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L'autonomisation des sciences humaines

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Description

Une théorie, pour être comprise, doit être maîtrisée tant dans ses concepts que dans ses développements. Partant de ce principe logique et méthodologique, l'auteur, en une dizaine de pages, nous initie aux théories en sciences sociales qui ont marqué le XXe siècle. Ce volume se concentre sur les auteurs qui ont donné aux sciences humaines leur force et leur autonomie : Marx, Spencer, Peirce, Le Bon, James, Pareto, Freud, Saussure, Durkheim, Simmel et Weber.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 août 2016
Nombre de lectures 8
EAN13 9782140015908
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

siècle

Simon Laflamme

L’autonomisation
des sciences humaines

Théories en sciences humaines
e
au XXsiècle

Théories en sciences humaines au XX

POUR COMPRENDRE
POUR COMPRENDRE













L’autonomisation
des sciences humaines

Pour Comprendre
Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

L’objectif de cette collectionPour Comprendrede est
présenter en un nombre restreint de pages (176 à 192
pages) une question contemporaine qui relève des
différents domaines de la vie sociale.
L’idée étant de donner une synthèse du sujet tout en
offrant au lecteur les moyens d’aller plus loin, notamment
par une bibliographie sélectionnée.
Cette collection est dirigée par un comité éditorial
composé de professeurs d’université de différentes
disciplines. Ils ont pour tâche de choisir les thèmes qui
feront l’objet de ces publications et de solliciter les
spécialistes susceptibles, dans un langage simple et clair,
de faire des synthèses.
Le comité éditorial est composé de: Maguy Albet,
JeanPaul Chagnollaud, Dominique Château, Jacques Fontanel,
Gérard Marcou, Pierre Muller, Bruno Péquignot, Denis
Rolland.

Dernières parutions

Laurence HARANG,Pour une communauté humaine et
animale, La question de la dignité animale, 2016.
Marc AUGIER,La société numérique, 2016.
Michel BOURSE,Les Cultural Studies.Essai, 2015.
Aimé FAY,Le Capital en quelques mots. De Platon à nos
jours, 2015.
Dominique JOSSE,L’avenir de l’homme postmoderne,
L’urgence de retrouver nos racines, 2015.
Gérard PETITPRÉ,La Constitution du 4 octobre 1958 de
A à X, 2014.
Charlotte GRÉ,Street Art et droit d’auteur. À qui
appartiennent les oeuvres de la rue ?,2014.
Patrice VIVANCOS,De la Culture en Europe. De quoi
estil question quand nous agitons ce mot « culture » ?, 2014.
Traoré MODIBO,L’économie de développement,
Trajectoire, analyse et stratégie de développement, 2014.

Simon Laflamme






L’autonomisation
des sciences humaines
















































































Théories en sciences humaines
e
au XXsiècle

Tome 1

Du même auteur
(liste non-exhaustive)

Méthodes statistiques en sciences humaines. Avec des
illustrations tirées du logiciel SPSS, Sudbury, Prise de parole, coll.
« Cognitio », 2014. Avec Run-Min Zhou.

Suites sociologiquesÉpis-, Sudbury, Prise de parole, coll. «
témè », 2006.
Homogénéité et distinction, Sudbury, Prise de parole, coll.
« Ancrages », 2003. Avec Ali Reguigui.

Des biens, des idées et des personnes au Canada, 1981-1995.
Analyse macrologique relationnelle, Sudbury, Prise de parole,
Paris, L’Harmattan, 2000.

Deux groupes linguistiques, une communication de masse,
Montréal et Paris, L’Harmattan, Logiques sociales, 1997. Avec
Ali Reguigui.

Humain objet, humain sujet : initiation à quelques notions de
philosophie de l’histoire et d’épistémologie des sciences
humaines, Série monographique en sciences humaines et
Institut franco-ontarien, 1996.

Communication et émotion. Essai de microsociologie
relationnelle,Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 1995.

La société intégrée. De la circulation des biens, des idées et des
personnes, Peter Lang, New York, Berne, Worcester Polytechnic
Institute, coll. « Studies in Science, Technology and Culture»,
1992.

