//img.uscri.be/pth/05c24b299e250587a2d5ab9249d278b220ed6b41
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,72 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

IDENTITÉ DES JEUNES EN SOCIÉTÉ INÉGALITAIRE

De
224 pages
Quels sont les effets de la rencontre des groupes et individus quand ils ne partagent pas la même culture ? Dans sa globalité, l'expérience de la rencontre est celle de la mise en cause des identités, dont on constate qu'elle alimente présentement en France, directement ou indirectement, le plus clair des analyses sur l'interculturel. C'est dans cet axe que se situent les recherches rapportées ici. Leur efficacité vient du souci que l'auteur a eu de quitter les abstractions pour rencontrer le concret au plus près.
Voir plus Voir moins

L'IDENTITÉ EN SOCIÉTÉ

DES JEUNES INÉGALIT AIRE

LE CAS DES MAGHRÉBINS EN FRANCE
Perspectives cognitives et expérimentales

Geneviève

VINSONNEAU

L'IDENTITÉ EN SOCIÉTÉ
Perspectives

DES JEUNES INÉGALIT AIRE
EN FRANCE et expérimentales

LE CAS DES MAGHRÉBINS cognitives

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Collection "Minorités et Sociétés" Jacques Barou et Le Huu Khoa

BAROU Jacques, La place du pauvre. Histoire et géographie sociale de l'habitat H L.M., 1992. LE HUU KHOA, L'interculturel et l'Eurasien, 1992. GUILHAUME Jean-François, Les mythes fondateurs de l'Algérie française, 1992. LE HUU KHOA, Asiatiques en France: les expériences d'intégration locale, 1995. BAROU Jacques et PRADO Patrick, Les Anglais dans nos campagnes, 1995. MOUILLAUD-FRAISSE Geneviève, Les fous cartographes, Littérature et appartenance, 1995.

@ L'HARMATIAN,

1996 ISBN: 2-7384-3637-4

à Gaby, à Benoît, à Jean-Yves,

qui cheminèrent à mes côtés...

SOMMAIRE PRÉ F ACE INTRODUCTION Où il est question d'identité et d'appartenance à une
société que marquent les inégalités. ............ ....... ... 17

9

CHAPITRE 1 Diversité socio-ethnique et études sur la socialisation
des jeunes. .. .......... ... ......... ................ .......... 23

CHAPITRE 2 Catégorisations, attributions et rationalisations: deux études panni des jeunes en position sociale
défavorable en France. ........... .............. ........ ... 47

CHAPITRE 3 L'identité revendiquée dans les discours des Maghrébins pris dans la comparaison sociale avec les Français 105 CHAPITRE 4 Différenciations catégorielles et discriminations chez les jeunes Maghrébins issus de l'immigration face
aux Français. ............................................... 125

7

CHAPITRE 5 La prise des rôles hiérarchiques en travail d'équipe dans la rencontre entre Maghrébins et Français au
laboratoire. ...... ...................... .... .. .......... ......
139

CHAPITRE 6 Variations de l'attachement envers des objets culturels chez des Maghrébins au laboratoire: étude
expérimentale. ..............................................
175

CONCLUSION L'identité négative des jeunes issus des minorités. face au groupe dominant:
structure stable ou phénomène évolutif? ............ .... 195

BIBLIOGRAPHIE
IN D EX .................... .... ... ............... ..... ... ...

211
221

8

PRÉFACE
Quels sont les effets de la rencontre des groupes et individus quand ils ne partagent pas la même culture? A cette question, devenue ordinaire depuis que cette situation définit l'un"e des caractéristiques structurelles de nos sociétés, la psychologie interculturelle s'efforce de répondre. Et d'emblée les auteurs se sont trouvés interpellés par le caractère "holiste" du premier de ces effets. Car, avant de prendre conscience des conséquences éventuelles de ce contact sur les différents aspects de leur psychisme (investigation qui reste encore largement à mener), les protagonistes se sentent mis en question dans l'ensemble de leur personne, en tant que brutalement "relativisés" dans la configuration de sens et de valeur qui leur permet de se saisir comme définis à l'intérieur d'un environnement défini. Cette expérience, dans sa globalité, est celle de la mise en cause de leur "identité", dont on constate qu'elle alimente présentement en France, directement ou indirectement, le plus clair des analyses sur I'interculturel. C'est dans cet axe que se situent les recherches rapportées ici. Ce n'est donc pas dans le choix de la thématique qu'apparaît leur apport spécifique, mais dans la manière dont elles l'abordent et les résultats que cette approche a permis d'obtenir. Disons d'emblée que leur efficacité vient du souci de Geneviève Vinsonneau de quitter les abstractions pour rencontrer le concret au plus près. C'est ce qu'elle fait d'abord en envisageant, dans les individus, non pas la très générale et impersonnelle '''rencontre de leur culture", mais la confrontation de leurs 9

