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L'islamologie appliquée

De
216 pages
L'islamologie appliquée est un champ d'étude interdisciplinaire qui vise à relier les acquis de la recherche fondamentale sur l'islam avec les résultats des enquêtes sur le terrain réel et virtuel. Cet ouvrage propose un aperçu des champs d'application actuels de l'islamologie : de l'étude du Coran et des traditions, jusqu'à l'étude de l'iconographie et de la propagande islamiste, en passant par l'étude du droit, de l'histoire ou encore de la sexualité dans les sociétés musulmanes.
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UIDÈRE
CÉt u d e s o l l e c t i o n a r a b e s
Mathieu GUIDÈRE
L’islamologie appliquée
Principes et méthodes
L’islamologie appliquée
ÉTUDES ARABES________________________________ Collection dirigée par Mathieu GUIDÈRE
Professeur des Universités, Agrégé d’arabeLa collectionÉtudes arabes publie des ouvrages qui traitent, avec distance et esprit critique, de tous les aspects relatifs aux pays de la rive sud de la Méditerranée. Elle est ouverte à toutes les approches théoriques et méthodologiques, appliquées au passé comme au présent de ces pays. Elle se donne un double objectif: d’une part, promouvoir des recherches originales menées sur la culture arabe et la civilisation musulmane et, d’autre part, publier des chercheurs dont les travaux mériteraient une plus large diffusion.
Les études arabes sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive les recherches interdisciplinaires susceptibles d’éclairer la complexité d’un espace politique et culturel en mutation. Que l’on se réfère aux sciences sociales, aux sciences du langage, ou encore à l’histoire des idées et des mentalités, il s’agit de révéler la richesse et la diversité des approches actuelles des pays de langue et de culture arabes.
Les ouvrages publiés dans la collection sont soumis à un processus d’évaluationrigoureux et anonyme. Aucune contribution financière n’est demandée aux auteurs.
Mathieu GUIDÈREL’ISLAMOLOGIE APPLIQUEEPrincipes et méthodes L’Harmattan
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12724-8 EAN : 9782343127248
Introduction
Qu’est-ce que l’islamologie appliquée
L’islamologie appliquée est un champ d’étude interdisciplinaire qui vise à relierla recherche fondamentale sur l’islam avec les acquis des enquêtes sur le terrain réel et virtuel. Ce type d’approche concernedivers domaines tels que l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la psychologie,communication, la les études culturelles ou encore le droit comparé et les sciences politiques.
L’islamologie appliquée est relativement récente: elle est née à la suite des travaux de Mohamed Arkoun sur la pensée islamique (1982, 1984, 1986, 2002), ainsi que des travaux d’autres chercheurs concernant la prise en compte de l’histoire de l’islam et des particularités culturelles, sociales et anthropologiques des pays musulmans avant et après la colonisation.
En cela, l’islamologie appliquée est complémentaire de l’islamologie théorique dont elle utilise les outils et les acquis en matière de critique philologique et historique des textes classiques. Mais contrairement à l’islamologie classique, elle intègre dans ses recherches les interrogations nouvelles sur 5
l’islam et les musulmans. Ainsi par exemple, l’islamologie appliquée n’élude pas les problématiques issues d’événements aussi importants pour l’histoire des sociétés musulmanes contemporaines que la guerre civile algérienne (1992-2000), les attentats du 11 septembre 2001, la guerre d’Irak (2003) ou encore les soulèvements populaires du Printemps arabe (2011), car tous ces événements ont eu des conséquences non négligeables sur les sociétés concernées, notamment en termes de visibilité de l’islam politique dans l’espace public, des manifestations de l’islamisme sous toutes ses formes et des effets du terrorisme d’inspiration islamiste.
Aussi, l’islamologie appliquée vise à étudier tous les phénomènes sociaux, politiques, économiques, culturels ou identitaires liés à l’islam en tant que religion (système de croyances) et en tant qu’idéologie (système d’idées). Sa dimension « appliquée » concerne tous les aspects pratiques et les enjeux sociétaux en relation avec les manifestations et les revendications contemporaines à caractère religieux et confessionnel.
Les chercheurs en islamologie appliquée entendent identifier les thématiques islamiques qui animent le débat public, afin d’y répondre par un apportde connaissance qui permette d’informer et de comprendre au-delà de la communauté des spécialistes. Ils entendent également identifier les écrits les plus consultés et les questions les plus fréquemment posées sur l’islam, afin de mieux cadrer leurs recherches avec l’intérêt du public et contribuer à la formulation d’une réponse citoyenne axée sur la tolérance religieuse et le vivre ensemble.
Pour répondre à cette demande sociale de connaissance sur la religion, l’islamologie appliquée promeut une action de traduction et de diffusion des idées et desœuvres de réformistes musulmans connus pour leurs travaux sur l’islam éclairé, l’humanisme musulman, lamodernitéet le progrès. L’accent est mis sur les auteurs et les penseurs contemporains tels que : les Égyptiens Amin al-Khûli, Muhammad Khalafallâh et Nasr Hamid Abû Zayd, à l’origine d’une nouvelle herméneutique du Coran ; les Marocains Mohammad Abed Aljabiri et Abdallah 6
Laroui, connus pour leur lecture historique et contextuelle du Coran et des Traditions ; les Tunisiens Mohamed Talbi et Abdelmajid Charfi, à l’origine d’une relecture fondamentale du patrimoine islamique ; les Pakistanais Fazlur Rahman, Muhammad Inayatullah Khan et Ghulam Ahmad Parwez, qui travaillent sur une nouvelle approche du Coran et de la Tradition ; le Syrien Mohammad Shahrour qui a provoqué un tollé pour sa critique du Coran, et d’autres encore: Abdullahi an-Naïm (Soudan), Youssef Seddik (Tunisie), Abdul Karim Soroush (Iran), Ahmad Syafi’i Maarif (Indonésie), Chandra Muzafar (Malaisie), Shamima Shaikh (Afrique du Sud), etc.
