Histoires de fantômes et de revenants

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268 pages
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Les fantômes n'ont pas disparu de notre imaginaire. On va rencontrer ici beaucoup des fantômes du monde, de la Chine à l'Inde, de l'Irlande à l'Espagne, même si certains ont refusé de répondre. En Europe, ils sont peut-être déjà devenus un peu folkloriques. En Asie, c'est autre chose, ils vous poursuivent, ils vous persécutent. Écoutez les fantômes qui vous parlent ici, d'une quinzaine de pays du monde, des Nippons aux Lapons.

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Date de parution 01 janvier 2013
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EAN13 9782296512962
Langue Français

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N° 22
Textes réunis et présentés par Bernard Dupaigne
HISTOIRES DE FANTÔMES ET DE REVENANTS
ET DE R EVENANTS
EURASIE
EURASIE
Société des Études euro-asiatiques HISTOIRES DE FANTÔMES ET DE REVENANTS
COLLECTIONEURASIE________________________________________________________ La collectionEURASIEregroupe des études consacrées aux diverses traditions culturelles des peuples du continent euro-asiatique et à leurs mutuelles relations. D’inspiration principalement ethnologique, elle est largement ouverte aux spécialistes d’autres disciplines : historiens, géographes, archéologues, spécialistes des mythes et des littératures La collectionEURASIE est publiée, au rythme d’un volume annuel, par la Société des Etudes euro-asiatiques, dont elle reflète les travaux. Directeur de collection:Yves VADÉ Secrétariat de rédaction: Muriel HUTTER Comité de rédaction: Teresa BATTESTI, Jane COBBI, Bernard DUPAIGNE, Danielle ELISSEEFF, Antonio GUERREIRO, Rita H. RÉGNIER, Yvonne de SIKE, Yves VADÉ Volumes précédemment parus : 1 - Nourritures, sociétés, religions. Commensalités (1990) 2 - Le buffle dans le labyrinthe  1. Vecteurs du sacré en Asie du Sud et du Sud-Est (1992) 3 - Le buffle dans le labyrinthe  2. Confluences euro-asiatiques (1992) 4 - La main (1993) 5 - Le sacré en Eurasie (1995) 6 - Maisons d'Eurasie. Architecture, symbolisme et signification sociale (1996) 7 - Serpents et dragons en Eurasie (1997) 8 - Le cheval en Eurasie. Pratiques quotidiennes et déploiements  mythologiques (1999) 9 - Fonctions de la couleur en Eurasie (2000) e 10 - Ruptures ou mutations au tournant du XXI siècle.  Changements de géographie mentale ? (2001) 11 - La Forge et le Forgeron.  1. Pratiques et croyances (2002) 12 - La Forge et le Forgeron.  2. Le merveilleux métallurgique (2003) 13 - Sentir. Pour une anthropologie des odeurs (2004) 14-15 - Ethnologie et Littérature (2005) Nouvelle série : 16 - Europe-Asie. Histoires de rencontres (2006) 17 - Oiseaux. Héros et devins (2007) 18 - Etoiles dans la nuit des temps (2008) 19 - De l’usage des plantes (2009) 20 - Retour sur le terrain. Nouveaux regards, nouvelles pratiques (2010) 21 -Regalia. Emblèmes et rites du pouvoir (2011) ème Ce volume est le 22 de la collectionRÉDACTION : Musée du quai Branly, 222 rue de l’Université, 75343 Paris Cedex 07 La Rédaction laisse aux auteurs la responsabilité des opinions exprimées. Illustration de la couverture: Le fantôme d’Oiwa. Série des Cent contes de fantômes. EO 172. Hokusai Katsushika (1760-1849). Paris, musée Guimet - musée national des Arts asiatiques. © RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) / Harry Bréjat.
COLLECTION EURASIE Publiée par la Société des Études euro-asiatiques
HISTOIRES DE FANTÔMES ET DE REVENANTS
Textes réunis et présentés par Bernard Dupaigne
L’Harmattan
© L’HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99812-4 EAN : 9782296998124
LETTRE REÇUE D’UN FANTÔME INCONNU Vous qui me lisez, essayez de nous comprendre. Vous parlez de moi, mais que savez-vous de nous ? Même si vous avez laissé ici quelque place à mes compagnons de regrets et d’infortune, il vaut mieux que je prenne moi-même la plume. Nous sommes comme vous ; nous voulons vivre, et retrouver notre tranquillité. Oui, nous semblons être morts, mais nous ne voulons pas, nous ne l’admettons pas. Nous n’avons pas terminé notre vie. Vous avez lu trop de mauvais livres, qui nous représentent havres, couverts d’un drap et agitant des chaises pour vous effrayer le jour et la nuit. Ce n’est pas du tout nous. On ne peut se décider à quitter la terre quand on a encore à y faire. On devient fantôme parce qu’il nous restait quelque chose à réaliser sur terre. Fantômes, esprits divers, revenants,div, démons, goules, tels sont nos noms. Tant de littérateurs célèbres ont construit leur notoriété sur nos malheurs, au Japon, en Chine, au Royaume-Uni, en Espagne, que je me demande s’ils ne nous ont pas exploités, s’ils n’ont pas établi leur notoriété sur notre existence cachée et recluse, sans toit et sans repos. N’apparaissant que de rares fois chez vous, au grand jour ou dans la nuit profonde. Eux, ils parlent de nous sans nous avoir consultés. Il est temps que nous puissions parler nous-mêmes de nous-mêmes. Lafcardio Hearn, Robert Stevenson, Walter Scott, Oscar Wilde, Claude Roy, Pierre Souvestre et Marcel Allain, pour leur série à succès,Fantômas. Tous ces gens qui profitent de nous, nous comprennent-ils ? Nous ne voulons que partager votre chaleur, vous retrouver un peu, vivre enfin. Certes, certains d’entre nous sont méchants, hostiles vindicatifs, vengeurs ; mais la plupart n’aspirent qu’à revenir parmi vous, vivre encore un peu avec vous, même si vous ne nous avez pas toujours bien traités. Nous flottons, nous vous troublons, mais nous n’avons qu’un désir : vous montrer que nous existons. Nos apparitions fantomatiques vous hérissent, vous inspirent de la peur. Laissez-nous pourtant quelques instants de bonheur dans notre éternité de malheur.
