La crise de l
170 pages
Français

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La crise de l'Outre-mer français

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Description

On ne savait rien de la crise sociale, économique, sociétale qui couvait depuis des années à la Guadeloupe, en Guyane, à la Martinique, à la Réunion, comme si les députés et sénateurs n'avaient fait remonter aucun dossier à Paris. La crise de l'Outre-mer a permis à chacun de prendre conscience des inquiétudes dues à la pauvreté, au chômage, aux inégalités sociales, à la dépendance à l'égard de la métropole, et déjà on réfléchit à des solutions nouvelles à partir d'une situation définie.

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Date de parution 01 septembre 2009
Nombre de lectures 166
EAN13 9782336253138
Langue Français

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Exrait

Sommaire
Page de titre Page de Copyright Suzanne DRACIUS (La Martinique) - OXYMORE ANTILLAIS ET NÉCESSAIRE ANAMNÈSE Jean-François SAMLONG (La Réunion) - LA FRANCE PRISE À SON PROPRE PIÈGE ? Gérard THÉOBALD (La Guadeloupe) - SURSAUT SURVIVANCE ET COLÈRE

La crise de l'Outre-mer français
Guadeloupe, Martinique, Réunion

Suzanne Dracius
Jean-François Samlong
Gérard Théobald
Crédits photos : Gérard Théobald — Karim Mahdjouba
© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296101517
EAN : 9782296101517
Suzanne DRACIUS (La Martinique)
OXYMORE ANTILLAIS ET NÉCESSAIRE ANAMNÈSE
Née à Fort-de-France, Suzanne Dracius a passé son enfance dans son île natale puis en Ile-de-France : ses souvenirs d’enfance s’augmentèrent de souvenirs d’En-France. Professeur de Lettres Classiques (français, latin, grec) à l’issue de brillantes études au lycée Marie-Curie de Sceaux et à la Sorbonne, Suzanne Dracius a enseigné d’abord en banlieue, puis à Paris, et enfin, de retour au pays natal, à l’Université Antilles-Guyane, et aux USA à l’University of Georgia et à Ohio University. Révélée en 1989 par son premier roman L’autre qui danse publié à Paris chez Seghers (réédité en poche aux éditions du Rocher, Paris, 2007), une plume très appréciée d’Aimé Césaire, à la sensualité volcanique. Auteur de nouvelles, « De sueur, de sucre et de sang » (Le Serpent à plumes, Paris, 1992), Rue Monte au ciel (Desnel, Fort-de-France, 2003), d’un « fabulodrame », Lumina Sophie dite Surprise (Desnel, 2005), et de poèmes ( Exquise déréliction métisse , Desnel, 2008), elle est la coordinatrice d’anthologies d’inédits : Hurricane, cris d’Insulaires (Prix Fètkann, Desnel, 2005) et Prosopopées urbaines précédées d’un entretien avec Aimé Césaire (Desnel, 2006). Elle a également collaboré au collectif Guadeloupe et Martinique en grève générale publié en mars 2009 chez Desnel. Ses œuvres sont traduites en anglais, espagnol, allemand, italien, néerlandais, roumain, malgache etc., et étudiées dans de nombreuses universités européennes, africaines et américaines. En 2003, Suzanne Dracius est nommée Membre Honoraire de l’AATF (Association Américaine des Professeurs de Français), seul écrivain martiniquais à avoir reçu cette distinction, après Aimé Césaire en 1976.
« Kalazaza », Suzanne Dracius revendique ses ancêtres africains, européens, indiens, « à plumes et sans plumes », et son aïeule chinoise. Née en pleine saison cyclonique, écrivaine martiniquaise ou écrivain martiniquais si l’on préfère, ou écrivain tout court, car « l’écriture n’a ni patrie ni genre », Suzanne Dracius entra à l’école à deux ans « à la rue Perrinon » à Fort-de-France car elle réclamait d’apprendre à lire — activité qui lui paraissait « magique comme quimbois et vaudou ». Cultivant sa «féminitude» à l’instar de la négritude contre vents et marées du racisme, du sexisme et autres ostracismes, « préférant les isthmes aux - ismes et les passerelles aux murs », exaltant métissage et marronnage littéraire, Suzanne Dracius danse au son de sa mémoire scandée par les échos de l’Histoire. Son œuvre s’inscrit dans l’interrogation d’une France mul-tiethnique de toutes les solitudes, témoin d’une « souffrance en sous-France ».
