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L'adoption à l'international

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Description

Après 1945, l'Amérique voit naître un mouvement d'assistance sans précédent pour les enfants orphelins et victimes de guerre. On les recueille dans des orphelinats, les propositions d'adoption abondent ; bientôt, la France se joint à cet élan de solidarité. Des organismes comme Terre des Hommes se forment dès 1965, se tournant aussi vers les enfants victimes de catastrophes naturelles. Cet ouvrage collectif de professionnels de l'accompagnement des adoptions montre comment la France, de 1965 à 2005, est devenue l'un des principaux pays d'adoption au monde.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2015
Nombre de lectures 58
EAN13 9782336382579
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Compétences Interculturelles

Compétences Interculturelles Collection dirigée par Altay A. Manço
Compétences Interculturelles est une collection destinée à présenter les travaux théoriques, empiriques et pratiques des chercheurs scientifiques et des acteurs sociaux qui ont pour but d’identifier, de modéliser et de valoriser les ressources et les compétences interculturelles des populations et des institutions confrontées à la multiplicité des référents socioculturels et aux contacts des différentes cultures. Les compétences interculturelles se révèlent capitales, notamment dans le double effort d’intégration positive des personnes issues de migrations, qui doivent à tout le moins se positionner à la fois par rapport à la société d’accueil et par rapport aux milieux d’origine, eux-mêmes en constante transformation. Les travailleurs sociaux au sens large, les enseignants, d’autres intervenants, mais également les décideurs chargés des politiques d’accueil et d’intégration des migrants et des minorités culturelles sont concernés par ce type de compétences professionnelles pour mener à destination de ces publics des actions de développement social et pédagogique efficaces. Même si l’objectif de la présente collection est prioritairement de faire connaître les travaux de l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) et de ses nombreux partenaires internationaux, cet espace d’expression est ouvert aux équipes pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à l’approfondissement des savoirs et des savoir-faire en matière de développement interculturel.
Déjà parus
Brigitte TISON (dir.), Regards croisés sur des prises en charge de familles africaines en France et en Afrique , 2014.
Andrea GERSTNEROVÁ, T emps de crise et vie associative, Migrants de l’Afrique subsaharienne et des Balkans en Europe, 2014.
Brigitte TISON, Identités, codes et valeurs en Chine , 2013.
Katerina SERAÏDARI, La ville, la nation et l’immigré. Rapports entre Grecs et Turcs à Bruxelles , 2012.
Titre
Sous la direction de Brigitte T ISON






L’adoption à l’international
Un état des lieux en France
Du même auteur
Du même auteur
Comprendre la culture chinoise , Lyon, Chronique sociale, 2014.
L’hindouisme , Paris, L’Harmattan, 2013.
Identités, codes et valeurs en Chine , Paris, L’Harmattan, 2013.
L’entretien psychologique , Lyon, Chronique sociale, 2013.
Enfants, adolescents maltraités-maltraitants , Lyon, Chronique sociale, 2011
Des Indiennes en Europe , Paris, L’Harmattan, coll. Compétences interculturelles, 2008.
Partir en humanitaire , Lyon, Chronique sociale, 2008.
Comprendre la culture hindoue , Lyon, Chronique sociale, 2005.
Sud Vietnam, 1973, Un pays, des enfants et la guerre , St-Cyr sur Loire, A. Sutton, 2005.
L’hindouisme , Mémorial de Caen, 2003.
Sous sa direction
La prise en charge des familles africaines en France et en Afrique , Paris, L’Harmattan, 2014.
Prises en charge psychothérapeutiques face aux cultures venues d’ailleurs , Paris, Masson-Elsevier, 2013.
Pratiques psychologiques : enjeux éthiques et déontologiques , Lyon, Chronique sociale, 2012.
Les professionnels face à l’enfance en danger , Paris, Masson-Elsevier, 2010, coll.
P. Coslin.
Soins et cultures , Paris, Masson-Elsevier, 2007, coll Hélène Hervé-Désirat.
Contributions
Des jeunes à l’exclusion , (sous dir. A. Rouag, H. Cellier), Paris, L’harmattan, 2013, pp 179-199.
La mort , Paris, (sous dir. Ph. Gaudin) L’Atelier, collection Ce qu’en disent les religions, 2001, pp. 99-125.
La prière , Paris, (sous dir. E. Martini) L’Atelier, collection Ce qu’en disent les religions, 2001, pp. 91-113.
Regards sur l’Indochine, Vietnam-1973 , Mission TDH, ARRI, Paris, Corléa, 2004, pp. 271-281.
Ces jeunes qui désertent l’école , sous dir. P. Coslin) Paris, Sidès, 2006, pp. 133- 160.
Copyright















© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr EAN Epub : 978-2-33673268-8
Liste des auteurs
A., enfant adoptée en 1973, Centre TDH-France, Vietnam, vit en France.
Blondiaux, Frédéric, Psychologue à l’ASE des Hauts de Seine (92).
Coslin, Pierre, Professeur émérite en Psychologie sociale à Paris 5, R. Descartes, chercheur associé au Laboratoire PCPP (Psychologie clinique, Psychopathologie, Psychanalyse de l’Institut de Psychologie).
Guette, Marie-Claude, Thérapeute familiale et de couple, conseil général de Haute-Vienne, Pôle Solidarité Enfance, Prévention, Protection de l’enfance.
Guilmelchain, Frédérique, Avocate au barreau de Paris.
Lassus, Pierre, Spécialiste de l’Enfance maltraitée, auteur de nombreux ouvrages.
Mello, A.C. de, Professeur en psychologie à Sao Paulo (Brésil), Psychologue, mère d’une enfant adoptée au Brésil
Targa, Alain, Pédopsychiatre au CHS de Clermont de l’Oise, Enseignant à la Faculté de médecine d’Amiens (80).
Tison, Brigitte, Co-Directeur d’un DU à la Faculté de médecine d’Amiens, Dir. de séminaire au Saulchoir, ancien Directeur du Centre TDH-France au Vietnam
De Truchis, Anne, Pédiatre à l’hôpital du Vésinet, Dir. de la consultation adoptants-adoptés de Versailles (78).
Remerciements
Je tiens à remercier les auteurs qui ont bien voulu honorer de leur expérience et de leur réflexion le thème de ce livre sur l’adoption à l’international en France.
Que soient remerciés
M. Pierre Lassus qui a pendant longtemps coordonné la revue « Vues d’Enfance » dont il était le directeur et qui avait accepté que je sois membre du comité de rédaction de cette même revue, auteur de nombreux ouvrages,
Mme Frédérique Guimelchain,
Mme Anne de Truchis, – ma nièce –
Je tiens, également, à remercier très vivement A. S’étant reconnue sur une des photographies que j’ai publiée dans un livre intitulé : « 1973 : un pays, des enfants et la guerre » (éd. Sutton), elle m’a demandée si l’on pouvait se rencontrer à Paris. Ce fut chose faite, au moment du Nouvel An vietnamien (à la fête du Têt, 2006). Elle vint avec plusieurs autres enfants adoptés pendant mon séjour à Saigon comme directeur d’un centre TDH (1973).
Elle a eu la délicatesse de m’envoyer de nombreux articles en anglais ou en français sur les problèmes que pouvaient rencontrer les adoptés et elle me donne, régulièrement, avec beaucoup de gentillesse des nouvelles…
Je tiens à remercier, tout aussi vivement, M. Pierre Coslin, Paris 5, avec lequel nous avons déjà pu publier plusieurs ouvrages,
M. Frédéric Blondiaux,
Mme Marie-Claude Guette, Présidente, en autre, de la Commission Nationale d’Ethique et de Déontologie des Psychologues, commission dont j’étais membre. Elle nous fait la gentillesse d’accepter de participer à l’écriture de ce livre, connaissant bien la question,
M. Alain Targa, avec lequel nous avons travaillé quelques années et avec lequel nous avons déjà publié à plusieurs reprises.
Pour clore, je tiens aussi à remercier M. Altay Manço, Directeur de collection à l’Harmattan, qui nous fait confiance et qui, avec son diagnostic avisé, nous donne toujours de précieux conseils,
L’équipe de l’Harmattan, Mme Virginie Hureau et tous ceux et celles qui concourent à la publication de nos livres sans oublier les directeurs Messieurs Pryen.
Avertissement
Chaque auteur qui a participé à l’élaboration de ce livre a écrit à partir de son expérience et de sa propre réflexion sur le sujet. Chaque chapitre conserve, donc, en soi une certaine autonomie. Même si le fil conducteur des textes, ici rassemblés, a été de suivre une certaine progression dans l’adoption : son histoire, ses problématiques, ses acteurs (professionnels, adoptants, adoptés), les pathologies… et d’établir une complémentarité dans la participation des professionnels.
Nous espérons que cet ouvrage sur l’adoption apportera un complément d’informations, un nouvel éclairage tout comme un intérêt pour ces enfants venus d’ailleurs, adoptés par des familles françaises, pour le meilleur !
« J’ai souvent dit que même les bébés ont besoin d’une histoire, et d’une histoire qui ne soit pas seulement médicale, génétique ou biologique, mais qui soit aussi, et peut-être surtout, relationnelle.
Seule cette histoire relationnelle leur permet en effet de s’inscrire dans leur double filiation, maternelle et paternelle, et de pouvoir mettre en œuvre leurs processus d’affiliation, filiation et affiliation se trouvant mutuellement dans un rapport dynamique dialectique sur lequel insistait beaucoup un auteur comme S. Lebovici. La filiation permet l’affiliation, et l’affiliation permet l’inscription dans la filiation »
L’accompagnement de la recherche des origines, revue enfances PSY , du 19/09/ 2013, p.149.
Bernard Golse
– Pédopsychiatre, psychanalyste, chef du service de pédopsychiatrie à l’hôpital Necker-Enfants Malades (Paris) et professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université R. Descartes, Paris 5.
Préface Témoignage de A., Née au Vietnam en 1972
REMEDE A LA MELANCOLIE
Hier j’écoutais une émission intitulée « remède à la mélancolie » ou justement l’auteur et psychanalyste Michel Schneider parlait de la mélancolie, de ce sentiment si difficile à décrire.
Après avoir écouté cette émission j’ai eu l’idée d’écrire ce texte.
Je me suis demandée si j’étais née au bon endroit, dans le bon corps ou inversement si j’avais grandi au mauvais endroit, en ayant le sentiment que j’étais dans un mauvais rôle. Le vide que laisse l’adoption, le déracinement, ne rien savoir sur son passé sur soi sur ses origines d’être coupé, de ses proches, de sa culture de sa famille, prêtent parfois à confusion Difficile de s’y retrouver. De savoir qui on est d’où l’on vient et savoir quelle direction prendre.
Cet été je suis retournée pour la quatrième fois en Asie et paradoxalement ce voyage me fait grand bien car je me retrouve en étant en lien avec ma culture (même si je ne suis pas née au japon). Je m’y sens bien, un peu chez moi et d’un autre coté je me pose souvent des questions en étant là bas suis- je chez moi ? Où est ma maison ?
« Sommes – nous la sommes de toutes ces erreurs ou ces anomalies et de toutes nos expériences, « bonnes » et « mauvaises » ? Qui fait notre bonheur ? Les autres ou nous mêmes ?
Quelle emprise peut-on avoir sur nos vies ?
Il faut parfois du temps pour accepter « les choses » et le fait que l’on ne peut pas tout contrôler dans la vie.
Beaucoup d’interrogations et pourtant ces voyages en Asie m’aident à avancer et à me retrouver un peu plus jour après jour. Parce qu’il faut aussi laisser passer le temps. Sans pour autant être fataliste ou passif. Mais être lucide dans la mesure du possible même si ce n’est pas facile. La lucidité peut aussi nous aider à changer les choses et à avancer.
Ces voyages changent beaucoup de choses en moi dans ma vie, dans ma relation avec les autres et la façon de voire les choses, les autres, mon passé et la façon de vivre le présent.
