Intégrer les Rroms?
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Cet ouvrage résulte d'une enquête inédite menée auprès de militants et d'acteurs institutionnels et politiques du Val-de-Marne, et d'autre part, auprès de familles roms roumaines hébergées sur un campement puis dans une ancienne brigade de gendarmerie, à Saint-Maur. Il s'agit autant de comprendre le "succès" relatif de la mobilisation, que d'appréhender les types de relations entre les militants et les Rroms sur plus de trois ans. Cette analyse pourrait servir d'outils à d'autres tentatives d'intégration.

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Publié par
Date de parution 01 décembre 2012
Nombre de lectures 3
EAN13 9782296511644
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Cet ouvrage résulte d’une enquête menée auprès de militants et d’ac-teurs institutionnels et politiques du Val-de-Marne d’une part et, d’autre part, de familles roms roumaines hébergées sur un campement puis dans une ancienne brigade de gendarmerie. Elle a un double enjeu. Il s’agit d’abord de comprendre le « succès » relatif de la mobilisation qui s’est déroulée à Saint-Maur, dans un rapport de force où la violence physique, les recours judiciaires, les blocages matériels, les protestations régu-lières ont jalonné l’action collective. Il s’agit également d’appréhender les types de relations qui se sont noués entre les militants et les Rroms sur plus de trois ans dans ce que l’on a appelé un CHRS militant (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale). L’ouvrage détaille le quotidien d’interactions orientées par un cadrage militant spéciîque (règlement intérieur, normalisation autour de la vie domestique, incitations à l’action politique, orientations vers l’intégration scolaire, administrative, économique) auquel répondent les perceptions et préférences des familles et individus « aidés ». Le caractère inédit de cette recherche réside dans l’analyse socio-ethnographique des inter-relations concrètes entre deux populations qui ne se connaissent pas et qui voient l’une tenter de s’appuyer sur les « droits de l’homme » et « l’accès aux droits » pour convaincre l’autre de la nécessité de s’intégrer, sans que cette dernière se retrouve vraiment dans les cadres ainsi proposés. D’où un chassé-croisé entre adhésions et défections, entre frictions et fêtes, entre contournements et liens affec-tifs sincères.
Patrick Bruneteauxest chercheur CNRS au Centre européen de sociologie et de science politique, rattaché à l’université Paris I. Il travaille depuis plus de vingt ans sur les populations sous-prolétaires (SDF, jeunes des cités, chômeurs, jeunes de la Martinique, migrants). Il a publiéL’arrière-cour de la mondialisation. Ethnographie des paupérisés(avec D. Terrolle) aux Éditions du Croquant en 2010.
Norah Benarrosh-Orsoni, doctorante en anthropologie à l’université Paris V, achève une thèse sur les modes de vie des populations rroms à cheval entre la France et la Roumanie. Familière des Rroms qu’elle étudie depuis plusieurs années, notamment en se rendant régulièrement en Roumanie, elle étudie les stratégies de migration économique et d’implantation sur le territoire européen.
Collection « Logiques Sociales » dirigée par Bruno Péquignot
22,50ISBN: 978-2-336-00580-5
L O
Patrick Bruneteaux et Norah Benarrosh-Orsoni
INTÉGRERLESRROMS?
Travail militant et mobilisation sociale auprès des familles de Saint-Maur (Val-de-Marne)
G I Q
U E S
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C I A L E S
Intégrer les Rroms ?
