L'approche thérapeutique des déficiences intellectuelles sévères et profondes

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Description

L'étude des espaces institutionnels, comme espaces à la fois thérapeutiques et de vie s'avère d'une importance capitale, dans toute approche du traitement des personnes handicapées mentales. L'auteur présente les méthodes de stimulation corporelle ou de stimulation basale, la méthode biographique ou de récit de vie, les méthodes basées sur les arts plastiques comme l'art-thérapie ou la musique avec la musicothérapie. Toutes ces méthodes tentent d'aider les professionnels à mieux accompagner la personne handicapée mentale.

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Date de parution 01 juin 2010
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EAN13 9782296935242
Langue Français

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Préface

Dans lemythe grec, théâtralisépar Sophoclepuis renouveléparFreud,lejeune
Œdipe estprié de répondre àl’énigmeimposéeparle sphinx à
celuiquiveutpénétrer danslaville deThèbes.Cette énigme est enréalité une devinette, comme
on aimait enéchangerjadisau coindu feu deshivers campagnards sauf qu’ici il
s’agit de sauver sa peau.La mauvaise réponse, eneffet,n’aqu’une sanction:la
mort.« Qu’est-ce qui, au matin, marcheàquatre pattes, sur deux àmidi, et sur
troisle soir ?», demande doncle sphinx à Œdipe.Et celui-ci, sans se démonter, de
répondre :«C’est biensûrl’homme qui marche à quatrepattesaumatinde savie,
sur deux un peuplus tard, sur troispieds à sondéclin,le derniern’étantautre que
sa canne ». Œdipe aux pieds gonlés (c’est la signiication littérale de son nom,
qui procède dumême radicalgrec qu’«œdème») trouveainsi laréponse eta lavie
sauve.Lespéripéties ultérieures del’histoirelaissent dansl’ombrele sens de cette
réponse.Car sans douteappartient-iltrop au répertoirepiégé du supposé connu.
Eneffet,la mortelle énigme débouche sur unconstat d’une évidencelapidaire :
l’être humain («Moi», autrement dit, dans le cas d’Œdipe confronté au sphinx)
n’estjamais qu’unanimal handicapé,passant deux des troispériodes de savie
dans l’impotence. Le philosophe catalan Miguel de Unamuno persiste et signe,
lorsqu’ilvoit dansl’homme,par excellence,«l’animal malade», tandis quele
penseurjuif viennois SigmundFreudlaisse entendre que toute créativitéhumaine
ne découle, en in de compte, que de cette impuissance initiale et prolongée du
petit d’homme — de sadéréliction, de son incapacité à se secourirlui-même, de
ce qu’il nomme sonHillosigkeit.Suite à unemalédictionqui afrappé son père, et
au mauvais traitement consécutif inligé par celui-ci, Œdipe est de surcroît
marqué transgénérationnellementaux chevilles.La mécanique du destin le conduira
progressivementaumeurtre de songéniteur,puis danslelit de sa mère,le toutau
il du naufrage de la cité de Thèbes, et avant qu’il ne se crève volontairement les
yeux.

Par-delà sespéripétiesmélodramatiques,l’histoire répercutéepar Sophoclenous
enseigne que consentir àla mécanique du destin ou tenter del’esquiver
constituent deux solutions également désastreuses.Entrel’évitementoulasoumission,
il importe denepas s’aveuglerpour donner chance à une troisième voie.Car si
laréponse erronée à une devinette d’apparenceanodine débouche surla mort
-et que sejouelàle sort de toute une cité-c’est forcément que chemine à cet
endroit, sous quelque déguisement, une vérité essentielle.Confrontés àl’énigme
du sphinx,nous débouchons donc surl’imageaussiuniverselle qu’immémoriale
del’homme entant qu’animal impotent : fatalement«handicapé»pourrait-on
dire, si onsepermet dele comparer à d’autresmammifèresproches commele
chimpanzéoule gorille.Il n’estpasinutile dèslors d’interroger cette façonde
dire contemporaine, riche de connotationsimprévues.C’estlemot«handicap»

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eneffet qui, depuis les années 60,prévaut dansnotre langue sur desmots comme
anormal, arriéré, retardé,inadapté,invalideouinirme-tous termesprocédant
d’une classiication descriptive des états concernés, avec l’accent mis sur l’écart
par rapport à unemoyenneindicatrice denormalité.Or,l’évocationd’un
«handicap» procède d’une tout autre vision des choses. Plus encore, elle apparaît comme
un passage sémantique fécond, témoind’une évolutiondesmentalités toujours à
l’œuvre de nos jours. Dans la notion de handicap viennent, en fait, conluer trois
thèmes solidement articulés : celuiduhasard, celuidela compétitionet celuide
l’équité.Étymologiquement,handin capsigniie en anglais « la main dans le
bonnet».L’expressionse réfère aujeuoùl’ontire àl’aveuglette un numérodans
unchapeau, autrement dit, à uneloterie– image concrète quisert également de
soubassement,notons-le, àlamétaphore de«loterie génétique». Historiquement,
lemothandicap(en anglais) se réfère à l’organisation des courses de chevaux
et plus tard à celle des compétitions de golf. Un «handicap» est ainsi une course
ouverte à des chevaux dontles chances del’emporter, apriori inégales, sont
compenséespar uneffort supplémentaireimposé auxplus aptes. Dans ce cadre,l’idée
-sportive aumeilleur sens dumot-est que touspuissentparticiper àla course
avec d’égales chances de succès,lesinégalitésphysiques de départ se voyant
compenséespar des règles compensatoires d’organisation.Trois registres donc
viennenticis’articuler :la distribution inégale des aptitudes,le désir de
faireparticiper tout unchacunetunensemble de règles visant à compenserlesmoindres
aptitudes de départ.

On voit d’emblée que le mot « handicapé » (déini ordinairement comme «
personne présentant une déicience, congénitale ou acquise, des capacités physiques
oumentales») est plus ouvert et plus riche sémantiquement queles autres termes
évoqués :invalide, retardé,inadapté.L’«adaptation»est d’ailleurs,on le sait, un
conceptpérilleux.Car qu’y a-t-ildepire : êtreinadapté à uncontextenormal ou
adapté à uncontextepathologique?Au regard descontraintes tropsouvent
aliénantes dela vie en institution, ce questionnementn’a riend’anecdotique.Notons
néanmoins quelamétaphore dela course, quivient éclairerlanotiondehandicap,
est elle-mêmepiégeante.Ellen’est que tropbien «adaptée»,ilest clair, àla
dérive compétitive caractéristique denotre société.Il importe dèslors delaprendre
sous son meilleur proil : le sport avec sa sportivité, le sport comme jeu, le sport
oùl’important estmoins de gagner que depouvoir rester dansla course,le sport
comme course àl’humanitéplutôt qu’auxhonneurs,le sport comme course contre
l’aliénation. Pourquoi, en effet, le handicapé devrait-il être de surcroît aliéné,
exclu delapartie, rendu étranger àlui-même et aux autres?Pourquoidevrait-ilêtre
assigné à résidence danslaplacepournouslamoins dérangeante, avecpour seule
norme l’angoisse des normopathes (la plupart d’entre nous) et leurs mécanismes
défensifsparfaitement socialisés?Car s’ilest clair quelehandicap mentaleffraie
plus quelephysique,ilest également constaté quelehandicap physique avec

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agitation (par exemple, le parkinson) est automatiquement associé au handicap
mental, d’où le retrait de l’interlocuteurpotentiel dans lemalaise, lanon-tentative
de communicationaveclapersonne souffrant de cemal, avecl’appauvrissement
consécutif de son mondeintellectuelet relationnel,mise enœuvre par défaut,
autrement dit, des conditions sociales d’un handicap psychique secondaire, ainsi
qu’érosioncollatérale d’une santémentale déjàmalmenéeparles frustrations
liées auhandicapde base.Garder quelqu’undansla courseprocède ainsid’un
choix très actif, d’un parisurlanotion même d’humanité, d’unepositionéthique
aux antipodes denos replis émotionnels autodéfensifs.

