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Français

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La Chine autrement

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Description

Alors que la France vient de commémorer cinquante ans de relations diplomatiques avec la République populaire de Chine, comment l'Empire du Milieu est-il perçu et représenté en Occident ? Comment se met-il lui-même en scène ? Cette approche critique et réflexive fait émerger des peurs liées à l'altérité fantasmée de la Chine, et montre que le Chinois n'est ni un extraterrestre, ni un robot culturel. Voici un livre pour ceux qui souhaitent aborder la Chine sous un nouvel angle.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 mai 2015
Nombre de lectures 8
EAN13 9782336381480
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Fred Dervin

La Chine
autrement
Perspectives interculturelles critiques

L O G I Q U E SS O C I A L E S








La Chine autrement

Perspectives interculturelles critiques

Logiques sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot

En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même
si la dominante reste universitaire, la collection «Logiques
Sociales » entend favoriserles liens entre la recherche non finalisée
et l'action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou
d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des
phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation
méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de
systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions

Lei WANG,Pratiques et sens des soins du corps en Chine. Le cas
des cosmétiques, 2015.
Yannick BRUN-PICARD,Vivre aux côtés des autres en harmonie.
L’indispensable ciment sociétal, 2015.
HU Shen,L’État-croupier et les joueurs-coolies, Ce que la loterie
nous apprend sur les mutations sociétales de la Chine,2015.
François GUIYOBA (éd.),La littérature médiagénique, Ecriture,
musique et arts visuels,2015.
Jacques COENEN-HUTHER,Quel avenir pour la théorie
sociologique ?,2015.
Sous la direction de Christiana Constantopoulou,Médias et
pouvoir, aspects du politique contemporain, 2015.
Sous la direction de Fred DERVIN,Analyser l’identité, les apports
desfocus groups, 2015.
Jean-Louis PARISIS,Sociologue à Marseille, 2015.
Yannick BRUN-PICARD,La praxéologie. Au cœur de la
structuration des interfaces sociétales, 2015.
Alain CHENEVEZ et Nanta NOVELLO PAGLIANTI,L’invention de
la Valeur Universelle Exceptionnelle de l’UNESCO. Une utopie
contemporaine, 2014.
Simon DULMAGE,Mutations et déterminisme chez Bourdieu,
Epistémologie de la sociologie de l’art de Bourdieu, 2014.
Thomas MICHAUD,L’imaginaire et l’organisation. La stimulation
des innovations technoscientifiques par la science-fiction, 2014.
Béatrice JEANNOT-FOURCAUD, Antoine DELCROIX, Marie-Paule
POGGI (dir.),Contextes, effets de contextes et didactique des langues,
2014.

Fred Dervin










La Chine autrement

Perspectives interculturelles critiques


















































































































Du même auteur

Analyser l’identité : Les apports des focus groups
L’Harmattan (2015)

Chinese Educational Migration and Student-Teacher Mobilities
Palgrave Macmillan (2015)

Migration, Diversity and Education: Beyond Third Culture Kids
Palgrave Macmillan (2015, avec S. Benjamin)

Origins: A Sustainable Concept in Education
Sense Publishers (2014, avec H. Ragnarsdóttir)

Les nouveaux enjeux des mobilités et migrations académiques
L’Harmattan (2014, avec R. Machart)

La meilleure éducation au monde ?
Contre-enquête sur la Finlande
L’Harmattan (2013)

Relations intimes interculturelles
Éditions des Archives Contemporaines (2013)

Impostures interculturelles
L’Harmattan (2012)

Politics of Interculturality
Cambridge Scholars Publishing
(2011, avec A. Gajardo & A. Lavanchy)


© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06229-7
EAN : 9782343062297









Je remercie Monika Nguyen qui a autorisé la reproduction de
son œuvreIt’s make or break (Beijing 2011, #1)sur la
couverture de ce livre.

Je dédie cet ouvrage à mes amis Pirkko et Manu. En souvenir
de leur visite en Chine dans les années 70.

Turku, février 2015
F. D.

Sommaire



Introduction :Finies les chinoiseries !

Chapitre 1
Discours d’altérisation

Chapitre 2
Une Chinoise « chez nous »

Chapitre 3
Mon pays est meilleur que le tien

Chapitre 4
Occidentalisme et orientalisme inversé

Chapitre 5
Intimités sino-étrangères vues de Chine

Conclusion :
La Chine… et nous-mêmes… autrement


Bibliographie

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Introduction :
Finies les chinoiseries!


Chinoiserie.
« Objetde luxe et de fantaisie, venu de Chine ou exécuté
en Occident dans un goût s’inspirant de la Chine; décor,
œuvre d’art, motif de ce style.
Familier. Subtilitéexcessive aboutissant souvent à des
complications tracassières (surtout pluriel): Les
chinoiseries de l’Administration. »
Larousse en ligne(2015)

« Si l’on jette un regard sur la Chine, on n’y voit que des
hommes aussi semblables entre eux qu’il est possible;
c’est une mer d’hommes passés au même moule, façonnés
de la même manière (…). »
Théodore Duret (1874)

Peur de la Chine ?