« De chaque voyage naît l’espoir d’une naissance »
Introduction
Le Professeur M. Soulé, pédopsychiatre, avait pu dire, lors d’un entretien à la revue Autrement : « L’adoption a toujours fait progresser la société. Elle a été le fer de lance qui a fait comprendre que les liens entre parents et enfants n’étaient pas de droit divin et que les liens de sang n’étaient pas les seuls possibles » (1998, N°96).
Depuis, la société se pose toujours des questions sur l’adoption, sur la transmission. Elle a même ajouté, plus récemment, la question de la filiation. Le sujet est, ainsi, devenu sensible à propos de l’adoption par des couples homosexuels.
Il nous semblait intéressant d’aborder cette problématique, en tant qu’ancien directeur d’un centre d’accueil d’enfants, victimes de guerre et destinés à l’adoption, TDH-France à Saigon (Vietnam).
Si beaucoup de parents adoptifs ont pu témoigner, de psychologues, de pédopsychiatres travailler la clinique des enfants abandonnés et adoptés et s’emparer de cette problématique, peu de directeurs ont pris la parole ou écrit sur le sujet.
Nous proposons donc notre modeste contribution à laquelle quelques autres personnes expérimentées se sont jointes.
Notre intérêt se porte, donc, vers l’adoption à l’international en France.
Après avoir donné quelques repères chronologiques de l’adoption, nous ferons un point sur l’adoption à l’international en France qui dure depuis plus de 50 ans, déjà !
En effet, l’adoption à l’étranger était quasi inexistante et peu recommandée avant la Deuxième Grande guerre (1939-1945). Cette guerre a accéléré la mondialisation avec les déplacements à travers toute la planète de soldats et a entraîné, de ce fait, d’autres conséquences. Les soldats américains et non américains ont séjourné, vécu sur les lieux des conflits, parfois pendant plus d’une année. Des unions éphémères ont pu se créer et des enfants naître : bébés illégitimes, bébés le plus souvent abandonnés dans des orphelinats dès les années 1950… Il n’y avait pas encore de contraception généralisée…
Les Américains qui vont participer à la guerre en Corée, puis à celle du Vietnam seront parmi les premiers à se préoccuper de ces enfants laissés pour compte par leurs troupes. Un fort désir d’adoption va naître aux Etats- Unis qui va se généraliser à travers tous les pays de l’axe nord (pays considérés comme consommateurs et dominants). L’aventure de l’adoption à l’international démarre. Elle se poursuit, encore aujourd’hui, en 2015.
La France va investir l’adoption à l’international. En effet, les procédures d’adoption en France sont si longues que les adoptants vont vite leur préférer ce type d’adoption.
Dès 1970, l’association Terre des Hommes (fondée par Kaiser et basée en Suisse) vient en aide aux enfants victimes de guerre. Kaiser, lui-même, a vécu la Deuxième Grande guerre ; il en est un rescapé et connaît le prix de la vie.
Plusieurs centres Terre des Hommes vont être ouverts dans différents lieux du globe là où ont lieu les guerres : Algérie, Vietnam, Corée…
Le phénomène des adoptions atteindra un record au tournant des années 2005 (4000 adoptions à l’international, seulement pour la France). A présent, le rythme a fortement ralenti. Il n’est plus que de 1200 enfants adoptés à l’international en France en 2012, à peine 500 en 2014. Non que les conflits aient disparu. Ils existent, malheureusement, toujours. Mais ils occupent beaucoup de territoires où l’adoption est interdite (en terre d’islam – on se reportera, ci-dessous, au chapitre 2). Par ailleurs, la Convention de la Haye a fait des pays, eux-mêmes, les prioritaires dans l’adoption (comme le Brésil). Enfin, le mariage pour tous, avec à la clef la possibilité d’adopter des enfants (par des couples homosexuels), ont poussé certains pays (comme la Russie) à refermer leurs frontières et, donc, à interdire toute adoption vers les pays considérés comme ultralibéraux.
Dans un premier chapitre, nous rappellerons, brièvement, quelques généralités sur l’histoire de l’adoption à travers le temps, en particulier, en France. Puis, dans un deuxième chapitre, nous interrogerons les conditions de l’enfant abandonné dans différentes aires culturelles. En effet, les enfants adoptés viennent de pays où la culture et la religion diffèrent. Mais l’on peut s’interroger sur ces cultures qui ont leur mode de fonctionnement concernant l’adoption. Pourquoi laissent-elles partir leurs enfants, loin ? Est-ce possible dans toutes les cultures ?
Au troisième chapitre, nous ferons le point sur les découvertes dans le domaine non seulement de la santé, mais de la pédiatrie… les nouvelles théories qui étayent le développement de l’enfant (comme la théorie de l’attachement de J. Bowlby), l’évolution de la société qui l’impacte (de l’enfance à l’adolescence…). Quelles sont les causes de l’abandon qui transforment l’enfant en enfant délaissé, en enfant de la honte, en enfant oublié, en enfant « né sous x » et pour qui l’adoption sera peut être la réponse ?
Au quatrième chapitre, nous re-questionnerons le don de vie qui peut entraîner la dette de vie, le poids du secret qui, comme a pu le dire très justement P. Verdier, lors d’un colloque sur les maltraitances (Nantes, 2004), sur le secret d’origine des pupilles de l’Etat : « Le secret est pour la mère qui le porte comme pour l’enfant qui le cherche un poids et un remords. Le non- dit pèse plus lourd que le dit ».
Au cinquième chapitre, M. P. Coslin introduit l’adoption et les questions qu’elle sous-tend : dette, don, filiation.
Dans les chapitres qui suivent, chaque auteur, en fonction de ses compétences reprend un des aspects de l’adoption.
Ainsi, au sixième chapitre, Mme F. Guimelchain apporte son analyse de juriste à la question : filiation, affiliation… elle donne quelques définitions et clarifie ainsi la démarche de l’adoption au regard de la loi.
Mme M-C. Guette, ensuite, au chapitre sept présente le parcours de l’adoptant, véritable parcours du « combattant ».
M. F. Blondiaux développe, de manière très sensible, le malentendu qui s’opère dans la rencontre adoptant-adopté au chapitre huit.
Aux chapitres, neuf et dix, Mme A. de Truchis, Directeur d’un centre de consultation pour adoptants et adoptés, fait part de son expérience de médecin en l’illustrant par de nombreux exemples tirés de sa clinique. Puis, elle présente la consultation qu’elle dirige à Versailles et évoque l’adoption en urgence pour les enfants rescapés du séisme en Haïti à laquelle elle a dû participer.
L’enfant adopté, l’adolescent adopté peuvent rencontrer quelques difficultés dans leur développement et présenter des troubles psychiques, psychologiques… M. A. Targa, fort de son expérience de pédopsychiatre, nous fait part de ses réflexions sur ces problèmes en apportant son expérience de clinicien.
Enfin, M. P. Lassus livre ses réflexions de directeur d’un centre d’accueil pour enfants placés, souvent à la dérive… enfants abandonnés, adoptés…
Pour clore toutes ces approches et expériences de l’adoption, nous en montrerons les limites. Toute situation extrême doit être bannie. L’affaire Finaly, même si elle remonte à l’après guerre, est exemplaire en ce sens et nous avertit des dérives potentielles de l’adoption envers et contre tout et tous.
L’adoption est une affaire sérieuse et ne peut se faire à n’importe quel prix.
L’abandon d’enfants en bas âge a toujours existé. On trouve, aujourd’hui, encore, même en France, un enfant déposé sur un banc de métro ou dans une poubelle…
Même si, dans nos sociétés, l’enfant est considéré comme le prolongement du couple et qu’un tel évènement y est devenu, dans les dernières années, quelque chose d’impensable, voire d’insupportable. Il y a toujours des mères qui se trouvent piégées : délai d’interruption volontaire de grossesse dépassé, IVG…), pilule du lendemain non prise à temps ou violences subies (viol, inceste…) ou encore femmes qui ne peuvent avoir un enfant hors mariage : c’est le cas des femmes au Maghreb.
Pendant plusieurs années, l’adoption internationale a fait recette. En effet, l’adoption en France même était très difficile ; les délais, les procédures étaient très longues et, surtout, les enfants placés temporairement pouvaient encore espérer retrouver leurs vrais parents de naissance. Dans cette catégorie d’enfants, on peut dire « d’enfants délaissés », l’augmentation des laissés pour compte n’a pas baissé, bien, au contraire, avec la hausse du nombre de familles monoparentales.
L’adoption à l’international en France a, quant à elle, fortement chuté depuis les années 2005.
Les adoptants sont peut être devenus plus réalistes et ont, peut être, fait le deuil de l’enfant idéal qui n’existe pas. Ils sont aussi devenus plus réticents à accueillir les enfants qu’on leur propose, actuellement, qui sont souvent des enfants handicapés physiques mais, également, des enfants handicapés psychiques.
Il y avait eu, également, l’idée humaniste qui s’était fortement développée aux Etats-Unis, après guerre (dans les années 1980…) de créer une nouvelle identité multiculturelle dans une société qui recevait des immigrés du monde entier. Les enfants adoptés venus de tous les coins du monde en faisaient partie.
L’école de Chicago, bien connue pour sa réflexion anthropologique sur ces questions a, finalement, reconnu que ce n’était pas encore le moment : les différents groupes ethniques étant davantage à la recherche de leurs racines culturelles, religieuses… que prêts à construire cette « nouvelle identité ».
Nous allons donc faire un bout de chemin avec ces parents adoptants et ces enfants adoptés en essayant de ne pas oublier toutes les souffrances vécues par les uns et les autres, en particulier, par ces enfants, « étoiles errantes » comme les désigne C. Demortier, lui-même enfant adopté. (Il a écrit son histoire et l’histoire de ses souffrances dans un livre qui s’intitule : Adopté dans le vide aux Editions du Sarment, dans la collection « Les enfants du fleuve », cité dans Le matin , Journal bruxellois du 9. 04. 2001).
1 L’adoption
Quelques repères historiques L’adoption à l’international, en France
Brigitte Tison
Quelques repères historiques
L’adoption n’est pas un phénomène récent. Il a, semble-t-il, toujours existé.
A certaine période, ce phénomène est très développé devenant presque une mode, à d’autre période, il disparaît presque. En tout cas, on n’en parle plus.
Les moyens modernes de l’information sont devenus un levier puissant dans l’histoire de l’adoption qu’il s’agisse de la radio ou de la télévision.
Lors de catastrophes naturelles ou de guerres laissant des enfants orphelins, des gens se proposent d’emblée pour adopter. Ils viennent de voir les images télévisées. Ils craquent et, dans un élan spontané, sont prêts à accueillir un des enfants, victimes de ces évènements violents.
Qui n’a en mémoire les images en direct des enfants des pouponnières en Roumanie, sous le régime de Ceaucescu (1989), les boat people , familles, enfants fuyant le Vietnam et errant dans de petites embarcations sur les mers du sud est asiatique (1980) ou, encore, les enfants rescapés des guerres comme au Biafra (Nigéria -1960).
On peut encore évoquer, plus récemment, les enfants survivants, après le séisme en Haïti (2010).
La mise en scène d’acteurs, de chanteurs célèbres – auxquels chacun peut s’identifier – qui adoptent, met aussi l’accent sur l’importance des attitudes que l’on peut avoir face à toute détresse. Ainsi, on aura retenu Madonna, Brad Pitt ou encore J. Halliday. Les individus ont besoin de modèles même dans des actions où l’on pourrait croire que, seule, la conscience est à l’œuvre. Cette starisation n’est pas nouvelle. Déjà, avant la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945), l’écrivaine, Pearl Buck ou, encore, la meneuse de revue, Joséphine Baker avaient tout fait pour exprimer leur bienveillance vis-à-vis d’enfants abandonnés en les adoptant. La tribu Arc en ciel (des enfants de tous pays adoptés par Joséphine Baker) fera longtemps parler d’elle, même après la guerre.
Preuves à l’appui, on constate donc que l’enfance malheureuse touche chaque individu au plus profond de lui-même.
Conte de fée ou farce qui peut tourner au cauchemar (l’affaire, très récente de l’arche de Zoé (2010) où les enfants potentiellement adoptables avaient des parents biologiques qui ne les avaient pas abandonnés), la question de l’adoption peut, à tout moment, être relancée et toutes les questions tant philosophiques que pratiques reposées.
