L

L'IMPLICATION, UNE NOUVELLE BASE DE L'INTERVENTION SOCIALE

-

Livres
171 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Chacun est tenu aujourd'hui de s'impliquer. S'impliquer dans son travail, mais aussi s'impliquer dans sa recherche d'emploi, dans son parcours d'insertion ou dans son projet de formation. L'individu est mis en demeure de vivre et de le faire avec engagement, motivation et dynamisme. L'action sociale est particulièrement concernée par ce phénomène. C'est l'émergence de l'action en implication optimale que les auteurs s'efforcent d'élucider au cours de ce travail.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 mars 1998
Nombre de lectures 205
EAN13 9782296326569
Langue Français
Signaler un abus

L'IMPLICATION, UNE NOUVELLE BASE DE L'INTERVENTION SOCIALE

Collection Technologie de l'action sociale dirigée par Jean-Marc Dutrenit

- P. Caspar, L'accolnpagnelnent des personnes handicapées lnentales, 1994. - J.-M. Dutrenit, Evaluer un centre social, 1994. - Collectif, Diagnostic et traitelnent de l'e~lant en danger, 1995. - J.-C. Gillet, Animations et anÙnateurs, 1995. - M. Lepage-Chabriais, Réussir le placel11ent des 111ineursen danger, 1996. - M. Born, Familles pauvres et intervention en réseau, 1996. - Collectif, Traiter la violence conjugale, 1996.

@ L 'Har/nattan, J 996 ISBN: 2-7384-4684-1

Pascal NICOLAS-LE

STRAT

L 'I-MPLICATION, UNE NOUVELLE BASE DE L'INTERVENTION SOCIALE

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y ] K9

à Pierre Buisson, à CJzristine et Lucie, en souvenir des années 92 et 93

SOMMAIRE

Introduction:

Actualité de l'implication

Il 27 33
33 35 37 41 44 49

Partie I : Politique de l'implication Chapitre 1 : Phénoménologie de la surimplication
1. Un certificat de bonne implication à soi

2. Un rapport d'exclusion

3. L'économie généralisée de la surimplication 4. La baisse tendancielle du taux de contrôle sur la société 5. La socialisation Chapitre totale

2 : Moments critiques de l'individuation

1. L'individu performant 2. L'association dissociante 3. Être en projet 4. Autodissoudre 5. La présence spatialisante Chapitre 3 : Mobilisation et domination
1. L'usage de soi 2. L'intellectualisation 3. Une appartenance 4. L'in1plication du vécu sans emploi

49 52 56 59 62 65
65 69 73 76

n1ise à nu

9

Partie II : Ingénierie de l'implication (L'exemple des politiques d'insertion)

79

Chapitre 1 : Les savoirs de l'implication 1. Le modèle fordiste d'intellection du social 2. Les nouveaux territoires de la question sociale 3. De l'usage des savoirs de l'implication Chapitre 2 : Insertion et police du social 1. Les pratiques de médiation 2. L'action publique en matière d'insertion 3. Technologie de l'implication et police du social Chapitre 3 : Gouverner les conduites de vie 1. La visibilité des conduites 2. L'affect de soi par soi
Conclusion: Notes Bibliographie Conditions de la subjectivation

87 89 92 95 101 103 106 110 117 118 126
133 147 165

INTRODUCTION

ACTUALITÉ DE L'IMPLICATION

Il arrive un moment où il faut prendre au sérieux r esprit du temps. Convient-il de souscrire à la rhétorique "humaniste" des gestionnaires des ressources humaines et à leur ambition de "miser sur l' homme" ? Accepterons-nous aussi d'accorder notre attention aux entrepreneurs politiques lorsqu'ils déclarent que la qualité de la prestation et la prise en compte des attentes des usagers prennent le pas sur la matérialité de l' équi pement et son àvaloir électoral? Que penser des politiques d'entreprise qui s'emploient à responsabiliser les salariés par rapport aux objectifs de production? Que penser aussi des pratiques politicoadministratives qui s'efforcent d'impliquer l'usager dans la conception des prestations? Que ces approches réservent beaucoup d' hypocrisie ne saurait surprendre, mais il ne faudrait pas en tirer prétexte pour se dispenser d'interroger cet ensemble cohérent et efficace que forment aujourd' hui les nouvelles technologies de la participation-implication, des technologies expérimentées tant par r organisation capitaliste du travail que dans la gestion des politiques publiques. La concertation comme la consultation ont été utilisées de tout temps pour accorder une plus-value démocratique à des dispositifs qui en manquaient cruellement. On consulte le personnel comme on se concerte avec les usagers, on le fait, contraint et forcé, lorsque la conflictualité sociale l'impose. On cherche en fait, à travers elles, à se dédouaner à bon compte des formes d'assujettissement les plus oppressives ou à renouer les fils de la négociation collective. Concertation comme consultation appartiennent aux techniques les plus classiques du pouvoir, celles qui se situent en adjacence aux lieux effectifs du pouvoir pour en faciliter l'expression et la diffusion. Mais, pour autant, suffit-il de renvoyer les nouvelles technologies de la participation à leurs
13