L’hypothèse que nous vivons une époque où la Chine nous
fait peur semblerait être confirmée par la publication récente
de unes de magazines ou d’ouvrages sur l’Empire du Milieu.
Ainsi, les titres suivants parus en anglais sont très
révélateurs :

- China Shakes The World: The Rise of a Hungry Nation
(Kynge, 2009) ;
- When China Rules The World: The End of the Western
World and the Birth of a New Global Order (Jacques,
2012) ;
- Tiger Head, Snake Tails: China Today, How It Got
There, and Where It Is Heading(Fenby, 2013) ;

- Who’s Afraid of the Big Bad Dragon? Why China Has
the Best(and Worst) Education System in the World
(Yong Zhao, 2014).

En français, de nombreux magazines ont aussi joué de cette
peur en 2014-2015 :

-Le Nouvel Obsnous informait en décembre 2014 que la
Chine nous espionne à Paris ;
- Le même mois,Courrier internationalavait en une :La
Chine à la conquête du monde;
- Début 2015,Fluide glacial,le magazine de bande
dessinée humoristique, proposait un numéro spécial sur la
Chine intituléPéril jaune : et si c’était déjà trop tard.

J’ai pu identifier un seul contre-exemple dans la presse
française : le magazineGéoAdoqui, en mars 2015, et malgré
sa une racoleuse (Les Chinois sont-ils les plus forts?),
proposait à ses jeunes lecteurs de remettre en question les
clichés sur la Chine. Par exemple, dans l’introduction au
dossier, un journaliste écrit :

« En réalité, les Chinois n’achètent pas la planète : Ils sont
ni plus ni moins arrogants que les autres peuples. Ils
veulent surtout découvrir le monde, après en avoir été
privés par un régime politique autoritaire qui continue
d’interdire la liberté d’expression. »

Toutefois, cette peur n’est pas réservée qu’à l’Occident.
Ainsi, la chaîneKorean Broadcasting System(Corée du Sud)
a diffusé au début de l’année 2015 un documentaire intitulé
Super Chinaprouve à la fois l’admiration des Coréens qui
pour la Chine et une certaine peur, notamment d’une possible
invasion.
La Chine fascine donc, mais elle fait peur…
Cette peur se retrouve en politique, avec des connotations
assez négatives. Lors duNorthern Future Forum quis’est

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tenu en Finlande en 2014, le Premier ministre britannique
David Cameron a proposé une comparaison fantaisiste entre
une nouvelle communauté «imaginée »qu’il venait
d’inventer («les Européens du Nord»), la Russie et la
Chine :

«Finally for me I think we are very rational northern
Europeans… we come together and we talk about our
problems, some of the difficultiesthat we have… I think
we should also celebrate our successes and I thinkthat
one of the successes that we should celebrate is the fact
that I profoundly believe that societies like ours that are
open democratic and liberal and tolerant and disputatious
and argumentative, we are more creative and more
inventive than closed societies whether in China or in
Russia or elsewhere. »

Les Européens du Nord sont-ils plus créatifs, plus inventifs
que la Chine (et la Russie) ? Quels sont les fondements d’une
telle hiérarchie ?
Malheureusement, au quotidien, les discours négatifs de
peur, relevant d’un certain ethnocentrisme, abondent
également. Pour exemple, on a pu relever ce commentaire sur
un forum traitant de la médecine chinoise :

« Cettemédecine qui a au minimum 3 500 ans est
inefficace, une civilisation qui vit sous dictature et dont les
membres ont un accent français à couper au couteau sont
des imbéciles ! La médecine occidentale répond déjà à
toutes nos questions alors pourquoi s’en poser d’autres ! »

De même, dans un film disponible en ligne intitulé
Foreigners – Chinese Students in UK, réalisé par hehe
(2014), des étudiants européens parlent ainsi de leur
perception des étudiants chinois sur leur campus: «Most of
Chinese students stick together» ; «They hang out together,

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study together, eat together«» ;Most of them speak
Mandarin, and most of them stick with each otherL’idée. »
que ces étudiants sont collectivistes et qu’ils restent entre eux
est typique de ce genre de discours (voir Edwards, 2008). Il
est intéressant de noter que, dans le même document, un
étudiant chinois affirme précisément la même chose à propos
des autres étudiants étrangers. Il explique son propre
« collectivisme »par celui des autres: «Those foreign
students – they stick together, they are sitting together and
eating together. We really want to join them, but they all keep
distance to us. Maybe they think our English is not good
enough to be friend (sic) with them? Qui a. »Qui a raison
tort ? Qui ment dans ces regards croisés ?
Ce type de commentaires parfois ethnocentriques (ou
« régiocentriques »)reflète certains stéréotypes sur la Chine
qui datent d’au moins les premières expéditions des
missionnaires chrétiens dans l’Empire du Milieu (Griffiths,
2013 :5). Alleton (2007: 249) va même jusqu’à trouver
l’origine de ces «informations fragmentées» dans l’Empire
romain.
Pour Chu (2013), tout cela correspondrait à un certain air
du temps : le «Changst», ou l’« angst de la Chine »,
c’est-àdire la peur de l’Ouest de perdre son influence face à la
‘mystérieuse’ et ‘inintelligible’ Chine… S. Balme (2013:
23), quant à elle, note qu’«au cœur de la globalisation, la
Chine demeure la figure centrale de la différence»–
différence voulant dire icialtérité, donc, probablement,
bizarrerie.







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