L’abandon et l’adoption au cours des siècles
Dès la plus haute Antiquité, l’abandon et l’adoption existent et des textes en témoignent : 1800 av. J.-C., déjà en Mésopotamie. Puis, ce sera Athènes, Rome…
Des légendes bien connues se construisent autour de certains enfants.
– Moïse, sauvé des eaux et de la persécution égyptienne.
La Bible relate que la mère de Moïse déposât l’enfant dans un panier qu’elle plaçât sur un radeau, parmi les roseaux du Nil. Elle voulait que son enfant échappât au massacre des nouveaux nés, ordonné par le Pharaon (tous les premiers nés seraient massacrés). La fille du Pharaon trouvât le panier et recueillit l’enfant qu’elle élèvera. La sœur aînée de Moïse, témoin de la scène, se proposa comme nourrice auprès de l’enfant. Mais c’est la mère biologique de Moïse qui deviendra sa nourrice.
– Athéna ne serait pas la fille biologique de Zeus et lui aurait demandé de l’adopter.
– Romulus, Remus, l’un et l’autre, jetés bébés dans le Tibre, seront secourus par une louve.
Romulus fondera Rome au prix du sacrifice de son frère jumeau, Remus. A la période hellénistique, l’abandon sanctionne une naissance illégitime.
L’enfant, abandonné, est exposé afin que mort s’en suive. C’est ainsi, qu’Atalante, déposée dans un endroit où elle doit disparaitre, va être nourrie par une ourse, puis par des pâtres. A Sparte, les enfants mal formés sont jetés dans un ravin.
On peut encore citer la légende de Laïos et de Jocaste. Un oracle engage Laïos qui a épousé la fille de Ménécée, vivant à Thèbes, à ne pas engendrer. Mais un enfant naît de l’union entre Laïos et Jocaste, après une nuit de beuveries. Le père confie l’enfant à un berger pour qu’il l’expose. Mais l’enfant va être recueilli par des bouviers du roi de Corinthe. Il est remis à la reine qui ne peut avoir d’enfant. L’enfant est élevé comme un prince. Un jour, il se décide à quitter les siens et c’est en chemin vers Thèbes que le destin le rattrape : il croise son père. Comme l’avait prédit l’oracle il le tue, sans l’avoir reconnu. Puis, arrivé devant Thèbes, résolvant l’énigme du sphinx, il accède au trône royal et épouse Jocaste, sa mère. A son tour, devenu père, muni de la puissance paternelle, « pater potestas » , il maudira ses 2 fils en les enjoignant à se donner réciproquement la mort.
En Grèce, la filiation est patrilinéaire. La mère enfante et c’est le père qui reconnaît l’enfant, le présente au groupe élargi de la famille et l’inscrit à l’état civil. Qu’il soit ou non géniteur, un homme devient père à l’instant où il s’institue tel, par un acte volontaire et formel d’investiture.
La paternité ne découle pas de la nature mais elle ne se fonde pas non plus sur le statut du mari de la mère. Le droit grec reconnaît une liberté totale à l’homme dans sa décision. L’enfant est pour le père, pour la lignée, pour la patrie. Sans patrie, sans lignée, sans père, les femmes n’en veulent pas.
Pendant la période romaine, l’adoption va s’aligner sur la période précédente.
Quand il y a nécessité d’une descendance, les premières formes d’adoption apparaissent et vont être relativement courantes sous les Romains.
L’Empereur, Jules César, en personne, adoptera un fils. Auguste, né « Gaïus Octavus ». On parle d’adoption dite « impériale ». Elle n’a pour but que de désigner un successeur à l’Empereur.
Athênagoras se révoltera contre les enfants exposés : c’est tuer un enfant, dira-t-il à l’Empereur Marc-Aurèle et d’autres personnalités s’élèveront contre ce genre d’abandon (St Justin)…
Les adoptés de l’époque sont des adultes et ils sont adoptés par un adulte qui n’a pas de descendance et à qui il transmet son patrimoine. La filiation est patrilinéaire. L’homme a tout pouvoir, de vie et de mort sur ses enfants et son entourage. La notion de pater familias date de ce moment là.
Quand l’enfant a été rejeté, exilé, il peut revenir en héros. C’est l’exemple, déjà cité, de Romulus qui a échappé à la mort à sa naissance.
Jusqu’au 4è siècle, les parents ont droit de vie et de mort sur leurs enfants. Ils chargeaient les matrones (en quelque sorte les sage femmes et aides maternelles de l’époque) de procéder à la disparition du bébé. Celles-ci négligeaient, sciemment, de lier le cordon ombilical chez les nouveaux nés.
A la fin de l’Antiquité, on n’évoque plus le phénomène de l’adoption.
Dès les 4è et 5è siècles après J.-C., des établissements s’ouvrent destinés à recueillir les enfants exposés. Mais il faudra attendre le 12è siècle pour que des témoignages soient connus.
Pendant tout le Moyen Age, l’adoption continuera d’exister. Elle n’a lieu que pour l’adoptant en état de procréer. Les personnes qui ne peuvent avoir d’enfants sont exclues. L’adopté doit être jeune, en tout cas plus jeune que l’adoptant comme la nature le signifie « un fils est plus jeune que son père ».
Le Moyen Age a été une période de grande poussée démographique en même temps que de nombreuses disettes et épidémies (peste, choléra…). Les hôtels dieu vont être ouverts à cette époque, maisons des pauvres qui sont la préfiguration des centres modernes de santé fondés sur l’assistance, faisant suite, en particulier, aux guerres de religion. François I er multipliera le nombre de ces établissements (l’hôtel dieu à Paris, à Lyon). Marguerite de Valois, à son tour, fonde les enfants rouges (du nom du vêtement qu’ils portaient). Les enfants sont alors alimentés par des nourrices pauvres qui reçoivent en contrepartie une maigre rémunération. Une fois devenus adultes, ces enfants peuvent faire différents types d’apprentissage.
L’hôpital s’enracine dans les principes religieux de l’Eglise dont la charité chrétienne. Il est chargé de recueillir ceux qui ne sont pas pris en charge dans leurs familles : enfants abandonnés, infirmes, vieillards, pauvres, militaires et pèlerins. Les populations sont sous l’autorité de l’Eglise et le taux de natalité en est une conséquence directe. L’injonction est donnée par les prêtres à leurs fidèles de se « multiplier » (comme il est dit dans les Ecritures : « Soyez féconds, multipliez vous » Genèse, Livre 1, Bible de Jérusalem). L’enfant est le fruit de la volonté divine. Celle-ci sanctifie les produits de la sexualité, issus des liens du mariage.
Engendrer en dehors de ce lien est considéré comme un péché et désavoué. La mère séduite aura le choix entre abandonner son enfant ou le garder. L’enfant trouvé, l’enfant « bâtard » est, alors, vu comme l’enfant du vice, du péché.
Le regard de l’autre va désormais peser sur la fille-mère… et ce poids de culpabilité demeurera jusqu’aux années 1960. L’adoption sera interdite.
La féodalité va profondément marquer l’opinion de l’époque en ancrant l’idée de droit du sang et conduire à l’idée de l’inégalité des classes sociales.
Nous sommes dans la longue tradition patriarcale qui est intégrée par la tradition chrétienne. Le patronyme se transmet après le mariage en lignée paternelle.
Dès le début du 17è siècle, un programme d’assistance est mis en place par St Vincent de Paul (1581-1660). Les choses commencent à changer. St Vincent de Paul va organiser un système d’aide, le premier programme en quelque sorte d’assistance, qui conduira, bien des siècles plus tard, à la constitution de l’Assistance Publique. Il faut attendre la fin de ce siècle pour que l’on reparle de l’adoption. La tradition républicaine va s’affirmer en totale rupture avec la tradition ségrégationniste (inégalité des classes sociales). Avec la révolution française de 1789, le roi a été décapité. Il s’agit d’un meurtre symbolique du représentant du droit du sang dit de droit divin.
En 1656, l’Assistance publique est fondée. L’hôpital général détient tout pouvoir d’autorité, de direction, d’administration, de commerce, de police… Les modifications de ce décret n’auront lieu qu’en 1984. Une direction des nourrices est mise en place à Paris dès 1769. Un lien entre familles et nourrices est assuré par un lieutenant de police. En 1793, les hospices dépositaires seront crées dans chaque département. Les hôtels dieu vont se remplir. Pour maintenir un certain ordre et la sécurité dans les villes, les gouvernants imposent le grand renfermement qui sera adouci par l’idée de bienfaisance que développent quelque temps plus tard les philosophes des Lumières.
Pendant ce siècle, le 18è siècle, Rousseau expose longuement ses idées humanistes. Ce qui ne l’empêchera pas d’abandonner ses propres enfants au tour (petits tourniquets où l’on plaçait les enfants qu’on abandonnait). D’Alembert parle de faute des parents, de culpabilité de l’illégitimité, lui- même a été adopté par Madame de Tenan ! En 1811, un décret impérial règle la machine administrative.
Pendant toutes ces périodes, on aura pu constater que l’adoption est au service des hommes et des riches. Ces derniers légitiment leurs enfants illégitimes. Les familles pauvres, elles, n’ont pas le choix et déposent les enfants nés d’une union hors mariage dans les ouvroirs. L’enfant illégitime est frappé d’immoralité. Il est rejeté, exclus car il est considéré comme le porteur des fautes de sa mère.
La mère n’a pas sa place dans l’adoption. Elle ne reconnaît pas, n’adopte pas, ne désavoue pas. Ses enfants sont les siens. Elle les a portés dans son ventre mais c’est le père qui garde tous les droits.
Vers 1851, des idées plus égalitaires apparaissent aux Etats-Unis. Les colons recueillaient des enfants sans foyers qui les aidaient dans les fermes. L’adoption devient dès lors un acte de bienfaisance.
Le tournant dans l’adoption se fera après les deux Grandes guerres mondiales (1914-1918 et 1939-1945)
Les Grandes guerres au 20è siècle vont modifier le regard porté sur l’abandon et l’adoption. La première Grande guerre où des milliers de soldats vont perdre la vie poussera les familles à recueillir des enfants nés hors mariage pour remplacer les disparus. Les enfants abandonnés, les orphelins de guerre ou de naissance vont être déclarés pupilles d’Etat (1904).
Au cours du siècle, le tour où l’on déposait les enfants qu’on souhaitait abandonner est supprimé. Un dépôt recevra les enfants qui pourront être amenés à toute heure du jour et de la nuit. Puis, des agences de placement lui succèderont.
Encore au début du 20è siècle, la transmission des ressources tirées du patrimoine familial ne se fait que par le droit du sol. Mais des philosophies et de nouvelles idées circulent. Le marxisme va montrer le poids des origines sociales dans les systèmes prétendument égalitaires. La psychanalyse montrera à son tour le poids des traumatismes et des cadres de pensée, hérités des contextes sociaux et culturels des parents.
L’office public d’hygiène sociale (OPHS), les services de Protection maternelle et infantile, les recherches en pédiatrie, la puériculture, la médecine scolaire sont mis en place…
Les enfants déposés dans les agences peuvent l’être dorénavant pour un temps limité. La société se donne le droit de regard et de partage avec les parents de la responsabilité de l’enfant. De nombreux abus vont conduire à nouveau à de nouvelles réorganisations. Dans les années 1960, on comptera en effet jusqu’à 800 000 enfants recueillis !
L’adoption à l’international en France
Il s’agit d’abord d’une adoption, lien de filiation, créé par décision de justice entre un adoptant et un adopté. Ensuite, l’adoption est réalisée entre deux pays quand les parents adoptants habitent un pays différent de celui de l’adopté. Elle peut inclure la variable « couleur de peau » et être qualifiée d’adoption interraciale.
L’adoption internationale constitue à sa façon une forme de « migration singulière ». On estime à plus de 500 000 les enfants qui auraient été adoptés depuis les années 1950 (Denechère, p. 15).
Dans le cadre d’une adoption, il existe de nombreux intermédiaires qui participent à ce mouvement : associations qui organisent la rencontre entre l’offre et la demande, établissements qui prennent en charge les enfants dans les pays (orphelinats ou associations comme Terre des Hommes), services administratifs, sociaux, judiciaires qui interviennent dans le processus d’adoption, de la sélection, des candidats jusqu’au jugement qui clôt la procédure et qui peut durer de longs mois voire des années.
