L
220 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

L'apport de l'Autre

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
220 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Cet ouvrage se veut un outil pédagogique pour tout lecteur qui souhaiterait approfondir la question de l'apport socio-économique, culturel et politique, des migrations en Belgique et en Europe. Il est construit de manière à lire les migrations par différents prismes (logement, emploi, enseignement, démographie, vivre-ensemble, histoire, religion, criminalité...). La migration serait donc un outil mal exploité par certaines politiques publiques, mal travaillé, et la question nouvelle serait de savoir comment notre société peut permettre à tout un chacun, migrant ou non, de valoriser ses potentialités.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2017
Nombre de lectures 10
EAN13 9782140033827
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
«  Compétences Interculturelles  » est une collection fondée et dirigée par Altay A. Manço . Elle est destinée à présenter les travaux théoriques, empiriques et pratiques des chercheurs et des acteurs qui ont pour but d’identifier, de modéliser et de valoriser les ressources et les compétences interculturelles des populations et des institutions confrontées à la multiplicité des référents socioculturels et aux contacts entre différentes cultures. Les compétences interculturelles se révèlent capitales, notamment dans le double effort d’inclusion des personnes issues de migrations, qui doivent à tout le moins se positionner à la fois par rapport à la société d’accueil et par rapport aux milieux d’origine, eux-mêmes en constante transformation. Les travailleurs sociaux au sens large, les enseignants, d’autres intervenants, mais également les décideurs chargés des politiques d’accueil et d’intégration des migrants et des minorités culturelles sont concernés par ce type de compétences pour mener, à destination de ces publics, des actions de développement social et pédagogique efficaces. Même si l’objectif est de faire connaître les travaux de l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) et de ses nombreux partenaires internationaux, cet espace d’expression est ouvert aux équipes pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à l’approfondissement des savoirs et des savoir-faire en matière de développement interculturel. Les publications en préparation couvrent divers domaines parmi lesquels : l’efficacité des dispositifs d’insertion socioprofessionnelle des migrants, l’éducation aux migrations équitables, etc. La collection bénéficie des apports d’un Comité scientifique international qui a pour rôle d’évaluer les ouvrages proposés pour publication, ainsi que d’initier des thèmes nouveaux. Le Comité participe également à l’orientation, à la diffusion et à la promotion de la collection. Les membres du Comité sont :

Amoranitis Spyros, IRFAM, Liège
Barras Christine , IRFAM, Liège
Bathoum Rachid, IRFAM, Liège
Besch Sylvain, Centre d’Études et de Formation Interculturelles et Sociales, Luxembourg
Bilge Sirma , Université de Montréal
Bolzman Claudio , Haute École Spécialisée de la Suisse Occidentale, Genève
Bultot Alain , Haute École Namur Luxembourg
Cohen-Emerique Margalit , Association Internationale pour la Recherche Interculturelle, Paris
Coslin Pierre , Université de Paris V
de Tapia Stéphane, Centre National de Recherche Scientifique et Université M. Bloch, Strasbourg
Dehalu Pierre , Haute École Namuroise Catholique
Dujeu Stéphanie , Athénée Royal de Marchienne-au-Pont
Étienne Caroline , Centre d’Action Interculturelle de Namur
Franchi Vijé , Université de Genève
Gatugu Joseph , Université du Burundi
Germain Annick , Institut National de Recherche Scientifique, Montréal
Gerstnerová Andrea, Centre national d’Information pour Jeunes, Luxembourg
Gjeloshaj Kolë , Université Libre de Bruxelles
Haddad Kévin, European Peer Training Organization, Bruxelles
Helly Denise , Institut National de Recherche Scientifique, Montréal
Jacques Paul, Institut Wallon de Santé Mentale, Namur
Kesteloot Christian , Katholiek Universiteit, Louvain
Lahlou Mohamed , Université de Lyon II
Liégeois Jean-Pierre , Université de Paris V
Louis Vincent , Université de Liège
Manço Ural , Université d’Aksaray
Ogay Tania , Université de Fribourg
Ouled El Bey Saïd, Haute École Libre Mosane, Liège
Raya Lozano Enrique , Université de Grenade
Rigoni Isabelle , Université de Poitiers
Santelli Emmanuelle , Centre National de Recherche Scientifique, Lyon
Tas Ertugrul, Université de Samsun
Tison Brigitte , Séminaire du Saulchoir, Paris
Tisserant Pascal , Université de Metz
Villan Michel , Direction Générale de l’Action Sociale et de la Santé, Namur
Vulbeau Alain , Université de Paris X
Zemni Sami , Université de Gand
Dans la collection «  Compétences interculturelles  »
M.-N. NINI, Etre adolescent en Algérie. Entre crise d’identité juvénile et crise d’identité sociale , 2016, 239 p.
D. SCHURMANS, La fonction guérisseuse. Essai comparatiste sur les pratiques de guérison. Qu’est-ce que guérir  ? Qui guérit  ? Comment  ?, 2016, 233 p.
L. SNOECK, A. MANÇO (sous la direction), Soigner l’Autre en contexte interculturel , 2016, 187 p.
M. VATZ LAAROUSSI et coll. (éds), Regards entrelacés «  Nord-Sud  » sur les réseaux transnationaux. Dynamiques familiales, sociojuridiques et citoyennes dans la migration , 2016, 227 p.
A. MANÇO (éd.), Pratiques pour une école inclusive. Agir ensemble , 2015, 242 p.
A. MANÇO (éd.), De la discrimination à l’inclusion en milieu scolaire , 2015, 120 p.
J. GATUGU (éd.), Les familles africaines et le mythe de l’Occident. Destins migratoires singuliers , 2015, 186 p.
B. TISON (sous la direction de), L’adoption à l’international. Un état des lieux en France , 2015, 342 p.
A. GERSTNEROVA, Temps de crise et vie associative. Migrants de l’Afrique subsaharienne et des Balkans en Europe , 2014, 182 p.
B. TISON (sous la direction de), La prise en charge de familles africaines en France et en Afrique. Regards croisés , 2014, 272 p.
B. TISON, Identités, Codes et Valeurs. Chez des chinois(e)s, 2013, 127 p.
S. AKGÖNÜL, B. DEDEOGLU (sous la direction de), La Turquie et l’Europe. Une évolution en interaction , 2013, 180 p.
A. MANÇO, C. ASCHENBROICH (sous la direction de), Migrants solidaires, destins jumelés  ? Pratiques et coopérations transnationales , 2013, 188 p.
K. SERAÏDARI, La ville, la nation et l’immigré. Rapports entre Grecs et Turcs à Bruxelles , 2012, 211 p.
P. ALEN, A. MANÇO (sous la direction de), Appropriation du français par les migrants. Rôles des actions culturelles , 2012, 178 p.
C. BELKHODJA et M. VATZ LAAROUSSI (sous la direction de), Immigration hors des grands centres. Enjeux, Politiques et pratiques dans cinq États fédéraux , 2012, 323 p.
U. MANÇO (coord.), Affaires d’identité  ? Identités à faire  ! Travail social et «  vivre-ensemble  » : expériences bruxelloises, 2012, 184 p.
C. BOLZMAN, T.-O. GAKUBA et I. GUISSE (coords), Migrations des jeunes d’Afrique subsaharienne. Quels défis pour l’avenir  ?, 2011, 198 p.
B. MARTENS, Guerres puritaines : signes religieux et vêtements pol(ys)émiques , 2011, 84 p.
A. MANÇO, C. BOLZMAN (éds), Transnationalités et développement. Rôles de l’interculturel , 2010, 222 p.
A. MANÇO, S. AMORANITIS (coord.), Migrants et développement : politiques, pratiques et acteurs en Belgique , 2010, 216 p.
L. MULLER, S. de TAPIA (éds), Migrations et cultures de l’entre-deux , 2010, 260 p.
C. GAVRAY, A. ADRIAENSSENS (coord.), Une fille = un garçon  ? Identifier les inégalités de genre à l’école pour mieux les combattre , 2010, 176 p.
A. MANÇO, C. BOLZMAN (coord.), Transnationalités et développement : rôles de l’interculturel , 2010, 222 p.
K. HADDAD, A. MANÇO, M. ECKMANN (dirs), Antagonismes et dialogues interculturels. Du constat des polarisations à la construction des cohésions , 2009, 250 p.
E. TAŞ, Kısmet  ! Belgique/Turquie : regards croisés sur mariages et migrations , 2008, 144 p.
M. SARLET, A. MANÇO (éds), Tourismes et diversités : facteurs de développement  ?, 2008, 158 p.
B. TISON, Des Indiennes en Europe. Valeurs et stratégies identitaires : comparaisons Paris-Londres, 2008, 176 p.
J. DEPIREUX, A. MANÇO (éds), Formation d’adultes et interculturalité. Innovations en pays francophones, 2008, 158 p.
A. MANÇO (éd.), Valorisation des compétences et co-développement. Africain(e)s qualifié(e)s en immigration, 2008, 236 p.
K. HADDAD, L’intégration des musulmans en Suède. Un défi singulier pour une société multiculturelle  ?, 2008, 125 p.
S. de TAPIA, S. AKGÖNÜL (éds), Minorités discrètes, diasporas en devenir  ? Kalmouks, Kazakhs et Tibétains en France , 2008, 322 p.
A. CHAOUITE, L’interculturel comme art de vivre. Fragments critiques , 2007, 152 p.
H. SAIDI (éd.) Les étrangers en France et l’héritage colonial. Processus historiques et identitaires , 2007, 154 p.
J. DE CHANGY, F. DASSETTO, B. MARÉCHAL, Relations et co-inclusion. Islam en Belgique, 2007, 240 p.
A. MANÇO (coord.), Turcs en Europe. L’heure de l’élargissement , 2006, 129 p.
M. BORN et coll. (éds), Recomposer sa vie ailleurs. Recherche-action auprès des familles primo-arrivantes, 2006, 214 p.
A. MANÇO, Processus identitaires et intégration. Approche psychosociale des jeunes issus de l’immigration, 2006, 188 p.
E. PRIEUR, E. JOVELIN, M. BLANC (coords), Travail social et immigration. Interculturalité et pratiques professionnelles, 2006, 312 p.
A. ELIA, Réseaux ethnocommunautaires des Foulbé en Italie. Recherche de visibilité, logiques associatives et stratégies migratoires , 2006, 115 p.
S. AKGÖNÜL, Religions de Turquie, religions des Turcs. Nouveaux acteurs dans l’Europe élargie, 2005, 193 p.
L. MULLER, S. de TAPIA (éds), Un dynamisme venu d’ailleurs : la création d’entreprises par les immigrés, 2005, 311 p.
A. MANÇO, S. AMORANITIS (éds), Reconnaissance de l’islam dans les communes d’Europe. Actions contre les discriminations religieuses , 2005, 200 p. Traduit en anglais.
C. PARTHOENS, A. MANÇO, De Zola à Atatürk : un «  village musulman  » en Wallonie. Cheratte-Visé , 2005, 174 p.
J. GATUGU, S. AMORANITIS, A. MANÇO (éds), La vie associative des migrants : quelles (re)connaissances  ? Réponses européennes et canadiennes , 2004, 280 p.
U. MANÇO (dir.), Reconnaissance et discrimination : présence de l’islam en Europe occidentale et en Amérique du Nord , 2004, 371 p.
A. MANÇO (éd.), Turquie : vers de nouveaux horizons migratoires  ? , 2004, 308 p.
M. VATZ LAAROUSSI, A. MANÇO (éds), Jeunesses, citoyennetés, violences. Réfugiés albanais en Belgique et au Québec , 2003, 312 p.
D. CRUTZEN, A. MANÇO (éds), Compétences linguistiques et sociocognitives des enfants de migrants. Turcs et Marocains en Belgique , 2003, 126 p.
A. MANÇO, Compétences interculturelles des jeunes issus de l’immigration. Perspectives théoriques et pratiques , 2002, 182 p.
Titre
Sous la coordination de
Altay Manço, Saïd Ouled El Bey, Spyros Amoranitis






