Folklore de la Beauce et du Perche

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195 pages
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Sans lui, nombre de nos traditions, essentiellement orales, auraient été totalement oubliées à l’occasion des profonds bouleversements qui ont modifié nos campagnes durant le XXe siècle. Cet ouvrage nous enseigne bien des choses sur les usages de nos arrières grands-parents beaucerons et percherons, qui vivaient dans un monde résolument différent de celui de notre modernité. La musique beauceronne traditionnelle était une musique calme et douce, les chants traitaient des sujets de la vie quotidienne rurale, du travail, de l’amour… Les instruments en étaient la vielle et la musette. Le costume était composé par la biaude, cette blouse de travail du paysan qui portait aussi des guêtres et des bas blancs en coton. Les femmes portaient des coiffes pour les grandes occasions. Ce sont nos origines, celles de nos traditions, que nous fait découvrir ce livre.


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Date de parution 06 novembre 2013
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EAN13 9782365729352
Langue Français

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Le Folklore de la Beauce et du Perche
Par Félix Chapiseau
TOME I
Préface d’Alain Denizet
Né en Eure et Loir à Ouarville, rue de Chartres, le 2 août 1857 dans une famille de petits cultivateurs, Félix Chapiseau, s’éteint dans le con fort de ses appartements parisiens du e XVII arrondissement le 26 octobre 1927. Tour à tour ins tituteur en Beauce, employé au ministère de l’instruction publique à Paris et écri vain reconnu, son itinéraire incarne la réussite du provincial émigré à la capitale. Trois fois réédité, Le Folklore de la Beauce et du Perche est son plus grand succès, indispensable référence des livres, des revues d’histoire et d’ethnologie et des almanachs. Mais q ue sait-on de son auteur ? Disons-le : rien ou si peu. Cette nouvelle réédition offre l’oc casion de réparer l’oubli et de présenter au lecteur l’homme, sa trajectoire sociale et son œ uvre littéraire.
Ouarville qui compte 800 habitants est une bourgade typique de Beauce avec son église, ses maisons aux toits de chaume et ses mauvais chem ins. En sortant de sa rue, le jeune Félix a pour horizon la platitude, rompue ici et là par les meules, les moulins et les clochers. Sa famille est enracinée dans ce village depuis au moins quatre générations ; épouses et époux y ont trouvé, chacun, sabots à leu r pied. Seule, la grand-mère maternelle Petit a fait exception en épousant un ho mme de Santeuil, une localité distante de cinq kilomètres. La famille Chapiseau ne déroge donc pas aux us et coutumes en vigueur : on se marie entre soi, en pays de connais sance.
Le père de Félix Chapiseau naît le 20 novembre 1830 quelques mois après la Révolution de juillet et – expression d’un soutien politique ? – il hérite du prénom du nouveau roi : Louis-Philippe. Sa mère, Denise Ballot, déclarée « enfant naturelle » à sa naissance, est légitimée par ses parents le jour de leurs noces qu elques jours après les relevailles… Louis-Philippe et Denise, tous deux enfants de Ouarville, échangent leur consentement le 7 avril 1856 et – en tout bien tout honneur cette f ois – seize mois plus tard, Félix pousse son premier cri. Deux filles suivent, Julienne Ozan ne et Marie Claire.
Les Chapiseau appartiennent au monde des humbles. O n y est journalier de père en fils. Le père de Félix est le premier à s’extraire de cet te condition, aidé peut-être par sa belle-famille un peu plus aisée.
Jeune marié, il prend la tête d’une petite exploita tion, puis se lance dans le commerce de son, de grain et de vin en gros, marchandises qu’il convoie, en roulage de nuit, avec son chien « Rigolo » et son cheval « Bijou » à Étampes, Dourdan ou Orléans. Félix ne succède pourtant pas à son père. Il sera instituteu r. Comment l’expliquer ?
En dehors de ses dispositions intellectuelles, le c hoix de l’École Normale est le fruit de l’influence familiale. Nous savons que l’instituteu r du village était un ami de son père. Surtout, la famille peut financer des études qui so nt la promesse d’un nouveau
marchepied social. Le jeune Félix est alors placé e n pension à Chartres. Il en conçoit au départ « le chagrin de la séparation des êtres cher s », ses parents bien sûr mais aussi, de son propre aveu, les pigeons qu’il a apprivoisés , l’ânesse où il fit ses premiers pas d’équitation. Quand il rejoint en 1878 la cohorte d es hussards noirs de la République, le petit-fils de journalier est le premier Chapiseau à quitter la terre, à aller à l’école supérieure, à prendre les habitudes de la ville – c ostume, maintien et langage – et à percevoir un traitement fixe qui contraste avec les revenus aléatoires de ses aïeuls.