Les cadres précis de l’adoption vont être définis à travers la Convention des Droits de l’enfant (1989) et la Convention en matière d’adoption internationale de La Haye (1993).
En France, dès 1923, la loi précise qu’il s’agit de donner une famille à un enfant et non plus un enfant à une famille qui n’en n’a pas comme héritier (ce qui existait comme on l’a rappelé auparavant). Le code civil de 1804 organisait l’adoption en fonction des adultes dans la droite ligne de la loi romaine. Entre temps, il n’existait que des dons d’enfants. A partir de cette loi de 1923, l’adoption des mineurs est autorisée. L’adoption internationale est, en revanche, l’exception.
En 1966, une distinction va être établie entre l’adoption simple et l’adoption plénière, supprimant tout lien entre l’enfant et sa famille d’origine. Cela constitue une particularité à la française. Dès 1976, les familles ayant déjà des enfants pourront adopter. Depuis, la France se place en tête des pays adoptants avec les Etats-Unis, l’Italie et l’Espagne.
L’adoption peut, ainsi, être considérée comme « un phénomène social total » selon l’expression du sociologue M. Mauss, phénomène qu’il définit comme une activité qui lie l’individu et le social et qui a des implications dans toutes les sphères de la société aussi bien politique, économique, religieuse que relationnelle ou historique
En effet, les adoptants sont issus de tous les milieux sociaux, citadins ou ruraux, toutes les professions sont représentées. L’adoption à l’international, de plus, nécessite des accords établis entre les pays d’adoption et les pays d’enfants adoptés. Autrement dit, cela concerne aussi bien les politiques des pays, les idéologies (normes et valeurs des sociétés) que les religions (l’islam interdit toute forme d’adoption)…
Effets des deux Grandes guerres
L’adoption a donc pour but de donner une famille à un enfant.
D’après l’art. 345 de la loi de 1923 : « Un Français peut adopter un étranger ou être adopté par un étranger. L’adoption n’entraîne pas pour l’adopté de changement de nationalité ». Des enfants des colonies ont pu être adoptés par des Français et ramenés en France.
Au début du siècle, A. David-Neel (1868-1969), célèbre pour ses voyages vers le Tibet adopte Aphur Yougden âgé de 15 ans (1929) qui l’accompagne dans ces pérégrinations. H. Rollet (1860-1934) fonde l’association de la Protection de l’enfance. Il est alors le président de l’union internationale des juges pour enfants.
En 1924, le service social international (SSI) est créé à son tour. L’organisme a un rôle consultatif auprès de la Société des Nations unies (SDN). Le Service social d’aide aux émigrants (SSAE), branche du SSI est crée en 1926. Il est chargé des candidats à l’émigration, également des enfants isolés.
Pendant la guerre d’Espagne (1936-1939), la France accueille nombre d’enfants réfugiés du pays (archives d’Anjou, N° 5, 2001, pp 148-163, Denechère).
Dès 1939, la loi dans le Code de la Famille consacre la rupture des liens dans l’adoption ordinaire avec la famille d’origine (décision du tribunal).
Le statut moderne de l’adopté naît avec cette loi qui sera complétée par des textes publiés en 1941 et 1943, allant dans le sens d’une assimilation de l’enfant adopté à l’enfant légitime.
Les enfants trouvés, les enfants abandonnés, les orphelins pauvres, les enfants maltraités, délaissés ou moralement abandonnés sont déclarés pupilles de l’Etat en 1943, sous la tutelle de l’assistance à l’enfance.
Pendant la seconde guerre mondiale, des centaines d’enfants sont nés de viols ou d’amours illicites lors des invasions, des occupations ou des captivités et sont laissés pour compte. Ainsi, on a pu estimer à plusieurs dizaines de milliers les enfants nés d’unions entre femmes françaises et soldats allemands, occupant le pays entre les années 1940 à 1944 (Virgili, Naître ennemi, 2009, Payot). De même que de nombreux enfants naîtront d’unions entre femmes allemandes et soldats français d’occupation juste après la guerre. Cela représentera le premier mouvement international d’adoption.
La politique française, après 1945
Elle aura comme objectif de garder tous les enfants, même ceux nés de pères américains basés en France. L’adoption des enfants des soldats français d’occupation, en Allemagne, seront admis en pouponnières (une pouponnière située en Forêt Noire, près des frontières, à Nordrach, sera ouverte par la Croix Rouge).
Les premières discussions vont avoir lieu sur l’adoption (Conseil de l’Europe, Organisation des Nations unies, ONU…) et, en 1957 et en 1960, les grands principes de l’adoption sont définis
La Convention de La Haye (1964) sur l’adoption internationale entre en vigueur dès 1968. Jusque dans les années 1970, il n’existera pas de cadre juridique pour l’adoption internationale. Le gouvernement déconseille l’adoption d’enfants à l’étranger.
Comme on l’a rappelé des acteurs, des auteurs vont parler de l’adoption de leurs enfants à l’étranger. La médiatisation aura des répercussions immédiates.
Adopter un enfant à l’étranger devient, dès lors, comme un idéal, un but en soi.
Dans les années 1972 : les réflexions de la société sur le tiers monde qu’il faut aider, la solidarité déclenchée par les catastrophes naturelles contribuent à ce que l’adoption d’un enfant étranger trouve une réponse positive de la part du politique.
Pour adopter un enfant à l’étranger, jusque là, il s’agissait de démarches individuelles et d’un parcours du combattant. L’aide de congrégations religieuses va faciliter les procédures. Ainsi, les sœurs de Cluny en Inde, les sœurs de la Providence au Cambodge, les sœurs de st Vincent de Paul au Vietnam, celles du Bon Pasteur d’Angers au Sri Lanka deviennent des relais.
De nouvelles associations se créent ici ou là. E. Kaiser en Suisse (1914- 2000) crée Terre des Hommes à Lausanne (TDH), mouvement de combat et d’intervention immédiate et directe au secours de l’enfance meurtrie.
Cela n’empêche pas des acteurs sociaux comme P. Verdier, Inspecteur de l’action sanitaire et sociale, de penser que l’adoption correspond à un transfert de population des classes défavorisées vers des classes favorisées et qu’elle s’adresse toujours aux riches qui accueillent le fils du pauvre et il ajoute que ce transfert est encore plus connoté au niveau international.
Quelle que soit la position que l’on prend, force est de constater une demande d’adoption vers l’étranger qui explose dès les années 1970 dans la société française. Il faut dire que, dans le même temps, le nombre d’enfants pouvant être adoptés en France baisse régulièrement.
Un conseil supérieur de l’adoption (CSA) est crée en 1975, sous la présidence de S. Weil, alors, ministre de la santé. L’association Adoption sans frontières voit le jour en 1976. Pour l’association Enfance, familles, adoption « les enfants étrangers ont droit aux mêmes égards et à la même sécurité que les enfants français » (1980).
La réflexion autour de l’adoption se poursuit : est-ce que l’adoption d’un enfant du tiers monde justifie son transfert ? A-t-on rendu l’enfant heureux ? Toujours, P. Verdier qui interroge : nous savons le prix de tout arrachement. Il s’agit donc de poser la question : peut-on au nom de la solidarité humaine, au nom de la générosité et a fortiori de motifs moins nobles déraciner des enfants si d’autres solutions sont possibles ? Certains vont plus loin dans leur critique de l’adoption d’un enfant à l’étranger pour aider des pays en difficulté. Selon eux, cette attitude est une « attitude colonialiste et intolérable » ( Le monde , 6-7 avril 1975). Dans le même temps, les pays ressources se ferment ou s’ouvrent selon leur politique du moment et une demande de régulation des adoptions est exigée pour éviter les trafics en tous genres. L’adoption fait l’objet d’articles dans la presse qui la dénigrent à cause de ces adoptions illégales qui existent, malheureusement.
Dans la Convention des droits de l’enfant (1989) on peut lire à l’article 3 (p. 241) : « …permettre à l’enfant d’être élevé dans sa propre famille », à l’art 18 « ce qui implique une responsabilité de l’Etat », à l’art. 20, En cas d’impossibilité, offrir une famille de substitution à un enfant doit être, sauf cas particulier, préféré à tout placement ou tout maintien à long terme dans une institution ou un orphelinat. En 1998, la France ratifie la Convention de la Haye. Elle est le 18è pays à la ratifier.
Les dernières années
Le mur de Berlin est tombé en 1989. La régulation des adoptions est réalisée grâce à la Convention de La Haye. De nombreux pays sont devenus des pays qui envoient des enfants en adoption vers la France. Au seuil de l’année 2000, on estime à 27 % les enfants originaires d’Asie qui sont adoptés, 27 % les enfants venant d’Afrique, 26 % d’Amérique latine et 20 % les enfants nés en Europe.
Haïti, la Chine et la Russie sont devenus les premiers pays d’adoption. Aux dernières nouvelles (2014), la Russie n’en fait plus partie. Prenant acte des mouvements homosexuels en France et de leurs revendications, la Russie a décidé d’arrêter ses adoptions vers la France, ne voulant pas d’enfants qui soient adoptés par des couples homosexuels.
De nombreuses associations œuvrent toujours pour l’adoption et se sont même professionnalisées comme l’Organisation Adoptants Adoptés (OAA). Il existe toujours les associations, Arc en ciel (49), Familles du monde (29), Lumière des enfants (22), Terre d’Espoir (29), Solidarité, fraternité, Agir pour l’enfant, Chemin des enfants, Rayon de soleil de l’enfant étranger, Médecins du monde (MDM). Ces dernières associations se sont regroupées et ont créé un collectif pour l’adoption internationale : le Comité d’adoption internationale (CAI) en 2001.
En 2002, le Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (CNAOP) est constitué. Chaque enfant adopté qui souhaite connaître les origines de ses parents biologiques a la possibilité d’y accéder grâce à cet organisme.
L’on peut, aussi, dire que chaque association correspond plus spécifiquement avec un des pays ressources. Ainsi, l’association Pétales de rose correspond avec la Bulgarie, l’association Grains de riz avec le Vietnam…
Aujourd’hui, en 2015, le phénomène de l’adoption internationale n’est plus aussi médiatisé. On le connaît. Il n’y a plus de contestation. Mais l’on constate une baisse des adoptions vers l’étranger. Les derniers conflits n’ont pas conduit les médias à évoquer, devant la détresse de nombreux enfants dans les conflits existants, les souhaits de parents en mal d’enfants et prêts à adopter un de ces orphelins de guerre… Il faut dire que les conflits récents sont, majoritairement, des conflits qui se déroulent dans la zone arabo- musulmane (Proche-Orient) et l’on sait que l’adoption y est interdite.
Peut-être que la réflexion de nos contemporains fait, aussi, son chemin. Dans une période de crise économique majeure, les priorités ne sont plus les mêmes et changent. Enfin, la roue de l’histoire tourne et le temps joue bien son rôle de balancier.
Références bibliographiques
Denechère, Y. (2011) Des enfants venus de loin , A. Michel.
Marinopoulos, S., Vallée, F. et Sellenet, C. (2003) Moïse, Œdipe, Superman… De l’abandon à l’adoption , Paris, Fayard.
2 L’adoption dans les différentes grandes aires culturelles
Brigitte Tison
L’adoption à l’international en France a débuté, comme on vient de le voir, surtout après la deuxième Grande guerre mondiale. Les adoptions vont être effectuées dans différentes grandes aires culturelles qui se répartissent à travers toute la planète. Nous allons faire un point sur ces grandes aires culturelles pour voir comment l’adoption se fait et se vit. En effet, la question que l’on est en droit de se poser est pourquoi un pays laisse partir un certain nombre de ses enfants ? Quelles raisons le poussent à accepter que d’autres pays adoptent ses natifs quitte à fermer ses frontières lorsque des tensions s’élèvent entre lui et ces autres pays à propos de l’évolution de la société (à l’exemple de la Russie) ou pour des affaires de politique ou d’argent vis-à-vis de ces pays en demande ?