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00580-5 EAN : 9782336005805
Patrick BRUNETEAUXet Norah BENARROSH-ORSONIIntégrer les Rroms ? Travail militant et mobilisation sociale auprès des familles de Saint-Maur (Val-de-Marne)
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Mélody JAN-RÉ (dir.),Représentations. Le genre à l’œuvre, volume 3, 2012. Mélody JAN-RÉ (dir.),Créations. Le genre à l’œuvre, volume 2, 2012. Mélody JAN-RÉ (dir.),Réceptions. Le genre à l’œuvre, volume 1, 2012. Bruno LEFEBVRE,Ethnographie des travailleurs en déplacement, Voyages en Europe sociale, 2012. Christophe DARGERE,L’observation incognito en sociologie. Notions théoriques, démarche réflexive, approche pratique et exemples concrets, 2012. Dominique JACQUES-JOUVENOT, Gilles VIEILLE-MARCHISET (dir.),Socio-anthropologie de la transmission, 2012. Barbara LEBRUN (éd.), Chanson et performance. Mise en scène du corps dans la chanson française et francophone, 2012.Monique DOLBEAU,La mémoire de métier. Enquête sur le maréchal-ferrant, 2012. Claude GIRAUD,Que faisons-nous lorsque nous organisons ?, 2012. Christophe PERREY, Un ethnologue chez les chasseurs de virus. Enquête en Guyane française, 2012. Thomas SEGUIN,La politique postmoderne. Généalogie du contemporain, 2012. Émilie HENNEQUIN (dir.),La Recherche à l’épreuve des terrains sensibles : approches en Sciences Sociales, 2012. Michel LIU,: l’émergence desLa dynamique des organisations formes démocratiques, 2012. Joseph AOUN,Les identités multiples, 2012. Henry TORGUE,Le sonore, l’imaginaire et la ville. De la fabrique artistique aux ambiances urbaines, 2012. Marie-Christine ZELEM,Mondes paysans. Innovations, progrès technique et développement. Témoignage de Pierre Brugel, 2012.
Introduction
« Le samedi 15 mai, un groupe de personnes prétendant appartenir à la communauté des ‘Rroms’ s’est installé par effraction et sans aucune autorisation sur un terrain clos situé à Saint-Maur, 17 rue André Bollier appartenant au département du Val-de-Marne. Le jour même, je suis intervenu auprès du président du Conseil Général pour lui demander, en sa qualité de représentant du propriétaire, de déposer une plainte et de faire cesser cette occupation contraire à toutes les règles : les conditions d’habitat sont indignes et une telle utilisation de ce terrain viole les règles d’urbanisme, d’hygiène et de sécurité. Le président Favier ayant refusé de remplir ses obligations, j’ai constaté sa carence et, comme le permet la loi en pareil cas, je me suis substitué à lui et le 18 mai, au nom du Département et dans son intérêt, j’ai déposé une plainte entre les mains de M. le procureur de la République pour pallier la défaillance de l’Exécutif départemental, ladite occupation irrégulière étant dommageable pour le département (dont la responsabilité est engagée) et pour le voisinage. Le président Favier invoque le dénuement des familles rroms et les valeurs humanistes. Je ne méconnais pas les problèmes humains mais je ne crois pas qu’on puisse les résoudre dans des conditions aussi lamentables et au détriment du voisinage ». Cet extrait d’un article rédigé dans le journal municipal de Saint-Maur par le conseiller général Jacques Leroy offre un exemple classique de défense musclée des dominants et de leur « espace vital ». Tout d’abord, l’infâme population est à peine nommée : « les prétendants » attaqués ne peuvent ni se retourner contre un propos xénophobe ni devenir des interlocuteurs reconnus dans une confrontation politique. Par ailleurs, une action rapide et énergique des élus et des riverains a visé en fait le rassemblement le plus vaste possible des Saint-Mauriens afin d’interdire toute forme de banalisation du conflit. Pour neutraliser une intrusion préjudiciable à l’endogamie territoriale et menaçant d’une dévaluation indéfectible les belles propriétés jouxtant l’ « occupation », les élus au pouvoir ont créé un « comité de défense » ouvert aux riverains mais plus largement aux Saint-Mauriens, avec, chaque samedi, une « réunion-manifestation » devant le terrain. Enfin, dans ce mouvement réactif de rejet de l’étranger, les élus retournent le sens de l’agression inhumaine en légitime action en faveur de la légalité contre « l’occupation irrégulière », celle-ci étant garante de la protection de personnes placées abusivement dans des « conditions lamentables ». Ce morceau anthologique de l’inversion de la ségrégation résidentielle en bonne conscience humaniste et légaliste parée
