//img.uscri.be/pth/a2d2554fa63d321e293fa7fda96766cf1452f248
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Guide des croyances et symboles

De
250 pages
Bambara, Malinké, Dogon, Peul... Les noms pleins de couleurs de ces peuples suscitent une véritable fascination sur notre imaginaire. La pratique des rites, l'utilisation des symboles et le rappel des mythes maintiennent ce lien secret entre l'homme et son corps, son environnement, comme avec les puissances surnaturelles. C'est à un authentique cheminement initiatique que nous convie cette exploration du mystère des coutumes ancestrales de l'organisation des castes, des croyances et rituels des hommes de la Société Traditionnelle.
Voir plus Voir moins

Guide des croyances et symboles

Afrique: Bambara, Dogon, Peul

«::> L'Harmattan,

2005

ISBN: 2-7475-7791-0 EAN: 9782747577915

Liliane PREVOST Isabelle de COURTILLES

Guide des croyances et symboles Afrique: Bambara, Dogon, Peul

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Kiinyvesbolt 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

Du même auteur

Ouvrages de Liliane PREVOST Les écumeurs du désert ("Jeunesse", Editions Verso, Guéret). Paris,

Sorry Bamba, de la Tradition à la world music (Editions l'Harmattan, 1996). Guide de la sagesse africaine, en collaboration l'Harmattan, Paris, 1999).

avec Barnabé Laye (Editions

Photos de la couverture et du texte: Bertrand PREVOST

"L'homme ne doit pas s'attacher au monde des apparences"
(proverbe dogon).

AVANT-PROPOS

Dans l'Ouest de l'Afrique, la vieille terre du Mali a engendré des peuples dont la vie s'organise encore autour des coutumes ancestrales de leurs ethnies. Leurs noms pleins de couleurs invitent à un mystérieux voyage dans une réalité autre de l'inscription de l'homme dans l'univers. Bambara, Bobo, Bozo, Dioula, Dogon, Malinké, Maure, Mossi, Peul, Sarakollé, Songhay, Touareg, Toucouleur, et tous les autres, font de la tradition une représentation de l'école de la vie, un engagement de l'homme dans sa totalité. "L'éducation de l'honnête homme commence à l'âge où il n'a qu'un petit chiffon pour pagne". C'est dire que la sagesse se distille dès les premiers temps de la vie, ce au travers d'un enseignement oral qui englobe diverses formes d'éducations traditionnelles et initiatiques: récits généalogiques, poésies épiques, contes mythiques, chants, sciences de la nature, initiation aux métiers artisanaux, satires. Même s'ils connaissent un genre d'écriture, composée de signes et d'idéogrammes, ces peuples communiquent essentiellement entre eux dans la langue véhiculaire du bambara. Toutefois, on peut dénombrer 23 langues parlées: outre leur langue maternelle, les Maliens pratiquent généralement une deuxième, voire une troisième langue. Ainsi, ces peuples qui se côtoient sur un même territoire épousent-ils naturellement les coutumes les uns des autres tout en s'enrichissant des expériences vécues par leurs pères. Mais, sans chronologie et sans date chiffrée, l'histoire ne pourrait garantir l'authenticité des hauts faits des hommes des anciens empires du Mali. C'est la raison pour laquelle la Tradition orale se réfère toujours à des listes de personnages situés dans le temps et par générations. Et là où l'écrit n'existe pas, la valeur de l'homme-témoin est primordiale, car seule est reconnue pour valable la tradition orale fondée sur un témoignage oculaire, et pour (faire) respecter la solidité de sa parole, le traditionaliste ne dévoile son savoir que sous contrôle, oeuvrant pour la préservation de l'identité et des valeurs morales de chaque peuple. Le traditionaliste malien, Amadou Hampâté Bâ, a réussi, en 1960, à faire entrer les traditions orales africaines dans le Patrimoine de l'Humanité de l'Unesco. Il a rappelé que la connaissance passait par "l'ouverture des yeux", favorisée par l'acquisition d'un enseignement révélé au cours de diverses cérémonies traditionnelles et initiatiques, et par un cheminement plus intime accompli en soi-même, au travers du vécu, enrichi tout au long de la vie d'observations et d'expériences personnelles.

"Quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle". Cette célèbre formule exprime l'urgence éprouvée par A. Hampâté Bâ de sensibiliser les jeunes générations de la Terre d'Afrique au péril qui guette toute société quand elle se coupe de ses traditions. Un rituel qui n'est plus respecté? Un mythe tombe dans la nuit. Une technique qui n'est plus maîtrisée? Un symbole s'estompe. Et, effectivement, tout homme de la Connaissance qui s'en va rejoindre le monde des ancêtres emporte avec lui les secrets initiatiques qui renforcent le comportement spirituel et sacré dans les actes de la vie. On peut comprendre alors jusqu'à quel point la mise en vulnérabilité de la pensée traditionnelle peut fragiliser la cohérence et la solidarité des groupes sociaux. * Depuis l'apparition de l'Homme sur la terre, les grands mythes de la création lui accordent une place privilégiée au sein de l'Univers. Conscient de ce que son corps est périssable et son destin temporaire et fini, l'Homme cherche des alliés moins fragiles et de consistance plus stable et plus durable dans la Nature: astres, éléments, animaux, végétaux, minéraux. En se reliant à eux, aux forces vives de la vie qui l'entourent et habitent toutes choses, en tentant de les apprivoiser, il se sécurise, se fortifie, se prolonge, parfait son intégration dans le grand mouvement de l'Univers. Pour Dominique Zang, "l'Homme commande aux végétaux et aux animaux, il exerce son autorité sur la marche du temps, il oblige les nuages à laisser tomber la pluie, il somme la foudre de s'éloigner. Par la connaissance de soi, l'être humain devient thaumaturge ou se croit tel, car en se connaissant il connaît les autres reliés à lui par des liens invisibles et il peut apprécier la valeur de tout ce qui l'entoure. Centre d'un univers relationnel, l'homme en devient souverain". Rêve ou réalité, ou les deux ensemble, le processus d'intégration de l'Homme dans l'univers trouve sa source et sa finalité dans la stricte condition humaine au travers de sa capacité de symbolisation et de conception du sacré. Ainsi tous les éléments de la nature, à commencer par le corps humain lui-même, vont servir de supports symboliques. Par exemple, permis ou prohibés, certains gestes ou mouvements du corps sont interprétables comme des symboles: une danse peut mimer les circonvolutions originelles ou l'accouplement; certains gestes de bras peuvent informer sur un état d'âme (tristesse, joie, désolation). Les gestes lient, marquent des frontières, distribuent et manipulent des forces, changent d'énergie lieux et choses, apportant aux hommes le salut ou la destruction. Les gestes rituels s'articulent par rapport au corps humain et délimitent l'espace, donnant une orientation et une signification à tout ce qui se trouve et se meut dans cet espace selon deux pôles: bénéfique et maléfique.

