Habiter à côté des SDF

Habiter à côté des SDF

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150 pages
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Description

Les personnes sans domicile sont des figures emblématiques de l'exclusion moderne. Habiter à côté des SDF, c'est être confronté à l'altérité, à la marginalité et aux inégalités sociales et économiques qu'ils représentent. En interrogeant les catégories "ordinaires" forgées par les voisins des sans-domicile, il s'agit d'appréhender comment ces personnes sont perçues et le type de réactions qu'elles suscitent.

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Ajouté le 01 avril 2014
Nombre de lectures 51
EAN13 9782336692173
Langue Français
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Habitat et sociétés Collection dirigée par Claire Lévy-Vroelant et Férial Drosso Les recherches sur l'habitat se sont multipliées dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale, dans les sciences sociales et en architecture, comme dans les sciences pour l'ingénieur. Cet intérêt pour l'habitat est lié à l'augmentation des populations citadines, d'abord dans les pays industrialisés et aujourd'hui dans les pays en développement, à des changements dans la structure des familles, à la montée historique de la privatisation mais aussi aux politiques sociales de l'habitat et à l'évolution des techniques et des modalités de construction et de conception. On doit attendre de ces recherches qu'elles contribuent à l'élaboration de solutions techniques, sociales et culturelles plus adaptées à la demande des habitants. Une partie importante de travaux réalisés ou en cours reste cependant mal connue, peu diffusée ou dispersée. L'objectif de cette collection est l'édition de recherches sur l'habitat au sens large (logements, équipements, architecture, espaces publics appropriés) et la réédition de textes importants écrits dans les dernières années, en France et à l'étranger, afin de constituer une collection d'ouvrages de référence pour les étudiants, les chercheurs et les professionnels. Dernières parutions Annabelle MOREL-BROCHET, Nathalie ORTAR,La fabrique des modes d’habiter. Homme, lieux et milieux de vie, 2012. Sous la direction de Martine BERGER et Lionel ROUGE,Être logé, se loger, habiter,2011. N. BREVET, Le(s) bassin(s) de vie de Marne-la-Vallée.Une politique d'aménagement à l'épreuve du temps et des habitants, 2011. N. ROUDIL,Usages sociaux de la déviance, 2010. J LE TELLIER, A. IRAKI,Politique d’habitat social au Maghreb et au Sénégal, 2009. N. HOUARD,Droit au logement et mixité. Les contradictions du logement social, 2009. E. KALFF et L. LEMAITRE,Le logement insalubre et l’hygiénisation de la vie quotidienne. Paris (1830-1990), 2008.
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr EAN Epub : 978-2-336-69217-3
Remerciements
Mes remerciements s’adressent en premier lieu à Serge Paugam qui a dirigé avec rigueur et bienveillance la thèse dont est issu cet ouvrage et à Claire Levy Vroelant pour sa relecture attentive, ses conseils et sa patience tout au long de l’écriture de celui-ci. Les années consacrées à cette recherche ont été jalonnées de nombreuses rencontres qui m’ont permis de la mener à bien. Je tiens à remercier toutes celles et ceux qui ont croisé ma route, m’ont donné le goût de la recherche et de l’enseignement et m’ont aidée d’une manière ou d’une autre, notamment : Murielle Bègue, Amélie Boucly, Jean-Michel Charbonnel, Julien Damon, Marnix Dressen, Nicolas Duvoux, Stéphane Durécu, Evelyne Dyb, William Edgar, Jean-Marie Firdion, Suzanne Fitzpatrick, Marie Gaffet, Pascal Gougeon, André Grelon, Mathieu Hély, Carole Lardoux, Maryse Marpsat, Arnaud Mias, Georges Ortusi, Isabelle Parizot, Deborah Quilgards, Stéphane Rullac, Marion Selz, Freek Spinnewijn et Abdia Touahria-Gaillard. Merci également aux membres du Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Économique (LISE) du CNAM, et particulièrement aux doctorant(e)s et jeunes chercheur(e)s, qui m’ont accueillie après ma thèse, avec bienveillance et simplicité. Mes plus chaleureux remerciements s’adressent également à Pascale Dietrich-Ragon, Dominique Loison, Gwenaëlle Perrier et Arlette Vandenberghe pour leur relecture de ce manuscrit. Un grand merci à tous les enquêteurs qui ont participé activement à l’enquête : Malika Amaouche, Nazha Belkhattaf, Fabienne Chamelot, Emilie Doré, Jean-Baptiste Duez, Alexandre Femenia, Catherine Hamelin, Adeline Hennion, Marie-Amélie Lauzanne, Françoise Leclère, Lucile Loison, Aurélie Marcillac, Marjolaine Normier, Magali Penin-Mercier, Sophie Plisson, Thierry Roure, Eric Tarrade et Aurélie La Torre. Merci à toutes les personnes enquêtées, habitants, lycéens, élus et responsables associatifs et aux personnes sans domicile dont j’ai croisé la route et qui m’ont accordé leur confiance. Un remerciement particulier à Pascale Dietrich-Ragon pour notre amitié et notre entente, tant personnelle qu’intellectuelle. Merci à Dominique, Lucile, Jérôme et Thibault pour leur soutien inébranlable et à Arnaud pour son amour et sa présence au quotidien. Je dédie cet ouvrage à Raphaël et Corentin que j’ai portés en même temps que cette recherche et qui sont nés à ses moments clés.