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des atours de la morale et du respect des personnes, plante le décor de ce qui va devenir une lutte politique inédite pendant des années, de mai 2004 à aujourd’hui 2012 : une protection physique puis un accompagnement dans le temps d’un groupe de « Roms roumains » (Rroms) sur un terrain puis dans une ancienne caserne de gendarmerie appartenant au Conseil Général du Val-de-Marne. Ce soutien mobilise deux groupes d’acteurs : l’exécutif du département, présidé par Christian Favier, et un comité de soutien, rassemblant une multitude d’organisations ou d’individus sensibilisés de la commune et de la région parisienne. Face à ce que le maire de Saint-Maur, Jean-Louis Beaumont, dénonce comme étant un «Sangatte dans le Val-de-1 Marne» , les contestataires vont devoir s’interposer entre la population et un environnement particulièrement hostile. L’enjeu de cette enquête est donc double. Il s’agit autant de comprendre 2 le « succès » relatif de la mobilisation dans ce rapport de force où la violence physique, les recours judiciaires, les blocages matériels, les protestations régulières ont été convoqués, et où, malgré tout, l’action collective s’est prolongée dans cette ville pendant plusieurs années, que de 3 cerner lestypesrelations qui se sont noués entre les militants  de et les Rroms sur une durée aussi longue et dans un quotidien d’interactions orientées par descadresspécifiques. L’expression clé de cette recherche est
1 Le Parisien, Val-de-Marne, 29 juillet 2004. 2 Le véritable succès aurait été la régularisation des Rroms, du point de vue du répertoire d’action militant, ce qui aurait facilité l’obtention d’un logement et l’accès au travail. On entend ici par succès la représentation émique (ou militante) du dépassement des situations précédentes de répression et d’expulsion d’un terrain à un autre. C’est une notion calée sur les représentations des acteurs, même si ces derniers, du point de vue de leurs attentes, demeurent largement insatisfaits. Que ce soit la joie manifestée pendant l’occupation du terrain -perceptible au nombre de tracts facétieux - ou celle qui fait suite à l’installation dans les locaux de l’ancienne gendarmerie, les indices témoignent de ce parcours jugé positif dans les situations successives où ces émotions transpirent. En revanche, en 2007, après plusieurs années de luttes et de prises en charge problématiques, il n’est pas sûr que les militants, rétrospectivement, parleraient de « succès ». Il s’agit donc d’une notion subjective et situationnelle. 3 Ce dualisme découle du fait que les militants n’appartiennent pas au groupe des bénéficiaires. Les protestataires « non concernés » sont qualifiés par J. McCarthy et M. Zald en 1977 de «militants par conscience». Deux autres chercheurs très connus ont affirmé que ces représentants externes avaient une tendance certaine à pacifier les mouvements des faibles. F. F. Piven & R. A. Cloward,Poor People’s Movements. Why they succeed, How they Fail, New York, Vintage Book, 1977. Ce qui n’est pas du tout le cas des Rroms puisque à leur “apolitisme” répond une action collective de la part de groupes peu institutionnalisés ne craignant pas le passage à l’acte. Les analyses des auteurs américains valent pour les mouvements émeutiers populaires nationaux, beaucoup moins pour les minorités agissant hors de leur territoire d’appartenance et pouvant être chassés. Comme le remarquait Johanna Siméant, ce serait plutôt la passivité qui serait mise en avant, avec des occupations de lieux et des grèves de la faim.La cause des sans-papiers, Paris, Presses de Science-Po, 1998.