Direction d’ouvrage :
Initiation thématique à la sociologie, deuxième édition revue et
augmentée, Sudbury, Prise de parole, coll. «Cognitio », 2008.
Avec Jean Lafontant.

© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-09688-9
EAN : 9782343096889






Introduction générale


Il y a de nombreuses façons de comprendre un théoricien des
sciences humaines. Mais il nous semble y en avoir trois qui
soient assez typiques : les manières herméneutique, affectueuse
et objectivante.
L’herméneutique est une quête de sens. Elle est une tentative
de comprendre la signification que l’auteur lui-même a donné à
sa théorie. L’interprétation colle au texte ; elle en est
respectueuse. Souvent, elle invoque l’histoire pour situer le propos de
l’auteur, pour être certaine que les idées, les mots sont bel et
bien entendus d’après ce que l’auteur a réellement pu ou voulu
dire à tel moment de l’histoire, dans telle société. Certes – la
1
philosophie herméneutique l’a bien montré–, il n’est pas
possible d’accéder avec exactitude à un discours tel qu’il a été
produit par un auteur ; une pensée ne peut à ce point être
empathique qu’elle élimine les spécificités subjectives, qu’elle
constitue un fusionnement des histoires et des sociétés.
L’herméneutique ne peut éliminer le fait de l’altérité ou celui de
la relativité. Une herméneutique n’est jamais ainsi qu’une
approximation. Mais les réserves philosophiques de
l’herméneutique n’empêchent pas bon nombre d’esprits curieux
de chercher à comprendre ce que révèle telle ou telle théorie
dans le respect de son auteur. Toute herméneutique n’est pas
exégèse, n’est pas guidée par le projet strict de saisir pour soi ce
qu’un autre a déposé dans un discours particulier, n’est pas
animée par une inconditionnelle déférence. L’herméneutique


1
Hans-Georg Gadamer,Vérité et méthode, Paris, Seuil, [1960] 1996 ;
Jacques Derrida,Limited Inc., Paris, Galilée,1990.

7

peut être critique; mais, dans la mesure où elle relèvera les
contradictions ou les impasses qui ont échappé à l’auteur étudié,
elle n’est déjà plus herméneutique puisqu’elle devient
analytique, c’est-à-dire qu’elle impose à son objet des
catégories qui lui sont extérieures.
La façon affectueuse est normalement jointe à une
herméneutique. Elle est rarement critique. L’herméneutique
correspond à une révélation. La compréhension de la théorie est
intériorisation d’une vérité. La théorie a tellement de sens pour
soi que le soi entretient avec elle une relation identitaire,
affectueuse. La critiquer, c’est se remettre soi-même en
question. Pour cette raison, la théorie a toujours raison et elle
explique tout. Peuvent lui échapper certaines questions, mais
jamais de façon fondamentale. Les sentiments qui sont
développés à l’égard de la théorie sont souvent projetés sur son
auteur, qui est ainsi confondu avec la théorie. Il arrive que
l’intelligence de la théorie succède à la découverte de l’auteur ;
mais ce mouvement est rarement global. Généralement, ce qui
sera appris sur l’auteur donnera accès à de nouvelles
découvertes dans un ensemble théorique déjà connu. Mais, à
partir du moment où il y a fusion de l’auteur et de la théorie,
l’un et l’autre s’expliquent mutuellement. On ne peut pas
empêcher que ne se développe une relation d’affection avec une
théorie. Cela advient. Pour divers motifs émorationnels, dans un
cadre sociohistorique donné. Une telle relation peut être
féconde. Elle peut servir l’individu, l’aider à mieux comprendre
certains aspects de sa socialité, voire de son existence ; elle peut
aider à dépasser des notions théoriques dont l’individu avait
l’intuition non exprimable qu’elles étaient inadéquates alors que
ces notions étaient vécues intérieurement, et avaient ainsi une
dimension idéologique puisqu’elles faisaient corps avec le vécu,
puisqu’elles étaient de la théorie existentialisée, empreinte de
sentiments. Mais il n’est pire discipline, pire approche que celle
qui se construit sur l’affection pour une théorie. Car la science
est alors dépourvue de l’une de ses caractéristiques essentielles :
la critique, c’est-à-dire l’obligation d’opérationnaliser, de
soumettre les théories à l’empirie. C’est ce genre de vision qui fait
qu’un paradigme comme celui des théories de l’action, pour
lequel l’acteur est fondamentalement rationnel et conscient,