Les deux volumes très denses de SamuelGonzales-Puell (Comprendre et tratier,
…L’Harmattan, Paris2010), dont vous avezici le deuxième, s’attaquent de front
et systématiquement à unregistre quelaplupart,nonseulement des citoyensmais
despraticiens dela santé et del’éducation,ont tendance à éviter.Sans doute
le visage duhandicapé bouleverse-t-iltropcrûmentle déni ordinaire denotre
fragilité et offre-t-il trop peudegratiications narcissiques immédiatesau
professionnel.Lefaitest quepeuderélexionsdefond balisent unchamp qu’ona- plus
défensivement queparesseusement-tendance àminimiser.Or, d’entrée dejeu,
onapprendqu’en 1988 auRoyaume-Uni,parexemple,lenombre dehandicapés
(physiqueset mentauxconfondus) s’élevaitàprèsde14%delapopulationadulte,
soit 6.000.000 depersonnes ! Plus frappant encore, si300.000 citoyens souffrent
là-bas d’un handicap intellectuelsévèreou grave, surtout d’origineorganique,
48%desenfants qui ont vécudes stress familiaux y manifestentdes problèmes
d’apprentissagesensiblesdès leur scolarisationet,plus généralement, 80%des
déiciences intellectuelles yapparaissent liéesà descontextes
socialementdéfavorisés.D’emblée apparaîtainsi la complexitésocioculturelle autant queneuro
physiologique delamatière quifaitl’objet de ce travail.Ajoutons quel’auteur a
une formationdepsychanalyste et que, contrairement àlaplupart de ses collègues
(démunis ou peu motivés face à desétats réputés «déicitaires»),il n’a de cesse de
nous rappeler queleshandicapésphysiques etmentaux sontlogés àlamême
enseigne de désir et d’angoisse quel’ensemble deleurs concitoyens- même si leur
santépsychique dépend deparamètresplus aléatoires que ceux delamoyenne
des gens.Toutparticulièrement,l’accès à unexercicepartagé dela sexualité reste
pour euxproblématiqueetpeut susciter des réactions disproportionnées chez ceux
qui les accompagnent au quotidien.

Etant donnéla complexité du champet sonrelatif abandon,l’ouvrage alemérite
dene s’appuyer sur aucunsupposé connu.Cecienfait àla fois un instrument
derélexion pointuet un manuelderéférencefondamental,où les spéciicités
dela vie en institutionaussibienqueles théorieslesplus actuelles surlanature
del’intelligenceou du stress se voient clairement cartographiées.Des références
bibliographiquesextrêmementdiversiiéesbalisent, au ildes pages,unchamp
immense.Maisc’est surtout l’expérience du terrain quiafleuresanscesse dans la

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démarche : docteur en psychologie et directeur d’institution,l’auteur a commencé
comme éducateur denuit.Ainsi, évoquantles souffrances de toutenatureliées au
handicaptout autant qu’àla vie encollectivité,il ne faitpasl’impasse surles
souffrances dupersonnelsoignantlui-même,nisurles tentations disciplinaires qui
peuvent venir s’y greffer.Sanspathosniemphase, unsouciéthique constant
anime le champ diversiié de ces 300 pages.L’organisation institutionnelle(souvent
tentée de devenir sapropreinalité),le doublerôleglissantdel’éducateur
(maintiendel’ordre etpromotiondu changement),le risquelarvé de dérives eugénistes
(ligature autoritaire des trompes pour protéger lapersonne et/ou lasociété),la
violenceparabusdepouvoir (maisaussi parcarence d’intimité)sont interrogés
avec une fermeté enrien moralisatrice.Comment doncnaviguer sans sauvagerie
dans uncontexte dissymétrique,oùlenécessaireidéalcollectif qui orientele
travail risque,plus qu’ailleurs, d’écraser lasingularité deses supposésbénéiciaires
?Comment, autrement dit,nepas étoufferle désir tapisous tant de demandes, en
répondant àl’avance au seul niveau«bienétudié»des besoins?Commentnepas
«fairelemalheur dela question» ?Il n’y alà aucuneréponse toute faite,ons’en
doute,mais unrichematériaupour enrichirle questionnement,le faire ricocher
sur l’altérité du handicapet lerenvoyeràl’énigme de chacun(e), c’est-à-dire de
«nous-mêmes»,ou,mieux encore«nosotros», comme dirait
SamuelGonzalesPuelldans salanguematernelle.

Ajoutons quela défense del’autonomieplutôt que del’infantilisation, dela santé
plutôt que delanormalité, s’avère forcémentpolitique.Àlalumière dela
démocratie-qui promeutl’égalité dansla diversité etdelapsychanalyse-quisouligne
l’égaleprécarité deshumains ,lanotionsportive de« handicap »acquiert
soudainune dimensionuniverselle.Compenserlesinégalités du sortpourpermettre
à chacunde rester dansla course, veiller ànepas faire coïncider dépendance de
fait et expropriationdu désir, s’avère uneoption nonréductible à quelqueobjectif
spécialisé.Si lehandicapapparaîtcommeune des igures majeuresdela
condition humaine,le sort réservé auxhandicapés révèle alors sans fardsles faillesou
les grandeurs de touteorganisationsociale.

Francis Martens*

*Président del’Associationdes Psychologues Praticiens
deFormationPychanalytique de Belgique(APPPsy)

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Remerciements

Des collaborations étroites avec desprofessionnels de la santéont abouti à des
textes quiigurent ici sous notreseuleplume.Médecins,psychiatres, éducateurs,
psychologues,kinésithérapeutes,logopèdes, ergothérapeutes, assistants sociaux,
aidesmédicaux rencontrés dans le cadre denotre activité institutionnelle sont
venus nourrir notrerélexion pendantdelonguesannées.

Citonsplusparticulièrement SandraDesmet,psychologue,
quis’estparticulièrementinvestie dansl’étude surl’évolutiondes caractéristiques
bio-morpho-statiques etpsychomotrices ainsique dansle chapitre
surlapsychothérapieinstitutionnelle.

Julie Lavenne,psychologue, a été àl’origine d’unevasterélexion sur les récitsde
vie etlaméthode biographique.

Corinne Thomée,psychologue, aparticipé àla rédactiondenotre étude surle
stress des travailleurs.

BenoîtTackoen, Nohla MaimounietHassanRiahi,kinésithérapeutes, doivent
être remerciéspourla récolte des données concernantles aspects
bio-morphostatiques etpsychomoteurs.

Marie César,logopède,nousa aidé dans larédaction sur le chapitre dédié àla
stimulationbasale et sensorielle ainsi que Roxane Michaux, également logopède,
quiaparticipé au travailsurles récits de vie.

CeciliaGallo, éducatrice spécialisée, a réalisé unextraordinaire
travailsurlalittérature au sujet del’automutilation.

Il nous reste àremercier les lecteursde cetravail,toutd’abord M.PaulGiniewski,
écrivainà Paris, qui nous a conseillé au tout début de cette entreprise et quia
ensuite bien voulu lireuneformeplusélaborée du texte,
MmesC.Gompel,psychanalyste, etB.Périlleux,licenciée ensciences du travail, qui ontlule texte
enapportant desidées et commentairesjudicieux dansl’un oul’autre des
chapitres,Adeline WeckmansetDéborahFabré,journalistes,qui ont parcouruce
texte àla recherche desimperfections etl’équipe sanslaquelle ce travail n’aurait
jamais pu voir lejour: MmesKathyForton, Gaëtane Fontaine etMartine Kneipet
Mlle IsabelleBongartz.