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Acceptez-nous parmi vous, un temps, sans nous craindre. Car, revenus d’où nous sommes, un monde inconnu et mystérieux, sombre, hostile à vos yeux, nous pourrions vous guider vers le bien, si vous le désiriez. Être des « anges gardiens » pour vous, vous aidant dans votre vie temporaire. Même si, parfois, nous n’avons pas réussi à être ce que nous aurions voulu durant notre vie passée. Sachez-le, vous deviendrez peut-être, comme nous, des fantômes, sans l’avoir voulu, contraints par des malheurs ou les méchancetés de vos semblables. Être fantôme, c’est bien si l’on peut le vivre bien ; ce n’est pas le cas lorsqu’on doit rester dans la frustration et l’angoisse. Les fantômes sont vivants parmi vous. Ils vous regardent, ils vous observent. Attention à eux ! Mais ne croyez pas qu’ils vous soient toujours hostiles. Ils aiment ceux qui ont respecté leur vie. Ils sont prêts à vous aider, à vous protéger dans ce que vous croyez être votre vie. Alors que vous êtes déjà comme nous, de l’autre côté du monde éphémère et périssable. Avec vos compagnons de votre monde, vous devez vous entraider. La haine, la méchanceté ne vous vaudront rien, sinon de nous rejoindre bientôt dans cet Entre-monde dont personne ne sait quand il sortira. Le Paradis, ou bien une réincarnation honorable, voilà tout ce que nous cherchons, tout ce à quoi nous aspirons. Nous ne sommes pas hostiles sans raisons, et nous avons pourtant souvent encore mauvaise presse parmi vous. Non, nous ne sommes pas là que pour vous tirer les draps : nous ne sommes pas hostiles sans raisons, quand nous le sommes. Si vous m’avez aimé, je vous aimerai, je vous protègerai. Je viendrai vous voir régulièrement, dans les rêves que je vous susciterai, ou dans votre vie réelle, en vous conseillant, en vous protégeant, en analysant pour vous ce que vous devez faire, ou ne pas faire. Votre ange gardien, c’est bien ce fantôme d’un défunt que vous avez honoré et aimé. La vie n’est pas faite que d’oppositions, de conflits ; aimez-nous, nous vous aimerons. Ne pas ménager les vivants quand ils sont vivants, c’est se préparer une mort malheureuse. Les fantômes peuvent être bons, revenir protéger ceux qui les ont aimés, leur donner de bons conseils, suivre le cours de leur vie. La vie et la mort, n’est-ce pas un peu la même chose ?