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perdure alors que chacun fait quotidiennement l’expérience
d’actions qui ne sont pas mues rationnellement et
consciemment. C’est par cette attitude qu’on ne perçoit pas
pour ce qu’elles sont les contradictions d’un auteur, celles, par
exemple, fréquentes, où est affirmée la liberté humaine, mais où
de nombreux passages rappellent que l’humain est déterminé,
ou, inversement, celles où l’humain apparaît comme déterminé
(par une loi de l’histoire, par les médias, par les structures
sociales…) alors que plusieurs énoncés rappelleront qu’il n’en
est pas toujours ainsi. L’affection, ici, fait apprécier l’essence
de la théorie et permet de répliquer, aux critiques qui dénoncent
ce qui est affirmé, que le reproche ne vaut pas puisque notre
auteur aimé a aussi dit ceci ou cela. Certes l’humain est à la fois
libre et déterminé – pour persister dans cet exemple –, mais
qu’une théorie ouvre quelque espace à ces deux interprétations
ne fait pas qu’elle assume un paradoxe ou qu’elle intègre les
éléments d’une contradiction. C’est guidé par cet esprit, encore,
que, en sciences humaines, on rejette souvent une
démonstration empirique sous prétexte qu’elle n’est pas
universelle, car admettre cette démonstration partielle, ce serait
reconnaître, par exemple, que le théoricien aimé est fautif. C’est
ainsi, par exemple, qu’une preuve que les aspirations d’une
population soient peu ou ne soient pas orientées par l’origine
familiale n’altère pas la thèse de la détermination par les classes
sociales des comportements humains.
La manière objectivante n’a pour fin de défendre ni une
théorie ni un théoricien. Son objectif est d’établir les liens entre
les constituantes d’une théorie. Elle pose des questions du
genre : pourquoi est-il affirmé ceci puisque cela a aussi été dit ?
la théorie constitue-t-elle un ensemble? le cas échéant, quel
rôle joue telle constituante dans l’ensemble ou pourquoi n’y
a-til pas d’ensemble ? La théorie peut être aimée, et même son
auteur. Mais les réponses aux questions ne dépendent pas de
cette affection, elles ne sont pas orientées par elle. Ces réponses
ne peuvent trouver que des raisons logiques. La découverte
d’une contradiction ou d’une dissociation n’est possible que sur
un arrière-fond de logicité. En appréhendant les constituantes
d’une théorie et en s’interrogeant sur leur interconnexion,
l’analyste en vient à posséder son objet ; il se le rend ouvrable,

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utilisable dans des travaux de construction intellectuelle,
opérationnalisable. Ce travail d’appropriation a ainsi un
achèvement, alors que le travail herméneutique est presque
infini : on peut toujours retourner au texte à la recherche d’une
autre signification ; il faut toujours craindre l’éloignement du
texte de peur d’avoir laissé échapper quelque chose, de peur que
l’auteur n’ait pas vraiment voulu dire ceci. L’achèvement, c’est
l’aptitude à disposer les énoncés les uns par rapport aux autres.
Quand on y parvient, les constituantes s’expliquent les unes par
rapport aux autres et les marges s’interprètent par rapport au
système. La théorie devient une réalité avec laquelle on peut
jouer, et plus on possède de théories, plus on peut jouer,
librement. De façon créative. Plus, aussi, leurs limites et leurs
forces se révèlent à soi, plus, donc, il est possible de fonder les
développements sur les forces et de combler les lacunes ; plus il
est possible de dégager des hypothèses et de soumettre les
théories à l’empirie. Pour humaniser ainsi les théories, pour en
faire des outils analytiques, plutôt que des objets de culte, il
importe de repérer dans leur discours les énoncés, comme on le
fait des entretiens dans une analyse classique de données
textuelles par exemple, puis de les agencer les uns par rapport
aux autres. À nos yeux, quand on a ainsi reconstruit une théorie,
on la comprend. Cette compréhension n’est certes pas la seule
possible, mais elle en est une ; et elle est certainement la plus
utile pour le chercheur dont l’objectif est de savoir faire usage
des matériaux théoriques, pour qui la compréhension d’une
théorie n’est pas une fin en soi.
Notre intention, en offrant ce manuel, est d’illustrer cette
démarche en nous attardant sur quelques auteurs majeurs des
sciences humaines.
Une théorie est toujours une création historiquement située.
Les concepts qui la balisent ont toujours des raisons
historiques : ils sont le fruit des lectures de l’auteur, des débats
auxquels il participe, de l’autonomie relative de la théorie qui se
développe à travers lui à un moment donné. C’est pour cette
raison que d’innombrables travaux sur les théories ont une
approche historique, qu’ils cherchent à expliquer la pensée de
tel auteur par référence à tel autre auteur. Tous ces essais
explicatifs sont importants et, normalement, ils jettent une

