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Justice sociale

De
106 pages
La réflexion s'ouvre avec une définition des inégalités sociales en partant de la mesure statistique et de la représentation des inégalités. Suivent des études des inégalités de santé et d'éducation démontrant l'injustice sociale dans ces domaines où devraient s'exercer les droits fondamentaux de l'Homme. Le cas des travailleurs précaires montre la difficulté à réunir les conditions nécessaires pour faire valoir un droit à la justice. La dernière contribution se penche sur la notion de solidarité dans notre histoire.
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Innovations et Sociétés 4/2009 Justice sociale Publication de l’Université de Rouen
Revue éditée par le GRIS Groupe de Recherche innovations et Sociétés Université de Rouen UFR des Sciences de l’Homme et de la Société Département de Sociologie Rue Lavoisier 76821 Mont Saint-Aignan cedex Tél.: 02 35 14 71 23 Email : gris@univ-rouen.fr

François Aballéa, Université de Rouen Sophie Devineau, Université de Rouen Michèle Dobré, Université de Caen Nassima Dris, Université de Rouen Michalis Lianos, Université de Rouen

Comité de lecture de ce numéro

Yamina Bensaâdoune

Secrétariat de rédaction

Coordination

Sophie Devineau

Sommaire Innovations & Sociétés, 4 / 2009 Justice sociale Avant-propos : La justice sociale en sociologie…………………………………………9 Sophie DEVINEAU De la mesure statistique à la représentation des inégalités : proposition de définition des inégalités sociales………………………………………………………………21 Roland PFEFFERKORN et Alain BIHR De la Justice sociale et des inégalités de santé : un couple indissociable…………..39 Pierre AÏACH Peut-on construire une école de la réussite pour les élèves des milieux populaires ?................................................................................................................53 Alain LEGER Précarités : le moment du différend……………………………………………………...71 Patrick CINGOLANI Qu’est-ce que la solidarité ?.......................................................................................81 Marie-Claude BLAIS Notes de lecture…………………………………………..………………………..95 Isabelle Astier, Les nouvelles règles du social Ludovic JAMET……………………………………………………………………………….95 Loïc Blondiaux, Le nouvel esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative Sophie MAIRE………………………………………………………..………………………97 Roland Pfefferkorn, Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes Alexander NEUMANN……………………………………………….……………..………100 Présentation des auteurs ……………………………………...…………………………103

Avant-propos
La justice sociale en sociologie es sociologues mobilisent régulièrement la question de la justice sociale à travers leurs divers terrains d’enquête et lors des analyses qu’ils en font. Ainsi, nombre de travaux empiriques réalisent des observations sur les inégalités sociales dont l’étude et les interprétations engagent la légitimité de cette question. Il ne s’agit donc pas d’un objet sociologique en soi mais d’une axiomatique où l'exigence de justice sociale apparaît indissociable du cadre juridique défini par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Pourtant, la référence qui en est faite aujourd’hui semble nous éloigner de l’universalisme des origines, un mouvement qui s’apparente beaucoup plus à ce que Jules Michelet relevait, dans son étude de l’esprit de la déclaration des Droits de l’Homme la nuit du 4 août 1789, comme pétition de droits en Angleterre, ou encore comme synthèse des principes retenus par chacun des États en Amérique. L’aspiration des individus à plus de justice qui anime la pluralité des demandes en droit des minorités ethniques, des femmes, des enfants, et d’autres bien entendu, paraît donner quelque peu l’avantage à un certain pragmatisme, là où la raison seule avait autorité pour imposer un principe de justice sociale : « la raison, discutée par tout un siècle de philosophes, de profonds penseurs, acceptée de tous les esprits et pénétrant dans les mœurs, arrêtée enfin, formulée par les logiciens de l’Assemblée constituante… Il s’agissait d’imposer comme autorité à la raison ce que la raison avait trouvé au fond du libre examen. » (Michelet, 1868, 284). L’essentiel est surtout que le citoyen institué par le droit devient l’auteur d’une société solidaire : « Mais songez donc que, sans ce droit de l’individu qui seul l’a constitué, l’homme n’était pas, n’agissait pas, donc ne pouvait fraterniser. » (Préface de 1847). Cependant, dès les débuts, la difficulté politique à laquelle se trouvent confrontées les sociétés modernes réside dans la garantie contre les « fausses solidarités ». Ainsi en est-il du choix de l’élément fédérateur de la cohésion sociale : le crédit accordé jusqu’ici au mérite comme principe légitime de justification des inégalités sociales est fortement discuté et compte parmi les préoccupations actuelles (Savidan, 2007). L’usage qui est fait de la référence à la justice sociale mêle plusieurs champs sémantiques. Il y a tout d’abord ce qui relève de la justice au sens moral, qui est d’ailleurs le sens ordinaire que l’on rencontre dans l’expression « rendre la justice » pour le registre laïc et « faire le bien » pour le registre religieux. Cet aspect renvoie dans l’histoire au balancement des politiques publiques entre solidarité et charité, deux notions, elles-mêmes partagées entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif. Il y a ensuite ce qui définit le point de vue politique universaliste, pragmatique, ou relativiste. Une démocratie représentative se distingue alors d’une démocratie participative ou directe pour légiférer sur la justice sociale. S’ajoute à cela le point de vue des sciences qui statuent sur les ressemblances et les différences dans les univers physiques, biologiques et culturels. L’atout que représente la diversité peut impliquer la défense de l’égalité : « tous différents, et tous égaux ». Mais aussi, des différences transformées en inégalités peuvent être considérées comme justes : « ce n’est pas de sa faute, mais il n’est pas capable comme les autres ». Par ailleurs, la