illustres prédécesseurs pour en finir avec elles et régler une fois pour toute les questions qu'elles nous posent? Il serait si commode de pouvoir les réduire à de simples instruments de manipulation, ce qu'elles sont effectivement aussi. Que recouvre cette volonté de faire participer (l'injonction qui est faite à chacun de s'impliquer) que partagent organisation productive et administration politique? Du côté de l'entreprise, c'est l'exigence d'associer les salariés le plus en amont possible au travail de conception, même si cette implication des agents reste limitée dans le temps et dans la forme, c'est la tentative aussi de motiver les salariés à travers leur implication dans des procédures contractuelles de gestion des segments de production. Ce sont en fait de nouvelles conceptions organisationnelles qui intègrent et mobilisent l'engagement subjectif de l'homme au travail et les formes de coopération qu'il peut construire en situation de travail1. L'idéologie de la participation traduit en fait une véritable conversion de point de vue: on a longtemps pensé que les gains de productivité dépendaient d'une objectivation maximale du procès de travail et qu'il fallait donc réduire le plus possible l'initiative de l'ouvrier par des procédures systématiques de rationalisation de ses tâches. Les technologies productives actuelles laissent entendre un discours un peu différent: les gains de productivité dépendraient aussi de l'implication bien comprise de l'ouvrier par rapport aux objectifs de la production et d'une bonne gestion de l'initiative individuelle et collective. Les technologies de la participationimplication (gestion en flux tendu, gestion par projet, gestion en qualité totale2...) correspondraient donc à la forme contemporaine de mobilisation de l'homme au travail et d'exploitation de la force de travail; elles répondraient en fait aux nouvelles conditions de la productivité. La participation deviendrait ainsi un principe organisationnel central pour la gestion productive. Et les entreprises parlent vrai lorsqu'elles déclarent qu'elles misent aujourd' hui sur l' homme, autre manière de dire qu'elles doivent apprendre à gérer de l'engagement subjectif et de l'implication là où elles géraient traditionnellement des tâches et des gestuelles largement rationalisées. Nous pensons qu'un processus similaire est à l'oeuvre du côté des politiques publiques et des politiques sociales. L'organisation administrative convoque elle aussi l'implication de l'individu, l'individu-usager des services publics ou l'individubénéficiaire des services sociaux. Elle ne réussit plus à déployer son pouvoir d'action sans l'assurer sur l'adhésion positive de ses ressortissants comme si la détention d'un pouvoir d'interdire ou d'attribuer ne suffisait plus auJourd~hui pour assurer l'efficacité d'une intervention, comme s'il fallait en passer par des procédures 14