L’apport de l’Autre
Dépasser la peur des migrants

30 années de recherches appliquées à la situation belge
Copyright

© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

EAN Epub : 978-2-336-78618-6
Sommaire
Couverture
4e de couverture
Dans la collection « Compétences interculturelles »
Titre
Copyright
Sommaire
Préface Maxime Prévot
Un outil pour raison garder Altay Manço, Saïd Ouled El Bey, Spyros Amoranitis
Contributeurs de l’ouvrage
Experts consultés
Récentes migrations en Belgique et en Europe : les apports des immigrés Altay Manço, Saïd Ouled El Bey
Flux et stocks migratoires en Belgique : facteur de peuplement et de rajeunissement Saïd Ouled El Bey, Altay Manço
Politiques migratoires en Europe et en Belgique : quels coûts et bénéfices économiques ? Altay Manço, Saïd Ouled El Bey
L’immigration menace-t-elle notre économie ? Frédéric Docquier
La diversité culturelle : un atout pour l’entreprise ? Altay Manço, Joseph Gatugu, Saïd Ouled El Bey
Travailleurs migrants et d’origine étrangère : quelles responsabilités pour les entreprises ? Annie Cornet, Alexis Hakizumukama
Entrepreneurs venus d’ailleurs Altay Manço, Joseph Gatugu, Saïd Ouled El Bey
Sommes-nous assez riches pour gaspiller les talents des migrants qualifiés ? Joseph Gatugu
Systèmes scolaires face aux défis de la diversité : ces discriminations qui nous coûtent cher Altay Manço, Saïd Ouled El Bey
Descendants d’immigrés : le parcours du combattant de l’école au monde du travail Altay Manço, Saïd Ouled El Bey
Jeunes issus de notre avenir Dina Sensi, Altay Manço
Stéréotypes et illégitimation des migrants en Europe et en Belgique : à qui profite le crime ? Saïd Ouled El Bey, Altay Manço
Villes et diversités : vivre ensemble dans l’espace public ? Altay Manço, Saïd Ouled El Bey
Participation citoyenne et vie associative : la diversité, quels apports ? Altay Manço, Saïd Ouled El Bey
Associations de personnes issues des migrations : contributions pour une société ouverte Altay Manço
Arts et minorités ethnicisées : un domaine négligé Marco Martiniello
Concevoir des politiques locales au bénéfice de tous : entre valorisation des diversités et lutte contre les inégalités Altay Manço, Saïd Ouled El Bey
Migrants : acteurs de développement et de relations internationales Altay Manço, Saïd Ouled El Bey, Spyros Amoranitis
Implantation et reconnaissance de l’islam en Belgique : la problématique du financement et du contrôle Saïd Ouled El Bey, Altay Manço
Faut-il financer l’islam de Belgique ? Michaël Privot
Le dialogue avec les patients migrants conduit à un nouvel humanisme et à une nouvelle médecine Daniel Schurmans
Recommandations pour dépasser la peur de l’Autre Altay Manço, Saïd Ouled El Bey, Spyros Amoranitis
Présentation du CRIPEL
Présentation de l’IRFAM
IMMIGRATION ET INTERCULTUREL AUX ÉDITIONS L’HARMATTAN
Adresse
Nos remerciements à Pierre Krier et Joseph Gatugu de l’IRFAM pour la relecture.
Photo de la couverture : Saïd Ouled El Bey.

Dans l’ensemble de l’ouvrage, sauf mention contraire,
le masculin est utilisé comme épicène.
Préface Maxime Prévot
La crise des migrants de 2015 a manifestement réveillé, voire renforcé, un climat de tension hostile aux migrants. Si certains ont développé des initiatives citoyennes pour accueillir et accompagner les immigrés, d’autres ont réagi dans un tout autre registre, parfois caricatural. C’est ainsi que la perception des citoyens est bien souvent erronée quant à l’impact réel des populations étrangères présentes au sein de notre société.

Vous pourrez lire dans les différentes contributions de cet ouvrage qu’un des enjeux majeurs pour l’avenir réside notamment dans la capacité que nous aurons à favoriser l’intégration rapide des nouveaux migrants et réfugiés, ainsi que la valorisation des compétences des anciens immigrés et de leurs enfants.

La Wallonie a souhaité concrétiser cette démarche avec l’opérationnalisation d’un parcours d’intégration qui traduit la volonté du Gouvernement wallon de garantir les mêmes droits à chaque personne désirant s’installer en Wallonie, par une approche singulière et personnalisée. Il se développe comme un processus d’émancipation des personnes, visant à leur permettre de s’intégrer au mieux dans leur nouveau cadre de vie. Il est important d’ouvrir ce parcours d’intégration dans une vision plus large concernant également les personnes de nationalité ou d’origine étrangère inscrites durablement sur le territoire et aussi la société dans son ensemble.

Ce dispositif ne pourra vraiment atteindre son objectif optimal que s’il peut s’appuyer sur un ensemble de mesures développées dans les politiques de l’emploi, du logement, de la santé, de l’enseignement…

Il est important que nous puissions développer cette approche transversale, qui placera l’individu au centre des préoccupations qu’elles soient politiques, économiques ou sociales.

Je souhaite que cet ouvrage stimule davantage la réflexion de l’ensemble des acteurs concernés, permette une meilleure gouvernance des migrations et favorise l’accueil et l’intégration des personnes arrivant en Wallonie afin de renforcer l’évidente plus-value consécutive à l’arrivée des nouveaux concitoyens.

Je vous souhaite une bonne lecture.

Maxime Prévot
Vice-Président du Gouvernement wallon
et Ministre de l’Action sociale
Un outil pour raison garder Altay Manço, Saïd Ouled El Bey, Spyros Amoranitis
Chaque jour qui passe, des sondages et des faits de l’actualité nous le rappellent : les discours extrêmes à propos de l’immigration gagnent du terrain et occupent une part de plus en plus importante dans l’opinion publique, craintive face à l’afflux de migrants, dans un contexte de crise morale, sociale et économique. Relayées par des faiseurs de jugement médiatiques et autres leaders politiques, ces idées alarmistes ne sont pas pour rien dans le foisonnement de propos haineux, voire d’actes de violence envers ceux estimés différents, étrangers, «  Autres  »…

Ces «  post-vérités  » ou «  faits alternatifs  » surfent sur les peurs et les émotions de nombreux citoyens belges et européens qui voient dans l’immigration une concurrence sur le marché de l’emploi et dans le secteur du logement social, ainsi qu’une détérioration du système d’éducation et de sécurité sociale. Des inquiétudes apparaissent aussi au niveau de la capacité d’intégration de «  certains  » immigrés dans la société.

D’aucuns souhaiteraient enrayer un phénomène vieux comme le monde en rendant les frontières encore plus hermétiques par une série de mesures de contrôle drastiques. Ceux-là même proposeront l’édification de murs comme barrières pour séparer les territoires de l’Humanité. Bien que l’idée paraisse logique dans une perspective simpliste d’opposition des contraires – mouvement/arrêt –, l’histoire des migrations nous apprend que cette solution est vouée à l’échec. Il suffit d’observer les conséquences de ce genre d’initiatives : mur de Berlin, barrière de Melilla et de Ceuta, mur de Calais, etc. La migration est un fait qui ne peut être évité. Durant cette dernière décennie, plus de 4 millions d’immigrés se sont établis annuellement dans les pays de l’OCDE.