10

lumière éclairante sur une œuvre. Mais ce travail a déjà été fait,
et à maintes reprises, pour la plupart des auteurs les plus
marquants des sciences humaines. Et, dans bien des cas, il sera
refait. Et tout cela est bien, tout cela est souhaitable. Mais ce
n’est pas ce que nous voulons faire ici. Sans nier qu’une théorie
est forcément inscrite dans l’histoire, que les idées d’un auteur
sont nécessairement le fruit des polémiques auxquelles il
participe dans une histoire donnée, tout en reconnaissant
l’importance des approches historicisantes, nous entendons
modeler les théories en en reconstruisant les logiques internes,
non pas en les extrayant de leur histoire, mais en privilégiant
par-dessus tout l’intelligence de leur fonctionnement. Il nous
semble qu’une telle approche est beaucoup moins usuelle, sans
doute parce qu’elle peut paraître irrévérencieuse, non portée
qu’elle est par l’herméneutique et l’affection. L’approche que
nous proposons est nettement abstraite puisqu’elle aborde les
théories en elles-mêmes, sans se soucier de tout
l’environnement social et historique qui les a générées. Mais il
nous semble que c’est là une bonne façon de se les approprier à
des fins opérationnelles. Il nous semble que cette appropriation
peut ensuite susciter un désir de comprendre les théories
précisément par rapport à leur histoire et qu’elle peut guider le
lecteur dans les textes des auteurs des théories et dans les beaux
ouvrages qui se sont consacrés à cette tâche de les faire
comprendre, entre autres, par référence à leur milieu
sociohistorique.
Nous débutons souvent les cours de théorie par un rappel des
auteurs classiques. Nous invitons alors les étudiants à nous dire
ce qui leur vient à l’esprit quand ils entendent le nom de tel
théoricien. Dans cet exercice, si, par exemple, nous
mentionnons Karl Marx, les étudiants pensent presque
automatiquement à classes sociales ou à matérialisme. Parfois
les concepts surgissent pêle-mêle; parfois,le rappel de l’un
d’eux favorise la remémoration d’un ou de plusieurs autres.
Nous inscrivons au tableau ces termes au gré de leur évocation.
Quand les mémoires sont épuisées, nous demandons aux
étudiants d’établir les liens entre deux, trois ou quatre notions.
Au départ, nous veillons à ce que les concepts soient
sémantiquement à proximité les uns des autres. Ensuite, nous