Nous commencerons par rappeler qu’est-ce qu’une grande aire culturelle ? Il s’agit d’un ensemble géographique regroupant les sociétés dont la culture matérielle, la langue, l’organe social présentent des traits communs qui peuvent inclure nourriture, traditions, coutumes, religion…
On distingue, ainsi, comme grandes aires culturelles : l’Afrique, l’Asie, l’Europe, l’Amérique latine, les pays du Proche-Orient.
On pourra se demander si la culture occidentale a une autre philosophie que les autres cultures en ce qui concerne l’adoption ? De quelles cultures parle-t-on ?
Il nous semble utile de revenir à une des définitions de la culture et de voir ensuite si l’adoption prend la même place dans les autres cultures que celle que lui accordent nos sociétés européennes.
Le Petit Larousse donne cette définition qui nous paraît suffisamment complète pour la retransmettre : « La culture se définit par une action de cultiver, par un ensemble de structures sociales et de manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent le groupe, une société par rapport à une autre ou par un ensemble de convictions partagées, de manières de penser et d’agir qui orientent plus ou moins consciemment le comportement de l’individu.
La culture comprend la notion du collectif qui correspond à un ensemble de normes, de valeurs, de comportements et de créations. Les normes des sociétés orientales, des sociétés du sud diffèrent de celles de la plupart des sociétés européennes, les sociétés dites du nord. Normes, comportements et valeurs n’ont de sens que dans une société considérée.
Chaque composante fonde la culture d’une société. L’on peut constater que la composante religieuse est une des composantes incontournables dans certaines traditions. Elle a pu l’être dans nos sociétés à la période où le christianisme donnait ses directives au politique et pesait sur les comportements des individus (contrôle des naissances, adoption…). Cette période est révolue depuis 1905 avec la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Mais dans certains pays, il n’y a pas eu une telle évolution et la religion garde une importance toujours aussi marquée. C’est le cas des pays où l’islam est proclamé religion d’état.
Nous allons donc commencer notre approche par la place de l’adoption dans les pays musulmans, puis nous l’aborderons en Afrique Noire, en Inde puis en Asie du sud est, en Chine, enfin en Amérique latine et en Europe de l’est.
L’adoption dans les pays musulmans
Il s’agit tout autant des sociétés arabo-musulmanes que des sociétés non arabo-musulmanes comme la Turquie, l’Iran où la population n’est pas d’origine arabe mais pratique l’islam.
Ce qui fait lien entre ces sociétés, c’est justement la religion, considérée par certains comme « un ciment » entre elles.
Dans les pays musulmans, en particulier au Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), l’enfant illégitime est rejeté, exclu de la société. Il n’a aucune existence légale. S’il a pu réchapper à l’infanticide, il est alors pris en charge par l’Etat (dans des Pouponnières).
La femme sans enfant n’a pas sa place
Dans les sociétés musulmanes, l’enfant est aimé et reconnu par tous. Mais la stérilité n’est pas admise. L’homme stérile, en arabe, est moqué et surnommé abtak , en berbère, assengur . La femme stérile n’a pas sa place. Ne pas avoir d’enfant est une des choses les plus terribles qui peut arriver à une femme même dans l’imaginaire sociétal.
On raconte qu’un vieillard et son épouse furent acculés au suicide n’ayant eu qu’une fille. Car il ne suffit pas de ne pas avoir d’enfant, la naissance d’une fille est vue comme une non existence. Sans enfants, sans famille, la vie est considérée comme un échec. Le célibat est réprouvé. L’identité ne s’inscrit que dans le patrilignage auquel elle appartient. Un homme sans enfant reprendra une autre femme. Stérile, la femme retournera chez ses parents et sera privée du statut féminin admis à l’âge adulte quand elle est devenue mère.
Dans une société où la fécondité représente l’honneur, la gloire, où la maternité est la vocation primordiale de la femme, où de nombreux enfants sont désirés, objets de toutes les sollicitudes, on peut se demander comment il peut se faire que des enfants soient mis au ban de cette même société, que des femmes soient elles aussi bannies ?
Que disent les textes religieux ? Que dit la Charia ? Que dit la science de la loi, la Fiqh , que dit enfin le Coran, le livre saint lui-même ? La Charia, la Fiqh et le Coran condamnent l’adoption. L’enfant légitime est celui qui est né dans le mariage. L’enfant naturel n’a qu’à être lapidé.
A la sourate 33 du Coran, on peut lire : « De vos enfants adoptifs, Allah n’a point fait vos fils ».
Selon la Charia (art 46 ch. 5 « de la Filiation » et la loi N°84-11 du 9.06. 1984, dans le Code de la Famille algérien), l’adoption n’est pas admise. La filiation ne se fait que d’homme à homme, de père en fils depuis l’ancêtre fondateur. Le sang paternel exclut le sang maternel. Dire à quelqu’un « fils de ta mère » est une grave injure. Car l’enfant sans père n’a aucune place dans la cité. Il n’a aucun droit, en tout cas même pas le droit à la vie.
Sans père, il déshonore la famille de sa propre mère. Ce qui aboutit à une certaine tolérance à l’égard de l’infanticide. Car, selon la tradition, mieux vaut sacrifier l’enfant innommable que déshonorer la famille !
Autrefois, l’enfant et la mère étaient lapidés. Ce qui se produit encore de nos jours dans les pays de stricte observance de la Charia (Arabie Saoudite…), partout où celle-ci s’impose.
Une acceptation de l’enfant illégitime pouvait, néanmoins, avoir lieu quand la nouvelle n’avait pas été ébruitée. Il existe un recueil légal, encore appelé kafâla (art 116, Ch. 7) qui permet de prendre bénévolement un enfant mineur pour le protéger et l’éduquer au même titre que le ferait un père pour son fils.
L’enfant ne peut prendre le nom de la personne qui l’a recueilli mais peut bénéficier d’une part de l’héritage. L’art. 124 vient limiter cette offre. En effet, le père et la mère biologiques peuvent demander la réintégration de leur enfant.
Situation, aujourd’hui, au Maghreb islamique
Ce que l’on a pu observer ces années, c’est l’augmentation du nombre d’abandons d’enfants à la naissance dans tous les pays du Maghreb.
En Tunisie
L’avortement a été légalisé mais cela n’empêche pas que les infanticides soient toujours plus nombreux.
Madame Bourguiba a pu créer, en son temps, l’œuvre d’adoption qui comprend des centres d’accueil, des foyers, des villages d’enfants… Dès les années 1949, en effet, les femmes tunisiennes se sont préoccupées du problème des enfants abandonnés.
Le Code civil tunisien, le Magalla , promulgué en 1956, complété en 1958 puis parachevé en 1959 adopte la tutelle publique, la tutelle officieuse, la kafâla , l’adoption tabannî (art. 8-16). La Tunisie rompt, également, avec le jus sanguinis (le droit du sang), fait exceptionnel en pays d’islam.
L’adoptant peut être un homme ou une femme de bonne moralité, avec une capacité civile qui lui permet de subvenir aux besoins d’un enfant. Il faut qu’il y ait une différence d’âge de 15 ans entre l’adoptant et l’adopté. L’adopté mineur (garçon ou fille) peut être étranger.
L’enfant adopté prend le nom de l’adoptant et entre, ainsi, dans la famille à part entière. Il a les mêmes devoirs et obligations qu’un enfant légitime. Une surveillance judiciaire assure que l’évolution se fait de manière satisfaisante.
En Algérie
Les mères d’un enfant illégitime doivent accoucher à l’hôpital. Certaines salles leur sont réservées afin de préserver l’anonymat et de prévenir les agressions éventuelles de l’entourage qui pourraient être commis à leur encontre. Et l’enfant est recueilli par l’Assistance Publique algérienne, dans ses pouponnières d’Etat. On relève l’identité de la mère. Un contrôle social plus strict a été mis en application afin d’éviter l’abandon de ces enfants nés hors mariages.
Le Code algérien (art. 42) suggère qu’un enfant puisse être reconnu 6 mois après le mariage. Cela n’empêche pas les abandons au 7è mois après le mariage.
Au Maroc
Selon la Moudawwana , il existe des dispositions comme la li-l-gazâ , « gratification » inscrite dans le testament qui place le bénéficiaire au rang des héritiers sans lien de filiation. Il peut y avoir, aussi, la reconnaissance de paternité d’un enfant, né illégitime, à condition que le déclarant soit considéré comme un homme sain d’esprit, que l’enfant soit de filiation inconnue et que la paternité soit jugée vraisemblable, raisonnable (art 92- 96).
Qui sont ces mères qui abandonnent leurs nouveaux nés ? Les mères qui donnent naissance à un enfant hors mariage n’ont le plus souvent aucun emploi. Certaines sont veuves, d’autres divorcées ou encore, leur grossesse peut faire suite à un viol, à une situation incestueuse… Beaucoup choisissent de traverser la méditerranée pour accoucher dans l’anonymat.
L’impact de l’adoption internationale
L’adoption internationale n’a guère de répercussion dans les pays du Maghreb et du Machrek (pays du Proche-Orient) dans la mesure où, comme nous venons de l’indiquer, ces pays ont maintenu la religion à l’état de composante du politique. Or l’islam interdit l’adoption et met au ban de la société les femmes stériles et les enfants nés d’une union illégitime.
Sauf pour les enfants nés en France et abandonnés par leurs mères, venues du Maghreb, pour accoucher et qui peuvent, en revanche, bénéficier d’une adoption.
Qu’en est-il dans les pays d’Afrique Noire ?
L’adoption en Afrique de l’ouest est-elle une pratique courante ?
L’adoption internationale a-t-elle sa place ?
Le système de parenté ne peut se substituer terme à terme entre la famille occidentale et la famille africaine traditionnelle. Des notions simples comme celle de père ou de mère qui paraissent des données fondamentales de référence et d’adresse à l’intérieur du système de parenté en occident restent approximatives dans la plupart des cas en Afrique. Epouser n’a pas le même sens dans les deux contextes. L’idée que l’on puisse confier une femme à un seul époux est inconcevable. On la confie au doyen de la maison du mari.
L’individu se trouve pris non seulement dans un réseau de dépendance à l’égard du lignage mais dans un tissu serré unissant entre eux les lignages dont il connaît les règles dès son enfance.
La filiation en Afrique est patrilinéaire. Les hommes seuls sont les vecteurs de la filiation et les enfants, en cas de divorce, reviennent de droit au père et à son lignage. Les femmes ont dû quitter leur famille d’origine pour rejoindre leur époux. Elles sont des « pièces rapportées » dans la famille du mari. La filiation ne se fait pas à travers elles. Ce qui les met dans une situation de catégorie inférieure.
En Afrique, l’ancêtre est au cœur de l’univers et toute l’organisation sociale, politique, économique est orientée vers la continuité de l’ancêtre pour assurer sa pérennité.
L’importance dans la vie d’un Africain est sa survie. Ce n’est pas tant de réussir sa vie que de la prolonger. L’enfant va constituer alors un capital précieux, inaliénable. La richesse d’une famille est donc d’avoir beaucoup d’enfants, de bras pour collaborer à son existence. La femme est vue comme la donneuse de vie. Elle est le pilier de la société. Sans elle, il n’y a pas de société. La femme enceinte est l’objet de beaucoup d’attention de la part de ses proches, de la famille, des voisins, des amis.
L’enfant n’est pas la propriété de sa mère ni de son père biologiques. Il appartient au clan. D’ailleurs pour son éducation, c’est la sœur aînée du père qui en est responsable. La communauté lignagère s’approprie l’enfant. Mais l’enfant est pris en charge dès sa naissance par les femmes du groupe en sorte qu’il se trouve au contact physique d’un grand nombre de personnes. Le phénomène de circulation des enfants, c’est-à-dire après le sevrage, la prise en charge par d’autres consanguins que leurs géniteurs, est un autre élément important de l’organisation des rapports entre parents et alliés. Ainsi la femme d’un frère cadet ne peut refuser de donner une de ses filles à la sœur aînée de son mari s’il n’a eu que des garçons. Parfois, l’impact d’une position sociale aboutira à un processus d’adoption. Ces prêts d’enfants ou dons d’enfants sont multiformes.