8

Le geste qui se meut dans l'axe vertical est le geste idéal: il relie les hauteurs du ciel aux profondeurs de la terre. Dans la plupart des rituels africains, le geste positif est dirigé vers le haut (pôle de vie, de croissance, de puissance) et le geste négatif vers le bas (pôle de mort et de chaos, de maigreur, de faiblesse). Au Mali, pour l'homme de la société traditionneI1e, la pratique des rites, l'utilisation des symboles et le rappel des mythes maintiennent ce lien entre la conception du symbole et concentration du sacré. Les rites actualisent les mythes, tandis que les symboles trouvent leur signification dans les mythes et leur efficacité dans les rites. La pratique des rituels permet à l'homme social d'être fréquemment en contact avec ses semblables, et à l'homme religieux de transcender le temporel et d'entrer en contact avec les puissances sumatureI1es. Par l'exploration de sa propre personne, l'homme religieux place le corps à différents plans de conscience possibles, lui donnant la plénitude de sa fonction symbolique. Ce qui fait dire à Clémentine M. Faïk-Nzuji, que l'homme religieux africain s'affirme comme l'un des êtres les plus importants de la création. Dans sa conduite individuelle et dans son comportement social, l'homme se souvient de son origine: son corps commémore les gestes de la première création, son verbe répercute les sons infinis de l'univers. Des éléments du corps (cheveux, rognures, ongles, fragments d'os) peuvent être prélevés pour servir de symboles dans des pratiques magicoreligieuses, tout comme des modifications corporelles (scarifications, tatouages, enduits, fards et autres marques cutanées) font du corps humain un canal naturel par lequel les divinités et les ancêtres eux-mêmes viennent à la rencontre des vivants. Quant aux danses, gestes, attitudes et mouvements, ils dominent et harmonisent la trame des célébrations rituelles. Par eux, les objets inertes prennent vie et acquièrent une efficacité opérante dans les rites où ils interviennent. Enfin, le corps peut être appréhendé comme vecteur du Verbe. Principe premier de la vie, le Verbe est constitué de paroles vivantes par lesquelles l'homme social se sent porté par les siens, tandis que l'homme religieux loue son Créateur, évoque les esprits, se concilie les forces, chasse ou maîtrise les énergies. Bien entendu, comme dans tout groupe humain, des croyances particulières, et les rites qui y sont attachés, se sont développées au sein des organisations traditionnelles. Ainsi dans les milieux malinké et bambara, l'homme de caste vit dans un monde peuplé de forces qui animent toutes choses. La brousse est considérée comme le monde de l'invisible, de l'inconnu, lieu des ancêtres, génies, divinités et des sorciers qui "se nourrissent des âmes volées". Le village symbolise la sécurité de la famille, des récoltes et des troupeaux. C'est là où l'on naît, aime et meurt, et c'est aussi le siège des autels et des ancêtres. Le village silencieux est le cimetière, 9

le cimetière-brousse est la résidence des bébés cosmiques. Nous y reviendrons. Différemment, les animistes considèrent la mort comme le second grand rite de passage, après la naissance. Ils pensent que seule l'enveloppe charnelle disparaît, tandis que l'esprit et l'âme se perpétuent. Les morts continuent à errer autour des vivants que menace leur jalousie causée par la privation de la vie. Au cours de danses sacrées, les danseurs ont à charge cette force vitale, qu'ils doivent canaliser au profit de ceux qui sont restés sur terre (ce n'est pas sans danger, mais le masque est supposé protéger le danseur qui le porte, des attaques de l'esprit du défunt). La mort permet à l'âme de retrouver sa fluidité astrale: la pesanteur qui demeure dans le cadavre est ce qui le rend impur. Une fois désincarnée, l'âme se trouve dans un état qui lui permet de répondre à chaque appel, pour écarter le danger qui menace l'individu ou la collectivité de sa lignée. Pour le devin-médium, une fois que le cycle terrestre est achevé, les âmes partent vers d'autres mondes, d'autres univers. Il y a des lois immuables et l'univers qui nous entoure est régi par ces lois établies depuis le commencement. Il s'agit de respecter les cycles de la vie, les cycles de notre corps, de notre énergie, car tout vient en son temps. La croyance en la réincarnation répond à l'intention de réactualiser le défunt, de le réinstaller, symboliquement, dans le milieu des vivants. Bambara, Malinké, Dogon, Peul, les noms seuls de ces peuples éveillés au sacré suffisent à exercer sur notre imaginaire une véritable fascination (100 000 visiteurs par an foulent le sol de Tombouctou, Djenné, du Pays Dogon, classés Patrimoine de l'Humanité). Ils offrent sans doute à notre soif de trouver sens et place justes dans l'univers, un exemple d'intégration de toutes les dimensions de l'être humain dans la Nature. Présenté comme un guide, cet ouvrage de vulgarisation espère éveiller la curiosité du lecteur et l'encourager à approfondir ses connaissances. A cette fin, une liste d'oeuvres à consulter est proposée dans notre bibliographie. Et c'est à un authentique cheminement initiatique que nous convie cette exploration plus avant du mystère des croyances et des rituels des peuples du Mali.

10

1
PANORAMA HISTORIQUE DES PEUPLES

Sous l'ancien empire du Mali, le pays malinké a rassemblé toute la mosaïque des peuples de l'espace Sahélo-Soudanien : Berbères à l'ouest, Touaregs (courtiers dans le commerce du sel et guides de caravanes) entre Walata et la boucle du Niger, les semi-nomades peuls, transhumant avec leurs bovins, les agriculteurs toucouleur, soninké et songhay, islamisés et rassemblés dans de gros villages; les peuples de la savane avec, d'ouest en est: Wolof, Sereer, Manden, Soninké, etc. Avant même le XIIe siècle, des marchands et marabouts soninké et manden, ainsi que des communautés de paysans et de pêcheurs, se répartissaient la côte entre la Gambie et le Rio Grande. Dans le Sahel verdoyant, furent construites les villes du nord: Takrùr, Awdàghut, Kumbi, Walata. Mais c'est autour du fleuve Niger que se bâtirent les grands empires et leurs capitales: Djenné, Mopti, Gao, Tombouctou. Carrefours des voies fluvio-terrestres, points de rencontre des caravanes, ces cités se développèrent sous l'impulsion des artisans et des lettrés. Ainsi, au XVIe siècle, Tombouctou, appelée la "Perle du Soudan", abritait 180 écoles coraniques. Ville savante, ville sainte, elle fut aussi capitale économique: son activité artisanale réunissait le tissage et la confection de vêtements, la tannerie, la cordonnerie, l'orfèvrerie, la fabrication d'outils agricoles et d'armes blanches, le conditionnement des barres de fer. Djenné, outre sa prospérité de ville marchande et universitaire, assurait le principal relais des peuples de la savane et de la forêt. Sa mosquée, le plus grand bâtiment en terre du continent noir, assurait sa grande renommée, qu'elle étendait sur un territoire de 7077 villages! Ainsi, le commerce transsaharien, s'il transportait les marchandises, véhiculait également les idées et les valeurs de la civilisation. Ce brassage des peuples fit éclore une riche production artisanale dont chaque oeuvre, utilitaire ou rituelle, révèle l'originalité de l'art ethnique. . "Vivre sans Histoire c'est être une épave sans racine, ou alors un arbre coupé qui cherche à se brancher sur des racines étrangères" (Histoire générale de l'Afrique, Tome J, Unesco).