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Introduction
La déicience intellectuelle : une réalité multiforme

Les institutions du secteur de l’aide auxpersonneshandicapéesmentalesont
beaucoupévolué ces dix dernières années.Pour beaucoupd’entre elles,les temps
incertains qui marquaientle commencement d’une activitépeu reconnue sont déjà
loin:l’étroitesse deslocaux,laprécarité des cadrespédagogiques et cliniques,
l’absence de personnel qualiié et d’autres encore.
Lesinstitutionsjouissent aujourd’huide structures adaptées, demodèles
d’interventioneficaces, afinésau ildu temps.Celas’est fait souvent grâce àl’effortde
acteurs de terrain, desparents et desprofessionnels.Grâce à eux,nosinstitutions
sesont forgéun modèle et un stylepropres qui leurdonnent unespéciicité dans
le champdelasantémentale.Ces caractéristiquesparticulières répondentaux
demandesdesbénéiciaires, àlaspécialisationetàl’orientation théoriquepropre
à chaqueinstitution.
Maisceteffortest loind’êtreterminé;bon nombre de choses restentencore à
faire.
Les travaux quenousallons vousprésenter vont tenter de vous donner une vision
de cette approche cliniquespéciique au handicap mental quenous revendiquons
plus quejamais.Ils vont stimuler votrerélexiondeprofessionnel, de chercheur,
deparent.Ils vont vous permettre d’afiner vosconnaissancesdansce domaine
complexe qu’estlehandicap mental.
Introduirelelecteur dans undomaine sivaste d’activités cliniquesn’est guère
facilemaisil nous sembleimportant de commencer en nous référant à quelques
problèmes d’ordre éthique quiconcernent,pourl’essentiel,lacondition humaine
dela personnehandicapéementale et son avenir.

Le respect des droits civiques du handicapé et de sapersonne

Personnenepourra nierle fait quelespersonneshandicapéesmentales sont encore
victimes denospréjugés.De ce fait, elles constituent uneminoritéayant un haut
risque de décompensation psychologique.Elles risquent, trois foisplus vite que
nous, de développer des troublespsychologiques, ce quigrèveleurhandicap.

Très souvent,nouspensons que cesproblèmespsychologiquesne sont qu’un
aspectdeplusdu handicap, cequiest faux (cequelesauteursaméricainsappellent
overshadowing effect).Traités souvent enfonctiondu stéréotype
socialqu’ilsincarnent,laviesociale des handicapés resteramarginale.Un telappauvrissement
deleur rôle social les fragilise etles conduitinexorablement vers une vision
appauvrie d’eux-mêmes.

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Un autre aspect de ce même problème est que leur condition de dépendance
constitue unfacteur de risque de sévicesou demaltraitances.Tropsouvent, ce
sont des victimes silencieuses.
Le respect des droits civiques
despersonneshandicapéesmentales,institutionnaliséesounon, reste unsujet tabou.
On sait que tout handicap entraîne une fragilité psychologique qui, à son tour, est
propice au développement d’attitudes surprotectricesou biende rejet delapart
del’entourage.Lorsquelespersonneshandicapéesmentales sont confrontées à
de telles situations, ellespeuvent avoir des comportementsnonadaptés qui
peuvent être compris comme des formes singulières d’expression, des appelsou des
signaux,queleursdificultés à s’exprimerverbalementautorisentaindepallier
le barrage deleurs besoins et désirs.
L’automutilation,la destructiondelapropriété d’autrui oul’agression physique
ou verbale sont, ence sens, des formes ultimes de communication, d’expression
de soietnon pas de déviationspar rapport à un idéalde comportement
socialement acceptéou acceptable.
Lespersonneshandicapéesmentales sont aussifragilesparce queleur croissance
psychologique a été entravéeparlamaladie,parce qu’ellesont vécu, engénéral,
dans desmilieux familiauxprotégés, sécurisants et que,lorsqu’elles sont
devenues adultes,leur adaptationaumilieu anécessité des supports adéquatspourleur
handicap.
Plus fragilespsychologiquement, ellespeuvent développer des comportements
inadaptés oudes troubles psychiatriques ; leurdificulté às’exprimer, à
auto-satisfaireleurs besoins fait barrage àleur épanouissementpersonnel.
Face àunepersonnehandicapéementale etayant un
troublepsychiatrique(comportementagressifetautomutilant),ilestdificile d’avoir une attitude
éthiquement correcte.Les réponses des équipes sont souvent restrictives etont comme
objectif d’empêcherle sujet d’accomplir certains gestesou certains actes.Ce
faisant,nouslimitonsleurliberté sans avoir cherchéle sens deleur symptôme, sans
avoir tenté de comprendreles raisons d’unteltrouble.
Lespersonnes ayant un handicap mentalconstituent ungroupe àhaut risque
d’abus sexuelet demaltraitance.Ellespeuvent devenir des victimes de violences
et demauvais traitements.
Ilfaut savoir que despersonnes totalement dépendantespeuvent être extrêmement
vulnérables aux caprices de ceux quien prennent soin.En pareilles circonstances,
la gravité duhandicaprendl’évaluationde ces situationsimpossible, raison pour
laquelle cesévénements sontdificilementdétectables.
L’hypothèse selon laquellelaprésence d’un handicap mental protégerait
cespersonnes des abusn’apas de fondement.Certains auteursprétendent queles gens
ont delapeine et delapitiépourleshandicapés et qu’ilslesprotègent à toutprix.

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Pources raisons, ilsne les considèrentpas comme une cible éventuelle des
agissementspervers.
Dansles cas de sévices corporels, denombreux auteurs signalent queles enfants
n’ayantpaslesmêmes capacitésintellectuelles queles enfantsnormauxpeuvent
être davantage victimes demauvais traitements.
Auniveau dela cellule familiale, ce sontle stress etl’angoisse desparents face
auhandicapquicontribuent à amener ceux-cià semontrer violents enversleurs
enfants.

D’autres auteurs soulignent quelesparents développent des attentesirréalistes au
sujet de leurs enfants handicapés mentaux (en particulier pourceux qui
setrouventàlalimite dela déicienceintellectuelle)car,toutenayant l’air normal, ces
enfantsont deshandicaps qui, d’une façon ou d’une autre,perturbentles relations
familialeset sociales.Ilexiste ainsi unerelationentrelaprésence desévices
inligés aux enfants etlaprésence d’un handicap mental.

L’enfantoul’adultehandicapémental peut avoir besoind’une affection plus
grande carilestpsychologiquement fragilisé.Il nécessite unappui plusimportant de
lapart desparents qui parfoisne se sententpas en mesure deluiapporter ce dont
ila besoin, créant des tensions au seindela famille.
Cole(1986) soulignait queles parentsd’enfants handicapés mentauxavaient
tendance soit àpriverleurs enfants d’affection, soit àles écraser souslepoids de
celle-ci: descomportementsextrêmes peuventaccroîtrelavulnérabilité
del’enfant à être une victime demaltraitance.

L’isolementphysiqueou social peut aussiêtre considéré comme étant unfacteur
quiaugmentela vulnérabilité del’enfant.Les familles despersonneshandicapées
viventparfois coupées dumonde, ayant desliens uniquement aveclespersonnes
payées pour s’occuperdeleur ils oudeleur illehandicapé.

Les enfants etles adultes victimes d’abus connaissent souventleurs agresseursou
leur sontparticulièrement attachés.Engénéral,les abus sexuels sur des enfants
présentant une déicienceintellectuellesont lefaitdepersonnesdeleurentourage
familial ouinstitutionnel.

Lespersonnes ayant un handicap mentaldépendent des soinsprodiguéspar des
adultesdeleurentourage(toilette, alimentation, déplacements,
etc.)etcelapendant despériodespluslongues quepourles enfantsnormaux.Ils reçoivent
égalementplus de services spécialisés.Ces contextespeuvent sembler aux auteurs
d’abuspotentielspluspropicespourmasquerleurs actesodieux.
Quelques auteurs estiment,par ailleurs, quel’enfantoul’adultehandicapémental
peut craindre denepas recevoirles soinsnécessaires à sa survie s’il protesteou
rapportel’abus.