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4 celle de « cadres d’action » dans la mesure où les activistes, au-delà des différences de sensibilité, ontconstruitmonde social spécifique avec la un population prise en charge. Loin de s’aligner sur les manières de faire et d’être de la population - ce qui aurait supposé soit de laisser les Rroms décider sur tout, soit de les étudier avec empathie pendant de longues années et de respecter leurs normes - le comité de soutien a inventé une structure de sens (au double sens de la signalétique et des signifiés), composé d’objectifs de valeurs et de règles, qui ont le plus souvent été imposés aux familles résidentes, y compris ce que Grégory Beltran nomme « l’hyperdémocratisme », autrement dit le respect des différences, la participation aux luttes, la représentation du groupe dans les assemblées générales ou lors de discussions avec des élus ou des instances du gouvernement. La notion de cadrage aide ainsi à voir que, dans cette construction de points de vue, d’actions, de procédures, d’agencement des choses, de contentieux, de compromis et de ressentis, ce sont deux (au moins) mondes qui ont cohabité et se sont variablement imbriqués. Autant dire que le but de ce livre n’est pas tant de montrer en quoi ce mouvement social s’est configuré en relation avec les opposants (Etat, Ville de Saint-Maur, riverains), que de saisir cette part de la lutte qui se définit comme la composition d’un monde réunissant les militants et leurs destinataires. 5 Quoiqu’en ayant conscience des déchirements que cela peut occasionner 4 La notion de « cadre » vient de la sociologie américaine, plus particulièrement du courant interactionniste symbolisé par les travaux d’E. Goffman. La science politique des mouvements sociaux a importé cette approche théorique de laframe analysis. Pour une synthèse française de l’analyse des mouvements sociaux en termes de Cadrage ou framing. D. Cefaï et D. Trom (dir.),Les formes de l’action collective. Mobilisations dans les arènes publiques; lire aussi une autre synthèse, moins engagée, Paris, Editions de l’EHESS, 2001 théoriquement que les auteurs précédents, O. Filieule, E. Agrikoliansky & I. Sommier (dir.), Penser les mouvements sociaux. Conflits sociaux et contestations dans les sociétés contemporaines, Paris, La Découverte, 2010, Notamment l’article de Jean-Gabriel Contamin, « Cadrages et luttes de sens », pp. 55-75. 5 Les militants croient que leur cause est la plus juste. Ils ont tendance à naturaliser lesmaster frame, les cadres majeurs de référence que sont l’égalité, la participation, le respect, l’accès aux droits, comme si universellement ils étaient acceptables ou valorisés par les bénéficiaires eux-mêmes. En pratique, les militants constatent forcément que ces valeurs achoppent à d’autres formes de représentation du monde. Néanmoins, les entretiens font dans l’ensemble apparaître une forte légitimation de cadres opératoires découlant de ces cadres « maîtres ». Ainsi de la scolarisation, cadre majeur de cette action collective qui s’enracine dans les valeurs d’accès au droit, de promotion des Lumières, de la citoyenneté et du sujet politique. Or, ce principe est par exemple fortement délégitimé dans les départements d’Outre-mer, notamment par les Indépendantistes qui y voient une des marques les plus prégnantes du colonialisme culturel des Blancs de France. Pour avoir une vision des militants antillais sur cette question de la négation de la « culture » créole du fait de l’imposition naturalisée du modèle scolaire métropolitain, lire Philippe Verdol,LKP, ce que nous sommes, Pointe à Pitre, Editions Ménaibuc, 2010. Les travaux de P. Bourdieu et de ses disciples ont montré que les personnes scolarisées sont les premières à reconnaître la légitimité de l’institution qui les ont fait socialement, c'est-à-dire qui les ont réalisé au sens de compétences acquises et de statut
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pour des acteurs investis dans la cause (comme pour les chercheurs), les fabrications de « prises en charge » autour d’une volonté d’intégration dans les droits de la République sociale, et les répercussions (alignement ou contestations) qu’elles ont suscitées auprès des hébergés, occupent le devant de la scène. Une scène protestataire qui n’est pas celle que l’on croit. L’analyse de ce théâtre humain révèle en fait les positionnements de coulisse du travail militant « en faveur » des Rroms. Comprendre cette action collective revient à prioriser l’étude du sens, d’un sens en relation : signes, signaux, symboles, stratégies, émotions, 6 analyses, diagnostics et décisions engagés dans la mesure où il s’agit d’une 7 action rapprochée . Protestation locale, protestation mobilisant des micro-groupes dans un même lieu, elle est structurellement portée vers l’analyse des cadres plutôt que celle des « facteurs » lointains mettant aux prises des collectifs. Même si l’environnement joue un rôle déterminant dans la définition de l’espace des possibles militants (les positions gouvernementales actuelles contre la régularisation et pour la répression), il n’aide pas à saisir concrètement ce qui se