L'épopée du rastafarisme

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152 pages
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Que savez vous des rastas ? Les rastas existent depuis près d'un siècle : les premiers, issus de l'esclavage, étaient illettrés et sans métiers. Comment cette poignée d'hommes perdus, écrasés depuis des siècles a-t-elle réussi à créer en Jamaïque un mode de vie, le "Livity" pratiqué actuellement par des millions d'individus de par le monde ? Spiritualité, écologie, connaissance approfondie de la Bible, non violence, amour et fraternité, ils sont aussi végétariens et dénoncent régulièrement les injustices.

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Date de parution 01 avril 2010
Nombre de visites sur la page 305
EAN13 9782336265919
Langue Français

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Anne-MarieSophieCOLOMÉ

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Dumêmeauteure

Haïti chérie oulerêve confisqué, L’Harmattan, 1994.
Cité Soleilà Port-au-Prince,L’Harmattan, 1997

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À mon gendre haïtienExcel
SafemmeFlorence
Et leur filleHerzulie

J’adresse mes remerciementschaleureux aupersonnel de la
Médiathèque deMontélimar:grâceàsa compétence etàsa courtoisie,
grâceaussiàlarichesse deslivresetdocumentsengrangés, j’ai pume
procurerce dontj’avaisbesoin pourécrirecette histoire.

P R O L O G U E

Il y a quelques années, lors d’un voyage en Afrique
de l’Ouest, j’ai rencontré Bawa le rasta. Il avait l’air très jeune,
arborait avec élégance de courtes dreadlocks, mais ce qui me
frappa surtout, ce fût sa voix : une très belle voix, ample, aux
intonations chaudes, sur un rythme de reggae. Il se tenait sous le
manguier, dans notre cour africaine avec l’un de mes camarades,
un “expatrié”, comme on nous appelle. Celui-ci essayait d’attraper
le rythme avec sa guitare. Ce n’était pas si facile, et il dut faire
plusieurs reprises avant d’y parvenir. Bawa recommençait
inlassablement cette chanson dont il était l’auteur-compositeur, jusqu’à
ce que la symbiose soit parfaite.

Par la suite, j’eus l’occasion de rencontrer très
souvent Bawa. Il avait décidé de m’apprendre à danser le reggae et
venait pour cela chaque jour me chercher tard dans la soirée. Nous
dansions sur les airs à la mode : “Discrimination” de Tiken Jah
Fakoly, le “Reggae vagabond” de Madou Djembe ou “Jérusalem”
d’Alpha Blondy. Si je progressais pour bien danser le reggae, ma
connaissance du rastafarisme était au point mort. Bawa, mon
guide, continuait à composer, à écrire, selon les termes évoqués
par les rastas et ce qu’il en savait. Il parlait de l’Afrique, des
injustices. Sa conviction était visiblement chaleureuse et il appelait
les autres hommes ses “frères”.

J’avais rapidement eu le désir d’en connaître
davantage et rencontrais d’autres rastas dans d’autres pays de
l’Afrique de l’Ouest. Je découvrais leur spiritualité, profondément
ancrée dans la Bible, dont ils avaient une connaissance étonnante.
Leur gentillesse était à mon égard inépuisable. J’essayais de
comprendre leur philosophie qui m’apparaissait complexe. Je me
plongeais dans les livres et les documents qui pouvaient alimenter ma
soif de savoir. Me penchais aussi sur ceux qui avaient participé à
l’émancipation des noirs, tant aux Etats-Unis qu’en Jamaïque.

9

Accumulais pêle-mêle, sans aucun ordre
chronologique Marcus Garvey, les communautés rastas, l’Abyssinie, les
négus et Haïlé Sélassié, Leonard Howell, Malcom X et Martin
Luther King, les pharaons noirs, l’histoire du Prêtre Jehan, le Libéria
et me retrouvais, enfin, à la source : la rencontre mythique du roi
de Juda, Salomon, avec Makéda, la reine de Saba. C’était
étourdissant, car cela remontait à trois mille ans !

Munie de tout ce j’avais accumulé, je me décidais
enfin à commencer ce récit par l’aube des temps.

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0

Sodome, Gomorrhe, Babylone, nous avons un
compte à régler qui date de 10.000 ans. Si nous ouvrons les yeux,
nous saurons reconnaître ces vieilles cités disparues dans la fièvre
des tyrans ithyphalliques et les cris des femmes éventrées.

Moi, poète des hautes sphères, je mets en garde et
je n’exagère point en vous disant que la douleur est sur le pied de
guerre depuis longtemps.

L’écrivain haïtien Frankétienne
dans “Ultravocal”, 1972.

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Chapitre 1

La Nubie et le pays de Koush

La reine de Saba

C’est dans les entrailles du désert de Nubie que
l’on peut lire aujourd’hui, inscrite dans la pierre, l’histoire des
pharaons noirs.
Durant des millénaires avant notre ère, au pays de
Koush, les nubiens ont guerroyé ou fait du commerce avec les
pharaons de la Basse-Egypte.
Ce pays possédait les produits dont l’Egypte avait
besoin : l’or, l’ivoire, les pierres et les bois précieux.
En Basse-Egypte, on craignait les Nubiens. En
1427 avant notre ère, le pharaon Aménophis II eût à combattre
vers le nord une coalition d’états syriens, rebellés contre l’autorité
égyptienne. Le pharaon écrasa la révolte et, selon la coutume,
suspendit par les pieds les 7 chefs rebelles. Six d’entre eux furent
exhibés sur les murs de Thèbes. Le septième fût porté à Napata,
en Nubie, qui était alors la capitale du pays de Koush, et pendu
aux murs de la ville en guise d’avertissement aux aspirants rebelles
des contrées africaines.

Terres de mythes et de légendes...

Il y a environ trois mille ans une jeune reine
nommée Makéda règne sur le royaume de Saba. Elle est l’enfant
unique d’Akébo le Grand et de Bilquis. Ce royaume s’étend à l’est
de la mer Rouge, au sud de l’actuel Yemen et à l’ouest, de l’autre
coté de la mer Rouge, dans l’actuelle Ethiopie. L’or, l’ivoire, les
pierres et les bois précieux et surtout l’encens et la myrrhe y sont

en abondance.
Makéda, la jeune reine de Saba, est noire, comme
son peuple et aussi très belle et très riche. Malgré son jeune âge,
on vante déjà son intelligence, son sens inné du pouvoir.
N’estelle pas la fille d’Akébo le Grand ?

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