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Les personnes souffrant d’un handicapsontplus sensibles queles enfants aux
appâts donnésparlesadultes.
C’est unfait communémentadmisparles spécialistes qu’elles désirent souvent
desobjetspouvantleur donner un prestigeou unemise envaleurpersonnelle.
Un enfant déicient mental peut avoir plusde dificultés qu’unenfant normalà
reconnaîtrel’astuceou lepiègequi luiest tendu par l’auteurdesabusaindele
manipulerou de se servir delui.

Lespersonneshandicapéesmentales sontparticulièrementobéissantes etpassives
enverslesadultes.Lesparentsayantl’obligationdeprotégerleur enfantlimitent
lapersonnehandicapée dans lamaîtrise desaproprevie.
Cecicrée chez elle unsentiment d’impuissance qui,associé àl’absence deliens
avec des camarades, empêchele développement d’une estime de soisaine.

Cesdeux facteurs peuventamener lapersonne déiciente àse croire différente des
autres, àjustiier sonbesoindeprotectionetàsesentir incapable dese défendre
elle-même.
Leshandicapésmentauxont unemauvaise connaissance deleur corps et deleur
sexualité.Souvent,lespersonnes quidonnentles soinsnientleur sexualitéoune
luidonnentpasl’importance qu’ellemérite.Si
lespersonneshandicapéesmentales ne comprennent pascequi leurarrive,il leur sera encoreplusdificile de
savoir qu’ellespeuvent direnon auxpropositions desadultes.
En outre, sielles comprennentmal leur corps, ellesauront dumal aussià
expliquer qu’ellesont été victimes d’abus.

Parfois, danslesinstitutionsouau seindelafamille,l’activité sexuelle est
gênante etelle est punieoudécouragée.Lesdéicients mentaux vivent mal leur
sexualité; parconséquent,ils peuventdevenir victimesd’exploitationetd’abus
sexuels sans savoir de quoi ils’agit. Toutes ces raisons rendentnécessairesla
formationetlavigilance dela part des responsables d’institutions, desparents et
desacteurs de terrain.

1

4

LES PRINCIPES DETRAITEMENTETLES SOINS
INSTITUTIONNELS POUR PERSONNES
DEFICIENTES INTELLECTUELLES

ChapitreI
Les institutions de soins et leursprincipes
de fonctionnement

1.

Introduction

1.1.Penser l’institutioncomme espace social

Toute association, toute institution implique le partage entre ce qu’elle reconnaît
comme sienet ce qu’elle exclut.L’identité a besoinde la différence et de
l’exclusion ain d’asseoir ses limites.

Laproblématique del’exclusionestpropre au socialet corrélativement à
“l’institutionnel”lenier reviendrait à vouloir faire fonctionnerlesinstitutions du social
dansl’illusiondel’absence de toute forme sociale d’exclusion.

Nos sociétés démocratiques actuelles cherchent à récupérerleurs exclus, àles
réadapter en répondant à leurs besoins spéciiques.

Commentprocèdent-elles?Au moyend’institutions de tout typeou grâce àl’aide
socialeindividuelle.
Des centres de séjour, des centres d’aideauxpersonneshandicapéesou des
centrespsychothérapiques existentpourlesmaladesmentaux.Ils s’occupent
quotidiennement de ces personnes, de leurs problèmes de tous les jours ; ils donnent
unsens àleurs vies.

Dans cesinstitutions,ilseproduit, sous des formes diverses et à des degrés
variables, cetteproblématique d’inclusionet d’exclusion, quiestmoins connotée
d’identité que d’intolérance.

Si l’onrestreintnotrepoint de vue à ceux quel’on appellemaladesouhandicapés
mentaux, c’est-à-dire aux institutions“psy” une dificulté supplémentaire surgit :
ne sont-elles pas destinées à prendre en charge,voire àsoigner (etdonc à exclure)
ce quele corps socialconsidère chez eux commepathologique dans ses rapports
auxautresindividus delasociété?

Etne seproduit-il paslemêmephénomène àl’intérieur de cesinstitutions à savoir
l’électionde certainsbons patientscapablesde bénéicierdes services offertset
l’exclusiondesautrespour des raisonsaussivariables etaléatoires
quelatransgressiondes règles,l’agitationtrop importante,l’indication mal posée?

Ces microsociétés que sontlesinstitutionsne sont-ellespas régiespar
desmodalités d’actionsimilaires àl’ensemble du groupe social,
s’homogénéisantprécairement surlabase d’un ou deplusieurs exclus?

Et surtout, sesmembresn’y sont-ilspaspluspersonnellementimpliqués etne
s’y retrouvent-ils pasavecuneresponsabilité/culpabilitépas
toujoursbienassumée?

1

9

L’appel à des superviseursou spécialistes pour aider à mieux travailler irait dans
le droit il d’une réponse à cette dificulté.

1.2. Penser l’institutioncomme espacepsychanalytique

Lapsychanalyse répond-ellemieux à cette questiondel’exclusion ?C’estloin
d’être évidentou clairparce qu’ily a unsemi-quiproquo.
Toutepratique, quise veut critique, se doit d’interroger soncadre, ses fondements
ainsiqueles effets qu’elleproduit.
Nouspensons qu’aborderla questiondel’éthique en institution“psy” suppose
uneprise de conscience du fonctionnement de celle-ci, de seslimites, de ses
règles intrinsèques envue de déinir unepositionen tant quepartenairesoignant,
auprèsd’un soigné, dans unenvironnementdonné.L’éthique
apparaîtalorscomme cadre de référence quidétermineleslimites endehors desquelleslesmodalités
de fonctionnement del’institution ne sontplus respectées.
L’éthiquepsychanalytiquepropose une restitutionauxmembres del’équipe
d’encadrement dela capacité àpenserleurinstitution.Elle rappelle que celle-ciest
assujettie à son propre savoir et qu’elle est donc “pensée”par ses acteurs etpas
endehors d’elle.

Notreproposn’est doncpas de rester surles dires
l’institution maisplutôt de remettre enquestion,
praxis endehors de touteidéalisationdel’un ou
ment.

despsychanalystes au sujet de
envue del’élaborationd’une
l’autremodèle de
fonctionne

Lapsychanalysemet au cœur du débatles désirs etlaliberté du sujet.Que fait-on
de cela en institution ?Nier le désir n’équivaut-il pas ànierlaliberté du sujet?
Ecouter celui-ciserait-il par contre équivalent à une tentative deluirestituer sa
liberté,même dans lafolie? («Lefou, c’est l’hommelibre»).

Dans touteinstitution,nous visonsàprocurerauxbénéiciaires les moyensde
s’intégrerou de se réintégrer au social.Ce faisant,l’institutionvisela suppression
detouteforme d’exclusion (économique,familiale,sociale)dont les sujets sont
victimesou danslaquelleils s’installent àleurinsuounon.

L’institution, en promulguant des règles de vie
encommun,produitinévitablement des transgressionspossibles et donc d’éventuelles exclusions de celuiqui
transgresse.Ily alà antinomie entrele but del’institutionet sa structuremême.

Et d’inévitables questions surgissent : enquoiuneinstitution“psy”est-elle
thérapeutique?Est-ce du fait delaprésence de certaines catégories deprofessionnels :
médecins,psychologues, éducateurs,personnels paramédicaux,inirmiers, etc. ?
N’y a-t-il pas à distinguerlanotionde “guérison” entant que«sortie
delamaladie, disparitiondes symptômes»et celle de “soins” entant qu’attentionquel’on

2

0

porte à unepersonne?Cecipeut-ilviser àla créationde conditionspermettant
l’ouverture d’unespace deparolesou bienuneinstitutionest-elle thérapeutique
par sonactionde réinsertion, de réadaptationsociale?L’institutionaurait, ence
sens, comme but deproposer à ceux qui la fréquentent de tout
fairepourpermettre à chacundejouir des biens et services quela sociétémet à sa disposition.La
conceptiondu thérapeutiquen’appelle-t-ellepas à seposer des questions surles
concepts de “bien” et de “bonheur”?Lapsychanalyse a-t-elle uneplace
àoccuper ?A-t-elle uneplace àprendre commemoyenthérapeutique?Sielle auneplace
à prendre, laquelle ? Est-ce celle de l’institution comme réceptacle des signiiants
duSujet?Lapsychanalysen’a-t-ellepas àinterrogerle désir des thérapeutes et
ainsi mettreleprojetinstitutionnelsous tension, c’est-à-dire enquestion ?