statuts sociaux particuliers, induits par le positionnement de leurs sous-groupes effectifs et susceptibles d'être affectés, dans une dynamique sociale bien déterminée, par les appartenances culturelles. Ont été ainsi rejoints, mais avec l'introduction de populations et de variables nouvelles, le vieux courant de recherche sur les comparaisons entre Blancs et Noirs aux Etats-Unis et celui, plus récent, de l'Ecole de Bristol sur le lien du vécu identitaire avec les mises en regard des endogroupes et exogroupes. L'auteur a aussi progressé vers le concret par les précautions qu'elle a prises pour aborder son objet. Elle ad' abord décidé -et par ce caractère sa recherche se distingue de celles habituellement menées sur l'interculturel en France- de travailler au laboratoire, mais en effectuant un va-et-vient systématique entre ce qu'elle y obtenait et tout ce que la "société élargie" (pour reprendre son expression), toujours présente dans ses préoccupations, pouvait lui fournir de pertinent en matière de contrôle, d'interprétation et d'une mise en perspective critique de ses résultats aboutissant à relancer le questionnement expérimental de façon mieux ajustée. Plus profondément elle a voulu réunir les conditions pour construire ce qui mérite l'appellation de "fait". C'est ainsi que, du point de vue le plus extérieur, elle ne s'est pas contentée du produit obtenu par une investigation isolée, méthodologiquement assimilable à un simple "événement" lié au contexte dans lequel on l'a fait surgir. Mais elle s'est efforcée, en faisant varier ces investigations de façon raisonnée, de s'approcher du fait fiable en articulant la diversité de leurs résultats tout au long de la démarche. Le point le plus important, cependant, est ailleurs: il s'agit du souci de constituer ce fait par l'intégration systématique, au sein des phénomènes apparus en fonction des manipulations expérimentales, du sens que leur ont accordé les acteurs. la mise en évidence de cet univers de significations, dans lequel les prétendus "récepteurs" ont coutume d'accueillir ces phénomènes pour les y réordonner selon ses 10

exigences et finalités propres, est sans doute l'aspect le plus saillant de cet ensemble cohérent d'investigations. Et l'on saura gré à l'auteur de s'être mise en devoir de recueillir cette "mise en sens". Par là-même elle a clairement fait apparaître la distinction à opérer entre la "logique des situations" et la "logique des représentations", ainsi que la nécessité de saisir la manière dont elles s'articulent en chaque occurrence: ce qui permet de comprendre que les effets obtenus ne dépendent ni du contexte ni du sujet, mais de la relation qui s'est chaque fois nouée entre le second et le premier. De ce fait, même certaines anciennes propositions, qui passaient pour établies, se sont trouvées relativisées sinon remises en question. - A la base de cette recherche s'inscrit clairement dans la lignée déjà fournie de celles qui interpellent les premières conclusions de Tajfel sur l'expression identitaire en fonction de la mise en regard du "Nous" et du "Eux", précisément à cause de la variété des significations susceptibles d'être projetées par les protagonistes sur les situations de comparaison de leurs groupes. Tout particulièrement la manifestation de l' "identité négative", telle qu'elle se rencontre couramment dans la société et spécialement lors des rencontres de cultures, montrait qu'on pouvait aller jusqu'à inverser ces conclusions Mais G. Vinsonneau, précisément grâce à sa façon de procéder, ouvre ici une dimension nouvelle de réflexion et de recherche en faisant éclater le concept stéréotype d'identité négative dans le réseau complexe et mobile des jugements que les acteurs s'avèrent porter en situation.
- C'est à un semblable éclatement du paradigme de

l'inégalité dans la relation que nous assistons. Ici encore le décalage est frappant entre la qualification abstraite, posée à priori par le chercheur sur des situations qu'il croit devoir ranger sous la même dénomination (c'est-à-dire la même signification), et la pluralisation que les protagonistes, par leur propre manipulation mentale, imposent à cette unité attribuée de l'extérieur. Pluralisation qui n'affecte pas