Il est d’abord nommé maître adjoint à Illiers. Il y rencontre Lucie Vallée, sa future épouse, dont la mère dirige sur la place du marché un café restaurant dont la grande salle, ornée de cinq glaces, contient douze tables en marbre et un billard. Les appartements privés témoignent de commodités urbaines. Les deux chambre s à feu regorgent de meubles et d’objets de valeur : tableaux, oiseaux empaillés, c ommode en acajou, lit à baldaquin de style Renaissance, table de toilette surmontée d’un e glace. L’aisance de sa belle famille se traduit par une dot coquette de 9 000 francs en comparaison de laquelle les 1 000 francs d’apport de Félix font pâle figure. Ma is le déséquilibre est trompeur car sa fonction d’instituteur représente pour sa future un e perspective d’ascension sociale. Le 29 novembre 1880, Félix, 23 ans et Lucie – qui n’a pas encore 20 ans – s’unissent à Illiers… que le jeune marié a quitté dans la précip itation en juin de la même année.
L’inspection l’a muté d’autorité à Dancy afin d’y r emplacer l’instituteur coupable « d’attentats à la pudeur commis sur des jeunes fil les de son école ». Les débuts sont difficiles pour le jeune homme qui est aussi secrét aire de mairie. Le premier rapport n’est pas fameux. L’inspecteur le juge « encore ignorant », mais lui accorde des circonstances atténuantes : « Il se trouve malheureusement sous l es ordres d’un maire inintelligent et incapable ». Aucun commentaire désobligeant ne vien t ternir le rapport suivant et il obtient même une note pédagogique supérieure à la m oyenne. Dancy n’était qu’une transition. En 1882, il est envoyé à La Chapelle du Noyer où sa femme, en raison de son « excellente conduite » est nommée directrice des t ravaux à l’aiguille à l’école mixte. La famille s’agrandit avec la naissance de leurs deux enfants, Lucien Philippe et Etienne Félix.
En 1889, il sollicite un congé pour « une affaire d e famille ». L’inspection estimant que « rien ne paraît s’opposer à ce qu’il lui soit donn é satisfaction », les Chapiseau quittent la Beauce pour s’établir 35 rue Dutot à Paris où ils c omptent un oncle maternel, rédacteur au ministère des travaux publics. C’est un tournant.
En effet, Chapiseau abandonne l’enseignement en rai son d’une « laryngite chronique » et intègre par concours le ministère de l’instructi on publique dont il gravit peu à peu les échelons. Débutant comme expéditionnaire, il est à sa retraite en 1917 rédacteur principal, attaché au cabinet du ministre. Il conju gue à sa fonction ses activités d’écrivain et des responsabilités bénévoles. Il est ainsi secr étaire général de la mutuelle « l’avenir du prolétariat » qui compte 200 000 cotisants, synd ic du syndicat de la presse coloniale, correspondant des pupilles de la Nation et délégué cantonal du XV arrondissement.
Déjà officier du Mérite agricole en 1890, récipiend aire des palmes académiques en 1891,
il sollicite la Légion d’honneur, « couronnement de sa carrière administrative et récompense des services rendus aux œuvres humanitai res et sociales ». Ses mérites et les appuis du sénateur d’Eure et Loir Lhopiteau, du préfet de la Seine – qui atteste de son « attitude républicaine » – et de son ministre Anatole de Monzie lui valent la distinction en juillet 1926.
Licencié en droit, son fils Etienne Félix emprunte aussi la voie de la haute administration au ministère de l’agriculture où il est chef de cab inet et rapporteur du budget en 1924-1925. Comme son père, il est décoré de la Légion d’ honneur en 1926, puis fait chevalier de la Légion d’honneur en 1933. C’est dire que la f amille appartient au cercle de la haute bourgeoisie parisienne, fréquentant aussi directeur s de journaux, artistes et intellectuels. Ainsi en 1921, Chapiseau est en congé à Sainte-Mari e de la Mer en compagnie du marquis de Baroncelli-Javon et du peintre Jean Hugo , arrière-petit-fils de l’écrivain. Le mariage de sa petite-fille est annoncé le 24 juille t 1932 dans le très sérieux Journal des débats politiques et littéraires, quotidien républi cain conservateur, porte-parole de l’élite académique du monde des arts et des lettres auquel – comme écrivain et membre de la société des gens de lettres depuis 1902 – il appartient.