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Très peu les sépare, une erreur, un accident, une maladie. Un vivant n’est qu’un mort en sursis. Il y a deux sortes de fantômes, les bienveillants, tels moi-même, qui revenons dans les rêves ou la réalité de ceux qui sont encore vivants, pour s’occuper d’eux, leur donner des conseils, ou simplement revendiquer une petite place auprès d’eux, partager avec eux un moment, un bon repas, un verre de vin. Souvent, nous vous apprécions, même si certains d’entre nous vous ont détestés. Mais, si certains vous détestent, peut-être l’avez-vous bien mérité. Des malveillants, parmi nous, viennent vous troubler. Mais ils ont de bonnes raisons pour cela. Ils sont innocents. S’ils reviennent vous tourmenter, c’est que vous avez été mauvais envers eux, que vous les avez négligés, tués, ou que vous n’avez pas rempli vos devoirs envers eux. Nos revenants insatisfaits ne connaîtront la paix que lorsque vous aurez reconnu vos torts, et accompli les rites et hommages qui leur étaient dus. Après tout, si vous existez, c’est qu’ils vous ont précédés, qu’ils vous ont donné la vie. Votre mort, vous devez y penser constamment, la préparer, pour parvenir, innocents, au grand examen. Si nous ne l’avons pas passé avec succès, de la faute des autres et non de la nôtre, ne vous étonnez pas que nous revenions d’au-delà de la mort, vous rappeler les torts que vous avez envers nous. Vous êtes mortels, nous sommes immortels. Pensez à nous préparer une belle mort. Si votre fantôme protecteur vient vous visiter en rêve, écoutez-le. C’est lui qui sait ce qui est bon pour vous, même si vous ne le discernez pas encore. Il est sage, il est vivant. De là où il est, il sait mieux que vous ce qui est bon pour vous. Écoutez-le ; vous n’êtes que des apprentis de la vie. S’il vous gratifie d’un signe, il a raison, même si vous n’avez pas encore discerné pourquoi. Écoutez vos fantômes protecteurs. Les fantômes expriment notre regret de n’avoir pas vécu comme nous l’aurions voulu. Soit que le sort fatal naturel nous ait empêché de nous exprimer jusqu’au bout. Soit que l’adversité ait abrégé notre séjour sur terre, que nous ayons été assassinés par fait de guerre, ou par des ennemis téméraires, soit qu’un enfantement douloureux nous ait rayé de la liste des vivants. Nous sommes frustrés, nous avons quitté prématurément notre terre. Si nos descendants ne le
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comprennent pas, nous nous vengerons d’eux, en les harcelant dans leur vie confortable et égoïste. Tous ces êtres de l’au-delà vous regardent, vous écoutent, nous surveillent, et vous corrigent s’il le faut, vous aident ou vous menacent, quelquefois sans raison, sinon du fait de leur jalousie qui se transforme en méchanceté. Si nous sommes morts prématurément, nous empêchant de poursuivre le cours normal de notre vie, c’est bien de la faute de certains des vôtres. Nous n’avons plus, alors, qu’un désir, punir ceux qui ont cru pouvoir impunément abréger notre passage sur terre. Attention aux vivants, ils peuvent revenir vous persécuter, une fois morts. Nous viendrons dans vos rêves, comme l’expression du remords des personnes qui ont accompli de mauvaises actions. Toutes les souffrances que nous pourrons leur causer nous réjouiront. Nous sommes morts, dans un vide entre ce monde et l’Autre-Monde. Nous nous vengerons de ceux qui nous ont contraints à ce passage (éternel ou non, qui peut le savoir ?) dans cet Entre-deux. Nous avons aimé notre vie dans votre monde, mais nous persécuterons ceux qui ont abrégé notre séjour. Ceux qui veulent nous oublier alors qu’ils nous ont fait souffrir et qu’ils n’ont pas reconnu notre valeur, l’intérêt de notre présence parmi vous. Ils ne veulent pas de nous, nous allons le leur faire payer ! Oui, nous méritions, autant, sinon plus qu’eux, de vivre. Eux, qui sont-ils, de misérables vivants ? Ils n’ont pas voulu de nous. Nous nous vengerons, de façon que nous ayons le plaisir de les voir souffrir, puisqu’ils nous ont dédaignés. Nous sommes ceux qui refusent la vie –et la mort– qu’on nous a fait subir. Nous sommes morts, souvent de votre faute, nous voulons revenir avec vous, profiter de notre vie, ou, au contraire, vous punir de ce que vous nous avez fait subir en abrégeant notre vie. Vous aider si vous avez été compréhensifs, polluer le reste de votre passage sur terre, le reste de votre vie misérable si vous ne l’avez pas été. Si nos collègues fantômes viennent nous tirer du lit, s’ils jettent des objets divers sur vous, quelquefois vous l’avez bien mérité. Les vivants, il faut les avoir bien traités, lorsqu’il était encore temps.
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Si vous avez été cruels, c’est bien normal que vous en payiez le prix dès cette terre, avant que de rôtir éternellement en enfer. Nous pouvons être aussi mauvais que vous. Regardez ce curieux pays qu’était la Chine, où les femmes mortes en couches, souvent par manque de soins et de repos, étaient doublement punies par vous : mourir dans la fleur de l’âge, puis errer éternellement comme fantômes, si elles n’avaient pas le cœur à créer une nouvelle victime. Craignez les fantômes vengeurs si, par malheur, vous l’avez mérité. Les fantômes, hors du temps et de l’espace, peuvent être vindicatifs, sans foi ni loi. Le monde des morts et le monde des vivants ne sont pas si étanches qu’on veut bien nous l’expliquer. Les Ancêtres ont l’éternité, alors que vous n’avez qu’un temps fini dans ce monde éphémère. Ils peuvent vouloir revenir en communication avec vous. Les morts et les vivants sont proches. Un rien les sépare. Tous devraient se rejoindre au Paradis, s’ils étaient méritants et de bonne volonté. Note du traducteur Notre fantôme inconnu développe certains des thèmes que le lecteur retrouvera ici, dans ce volume consacré à cette confrérie. Le désir de bonté ou la volonté de vengeance. Le destin cruel qui frappe hommes ou femmes, et les laisse insatisfaits à leur mort. Leur désir de rédemption, de rachat, de salut ou de vengeance, et, par-dessus tout, leur volonté d’exister encore. Les auteurs de ce volume ont tenté de transcrire les motivations de ces revenants, et ce qui les faisait encore vivre.
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