joue ensuite dans des situations d’interactions situées dans un « foyer collectif ». En premier lieu parce que le registre militant ne dépend que pour une part des contraintes externes imposées par le pouvoir politique. En second lieu parce que, dans la situation ainsi créée par les résistances du pouvoir français à la libre vie des Rroms en Europe - ce que Jérôme Valluy nomme le « pouvoir national-sécuritaire » -personne ne pouvait prédire comment se dérouleraient les relations entre le comité de soutien et la population aidée. Une histoire spécifique et unique s’est singularisée et ce déroulement ne pouvait être restitué qu’expost. Enfin, parce que cette mobilisation s’est presque jouée comme une pièce de théâtre mettant principalement en scène quelques dizaines de personnes dans un espace identique. On pourrait même dire que, lors de certaines phases de l’action (essentiellement celles de l’accompagnement et beaucoup moins celles de la protestation), le profil des personnes engagées comptait sans doute autant que les cadres posés. En effet, après plusieurs mois passés sur un terrain de fortune, ce sont uniquement une toute petite dizaine de militants qui ont accompagné les familles soutenues dans des anciens locaux de gendarmerie. Au quotidien, c’étaient parfois trois ou quatre femmes
social. Or, le plus souvent les militants appartiennent aux classes moyennes cultivées. Ce qui est aussi le cas du groupe des militants les plus impliqués pendant les années de mobilisation dans les locaux de la gendarmerie. Ainsi naturalisé, et valorisé, le modèle scolaire français ou l’accès au droit à l’école sont pensés comme des bienfaits, surtout de la part de ceux qui doivent tout à l’école, spécialement les enseignants. 6 D. R. Benford, « Frame Disputes within the Nuclear Disarment Movement »,Social Forces, 71 (3), 1993, p. 677-701. 7 D. A. Snow, E. B. Rochford, S. K. Worden, « Frame Alignment Processes, Micromobilization and Movement Participation »,American Sociological Review, 51, 1986, p. 461-481.
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militantes qui suivaient ce « site », lesquelles retrouvaient les autres membres impliqués lors de réunions de bilan tous les mois. L’examen desformes de mobilisationautourfamilles est des indissociable des formes de mobilisationdesfamilles. Ce que l’on entend ici par mobilisation dépasse ainsi largement le cadre étroit des mouvements sociaux. En effet, une des singularités de ce mouvement réside dans une mobilisationglobaleen faveur de ces personnes démunies qui, dans le jargon académique, sont appelés des groupes à faibles ressources. Faibles ressources pour se défendre, s’unifier et lutter ensemble. Faibles ressources pour contester aussi les mécanismes de l’intégration que mettaient en place les militants. Cette mobilisation d’ensemble comprenait ainsi une triple prise en charge : une prise en charge de la mobilisation collective par des militants externes aux familles rroms, avec une volonté permanente de les faire participer aux négociations avec les acteurs publics (particularité qui mérite d’être soulignée, dans la mesure où elle n’est pas une préoccupation systématique dans ce genre de mobilisation) ; une prise en charge humanitaire etsocialeunece qui sera appelé le «  dans » ; CHRS militant prise en charge politique, enfin - au sens de la Cité - consistant à favoriser l’accès au « droit commun » de l’Etat social républicain. Tel est le cœur de cette recherche commanditée par le Conseil Général du Val-de-Marne mais désirée initialement par les militants du comité de soutien aux familles. L’action militante se confrontait à une population construite historiquement comme radicalement Autre, figure paradigmatique de l’altérité, de l’étrangeté et devait composer avec des gens qui fonctionnaient dans la méfiance et dans la fuite, non dans une mobilisation sociale ou politique, qui n’était ni permise par la pression sociale ou l’Etat (refus de régularisation administrative) ni souhaitée par la plupart des Rroms. De même, les différences d’appartenance sociale entre les militants, fortement dotés de capital culturel et les populations concernées, le plus souvent illettrées et rejetées du système scolaire du pays d’origine, correspondaient aux données de bases de l’engagement et à une difficulté structurelle incontournable dans les interactions au quotidien. C’est en croisant les logiques de fonctionnement des Rroms et celles des militants que se dégagent finalement distinctement les cadrages des uns et des autres. Cette recherche entend ainsi mettre en lumière les logiques respectives de positions, sans prendre parti pour un groupe ou un autre. Les résultats de cette recherche composent ainsi un panorama tout en tension entre la volonté de rendre compte du travail militant dans toute son ampleur d’une part et, d’autre part, la volonté de ne jamais oublier que les différents membres de la population rrom ont des points de vue, des analyses, des tactiques et aussi des stratégies propres. La place considérable accordée aux extraits d’entretiens et aux notes de terrain en témoigne.
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