On pourraitmême avancer une série de questions au spectrepluslarge :

Qu’est-ce qu’une institution ? Répond-elle à la quête d’identiication de son
personneld’encadrementpar un «tu es ceci ou cela» ?Encesens, celle-ci n’est-elle
pasplus utile aux soignants qu’aux soignés?

Nous pouvonségalementnous demander s’il ne s’agiraitpas de créer
uneinstitutionévidée de toute règle de vie, de touteorganisationdela vie de ceux qui la
fréquentent, dansle seulbut d’éviter toutepossibilité de transgressionet,parlà,
d’exclusion ?

Qu’est-ce queleSujet?Lesoigné est biensouventl’objet denos soins, denotre
attention.Qu’enest-ilde ses désirs?LeSujet est-ilcemoiautonome évoquépar
certains« psys» ?Le concept de “Sujet”n’a-t-il pas été récupéré comme«Sujet
denos soins» ?

Qu’est-ce quel’autonomie,le sujet autonome,laliberté,le sujetlibre?S’agit-il
de faire en sorte que la personne puisse en faire un maximum parelle-même(idéal
autarcique)?

2. Le sujet (des soins)est toujours unêtre de langage

Avantmêmenotrenaissance,nous sommes “parlés”, désirés,nondésirésparnos
parents et tous ceux quiconstituerontnotre entourage à cemoment.Nous sommes
parlés avantmême d’êtreparlants.Personnen’échappe à cette détermination.

Lelangagenous préexiste.Nousn’inventons pascelui-ci ; il nous faut l’adopter ;
il nous fautnousplier à ses règles.

2

1

Nouspouvonsalorscomprendrepourquoi certains enfants et certains adultes
décident denepasparler.Au-delà desproblèmes dus à un handicap mental plus
oumoins sévèreou deproblèmesneurologiques,nous sommes amenés àmettre
enévidencel’existence d’ungroupehumainconstitué depersonnes quirefusent
d’entrer danslelangageparce qu’ellesne consententpas à accepter ces règles qui
leur préexistent. Certains se créentalors leur proprelangage;ainsi,ils sont les
seulsàse comprendre; ils sont maîtresdans leurdemeure.

Ouils deviennentSujetsmaispassentparlelangage,ouils s’y refusent etne
deviennentpasSujets.
Ainsi,lelangagenesert pas seulementà communiquer ; ilfait le Sujet ; il fonde
entout casleSujet.LeSujethumain n’estpas total.Entant queSujet,nous
sommes condamnés ànepluspouvoirnous dire entièrement.Nousn’arrivonsplus à
tout dire.C’estlà une expérience trèsordinaire.Qui n’estpas frustré denepas
arriver à dire ce qu’il pense?Combiende fois n’y a-t-il pas desmalentendus entre
l’orateur etl’auditeur?

Il nousfautinsister surl’importance quenous accordons aupoids
desmots.Audelà del’aspect relationneldu travailen institution psycho-médico-sociale,les
mots utiliséspeuventnous aider dansle travail. Vousallez dire :mais comment
peut-on nepaslesprendre enconsidération ?

Si dansvotreinstitution vous travaillezavecun journalde bord,réléchissezà
soncontenu. Vos collègues et vous-même ynotent des renseignements utilesau
travail,quelquesanecdotes ; mais y reprenez-vous les parolesde ceuxdont vous
vousoccupez?

La psychanalyserappelle cetintérêt deprendre encomptelesmots des gens
au-delà deleuraspectinformatif, communicatif.C’estainsiquelàoù çacrie,il
conviendrait de se dire que quelque chose se dit, s’estmême déjà ditmaisne se
faitpas entendre.C’est dans cesphrases dites “inutiles” quele sujet s’est énoncé,
se dit telqu’ilse vit à cemoment-là.Il ne fautpasnécessairement qu’ungroupe de
paroles se créepourprendre enconsidération la parole du sujet.Ilest bien mieux
d’y être sensible d’unemanière générale dansle cadre de sontravail.

Et, au risque deparaîtrepeut-êtremonstrueusementbanal,je dirai qu’on neparle
et qu’on n’écoutejamais sufisamment.

Tout ceci n’estpas sans conséquencepour uneinstitution parce quepour queles
soignants,les éducateurspuissent soutenir unteltravail,ilfaut qu’eux-mêmes
ne soientpas dépossédés deleurpossibilité deparler et d’être entendusparleur
hiérarchie.Ilfaut queleurpropreparole soit égalementprise enconsidération au
seindel’institution.

2

2

Pourpoursuivre cetterélexion,ilconviendraitde déinir lesconceptsde besoin,
de demande etde désir dans leur senspsychanalytique.
Lacana distinguéle besoin,la demande etle désir.Ainsi,par
exemple,nouspouvonsafirmer queles institutionsdesoins quelles qu’elles soient ontété créées
pour répondre àune demande.Et il fautbien le dire, elles ont unerelative
eficacité à répondre aux demandes qui leur sont adressées.

Le besoinest animal.Ils’épuise une foisla satisfaction obtenuejusqu’à un
nouveau cycle.
Chezl’humain,le besoinest dénaturé du fait de son inscriptiondanslelangage.
L’êtrehumainest,pour ses besoinslesplus essentiels, dépendant
d’autreshommes et femmes auxquelslelie, commenousl’avons vuprécédemment, unusage
commundulangage.Pourobtenirla satisfactiond’unbesoin,il luiestimposé
de demander, de trouverlesmots qui lui permettront de se faire entendrepar ces
autres.S’ilest essentielqueles besoins élémentaires soient assouvis,ily apar
contre une autre dimensionqui, chezl’humain,prend toute son importance :la
réponse de ceux à qui ons’adresse, elleprend tout autant voireplus d’importance
quela satisfactionenelle-même.

Donc,la demande s’adresse à autruiet ellen’estpas sollicitée dans unbut de
satisfaction (pas uniquement, en toutcas).C’estcequiamèneles psychanalystes
à dire que toute demande est “demande d’amour”.Enarrière-fond,ily a toujours
demande d’amour.

Ainsi,lepensionnaire,lepatient,le résident,l’élève, etc.quis’adresse à vous,
vous sollicite au-delà de ce qu’ilvous demande.Enrépondant àla demande
énoncée aupremierniveau dela demande,on ignore ce quiest del’ordre du désir.

Combiende demandes qui nous sont adresséesne sontpas à
désir de reconnaissance d’un mal-être qui, faute d’être entendu,
sablementet iniraparépuiser lepersonnel.

entendre comme
se
répéterainlas

Spitz (1940)décrit ses observationsdes réactionsdenourrissons quien raisonde
la guerre avaient étéplacés en pouponnière après une séparationd’avecleurmère.
Il observe quela satisfactiondes besoins élémentaires est assurée demanière tout
à fait adéquate.Cependant,les enfants témoignent d’unepassivité anormale :ils
ne senourrissentplus, dépriment et, dans certains cas,meurent.

Spitz fait alorslelienentre cette réactiondes enfants etla qualité des soins qui
leur sontofferts.Ilremarque, eneffet, queles biberonspar exemple, sont
tenus par undispositifdemanière àlibérer pourd’autres tâches l’inirmière censée
nourrirl’enfant.Les soins sontportés demanière fonctionnelle, anonyme etles
enfants y sont déjà sensibles.