En Belgique, près de 120 000 entrées par an sont notées pour environ 80 000 personnes qui quittent le territoire. Parmi ces migrants, deux tiers sont des citoyens européens qui bénéficient du droit de la libre circulation et un quart sont des ressortissants d’États tiers qui viennent en Belgique rejoindre leur famille. Seulement 5 % des entrants sont des travailleurs immigrés extra UE (dont des saisonniers et des temporaires, mais aussi des dirigeants de multinationales) et moins de 4 % sont des demandeurs d’asile (soit moins d’une personne pour 1000 habitants).

«  On ne va de l’autre côté de la rivière qu’avec une raison valable  » , dit un proverbe téké. Pour la plupart d’entre eux, les réfugiés et les migrants des pays en développement ont été forcés de quitter leur région pour diverses causes impérieuses telles que guerres et persécutions ou pauvreté et pression climatique… raisons dans lesquelles notre mode de vie joue assurément un rôle.
Des apports des «  autres  »
Si le débat public relaye l’idée selon laquelle l’afflux de migrants influencerait négativement l’évolution sociétale des pays d’immigration, la réalité est pourtant plus nuancée. Une réflexion basée sur l’étude des faits montre, en effet, que les mouvements de population génèrent une plus-value sur le marché mondial, à l’inverse de la croyance protectionniste répandue.

Les observations pointent la migration comme une source de main-d’œuvre, particulièrement dans les secteurs en pénurie ou dans les «  3D jobs  » – dirty, dangerous, demanding –, signifiant littéralement les emplois sales, dangereux et pénibles. Ces professions sont financièrement peu intéressantes. Ce sont des travaux saisonniers, discontinus dans le temps et parfois concurrencés par les délocalisations. Mais l’économie de marché sait que lorsqu’on «  traverse la rivière pour sauver sa peau  », toute condition est acceptable du moment qu’elle permet d’échapper à un destin désastreux.

Cette main-d’œuvre soulage donc des secteurs en demande, pour une part non délocalisables, tels que la domesticité, les services aux entreprises, les soins aux personnes, le transport et la logistique, la distribution, le commerce, la construction, l’Horeca, voire l’enseignement, les nouvelles technologies et certains secteurs de la santé. Moins chère, flexible et moins sensible aux droits et conditions de travail, la main-d’œuvre immigrée autorise pleinement la compétitivité des entreprises qui peuvent ainsi profiter pour pas cher, voire gratuitement, de qualifications non reconnues de travailleurs étrangers, au bénéfice, aussi, de meilleurs prix pour nous, consommateurs.

Mais les apports des migrants ne s’arrêtent pas à cette dimension quantitative, ils revêtent également un aspect qualitatif : certains mettent à la disposition des entreprises et de la société d’accueil leurs connaissances et compétences, notamment linguistiques et culturelles, ainsi que leurs réseaux en Belgique et ailleurs qui permettent d’élargir le champ d’action commercial. Des migrants prennent des risques, dans les pays d’installation, pour créer leur propre entreprise et des emplois. Ainsi, le monde entrepreneurial tire directement profit des migrations et, en cascade, les sociétés d’accueil et les citoyens bénéficient également d’effets en termes de promotion professionnelle (notamment pour les femmes), de hausse salariale et, même, de création d’emplois.

Cette dynamique macroéconomique est si ancrée qu’elle en arrive à diviser le marché de l’emploi. Les chercheurs nomment ce phénomène «  dualisation  » ou, plus spécifiquement, «  ethnostratification  ». Ils tentent ainsi d’expliquer la faible concurrence entre natifs et migrants sur le marché du travail. Les professions désertées par les uns créent un appel pour les autres et de manière complémentaire, la présence des «  autres  » permet aux «  uns  » d’évoluer socio-économiquement.

Ces mouvements se reflètent ensuite sur l’ensemble du système social qui finit lui aussi par se dualiser, clivant les «  autochtones  », d’une part, et les «  allochtones  », d’autre part, de plus en plus ostracisés, malgré le fait qu’ils accèdent à la nationalité belge et ancrent définitivement leur foyer en Belgique. Ces clivages fondés sur des «  identités  » culturelles «  justifient  » à leur tour cette dualisation qui renforce les freins à l’emploi des travailleurs migrants et issus de l’immigration, ainsi que de nombreux autres mécanismes d’exclusion sur le marché du logement, de l’éducation, etc. Et la boucle est bouclée.

Bien des obstacles à l’emploi spécifiques aux immigrés sont à relever. Méconnaissance de la langue du pays d’accueil, faiblesse des qualifications, manque d’expérience professionnelle utile, diverses difficultés administratives (par exemple, la reconnaissance des diplômes de l’enseignement supérieur est un problème pour un immigré sur quatre)… sont quelques-uns des obstacles que les migrants doivent contourner, sans parler des discriminations quotidiennes que vivent ces personnes sur les marchés de l’emploi, du logement, de la formation et de l’éducation. Si une batterie de mesures antidiscrimination existe, leur dimension non contraignante ne permet pas toujours d’améliorer la situation. On pourrait encore avancer l’idée que les migrants manquent de réseaux utiles et ne bénéficient que d’un faible accès à l’information pertinente pour expliquer leurs difficultés d’insertion socioprofessionnelle, mais ce serait sans compter avec l’embarras de certaines entreprises à envisager l’emploi de personnes étrangères pour des raisons administratives et/ou «  psychologiques  ».

De manière générale, il subsiste un manque de dialogue sur le marché du travail – et ailleurs –, créant un climat de crainte vis-à-vis de l’inconnu et cela, même si celui-ci est un jeune belge issu de l’immigration. Ce constat montre notamment l’insuffisance et l’inadéquation de l’offre d’accompagnement en formation ou insertion socioprofessionnelle et en révèle la faiblesse de son rapport avec le monde des entreprises. Pour les enfants de migrants, les échecs d’un système scolaire inadapté aux défis nommés oblitèrent aussi la présence d’un lien fragile entre école et emploi. Plus généralement, la défiance vis-à-vis des migrations ne met-elle pas en exergue l’incapacité de nos systèmes d’information et d’éducation, voire de notre gouvernance, à prendre en compte les besoins de sécurité, de dialogue et de contacts des populations de plus en plus diversifiées de notre société  ?

Nous sommes convaincus qu’il faut innover notre approche des questions liées aux migrations et à la cohésion sociale par un discours pragmatique et inclusif. Au regard des éléments que nous vous proposons dans ce livre, nous sommes ainsi persuadés qu’il est possible de tirer un meilleur parti des migrations tout en dépassant les dissensions sociales actuelles. C’est avec force que nous insistons sur la nécessité de s’informer, car quand nous jugeons sans connaître, nous condamnons sans preuve.

La littérature en économie et en sociologie montre, en effet, depuis des décennies, à travers l’ensemble du monde industrialisé, que les migrations sont un «  plus  » évident pour certains secteurs des sociétés d’installation, alors qu’elles peuvent représenter des difficultés pour d’autres secteurs. Il appartient au pays récepteur d’organiser l’accueil et l’intégration des populations concernées afin de fluidifier l’insertion des migrants à l’emploi, dans le logement et à l’école. C’est à ce prix uniquement que la potentialité que représente l’immigration pour l’économie, les sociétés et la démographie de nos régions peut éclore pleinement. À défaut, nous ne ferons qu’aggraver les coûts sociaux et économiques que la migration non régulée et non accueillie représente.

Il est certain que les immigrés sont des citoyens qui apportent et qui coûtent à la société, comme tout un chacun, en fonction des groupes sociaux et de leur historicité. Toutefois, le contexte actuel de méfiance à l’égard des migrants et des populations issues des migrations délégitime tant les apports que les besoins de ces groupes. Cela crée une situation paradoxale : par exemple, l’investissement dans l’éducation des jeunes d’origine étrangère est une garantie de la valorisation dans le futur de leurs potentialités. L’argument vaut également pour les politiques de lutte contre la discrimination à l’emploi. Dans le cas contraire, l’absence d’investissement dans l’avenir de ceux considérés comme les «  enfants illégitimes  » du pays, pour reprendre l’expression du feu sociologue Abdelmalek Sayad, conduit à une situation absurde de crise sociale dont la gestion est encore plus douloureuse et expansive que l’effort de départ.
Un livre-outil, une écriture-action
Loin de nous pourtant l’idée de vouloir suggérer une énième campagne-choc de sensibilisation, nous souhaitons malgré tout montrer que des solutions concrètes existent au bénéfice de tous.

Cet ouvrage se veut un outil pédagogique pour un public de professionnels (acteurs de l’éducation, de la culture, de la société civile, des médias, de l’économie, de la politique) ou pour tout lecteur intéressé qui souhaiterait approfondir la question de l’apport socio-économique, culturel et politique des migrations en Belgique et en Europe. Il est construit de manière à lire l’immigration par différents prismes dont les interconnexions sont importantes : le logement, l’emploi, l’enseignement, la démographie, le vivre-ensemble, l’histoire, le religieux, la participation citoyenne et politique, mais aussi la criminalité. Nous rendons compte de la migration comme d’un atout mal exploité par certaines politiques mises en place – ou justement non mises en œuvre –, mal expliqué et, par conséquent, mal compris par une partie importante des citoyens. La question ne touche pas tant ce qu’apportent les migrants dans leur ensemble – et encore moins individuellement – à notre société que de quelle manière notre société, dont les migrants et leurs descendants font partie intégrante, peut permettre à tout un chacun de valoriser ses potentialités.