L’islamologie app:liquée possède une dimension didactique elle vise à former aux problématiques qui intéressent les étudiants et le grand public. Elle met l’accent, dans ses contenus de formation et d’enseignement, sur les questions les plus fréquemment posées, sans qu’ils’agisse de répondre à des détails rituels (mission des imams) ni à se laisser enfermer dans des controverses religieuses (biais médiatique).
Pour ce faire, les chercheurs et les enseignants engagés dans cette voie concentrent leurs efforts sur ce qu’il est convenu d’appeler «l’islam numérique», c’est-à-dire l’islam diffusé à grande échelleviales chaînes de télévision par satellite, les sites internet et les réseaux sociaux. Cet islam cathodique et internautique est devenu central aujourd’hui et doit être étudié en profondeur parce qu’il forme un corpus théologique, doctrinal et culturel considérable et en croissance exponentielle.
Principesd’analyse
Face à ce type de corpus riche et complexe, il convient d’adopter quelques principes de base qui permettent d’éviter les biais cognitifs les plus fréquents dans l’approche du fait religieux en général et de l’islam en particulier.
Ces biais cognitifs désignent les erreurs systématiques de jugement qui apparaissent chez des individus confrontés à des
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phénomènes de temporalité ou de culturalité. Ces erreurs résultent en amont d’un ensemble de processus mentaux impliqués dans le traitement de l’information ou dans la manipulation des idées : perception, langage, mémoire, raisonnement, etc.
Contre ces biais cognitifs, il faut de ladistanciation, opération mentale qui consiste à savoir prendre une certaine distance par rapport aux événements, aux sujets et aux idées analysées. En effet, le chercheur en islamologue appliquée doit être attentif à la distance qu’il met entre lui et ses objets de recherche, c’est-à-dire au degré de proximitéou d’éloignementqu’il s’autorise en fonction des situations et des thématiques. Pour garantir cette distance critique, il doit savoir se situer intellectuellement (qui suis-je ?) et se raisonner pratiquement (que puis-je?). Il s’agit, en fait,d’adopter une approche raisonnée et positive de la neutralitéscientifique en évitant l’identification aux problématiques culturelles, le sentiment d’impuissance ou d’exaspération,ou encore la critique pour la critique.
Il faut également de ladécentration, qui signifie littéralement le fait de quitter le centre pour se placer dans la perspective d’autrui.Autrement dit, la capacité à prendre du recul par rapport à son propre monde pour saisir le point de vue de l’Autre; bref, à passer d’une perception égocentrique des choses à une perception plus empathique.
Dans la décentration, il s’agiten effet de changer de perspective afin de mieux percevoir une situation, de se placer dans l’optique d’autrui afin de mieux apprécier son point de vue (représentations, émotions, idées, attitudes). Dans cet effort d’appréciation altéro-centrée, il est nécessaire de prendre en compte les us et coutumes des populations locales, leurs traditions et leurs croyances, sans nécessairement les juger ni les adopter, l’objectif étant d’en comprendre la cohérence et la persistance dans le temps et dans l’espace.
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Types d’application
L’islamologie appliquée aux SHS (sciences humaines et sociales) vise à mieux comprendre les interactions entre religion et politique et entre religion et société. Ces interactions peuvent être diverses et complexes, c’est pourquoi elles requièrent une démarche critique et interdisciplinaire.
Dans nos propres travaux de recherche, les acquis de la linguistique ont été intégrés à la réflexion sur les questions liées à l’islam et aux sociétés musulmanes. Ainsi conçue, l’islamologie appliquée est à l’islamologie classique ce que la linguistique appliquée est à la linguistique générale. Cette interdisciplinarité revendiquée est une réponse à la demande sociale forte concernant une compréhension fine et actualisée des faits islamiques.
En effet, parmi les questions nouvelles qui se posent dans le cadre de l’islamologie appliquée un peu partout dans le monde, on trouve les suivantes :
1)L’apprentissage de la religion dans lescommunautés musulmanes : cette question renvoieà l’analyse des systèmesde croyances en lien avec les systèmeséducatifs et à l’acquisition du langageen lien avec l’apprentissage de la religion (écoles coraniques, langue liturgique, culture populaire, etc.).
2) Les formes de communication concernant les faits islamiques dans les médias nationaux et internationaux : cette question renvoie au rapport entre religiosité et nouvelles technologies, en particulier à «l’islam numérique » et à la « communication religieuse » en ligne.
3)L’expression de la foi et de la spiritualité dans les sociétés multiculturelles : cette question renvoie au rapport entre « islamité » et « identité », en passant par les problématiques de la diversité culturelle, du bilinguisme et du plurilinguisme, mais aussi à la question de la traductionet de l’adaptation des textes sacrés pour les communautés musulmanes non-arabophones. 9