Sommaire
Couverture 4e de couverture Titre Copyright Remerciements Sommaire Préambule Introduction 1. La visibilité des SDF 2. La potence ou la pitié ? 3. La constitution d’un objet d’étude 4. L’enquête 4.1. Le choix de l’échantillon 4.2. Les étapes de l’enquête Chapitre 1 - La construction sociale du « SDF » 1. Les différentes approches de la problématique SDF 1.1. De nombreux mots, de nombreux maux 1.2. Des définitions, des catégories et des acteurs 1.2.1. La catégorisation ordinaire 1.2.2. La catégorisation juridico-administrative 1.2.3. La catégorisation savante et l’approche statistique 1.2.4. La catégorisation associative 1.3. Les enjeux autour des définitions 2. SDF et action publique : l’importance du secteur associatif 2.1. Les experts de l’urgence sociale 2.2. La concurrence associative 3. Le discours des médias 3.1. Les portraits du SDF 3.2. Sondages et fabrique de l’opinion Chapitre 2 - Habiter à côté des SDF 1. Une présence sensible 1.1. Des rues singulières 1.2. Le corps et l’odeur du pauvre : l’hygiénisme contemporain 2. Le sentiment d’insécurité 2.1. Insécurité et incivilités 2.2. La peur d’être soi-même un jour exclu 3. La réputation 3.1. La crainte des propriétaires 3.2. La disqualification du territoire et de ses habitants Chapitre 3 - Variations autour du rejet 1. La construction de la typologie 2. L’absence de rejet à l’égard des SDF 2.1. L’indifférence 2.2. La critique du rejet 3. Le rejet engagé 3.1. Formes et contenu de la mobilisation 3.1.1. Doléances et pétitions 3.1.2. Les réunions publiques, lieux d’expression de la colère des riverains 3.1.3. Les associations de riverains
3.2. Les revendications 4. Le rejet distant 4.1. Une attitude mitigée 4.2. Entre fatalisme et réprobation, le regard porté sur le rejet engagé Chapitre 4 - La compassion sélective 1. Des postures plus ou moins constantes 1.1. Effet de contexte et de lieu 1.2. Trajectoires sociale et résidentielle des habitants 1.3. Effet temporel : rejet tempéré et résignation 2. Des postures plus ou moins consistantes 2.1. Honte, culpabilité et malaise 2.2. Le « syndrome » NIMBY 3. Une perception binaire des SDF 3.1. Le jeune SDF et le vieux clochard 3.2. Le profiteur et le méritant 3.3. Le voisin et l’étranger Conclusion Références bibliographiques Ouvrages et Articles Rapports et autres documents Annexe 1 - Tableaux statistiques Annexe 2 - Le contexte de l’enquête Annexe 3 - Liste des personnes interviewées Annexe 4 - Lettres de doléances Adresse
Préambule
« Le matin, sur le chemin de l’école, je passe toujours devant. Mais il est trop tôt. Il n’est pas encore arrivé. Le soir quand je rentre, il est là, comme d’habitude, immobile… Assis dans son coin sombre, en retrait de la vie, il observe. Il me fait penser… Au roi d’un pays lointain, d’un pays de sable et de vent, de tissus brodés, de parfums légers… Un pays d’oasis ombragés, où les enfants courent pieds nus, et je rêve. “Mon père dit que c’est un essedé-effe. Tu sais ce que c’est toi ? – Oui c’est un pauvre tout sale. – Il est pas sale. – Alors, c’est pas un essedé-effe !” “Papa, tu crois que lui aussi il dort sous une tente, au bord de l’eau, comme les Indiens ?” La première fois que je l’ai vu debout, il ressemblait à un géant, un cours, un ogre. Mon père s’est écarté pour le laisser passer. Il a aussi le pouvoir de se rendre transparent. La plupart des gens passent sans le voir. La gardienne du 21, elle, s’arrête parfois discuter avec lui en rentrant du marché. Par tous les temps, il monte la garde. J’aime bien savoir qu’il