Il

seulement leurs réactions, mais le sens même d'inégalité censé caractériser les situations proposées. - Enfin nous atteignons le cœur de la question avec les expérimentations destinées à mettre à l'épreuve la théorie de l'unité et de la cohérence identitaires. Ici il ne s'agit plus seulement de la différence entre les représentations de l'observateur et celles du sujet observé, mais de la disparité découverte au sein même du champ mental de ce dernier. Disparité allant apparemment jusqu'à la contradiction, puisqu'il se révèle capable -et sans gêne aucune- de se réclamer d'une identité définie valorisée dans le temps même où il porte une série de jugements qui impliquent la négation de cette prise de position. Il importait de mettre expérimentalement en évidence, mais avec des spécifications nouvelles apparues grâce à un protocole de laboratoire subtilement élaboré, cette conduite paradoxale qui, sous le nom d' "identité volontariste" ou "de principe", avait attiré l'attention de certains observateurs. C'est là l'une des facettes du vieux problème posé à la psychologie générale: la tension de la dynamique écartelée par la contradiction intime d'une visée de réalisation incessante, au niveau psychique, de l'unité d'un organisme qui ne vit que dans et par la variation. Si ce paradoxe est devenu le sujet de prédilection des "inteculturalistes", spécialement en France, c'est parce que les situations hétéroculturelles leur rendent particulièrement sensibles et la contradiction en

question et les souffrancesqu'elle peut provoquer.

.

Car si, comme l'a été G. Vinsonneau, on est frappé par la "quiétude" qui, chez beaucoup, accompagne la manifestation de ce comportement contradictoire, et si on en trouve confirmation dans le fréquent agacement de jeunes issus d'immigrés face à ce qu'ils tiennent pour une dramatisation indue de leur prétendu "déchirement", une quantité d'autres, comme c'est bien connu, confient à l'enquêteur un malaise qui les mène souvent au psychothérapeute. Cette opposition des réactions pourrait fortifier l'hypothèse ici avancée que l'unité et la cohérence identitaires se ramènent à une simple norme (elle-même culturelle) diversement ou pas du tout 12

intériorisée par les acteurs: d'où la disparité de leurs comportements (ces différences ouvrant elles-mêmes une piste de recherche prometteuse). Mais il faut constater que le débat reste ouvert. D'autres observateurs, trouvant inconcevable qu'un individu puisse s'éprouver, en somme, comme une diversité synchronique et / ou diachronique de sujets sans liens entre eux, estimant que cette norme elle-même n'est pas simplement culturelle, et donc contingente, mais "ontologique" et nécessaire. Et pour sauvegarder cette représentation de soi qu'ils jugent obligatoirement unitaire, ils feront appel à des "stratégies" multiples, conscientes et inconscientes, allant jusqu'à ces dissociations par lesquelles l'individu se cache à lui-même des contradictions qu'il ne trouve pas d'autre moyen de faire disparaître. De ces dissociations, à ranger parmi les mille manières de s'arranger avec soi-même, cet ouvrage nous livre d'ailleurs un témoignage particulièrement fiable. D'une manière générale, outre ses apports méthodologiques, la recherche ici présentée nous fait faire un progrès estimable dans ces aspects de la psychologie interculturelle dont elle traite. Et cela en relativisant et problématisant des thèses dont il apparaît maintenant qu'elles ont plus ou moins largement bénéficié de la fausse évidence du stéréotype. C. Camilleri