1. L'EMPIRE DU GHANA OU WAGADOUGOU: LES SONINKE (IVe avoJ.C.-XIe siècle après J.e.) Depuis l'Antiquité déjà, le Ghana, le "Pays des troupeaux", était, selon toute vraisemblance, en relation avec les villes de l'Afrique septentrionale. Au coeur de la Mauritanie, l'empire des Soninké du Ghana, appelé aussi Wagadou, englobait des pays s'étendant de l'Atlantique au Lac Débo, et du Sahara aux confins de la forêt équatoriale. Fondé par les Berbères contraints de mettre un terme à leur suprématie sur le Sarakollé Kaya Cissé, ce royaume de "l'or et de la gloire" tira sa puissance de l'or et du sel, de son monopole sur le commerce transsaharien (cuivre, cauris, étoffes, ivoire et esclaves) et sur l'artisanat. Sa capitale, construite en pierre et comptant douze mosquées, abritait un roi adonné aux pratiques animistes, qui vivait dans des tours de bois sacré pendant que ses hauts fonctionnaires musulmans arabo-berbères sont installés dans la cité marchande. En 1076, les Berbères almoravides, aidés des Toucouleur de Tekrour, s'emparent de la capitale du Ghana et convertissent par la force des armes les populations à l'Islam. Des royaumes soninké indépendants voient le jour: royaumes soninké des Tounkara de Méma (Nord Macina), des Kanté du Sosso (Nord Bélédougou), des Niankhaté du Kingui (région de Nioro). Actuellement, les Sarakollé, éparpillés le long de la frontière qui sépare le Mali de la Mauritanie, vivent à cheval sur trois pays: le Mali, le Sénégal et la Mauritanie. Fervents musulmans et essentiellement agriculteurs, ces voyageurs exportent l'or et la cola.

2. LE ROYAUME DU SOSSO (XIe-XIIIe siècle) Quelque part, dans les montagnes autour de l'actuelle Bamako, siège de la capitale du Sosso, vivaient les robustes forgerons du clan maninka, hostiles à l'Islam. De 1076 à 1180, la maîtrise du royaume fut aux mains des Diarisso qui seront évincés par Diarra Kanté. Entre 1200 et vers 1235, le royaume du Sosso connaît une brève hégémonie avec Soumaoro Kanté. Ce roi fut un éminent chef de guerre, renommé pour ses dons de magicien et de sorcier (son totem est l'ergot d'un coq blanc). Face à ce personnage redoutable, on disait que "les hommes n'osaient plus siéger pour la palabre, de peur que le vent ne porte leurs paroles jusqu'au roi".

12

En 1235, Soumaoro Kanté est battu par Soundjata Keïta, lors de la bataille de Kirina. Tous les pays de l'empire sosso sont annexés et les artisans sont déportés de Koumbi à Niani, capitale de l'empire du Mali. La chute du Sosso ouvre la voie à l'expansion de l'Islam vers le sud.

3. L'EMPIRE DE GAO OU EMPIRE SONGHAY: (Vle-XVe siècle)

LES SONGHAY

Le peuple des noirs guerriers apparut sur les bords du Niger oriental vers l'an 500. Avant le VIe siècle, les Sorko s'étaient installés à Koukia dans les iles de Tillabery-Asongo. Puis les Dia fondèrent la dynastie des Dia qui régna pendant trois siècles. La capitale Koukia fut transférée à Gao, sur le Niger, dont le grand marché cosmopolite était alimenté par le sel du désert et des marchandises d'Egypte, de Lybie et de l'Ifrikiya. Au XIe siècle, les Songhay auraient passé des accords avec les premiers habitants, les pêcheurs bozos, pour favoriser leur installation (l'ancêtre des Songhay aurait épousé une femme liée aux génies de l'eau). La société songhay se structura alors en trois classes: a) les Sorko, les "maîtres de l'eau" : les piroguiers et les pêcheurs; b) les Do, les "maîtres de la terre" : les agriculteurs et les éleveurs; c) les Gwo, les "maîtres de la brousse" : les chasseurs. Islamisés dès le IXe siècle, les souverains songhay entretinrent des rapports privilégiés avec des commerçants et des lettrés arabo-berbères, tandis que la masse du peuple resta fidèle à la religion traditionnelle. A la fin du XIIIe siècle, le souverain du Mali, Kankou Moussa s'empara du royaume de Gao. Rentrant d'un pèlerinage à La Mecque, il fit construire une mosquée à Gao et y plaça un gouverneur. Durant les XIIIe et XIVe siècles, le royaume de Gao sera sous domination mandingue. En 1433, les Touaregs s'emparent de Tombouctou et de Gao. L'empire songhay retrouve son autorité sous le règne de Soni Ali Ber (1464-1492); sa puissance se restructure autour d'une armée dotée d'une flottille sur le Niger, d'une infanterie et d'une cavalerie d'élite. Le "Très Haut" Sonni Ali est un redoutable magicien qui sème la terreur, s'empare de Djenné (après 7 ans de siège) et d'une partie du Macina après l'exécution de nombreux Peul. Il délivre Gao des mains des Touaregs, puis Tombouctou, avant de mourir en 1492. Le pouvoir passe à son neveu Mohamed Sylla, dit Askia Mohamed, qui prend le titre dynastique d'Askia. Sa monarchie est une monarchie d'essence islamique, mais désacralisée. Dans la lignée de Sonni Ali Ber, il dote l'empire d'institutions stables et en complète l'organisation administrative. Il fait de Tombouctou sa capitale et un vrai centre intellectuel en y favorisant l'installation de nombreuses universités et écoles coraniques. 13