L’Africain n’a pas de patronyme. Selon la tradition, il porte le nom d’un ancêtre que l’on dit revivre en lui. Le nouveau-né repose sur la couche de sa mère, contre elle jusqu’à l’arrivée de tous les membres du clan paternel et maternel et des amis. Une grande cérémonie a alors lieu. La mère apparaît, tenant son enfant dans les bras, le père le prend et le montre à tous comme un nouveau membre du clan. Cela a lieu en général vers le 4è ou 5è jour, après la naissance.
Le grand-père paternel ou, s’il est décédé, un oncle ou un frère aîné du père dit « tu te nommeras un tel (ou une telle) et comme lui (ou elle), tu auras telles ou telles qualités de l’ancêtre ainsi honoré ». Cet ancêtre protègera désormais l’enfant. S’il est malade ou qu’une catastrophe survient, on pensera avoir mécontenté les mânes de cet ancêtre.
Selon la tradition, la croyance animiste, ce sont les mânes des ancêtres qui, satisfaits ou mécontents, comblent la communauté de bienfaits ou l’accablent de malheurs. La stérilité, là encore, est considérée comme une calamité, un sort jeté par les mauvais esprits.
Les effets des changements sur la société africaine
La transformation de la société s’est fortement accélérée ces dernières décennies. Cela n’a pas été sans conséquences sur les modes de vie et la place de chacun dans le tissu social traditionnel. On est passé d’un paysage rural à un paysage urbain avec tous les effets produits par la mondialisation.
L’autorité des anciens s’en est trouvée affaiblie. La cohésion du groupe et le contrôle des mœurs ont baissé. Les jeunes livrés à eux-mêmes n’ont plus gardé le respect dû aux anciens, les filles sont devenues plus libres et ont perdu le sens de l’obéissance. On a pu constater une augmentation des séparations, de la prostitution, des avortements, des grossesses hors mariages.
Quant aux femmes africaines émigrées en Europe, elles ont été confrontées au modèle de la femme occidentale, libre de ses mouvements et de son corps (contraception, avortement…). Petit à petit, elles se sont identifiées à elle et ont pris ses façons de vivre. Isolées, elles ne peuvent plus, bien souvent, compter sur le clan. L’abandon d’enfants a, alors, fait son apparition chez elles comme dans les sociétés occidentales.
Le don d’enfants dans la tradition africaine
Le fait de confier des enfants a des tiers est une vieille tradition en Afrique.
L’idée était de rendre autonome l’enfant, de lui permettre de connaître la vie du clan et de comprendre le groupe familial. L’enfant n’est pas l’objet exclusif de l’amour maternel. On peut donner un enfant parce que le caractère de la personne plaît aux parents, pour faire honneur, en reconnaissance…
On peut donner un enfant pour aider une personne âgée, on peut le donner à une femme qui n’a pu en avoir… Si l’enfant est orphelin de père et de mère, on peut le récupérer ou si la mère ne peut le prendre en charge.
Parlant d’adoption, S. Lallemand préfère utiliser le terme de forestage (littéralement, circulation d’enfants d’une unité résidentielle à une autre) car ce dernier terme n’implique pas de changer l’identité ni même le lieu géographique de l’enfant.
L’enfant ainsi élevé ne subit que très peu de traumatismes à cause du nombre de personnes avec lesquelles l’enfant a pu entrer en contact dès sa naissance. Mais il faut nuancer (selon Ezembé, p 146) : dans certaines situations, l’enfant peut subir de véritables difficultés.
Aujourd’hui
Les risques en confiant un enfant est que l’enfant se trouve exploité : on a pu évoquer dans la presse ces dernières années le cas des petites domestiques, enfants qui avaient été confiés à des proches. Il y a aussi le risque des abus sexuels…
Il existe aujourd’hui, des orphelinats, des centres d’accueil pour ces enfants abandonnés dont les familles sont trop pauvres pour les élever dans les grandes métropoles africaines.
L’adoption internationale s’est aussi inscrite dans le paysage africain. Les parents préfèrent que l’enfant soit élevé convenablement auprès de parents qui ont une situation. Cela lui permettra d’accéder à un statut qu’eux-mêmes ne peuvent lui assurer.
Il s’agit bien sûr d’enfants de familles christianisées… voire d’enfants dont on ne connaît pas l’origine.
Les enfants dans les pays musulmans peuvent se trouver adoptés comme au Mali qui est devenu un pays d’adoption et qui est, cependant, un pays musulman.
L’adoption en Inde
Le droit indien a été instauré, puis détruit un grand nombre de fois. Il n’existait pas de code applicable à l’Inde entière. L’ensemble des règlements ( smritis à distinguer de sruti : la révélation) n’eut jamais valeur de loi au sens où les juristes, de nos jours, l’entendent. L’observation des smritis relevaient de sanctions sociales plus que légales.
Dans le nord de l’Inde, c’est le régime patriarcal qui dominait et domine encore. Au sud, à l’inverse, c’est le système matriarcal qui domine. Les Dravidiens (les Tamouls, en autres) ont fait leur un tel système et les femmes sont considérées comme étant supérieures aux hommes. Ainsi, chez les Nayars, la transmission du nom de famille s’opère par les femmes. La jeune fille héritait du patrimoine familial après son mariage. Elle continuait à vivre chez ses parents où c’est elle qui faisait la loi.
Les femmes dravidiennes occupaient une place importante dans la vie domestique, sociale et publique. Selon les livres juridiques (l’Arthashastra, le Code de Manu, le Narada Shastra), les femmes n’ont pas à être mises en quarantaine ni à être excommuniées lorsqu’elles ont commis l’adultère si elles ont la conscience pure.
Certains historiens comme Harita pensent qu’autrefois les lois étaient écrites pour les deux sexes. Les législateurs voyaient la femme comme un être pur. La peine capitale n’était appliquée qu’aux femmes coupables d’un meurtre.
On ne devait pas attenter à la vie d’une femme. Tout le respect et les égards lui étaient dus. Même si une Indienne trompait son mari et qu’elle concevait un enfant avec un autre homme, son mari devait la reprendre après une cérémonie purificatrice. Comme on peut le lire dans les textes védiques :
« Partout où les femmes sont honorées, les dieux sont satisfaits ».
Il fallait accorder une protection aux femmes stériles, à celles qui n’avaient pas de fils ou qui n’avaient plus de famille, aux épouses malades ou aux veuves fidèles à la mémoire de leurs époux. Bien qu’un fils soit très aimé, une fille est, aussi, l’objet de tendresse.
L’idéal de mariage est donné par le couple Sita et Rama. Le remariage était, auparavant, possible quand la femme était veuve, quand le mari était impuissant ou encore lorsqu’elle était divorcée d’un proscrit.
Quand la femme n’avait pas d’enfant, qu’elle était stérile ou qu’elle n’avait pas de fils, le mari devait attendre 8 ans avant de convoler en de nouvelles noces.
Un homme pouvait faire annuler son mariage et inversement, s’il n’y avait pas d’enfant.
De nos jours
Les enfants vivent dans les familles élargies. Ils sont au contact de leurs tantes, de leurs oncles…
Si une femme n’a pas d’enfant, sa sœur peut lui confier un de ses fils. Mais une femme stérile peut être répudiée, une femme de mauvaise vie, chassée hors du domicile conjugal. Une femme qui n’a pas de fils peut adopter de façon informelle. Car la pire des choses qui peut lui arriver, c’est de ne pas avoir de fils. Qui assurera la dette de vie ?
Dans les milieux pauvres (basses castes), la naissance d’une fille est un drame et celle-ci peut être tuée comme le rapporte la revue Amnesty :
« Elle n’aura vécu que quelques heures sans une caresse ou un peu de tendresse, sans que son corps sente sur elle le regard fier de son père. Rien que la solitude, le mépris. Et les mains tremblantes de sa mère dont les larmes de rage et de honte coulaient silencieusement sur le visage fermé tandis que délibérément ses doigts glissaient quelques grains de riz dans la gorge de son enfant jusqu’à ce qu’elle s’étrangle et que son corps fragile s’affaisse pour toujours dans un soubresaut, sans même emporter un prénom ». (N° 114, mai 1996)
Que représentait ce bébé pour cette femme qui avait déjà donné naissance à deux filles et pour le père qui avait refusé que l’enfant soit emmenée au dispensaire. « Il vaut mieux qu’elle meure » avait affirmé la belle-sœur. C’est ce qui est arrivé ! On peut encore rapporter les propos de cette jeune femme, intouchable, s’exclamant « Si j’ai encore une fille, je trouverai un moyen ; ce sera mieux pour elle et pour moi ».
Une fillette qui naît n’est pas la bienvenue. L’infanticide est très couramment pratiquée. En effet, une fillette coûte à sa famille son éducation, son mariage (avec la dot à remettre pour lui trouver un époux). Bien plus, elle ne sera pas le bâton de vieillesse de ses parents puisqu’elle les aura quittés lors de son mariage.
La solution sera donc peut être l’adoption ?
L’adoption d’un enfant par un étranger
Elle n’est pas bien vue. Quand on est Indien, on naît hindou et on le reste. En effet, chacun naît dans une caste (même si l’abrogation du système des castes est inscrite depuis 1952 dans la Constitution indienne) et est porteur d’un cycle de renaissances pour les siens. Néanmoins, on notera une certaine tolérance pour l’adoption de fillettes. Car comme on vient de le rappeler, une fillette qui naît dans une famille pauvre coûte cher aux siens et constitue un fardeau. Elle sera déposée dans un des nombreux orphelinats qui existent à travers le pays.
L’adoption en Chine et en Asie du sud-est (Vietnam, Cambodge, Laos)
Dans les sociétés dites traditionnelles, c’est-à-dire dans les communautés où les règles de parenté régissent, structurent les rapports sociaux, il apparaît que l’adulte sans enfant est classé hors-norme, une sorte d’anomalie sociologique.
Un des moyens de remédier à cette anomalie est l’adoption. L’adoption fonctionne comme un bricolage opéré dans l’ordre biologique. Or, dans l’aire culturelle que nous abordons ici (Chine et ex-Indochine), nous pouvons distinguer deux mondes : un monde sinisé (Chine, Vietnam) et un monde « indianisé » (Cambodge, Laos, Thaïlande). Le monde sinisé est régi par des règles strictes de succession patrilinéaire. Autrement dit, le fils qui naît est fils de son père et héritier d’un patrilignage. Par contre, dans le monde indianisé, les règles sont plus lâches concernant la filiation. Elle prend une inflexion matrilinéaire. L’enfant qui naît est enfant de son père et de sa mère, donc héritier d’un patrilignage et d’un matrilignage.
Ces caractéristiques culturelles auront les conséquences suivantes : dans le monde sinisé, l’homme sans enfant ou n’ayant procréé que des filles, s’emploiera à adopter un bébé mâle élevé pour lui servir de bâton de vieillesse et qui, à sa mort, continuera à le vénérer comme ancêtres. En revanche, dans le monde indianisé, ce même homme veillera, lui, à adopter un bébé-fille, destiné à l’assister dans ses vieux jours.
Aujourd’hui, en Chine, où en sont l’abandon et l’adoption ?
Beaucoup de bébés chinois ont été abandonnés, les filles, en particulier, et les enfants handicapés, durant ces dernières années. L’accélération de la mondialisation a eu des effets très néfastes sur le vécu des jeunes qui doivent se déplacer pour travailler dans les différentes provinces et qui nouent des relations affectives éphémères. Des enfants naissent de ces unions et l’abandon semble être la solution la plus adaptée à ces itinérances.
La politique de l’enfant unique (même atténuée depuis fin 2013) n’incite pas les familles à prendre en charge un bébé handicapé. La prise en charge en Chine de l’enfant handicapé n’est pas encore suffisamment développée.
Les mères, célibataires, ne peuvent bénéficier du hukou (véritable passe d’accès aux soins et à l’éducation).La loi réprime l’abandon d’enfants par des peines d’emprisonnement. Mais cela n’en empêche pas l’augmentation très importante les dernières années. Pour pallier à des abandons violents dans des poubelles…) des boîtes à bébés ont été installées depuis quelques années dans les grandes villes (Shijiazhuang, Tianjin, Nanjing, Xian).