13

... C'est par un effort de reprise sur soi et de dépouillement, c'est par une tension permanente de leur liberté que les hommes peuvent créer les conditions d'existence idéales d'un monde humain. Supériorité? Infériorité? Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l'autre, de sentir l'autre, de me révéler l'autre? Ma liberté ne m'est-elle donc pas donnée pour édifier le monde du Toi? ... 0 mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge!
il

il

Frantz Fanon (Peau noire, masques blancs)

INTRODUCTION

OU IL EST QUESTION D'IDENTITt
ET D'APPARTENANCE A UNE SOCIETE QUE MARQUENT LES INÉGALITÉS

,

Le destin des populations européennes se lie aujourd'hui en des projets incertains, gommant les anciennes frontières, tandis que sous le coup de l'effondrement des systèmes politiques des pays de l'Est, les idéologies établies depuis plusieurs décennies se trouvent déstabilisées. Plus que jamais les mouvements de populations s'intensifient, fournissant au problème des appartenances une importance et un sens inédits. Dans un tel contexte, la notion d'identité, longtemps bannie du champ de la psychologie scientifique, parvient finalement à s'ériger en un objet d'études systématiques, faisant surgir un abondant corpus de données qui devrait fournir les moyens d'éclairer les liens entre l'individuel et le collectif. C'est en effet en tenant compte de la manière dont les individus éprouvent leurs appartenances sociales que l'on s'efforce aujourd'hui d'expliquer la dynamique par laquelle à la fois ils acquièrent et maintiennent leur autonomie propre et ils gèrent leurs spécificités, tout en dépendant des groupes et des personnes à travers lesquels ils se reconnaissent. En observant les acteurs sociaux pris dans les systèmes de leurs déterminants concrets, on espère désormais comprendre comment les sujets de connaissance épistémiques s'organisent, dans des circonstances qui doivent nécessai17

rement être spécifiées, pour devenir producteurs du sens qu'ils projettent sur eux-mêmes, dans le monde où s'inscrit leur destin. L'objet des recherches qui vont être présentées se situe à l'articulation du psycho-logique et du sociologique. L'étude des mécanismes subjectifs est privilégiée: la démarche entreprise s'inscrit en effet dans le champ de la psychologie sociale, dont elle emprunte les instruments, pour conduire l'analyse des parades identitaires, des modes de présentation du groupe d'appartenance et de soi-même, chez de jeunes maghrébins qui se comparent avec les membres d'un groupe en position sociale relativement plus avantagée: les Français de souche. Il s'agit d'observer leurs réactions adaptatives, leurs jugements de valeur et leurs rationalisations, alors qu'ils s'érigent en observateurs du système hétérogène et stratifié que fonne leur groupe d'appartenance au sein de la société française actuelle. Le sens de l'inégalité constitutive des systèmes dans lesquels évoluent les acteurs sociaux pourrait détenniner, au cours des nécessaires comparaisons sociales, le sens des évaluations nécessaires à l'élaboration et à la sauvegarde de l'identité de chacun. Ce thème fonde les recherches empiriques développées dans le présent ouvrage. L'appartenance socioculturelle des populations est ici envisagée comme une caractéristique de leur statut social, et l'on analyse, dans des circonstances spécifiées, les liens entre les modalités de ce facteur et les conduites identitaires qui s'y rapportent. Des séries d'enquêtes et d'expérimentations ont été réalisées, en vue notamment de cerner les relations entre l'accès au niveau des études universitaires et les variations des représentations identitaires. Les conditions des expressions de ces formations ont également été envisagées, en tant que déterminants possibles des produits identitaires fournis au cours des diverses situations d'observation.