2

3

Si les soins nesontpas inséréspar la réponse de l’adulte dans unenvironnement
affectif et de langage qui transforme les besoins endemandes, les enfants se
laissentmourir.Si le champsocialdes soinsn’estpas vécu dans une
dimensionverbale, sociale,lenourrissonrefuse de vivre.Ilsemble bienquenouspuissions voir,
dans cetteobservation,l’importancepourl’enfant d’êtrepris dansla dimension
symbolique bienavant toute capacité deparler.Ilenva demême
danslesinstitutions avec des enfants, des adolescentsou des adultes.

Quele soignant réponde aulieu de simplement apporterl’objet dela satisfaction,
etles cris etpleurs reprennent, valeurs d’appels, de demandes.Ainsi,l’objet de
satisfactionest transformé endons d’amourparl’interprétationquele soignant
fait del’appel.Le soignantn’estplusle fonctionnaire quidit quel’enfant doit
manger à telleheuremaisilsuppose une demande dansle cri.

Ilrestele désir, au centre denospréoccupations dèslapremière année denotre vie
(cf. angoisse du huitième mois). Dès que la représentation de l’absence de l’autre
(le plussouvent lamèreou son remplaçant) s’est faite,nousavonsété confrontés
àl’énigme du désir de cet autre : quemanque-t-ilà cet autre qui l’appelle ailleurs
etle fait s’absenter?Quesuis-je alors pourcet autre,pour sondésir,pour qu’il
s’intéresse àmoiet réponde?Queme veut-il ?

Ainsi,nous sommes parlésavant d’êtreparlants.Ily a,là, une détermination par
les désirs de ces autres quis’occupent denous.Ence sens,nous sommesle fruit
de cesdésirséprouvés pour nousavant notre conception ; nous sommes l’objet
de désirs.Nous sommes aliénés aux désirs de ces autres et, en premierlieu,les
désirs denosparents.

En parlant dulangage,nous avons évoquélaplace du “manque” qui
luiestintrinsèquementlié.Or,pour désirer,ilfautmanquer.Cen’estpasnon plus d’un
manque d’objet dontils’agit.C’est un manque constitutif du fait
quenousparlons.Nouspourrions dire que toutenotre existence tourne autour dumythe dela
satisfactioncomplète quiaurait existé,mais quiaurait été depuis toujoursperdue.
C’est pourquoi le désirapparaîtcommeinassouvissable,indestructible.

La satisfactiondu désir est toujours reportée, déplacée.Le désir est toujoursle
désir d’autre chose.C’est une expérience quotidienne dontils’agit.Apeine
avezvous fait,par exemple,l’acquisitiond’unenouvelle voiture queles agences de
publicité vont exploiter cemanque envouspour vous convaincre qu’ily amieux
encore que celle que vous avez achetée.Peut-êtrene serez-vouspas convaincus
parl’exemple.Envoiciunautre,ôcombien plus explicite :lesproduits
delessive.Cela fait30 ansouplus quel’oncherche ànous convaincre que, d’année en
année,lesproduitspermettent d’obtenir un lingeplus blanc aprèslavage et cela
convainc certains d’entrenous.Etilenva de tout ainsi.

2

4

Pour désirer, il faut manquer.Ce n’est pas dificile à comprendre. Prenons
l’exemple paradigmatique del’enfant tétantle sein.Siaumomentoùla faimse déclare
lemamelonse fourre dans sa bouchepourl’assouvir,il n’a aucune raisond’en
prendre conscience.Par contre, sià cemoment, comme c’estle cas dansla
réalité,le seinvient àmanquer alorsilenvient à se représenterl’objetmanquant en
l’imaginant.

Lemanque del’objetdesatisfaction (perte soutenue par l’idée qu’une
satisfactionsans faille a existé) est entérinéparla formationd’unfantasme qui n’est rien
d’autre quela représentation imaginaire de cetobjet supposéperdu.Ce fantasme
vapermettre àl’enfantd’attendrequelamèreviennerépondre àsonappel.Mais
il sufit que cette attentesefassetrop longuepour que cesupport fantasmatiquese
révèle défaillant et quel’enfant se voie confronté à une expérience d’effroi.

La satisfactionréelle étantintriquée àla satisfaction imaginaire,on peutmême
dire quel’enfant a donc tendance à se satisfaire dans un premier temps surle
mode de celle-ci.Cen’est qu’après une certaine répétitionde ces expériences de
satisfaction quel’image(mnésique)delasatisfaction sera distinguée
delasatisfactionréelle.Dans un premier temps,l’enfantpeut se contenter de cemirage,
dansleslimites évoquées bienentendu.

C’est alors quel’enfant va utiliser cetteimagepourorienter ses recherches vers
l’objet réelde satisfactionet qu’ilva rechercherl’objet réelconforme àl’image
qu’ils’enest fait.Onvoiticitoutel’importance queprendlemondeimaginaire
quiguide certains comportementshumains.L’image se crée sur fond de
satisfactiond’unbesoinet une fois créée,l’êtrehumains’ensertpour réinvestir certaines
satisfactions et quêtes de satisfaction.Ilrecherche quelque chose qu’ila vécu etil
nele retrouveraplusparce quenousne vivonsjamais deux fois tout à faitlamême
chose.Etdetoutefaçon, ce après quoi ilcourtest unereprésentation (idyllique).

C’est cemouvement d’investissement dela trace de cette expérience de
satisfactionquenous appelons désir.Etil n’y a doncpas de satisfactiondu désir dansla
réalitépuisque sa réalité estpsychique et quel’objet dela
satisfactionestirrémédiablementperdu.

Aprèsla satisfactiondu besoin,l’enfant réagitpar une détente de soncorps.La
mère y réagitpar des gestes et desmots qui, danslemeilleur des cas, seront source
d’une détenteprolongée.
Onvoitlà comment, enadressant un message de reconnaissance,lamèreintroduit
l’enfant dans son monde.C’est elle quidonne sens à ce quia été vécu.
On peut donc dire quel’enfant estpris dansle réseau de désirs de samère.C’est
encela que, d’emblée,il ne s’agitplus vraiment d’une satisfactiond’unbesoin
mais d’une satisfactiond’undésir.

2

5

Vousvoyez comme la notionde désir renvoie à lasingularité de
nouspuisquemême si nousavions véculesmêmes expériences,
des représentationspersonnelles.

chacund’entre
nous en avons

Encela,la psychanalyse est une technique quirespectela personnehumaine etne
peutpas fonctionnerautrement qu’en larespectant.L’éthique dela psychanalyse
est une éthique du désir. Mais la prise en compte du désir nevapas sans
unereconnaissance des siens.

Que désirez-vous dansle cadre de votre travail ?Que voulez-vous aufond? Et
rappelez-vous bienquela notionde désir renvoie àl’inconscient qui ne se repère
que dansnosactesmanqués,nos rêves, dans un au-delà de ce quis’énonce.

Ainsi, travailler en prenant encomptele désir du sujet soulève son lot de
questions :

Jusqu’où va le respect du désir?Doit-on allerjusqu’à respecterle désir
de se suicider,le désir dene rienfaire?

Ouencore, ya-t-ilquelque chose deplusambigu quele désir de rendre
autonome?Cela part d’une très bonneintention:apprendre àla personne
àpouvoir se débrouiller seulepour un maximumde choses.Maiscet
autreauquel notre désir s’adresse, souhaite-t-ildevenirautonome?

Quepenser quand, en prétextant
extrêmes commela ligature des
observation,la coniscationdes
soientpas galvaudés?

vouloirle bien,onrecourt à desmesures
trompes desjeunes femmes,la mise en
moyens inanciers pour que ceux-ci ne

Quepenserdesdosesdesomnifèresdonnées systématiquementle soir
auxplus turbulents?Quelbienest enquestion ?Celuidel’éducateur de
nuitoule biende celuiqui,parangoissepeut-être, s’agitele soir?

Quelle éthique est-ellepossiblelorsquel’institution abesoinde ses
soignéspour survivre?

3. Le travail psychothérapeutique eninstitution

Quels sontlespréalablesou conditionsminimalesnécessairespour qu’untravail
psychothérapeutique en institution puisseavoirlieu?