participatives pour réactiver le lien administratif. Toute une technologie de l'implication s'impose donc aujourd' hui en matière de gestion du social. Qu'elle recoure à des techniques de contractualisation ou qu'elle procède par projets, cette technologie s'efforce d'obtenir l'engagement des volontés et la prise d'initiative. C'est ainsi qu'à la traditionnelle participationconsultation, toute occupée à conjurer la conflictualité et à donner une légitimité démocratique à des programmations de plus en plus technicisées, succède aujourd' hui une sorte de participationimplication qui cherche à mobiliser les usagers et à les associer concrètement à la conception même de l'action publique, au risque alors de faire du citoyen un simple auxiliaire du pouvoir3. La politique de la ville, en particulier les opérations D.S.Q. (Développement Social des Quartiers), comme les politiques d'insertion, en particulier le R.M.!. (Revenu Minimum d'Insertion), ont été les lieux privilégiés d'expérimentation et de généralisation de cette technologie. Les systèmes administrativo-décisionnels convoquent aujourd' hui l'implication de leurs membres et mettent donc cette question au centre des enjeux politiques du moment. On assiste à cette évolution tout à fait paradoxale qui conduit les organisations que l'on pensait les plus technicisées et les plus fonctionnalisées à opérer une re-singularisation de leur intervention. Car la rhétorique de l'implication, si elle se généralise, elle le fait à travers une magnification de l'épaisseur singulière des attentes et des besoins, elle le fait aussi en imposant une gestion de plus en plus différentielle des demandes. Si l'on s'accorde sur le fait que la technologie de l'implication s'attache avant tout à redonner du sens et de la légitimité à des dispositifs épuisés par leur propre dérive techniciste, alors il est dans l'ordre des choses de voir les appareils administratifs, non seulement respecter la diversité des préférences, mais au delà, la mobiliser et en faire le gage de leur efficacité et la condition de leur productivité. On ne peut donc plus opérer cette césure si comlI!0de entre le nl0nde purement fonctionnel du n1arché ou de l'Etat et le monde de l'autonomie qui survivrait dans ses marges et sa périphérie, où l'initiative resterait encore possible et où l'expression singulière pourrait s'affirmer. En effet, comment maintenir une telle dualité (monde fonctionnel/monde de l'autonomie sociale) lorsque l'initiative individuelle ou collective et l'engagement singulier deviennent les nouveaux critères de gestion de l'organisation postfordiste ? La question de l'autonomie se pose aujourd' hui à l'intérieur même des systèmes fonctionnels et elle s' y pose de manière centrale. Et nous irions jusqu'à dire que ces systèmes ne cherchent plus tant à laminer la
15

sphère de l'autonomie (comme a pu y parvenir le taylorisme) mais qu'ils essaient au contraire de la mobiliser et de la capter à leur profit..., de la dénaturer aussi autant que faire se peut, mais est-ce nécessaire de le préciser? Est-ce r indice de son déclin lorsqu'un mode de production en vient à faire dépendre sa productivité de facteurs aussi insaisissables que l' acti vité signifiante - de la faire dépendre de facteurs aussi diffus que la motivation, l'activation ou la dynamisation de soi 4. La transition postfordiste ne cesse d(f surprendre lorsqu'on met en rapport sa puissance productive, une puissance encore jamais atteinte jusqu'ici, et les conditions d'exercice de cette productivité qui dépendent étroitement d'un maillage d'engagements subjectifs et d'affirmation de soi, lorsqu'on rapproche son caractère de plus en plus abstrait et anonyme, ce que des auteurs nomment sa complexité, et la dépendance dans laquelle elle se trouve vis-à-vis des marques singulières d'adhésion. Ce régime d'action économique joue des paradoxes: il érige des aspirations de nature extra économique (non quantifiables) en facteurs déterminants de sa compétitivité, il fait dépendre la productivité du travail du fait que ce travail soit véritablement vécu comme activité - c'est-à-dire que l'individu s' y engage en tant que subjectivité active. Le constat d'André Gorz est juste lorsqu'il écrit que "le revirement est complet: il s'agit de rien de moins que de rétablir cette unité du travail et de la vie que la rationalisation économique s'était ingéniée à supprimer au profit d'une conception instrumentale du travail. L'entreprise, à la faveur de la crise, de l'exacerbation de la concurrence et des mutations techniques, doit devenir un lieu non plus d'intégration fonctionnelle mais d'intégration sociale et de développement professionnel. Telle est, du moins, la nouvelle idéologie, dite de la "ressource humaine". Par certains côtés, elle semble être en progrès sur le pan-rationalisme économiste. Elle reconnaît implicitement que la force de travail n'est pas un instrument comme les autres et que son efficacité, sa performance dépendent de facteurs qui ne sont pas calculables et ne relèvent pas de la rationalité économique: le climat de l'entreprise, la satisfaction au travail, la qualité des rapports sociaux de coopération, etc..."5. Nous partageons son analyse lorsqu'il poursuit en rappelant que Hl' idéologie de la "ressource humaine" prépare l'instrumentalisation - ou, comme dit Habermas, la colonisation par la rationalité économique des aspirations non économiques [...]. 'route la question est de savoir si cette prise en compte prépare une exploitation et une manipulation aggravées des travailleurs ou une autonomisation des valeurs extra-économiques, non quantifiables, jusqu'au point où elles restreindront les droits de la
16

logique économique au profit de leurs droits propres,,6. Par contre, nous nous éloignerons des positions d'André Gorz sur deux points.