Site internet : www.suzannedracius.com

LA CRISE DE L’OUTRE-MER : JAMAIS L’ESPOIR N’A ÉTÉ AUSSI GRAND ! Avec un peu de recul, quel regard portez-vous sur les manifestations sociales et politiques en Martinique ? Pourquoi les événements ont-ils été aussi violents en Martinique ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi tous ces malentendus ? Existe-t-il des points communs entre la Martinique et les autres DOM ? Des différences fondamentales ? Pourquoi la Martinique, en dépit des efforts financiers consentis par la métropole, n’est-elle pas parvenue à sortir la tête de l’eau ? Depuis plus de trente ans, on dit que la volonté du gouvernement français c’est de lutter contre l’échec scolaire : pourquoi cette volonté a-t-elle abouti à des résultats médiocres ? Pourquoi la République a-t-elle mis tant de temps pour penser à veiller à la transparence de l’économie et de la concurrence ? Pour réduire les inégalités sociales ? Les Martiniquais ont-ils un respect pour les élus locaux, porte-parole du peuple ? Les Martiniquais sont-ils un peuple mineur ou un peuple majeur ? La Martinique a-t-elle les atouts de son propre développement – des atouts qui lui permettront de sortir de sa dépendance à l’égard de la métropole ? Si ces atouts existent, comment les utiliser comme leviers de développement alors que la crise économique mondiale n’épargne aucun pays ? Après les événements, de quelles façons pourriez-vous apporter votre soutien à la Martinique ? Faut-il rechercher en nous les causes d’un malaise social, culturel, existentiel si profond, ou faut-il redéfinir les rapports établis entre la République et l’Outre-mer ? Faut-il faire un lien entre les ressortissants hexagonaux de l’Outre-mer et ceux qui vivent dans les îles pour résoudre la crise ? Que pensez-vous de la notion de « responsabilité partagée » ou « d’interdépendance » entre la métropole et la Martinique ? Peut-on envisager un développement commun pour l’Outre-mer ? La République a-t-elle quelques raisons objectives de garder l’Outre-mer ? Les événements annoncent-ils une ère nouvelle ? Les états généraux sont-ils une réponse à la crise ?
N’étant ni politologue ni politicienne ni économiste ni chroniqueuse professionnelle, mais simplement citoyenne et écrivaine, je livre, telles qu’elles pulsent de mes veines, les réflexions que me suggère ce questionnaire.
Je vis sur un volcan, qui gronde parfois d’autant plus fort que l’incompréhension subsiste. Elle est même attisée par certains… Lors des grèves générales en Guadeloupe et en Martinique, des sondages ont affirmé qu’une large majorité de Français étaient pour l’indépendance des DOM, alors même que ce mot d’ordre n’était pas mis en avant dans les revendications des grévistes ni même celles des deux collectifs, LKP en Guadeloupe et Collectif du 5 février en Martinique. L’avenir proche nous dira à quel point la France tient à ses « vieilles colonies ».
En Martinique, la vox populi affirme que les Français étaient bien contents d’avoir cette bonne vieille Martinique pendant la Seconde guerre mondiale pour y cacher l’or de la Banque de France. Cette légende insulaire des lingots « serrés » au Fort Saint Louis risque fort de faire long feu, comme les antiques canons rouillés qui montent une garde obsolète fantasmatique et aujourd’hui purement pittoresque sur la baie de Fort-de-France. Pour la Guyane, on a tendance à se dire que la France ne voudra pas se défaire de Kourou, où la base spatiale représente des milliards. Mais nous autres, qu’avons-nous pour plaire ? Et qu’aurions-nous pour survivre en dehors de toute dépendance ? Certes l’autarcie est impensable en cette ère de mondialisation. Certes nous avons un passé d’humiliation, nous vivons un présent de tension, mais on peut rêver d’un sursaut anamnésique. Une anamnèse salutaire et féconde pour l’avenir pourrait jaillir de ces mouvements de février-mars 2009. Oui, le contraire de l’amnésie, un compte tenu du passé pour mieux s’ouvrir vers l’avenir. Il serait judicieux, par exemple, de développer l’énergie solaire et autres énergies renouvelables. Nous qui sommes des îles de soleil, pour nous dédommager de ce « Roi Soleil » qui signa le sinistre Code noir à la fin du XVII ème siècle, aujourd’hui, à l’orée du XXI ème siècle, ce que ledit Roi Soleil — Louis XIV — nous a refusé, le solaire écologique et économique peut nous le rendre. Je me suis même laissé dire qu’il y aurait peut-être du pétrole à la Caravelle et que des forages étaient en cours… Mais ça, c’est une vieille énergie ! Nous avons du vent, de la houle, du soleil. Forts de nos alizés, des richesses de nos eaux, de notre énergie solaire, je me prends à rêver que nous pourrions résoudre une bonne partie de nos problèmes. Toute cette énergie perdue !…