1° La clariicationdes fonctions:le cumulde certaines fonctions nepeut
provoquer que desembarras ; ilen va ainsid’un psychologueoud’un thérapeutequiest
àlafoisdirecteuradministratifoumême thérapeute d’undesmembres del’équipe
éducative.Ce genre de cumul nepeut qu’induire unfonctionnementpervers.

2

6

2° La transparence de la gestion inancière administrative et lagestiondu
personnel : une formalisationdes procéduresd’engagement, delicenciementet le
respectde celles-ci sont signesd’une gestionclaire.

3° Les réunionsdoiventdonner un maximumde garantiesencequiconcernele
respectdela paroledes membresdu personnel.Les tempsderéuniondevraient
êtreconsacrésàleur objectif, c’est-à-direàparlerdes résidents.

4° Doter l’institutiondes moyensd’évaluationdesonfonctionnementetde
moyensdecontrôledeseffetsdecelui-ci.

5° Créer la possibilitédeparlerdufonctionnement, del’analyseret mettre en
placedes structuresclaires sont une exigencepréalableàtoutfonctionnement
créatif.Inversement,les structures loueset les fonctions maldéinies génèrent
desfonctionnements institutionnels uniformisés,nondifférenciésetfusionnels
qui tuent unepratiquecréative.

3.1.

L’écoute analytique eninstitution

La possibilitéd’une écouteanalytique en institutionestenvisageablesi quelques
principes sont respectés.

Lecadreinstitutionnel représentel’espacethérapeutique,espacequidoit remplir
deuxfonctions:

1° Fonctiondecontenant oudecontenu, d’intégration pour l’espacepsychique
du sujet prisencharge,lui assurant lesconditionsdesécurité, deconstance, de
permanence dont ila besoin (c’est lafonction maternanteoudeholdingde
Winnicott).

2° Fonctiondeséparation, decoupurequ’ilest nécessaired’introduireà certains
momentsdu trajet thérapeutiquecontreleseffetsd’appropriationd’un patient
(fonction paternelle) pour permettre au sujetdeselibérerdesattachesetdela
dépendancequi lelientàl’institution.

Cesdeuxfonctions sont oudoivent toujoursêtre enaccordavecles principes ou
règlesdel’institution,quidélimitent lechampd’action institutionnel.

Les interditsfondamentauxen institution sontau nombredetrois:

1.

2.

3.

l’interditdel’inceste.

l’interditdelaviolenceinstitutionnelle.

l’interditdu “partouten institution”.

2

7

La première loi institutionnellerègle leséchangesentrelesenfantset lesadultes
ouentre adolescents,ouencore entrerésidentset thérapeutes ouéducateurs.Elle
portesur l’interdictiondes relations sexuellesentrelesenfants ouadolescents qui
sonten institutionet quenousdevonsconsidérercommedesfrèreset sœurs.

Celle-civisel’exogamie,l’obligationdesortiretdetrouverailleursdes
partenairesamoureux et sexuels.Elle vise égalementau respectdeladifférencedes
générations et de la disparité des fonctions Educateur/Résident ou Elève.

Secundo,la violenceinstitutionnelle est un motifdesanctionsetestconsidérée
commeunetransgression majeure.La violence estaussi
l’effetd’undysfonctionnement, deviolences verbales ouautres quidemandent une
analysedufonctionnement institutionnel.
Laviolenceverbaledes soignants,les passagesàl’acte,lesactesarbitraires,les
phénomènesdeboucs-émissaires sont susceptiblesdebloquer tout travailetde
démolir psychiquement les résidents.

Latroisièmerègle fait référence aufaitdenepasaccepter,
dent,un parasitagequi noiel’effort thérapeutiquenécessaireà
l’améliorationdesasituationdedépendance.

3.2.

Déinir le travail thérapeutique

delapartdu
résiunecroissance età

Si nous nous référonsauxconcepts psychanalytiques, deux processus rendent
comptedecetravail.
1° Leprocessusderetournement:« jefaisàl’autre(au thérapeuteouàl’analyste)
cequelaviem’a faitàmoi ».Dans
lasituationanalytique,letraumatismeprimaires’exprimepar ledésespoir,lahonte,larage,l’impuissance,lacolère.

L’attitude et l’éthiquedel’analystel’empêchentderépondrepar:larétorsion,le
retrait (indu traitement),la colère,lerèglementde comptes.L’analyste affronte
son impuissancesediluant parfoisdans lecadre, car ilestcequelepatient n’a
pas puêtre.

2° Lanécessitédelapartdu thérapeuteoudel’analystederétablirchez
l’analysant lacontinuitédu lien psychique aveclesévénementsd’avant letraumatisme.
Cequi meten jeu l’analysant, c’est laviolence évacuatricedeson
travaild’analyse:«évacuation-retourdel’évacué».
Lejeu intersubjectifn’estautrechosequecequ’ilfautarriveràfairepour quele
mouvementfurtifquifaitémerger lesexpériences traumatiques se fassejourdans
laconscience.
Ici,il yadeuxaspectsà considérer:

2

8

a) Etre attentif au contenudecequeje,en tant qu’analyste,reconstruis pour offrir
au sujeten tant qu’interprétation ouconstruction.
b) Lamanièredont l’analystepropose au patientcecontenu.

Il yalàundoublevécu quiest important: cen’est pas seulementcequ’il raconte
maisaussicomment il leraconte etcequecelaproduitdans lasituation propre et
singulière de l’analyse (le jeu intersubjectif).
3.3 Lecadre institutionnel comme espace de symbolisation
Lecadre analytiquetypepeut servirderéférencepour
introduireunelogiquethérapeutiquepsychanalytique en institution.
Tout d’abord, il faut préciser qu’il existetoujours unepossibilité demodiier le
dispositif analytique etdel’adapteràlanaturedes manifestations
psychopathologiques.Ainsi,les troubles narcissiquesexigentdesanalystesde fairedes
“concessions”,encequiconcernececadrethérapeutique.Demême,on peut penser que
lecadre analytiquepeutêtre adaptéàlaréalitédu travail psychothérapeutique
quotidienen institution.
Si lapsychanalyse aun sens, c’est parcequ’elle est un systèmethérapeutiquequi
permetdepotentialiser lescapacitésdesymbolisationdu sujet.

Prenons letempsd’expliquercequelapsychanalysevéhiculechez l’individuet
pourquoiellepermet unchangement.Pour
lapsychanalyse,lacapacitéàsymboliser du sujet est celle qui permet de transformer sonvécu intérieur (les
représentationsdeson mondeinterne) en quelquechosedetraduisible etdecommunicable.
Lasymbolisationest un travaildetransfert,un travail relationnel qui permetde
développer lescapacités psychiqueset psychologiquesdu
sujet.Lapsychanalysen’est pas « letravail qui permetd’assumer lacastration » ou « lecomplexe
d’Œdipe».Elle est menacéed’êtreuneidéologiequandelleprônedepareils
épithètes ou objectifs.

En somme,lapsychanalyse est un travaild’optimalisationdu travail psychique et
soncadrepermet qu’un tel travail soit possible.Enfait,lecadrepsychanalytique
est uncadrequi symbolise commeletitre du tableaude Magritte :«ceci n’est pas
unepipe», carcelan’est
qu’unereprésentationdequelquechose.Lecadresymbolisele fait quetoutcequiest prisàl’intérieurducadre estdû au symbolisme
comprisdans l’image.
Surcettebase,nous pouvonsdirequetoutcequi setrouveàl’intérieurducadre
analytique estcapablededevenir lareprésentationd’autrechose.
Toutcadrereprésente, dans sonessence,un “espace” pourêtresymbolisé.Ainsi,
l’enfant quientredans l’espaced’uneséance estfaceàtoutcequi, àl’intérieurdu
cadre,lui permetdesymboliser.Pour l’adulte,ledivanest un objet symbolique,
c’est-à-direqu’il traduit letravailanalytique.