D'une part, il limite la portée de son constat en faisant jouer à son encontre un argument de représentativité. La volonté d'augmenter "l'intérêt pour un travail de nouveau vécu comme activité et comme coopération"? ne concernerait qu'une minorité de salariés. Derrière l'intérêt porté aux aptitudes des travailleurs, à leur capacité à apprendre et à s'adapter, se cacherait en fait une tentative pour constituer une nouvelle élite professionnelle, comme si le discours sur la qualification et sur la partici pation correspondait à une forme actualisée de la division des collectifs de travail. André Gorz invalide donc la portée de ses observations au nom d'un critère de représentativité. La nouvelle conception du travail resterait pour l'essentiel une fiction car elle ne pourrait concerner qu'une minorité de salariés. A cet argument, il serait possible de rétorquer que le critère nombre ne suffit pas pour fonder ou invalider la portée d' une évolution~ il serait possible aussi d'opposer à cette limite le fait que le taylorisme "organisationnellement pur" est toujours resté une exception mais que cela ne l'a pas empêché de s'imposer comme o10dèle de gestion productive. Il s'agit donc bien de faire la part entre la nature d'un paradigme et ses formes concrètes de réalisation. Dans nombre d'entreprises, surtout les petites et moyennes, l'organisation productive a longtemps été déterminée par un taylorisme "mou", comme l'ont qualifiée les sociologues du travail, un délicat dosage entre modèle paternaliste classique (source de cohésion sociale dans l'entreprise) et rationalisation de type taylorien (source de compétitivité). Nous pensons donc que la portée d'un modèle d'organisation du travail ne se juge pas seulement à sa plus ou moins grande diffusion. L'expérimentation de nouvelles configurations productives peut réserver des évolutions notables, bien au delà des strictes limites inhérentes, par définition, à toute situation d'expérimentation. Notre deuxième réserve est d'une toute autre ampleur. C'est le point de vue de méthode retenu par André Gorz que nous souhaiterions discuter. Il résume ainsi le sens profond de la distinction qu'il établit entre intégration fonctionnelle et intégration sociale: "L' hétéronomie ne peut, dans une société complexe, être complètement supprimée au profit de l'autonomie. Mais à l'intérieur de la sphère de l' hétéronomie, les tâches, sans cesser d'être nécessairement spécialisées et fonctionnelles, peuvent être requalifiées, recomposées, diversifiées, de manière à offrir une pl us grande autonomie au sein de l'hétéronomie, en particulier (mais pas seulement) grâce à l'autogestion du temps de travail. Il 17