Son pèlerinage à La Mecque reste légendaire. Il s'y fit escorter par une suite de 800 cavaliers et d'ulémas (docteurs de loi musulmane). Là, il obtint du Sharif le titre de Khâlif du Soudan, et une concession pour les pèlerins du Soudan. En 1528, le renversement de l'Askia Mohamed par son fils l'Askia Moussa ouvre sur une difficile période de luttes fratricides. De 1549 à 1582, le règne de l'Askia Daoud marque l'apogée de l'empire songhay. Les lettres fleurissent à Tombouctou. De nombreux contacts culturels et économiques sont échangés avec l'empire des Turcs ottomans et le Maghreb. En 1570, les Touaregs s'emparent de Gao et pillent Tombouctou. En 1591, c'est la chute de l'empire songhay à Tondibi. Les Marocains, armés de fusils et de canons, s'emparent de l'empire qui, sans armes à feu, n'a pu être défendu par ses 30 000 hommes et 12000 cavaliers. Le Songhay marocain s'organise: une colonie marocaine, dirigée par un pacha autour de laquelle des petites chefferies autonomes se constituent. Tombouctou est le siège du Pachalik. La monarchie songhay s'organise autour du roi, père et détenteur d'un pouvoir sacré, vénéré au point que l'on ne s'en approche que prosterné. Son trône est d'ailleurs entouré de 700 eunuques. Son organisation comprend: 1) Le Conseil impérial qui siège en tant que gouvernement royal avec le maître de l'eau (chef de la flottille), le ministre de l'agriculture ( souvent un prince de sang), le ministre de l'argent, le ministre des étrangers blancs, le chef de l'armée. Un grand nombre de commissaires impériaux sont affiliés à ces ministères. 2) Le Gouvernement des provinces, directement sous le contrôle de l'Askia et du Khadi. Nommé à vie par l'empereur, le Khadi est un juge indépendant et suprême, assisté de secrétaires, huissiers, notaires. Cette juridiction est directement inspirée du droit musulman malikite. La justice coutumière, la plus répandue dans l'empire, s'exerce à l'amiable ou au niveau des instances traditionnelles. Le conseil impérial siège en tribunal politique pour juger les affaires d'Etat. L'organisation sociale s'échelonne selon une hiérarchie précise: en classes nobles (cavalerie d'élite), hommes libres (exploitants indépendants), hommes de caste (artisans spécialisés et endogames), esclaves (travailleurs assujettis). De nos jours, les Songhay sont surtout un peuple d'agriculteurs et d'artisans. Malgré le fait d'être musulmans, certains continuent de pratiquer les cultes des ancêtres. Voués au culte des holes (doubles spirituels), leur réputation n'est plus à faire en tant que magiciens et faiseurs de pluie. . Le rituel du pouvoir dynastique: Les descendants de Soni Ali symbolisent leur pouvoir par des chaînes en or, en argent ou en cuivre dont chaque anneau représente un ancêtre: 14

l'ensemble des anneaux symbolise la lignée dynastique jusqu'à Sonni Le Grand. Dès que le patriarche sent sa mort arriver, il doit suivre le rituel de transmission en régurgitant la chaîne que l'héritier ingurgitera au fur et à mesure. Sa mort s'ensuit aussitôt. On peut encore admirer le tombeau des Askia à Gao. Construit par Askia Mohamed à son retour de pèlerinage, il se présente sous la forme d'une tour pyramidale de banco de vingt mètres de haut.

4. L'EMPIRE MANDINGUE OU EMPIRE DU MALI: LES MALINKE (XIe-XVe siècle) A l'origine, le Manden est peuplé par les clans des Kondé, Konaté et Keïta, des Traoré, et les Kamara. Les Traoré sont les premiers occupants du Siri, du Gàgarà et du Dô, contrées qui constitueront le coeur du Mali. On prête aux clans des Traoré la fondation des plus vieux sites de la HauteVallée du Niger. Le XIe siècle voit scellée leur alliance avec les Koné (venus du Sankaran, actuelle Guinée), les Kamara (de Siby sur le Lac Débo) et les Konaté Keïta (de Wagadougou/Ghana). Deux royaumes coexistent alors: le Do (près des mines d'or du Bouré) et le Kiri (le "travail") ou Manden qui désignera tout le pays mandingue. Entre le XIe et le XIIe siècles, les Keïta instaurent un grand royaume rassemblant toutes les chefferies de la région. D'après la Tradition, les Keïta "rattachent même leurs origines au compagnon du Prophète et premier muezzin de la communauté musulmane". Au début du XIIe siècle, le simhan (le "maître chasseur") Mamadou Kani, grâce à l'appui de sa confrérie, aurait réalisé le groupement politique du Do, du Kiri, de Bako et le Bouré. Au XIIe siècle, Soundjata Keïta fonde le puissant empire mandingue ou empire du Mali qui englobe les mines d'or du Bouré et du Galam. La capitale Niani (100 000 habitants) favorise le commerce de la poudre d'or, de la kola, de l'huile de palme et de l'ivoire que les caravanes venues du Maroc, de Tripoli et même d'Egypte, échangeaient contre du sel, des cotonnades et du cuivre. Avec sa population cosmopolite, Niani est déclarée "Terre d'empire" ou "Patrie commune à tous les peuples". Sous Je règne de Kankou Moussa (1312-1337), l'empire du Mali est à son apogée. Son déplacement à La Mecque, escorté de 60 000 porteurs et 500 serviteurs, chargés du transport de 12 tonnes d'or, donne une idée du faste de l'époque. Bâtisseur et mécène, il ordonna la construction de nombreuses mosquées dont les grandes mosquées de Gao, de Tombouctou.