Les enfants étaient jusqu’alors déposés à même le sol, hiver comme été. Beaucoup mouraient rapidement. L’hiver peut être très rude en Chine et les bébés pouvaient avoir les pieds gelés par le froid, voire le nez rongé par des rats. Selon une des gardiennes de ces cabanes installées pour recevoir les bébés, la plupart des nouveaux nés abandonnés seraient atteints de trisomie 21 ou d’un handicap lourd (La Vie, avril 2014). Dans un pays où la politique de l’enfant unique a régné jusqu’en 2013, les familles n’envisagent guère d’élever un enfant déficient. Ce que l’on constate, aussi, ce sont les jeunes femmes qui viennent apporter le bébé, jamais les hommes.
L’adoption en Amérique latine
Comme pour les autres pays, déjà cités, une adoption peut se faire si l’enfant, nouveau-né est considéré comme une charge (nouvelle bouche à nourrir…) ou une menace pour la société qui devra, tôt ou tard, s’en protéger… surtout si le nombre des enfants abandonnés ou pauvres est très important.
Mais l’adoption en Amérique du sud a pris des visages très différents au cours de son histoire récente.
Nous commencerons par évoquer l’adoption en Argentine pendant la dictature des généraux entre les années 1975-1983, puis nous dirons quelques mots sur l’adoption comme elle est pratiquée au Brésil et, encore, en Colombie, au Chili…
L’adoption internationale s’est beaucoup développée dans ces pays et elle continue encore aujourd’hui.
En Argentine
La dictature des généraux qui a sévi entre les années 1976 et 1983 avait établi la disparition systématique de ses opposants. Mais elle avait, aussi, programmé celle de leurs enfants sauf que ceux-ci eurent la vie sauve. Ils furent adoptés par les bourreaux eux-mêmes. Ils étaient des enfants en bas- âge, des nouveaux nés, des adolescents… Les grands-mères, les mères de ces disparus organisèrent des manifestations sur la place de Mai, sous les fenêtres du Président d’alors. Et elles eurent l’idée de publier les photos des enfants disparus. Sur dénonciation, certains enfants purent être reconnus et retrouvés. Les bourreaux avaient pris possession de l’enfant. L’enfant retrouvé devait renouer avec son identité, sa propre histoire. On peut se demander « à quel prix ! ». Il s’est agi, en quelque sorte, d’une lutte contre l’appropriation des enfants et pour la vérité. Aucun enfant n’avait été abandonné mais ces enfants avaient été pris comme un butin de guerre.
Liwski a pu écrire à ce sujet : « Dépouiller l’enfant de son identité, de son passé, de son histoire ne constitue pas la preuve d’un amour réel mais seulement un désir de possession ».
Il est encore possible que certains enfants disparus et non retrouvés aient été vendus aux Etats-Unis. Ce type d’adoption basé sur le mensonge demeurera un évènement très douloureux à la fois pour les mères mais aussi les enfants et dans l’histoire de l’adoption.
L’adoption au Brésil
Il existe une coutume au Brésil qui consiste à placer des enfants chez un parent, une marraine, une voisine. Tantôt il s’agit d’un acte volontaire (à la demande de la grand-mère), tantôt il s’agit d’une stratégie de survie (crise économique).
Entre adultes, l’accord passé est tacite. Le transfert de responsabilités est temporaire et celui des droits paternels, partiel. On n’emploie pas le terme d’adoption. Certains parents biologiques peuvent ne pas voir leur enfant pendant des années sans renoncer toutefois à lui. Pour les Brésiliens, abandonner un enfant, c’est le donner « sur papier », c’est-à-dire consentir à son adoption.
Dès 1916, l’adoption a été inscrite dans le code civil. Un contrat est établi devant un notaire, dans un bureau d’état civil. L’enfant garde des liens avec ses parents de naissance. Pour les parents et la mère, en particulier, c’est avant tout le bien être de l’enfant qui importe.
Depuis l’après guerre (1939-1945), l’adoption internationale s’est tournée vers le Brésil. Beaucoup d’enfants ont pu être adoptés dans des familles, loin du pays. Mais suite à une aggravation de trafics en tous genres (rumeurs de vols de bébés, en particulier), un contrôle plus important a été opéré sur les circuits de l’adoption. L’adoption est désormais ratifiée par un tribunal. Il subsiste toujours une adoption où les droits des géniteurs sont encore valables (l’adoption est dite inclusive) et une adoption où les droits des parents adoptifs, seuls, comptent pour le futur de l’enfant.
L’adoption se présente, là encore, souvent comme un substitut à l’infanticide. Elle constitue une forme d’encouragement à la sociabilité selon laquelle le jeune peut et doit circuler.
Après la ratification de la Convention de La Haye, la priorité a été accordée aux adoptants brésiliens de ces enfants abandonnés.
On pourra lire le témoignage de A. C. Cardoso de Mello en annexe, psychologue brésilienne qui a adopté une fillette née dans le pays.
On retrouve en Colombie, au Chili comme au Brésil les mêmes critères pour l’adoption et les méfiances qui se mettront en place au fur et à mesure du temps (rumeurs et réputation entachée de ne pas prendre en charge les enfants abandonnés).
L’adoption en Europe, en particulier, en Europe de l’est.
Dans les années 1980, des pays comme la Pologne et la Roumanie se sont montrés favorables à l’adoption. On était alors au moment où le communisme commençait à s’effondrer. Même la Russie, quelque temps après, ouvrira ses portes.
Le niveau de vie s’améliorait. Un certain nombre de ces pays s’intégrait à l’Europe.
Dans les années 2010, 2011, on a pu chiffrer à 47 000 le nombre d’enfants russes qui ont été adoptés, notamment en Amérique.
Depuis, ce nombre a fortement chuté. La Russie ne souhaite pas que des couples homosexuels adoptent des enfants nés en Russie. Ce qui l’a conduite d’ailleurs à signer un traité franco-russe dès 2013 afin qu’il n’y ait que des opérateurs officiels dans les négociations en vue d’adopter, qu’une interdiction soit faite aux personnes de même sexe et qu’il y ait une rupture définitive du lien de filiation.
Les enfants depuis, proposés à l’adoption, nés à l’est, sont souvent porteurs d’un handicap (physique ou psychique), enfants qui ont, souvent, vécu une souffrance fœtale liée à l’alcoolisation des parents biologiques.
Comme on a pu le constater, dans ce survol des différentes cultures, la naissance d’une fille n’est pas le plus souvent une bonne nouvelle. On lui préfère la naissance d’un garçon qui, lui, au moins, permet d’assumer la dette de vie et ouvre à la transmission du nom du père. Si la fillette n’est pas tuée à la naissance voire avant sa naissance, elle est abandonnée dans des orphelinats ou des lieux d’accueil prévus pour ces abandons.
La France qui était devenue championne en matière d’adoption à l’international dans les années 2005 a ainsi accueilli beaucoup d’enfants venus de différents pays, porteurs de ces cultures.
L’adoption à l’international en France, comme ailleurs, a encore de beaux jours devant elle. Même si des pays lui préfèrent leurs ressortissants ou interdisent toute adoption compte tenu de postures jugées incompatibles avec certaines valeurs qu’ils revendiquent.
Références bibliographiques
Chebel, M. (1999) Le corps en islam , coll. Quadrige, PUF.
Denechère, Y. (2011) Des enfants venus de loin , A. Michel.
Ezembé, F. (2003) L’enfant africain et ses univers , Karthala.
Fine, A. (1998) Adoptions, ethnologie des parentés choisies , Maison des sciences de l’homme.
Godelier, M. (2005) Métamorphoses de la parenté , Fayard.
Kaiser, E. (1979) La marche aux enfants , Lausanne, Ed. Marcel Favre.
Lallemand, S. (1993) La circulation des enfants en société traditionnelle.
Prêt, don, échange. L’harmattan.
Rude-Antoine, E. (1999) Adopter un enfant à l’étranger , O. Jacob.
3 L’abandon, l’adoption : Définitions, concepts, éléments théoriques
Brigitte Tison
L’abandon, l’adoption
Les petits d’hommes ne peuvent commencer à être que dans certaines conditions selon D.-H. Winnicott (1975). Or, à la base de ces conditions, on trouve une personne adulte qui n’est autre que la mère biologique, susceptible de s’occuper d’eux. Celle-ci va s’activer autour de son enfant en fonction du développement progressif de ses capacités.
Grâce aux nombreux travaux d’études et de recherches sur le développement de l’enfant, on connaît mieux les conditions nécessaires et suffisantes pour que l’enfant puisse devenir, un jour, un adulte, responsable.
Nous allons dans ce chapitre commencer par évoquer quelques définitions et quelques concepts sur l’abandon (l’enfant de trop, l’enfant oublié, l’x inoubliable…) et l’adoption.
Puis, nous rappellerons quelques éléments théoriques qui servent de fondamentaux dans la connaissance du développement d’un enfant : éléments théoriques, en particulier, sur l’attachement (Bowlby, Ainsworth) et sur la mère suffisamment bonne (Winnicott)…
Il ne s’agit que de quelques auteurs parmi bien d’autres.
L’enfant abandonné aura-t-il la chance de grandir et de se développer pour accéder à une pleine maturité d’adulte ? Comment ? L’adoption peut être une des réponses.
Quelques définitions, quelques concepts
L’enfant qui nait et grandit dans une famille naturelle a de fortes chances de ne pas éprouver ou vivre les ruptures qui vont marquer la vie de l’enfant qui est abandonné et ce, parfois, dès la naissance.
Dans l’abandon, l’enfant vit un réel traumatisme. Il est arraché à sa mère biologique. Cela crée en lui comme a pu l’écrire M. Szejer « un trou au fond de son cœur » ( des mots pour naître , Gallimard, 1997). Ce qui le conduira, souvent, à ressentir un manque et une insatisfaction permanente.
S’il est adopté, pourra-t-il surmonter ces premières sensations ?
On idéalise beaucoup l’adoption et dans le même temps, on ne manque pas de culpabiliser l’enfant adopté en lui rappelant sa chance de l’avoir été ! Or, l’enfant adopté va vivre les mêmes difficultés que les enfants non adoptés,
Avec en plus, les difficultés plus spécifiques à son abandon.
Nous allons donc évoquer les circonstances qui conduisent les mères à abandonner leur enfant et qui différencient chaque situation en la qualifiant précisément. Les circonstances d’abandon sont diverses et variées et toutes sont causées par des manques, de la souffrance chez ces mères naturelles.
Il peut, déjà, y avoir des circonstances socio-économiques. Une mère vivant dans des conditions désastreuses, matériellement, peut être amenée à abandonner son enfant. C’est le cas de mères qui habitent dans les bidonvilles des grandes cités dans le monde (Brésil, Afrique…). Ces abandons ont fait l’objet du développement considérable de l’adoption internationale dans les années 1990-2005.
Ce ne sont pas les seules causes de l’abandon. Des circonstances psychologiques sont souvent à l’origine. Des enfants naissent, suite à un viol ou à un inceste. Ils peuvent, aussi, naître, lorsqu’il y a la guerre, enfants d’une union éphémère entre un soldat de l’armée d’occupation d’un pays et une jeune femme originaire de ce même pays.
Différentes appellations de l’enfant abandonné puis adopté représentent ces situations diverses et complexes que nous allons traiter à présent.
L’enfant du malheur, l’enfant de la honte
L’enfant est d’emblée considéré comme un enfant du malheur, un enfant de la honte. Ce fut le cas de J.-D. Rémond qui a pu raconter son histoire dans un livre : « Une mère silencieuse » paru au Seuil en1997.
Devenu adjoint à la Croix-Rouge, il explique comment, très vite, vers 12, 13 ans, de nombreuses questions lui étaient renvoyées concernant son physique (blond aux yeux bleus). Il prit, alors, conscience de sa différence. Ressemblant à un « pur produit germanique » dans ses goûts pour la musique d’Outre-Rhin et pour la philosophie allemande… Il n’avait plus aucun doute sur son père de naissance. Il voulait, donc, savoir qui était cette mère qui l’avait abandonné et dans quelles circonstances ?
Or, sa mère adoptive ne lui répondait pas. Même à sa mort, il n’a pu retrouver le dossier qu’elle avait constitué, le concernant.