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choisissons des concepts entre lesquels les liens ne sont pas
immédiats. Dans bien des cas, l’ensemble des termes qui sont
inscrits au tableau ne suffit pas à agencer les notions. Les
étudiants en font le constat. En le remarquant, ils découvrent
qu’ils ne peuvent reconstruire la logique de leur rapport sans
introduire des idées. Ces idées appartiennent normalement à la
théorie elle-même. Dans d’autres cas, les étudiants notent
qu’une composition théorique est autonome par rapport à une
autre. Dans les deux cas, la tâche leur permet de comprendre le
rôle que joue chaque concept dans un cadre théorique
particulier et qu’on peut aborder l’ensemble par n’importe où, les
notions s’interpellant souvent les unes les autres, quand ce
serait négativement, la compréhension de l’une d’elles étant
possible par évocation d’une autre. Une théorie devient moins
une réalité qu’on doit se remémorer intégralement qu’une entité
qu’on peut reconstruire. Quand les auteurs sont moins connus,
après des leçons initiatrices et des séminaires, nous terminons
l’apprentissage par un exercice semblable en amenant les
étudiants à jouer avec les notions essentielles. Cette expérience
nous a montré que jamais les étudiants ne s’expliquent mieux
un auteur, avec quelque détachement௅et non pas sur un mode
herméneutique ou affectueux, qui représentent de tout autres
compréhensions௅, que lorsqu’ils sont en mesure de s’adonner à
ce jeu.

* * *

Le manuel que nous proposons se veut une initiation à divers
théoriciens des sciences humaines. Il souhaite favoriser cette
introduction en repérant leurs concepts fondamentaux et en
mettant en évidence la manière dont ils sont ou non attachés les
uns aux autres. Notre vœu est de faire le plus court possible,
environ dix pages par auteur, de donner au lecteur le sentiment
d’avoir pénétré l’organisation interne d’une pensée importante,
l’impression d’être apte à plonger dans les lectures d’un penseur
et de ses commentateurs, mais sans être à la remorque des
phrases qui se dérouleront sous ses yeux, plutôt en ayant acquis
les moyens d’interroger ces œuvres. L’ouvrage pourra donc être
utile aux étudiants qui souhaitent aborder les théoriciens dont

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nous exposons la pensée. Il pourra aussi être utile aux
chercheurs qui souhaitent se rafraîchir la mémoire sur un auteur
qui a déjà été lu de même qu’à ceux qui voudraient rapidement
repérer quelque théorie qui devrait être intégrée à une étude qui
est en voie de réalisation.
L’intention est de réunir les théoriciens qui ont joué un rôle
e
décisif en sciences humaines au cours du XXsiècle, et ceux
e
aussi dont l’influence s’est révélée au début du XXIsiècle.
Dans son ensemble, l’ouvrage comportera sept volumes.
Le volume I réunit les précurseurs, ceux qui ont affranchi les
e
sciences humaines à l’orée du XXsiècle. Ce volume souligne
la contribution d’auteurs dont les percées théoriques ont eu une
forte incidence sur les travaux qui ont été menés par d’autres
ultérieurement.
Le volume II groupera les théoriciens qui se sont concentrés
sur les acteurs sociaux, dont les théories sont en grande partie
des tentatives de compréhension du vécu ou du développement
des individus, dont les explications de la socialité ou de
l’histoire ont pour centre la subjectivité humaine.
Dans le volume III, on trouvera les théoriciens qui ont mis
l’accent sur les structures sociales, qui tendent à expliquer le
vécu, l’agir ou le devenir humain par référence à des
déterminants extérieurs, comme les classes sociales, l’organisation
sociale ou les médias.
Le volume IV rassemblera des auteurs qui ont produit
quelque synthèse dans laquelle on voit les individus agir sur
leur environnement et, inversement, leur environnement influer
sur eux.
Le volume V présentera des théories des sciences humaines
qui s’édifient au-delà d’un questionnement sur la subjectivité
humaine ou sur les déterminants de cette subjectivité.
Le volume VI se consacrera aux épistémologues et aux
autres théoriciens qui ont réfléchi sur la scientificité.
Le volume VII portera sur l’interdisciplinarité. On y
découvrira des réflexions sur la manière d’aborder les objets des
sciences humaines en combinant diverses disciplines dans le but
de parvenir à une compréhension qui se voudrait plus intégrée.
Dans chacun des volumes, les auteurs se succéderont selon
l’ordre de leur naissance. Il ne nous semble pas indiqué, compte