est là, comme un ami fidèle. Et un jour, c’était un jeudi… personne. Le lendemain, pareil. L’hiver touchait à sa fin. Je ne l’ai jamais revu. Alors je l’imagine… Très loin d’ici, assis à l’abri. Son regard bienveillant posé sur le monde… Il sourit. » Barroux,Ahmed sans abri, Mango jeunesse, Paris, 2007. Extraite d’un album illustré pour enfants, l’histoire de ce petit garçon, fasciné par cet homme assis par terre, qu’il imagine roi d’un pays lointain, prête à sourire. Qui est en effet ce « essedé-effe » ?, se demande-t-il. Est-ce vraiment un « pauvre tout sale » comme le pense son copain ? Le regard naïf et 1 bienveillant de cet enfant porte en lui la plupart des représentations socialeset des attitudes que la société adopte à l’égard des personnes sans domicile. Ce sont des hommes, le plus souvent, car les femmes sont plus rares dans la rue ; ils semblent en retrait, « exclus » ; ce sont parfois des étrangers ; ils sont pauvres et parfois sales. Les tentes rouges, installées au bord de l’eau, sont devenues en France le symbole de leur vie difficile. Pour ce petit garçon, ce sont des « géants », des « ours », des « ogres », des qualificatifs finalement peu flatteurs mais qui surtout effraient. Ils ont le pouvoir d’être à la fois visibles et invisibles aux yeux des passants qui préfèrent les éviter ; certaines personnes tentent pourtant parfois de leur venir en aide mais finalement, un jour, ils disparaissent on ne sait où, l’adulte ici le devine… Ce sont des étrangers familiers, des voisins, qui habitent à côté de chez nous, dehors, dans la rue. Chaque hiver, tout le monde semble bien connaître leur situation et s’apitoie un peu sur leur sort. Chaque fois, ils sont de nouveau oubliés dès les fêtes de Noël et l’hiver passés. Mais quelles que soient les saisons, l’image 2 associée à celle du SDF est tour à tour celle de l’« indésirable »ou de la victime et sa présence dans la ville suscite de nombreuses réactions.
1. « [Les représentations sociales sont] une forme de connaissance, socialement élaborée et partagée, ayant une visée pratique et concourant à la construction d’une réalité commune à un ensemble social. Également désignée comme “savoir de sens commun” ou encore “savoir naïf”, “naturel”, cette forme de connaissance est distinguée, entre autres, de la connaissance scientifique. Mais elle est tenue pour un objet d’étude aussi légitime que cette dernière en raison de son importance dans la vie sociale, de l’éclairage qu’elle apporte sur les processus cognitifs et les interactions sociales. On reconnaît généralement que les représentations sociales, en tant que systèmes d'interprétation, régissant notre relation au monde et aux autres, orientent et organisent les conduites et les communications sociales. En tant que phénomènes cognitifs, ils engagent l'appartenance sociale des individus avec les implications affectives et normatives, avec les intériorisations d’expériences, de pratiques, de modèles de conduites et de pensées, socialement inculqués ou transmis par la communication sociale, qui y sont liées. De ce fait, leur étude constitue une contribution décisive à l’approche de la vie mentale individuelle et collective. » Jodelet D., Les représentations sociales : un domaine en expansion,In JodeletD. (dir.),Les représentations sociales, Paris, PUF, Sociologie d'aujourd'hui, 2003, (1989), p.47-78, p.53. 2. Loison-Leruste M., Éloigner les indésirables, In Paugam S. (dir)L’intégration inégale. Étude sur les liens sociaux, Éditions de l’EHESS, à paraître en 2014.