Son premier livre Au pays de l’esclavage, mœurs et coutumes de l’Afrique Centrale est publié en 1900 aux éditions Maisonneuve. Chapiseau qui a remis en forme les notes rédigées par l’explorateur Ferdinand de Béhagle sac rifie au racisme ordinaire de son époque, voyant dans la colonisation le moyen de met tre fin aux « traditions barbares de ces peuplades auxquelles tout sens moral fait défau t ». Après le Folklore de la Beauce et du Perche, Chapiseau se consacre à la fiction. Le r oman d’une enfant trouvée conte l’histoire d’une petite fille adultérine, abandonné e et élevée par des paysans beaucerons. On loue « les descriptions des campagnes du Perche et de la Beauce d’une intensité de vision vraiment remarquable ». Un recueil de nouvel les, L’Amour sème, la Mort fauche, écrit à quatre mains avec Martial Ténéo, suscite de s comparaisons flatteuses : les auteurs « ont l’intention shakespearienne… ils vois inent avec Guy de Maupassant ».
À partir de 1908, seul ou avec Ernest Dupont, il si gne en dix ans sept comédies : L’envers d’un gros lot, les 15 000, « amusant vaude ville » joué aux Folies dramatiques, Chauffeur d’occasion, Joseph et Joséphine, Un crime va être commis, La nièce de la mère Michel ; enfin en 1917, une pièce patriotique intitulée Au service de la France et inspirée par le destin de son fils évacué des Éparg es en 1915. Un an avant sa mort, il fait paraître Les bêtes, leur instinct, leur langage dan s lequel il entend démontrer que les animaux sont doués de qualités dont les hommes devr aient s’inspirer. Mais au sein de son œuvre, seul Le folklore de la Beauce et du Perc he, son ouvrage le plus personnel et le plus érudit, s’est extirpé de la chape de l’oubl i.
Les deux volumes publiés en 1902 par les éditions M aisonneuve s’insèrent dans la collection des Littératures populaires de toutes le s nations, laquelle présente les écrits des folkloristes qui font autorité tels Paul Sébill ot, directeur de La revue des traditions populaires, Henri Carnoy fondateur de La Tradition ou encore Henri Pourrat. Le livre de Chapiseau s’inscrit donc dans l’âge d’or des recher ches folkloriques qui culmine entre
e 1870 à 1914. Au début du XIX , des auteurs avaient certes déjà glané chants et légendes du terroir, mais les folkloristes du siècl e finissant élargissent leur champ d’études aux us et coutumes du quotidien, aux rites des étapes de la vie et bientôt aux objets. La collecte des traditions leur apparaît co mme une nécessité car le sentiment prévaut qu’elles partent à vau l’eau, emportées par le progrès scientifique, l’urbanisation, l’enseignement de masse et le service militaire, co ncurrencées par l’essor des fêtes officielles, municipales et nationales, souvent con damnées enfin par la morale bourgeoise et le clergé. Il s’agit donc pour les fo lkloristes de fixer par écrit ce monde qui s’en va.
Chapiseau brosse un tableau du folklore de la Beauc e et du Perche qui embrasse tous les aspects attendus : superstitions, remèdes des r ebouteux, sorcellerie et diablerie, monde des fées et des lutins, légendes et contes, p roverbes et chansons, rites des fêtes traditionnelles et coutumes liées aux différents âg es de la vie. Abandonnant parfois la neutralité de l’observateur, il se fait moraliste q uand il condamne des coutumes jugées ridicules ou dangereuses, notamment celles concerna nt la santé. En homme de son temps, il se pose en artisan du progrès.