La première partie de cette publication introduit brièvement l’histoire des migrations en Belgique d’après la Seconde Guerre mondiale et ouvre vers l’analyse démographique des flux et stocks migratoires dans ce pays : provenances, caractéristiques et soldes migratoires, gestion politique (code de la nationalité, regroupement familial, etc.). Les politiques migratoires sont alors décrites à travers leurs motivations sociales et conséquences économiques, dans les principaux pays de l’OCDE : coûts et apports des travailleurs immigrés au pays d’accueil, impacts sur la fiscalité, la consommation, l’investissement… La question des coûts et des apports de la diversité dans les entreprises et celle des migrants créateurs d’entreprises complètent le panel économique. L’étude interroge, ensuite, le système scolaire belge face aux défis de la diversité culturelle et du lien école/emploi, et propose un modèle inclusif. La partie juridique est consacrée aux stéréotypes et à la criminalisation de l’immigration en Belgique et dans les pays limitrophes. La participation politique, associative et socioculturelle des migrants alimente la question des apports de la diversité ethnique au vivre-ensemble dans l’espace urbain (impacts sur le logement, mais aussi la santé), ainsi que, dans un autre registre, aux relations internationales équitables, en particulier Nord/Sud. Une autre dimension, encore, concerne la place de l’expression artistique dans une société multiculturelle. L’implantation et la reconnaissance de la religion musulmane en Belgique illustrent, enfin, par un aspect spécifique, la problématique du vivre-ensemble. La question est : «  faut-il financer l’islam et pourquoi  ?  ».

L’étude montre globalement que la mise en concurrence des groupes de populations, les discriminations érigées en système, ainsi que la dérégulation des mécanismes de migration et d’emploi produisent un gigantesque gaspillage de ressources et de talents, génèrent des ressentiments et des conflits, et finalement nous coûtent à tous tant matériellement que moralement. Il est bien plus raisonnable et avantageux pour chacun de faire un effort inclusif afin d’exploiter au mieux les apports de chacun. Que voulons-nous : bénéficier des contributions de tous ou augmenter notre propre charge en excluant certains  ?

Notre démarche documentaire s’appuie, d’une part, sur un référencement bibliographique systématique couvrant les travaux effectués dans l’ensemble du monde industrialisé, sur une trentaine d’années. Ces travaux scientifiques (près de 500 publications référencées, essentiellement en langue anglaise) tentent de mesurer les apports, la plus-value, les contributions, la valeur ajoutée, mais aussi les coûts, la charge et les problématiques socio-économiques, démographiques, socioculturels et politiques que représentent les étrangers, les migrants ou les réfugiés, les personnes d’origine étrangère ou issues de l’immigration dans les principaux pays récepteurs de main-d’œuvre.

D’autre part, nos analyses ont bénéficié de la collaboration d’une vingtaine d’expert-e-s belges. Ils sont démographes, sociologues, politologues, islamologues, géographes, psychologues, pédagogues, criminologues, philosophes, historiens, juristes, médecins, économistes et gestionnaires. Ils ont contribué à clarifier les différentes dimensions des questions abordées et proposé de nouvelles pistes de recherche. Dans un effort interdisciplinaire, ils ont surtout aidé à translater les observations réalisées en d’autres temps et en d’autres lieux vers les réalités actuelles de la Belgique, et singulièrement de la Wallonie, afin de compenser la rareté de la littérature focalisée sur cette région. Ils ont lu, discuté et validé nos travaux. Plusieurs ont même contribué de leur propre plume de façon à renforcer notre travail ou de l’enrichir d’une dimension complémentaire, comme les apports des mixités culturelles dans le domaine des arts, de la médecine, des relations internationales ou de la spiritualité.

L’ensemble constitue un dossier de 22 analyses documentées, brèves et synthétiques avec des interconnexions d’une dimension à l’autre. Ces textes – lus et annotés également par des intervenants des Centres régionaux d’intégration de Wallonie, afin de passer de la technicité du propos scientifique à un langage plus général – sont au service des «  multiplicateurs  » tels que des acteurs de l’éducation et de l’information, pour une plus large diffusion, dans le cadre de formations, d’actions de sensibilisation, d’expositions et autres formes de vulgarisation.

Divisée en une vingtaine de chapitres thématiques, cette publication tente de «  réduire la complexité  » du domaine, afin de documenter et d’inspirer une perception plus positive des faits migratoires et de la mixité socioculturelle, une perception propice à la pleine valorisation de leurs potentialités sociales, économiques et culturelles. Aussi, chaque partie se conclut sur des recommandations inclusives en termes d’éducation, de formation et d’insertion dont des acteurs sociaux, économiques, éducatifs et politiques pourraient se saisir. La publication du livre dont des extraits seront relayés par la presse et divers sites internet sera accompagnée d’une série de conférences-débats dans de nombreux centres en Wallonie, à Bruxelles et ailleurs.
Contributeurs de l’ouvrage
Spyros Amoranitis. Formateur et consultant en interculturalité, directeur de l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRFAM) à Liège, spécialiste de la gestion des diversités.
Annie Cornet. Professeure de gestion des ressources humaines et de théorie des organisations aux Hautes Études Commerciales (HEC-Liège), Université de Liège (ULG), spécialiste de la gestion de la diversité en entreprise.
Frédéric Docquier. Professeur d’économie à l’Université Catholique de Louvain (UCL), chercheur qualifié au Fonds de la Recherche Scientifique (FNR-FNRS), spécialiste en économie des migrations et en théorie du développement.
Joseph Gatugu . Professeur de philosophie à l’Université du Burundi, collaborateur scientifique de l’IRFAM, spécialiste des questions migratoires et interculturelles.
Alexis Hakizumukama. Docteur en sciences économiques et gestion, chercheur à l’unité de recherches «  Études sur le Genre et la Diversité en Gestion  » (EGID) de HEC-Liège, ULG, spécialiste de la gestion de la diversité et de l’analyse sociale de l’entreprise.
Altay Manço. Docteur en psychologie, directeur scientifique de l’IRFAM, spécialiste de la psychosociologie de l’immigration et de la psychopédagogie de l’intégration sociale.
Marco Martiniello. Directeur de recherche au FRS-FNRS, professeur de sociologie à l’ULG et directeur du Centre d’Étude de l’Ethnicité et des Migrations (CEDEM), spécialiste des politiques migratoires, de l’ethnicité et du multiculturalisme.
Saïd Ouled El Bey. Maître assistant en sciences sociales à la Haute École Libre Mosane (HELMO) à Liège, collaborateur scientifique de l’IRFAM, spécialiste des questions migratoires et interculturelles.
Michaël Privot. Docteur en islamologie, collaborateur scientifique de l’ULG, directeur du European Network Against Racism (ENAR, Bruxelles), spécialiste des questions du financement de l’Islam en Europe et des processus de radicalisation dans les communautés musulmanes.
Dina Sensi. Docteure en sciences de l’éducation, coordinatrice pédagogique au Dispositif de concertation et d’appui aux Centres régionaux d’intégration (DISCRI, Namur), spécialiste en éducation et communication interculturelle, ainsi qu’en gestion des diversités.
Daniel Schurmans. Docteur en médecine et psychiatre, formé à la psychanalyse, praticien dans divers contextes thérapeutiques, fondateur d’un centre de santé mentale pour migrants (TABANE, Liège), spécialiste en ethnopsychiatrie.
Experts consultés
Fabienne Brion. Professeure de criminologie à l’Université Catholique de Louvain (UCL), islamologue et spécialiste des questions de discrimination.
Thierry Eggerickx. Professeur de démographie à l’UCL, spécialiste des mouvements migratoires et de leur impact démographique.
Jean-François Husson. Doctorant en sciences politiques, coordinateur de l’Observatoire des Relations Administratives entre les Cultes, la Laïcité organisée et l’État (ORACLE), Namur, spécialiste du financement des cultes.
Dirk Jacobs. Professeur de sociologie à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et directeur du Groupe de recherche sur les Relations Ethniques, les Migrations et l’Égalité (GERME), spécialiste des discriminations ethniques à l’école.
Christian Kesteloot. Professeur de géographie sociale et économique à la Katholieke Universiteit Leuven (KUL), spécialiste des questions urbaines telles que migrations et minorités ethniques, pauvreté et logement.
Laurent Licata. Professeur en psychologie sociale à l’ULB, spécialiste des questions du vivre-ensemble et des identités au sein des sociétés multiculturelles contemporaines.
Ural Manço. Professeur de sociologie à l’Université d’Aksaray (Turquie), spécialiste des questions en lien avec les migrations, la multiculturalité et les appartenances ethnoreligieuses.
Brigitte Maréchal. Professeure de sociologie à l’UCL, spécialiste de l’islam dans le monde contemporain.
Andrea Rea. Professeur en sociologie à l’ULB, spécialiste des migrations et de l’intégration des immigrés.
Sylvie Saroléa. Professeure de droit à l’UCL et à l’ULB, spécialiste du droit de l’immigration, des droits de l’homme et du droit international privé.
Récentes migrations en Belgique et en Europe : les apports des immigrés Altay Manço, Saïd Ouled El Bey
Une importation de main-d’œuvre
Après la Seconde Guerre mondiale 1 , la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et la Belgique, entre autres, recourent à une immigration massive afin d’affronter leurs besoins économiques (Rea, 2006). Le contexte d’après-guerre en Europe occidentale engendre, en effet, une demande croissante de main-d’œuvre (Boubakri, 2010). Castles et Kosack (1973) expliquent que des pays comme la Belgique font d’abord appel à des travailleurs temporaires : ces derniers sont recrutés sur le «  marché secondaire  » de l’emploi et constituent une abondante main-d’œuvre flexible, répondant à la demande, peu qualifiée et peu rémunérée. Ainsi, les travailleurs «  locaux  » ont le loisir de transiter vers le marché dit «  primaire  » correspondant à des emplois moins dangereux, plus stables, mieux rémunérés et nécessitant des qualifications (Ouled El Bey, 2012). Même si, avec le temps, les conditions de travail et les salaires des mineurs de fond, par exemple, s’améliorent, le recrutement de travailleurs nationaux diminue dans ce secteur. La mise au travail, entre autres, des prisonniers de guerre allemands, libérés en 1947, ne comble que provisoirement et partiellement le besoin. Aussi, le manque de charbon engendre rapidement des dysfonctionnements dans des secteurs industriels clés comme la métallurgie, les cimenteries, le textile, etc. qui sont abondamment sollicités par la reprise économique (Rea 2006) : la Belgique, comme ses voisins, a de plus en plus besoin d’une importante main-d’œuvre peu qualifiée (Itinera Institute, 2012  ; Lefèvre, 2015). Les pouvoirs publics sont alors tentés de recruter, comme avant la guerre, des travailleurs étrangers. Dès 1946, nous assistons à une migration organisée par la convention d’importation de main-d’œuvre signée avec l’Italie (Rea, 2006). Toutefois, le développement industriel de ce pays et la catastrophe de Marcinelle en 1956 provoquent l’arrêt des flux de travailleurs italiens et l’État belge «   se tourne vers d’autres zones de recrutement et conclut de nouvelles conventions bilatérales, notamment […] avec le Maroc (1964), la Turquie (1964), la Tunisie (1969)  » (Khader et coll., 2006, 187-188).