Cependant, même en admettant que la majorité des Martiniquais le veuillent, ce qui est loin d’être certain, il paraît difficile, peu réaliste et guère souhaitable de couper tout lien avec Paris du jour au lendemain. Qui sait si nous n’envisagerons pas un jour un statut similaire à celui de Porto Rico, état « associé » aux États-Unis ? Mais le cas de figure n’est pas le même : nous, « Domiens », sommes des Français à part entière mais entièrement à part. Français à part entière, nous votons, à la différence des Portoricains, qui n’ont même pas pu voter pour l’élection de Barack Obama, malgré leur engouement pour ce candidat « de couleur », « obamania » encore plus spectaculaire à Porto Rico qu’aux USA. Or, à Porto Rico, on a adulé Obama mais on ne l’a pas élu. On n’en avait pas le droit. Ce peuple portoricain qui se dit lui-même mestizo , qui se définit comme métis, n’a pu donner ses suffrages au premier président noir des États-Unis. Que dis-je, « noir » ? Un métis comme eux, ils en sont bien conscients, eux, même si, chez les États-Uniens, l’archaïque loi anglaise colonialiste et esclavagiste ignore la notion de métissage et stipule qu’une « goutte » de sang noir suffit à faire de quelqu’un un Noir. (Nota bene : j’opte pour la majuscule à « un Noir », au mépris de cette iniquité indigne de l’orthographe française qui n’en met une qu’à « un Blanc » !) Nous, les Noirs et métis domiens, nous avons le droit d’élire au suffrage universel le président de la République française, mais nous sommes loin d’avoir souvent l’occasion de voter pour un(e) candidat(e) métis(se) ! Nous vivons un oxymore, à la fois citoyens français à passeport européen et tutti quanti et citoyens de seconde zone. Par exemple, il n’existe pas, dans les DOM, d’observatoire des prix, ou du moins il n’existe que sur le papier ! D’où cette rébellion contre la « vie chère et la « profitation ». C’est pourquoi j’ai intitulé mon dernier livre Exquise déréliction métisse , car ma poétique, rejoignant le politique, voit comme un oxymoron notre situation, en clair-obscur crépusculaire et sibyllin, au serein d’un crépuscule dont j’aimerais bien savoir s’il est du soir ou du matin. À l’aube du XXI ème siècle, je veux croire en une aurore se levant à l’Ouest, aux Antilles, où rien, plus jamais, ne sera comme avant, et où nous ne pouvons qu’aller de l’avant, car le contraire est impensable, impossible de « faire arrière » 1 . Ce n’est le souhait de personne, ce n’est l’intérêt de personne. L’effort d’anamnèse est là, l’ anamnésis est en marche, telle l’ Anabase persienne : la question doit être réglée, la querelle doit être vidée, avec l’Hexagone et avec le béké 2 . L’ensemble du jeu social doit être clarifié. Sinon, c’est le tonneau des Danaïdes. On pourra toujours s’évertuer à faire tous les états généraux de l’Outre-mer possibles et imaginables, si on ne met pas tout en œuvre pour s’attaquer à ces problèmes, ce ne seront que vaines et coûteuses gesticulations. À noter que j’ai bien parlé des relations avec l’Hexagone , refusant d’employer le mot métropole , arrogant, plein de mépris et de morgue, dési- gnation aux relents colonialistes, puisqu’il est formé du grec métros ( = la mesure, la norme), et polis (= la cité) : métropole signifie la « cité de référence », par opposition aux simples colonies qui seraient anormales . Or nous ne pouvons guère, à l’instar des Corses, dire « le Continent », terme moins offensant, moins écrasant et purement géographique, puisque, pour nous, le Continent c’est l’Amérique… Voilà qui nous ramène à Porto Rico…
Si je reviens à Porto Rico, c’est que j’en reviens, et que je n’en suis pas revenue, de cette similitude truffée de différences avec la Martinique : encore un oxymore ! Invitée par l’université de Porto Rico à y faire une lecture, au sortir de la grève générale d’un mois en Martinique, j’ai pu y mesurer cet oxymore : Porto Rico, c’est les Antilles, mais c’est l’Amérique, et pourtant les Portoricains, qui sont citoyens américains, le sont moins que le Martiniquais n’est Français. À Porto Rico, les Noirs sont pro-américains parce que les USA leur ont apporté les plus grands bienfaits (écoles et instruction obligatoire ouverte à tous, hôpitaux et accès aux soins, sécurité sociale etc.), progrès que n’avait pas réalisés, à la fin du XIX ème siècle, la — très tardive — Abolition de l’esclavage. Dans les « vieilles colonies » françaises (Martinique, Guadeloupe etc.), l’Abolition de l’esclavage s’est produite plus tôt, d’abord lors de la Révolution française (jamais appliquée !) puis — « définitive » en 1848 ; pourtant, comme je l’ai écrit dans Lumina Sophie dite Surprise , « Ils ont fini par mettre un terme à cette histoire d’esclavage, mais le maître est resté le tyran, l’esclave est toujours asservi ». Et il ne s’agit pas uniquement des relations avec les békés. Subsistent aussi les problèmes de l’antillanisation des cadres, du fameux « génocide par substitution » dont parlait Césaire, et des relations entre Français blancs et créoles « de toutes les couleurs ». Le film Bienvenue chez les Chtis qui a battu tous les records de succès populaire dans l’Hexagone a pour thème la difficile adaptation d’un fonctionnaire du Sud muté dans le Nord de la France. Un pastiche de ce film, réaliste à défaut d’être comique, pourrait montrer un Français blanc de France muté en Martinique s’imaginant vivant à l’intérieur d’une carte postale en relief avec mers chaudes toute l’année et doudous non moins chaudes ad libitum. Ce zorey 3 découvrirait vite, sur place, qu’en réalité les Martiniquais, dans son administration, travaillent dur, travaillent sérieusement : ils sont même parfois plus royalistes que le roi, moins laxistes que la plupart des fonctionnaires hexagonaux.