15

La mort de Kankou Moussa signe la désagrégation de l'empire du Mali. Les différents royaumes s'affranchissent du joug du pouvoir central, les vassaux se soulèvent. Vers 1390, les Diawara renversent à Diara les Niankhalé et instaurent la dynastie des Faren ou Hare du Kingui. Au XVe siècle, le royaume connaît un nouveau temps de gloire sous le règne de Haré Silamakan Diawara (1415-1435). Aujourd'hui, Tombouctou la "Mystérieuse" exerce un pouvoir magique sur ses visiteurs, offrant les vestiges de son université, ses hauts lieux historiques et culturels. Depuis 1989, les mosquées de Djingarey-Ber, de Sankoré et de Sidi Yahia, classées dans le Patrimoine mondial en péril, font partie intégrante de l'ancienne ville de Tombouctou. . La structure de l'empire du Mali, d'après les règles de Soundjata Keita: La tradition attribue à Soundjata Keïta, "acquéreur des héritages", la codification des normes sociales et politiques qui régissent en partie encore les peuples mandingue. Soundjata Keïta fût proclamé roi suprême et père de tous lors du Gbara, grand rassemblement. Symbolisant la "maîtrise de la tête", c'est le gardien de l'unité nationale et l'autorité divine. Une première structure s'ébauche, comprenant: I) les seize clans d'hommes libres/nobles; 2) les cinq clans des marabouts; 3) les quatre clans des hommes de métiers; 4) les bateliers somonos et bozos. I) Les seize clans d'hommes libres ou nobles sont chargés de la sécurité du pays. Dans leurs rangs, se comptent les membres de la famille royale, les porteurs d'arcs et de carquois (les guerriers), la cavalerie. Leur rôle essentiel est de guerroyer ou de pratiquer l'agriculture ou l'élevage. Outre le fait qu'ils ne peuvent exercer un métier artisanal, chanter et faire de la musique, il leur est interdit d'être subordonnés à un homme de caste. 2) Les cinq clans des marabouts: les cinq gardiens de la foi (les finah) sont chargés de dédier les louanges au prophète Mahomet. Ils constituent, à côté de la noblesse des hommes libres, une noblesse du turban et vivent d'aumônes et de donations pieuses. Les commerçants soninkés et dioulas, imbibés de la foi coranique, sont depuis longtemps en contact avec l'Islam. Leur métier fait d'eux des missionnaires spontanés de la foi nouvelle et leur réseau ténu mais persistant est sans doute l'un des meilleurs facteurs d'intégration de l'empire du Mali. 3) Les quatre clans de nyamaka : ces hommes de métiers sont divisés ainsi: a) les artisans des métaux, b) les artisans du bois et du cuir, c) les tisserands, d) les animateurs publics. Chaque métier artisanal a sa propre caste, avec ses propres règles coutumières, ses rites et ses interdits. 4) Les bateliers somonos et bozos ou sorkos : consacrés "maîtres des eaux" et pêcheurs des hautes eaux, ils vivent le long de la vallée du Niger. Le poisson fumé ou séché est commercialisé jusque dans la forêt; Mopti, la 16

"Venise malienne", devint le centre de cette activité de pêche qui se perpétue encore. . "L'Empire des rois du Mali (400 villes) ressemblait à une mangue. Au centre, un noyau dur soumis à l'administration directe du roi. Ce royaume était subdivisé en provinces, subdivisées elles en cantons et en villages. L'autorité villageoise était parfois bicéphale avec un chef de terres religieux et un chef politique (...). Autour de ce noyau central, une pulpe de royaumes, gouvernés par leurs chefs traditionnels" (J. Ki-Zerbo, Histoire de l'Afrique noire).

. LES

BOBO:

Considérés comme descendants de la diaspora soninké, dispersée après la chute de J'empire du Ghana, les Bobo sont agriculteurs et excel1ents chasseurs, et même reconnus comme un "type particulièrement pur de cultivateurs paléonégritiques". Vers le XVe siècle, les Bobo-Dioula (venus de Djenné) s'installent dans le pays en petits villages. Malgré la dispersion de leur population, ils restent indépendants de leurs puissants voisins du Mali et du Mossi. Leur organisation sociale est basée sur le rassemblement en quartiers et en villages des grandes familJes patriarcales. Le village représente à la fois l'unité économique, l'unité politique, l'unité religieuse. C'est le Chef de terre qui joue le rôle de médiateur et d'homme de paix, en plus d'assurer la pratique des rites agraires. Les vieillards, qui gèrent le Conseil de familJe, sont assistés du Chef des cultivateurs, du chef de terre, du chef des greniers à mil, du kala (responsable de la répartition de la production), des cultivateurs (au même statut que les nobles), des forgerons, des griots, des Peul (gardiens de troupeaux), des esclaves (bénéficiant d'un statut très libre). Principalement cultivateurs de mil, sorgho et coton, les Bobo vivent de nos jours dans la région de Ségou, entre Mopti et San. .LESBWA: Groupe voltaïque, les Bwa forment au Mali un groupe minoritaire d'agriculteurs voisins des Bobo. La société est divisée en trois classes endogames : agriculteurs, forgerons, griots chargés du travail du coton.

Spécialistes du commerce de l'or, les Dioula ont contribué à l'essor de l'empire du Ghana, puis à celui du Mali. Après la chute de l'empire du Mali, ils s'enfoncèrent dans la forêt à la recherche de nouvelles mines d'or, ouvrirent de nouvelles voies et fondèrent de grands centres commerciaux où se croisent les chemins de l'or et de la

.LES DIOULA

:

17

kola, du sel marin et du sel gemme, des esclaves et des chevaux, des produits manufacturés dont, en premier lieu, les armes. Véritables marchands ambulants, agriculteurs, excellents artisans, surtout tisserands et fondeurs, leurs villes sont nombreuses en Côte d'Ivoire. Entre le XIIIe et le XVIe siècles, les Dioula participent à l'édification du grand empire de Bégho. A partir du XVIe siècle et ce jusqu'au XIXe siècle, ils fondent de petits royaumes (Gondja, Kong, Bobo-Dioulasso) grâce à leur cavalerie et au progrès de leurs armes.

. LES DOGON:
C'est à partir du XIVe siècle que les Dogon, tout en se disant "originaires de Manden", s'installent sur le plateau de Bandiagara et dans la plaine du Senon-Gondo. Grâce aux difficultés d'accès à leurs sites périlleux, ils réussissent à conserver leur indépendance malgré la domination successive des Songhay de Gao, des Bambara de Ségou, des Peul du Macina, des Toucouleur. D'après l'épopée Tihinlé sur leurs origines, transmise de génération en génération, les premiers habitants des plus anciens villages auraient été des nains, appelés les ferré dits les pré- Tel/em, vivant de cueillette et de chasse, leurs habitations faites dans la falaise, dans les grottes et les cavernes. Les Dagu Tenbè, ou les "trouvés déjà assis", qui définissent les gens d'autrefois, seraient arrivés entre les Ille et le IIe siècles avant J.C. Au XIe siècle, les Tel/em, ou les "porteurs de civilisation", venus du Manden ou du Ghana avec l'agriculture et l'élevage, furent les premiers êtres humains créés qui édifièrent les habitations troglodytes nichées dans les cavernes. Les Bwa vinrent s'installer avec les Tellem avant d'être refoulés vers l'ouest, dans la région de Tominian, et vers le sud (actuel Burkina-Faso), pour avoir refusé les coutumes dogons de circoncision et d'excision. Depuis le XVe siècle, les Saman cohabitent avec les Dogon. Fondés à la fin du XVIIIe siècle, la cité de Kani-Gogouna est le principal centre des Saman (5 000 habitants environ). Hommes de guerre et de brigandage, "ils ne se baissent jamais à terre". Tantôt Djennenké, tantôt Malinké, ou tantôt "Personnes blanches", les Saman participent de ces trois univers: Djenné, empire du Mali, pays dogon. Leur tradition essentielle est la "chose à respecter" dite silam-pilu, qui est la coiffe blanche rituelle de leur souverain. On dit que la trame de l'étoffe en est si fine que seuls les génies ont pu la réaliser. A l'origine, les Saman, dits les "maîtres de brousse", et les Dogon conclurent une alliance dite "parenté de lait", qui eut pour conséquence de faire des uns des "neveux utérins" et des autres des "oncles maternels", définissant finalement quatre lignages: les Wa-Samanu et Tuno-Ali (familles Kansaye) pour Kani-du-Haut; BaIa Kansaye, Fofana, Kamia et Soulo, Maïga (d'origine songhay). 18