Durant les années soixante , poussés par une forte croissance économique, la métallurgie, la construction, certains services, les transports ainsi que la chimie aussi recrutent massivement de la main-d’œuvre immigrée faiblement qualifiée (Eggerickx, 2006). Les travailleurs migrants proviennent désormais de l’ensemble du bassin méditerranéen. Vu l’importante demande de main-d’œuvre, le ministère de la Justice assouplit la législation sur le permis de travail donnant accès au droit de séjour (Rea, 2006). Pour Pittomvils (1997), le grand essor économique de la Belgique de l’après-guerre ne s’explique que grâce à l’apport des travailleurs étrangers , même si ce contexte implique également une forte proportion d’immigration clandestine. En effet, de nombreux travailleurs immigrés arrivent dans le pays en tant que «  touristes  », et y sont orientés par leurs proches déjà installés afin de trouver un emploi. Ces arrivées sont appréciées, voire encouragées, par le patronat belge, alors en concurrence avec ses homologues des pays limitrophes, à l’affût de nouveaux bras. Dès leur embauche par les entreprises belges, ces nouvelles recrues sont régularisées et accèdent au droit de séjour, l’industrie évitant ainsi la lenteur de la procédure administrative (Rea 2006  ; Lefèvre, 2015). En 1967, cependant, l’augmentation du chômage et un ralentissement de l’économie poussent le gouvernement à réappliquer avec rigueur la législation sur la délivrance des permis de travail, afin de mettre fin à la clandestinité. L’année suivante, d’autres mesures réglementaires tentent de freiner le flux de travailleurs immigrés. Toutefois, ces réglementations n’y suffisent pas  ; en 1969, le ministre de l’Emploi et du Travail annonce une période de reflux et impose trois directives en matière d’attribution du permis de travail : refus de délivrance d’un permis de travail et de régularisation des étrangers arrivés comme touristes, interdiction d’accéder à un autre emploi que celui pour lequel une autorisation a été accordée et retour dans le pays d’origine des étrangers au chômage (Rea, 2006).
Une réponse aux déficits démographiques  ?
Toutefois, un autre facteur entre en scène. Si l’immigration répond à des besoins économiques, force est de constater qu’elle peut également combler des déficits démographiques : comparativement à d’autres pays européens, la politique du regroupement familial naît très tôt en Belgique, en écho à des travaux comme celui de Sauvy et Delpérée (1962) qui proposent d’abandonner la pratique d’appels sporadiques de main-d’œuvre étrangère au profit d’une immigration durable et d’une intégration familiale. Cette politique a une fonction démographique et est censée permettre la «  fixation  » des immigrés. La mobilité des migrants peut-être source de perturbations, pense-t-on, dans les cercles patronaux (Rea, 2006). On note qu’en 1970, les personnes d’origine étrangère représentent 7 % de la population belge, la grande majorité est de souche européenne (Caestecker, 2006).

Fin 1973 , la Belgique envisage également d’arrêter sa politique d’immigration familiale, du moins pour ce qui est de la main-d’œuvre non qualifiée (Eggerickx, 2006). Le gouvernement belge met ainsi officiellement fin au recrutement de main-d’œuvre étrangère en 1974, car le chômage augmente et la croissance économique diminue (Rea, 2006). La situation est similaire dans les pays voisins : l’Europe occidentale vit son «  premier choc pétrolier  » (Boubakri, 2010), c’est la fin des migrations organisées  ; toute demande d’immigration non conforme aux besoins du marché de l’emploi est, en principe, refusée, des visas sont peu à peu imposés pour toute entrée sur le territoire. Toutefois, malgré ce «  régime d’immigration zéro  », de nombreux migrants entrent légalement sur le territoire belge (ou européen) et finissent par recevoir un permis de travail, notamment à la faveur d’un regroupement familial, d’une demande d’asile ou en prolongement du statut d’étudiant étranger (Rea, 2006). Eggerickx (2006) remarque que, de 1975 à 1985 , le solde migratoire en Belgique diminue fortement, mais reste positif  ; par ailleurs, les migrations turques et maghrébines remplacent en volume les migrations italiennes et espagnoles. La délivrance de permis de travail à l’immigration diminue également à partir du milieu des années 70 à mesure que baisse progressivement la demande d’ouvriers non qualifiés dans l’industrie. C’est notamment une des conséquences de l’automatisation et de la délocalisation de beaucoup d’entreprises industrielles vers des pays où le coût du travail est moins onéreux. Les petites et moyennes entreprises demandent encore un certain volume de main-d’œuvre non qualifiée : elles se situent davantage dans les services et les grandes villes (Caestecker, 2006).
Vers une dérégulation
Selon le même auteur, le début des années 80 marque le renforcement d’une migration en relation avec l’asile et permet à des ressortissants des pays hors Union européenne de s’installer en Europe. Cherchant à fuir à des violences gouvernementales ou des situations de guerre, mais aussi attirées par un niveau de vie plus aisé, des services de scolarité et de santé performants, ainsi que par la liberté d’expression, ces personnes, majoritairement issues de l’hémisphère sud, émigrent dans divers pays développés comme la Belgique (Caestecker, 2006). Par ailleurs, l’année 1981 est une année de profonds changements pour les travailleurs immigrés. À cette époque, le chômage atteint le seuil des 400 000 demandeurs d’emploi. Les familles d’immigrés, majoritairement installées dans les zones urbaines et industrielles, sont spécifiquement touchées par cette hausse massive du non-emploi (Rea, 2006). C’est la naissance d’une politique d’intégration propulsée par le gouvernement Martens-Gol : la classe politique finit par accepter la présence définitive des travailleurs étrangers et de leur famille en Belgique. Les chercheurs parlent à ce propos «   d’une politique étatique du double bind  » (Khader, Martiniello, Rea et Timmerman, 2006) : cette présence est certes acceptée, mais plusieurs actions seront mises en œuvre pour camoufler son existence. Pour Rea (2006), cette politique d’intégration dissimule un paradoxe : d’un côté, il est question d’inclusion et de l’autre d’exclusion. En effet, si l’inclusion s’exprime par une réforme du Code de nationalité belge facilitant la naturalisation, en revanche, les discours politiques vont, en même temps, dans le sens de l’exclusion en infériorisant ou disqualifiant. De 1985 à 1991, l’article 18 bis de la loi du 15 décembre 1980 autorise par exemple les communes à refuser l’inscription des étrangers. D’autre part, mais sans guère de succès, on incite également les chômeurs migrants à rentrer dans leur pays d’origine (Loriaux, 2004  ; Lefèvre, 2015  ; Gerstnerova, 2015). Destinées au départ à fournir leur force de travail au pays d’accueil, ces personnes sont ainsi finalement invitées par l’État belge à quitter le territoire, malgré leurs contributions à l’enrichissement de la Belgique. Par ailleurs, les immigrés devront prouver leur volonté d’intégration afin d’en bénéficier (Rea, 2006). Plusieurs axes s’en dégagent : le code de nationalité est assoupli, la volonté politique de lutter contre le racisme et les différentes formes de discrimination s’affirme tout comme celle de promouvoir l’égalité des chances. Suite aux réformes successives portant sur la fédéralisation de l’État belge depuis 1980, la compétence de l’intégration des migrants est régionalisée et sera traitée différemment en Flandre et en Belgique francophone (Rea, 2006).

Dès le début des années 90, l’UE recommence à faire appel à l’immigration et enclenche sa politique d’élargissement à l’Est (Rea et Tripier, 2008). Le Benelux, par exemple, appelle à nouveau une immigration de travail, notamment pour répondre à ses besoins de main-d’œuvre saisonnière et temporaire. Si le discours politique ne change pas quant à l’arrêt de l’immigration, de nouveaux étrangers continuent à arriver en nombre en Belgique, la plupart du temps en toute légalité, pour des périodes relativement courtes et des aller-retour, s’ils sont originaires de régions peu éloignées, ou en usant des voies de l’asile et du regroupement familial, s’ils proviennent d’autres continents. Malgré la crise économique observable au taux élevé du chômage en Belgique, comme ailleurs en Europe occidentale, des secteurs tels que l’HORECA, la construction, l’agriculture, la logistique, les services de base aux entreprises et aux particuliers, etc. – donc les emplois impossibles à délocaliser vers des pays où la main-d’œuvre est bon marché – font abondamment appel à des travailleurs étrangers légaux ou non, travaillant souvent en dessous des prix du marché (Rea, 2006). L’absence de législation ad hoc liée au maintien du principe de l’immigration zéro conduit ainsi à une immigration débridée, non contrôlée, malgré les filtres aux frontières. La dérégulation des politiques migratoires accélère la libéralisation du marché de l’emploi au bénéfice des employeurs. Si l’immigration de la fin du 20 e siècle comporte encore une force de travail peu ou pas qualifiée, le flux de personnes hautement qualifiées prend le dessus, encouragé par les appels des secteurs tels que les services technologiques aux entreprises, la recherche et le développement, les banques et assurances, la santé, etc. Les entreprises multinationales et les places financières, notamment dans les pays européens, prévoient une pénurie de salariés de forte qualification : à la fin, des années nonante, environ mille cartes de travail pour le marché belge sont quasi uniquement délivrées à des personnes qualifiées, ces permis sont obligatoires pour les ressortissants des pays ne faisant pas partie de l’UE (Caestecker, 2006). On note également l’arrivée sur le territoire d’un certain nombre de petits investisseurs qui dynamisent le secteur de la distribution et de la restauration.