2

9

En conclusion,lecadre analytique,aussi anodin qu’ilsemble, contientenluiune
théorie,unfondement qui n’estautrequ’unethéoriedelasymbolisation.
Lecadre analytiqueimposecertaines règles qui permettentdestimuler letravail
desymbolisationdel’analysant.
Première règle
Le fait d’inviter lepatientàs’allonger restreint samotricité et on peutdonc
afirmer que:«Pourbien symboliser,il ne faut pas tropbouger »car lasymbolisation
est unemotricitéintériorisée.Alaplacedeladéchargemotrice,il
yauneréorientation régressivevers lasphère delapensée;c’esten raisonde cecientre autres
qu’il yatravaildesymbolisation.
Pour l’enfant,aucontraire, c’est lamotricité, c’est-à-direlejeu,qui lui permetde
symboliser.
L’institutiondoit toujoursfavoriser unespaceoùlepatient puisses’exprimer,où
laparolepuissecirculer,oùilest possibled’exprimer ses pensées,sesémotions,
unespaced’écoute.
Deuxième règle
Lecadrephysiquedans lequel sedéroulel’analysedoitêtreuncadreneutre: des
murs neutres,peudebruitaudehors, des meubles simples,peudestimulation
visuelle.
Ladeuxièmerègleseraiténoncéecommesuit:«Pourbien symboliser,il ne faut
pas trop percevoir ».
Ilfaut orienter toutepossibilitéperceptivesur lededans,sur lareprésentation
interne,sur laviepsychiquedu sujet.
Cesdeux principes suivent lemodèledu rêve:
a) Pasdemotricité.
b)Orientation intrapsychique delaperception (mondeinterne).
Au niveaudes institutions, cetterèglepeut setraduirepar lanécessitédecréerdes
espaces physiquesfavorablesàl’expressionetàlacommunication oùles patients
peuventexprimer leur vécu sanscontraintes nidificultésetàl’abrid’autres
patients.
Troisième règle
Sur qui ou sur quoiallons-nous projeter notre effortdesymbolisation ?
Dans lasituationanalytiqueclassique,lemoteurdelasymbolisation setrouve
derrièrelesujet: c’est l’analyste;car mêmesicelui-ci reste endehorsduchamp
visueldu patient,ilgardelelienfondamentaldelarelation quiest laparole.
D’autrepart,enanalyse, cequenousavonsàsymboliser, c’est
l’absencedel’objet,quelquechosequiestengénéralen rapportavecl’absenceouaveclaperte.

3

0

Dans cettemêmeperspective, tout travailthérapeutique est un travaildedeuil,
c’est-à-direun travaildesymbolisationdelaperte,un travail qui setournevers le
passévécu oufantasmédu sujet.
Au seindes institutions,ilfautdoncaider les personnes qui,en
raisond’uneséparationcourteou prolongéed’avecleursfamiliers,sontdans unesituationdeperte,
de deuil ou d’absence des êtres chers. Les aider à symboliser (à exprimer par le
langage)cesexpériences semblenécessaire et leurapporteun soulagement.

Quatrième règle

Tout travaildesymbolisationarecoursau langage.C’estcelui-ci qui permet la
transformationdel’intégralitédes processus intérieursdans son propre appareil
delangage.
C’est lamétaphore,utiliséeparFreud,au sujetdes trains:«Vousêtesdans un
trainetvous voyezdéiler lepaysage devant vous ».Lapsychanalyse estcomme
un voyage en train.Elleinvitelapersonneà décrirelepaysagequi seprésente
devantelle.Ilen vademême avecles pensées.Ainsi,lasymbolisationauncôté
primairequiestfaitdeperceptionset uncôtésecondairequiestfaitd’un travail
detransformationdeces images visuellesen mots.
Dans laviecourante,il yaplusdeplacepour lamotricité et levisuel.En
psychanalyse,toutereprésentationdoit se frayer unchemin vers l’appareildu langage et
pouvoirainsi s’extérioriser.
Lerespectd’un telcadredetravail
impliquedoncuneconnaissanceducontretransfert, c’est-à-diredelacauseoudescauses quifontbarrage au
travailanalytique et qui sontdel’ordredes sentimentsetdésirsdel’analysé envers son
analyste.
Lesujet incapabledetoutdire,qui semetàpercevoir toutcequi setrouve autour
deluiet qui nepeut mettre en mots son vécuest parfois manifestement,ou
parfois transitoirement,incapabledesesoumettre aux règlesédictées par lecadre
analytique.
Letravailanalytiqueimpliquedonc des règlesde fonctionnementet
quelquesunesdeces règles, commenous venonsdelemontrer,sontdonnées par l’espace
physiquelui-même et sa coniguration particulière.

Cecadretypeimplique aussi unecertainethéoriedu traumatisme,
delasouffrance etdel’interprétationdecelle-ci.

Ce“qui”est lasouffrance, c’est justementce“qui” n’arrivepasàsetransformeren
« mots pour ledire».Lepsychanalyste estdonc celui quiestau-delà dudiscours
du sujet, àl’écoute deschaînesassociatives:il tente desavoir oude découvrirce
qui nesedit pasau sujetet quelesujet n’est pascapabledemettre en mots.

3

1

Cequi est refoulé agità l’insudu sujet.Ilen souffrecomptetenu qu’il yatoujours
un retour du refoulé puisque le refoulement n’est jamais déinitivementacquis.
Letravailanalytiqueconsistedonc àmettre en motscevécu refoulépour quele
sujet soiten mesuredes’approprier ses propresdésirsetfantasmescarces
représentationsdedésirs inconscientsagissentàson insu.Ilfautaider
lesujetàmétaphorisercertains traumatismes non symbolisés qui l’empêchentdereconnaître ce
qu’estau justesondésir.

Cette approchethéoriquesupposelaprimautédu principedu plaisirau niveaudu
fonctionnement psychique ainsi quelarègleselon laquelletoutcequiexistedans
laviedu sujetest susceptibled’êtresymbolisépar lui.

En résumé,pour quelecadre analytique fonctionne et «
symboliselasymbolisation »,lasymbolisation internedu sujetdoit se“transférer”dans lasituationet le
dispositif psychanalytique(l’espacephysique du psychanalyste,quiest lelieude
laprojection oubiendans ledispositifinstitutionnel misen placeà ceteffet).

Dans lanévrosedetransfert,l’appareil psychiqueinternes’est transféréàl’espace
physique dudispositifanalytique.Pour l’analysé(lepatient),letravaildemandé
consisteà“sortir”,si l’on peutdire, desonespacedesymbolisation intérieuretà
lesuperposeràl’espace extérieuranalytique, commeunesortedeprojectionde
l’espaceinternedans l’espace externedu travailanalytique.

Cetravailcomplexepeutainsi sevoirentravé,parexemple,par les modiications
physiquesapportéesaucadre(déménagements, changements,transformations
des lieux)dudispositif analytique.

Winnicott souligneque, dans lecadre analytique,seproduit unesuperposition
transitionnelle.Ce déplacement impliqueunemodiication porteuse detransfert,
dans lesens psychanalytique du terme, d’attributionà autrui
(l’analyste)descaractéristiquesdes personnages-clefsdelaviedu sujet.

Si lesujet n’est pascapable desymbolisation,il ya desattaquesaucadre; lesujet
varejeter quelquechosequiesten
rapportavecletraumatismedelasymbolisation ;c’est le casdu patientborderlinequidissociele cadre delapersonne de
l’analyste.

Bref,l’espace analytique estcelui qui symbolise(par saneutralité)
lasymbolisation qu’induit -end’autres mots - un travailactifd’élaborationdereprésentations
psychiques.Celasupposequ’ilaitexistéun travaildesymbolisation préalable et
quelesujet,au traversdesonexpériencepassée,aitatteint uncertain niveaude
symbolisation, decompréhensiondesesdynamismes psychiques qui lui
permettrontdetraduire, dans lelangage,son vécu interne.

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