Je m’obstine à penser que le racisme est soluble dans le métissage, que les haines se diluent dans le mélange des sangs plutôt qu’en versant le sang. Un métissage non seulement racial, mais au cœur de la société et dans les mentalités, pour en finir avec les békélands et les zoreylands, le scandale omniprésent des postes de direction réservés aux Blancs et autres iniquités qui pourrissent la société antillaise. Au siècle dernier, le poète béké Saint-John Perse — Guadeloupéen blanc prix Nobel de littérature — écrivait « Pour fêter une enfance » — son enfance créole : « Pour moi, j’ai retiré mes pieds » peut-on y lire. Bien peu nombreux sont ses thuriféraires capables de mesurer à quel point le verbe persien est métissé et tissé de créolismes… À Pointe-à-Pitre, une rue et un bel hôtel portent son nom, un musée lui est consacré, la Guadeloupe lui rend hommage comme à un grand Guadeloupéen, fière d’avoir mis au jour un Nobel, béké ou pas béké. Certes on peut imaginer que l’enthousiasme serait plus grand, la ferveur plus sincère, si Saint-John Perse n’avait pas été béké…
N’empêche que la France s’honore du succès de grands hommes « de couleur » originaires des Antilles d’hier et d’aujourd’hui, d’Alexandre Dumas père et fils aux champions olympiques antillais. Peu de Français savent que la France fit fortune aux Antilles et devint une grande puissance grâce à ses colonies, notamment Saint-Domingue, l’actuelle Haïti. Récemment j’entendais une universitaire espagnole de Salamanque parler d’une expression de pur castillan signifiant « Ce n’est pas la mer à boire ! On s’en remettra ! Ce n’est pas si grave que ça ! Il n’y a pas de quoi fouetter un chat ! … » Quelle est cette expression ? Me souvenant de cette chère Marquise de Sévigné qui se gavait de chocolat quand l’esclavage aux Antilles battait son plein, je vous le donne en quatre — comme les quatre « vieilles colonies » —, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Eh bien c’est, en espagnol : « Ce n’est quand même pas la perte de Cuba » ! Ainsi, aujourd’hui encore, si longtemps après, la langue espagnole — le castillan, équivalent du français standard par opposition au français créolisé ou au québécois etc. —, le castillan, donc, dans sa forme se voulant pure et dans la bouche d’un professeur de sa plus prestigieuse université, atteste combien traumatisante fut, pour l’Espagne, la perte de Cuba, sa florissante colonie. Qu’en serait-il, de nos jours, dans l’imaginaire du Français de France, si Martinique, Guadeloupe, Guyane et La Réunion, ses quatre « vieilles colonies », étaient devenues indépendantes ? Mais il est grand temps pour moi de « retirer mes pieds » de ce petit causer, de crainte de « peser aux lisants », à l’instar de Montaigne craignant de « peser aux écoutants ».
Suzanne DRACIUS (Martinique, avril 2009)
Jean-François SAMLONG (La Réunion)
LA FRANCE PRISE À SON PROPRE PIÈGE ?
Jean-François SAMLONG est né le 25 juillet 1949 à Sainte-Marie (île de la Réunion). Il est professeur certifié de Lettres, détaché auprès du Rectorat comme chargé de mission LCR (Langue et Culture Régionales) pour le second degré. Il est président-fondateur de l’Udir (Union pour la Défense de l’Identité Réunionnaise) qui œuvre principalement dans le domaine de l’édition, de la formation et de l’animation littéraire.
Depuis une trentaine d’années, il participe au renouveau de la culture réunionnaise. Poète, romancier, sa première période est intimiste, marquée par une poésie introspective. La deuxième est une orientation vers le roman historique afin de se réapproprier certaines pages d’histoire et de légende. La troisième inaugure un cycle plus littéraire avec un regard sans complaisances porté sur la société réunionnaise contemporaine.
