitié. Pour eux, cette communauté constitue une famille. Naturellement, la quête identitaire est également une question fondamentale puisque cette identité se construit collectivement à travers la communauté et individuellement à travers l’appartenance. La construction collective se fait par la recherche d’un nom, qui leur permet de s’identifier et d’exister socialement (les Little Monsters pour Lady Gaga, les Arrowheads pour Arrow, les PotterHeads pour Harry Potter etc.). Les processus d’identification ne sont pas non plus absents. Comme nous avons pu le voir avec Beyoncé ou Madonna, des caractéristiques identitaires peuvent accompagner des carrières de fans autour d’une même figure, de même qu’une carrière féministe.
Évidemment, comme dans toutes les familles, il y a des déchirements. Mais certainement pas assez pour cristalliser la figure unique du fan excité et hystérique, fatalement déconnecté des questions sociales.
Nous le savons, les communautés de fans existent depuis très longtemps. Déjà les fans de Sherlock Holmes se réunissaient en sociétés pour débattre des livres de Conan Doyle et de leur héros favori. Puis les fans de SF ont créé les fanzines et développé les conventions. Mais internet a amplifié le mouvement et la visibilité des communautés de fans. Les réseaux sociaux leur permettent d’être visibles dans la sphère publique, de se rassembler plus facilement à l’aide de hashtags spécifiques et de mener des actions collectives d’engagement civique (comme après la mort de Lexa, personnage lesbien, dans l’épisode 7 de la saison 3 de The 100 , lorsque les fans ont décidé de lever des fonds pour l’association The Trevor Project qui aide les jeunes LGBTQ qui tentent de se suicider). Internet contribue également à l’essor de ce qui est parfois nommé la « fan attitude », en ce sens qu’il mondialise les réseaux et augmente la densité des échanges.
On objectera que certain.e.s admirateur • ice • s ont parfois des propos très virulents envers des personnes qui n’aimeraient pas leur idole. Les fans sont-ils les justiciers des stars, des séries ou des films ? C’est en effet un procès que l’on fait aux fans. Un phénomène nommé le toxic fandom (Proctor, 2018), que nous n’aborderons pas dans ce volume, se développe et a trait, souvent, à la masculinité (Hills, 2018). Des exemples comme le #GamersGate, les critiques directes racistes et sexistes envers Kelly Marie Tran (traitée en partie dans un chapitre de ce volume) ou bien celles envers la version féminine de GhostBusters , témoignent du côté sombre des communautés de fans qui s’exacerbent avec les réseaux sociaux et Internet. Mais il convient de souligner que ce type de comportement n’est absolument pas circonscrit au monde des fans.

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