Quelles ont été ses sources ? Notre érudit s’approv isionne aux meilleurs ouvrages, ceux de l’abbé Fret, de l’abbé Thiers, de Morin, de Leco q ou encore de Boisvillette. Mais ses informations sont également personnelles. Familiale s tout d’abord puisqu’il reconnaît sa dette envers sa bisaïeule maternelle Marie Victoire Cailleaux qui lui conta nombre de légendes. Son décès en 1878 fut-il l’aiguillon qui poussa le jeune instituteur à recueillir les témoignages du passé ? Guidé également – ce son t ses mots – « par un pieux devoir à rendre au pays natal », il consacre durant dix an nées ses congés à des excursions dans les campagnes, faisant sa moisson auprès des a nciens. À ce propos, l’historien émet un regret. Chapiseau mentionne rarement les pe rsonnes interrogées si bien que l’on ne sait pas ce qui doit être attribué aux livr es consultés ou à son travail d’enquête orale. Relevons aussi qu’il ignore des écrits perti nents pour son sujet. Nulle mention des pages que Noël Parfait a consacrées aux beaucerons dans la collection Les français peints par eux-mêmes, aucune allusion à l’almanach
Le Messager de la Beauce et du Perche pourtant rich e en superstitions et légendes, pas un mot non plus des recherches de son contemporain Gustave Fouju.
Le livre reçoit un excellent accueil des revues spé cialisées. La Société Percheronne d’histoire et d’archéologie juge l’ouvrage « distra yant » et s’incline devant la « somme de travail et d’enquête qu’il a dû exiger ». Le critiq ue de la Picardie littéraire, historique et traditionniste est dithyrambique : « De tous les re cueils de folklore français que j’ai eu l’occasion de parcourir... celui de M. Chapiseau es t certainement le plus clair et le plus précis. Il rappellera aux générations futures tout un passé qui s’effrite de jours en jours ». La Nouvelle Revue salue « un recueil exact, précis, fait par un enfant du pays » et, selon La Tradition, « il contient toutes les qualités d’u n recueil de traditionnisme. Il est construit selon un plan méthodique et très complet qui forme un excellent tableau de toutes les manifestations traditionnistes de la vie beauceronn e et percheronne ». Quant à Paul
Sébillot, un des maîtres du folklore français, il o bserve que « ces deux volumes contiennent beaucoup de matériaux sur le folklore d e ce pays de Beauce » notamment le chapitre qui traite « des superstitions et croyance s relatives à l’homme, à la faune, à la flore populaire et à la météorologie ». Il égratign e toutefois la partie consacrée aux chansons populaires qu’il considère insuffisante et pointe l’oubli d’une touchante coutume du Perche : « Si une fille était séduite et enceinte, la famille portait le deuil pendant deux ans ». Les journaux parisiens ne sont pas en reste. Le Monde artiste s’émeut des « volumes charmants écrits par ce délic at lettré » tandis que le critique du Monde artistique illustré fait valoir que « le recu eil de M. Chapiseau est le plus admirablement ordonnancé, le plus clair, le plus pr écis » qu’il ait étudié. Dès sa publication, le livre bénéficie aussi du soutien du Conseil général d’Eure et Loir qui le recommande « à toutes les bibliothèques scolaires e t municipales car la propagation d’œuvres de cette nature, surtout lorsqu’elles éman ent de nos concitoyens, constitue la meilleure instruction que l’on puisse donner au peu ple ».
Le folklore de la Beauce et du Perche est depuis sa parution une référence dont tous les auteurs – folkloristes et auteurs régionaux – ont f ait leur miel à l’exception… de Charles Marcel-Robillard qui de 1965 à 1980 publia une séri e de livres sur le folklore de la Beauce. Dans les volumes 7 – Le folklore de la peur – et 11 – Du berceau à la tombe – il ne cite pas une fois le livre de Chapiseau, fut-ce en note, alors qu’il traite les mêmes sujets. Cet ostracisme est difficilement explicable , même si l’on considère les approches différentes, Robillard privilégiant l’exploitation des archives afin de donner à son « folklore » un ancrage historique.
Mais le « Chapiseau » – permettons nous cette famil iarité – peut s’enorgueillir d’une belle postérité et d’avoir été butiné par les meilleurs s pécialistes. Pensons entre autres aux ouvrages de Jean Claude Farcy sur les paysans beauc erons ou à La France en héritage de Gérard Boutet. Gageons qu’il sera encore le livr e de cœur des hommes et des femmes curieux des anciennes traditions de notre ré gion que nous laissons en compagnie des fées et à la lecture de surprenants remèdes…
Alain Denizet
Agrégé d’histoire, Alain Denizet a publié Au cœur de la Beauce, enquête sur un paysan sans histoire (2007, éditions Centrelivres), Nos ancêtres dans tous leurs états, histoires de l’almanach Le Messager de la Be auce et du Perche (2012, éditions CPE).