18

Des populations de jeunes issus de l'immigration maghrébine ont été invitées à définir leur groupe d'appartenance dans la comparaison avec les Français. interrogés en tant que membres d'un groupe socialement situé, les sujets réagissaient sur la base de l'une des caractéristiques de leur statut social. Une telle demande visait à ce que chacun s'emploie à occuper subjectivement l'une des positions qui lui sont habituellement allouées dans la société élargie, et que, en conséquence, il agisse (spécialement durant l'épreuve de la recherche) confonnément aux modèles prescrits d'attitudes et de rôles spécifiquement attachés à cette position. Sollicité en tant que Maghrébin, chaque individu interrogé savait d'emblée parmi quel répertoire de conduites devait être choisie la réponse adaptée à la situation. C'est donc bien sur la base de la disparité des statuts sociaux que s'organise la problématique de cette recherche. Durant chacune des étapes de la démarche réalisée, les statuts saillants ne pouvaient pas se confondre: ils étaient constitutifs de la situation à partir de laquelle les identités étaient supposées émerger et se différencier. On a donc provoqué le déploiement de parades identitaires chez des individus interpellés au titre de l'une de leurs appartenances sociales: celle à la communauté d'origine maghrébine en France. Certaines populations furent invitées à brosser des images à travers des discours comparatifs; elles invoquèrent à cette occasion des ressources symboliques aptes à fournir les productions identitaires qui leur paraissaient les plus pertinentes dans la situation d'observation traversée. D'autres eurent l'occasion de manifester des conduites discriminatoires, en distribuant des traits ou des conduites, diversement valorisées, entre les membres du groupe d'appartenance et ceux du groupe extérieur. Certaines déployèrent des rôles sociaux, différenciés conformément aux séries de stéréotypes et d'attentes dont chacun était porteur, en interagissant dans de réelles équipes de travail composées de manière variable (soit homogène, soit hétérogène, du point de vue des apparte19

nances sociales des participants). Situées en territoire expérimental changeant, d'autres eurent enfin à exprimer des préférences et à porter des appréciations comparées sur des séries d'objets symboliques, ce qui mettait directement en cause la valeur relative de leur groupe d'appartenance. La pluralité des éclairages ainsi apportés aux productions identitaires contribue à mieux expliquer la dynamique qui les' sous-tend. Il s'agissait en particulier de reconnaître l'existence de l'unité des phénomènes en jeu, ou leur possible morcellement. Le premier objectif poursuivi à travers l'ensemble des recherches présentées dans cet ouvrage vise donc à montrer comment les représentations et les conduites identitaires peuvent être solidaires de leurs conditions d'expression. Les représentations de la catégorie d'appartenance et de la position de soi au sein du système social hétérogène seraient, dans cette perspective, des formations psychiques relatives aux circonstances traversées. On s'attache donc à vérifier I'hypothèse de base selon laquelle à un même objet identitaire s'attacherait une représentation à multiples facettes, le sujet invoquant, ou produisant, telle ou telle de ces facettes selon la situation d'observation. La diversification des conditions d'expression permet d'obtenir des produits variés, qu'il est nécessaire de relier, d'articuler, si l'on veut reconstituer la représentation dont on s'efforce de comprendre la cohérence. Les éléments produits peuvent être compatibles, mais ils peuvent aussi se caractériser par la discordance. Invités à exprimer des éléments de la représentation de leur groupe d'appartenance au sein d'un système où celui-ci occupe une position désavantagée, on s'attendait à ce que les Maghrébins interrogés fou~nissent des images variables selon les conditions de leur production. On a observé: -l'effet des niveaux éclairés (discours, discriminations évaluatives, conduites réelles).

20

- l'effet de l'environnement symbolique de la conduite sollicitée (cet environnement pouvant être en consonance
avec l'identité sociale des sujets, ou au contraire en disso-

nance -évoquant en l'occurrence la culture d'un groupe étranger de statut relativement plus élevé ou moins élevé que celui des Maghrébins dans la société française actuelle- ). L'ouvrage entrepris vise en second lieu à éprouver l'hypothèse de la cohérence identitaire. Comment des acteurs sociaux -spécialement ceux qui nous intéressent ici: les Maghrébins, en position sociale désavantagée dans le système français actuel- tendent-ils à produire, dans les différentes conditions de comparaison sociale auxquelles il sont soumis, des éléments de représentations de leur catégorie d'appartenance que caractérise la discordance (et non l'unité, comme le postulent certaines théories et le savoir de sens commun)? Il s'agissait aussi de vérifier si, par delà les possibles incohérences dans ces circonstances, un élément demeure stable: l'auto-caractérisation négative, résultant de la difficulté qu'éprouvent ces sujets à abandonner les modèles identitaires socialement dévalorisés qui leur sont attachés.

21