Par différents chemins, il a fini par apprendre que, dans la région où il demeurait avec sa mère adoptive, il y avait eu une maternité, organisée par les allemands : un lebensborn (à Lamorlaye, dans l’Oise) pendant la dernière Grande guerre (1939-1945). Son père devait, probablement, être un soldat de la Wehrmacht (armée d’occupation allemande) et sa mère ?
Une jeune femme de la région ou une jeune femme, venue de Pologne ou d’un autre pays ?
Les lebensborn étaient ces maternités, résultant des théories aberrantes de Hitler, de créer une super race. Celui-ci avait décidé que l’avenir appartiendrait à ces nouveaux nés, blonds aux yeux bleus, grands… Les femmes et les hommes étaient, donc, sélectionnés en fonction de leur physique, de leur caractère…
A la fin de la guerre, les enfants du lebensborn furent adoptés par des familles françaises ou allemandes. Et c’est, ainsi, que la mère de Rémond est entrée en contact avec la Croix rouge.
Pour Rémond, l’enfant adopté vit entre deux mondes : soit il s’adapte, soit il devient inadapté.
Ce n’est que vers la cinquantaine qu’il va commencer à écrire son histoire. Mais il ne le fait pas en vue d’une publication. Il veut crier sa douleur et surtout la dire aux professionnels qui œuvrent dans les circuits de l’adoption. A ses yeux, l’accouchement sous x est, sûrement, une possibilité octroyée de bonne foi afin de faciliter l’adoption et l’intégration de l’enfant dans une famille.
Mais toujours, selon lui, il y a un paradoxe : « d’un côté, toutes les recherches montrent l’importance de la génétique et de l’hérédité et de l’autre, cet héritage est nié pour l’adopté comme si son environnement avait le pouvoir de tout effacer ».
Après avoir échoué à l’école, il s’isole à l’adolescence, devient un solitaire parce qu’à ce moment là, il ressent, cruellement, sa différence. Le pire peut alors lui arriver : plonger dans la toxicomanie, l’alcool, rester sans rien faire… Ce sont des rencontres qui vont lui permettre d’émerger et de se libérer de « l’omni-absence » d’une mère qui l’a mis au monde. L’enfant de la honte vit de nombreuses ruptures et souffrances qu’il ne peut pas toujours exprimer.
J.-D. Rémond n’est pas le seul enfant né d’une union éphémère entre une jeune femme et un soldat d’une armée d’occupation. On peut étendre la souffrance de l’enfant ainsi abandonné à tous les enfants nés de ces unions illégitimes et, en particulier, suite aux guerres (guerres colonisatrices, guerres mondiales…).
Les enfants nés au Vietnam pendant l’occupation française et, surtout, l’occupation américaine seront des enfants de la honte, du « perdre la face » et la plupart partiront en adoption à l’international ou iront vivre dans des villages aménagés pour eux au pays.
L’enfant, objet de réparation d’un couple qui se déchire
Il peut arriver qu’un couple qui ne va pas bien décide d’adopter. Plusieurs possibilités s’offrent à lui : où il se sépare ou il divorce mais il peut, parfois, vouloir encore réparer ce qui ne va pas et l’adoption d’un enfant peut devenir l’objet de cette transaction.
En réalité, jamais un enfant ne peut réparer une relation mal accordée. Il peut, en revanche, faire les frais d’une telle situation voire se culpabiliser si le couple continue de s’entre-déchirer. Il peut penser que c’est à cause de lui. L’on citera le témoignage de C. Demortier vivant à Bruxelles et qui raconte comment il a été abandonné à l’âge de un mois, puis recueilli dans un orphelinat de Pondichéry, en Inde. Ensuite, il a été « arraché » par ses parents adoptifs quand il avait atteint l’âge de 2 ans. Ensuite, c’est la période d’intégration dans la famille, dans son nouveau pays, à l’école. Il n’a pas droit à l’erreur ni à l’échec. Il sait d’emblée que cette adoption n’est pas réciproque. Le couple de ses parents adoptifs ne va pas bien. Sa mère l’étouffe et ne lui laisse aucune place. Son demi-frère de 7 ans et demi ne montre aucun sentiment de jalousie. Rien ne se laisse dire. Aucune expression de dépit, de colère. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Pour Demortier, l’adoption a été trop idéalisée. A l’adolescence, beaucoup d’adolescents vont être suivis en psychothérapie pour des troubles de comportement (fugue, drogue…). Pour lui, les couples font leur marché. Il y a eu la mode des enfants vietnamiens, des enfants indiens… Or quitter la terre de ses racines, un environnement avec ses odeurs, ses couleurs, ces premières sensations n’est pas chose si simple. Cela prend du temps. L’enfant doit faire son deuil de toutes ces choses là, encore faut-il qu’on lui en laisse le choix… Sinon, il y aura déni et la situation peut exploser à un moment ou à un autre… Il ajoute au journaliste qui l’interviewe pour le journal Le Matin de Bruxelles (2/04/2001) : « Je n’ai pas eu une enfance heureuse… Je suis tombé sur une famille dysfonctionnelle, comme on dit, avec des problèmes de communication dans le couple, de la violence… comme dans plein d’autres familles « biologiques » vous allez me dire ; mais quand on doit gérer ces problèmes là, en plus de l’absence de deux vrais parents, dont on me disait qu’ils étaient morts et dont je ne savais rien, c’est difficile »…
Comme on le voit, l’enfant endosse la mésentente qui marque le couple de ses nouveaux parents adoptifs tout en devant gérer les conséquences de son abandon. Il est doublement pénalisé sans avoir rien demandé à qui que ce soit hormis l’amour qu’une mère (ou une mère de remplacement) suffisamment bonne pourrait lui donner. D’enfant, on lui demande de prendre le rôle de l’adulte qui médiatise les problèmes que ses parents ont entre eux !
L’enfant oublié
Il s’agit de l’enfant placé en pouponnière ou dans un foyer pour un temps déterminé, ce que l’on nomme : un accueil temporaire. Les parents naturels ne viennent plus le voir ! L’enfant est, en réalité, abandonné et pourra faire l’objet d’une adoption si ses parents de naissance ne se manifestent pas dans un délai précis. L’enfant aura eu connaissance des siens mais ils se seront détournés de lui, trop pris vraisemblablement dans leur propre problématique.
Ce type de situations s’est énormément développé ces dernières années et l’enfant se construit dans l’incertitude la plus complète, espérant toujours que ces parents vont venir le chercher… On imagine le poids de culpabilité qui va peser sur l’enfant ! Le décrochage qu’il va vivre et s’il peut se développer sans trop de difficultés par la suite, ce sera grâce au travail des soignants, des monitrices éducatrices de jeunes enfants qui l’auront bercé, câliné… soigné…
Si on ne voit plus d’hospitalisme, ce terme barbare qui signifiait le désespoir des enfants laissés à l’abandon par tous, soignants compris, trop soucieux d’ hygiénisme après guerre, qui ne les touchaient quasiment pas, qui n’échangeaient pas avec eux, il n’empêche que ces mêmes enfants portent le stigmate d’une naissance pas comme les autres et des conséquences de l’abandon, même si une adoption peut colmater beaucoup de manques et éviter des carences gravissimes ou si un placement en foyer lui donne un référent qui le prendra en charge.
Nous n’avons pas d’exemple précis concernant ce type d’abandon qui aboutit très souvent à une adoption. Mais nous avons été témoins lors de remplacements comme puéricultrice dans des pouponnières de la région parisienne de ces enfants qui cherchent du regard cet autre qui ne vient plus, qui s’accroche désespérément à la personne qui lui accorde du temps.
L’enfant déraciné
Pour C. Demortier, arraché à sa terre du Tamil Nad (pays tamoul), en Inde du sud : le déracinement est une rupture traumatisante et il écrit d’ailleurs : « Après c’est perdu pour toujours. On ne peut plus s’enraciner nulle part ».
Nous avons évoqué au chapitre 2 comment l’enfant abandonné, dans les différentes sociétés culturelles, évolue. Tant il est vrai que quittant une terre, une langue, un environnement précis, il vit une rupture majeure quand il est adopté. Nous en avons fait l’expérience au Vietnam (Centre TDH-France, 1973).
Deuil de la terre, de l’environnement, du climat, des odeurs, des couleurs, de la langue, l’enfant devra s’adapter à une autre terre, à un autre climat…
En notre for intérieur, depuis toujours, nous pensons qu’une adoption internationale doit être vraiment exceptionnelle. Le pays a ses propres ressorts pour aider les enfants abandonnés (villages d’enfants, voisins, familles…).
L’enfant né sous x
Une mère qui a été violée ou incestée ou dont la grossesse est le fruit d’une rencontre hasardeuse et qui ne souhaite pas garder l’enfant peut accoucher sous x. Elle ne déclinera pas son identité. Aucun soignant ne saura où elle habite, quel âge, elle a, ni les raisons qui l’ont conduite à accoucher anonymement. Elle pourra laisser une ou deux informations au cas où l’enfant devenu grand cherche à retrouver celle qui l’a mis au monde.
Parfois, elle aura pu écrire une lettre pour l’enfant en lui expliquant son geste.
Certaines préfèrent renoncer à leur maternité et à la joie d’être mère et donnent, immédiatement, leur accord pour l’adoption. Elles font un cadeau de vie, un don de vie.
Les enfants né de viols collectifs, lors de conflits (ex-Yougoslavie, Rwanda) ou encore les enfants nés dans des pays où l’avortement est interdit et la grossesse hors mariage, par voie de conséquence, également, sont les premières victimes de ces violences.
On le voit l’enfant qui, né dans de telles circonstances, a déjà toute une histoire à la différence de l’enfant qui, tout de suite, est bercé et sécurisé dans les bras de sa mère. Il ne bénéficie ni du même bien-être ni de la sécurité d’une maman bien identifiée. Non que la maman adoptive (si tel est le cas) ne fasse pas tout son possible. Mais le traumatisme de la naissance, lié à ses premières ruptures a eu lieu et l’enfant l’a subi. La mémoire n’efface rien.
Nous allons donc rappeler comment un bébé, élevé et nourri dans les conditions d’une famille naturelle va se développer et qu’est-ce qui fonde le sentiment de sécurité et de bien être qui seront les assises de son existence future, celle d’adulte. Cela doit nous permettre de mieux comprendre les souffrances de l’enfant qui n’a pu vivre ces premiers mois de vie normalement et mieux mesurer les difficultés qui vont être siennes en grandissant.
Quelques éléments théoriques
L’affectivité de l’enfant est liée à son vécu, à sa vie relationnelle. Quelle est donc celle-ci et quelles sont ses caractéristiques dès la naissance ?
Dans une première période qui s’étend sur les 15 premiers mois de sa vie, les intérêts du nourrisson sont limités. Il ne recherche qu’un petit nombre de gratifications. Parmi celles-ci, il y a celles qui ont trait à la zone orale et aux soins alimentaires. L’activité de l’enfant est, alors, rythmée par son alimentation : les tétées, les biberons… et au fait que s’établit dès ce moment là un lien entre lui et sa mère. A cette même période, le plaisir de mordre, d’entendre la voix de la mère… de sentir les odeurs en général (chaleur…) fait, aussi, son apparition.
Si la mère offre un maternage de qualité, l’enfant va grandir, sans problème. En revanche, si la mère n’est pas suffisamment attentive, l’enfant peut montrer très vite des signes de carences.
Bowlby, psychiatre et psychanalyste britannique (1907-1990) va modifier considérablement la perception que l’on avait du rôle de la première relation affective entre l’enfant et sa mère avec sa théorie de l’attachement. En l’absence de cette première relation affective, l’enfant vivra un véritable traumatisme.
La théorie de l’attachement
Le cadre conceptuel de la théorie de l’attachement a commencé à prendre forme dans les années 1950, au moment où les psychanalystes du bébé, intéressés par les relations précoces et la psychogenèse, se sont penchés sur les données significatives de l’éthologie. C’est à partir de ces premières observations et en s’appuyant sur les découvertes de K. Lorenz, de H. Harlow (expériences à partir de jeunes bébés singes, séparés de leur mère) et de Spitz que Bowlby élabore sa théorie de l’attachement.
Il postule l’existence d’un besoin primaire et vital d’établissement de liens entre un bébé qui s’accroche et un adulte qui se prête à cet accrochage.