. L'organisation de ['ancienne royauté saman : D'après Gilles Holder, le roi de la cité saman ("Celui-de-Ia-force") incarnait uniquement le pouvoir spirituel, secondé du clan des Fofana. Espace sacré ceint de hauts murs aveugles, le palais royal, dit la "grandmère des grandes maisons", était réservé au roi et à ses captifs, au chef de l'exécutif et aux chefs de lignages. Du rocher-estrade, le roi ne se montrait que les trois premières années de son règne. Dans la cour, une meule-autel, sur laquelle le captif personnel du roi écrasait le mil destiné aux offrandes, servait aussi comme pieu d'attache de l'étalon royal. Dans sa maison orientée à l'ouest, le roi pouvait se coucher les yeux tournés vers l'est et la tête au sud, respectant ainsi la position de l'inhumation musulmane. Attachée à son service, une "fillette qui n'a pas encore eu ses premières règles" était chargée de puiser son eau et de préparer ses repas. Dans la "chambre interdite", dite ''jarre aux arbres", macéraient dans l'eau des écorces de ficus blanc et rouge dont les deux couleurs symbolisaient le pouvoir royal saman assis sur l'Islam et la force. On y trouvait aussi les regalia, objets sacrés (lances, bâtons-sceptres, chaînes d'entrave pour les chevaux) et la "coiffe de Celui-de-Ia-Force". Signe du pouvoir politique par excellence, cette coiffe était portée par le souverain, et encore fallait-il qu'il soit Kansaye. Sinon, elle était posée sur une petite marmite en fer à trois pieds (symbole de la féminité), abritant une pépite d'or (symbole de richesse et de puissance). Le pouvoir protecteur du roi était également symbolisé par le chassemouches, appelé "queue-de-vache du Maaragu" (de taureau, cheval ou fauve). Pendant les cérémonies publiques, un captif spécialement désigné le manipulait dans l'optique d'éloigner les mauvais génies et de contenir l'excitation de la foule en liesse. Prolongeant l'action de l'autel, ce chassemouches jouait le rôle de faiseur de paix. Par ailleurs, le mouvement encerclant effectué par le captif renforçait la cohésion sociale. Les Dogon sont actuellement regroupés dans les cercles de Bandiagara, Koro et Bankas, dans la région de Mopti, et sur une portion du territoire du Burkina-Faso. Ils ne possèdent pas d'écriture et leurs signes sont précisément destinés à raconter la genèse, la création du monde. De hauts dignitaires et les prêtres totémiques ont la charge de leur transcription et leur transmission: "plus un homme connaît de signes, plus il se rapproche du grand savoir", mais aucun signe ne peut être inventé. Le sanctuaire culturel et naturel de la falaise de Bandiagara, dont l'Auvent des Masques, est reconnu Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1989. Ce site représente la culture dogon et compte 289 villages (130 500 habitants).

19

. L'organisation de la société traditionnelle dogon: Quatre grandes tribus: Arou, Domno, Dyon, Ono, composent la société dogon, groupées sous l'autorité d'un patriarche. Le lignage exogame, patrilinéaire, patrilocal, constitue la cellule de base de cette famille étendue. Au sein des quatre tribus, plusieurs lignages associés peuvent former un clan respectant le même interdit totémique, mais parfois un lignage étendu est amalgamé à un clan. Le chef religieux, et autrefois politique, est traditionnelIement le Hogon de la tribu des Arou, désigné par un collège de patriarches des Arou. Pour les autres tribus, l'autorité est régionale: le patriarche, représentant un ensemble de lignages groupés territorialement et se reconnaissant un ancêtre commun, est, de droit, le Hogon du groupe. A sa mort, lui succède l'homme venant immédiatement après lui en âge et de la même origine. La société dogon s'organise ainsi: - les Grands initiés de l'Awa ("Masque"). Ils représentent la société initiatique gardienne du Grand masque, du rhombe et des masques. Ils enseignent la cosmogonie, la langue secrète (siguiso), la valeur des masques, le sacré et le surnaturel, et dirigent les cérémonies rituelles du Sigui, du Dama, les Funérailles. Jadis, la yasigine, comme Mousso Koroni, révélait les paroles du Créateur (la langue du Sigui), pratiquait la circoncision et l'excision des hommes et des femmes et enseignait aussi certaines techniques agricoles. - Les Cultivateurs: ce sont les danseurs masqués et les percussionnistes. - Les Gens de caste: les forgerons, les cordonniers, les tisserands; les associations de chasseurs; les chevriers; les devins et guérisseurs. Dans son rôle de "parent plaisant", le forgeron est le détenteur de la parole libre et vraie en science et technique. Médiateur entre les hommes lors des conflits, il est aussi purificateur en cas de transgression d'un interdit. A l'opposé du forgeron, le cordonnier est le détenteur de la parole qui se disperse, du fait qu'il parle sans avoir autorité sur la parole; il joue parfois le rôle de griot. "Quand un enfant souffre de maux d'yeux, on lui recommande d'aller insulter la mère d'un cordonnier et il guérira", disent les Dogon. Il n'a pas l'exclusivité du travail du cuir mais fabrique avec art des selles de chevaux, des babouches et des ceintures, des étuis. Les cultivateurs confectionnent dans des peaux de bête leurs propres objets utilitaires. Le tissage est une activité réservée aux hommes. Le teinturier se charge du travail des tissus et de la confection de toutes les parures des femmes.