L’an 2000 est une année importante : le code de la nationalité est à nouveau assoupli (Louis, 2000). De nombreux étrangers obtiennent la nationalité belge (Loriaux, 2004) : le nombre de naturalisations passe en Belgique de 24 196 en 1999 à 61 980 en 2000 2 , dont 21 030 en Région de Bruxelles-Capitale, 24 814 en Région flamande et 16 136 en Région wallonne. Toutefois cette tendance n’empêche pas l’accroissement du nombre d’étrangers installés dans le Royaume (Caestecker, 2006) : le nombre de personnes nées à l’étranger passe de 1 064 214 à 1 380 323 3 , durant la période 2000-2008. Cette période correspond également à plusieurs campagnes de régularisation de plusieurs dizaines de milliers de personnes présentes dans le pays de manière irrégulière 4 .
La situation actuelle
En 2010, l’OCDE montre que le taux net d’immigration en Belgique est de 7 pour mille habitants. Les immigrants proviennent notamment de l’Europe des quinze, mais aussi des nouveaux membres de l’UE, ainsi que de zones extracommunautaires pour environ la moitié : en 2009, 10 % d’entre eux arrivent, par exemple, d’Afrique du Nord. Les raisons des migrations sont professionnelles pour la majorité des migrants européens, pour ce qui est des personnes issues des pays tiers, le regroupement familial motive la majeure part des mouvements, sans exclure une partie de demandeurs d’asile, ainsi que des étudiants et des travailleurs qualifiés 5 (Itinera Institute, 2012). En effet, le rapport NOMIBE 6 , remarque, en 2008, que depuis le début des années 2000, les migrants qui arrivent en Belgique sont non seulement plus diplômés que les migrants des flux précédents (vagues fordistes composées de travailleurs analphabètes ou peu scolarisés, originaires de milieux ruraux, sans expérience industrielle), mais aussi, en général, mieux formés que la moyenne du pays (Triandafyllidou et Gropas, 2007). Selon l’Itinera Institute (2012), aujourd’hui, les nouveaux migrants qui arrivent en Europe sont hautement scolarisés et les permis de travail sont presque exclusivement délivrés aux travailleurs qualifiés. Pour Meyer (2008), le nombre de doctorants et de docteurs qui immigrent en Europe n’a jamais été aussi élevé  ; le taux d’emploi des immigrés hautement qualifiés est en forte augmentation partout sur le continent, même dans les pays d’immigration ancienne comme la Belgique. Les caractéristiques des migrants du XXI e siècle sont également différentes de leurs prédécesseurs sur bien d’autres paramètres : les nouvelles vagues qui arrivent en Europe occidentale sont en moyenne plus jeunes, davantage féminisées, plus souvent issues des régions urbaines des pays émergents de l’Asie, de l’Afrique subsaharienne et de l’Amérique du Sud (Rea et Tripier, 2008).

Nous pouvons affirmer, en synthèse , que les migrations n’ont jamais cessé de faire partie de l’actualité : elles sont au centre de nombreuses études et réflexions depuis des décennies. Malgré les discours sur le coup d’arrêt des flux vers l’Europe, on observe, depuis les années 70, une augmentation de la migration vers cette zone géographique, comme vers de nombreuses autres zones dans le monde : selon les Nations Unies (2014), au niveau global, la population migrante passe de 92 millions en 1960 à 211 millions en 2010. Durant ce laps, le stock de migrants originaires des pays du Nord diminue légèrement (en passant de 3,1 % à 2,9 % de la population de ces pays) et la population en provenance des pays du Sud augmente fortement, allant de 1,5 % à 8 % de la population des régions réceptrices (Docquier et Machado, 2014). En Belgique, après l’accalmie des années 80, une hausse des flux migratoires est observée depuis les années 90 : on compte 160 000 entrées par an, dont deux tiers d’Européens et un tiers d’extra européens, les observations les plus récentes montrant encore une certaine accélération des arrivées. On remarque que si la Belgique est dans la moyenne européenne en termes de stocks d’étrangers comptabilisés sur son territoire, elle compte, par ailleurs, moins de migrants venant des pays du Sud que ses voisins.
L’avenir
«  Et l’avenir  ?  » se demandent Docquier et Machado (2014). Une des façons de répondre à cette question est de prêter foi aux enquêtes d’opinion qui sondent les intentions de migrations de la population mondiale. Selon ces économistes, la part de l’Afrique dans la population mondiale croîtra de manière importante et l’écart des revenus entre ce continent et les pays riches augmentera également. Si la pression migratoire se stabilise dans la majorité des pays riches, la précédente constatation augure le maintien de la poussée vers l’UE. En préservant les politiques migratoires actuelles, le taux d’immigration sera en moyenne 2,3 fois plus important dans les pays de l’UE 15 durant la première moitié du 21 e siècle (passant de 7,5 % à 17,2 % en quelques décennies). Si l’on se focalise sur le cas de la Belgique, on observe qu’en l’état actuel des choses, la population immigrée y représente 10,5 % des habitants. Selon l’étude «  Clandestino project  » (Triandafyllidou, 2009), ajouter à cette proportion la part estimée des personnes présentes dans le pays de manière irrégulière ne la ferait passer qu’à 11,1 % maximum. Il s’agit à présent d’y additionner l’immigration potentielle ciblant notre pays, autrement dit, tous ceux qui, de par le monde, arriveraient en Belgique si, demain, ils en avaient la possibilité matérielle (ce qui n’est évidemment qu’une fiction). Le taux de migration triplerait alors, passant de 11,1 % à la valeur théorique de 34,8 %, au-delà de 2050, la plupart des candidats à l’immigration vers la Belgique (et plus globalement vers l’Europe) étant du continent africain. Mais le phénomène migratoire est évidemment lent et progressif, il faut donc plutôt envisager cet apport hypothétique de population sur une très longue période. Selon les estimations de Docquier et Machado (2014), à taux constants, la proportion de migrants dans la population européenne passerait plus vraisemblablement de 8 % en 2000 à 17 % en 2100. Les flux migratoires sont de fait également sensibles au pouvoir de rétention des pays d’origine : si le développement économique se confirme en Afrique subsaharienne durant la période mentionnée, la proportion de migrants dans la population européenne ne dépasserait pas 14 % à l’horizon 2100. Concernant la Belgique, les estimations linéaires des auteurs montrent que la part de migrants passerait dans la population de 11 % à 24 % environ, dans les quelque 80 années prochaines, soit un bon doublement, à l’image de l’ensemble européenne.
Bibliographie
Boubakri H. (2010), «  Migration pour le travail décent, la croissance économique et le développement : le cas de la Tunisie  », Cahiers des migrations internationales, Genève : BIT, n° 102.
Caestecker F. (2006), «  Histoire de la migration en Belgique aux 19 e et 20 e siècles (1830-2000)  » Khader B. et coll. (éds), Penser l’immigration et l’intégration autrement : Une initiative belge interuniversitaire , Bruxelles : Bruylant.
Docquier F. et Machado J. (2014), «  Revenu, population et flux migratoires au 19 e siècle. Un défi sociétal pour l’Europe  », Studia Oeconomica Posnaniensia , v. 2, n° 12, p. 162-185.
Eggerickx T. (2006), «  Migrations internationales et populations de nationalité étrangère : quelques aspects démographiques  » Khader B. et coll. (éds), Penser l’immigration et l’intégration autrement : Une initiative belge interuniversitaire , Bruxelles : Bruylant.
Gerstnerova A. (2015), «  Efficacité des politiques de retour : Capverdiens au Luxembourg  », Diversités et Citoyennetés , n° 40-41, p. 20-23.
Itinera Institute (2012), Belgique, terre d’immigration : statistiques et évolutions , Bruxelles.
Khader B., Martiniello M., Rea A. et Timmerman C. (2006), Penser l’immigration et l’intégration autrement : Une initiative belge interuniversitaire , Bruxelles : Bruylant.
Lefèvre J. (2015), Le rôle de l’immigration économique en Belgique de 1918 à 1974, Bruxelles : IEV.
Loriaux F. (2004), L’histoire de l’immigration marocaine en Belgiqu e, Bruxelles : Carhop.
Louis B. (2000), «  La loi du 1 er mars 2000 révolutionne “par défaut” l’acquisition de la nationalité belge  », L’année sociale 2000, Bruxelles : le Sénat, p. 106-110.
Meyer J-B. (2008), «  La circulation des compétences : un enjeu pour le développement  », Annuaire suisse de politique de développement , v. 27, n° 2, p. 53-67.
Morelli A. (dir.) (1992), Histoire des étrangers et de l’immigration en Belgique, de la préhistoire à nos jours, Bruxelles : Couleur Livre.
Nations Unies (2014), Tendances des migrations internationales , New York.
Ouled El Bey S. (2012), «  Migrants qualifiés d’origine tunisienne en Belgique : carrières migratoires et liens au pays d’origine  », Manço A. et Aschenbroich C. (dirs), Migrants solidaires, destins jumelés  ? Pratiques et coopérations transnationales , Paris : L’Harmattan, p. 21-35.
Pittomvils K. (1997), «  Het ABVV, internationale arbeidsmigraties en “gastarbeiders” in de periode 1960-1974 : internationalisme versus nationale verdediging  », Revue belge d’Histoire contemporaine , v. XXVII, p. 434 et suivantes.
Rea A. (2006), «  Les politiques d’immigration : des migrations ordonnées aux migrations débridées  », Khader B. et coll. (éds), Penser l’immigration et l’intégration autrement : Une initiative belge interuniversitaire , Bruxelles : Bruylant.
Rea A. et Tripier M. (2008), Sociologie de l’immigration , Paris : La Découverte. Triandafyllidou A. (coord.) (2009), Clandestino project. Final report , Bruxelles : Commission européenne.
Triandafyllidou A. et Gropas R. (dirs) (2007), European Immigration : Sourcebook , Aldershot : Asghate.
1 Pour les périodes antérieures : Morelli (1992).
2 Soit une croissance de 156 % en un an (RNPP, DGSIE).
3 En 2000, 10 % des habitants de la Belgique étaient étrangers, ce taux est passé, en 2008, à 13 % (RNPP, DGSIE).
4 Selon le rapport d’activité 2009 du SPF Intérieur, la Commission de régularisation estime entre 40 000 et 45 000 le nombre de personnes régularisées sur une période d’environ cinq ans à partir du 1 er janvier 2005.
5 Cette catégorie mérite un point d’attention : avec le deuxième millénaire, la nouvelle économie basée sur la numérisation se confirme et génère une activité de conception à haute valeur ajoutée, principalement en Amérique du Nord, ainsi qu’en Europe de l’Ouest – mais également en Asie de l’Est qui fournit, à elle seule, la majeure part de la fabrication. La main-d’œuvre qualifiée du reste du monde est ainsi attirée dans ces zones et principalement par l’Occident. La mobilité s’accélère parallèlement aux inquiétudes de l’opinion publique occidentale et l’attention portée sur les migrations, notamment de ce type de main-d’œuvre, se confirme dans les analyses politiques et scientifiques (Meyer 2008).
6 www.belspo.be/belspo/fedra/TA/synTA013_fr.pdf .
Flux et stocks migratoires en Belgique : facteur de peuplement et de rajeunissement 7 Saïd Ouled El Bey, Altay Manço
Des flux et des stocks
Une des manières d’apprécier l’ampleur des mouvements migratoires et de leurs effets sur les pays d’accueil est d’inventorier les flux et les stocks 8 .