Il analyse le discours poétique et romanesque, publie De L’Élégie à la Créolie (1989), Le Roman du marronnage (1990), des anthologies, des guides bibliographiques, et la première Anthologie du roman réunionnais (Seghers, 1991). Il consacre sa thèse de doctorat à La mort dans le roman réunionnais contemporain (Université de la Réunion, 1994), livre ses réflexions d’écrivain dans Entre ciel et mer, l’île (1993) et Les mots à nu (2000).
Son essai, Le Défi d’un volcan (Stock, 1993) est une réflexion sur l’évolution de la société réunionnaise qui veut réussir son intégration à la région indocéanique, la France, l’Europe, car si les racines d’un peuple ne se nourrissent pas aux grandes civilisations, elles meurent.
Il se consacre aussi à la traduction de plusieurs ouvrages du créole en français : Légendes créoles (1997), Le Chemin des frères Ramondé (1999), Légendes chinoises (2000), Contes créoles (2003).
Jean-François SAMLONG parcourt les espaces où on fête le droit à la différence, le dialogue des langues et des cultures, le pluralisme des sociétés en quête d’un art de vivre ensemble, la tolérance, la solidarité.
Romans
Terre arrachée , Saint-Denis, Chez l’auteur, 1982 (Prix de Madagascar).
Madame Desbassayns , Saint-Denis, éd. Jacaranda, 1985 (Prix des Mascareignes).
Pour les bravos de l’empire , Saint-Denis, éd. Jacaranda, 1987. Zoura, femme Bon Dieu , Paris, éd. Caribéennes, 1988.
La Nuit cyclone , Paris, éd. Grasset, 1992 (Prix Charles Brisset).
L’arbre de violence , Paris, éd. Grasset, 1994 (Prix de la Société des Gens de Lettres ; Le Livre de Poche, 1996).
Danse sur un volcan , Jarry, Ibis Rouge Éditions, 2001.
Le Nègre blanc de Bel Air , Paris, Éd. Le Serpent à Plumes, 2002.
L’empreinte française , Paris, Éd. Le Serpent à Plumes, 2005 ( Rèv Lamour , traduction en créole, Éd. Udir, 2008).
Une île où séduire Virginie , Paris, Éd. L’Harmattan, 2007.
Romans Jeunesse
Kafdor (version créole, Udir, 2003 ; version française, Ibis Rouge Éditions, 2004).
Noélie et la Croix du sud (Éd. Orphie, 2008)
Zabeth et le monstre de feu (Éd. Desnel, 2008).
Je n’ai pas écrit
pour faire du mal à l’un ou à l’autre,
mais pour planter mes mots dans la plaie
et inscrire la crise de l’Outre-mer
dans une perspective réjouissante :
l’évolution des consciences
et une capacité à sauver demain du pire.
« Un monde sans repères solides, un monde où les sens s’essoufflent tous azimuts, une sorte de casino planétaire où il n’y a aucune chance qu’un Dieu quelconque, du haut de sa transcendance, reconnaisse les siens parmi les inhumanités armées qui se disputent l’espace consumériste des marchés et des profits… »
René Depestre, Le métier à métisser , Stock, 1998.

MÉFIEZ-VOUS DU VOLCAN QUI DORT
Le mouvement de protestation sociale couvait depuis des années dans les départements d’Outre-mer, comme la lave couve au fond du cratère. Les Réunionnais n’ont pas pris le train des revendications en marche, ils l’ont mis sur les rails. Se rappeler que les transporteurs, quelques semaines avant les manifestations de mars 2009, avaient barré les routes de l’île pour obtenir une baisse du prix du carburant. Ils avaient obtenu gain de cause, à la grande satisfaction des automobilistes, et la situation sociale était redevenue normale, paisible dans l’île.
Ensuite, les Guyanais ont mené le même combat pour obtenir davantage. Puis il y a eu les grèves à la Guadeloupe, à la Martinique, les Réunionnais ont suivi les événements à la télévision avec beaucoup d’intérêt, se demandant jusqu’où l’on pouvait aller trop loin dans cette confrontation entre l’exaspération de toute une population et le silence des instances nationales. Une attention méritée, bien sûr. Une solidarité à soulever l’enthousiasme. Un soleil qui soudain éclaire des inégalités sociales, des injustices criantes, presque un vent d’orage. De rage. De folie, à défier ainsi le gouvernement jour et nuit. Sans répit. Sans repos. Presque un vent de fronde. Un vent d’amertume qui gronde : « Ça suffit, c’est le ras-le-bol ». Un ras-le-bol général, indiscutable. Un ras-le-bol qui ne date pas d’hier. Ça remonte à loin, très loin dans la mémoire collective, ce qui prouve une fois de plus combien les peuples d’Outre-mer savent cultiver la patience.