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tenu de l’esprit dans lequel nous décrivons chacun des
théoriciens, de procéder à quelque autre forme de regroupement
endeçà du mode de construction des volumes. Chacun d’eux
s’ouvrira sur une courte introduction et se terminera sur un
exercice de synthèse.
Dans tous les volumes, nous présenterons chacun des auteurs
en lui-même. D’abord, nous énumérerons les concepts autour
desquels s’est développée la théorie et nous la reconstruirons
sur la base de son lexique. Ensuite, nous tenterons d’insérer
dans un schéma tous ces concepts. La figure identifiera leurs
connexions ;elle marquera ces liens par des traits, et non par
des flèches, le but étant de rappeler les lieux de relations entre
les éléments constitutifs de la pensée tels qu’ils auront été
indiqués précédemment. Dans un troisième temps, en adoptant
une perspective relationnelle, nous oserons une critique de la
théorie qui aura été décrite. Cette opinion ne sera jamais
indispensable à la compréhension de l’œuvre dont les grands
traits auront été dessinés ; elle permettra toutefois au lecteur qui
le désire ou à celui qui le réclame de repérer rapidement dans la
théorie qui aura été exposée des points forts et d’autres plus
faibles. Enfin, la section se terminera par une suggestion de
lectures : il s’agira, d’abord, de textes de l’auteur et, ensuite, de
titres relativement récents de commentateurs.

* * *

Tous les auteurs prestigieux des sciences humaines ne sont
pas des théoriciens ; un texte n’est pas d’autant plus
remarquable qu’il est hautement théorique. On trouve de
nombreux ouvrages, en effet, dont l’influence a été énorme dans
les universités, et souvent à l’extérieur d’elles, mais dont la
dimension théorique est limitée. On pourrait évoquer à titre
d’illustration des essais dans lesquels les auteurs ont soutenu
des principes d’égalité entre les sexes, entre les races ou entre
les nations, entre les personnes. Toutes les disciplines
n’accentuent pas également la théorisation. Il n’y a pas de
discipline sans théorie, mais la part et le rôle de la théorie ne
sont pas du même ordre dans toutes les sciences. L’histoire ou
l’anthropologie théorisent peu. Ce sont des disciplines

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prudentes pour lesquelles les données sont impératives, qui ne
tendent à s’adonner à la conjecture qu’avec un évident respect
pour les faits. Leurs théories sont souvent restreintes, autant que
fortes :les spécialistes dénoncent des interprétations d’un
phénomène ou d’un événement auxquelles telle donnée
manquait et suggèrent une nouvelle explication relative à ce
phénomène ou à cet événement, ne s’engageant qu’avec
suspicion dans les voies de l’extrapolation. Ils rappellent à l’ordre les
échafaudages conceptuels qui se sont trop affranchis des
contraintes empiriques. Une théorie générale de l’histoire ou de
l’humain n’est plus concevable dans une telle optique; mais il
devient possible d’affirmer des principes notoires, comme ceux
du relativisme culturel ou du pluralisme ethnique, et de mettre
en lumière les faiblesses de l’orthogénèse sociale. La
philosophie théorise beaucoup; son univers analytique est en
grande partie celui de l’édification conceptuelle. On ne
s’étonnera donc pas que bon nombre des auteurs qui
apparaissent au fil des pages de ce manuel de théories en
sciences humaines soient philosophes ou des savants qui ne
dédaignent pas la philosophie. On ne s’étonnera pas non plus de
ne pas trouver dans ces pages les savants dont les contributions
sont avant tout empiriques ou méthodologiques.
Nous n’avons pas retenu les experts dont l’appareillage
théorique compte peu de concepts. Ainsi, un chercheur qui a produit
de nombreuses analyses de données qui permettent de soutenir
un principe, si importantes soient ces analyses, si capital soit ce
principe, et quoique ses explications soient décisives en vertu
d’une question spécifique, n’apparaît pas dans cet ouvrage, car
il ne livre pas une théorie générale, car son œuvre consiste
moins en une construction théorique qu’en une accumulation de
données ou en l’explication d’un phénomène particulier. Si
nous n’avons pas été en mesure de détecter près d’une dizaine
de concepts centraux, de notions nettement théoriques, dans un
ensemble de travaux, nous n’en avons pas intégré l’auteur à ce
manuel.

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