Depuis sa fondation, la Belgique est un pays tour à tour d’émigration et d’immigration. L’arrêt officiel des immigrations de travail en 1974, en Belgique comme dans les pays limitrophes, inverse toutefois la tendance des années précédentes et le solde migratoire passe au négatif jusqu’en 1984. Une nouvelle vague migratoire s’observe toutefois à partir de cette date sous l’effet du regroupement familial 9 . Celle-ci se poursuivra près de trois décennies durant. Malgré des fluctuations durant les années 90, avec plus de 90 000 immigrations étrangères enregistrées 10 en 2005, le pays atteindra un premier pic migratoire (Perrin, 2007a). Si en 2011, autre année record, on observe 138 071 immigrations d’étrangers, une lente décrue s’entame dès 2012 (124 717 entrées)  ; elle se poursuit en 2013 (122 079) et au-delà.

L’augmentation de l’immigration dès le milieu des années 80 coïncide avec une reprise des mouvements venant du continent européen et est accentuée par la construction de l’UE. Il convient également de compter avec l’impact des demandes d’asile 11 , ainsi qu’avec les deux campagnes de régularisations de sans-papiers que le pays connaît avant 2001 12 .

Si les entrées d’étrangers ont augmenté entre 1984 et 2011, leurs départs sont, par contre, peu nombreux. Le niveau de vie et les conditions de travail dans la plupart des pays d’origine sont moins attrayants que ceux de la Belgique. Du reste, l’ancienneté de certaines migrations et l’émergence des secondes, voire des troisièmes générations, ne rendent pas les retours envisageables pour la plupart des immigrés et leurs descendants. Ces populations s’installent durablement dans le pays, en prennent la nationalité. Même s’ils préservent leur droit en Belgique, une immigration de retour est difficile à envisager, quelle que soit l’origine des migrants (Perrin, 2007a).

Les nationalités les plus représentées au sein des flux vers la Belgique (hors demandeurs d’asile et réfugiés) sont les Français, les Néerlandais et les Marocains avec des proportions respectives de 13 %, 13 % et 9 %, même si les origines peuvent varier d’année en année. La part d’entrées d’autres nationalités est relativement moindre avec 6 % de Polonais et 4 à 5 % d’Allemands et autant de Turcs. Viennent ensuite les Roumains, les ressortissants des pays méditerranéens membres de l’UE, les Britanniques… Hormis le Maroc et la Turquie, la majorité des flux migratoires provient donc de l’UE (63 % en 2013, une proportion en constate progression) ou des pays riches (comme les États-Unis), même si le début du 21 e siècle connaît une augmentation de flux en provenance des pays européens extra-communautaires tels que la Serbie, la Russie, l’Albanie ou l’Ukraine. Loin derrière, l’Afrique centrale et occidentale est, après l’Europe et le Maghreb, la troisième région d’origine des immigrants et un des principaux points d’origine des demandeurs d’asile, même si l’on note un ralentissement des immigrations en provenance du continent africain, depuis 2010.

Avec un solde migratoire positif de 46 106, en 2013, la Belgique demeure avant tout un pays d’immigration où les migrants ont contribué au dépassement de la barre des onze millions de résidents . Néanmoins, un faisceau croissant d’émigration apparaît et reflète une mobilité globalement en hausse. En effet, le solde migratoire du royaume a diminué de 46 % depuis 2010. La majorité des émigrations concernent aussi des citoyens de l’UE 13 .

À l’exception de la période des deux grandes guerres, la Belgique voit la taille de sa population étrangère en constante augmentation. Cet accroissement s’accélère dans les années 50 et même dans les années 70, malgré l’arrêt officiel de l’immigration de travail. Néanmoins, depuis 1981, la population étrangère se stabilise et commence à baisser à partir de 1985, malgré plusieurs périodes de fluctuation, jusqu’en 2003. Le facteur principal de cette évolution difficile à cerner est l’augmentation du nombre d’acquisitions et d’attributions de la nationalité belge (Perrin, 2007a).

En effet, les étrangers ont des facilités pour accéder à la citoyenneté belge grâce au nouveau code de la nationalité datant du 28 juin 1984 (Manço et Knott, 2010). La loi qui permet l’accès à la naturalisation des immigrés et à leurs enfants 14 est modifiée à de nombreuses reprises, tantôt pour le fluidifier tantôt pour mieux le canaliser, selon les sensibilités politiques des différentes législatures. Mais elle permet de comprendre la progression démographique de la population étrangère en Belgique. Le nombre d’étrangers non-UE y chute, ainsi, depuis les années 90. Certaines nationalités européennes sont concernées également, comme les Italiens dont la diminution numérique s’explique aussi par l’acquisition du passeport belge (Perrin, 2007a).

Le résultat est qu’en Belgique, la population étrangère, en 2015, est essentiellement (68 %) issue de l’UE28  ; plus largement, plus de 75 % des étrangers résidant en Belgique sont issus du continent européen (y compris la Turquie). Loin du stéréotype habituel de l’étranger invasif que certaines enquêtes d’opinion laissent entrevoir, la grande majorité d’entre eux sont donc des citoyens de l’UE ou d’États associés bénéficiant, pour la plupart, au moins depuis 2004, du principe de la libre circulation et d’installation. Ces étrangers constituent une des composantes essentielles de l’économie et de la société belges considérées dans leurs liens avec l’UE. Les populations non européennes proviennent, quant à eux, principalement du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne 15 .
La diversité des populations
Compte tenu de l’ampleur des naturalisations 16 , les indicateurs juridiques comme la nationalité ne suffisent plus depuis longtemps à appréhender la diversité des origines de la population de la Belgique (Jacobs et Rea, 2005  ; Perrin, Dal et Poulain, 2006). La connaissance précise de la population est pourtant importante afin d’y appliquer les politiques les plus appropriées. Des chercheurs 17 envisagent ainsi, de longue date, des façons plus précises d’évaluer la diversité des populations. Appliquons-en quelques-unes au cas de la Belgique afin d’identifier les «  stocks de personnes d’origine étrangère  ».

La nationalité à la naissance, n’est certainement pas non plus un indicateur idéal puisqu’il exclut du compte les enfants de la seconde génération ayant acquis la nationalité belge par leurs parents, mais c’est la seule façon, pour le démographe, de prendre en compte les Belges ayant été étrangers (Debuisson et Perrin, 2004). Si, en 2006, la part d’étrangers dans la population du pays correspond à 8,6 %, celles des personnes nées étrangères (étrangers et Belges nés étrangers) sont égales à 15,5 % (Perrin, Dal et Poulain, 2006).

Perrin (2007 a) propose, par ailleurs, le décompte des personnes nées Belges de parents nés étrangers : ils seraient plus de deux millions sur dix, soit près d’une personne sur cinq. Dans ce groupe d’origine étrangère, 23 % seulement ont leurs deux parents nés étrangers  ; dans 57 % de ces couples «  mixtes  », c’est la mère qui est belge «  de souche  ».