A ce moment-là, les Réunionnais ont cessé d’être attentifs. Ils ont commencé à se souvenir, à s’interroger, à raviver la mémoire oubliée. Ils ont commencé à s’organiser, à mobiliser les troupes tout doucement. Lentement. Patiemment. Ils n’avaient pas à se hâter dans la mesure où les Guadeloupéens s’installaient dans un mouvement de contestation de grande ampleur, ne reculant absolument devant rien. N’ayant plus peur de rien, ni de savoir comment cette grève allait se terminer. Le gouvernement entamerait-il des négociations ? Sur quelles bases ? Tout ce qu’on savait, c’est que les grèves seraient longues et difficiles. Je me demande même si le temps ne paraissait pas plus long aux Réunionnais qu’aux Guadeloupéens.
Les Guadeloupéens étaient dans l’action, et nous dans l’attente de quelque chose à venir. Qui nous concernait tous. Qui ne pouvait nous laisser dans l’indifférence. Cette phrase de Valéry m’a alors traversé l’esprit : « Quand de fortes émotions saisissent notre peuple, le sang monte à ce front et le sentiment tout-puissant de la fierté l’illumine. » Tout ce que le peuple guadeloupéen osait entreprendre rendait si fier que j’étais à la recherche d’informations dans les journaux, à la télé, sur les sites Internet. Quelque part, je me reconnaissais en eux parce qu’ils étaient sur le point de vivre un moment historique et d’écrire une belle page de leur histoire.
Finalement, quoi qu’on dise, il est des liens qui nous unissent : l’espoir, la liberté, l’égalité des chances, la solidarité, le droit d’exister… des liens qui unissent tous les peuples du monde. Attente. L’île de la Réunion est un volcan qui dort, qui se réveille, qui embrase le ciel puis se rendort. Personne ne peut prédire la prochaine éruption. L’île vit à son rythme. Il y a en l’île, comme en chaque Réunionnais, des rythmes d’une lenteur saccadée (comme le rythme du maloya ou du moringue) qui laissent rêveur. L’île est un volcan qui n’ose gronder trop fort, pour ne pas effrayer les instances nationales. Le volcan est dans son enclos, comme une bête qu’on a réussi à apprivoiser, à adoucir. Mais n’exagérons rien : apprivoiser, oui ; assujettir, non. La Réunion attend son heure, c’est-à-dire la fin de la grève à la Guadeloupe et à la Martinique. D’ailleurs, avant la première manifestation du 5 mars, Yves Jégo, le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, soucieux de désamorcer la bombe sociale (les Réunionnais n’allaient pas s’y mettre eux aussi !), avait clairement affirmé à la télévision que les mêmes mesures accordées à la Guadeloupe seraient appliquées à la Réunion. La petite phrase qui a tout déclenché. Bien malgré lui. Certainement qu’on ne le reprendrait plus à nous offrir sur un plateau ce que les Guadeloupéens avaient obtenu dans la rue, au bout d’une grève éprouvante. Ce qu’ils avaient obtenu dans la lutte, à la sueur de leur front, à la lueur d’une étoile.
Le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer ne pouvait pas deviner que les Réunionnais allaient se souvenir d’un certain 20 décembre 1848 : ce jour-là, Sarda Garriga, le commissaire de la République, avait accordé la liberté à plus de 62000 esclaves sans qu’il y eût lutte. Sans qu’il y eût des blessés. Sans qu’il y eût des mots, des morts, des martyrs. La liberté reçue sur un plateau – ceux qui vécurent les mouvements révolutionnaires en France de 1789 à 1799 en firent l’inoubliable expérience – n’a pas le même goût que la liberté née sur les barricades. Les Réunionnais n’ont pas voulu de ce cadeau-là. Ils ont voulu montrer qu’ils étaient capables de réunir des milliers de personnes dans les rues. De manifester leur mécontentement, leur opinion, leur colère. D’où la manifestation grandiose du 5 mars : une réussite sur tous les plans. Inoubliable ! Réconfortante ! Plus de 35 000 personnes ont prêté leur voix au collectif Cospar (Collectif des Organisations Syndicales, Politiques et Associatives de la Réunion) pour que Paris les entende. Pour que Paris ne fasse plus la sourde oreille. Pour que Paris ne fasse pas comme si… Mais Paris avait déjà donné son avis. A ce moment-là, il aurait fallu tirer profit de cette magnifique journée de grève. Il aurait fallu bluffer. Tenter un coup de poker en faisant comprendre au gouvernement que si le MEDEF et la préfecture refusaient d’aller plus loin dans les négociations, il n’y aurait pas 35 000, mais 70 000 personnes dans les rues.