- Le Conseil des anciens et le Hogon concentrent le pouvoir spirituel et politique. - Les Chefs de village dirigent la communauté: les hommes sont aux travaux des champs, de la chasse et de la pêche ou de l'arboriculture (pharmacopée); les femmes, outre les travaux des champs, sont au brassage et à la vente de la bière de mil, au filage du coton, à la poterie.
20

. "Pour un meurtre, un assassinat, le coupable est immédiatement expulsé du village. Il n'y a pas de tribunal, pas de jugement, pas de verdict (...) Il part de lui-même. L'expulsion fait partie des règles fondamentales de
notrejustice
'"

Quand il mourra, il n'y aura personne pour son rituel des
dogon).

funérailles, personne pour sa levée de deuil. C'est une punition terrible"
(s. O. Dolo, prêtre

. LES

MARKA

:

Dès le Ille siècle avo J.e., les Marka fondent la cité-état Djenné-Djeno sur un monticule. Elle deviendra la ville la plus ancienne du sud du Sahara. Une civilisation urbaine s'y développe grâce à une parfaite maîtrise du travail du fer. La ville connaît plusieurs occupations au cours de son évolution historique, notamment celle des Mandingue, des Songhay, des Marocains, des Peul et des Toucouleur. Elle est occupée par les Français en 1893. Djenné-Djeno est devenu le site le plus célèbre du Mali, classé dans le Patrimoine mondial de l'UNESCO. D'après Gilles Holder, les Marka, réputés pour leur activité commerciale à longue distance, compteraient actuellement plusieurs groupes: a) les "Marka noirs", des Nononké, fondateurs des cités entre Dia et Djenné et islamisés entre le XIe et le XIIIe siècles; b) les "Marka blancs", qui, dès le XIIIe siècle, sont venus s'installer le long de la vallée du Niger avec l'empire du Mali; c) les "Marka teints" ou "Marka (du) sec", qui, à partir du XIXe siècle, se composent de diverses populations (bambara, bobo, dogon ou autre) advenues à l'Islam bon gré mal gré.

. LES MINIANKA/SENOUFO:
Agriculteurs sédentaires, les Sénoufo sont présents dans trois pays: au sud-est du Mali, vers Koutiala jusqu'à San, au Burkina-Faso, en Côte d'Ivoire. La société minianka est organisée en associations de cultures dont les adhérents s'aident mutuellement dans les travaux des champs, scandés par les chants des griots au son du tam-tam. Leur culte principal est celui du dieu Koulouikière, dieu unique n'ayant aucun pouvoir sur le présent et sur l'avenir. Les Sénoufo, qui croient aux esprits invisibles et aux forces de la nature, pratiquent les cultes de la famille et du village. Les vieillards initiés détiennent le pouvoir du Poro. . LES TOUAREG: Probablement descendants directs des anciens pasteurs berbères, les Touareg (appelés "Hommes bleus" ou "Seigneurs du Sahara") sont chassés de leur territoire et de Garama leur capitale au VIe siècle par les Arabes en Lybie. 21

Hommes libres depuis des millénaires, les Touareg (Targui, au singulier) sont dispersés dans la région saharienne du Mali, du Niger, de la Lybie, de l'Algérie. Ils sont essentiellement représentés par quatre grandes familles: les Kel Iforas qui vivent au Mali dans les villes de Kidal, Tombouctou et Gao; les Kel Ahaggar en Algérie qui sont à Ghadamès, Agadès, Tamaransset, et Tombouctou; les Kel Aïr au Niger qui se rassemblent à Iferouane, Agadès et Tahoua; les Kel Ajjer (Tassili), à Fort Polignac, Djanet, Ghât. Après avoir subi la domination des souverains du Mali et du royaume de Songhay, ils se révoltent à partir du XVe siècle et s'emparent de Tombouctou, Walate et Néma. Mais l'empereur songhay, Soni Ali, porte un coup décisif à l'expansionnisme des Touareg. Du XVIe au XIXe siècle, les Touareg de l'Aïr fondent au sud, dans une terre cultivable, des états autour de Madoua, Damergous, Koutous. Ils tirent leur économie de l'élevage nomade, du commerce transsaharien du sel, des redevances agricoles des Bellah (anciens captifs) et des péages imposés aux caravanes de passage. La société touareg s'organise en castes: lmajehan, le noble guerrier aristocrate; lmghad, l'ancien vassal libre, vivant en tribu, qui peut accéder au pouvoir religieux; lfagan, le targui capturé, qui a un statut d'homme libre; lmadan, l'artisan, qui fabrique les armes, les outils, les bijoux et joue aussi le rôle de griot artiste, de médecin et de vétérinaire; 19hawelan, l'esclave affranchi, qui jardine près d'une oasis; lklan, l'esclave, chargé des basses besognes quotidiennes, de la surveillance du bétail, du creusement et du forage. Ce sont les Bellah "esclaves ou affranchis" des Touareg qui assument tous les travaux pénibles. Dans cette société matriarcale, c'est la femme qui transmet les traditions aux enfants. Elle seule est habilitée à monter ou défaire les cases et les tentes, à chercher l'eau au puits, à garder les troupeaux, à s'occuper des revenus. Elle peut répudier son mari qui, lui, ne peut divorcer. Actuellement, les Touareg (1 500000) vivent au Niger, au Mali, entre la Libye, l'Algérie et le Burkina-Faso. Mais à la suite de divers conflits et des grandes sécheresses, beaucoup se sont réfugiés en Mauritanie.

5. LE ROYAUME PEUL DU MACINA:

UN ETAT MUSULMAN

(XIIIe-XIXe siècle) Dès le XIIIe siècle, les Peul du Bakhounou -province jadis tributaire du Mali- entament un vaste mouvement de migration qui les conduit au Macina, où ils fondent le royaume peul animiste des Ardo du Macina, dominé par le clan des Diallo et ses affrontements avec les Sangaré et les Barry. Les Peul nomades (appelés "Peul rouges") sont pasteurs et éleveurs de bovins. En quête d'eau et de pâturages, ils transhument avec leurs troupeaux 22

vers le sud. D'autres s'allient aux gros propriétaires terriens musulmans du Mali vers la fin du XVIIIe siècle et se sédentarisent en cultivateurs et habiles commerçants. Ils s'allient avec les gros propriétaires terriens musulmans du Mali. L'autorité de la Dina est instaurée par Cheikou Amadou, Emir des croyants, dans l'Etat du Macina. De là, il déclare la Guerre sainte aux Bambara et s'empare de Djenné et de Tombouctou. Le royaume peul du Macina s'étend sur tout le delta du Niger, de Djenné à Tombouctou. C'est un empire strictement régi par l'Islam et la Sharia malékite avec l'obligation d'observer les trois vertus fondamentales que sont la prohibition, l'humilité, la sobriété. Le "Grand conseil" comprend 40 marabouts, âgés de 40 ans; outre le fait de symboliser la révélation du Coran au Prophète Mahomet, cet âge, à partir duquel "l'homme est rarement le jouet des esprits malins", correspond à la maturité mystique. Cheikou Amadou édifie la cité Hamdallahi ("Louange à Dieu") pour en faire sa capitale, qui comptera jusqu'à 600 écoles coraniques. Il organise l'empire sur un plan politique, social et économique dans le but d'encadrer les communautés de paysans, pasteurs, pêcheurs et artisans, les organisant en Etats semblables à des théocraties militaires, avec un système féodal de chefferie dirigé par un pouvoir centralisateur. En 1806, le conquérant toucouleur El Hadj Omar, venu du Fouta Toro, défait le royaume peul du Macina, qui passe ensuite sous domination française avec la prise de Ségou par le Commandant Archinard. Au XIXe siècle, sous l'instigation de Ousmane Dan Fodio (1734-1817) dit le "Lettré" et Commandeur des Croyants, est fondé l'empire peul de Sokoto.