Les travaux du Centre de l’égalité des chances et la lutte contre la discrimination et de l’administration de l’Emploi (2015) ont approfondi la description de la population d’origine étrangère à travers le développement d’un Monitoring socio-économique du marché de l’emploi belge . Le système propose des mesures de la diversité des travailleurs (soit la majorité de la population) à des échéances régulières, notamment à travers les critères d’origine (nationalité à la naissance des parents et des grands-parents) et de genre. Sur l’ensemble de la population de 18 à 60 ans, 86,6 % sont de nationalité belge (données de 2012). Dans le groupe des personnes de nationalité belge depuis trois générations au moins, seulement 29,7 % des personnes ont tous leurs grands-parents nés belges. Cela signifique que sept Belges sur dix au moins ont un des quatre grands-parents qui vient d’un autre pays  ! Cet indicateur suffit à lui seul pour imaginer ce que la démographie de la Belgique serait sans immigration.

Pour la population de nationalité belge depuis deux génération s, on constate que 35 % ont les parents qui proviennent de pays de l’UE28. Parmi les personnes de nationalité belge depuis une génération , ce taux diminue à 15,7 %. Si la population de nationalité belge s’est nourrie, durant des décennies, de l’arrivée de populations étrangères, la part des ressortissants des pays membres de l’UE dans cet apport diminue de génération en génération. Dans le groupe des personnes de nationalité belge depuis une génération , 38,1 % sont originaires de la Turquie et 36,2 % du Maghreb.

Un autre indicateur de diversité des populations est le statut de séjour (en arrivant en Belgique). Depuis 2008, l’Office des Étrangers, en collaboration avec Eurostat, rend publiques des statistiques sur les premiers titres de séjour des ressortissants des pays tiers (hors UE). Une analyse de ces données permet de connaître les raisons des migrations en lien avec les possibilités qu’attribue aux migrants chaque type de titre.

Ces derniers sont variés : ils peuvent avoir été accordés pour des raisons humanitaires, des raisons liées à des activités rémunérées, à l’éducation, à des stages, au regroupement familial, etc. Il existe aussi le statut de réfugiés et la protection subsidiaire. Ces titres sont, pour certains, renouvelables à des termes divers, donnent accès au marché de l’emploi ou non. On constate que le nombre de premiers titres de séjour octroyés à des ressortissants de pays tiers diminue continuellement à partir de 2010 pour atteindre 42 463 en 2013. Ce sont les titres accordés pour raisons humanitaires et familiales qui baissent le plus en volume (une perte de substance de 85 %). Le premier titre de séjour accordé pour cause familiale demeure toutefois la principale raison d’octroi. Le nombre de titres liés au statut de réfugiés et à la protection subsidiaire double pratiquement entre 2010 et 2013, passant de 2059 à 3918 (crise des réfugiés du Moyen-Orient). Il représentait 4 % des titres délivrés à des ressortissants de pays tiers en 2010. En 2013, cette catégorie représente plus de 9 % des documents délivrés.

Si l’immigration familiale concerne des populations déjà installées en Belgique (originaires du Maghreb, de la Turquie ou de l’Afrique centrale qui totalisent près de sept titres accordés sur dix), les titres de séjour pour réfugiés sont principalement délivrés à des Syriens et des Afghans (près de huit délivrances sur dix). Enfin, les titres pour activités rémunérées (2013) sont surtout octroyés à des ressortissants de l’Inde (40 %), du Japon (35 %) et des États-Unis (32 %) 18 .

La ventilation du nombre de permis de séjour selon les classes d’âge et de sexe montre que les immigrations pour raisons familiales sont surtout le fait de femmes. Les titres sont surtout octroyés aux enfants de moins de quatre ans et aux adultes essentiellement âgés de 20 à 44 ans. En revanche, les titres de séjour octroyés pour des raisons économiques sont davantage dus aux hommes de 25 à 40 ans.
Besoin de migrations  ?
En partant de ces données, l’Europe et la Belgique ont-elles besoin, à l’avenir, d’immigrations pour soutenir leur démographie  ? Selon T. Eggerickx, professeur à l’Université Catholique de Louvain, rencontré en mars 2016, la réponse est complexe : il est difficile de distinguer l’apport démographique des immigrés de leurs apports économiques. L’histoire de l’immigration a toujours intimement mêlé ces deux aspects. Il est clair, toutefois, que les sociétés occidentales sont des sociétés qui vieillissent. Pour le démographe, il y aura des classes d’âge de plus en plus fournies dans les 10, 20, 30 prochaines années : ce sont les groupes du grand âge  ; et les aînés vivront de plus en plus longtemps. A contrario , les classes d’âge actif se creuseront. Ce phénomène a un impact direct sur la problématique des pensions, dont le capital disponible sera moins alimenté, tout comme sur la pénurie de travailleurs déjà existante dans les secteurs des soins et services aux personnes qui font d’ores et déjà abondamment appel à de la main-d’œuvre étrangère.

Selon le chercheur, dans de tels secteurs le travail est éprouvant et les «  nationaux  » ne veulent plus s’y investir. Ce même processus est mentionné dans l’histoire de l’immigration depuis au moins la fin du 19 e siècle : des niches économiques sont par la force des choses «  réservées  » aux migrants, et ce sont rarement les emplois les plus lucratifs. Les mineurs d’hier seront-ils les infirmières de demain  ?

Si l’immigration est d’un certain apport ponctuel sur certains segments du marché de l’emploi européen ou belge (populations sélectionnées en termes de jeunesse, de santé 19 , de formation, etc.), un éventuel apport décisif de l’immigration pour réduire le vieillissement de la population est plus hasardeux à considérer. En effet, selon Eggerickx, des projections montrent qu’il faudrait des flux migratoires bien plus amples (comme au Canada, par exemple) que ceux notés actuellement pour inverser la tendance démographique (Feld, 2005). D’autant plus que l’on observe également une diminution de la fécondité parmi les populations immigrées dès lors qu’elles s’adaptent plus ou moins rapidement au pays d’accueil (évolution culturelle, absence de la famille d’origine, taille des logements, coût de la vie, sélectivité de l’émigration, etc.). Les dimensions intéressantes des groupes immigrés pour nos économies (la relative jeunesse de cette population, par exemple) ont tendance à disparaître avec leur intégration sociale, dès les deuxième et troisième générations (chute de la natalité, également observée dans les pays d’origine des migrants).

Pourtant, Sobotka (2010) qui analyse une vingtaine de recherches européennes note que malgré leur assimilation relative, les immigrées affichent généralement des niveaux de fécondité plus élevés que les natives. L’effet de la fécondité des immigrées sur la fécondité globale est, de ce fait, le plus souvent positif, même si elle est relativement minime. Cela implique, néanmoins, que la migration exerce un impact durable sur la croissance et la structure démographiques : les immigrants constituent, en effet une des rares catégories de population à présenter des taux de croissance en Europe. Ainsi, la migration reste susceptible d’exercer un effet sur la taille de la population active (Sobotka, 2010).

C’est pourquoi, suivant T. Eggerickx, il convient d’approfondir la lecture des réalités écodémographiques à des niveaux désagrégées, par région, par ville, voire par quartier. Les constats sont alors plus clairs et plaident, dans certaines localités où réside une importante population issue de l’immigration (Bruxelles), pour un effet démographique notable des migrants et de leurs descendants. Faisant un simple jeu de projection, il est alors aisé de constater que, s’il n’y avait pas eu l’immigration à Bruxelles, la population aurait sans doute diminué dans la capitale. Mais, c’est l’inverse qui s’est passé (boom des populations scolaires, «  Mohamed  » parmi les prénoms les plus donnés, etc.) : la population de cette ville doit beaucoup aux migrants. Cela est aussi le cas de nombreuses autres grandes villes en Belgique et ailleurs : les migrants occupent des espaces abandonnés et les font revivre, y créent des activités, consomment et contribuent à la richesse collective, notamment en créant ou en suscitant la création d’emplois (dans les services, l’enseignement, les commerces, etc.) 20 . En fin de compte, pour le professeur de démographie, les migrations, régulées (appel de main-d’œuvre, populations sélectionnées, efforts d’insertion) ou non, ont toujours apporté leur contribution aux pays d’accueil tant démographiquement qu’économiquement : la Belgique ne serait pas la même sans les migrations.

Concluons avec Blangiardo et Rimoldi (2012) qui se basant sur une large revue de la littérature scientifique, rappellent que de nombreux pays vivent un déclin d’effectifs au niveau démographique. Or, dans nombre de pays européens, les politiques sociales sont basées sur des hypothèses de stabilité ou de croissance de la population, de sorte que beaucoup d’entre elles ne sont pas prêtes à envisager les réalités démographiques de l’avenir. Ainsi, les migrations internationales apparaissent comme une façon de contrer les disparités économiques et démographiques qui vont croissant .

Si les auteurs rappellent que les migrants ne peuvent pas répondre à l’ensemble des problèmes économiques et des défis démographiques de nos sociétés (soutenir l’offre de travail, atténuer la tendance au vieillissement, construire le capital humain de demain…), leurs effets doivent être appréciés en tenant compte d’un différentiel géographique.

En effet, globalement, la contribution annuelle nette de la migration à la population de l’UE 28, entre 2001 et 2011, a été, en moyenne, de +/- 1,4 million de personnes (soit plus du double de la décennie précédente), mais cet apport ne se distribue pas de manière équitable dans l’ensemble du continent : l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni, la France et surtout l’Allemagne sont les pays qui en bénéficient le plus (plus de 100 000 entrants en moyenne par an par pays), alors que les pays de l’Europe de l’Est et du Sud-est voient leur population diminuer de manière importante. Quant au Benelux, entre autres, il se situe dans la moyenne européenne, bénéficiant d’un apport net de population d’environ 50 000 personnes par an.