Mais c’était sous-estimer la détermination du Cospar qui, dans la foulée, a proposé une nouvelle journée de grève. Et le 10 mars, on n’était plus que 5000 dans les rues de Saint-Denis et de Saint-Pierre. C’était fini, la grève. Plutôt que de montrer notre force, avons-nous prouvé notre faiblesse ? Les Réunionnais sont courageux mais pas téméraires. Ils ont de la volonté mais pas de l’opiniâtreté parce qu’ils ont autre chose à faire, à penser, à construire. Manifester pour dénoncer la vie chère, c’est fatigant après tout. Cela se comprend dans la mesure où ce n’est pas tellement dans nos habitudes. A la télévision, les femmes ont dit : « Qu’ils manifestent, s’ils le veulent… et qu’ils mènent des opérations coups de poing contre les grandes surfaces, mais qu’ils nous laissent faire nos courses ! » Paris, qui connaît bien la gentillesse proverbiale des Réunionnais, a observé tout cela de loin. Les magasins pillés, les voitures brûlées : ça ne durerait pas, cette rage. Les casseurs ont été arrêtés, jugés, emprisonnés pour l’exemple. Mais les syndicats et autres groupements ne s’avouaient pas battus pour autant. L’échec de la grève du 10 mars, c’était un accident de parcours. Plus déterminés que jamais, ils ont proposé une nouvelle journée de grève. Plus confiants. Sûrs de mobiliser la foule mécontente qui déferlerait sur la place du Barachois.
Le 19 mars, journée de grève nationale : on n’était plus que 3500 manifestants à affronter un jour pluvieux, un ciel sombre, un horizon bouché. A Paris, un soleil printanier chauffait le pavé, réchauffait le cœur d’une foule en liesse. C’est ça les tropiques. C’est aussi ça la Réunion : les événements ne s’y déroulent jamais comme on le voudrait. Ça commence à devenir rageant, cette histoire qui dure depuis plus de trois siècles.
Et Paris, qui n’a jamais oublié les Trois Glorieuses, ne s’impatientait ni ne montait le ton. Paris se disait : « J’en jugerai mieux à distance. Attendons l’essoufflement de ce mouvement d’humeur ! »
Les trois journées de grève ont laissé en chacun d’entre nous comme un goût d’inachevé. « Peut mieux faire ! » disait-on. Une lutte à forces inégales. A-t-on montré notre faiblesse pour n’avoir pas à en rougir ?
Le Réunionnais est timide, voire timoré – il est très attaché à son île (ce n’est pas un défaut en soi), à sa famille, à son clocher, à sa case, à sa voiture, à son confort, à son bien-être, à sa tranquillité d’esprit, à sa sécurité ; le Réunionnais a peur du bruit, du désordre, de la violence, et ça lui donne forcément des complexes. Et il a un complexe d’infériorité devant son « frère » martiniquais et guade-loupéen, un complexe qu’il n’ose s’avouer lui-même. Il est vrai que nous n’avons jamais eu – et nous n’aurons pas de sitôt un Saint-John Perse, un Aimé Césaire, un Edouard Glissant, un Patrick Chamoiseau, une Simone Schwarz-Bart ou une Maryse Condé, pour ne citer que ces écrivains-là. Ce qui permet de comprendre les propos de Paul Vergès, président du Conseil régional, au soir de la grève du 19 mars, devant la caméra de la télévision : « On n’est pas moins que les Martiniquais et les Guadeloupéens, respectez-nous ! » Il s’adresse aux responsables du gouvernement, bien sûr. En fait, à bien réfléchir, le président du Conseil régional ne montre pas du doigt un complexe réunionnais, mais stigmatise la duplicité de Paris qui a toujours eu deux poids, deux mesures.
Le problème avec le Réunionnais, c’est qu’il doit demander qu’on le respecte, qu’on l’écoute, qu’on le prenne en considération. Paul Vergès a raison de mettre l’accent sur l’attitude ambiguë de Paris à l’égard de la Corse, de la Guyane, de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion. Que doit faire le Réunionnais pour qu’il n’ait plus à supplier qu’on le respecte ? Le respect, ça se mérite. Tout d’abord, le respect de soi. Sans doute le Réunionnais se montre-t-il trop respectueux à l’égard du gendarme, de l’ordre, de la loi, de la France, pour qu’on lui témoigne du respect. Cette question est à approfondir, avec le recul et beaucoup de sincérité.