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Innovations et Sociétés, 4/2009 notion de justice peut prendre valeur de mérite dans le sens commun : « il est juste de récompenser les plus méritants ». Le point de vue économique est également présent dans les discours de justice sociale : « il n’est pas assez compétitif », « il faut que l’État assure les risques liés aux catastrophes naturelles ». Ici deux postulats d’efficacité économique s’opposent : celui de la sélection et de la compétition à celui de la solidarité et de la coopération. Le point de vue pratique complexifie encore la signification courante de la justice en adjoignant à la lutte contre les inégalités un impératif concret anti-discriminations. De plus, la manière d’analyser la modernité selon une approche libérale ou plutôt marxiste ajoute au sens donné à la justice sociale un point de vue épistémologique. Enfin, le point de vue citoyen définissant la place de l’individualisme, du solidarisme ou de l’étatisme constitue la part essentielle de la notion dans les démocraties. La polysémie est donc très grande. On relève de plus plusieurs formes de justice : procédurale, corrective et distributive. C’est de cette dernière qu’il sera davantage question ici. Dans l’histoire des sciences, les conceptions biologiques vont servir certaines théories sociales de la justice justifiant parfois des philosophies eugénistes. Celles-ci ne retiennent par exemple de Charles Darwin que le principe de la sélection, d’ailleurs extrapolé abusivement aux systèmes culturels (Tort, 2002, 2005, 2008). Pourtant, ayant démonté certaines entreprises aberrantes de mesure, les travaux du chercheur mettent en lumière l’imposture des théories du racisme, du sexisme et du classisme, à travers l’importance du facteur environnemental et culturel qu’il accorde aux processus d’évolution. Surtout, il démontre comment la solidarité peut aussi constituer un principe d’organisation impératif pour la survie d’une espèce. Du point de vue culturel, l’idée de solidarité a émergé lentement dans l’histoire des sociétés, en empruntant des formes très variées. Elle va progressivement remplacer celle de charité avec l’affirmation d’un intérêt collectif et laïc supérieur à l’intérêt privé. Considérant a priori qu’il y a des inégalités efficaces économiquement, des théories politiques développent des modèles où des inégalités pourraient être acceptées comme justes socialement, ce qui revient à soutenir qu’un égalitarisme social serait injuste pour les plus méritants et par conséquent rendu inefficace économiquement par manque d’émulation et de compétition. De façon opposée, d’autres théories politiques argumentent en faveur d’un égalitarisme juste socialement car nul n’est l’auteur ni le propriétaire de son mérite et efficace économiquement par le principe solidaire qu’il implique : par exemple, l’exercice de la solidarité des échanges par le commerce équitable viserait une efficacité plus grande en évitant les gaspillages, et le long terme par le respect de l’environnement pour l’avenir. Dans la période récente, la ligne argumentative du mouvement ATTAC1 illustre cette recherche émergente d’un nouvel ordre social solidaire. Cependant, la notion d’égalité va progresser lentement au sein de la conscience collective dans la façon même d’envisager le peuple. Sous la troisième République, Jacques Chastenet cite en exemple Léon Harmel, propriétaire d’une filature et l’un des rares patrons à s’intéresser à la condition populaire : « ceux mêmes qui sont le plus persuadés de leurs devoirs envers leur personnel estiment que ces devoirs sont une affaire de conscience, non de solidarité sociale. » (Chastenet, 1952, 384). Si la
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Association pour la Taxation des Transactions pour l’Aide aux Citoyens fondée en 1998.

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