ne faut pas imaginer une opposition tranchée entre activités autonomes et travail hétéronome, sphère de la liberté et sphère de la nécessité [et il précise en note de bas de page qu'il insiste sur cet aspect, contrairement à la thèse de l'opposition tranchée des deux sphères que lui ont prêtée des "lecteurs pressés"]. Celle-là retentit sur celle-ci mais sans jamais pouvoir la résorber"s. Qu'il n' y ait pas d'opposition tranchée entre intégration fonctionnelle et intégration sociale (entre hétéronomie et autonomie) dans les analyses que développe André Gorz nous lui en donnons acte bien volontiers mais nous pensons qu'il convient d'aller au-delà de cette simple précaution d'usage. Il ne suffit pas d'user avec prudence et circonspection d'un effet de césure entre deux sphères de société, il faut s'interroger pour savoir si ce point de vue (aussi nuancé soit-il) représente le meilleur point de vue dont nous disposons pour interroger les transformations à l'oeuvre aujourd' hui dans la société. Nous ne pensons pas qu'il soit pertinent de considérer séparément ces deux ordres de pratique, quel que soit l'effort engagé ensuite pour penser leur "intermédiation". Il convient de privilégier un autre point de vue, que nous pourrions décrire ainsi: faire porter notre attention sur le mélange des genres, sur l'hybridation de plus en plus active qui existe aujourd'hui entre engagements subjectifs et agencements fonctionnels, dont la rhétorique de l'implication constitue une des meilleures expressions. Les nouvelles configurations productives ne sauraient se résumer à un jeu de déplacements et de redéploiements des formes sociétales pures (l'intégration fonctionnelle et l'intégration sociale)~ elles ne procèdent pas, comme on le conçoit trop simplement, au remodelage d'un existant (une césure) se justifiant en soi. Ce qui nous importe d'observer et de jauger, ce sont les modes d'hybridation, le type de greffe, les agencements trans-césure, ce que Félix Guattari nomme les dimensions machiniques de la subjectivité9, c'est-à-dire l'hétérogénéité des composantes productrices de subjectivité, la conjugaison des évolutions technologiques et des expérimentations sociales, les différents cocktails d'énonciation où s'agencent mécanismes subjectifs et univers sociaux de référence... Deux points de vue de méthode s'opposent donc: soit on retient le point de vue de la césure et r on s'emploie ensuite à découvrir les articulations et les médiations que la société ne manque pas de constituer entre les deux sphères de société ainsi séparées, soit on privilégie le point de vue du mouvement même d' hétérogénéisation et d' hybridation (entre subjectivité et fonctionnalité, entre déterminations singulières et nécessité fonctionnelle...) et l'on considère alors que sphère de l'hétéronomie et sphère de l'autonomie ne sont en rien des données 18

préalables,

ni la matière première des processus sociaux mais

qu'elles en sont bel et bien la résultante 10. Nous essaierons donc
dans la suite de ce travail d'assumer ce choix et de considérer la catégorie "implication" pour ce qu'elle est vraiment à nos yeux, un hybride, ni vraiment disposition psychologique particulière (se motiver, se responsabiliser, se dynamiser...) ni complètement colonisation des conduites (l'injonction à s'impliquer, la mise sous tension de l'homme au travail, la mobilisation des initiatives...). Il serait parfaitement réducteur de ne la considérer que sous l'angle d'une "intermédiation" nouvelle entre autonomie et hétéronomie, il nous paraît plus productif pour notre recherche de la considérer comme quasi -objet (une détermination spécifique) ou quasi-sujet (une disposition singulière), comme composition particulière, entre subjectivation des configurations organisationnelles et objectivation des engagements singuliers - un moment d'entrelacements et de combinaisons où, en particulier, la question de l'autonomie se reformule et peut se repenser. A la différence d'André Gorz, nous ne pensons pas qu'il existe une autonomie en soi (une intégration sociale définie en tant que telle) qu'il s'agirait de reconquérir dans les interstices des systèmes fonctionnels, un plus d'autonomie que l'on pourrait dégager au sein de l'hétéronomie, mais nous retiendrons une autre hypothèse en considérant que ['autonolnie reste une détermination ouverte qu'il s'agit de constituer dans le cours même des mouvements de société. L'autonomie équivaut à un déploiement et non à un dépliement car un dépliement supposerait que l'autonomie s'apparenterait à l'arrivée à maturité d'un mode d'être donné en soi (une forme pure). L'autonomie ou la distance de subjectivation se déploie dans le processus toujours ouvert des hybridations, des agencements et des compositions d'activités par une série de manifestations et de métamorphoses~ elle s'élabore. Elle s'élabore par créations successives. Elle éclôt plusieurs fois, elle se déploie. La catégorie "implication" représente ce mixte particulier à une époque, le postfordisme, dans lequel et à travers lequel intégration fonctionnelle comme intégration sociale sont en train de se re-définir, de se re-déployer. C'est une nouvelle donne l'ouverture d'un mouvement intensif de recomposition, l'expérimentation de nouvelles greffes - qui pose en termes nouveaux la question de l'autonomie. 'Disons le très clairement, la question de l'autonomie ne se pose pas dans les mêmes termes lorsque nous sommes confrontés à une' gestion productive qui annihile toute prétention à la créativité et à l'initiative comme l'a conceptualisée le taylorisme, ou l~rsque nous sommes engagés dans une organisation productive qui met au centre de ses gains de 19