. LES

KHASSONKE

:

Au début du XVIIe siècle, des groupes peuls, venant du Bakkounou, envahissent la vallée du Haut Sénégal, s'implantent dans le milieu malinké pour former le peuple khassonké, constitué de petites chefferies rivales, dont des clans peuls (Diallo, Sidibé, Diakité) et des clans mandingues (Sissoko du Logo et du Tomore, Konté du Kontéla).

6. LE ROYAUME BAMANAN DE SEGOU (BAMANAN REFUSE DE RECONNAITRE DIEU'')

"CELUI QUI A

(XVIe siècle) Après la dislocation de la marche occidentale du Songhay, les paysans bambaras du Niger se retrouvent face aux incursions peul es et armas. Divisés en plusieurs provinces, ils renforcent leur protection grâce aux confréries traditionnelles de chasseurs ou à des clans spécialisés dans le combat. 23

Au milieu du XVIIe siècle, les Bambara se révoltent contre leurs chefs markas et le clan des Koulibali fonde le royaume de Ségou et celui du Kaarta. A Ségou, Mamari Koulibali (1712-1755), dit Biton Koulibali, fonde un Etat guerrier et paysan, en marge des institutions de gérontocratie et religieuses du pays. L'autorité de cet ex-chef de ton (association de garçons tous circoncis en même temps) s'appuie sur les tondyon (captifs ou anciens captifs). Vers 1739-1745, son royaume subit les attaques des Dioula de Kong. A la mort de Biton, le royaume de Ségou traverse une longue période d'anarchie. Ngolo Diarra (1766-1787) prend le pouvoir, fonde la dynastie des Diarra, qui met fin à l'agitation des chefs tondyon, et restaure une vraie monarchie. Son fils Monzon Diarra (1792-1808) lui succède. Véritable organisateur du royaume de Ségou, il en instaure la puissance, de San à Tombouctou, et du pays dogon au Kaarta. Le "Roi-mâle" de Ségou ("Celui-de-Ia-force"), souverain détenteur de la force, a lui seul la capacité de dire le droit, de trancher et de juger, bénéficiant de tous les moyens pour exécuter son jugement. . L'organisation socio-politique des royaumes bambaras: En l'espace de quelques décennies, les Bambara réussirent à forger graduellement les rouages d'un Etat, passant des clans aux empires, en s'appuyant sur une société strictement organisée en classes d'âge et clan des esclaves. - Les classes d'âge (flanton) s'articulent à partir de la circoncision qui met fin à l'enfance. Chaque promotion se constitue en flambolo; trois flambolo forment une flanton. Où qu'il aille, le Bambara trouve des compagnons de sa classe qui l'hébergent et l'aident en souvenir de l'épreuve subie à la même époque. 1) Lajlanton (union des pairs) promeut un égalitarisme absolu entre les originaires de tous les groupes sociaux, avec pour objectifs l'entraide et la mise en commun des moyens pour participer à la vie sociale. 2) Les tonden (membres de l'association) élisent un tontigui (chef) qui peut être aussi bien un captif qu'un fils de notable. Les tondyon (captifs du ton), d'origines diverses, y sont ensuite admis. 3) Quand le nombre des membres de l'association, qui finit par coïncider avec la force publique de l'Etat, déborde les structures initiales, il n'est plus question de flan ton mais deforobadyon (captifs du grand champ collectif) ou furabadyon (captifs de la grande union), dont les premiers tondyon constituèrent l'aristocratie. La nouvelle organisation est renforcée par l'affiliation des tondyon aux cultes dont Biton Koulibali est le grand maître, porteur du titre de Faama (seigneur détenteur du pouvoir suprême).

24

Le souverain est entouré d'un Sénat consultatif de 40 membres, guerriers ou religieux, dont la fidélité et l'allégeance sont jurées lors de rites occultes sur une île du Niger. A l'ouverture de chaque Conseil des notables, de chaque séance de tribunal, le roi exprime ce voeu: "Qu'une bonne pensée nous soit accordée, qu'une bonne réflexion descende en nous!". Au cours de l'intronisation d'un roi bambara, on exécute le signe "personne ne devient dieu" qui avertit le prétendant que, malgré les attributs dont on le revêt et l'absolutisme qui sera son apanage, il ne doit jamais oublier que "si ta puissance t'enivre, songe que tu finiras comme n'importe quel mortel!" Pour représenter ses courtisans, le roi trace le signe de prudence "l'âne du puissant est méchant" (le pouvoir n'est pas méchant, c'est l'entourage du pouvoir qui l'est). L'armée de Ségou a toujours été un lieu privilégié de brassage de gens de toute extraction sociale, ethnique et géographique. Les jeunes étaient attirés par cette armée, assurés, s'ils survivaient, de faire rapidement fortune. Deux communautés furent particulièrement mises à contribution dans cette organisation: les Somono (pêcheurs) et les Peul (pasteurs), renforcés par les captifs de la grande union. Les souverains de Ségou, surnommés Jitigui (les propriétaires de l'eau, des eaux du fleuve Niger, des puits), avaient le monopole du trafic fluvial de Kouroussa (en Guinée) à Tombouctou (au Mali). - Le clan des esclaves comprenait: a) les captifs de case: les wolosso : leur naissance dans la famille du maître leur conférait un statut privilégié; b) les esclaves de la communauté: les forobadyon; c) les captifs: les dyonfing de guerre, otages enlevés au cours d'une razzia, achetés ou échangés, corvéables à merci, souvent intégrés dans les familles dans l'attente de leur affranchissement. Finalement, l'organisation sociale se divisait en trois groupes déterminés par les traditions, les us et coutumes, substratum de la vie communautaire: a) les patronymes (dyamu); b) la parenté à plaisanterie (sanakuya) qui tisse des liens sacrés entre les noms claniques et donne droit à une mutuelle assistance, tout en se disant des vérités; c) les alliances par le sang (dyo). Actuellement, les Bambara, majoritaires dans le pays, occupent la vallée du Niger en partant de Bamako vers Ségou, San, Djenné, Mopti, Bandiagara. Au Nord-ouest, il y a les Bambara du Bélédougou et du Kaarta; au Sud, ceux de Bougouni et de Sikasso. . "Ségou, la "cité des balazans" est un jardin où pousse la ruse. Ségou est bâtie sur la trahison. Parle de Ségou hors de Ségou mais ne parle pas de Ségou dans Ségou", clament les griots. . LE ROYAUME DE KAARTA : L'organisation socio-politique du royaume de Kaarta est analogue à celle du royaume de Ségou, mais plus autocratique. Le pays est encadré par des gouverneurs de province et des chefs de corps d'armée. Par ailleurs, le 25