Avec le recul, je dirai que la Réunion a vécu un moment important sur le plan social et politique. La journée de grève du 5 mars restera gravée dans les mémoires, sans aucun doute. Et puis il faut se dire aussi – et ce n’est pas une honte, que le Réunionnais agit davantage dans la spontanéité que dans la durée. Dans le coup d’éclat plutôt que dans une grève sans cesse renouvelée. Il a une hardiesse qui se maintient dans un juste tempérament, comme on dit. Il sait qu’il n’est pas frondeur, et il ne va pas contre sa nature. A l’image du piton de la Fournaise, il crache sa lave, et puis il se calme, se raccroche au concret, se raisonne, spécule sur des questions liées à la consommation, à l’avenir de ses enfants, à l’attachement de son île à la France. L’air de rien, il se plaît à philosopher : « Ti pa ti pa n’a rivé ! » (Par la persévérance, on atteint le but qu’on vise). D’accord ! Mais quel est ce but ? Je ne l’ai jamais su. Il est difficile de répondre à cette question. Il est plus aisé de dire ce que le Réunionnais ne veut pas. Il a dit qu’il ne voulait pas de l’indépendance, de l’autonomie, de la bi-départementalisation, de l’assemblée unique. Le voudra-t-il demain ? Ce qu’il a toujours voulu, c’est d’être Français. Un Français comme tous les Français de France et de Navarre, de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique. Non plus un Français à part, évidemment. Le Réunionnais a des défauts (par exemple, il fait tout dans le trop : trop gentil, trop accueillant, trop silencieux…), mais il possède une qualité enviable à plus d’un titre : depuis l’ère de la colonisation jusqu’à ce jour, il fait toujours ce même rêve, presque une obsession, être un Français à part entière. Ce rêve, bien ancré dans le quotidien du Réunionnais, semble traverser toute l’histoire de l’île.
A ce jour, aucun autre rêve n’a réussi à détrôner ce rêve d’intégration, et je ne vois pas comment il pourrait en être autrement dans l’avenir. Il est aussi des certitudes qui balisent la route, notamment celle d’avoir fait le bon choix, en dépit des problèmes conjoncturels. Même Patrick Chamoiseau, indépendantiste qui récuse l’appellation Dom-Tom, préfère parler de « république unie ».
A la parution de mon essai, Le Défi d’un volcan (Stock, 1993), je m’attendais à ce que l’on s’insurge contre la portée du sous-titre « Faut-il abandonner la France ? » Pas du tout. J’ai fait deux débats avec Paul Vergès (il venait de faire paraître son livre D’une île au monde aux éditions L’Harmattan), l’un à l’université de Saint-Denis, l’autre à la mairie de Saint-Pierre. Reverzy a publié nos réflexions dans l’ouvrage : L’île sous France… et alors ? (Ed. Grand Océan, octobre 1993). Et alors ? Rien. Pas même un frémissement de joie ou d’inquiétude.
Pourtant, dans son introduction à l’ouvrage L’île sous France… et alors ? , Jean-Claude Carpanin Marimoutou avait attiré l’attention de tous sur deux points importants. Tout d’abord, il écrit qu’à « aucun moment de l’histoire de cette île nous n’avons pu, ni su nous retrouver pour discuter de ce que nous étions, de ce que nous sommes, ensemble, dans cet espace qui fut trop souvent forgé, élaboré, pour nous, sans nous, sans que jamais nous n’ayons vraiment participé d’une temporalité, d’une mémoire et d’un projet, d’un arpentage et d’une mise en forme du réel d’ici, de l’élaboration d’une parole à la fois collective et fondée sur la controverse et la rencontre » ; ensuite, il conclut en ces termes : « Le débat entre Paul Vergès et Jean-François Samlong n’est rien d’autre qu’un préliminaire, une ouverture, une main tendue. Qu’on prenne cette main avant que des poings ne se ferment à tout jamais ! » Le constat est sévère mais juste ; l’appel est direct mais sans lendemain ni remise en cause.
Plus de quinze ans après, nos ouvrages n’ont pas pris une seule ride, nous si, et même deux plutôt qu’une. Et j’aurais préféré que ce fût le contraire.
Nos ouvrages n’ont pas vieilli parce que personne n’a pris la main tendue et les poings ne se sont pas fermés non plus. Est-ce pour cette raison qu’on ne respecte pas assez le Réunionnais ? Paris refuse de voir que la situation sociale, économique, politique des Antilles est totalement différente de celle de la Réunion. En fait, il se pose trois problèmes : Paris n’écoute pas les Réunionnais et préfère même s’écouter parler comme un oracle ; les Réunionnais ne réussissent pas à se faire écouter ; à bien regarder, Paris n’écoute pas l’outre-mer. Il faut vraiment vouloir aller vite en besogne pour tenter un placage de mesures sociales sur des contextes économiques aussi différents.
Déjà en 1993, j’avais écrit qu’on n’arrive plus à décrypter les signes de l’actualité, les signes de cette société réunionnaise qui va à la dérive et qui nous échappe de plus en plus. L’absence de réponse par rapport à nos réalités nous conduit, nous oblige même, à subir l’histoire. Nous subissons notre histoire, nous ne la maîtrisons pas. Aucun parti politique n’a pu prouver qu’il maîtrise l’histoire de la Réunion d’aujourd’hui, ni qu’il maîtrisera l’histoire de la Réunion de demain, que l’île soit dans ou hors la France. Personne n’a apporté cette preuve aux Réunionnais ! Et avec la crise mondiale à multiples facettes (sociale, économique, politique, culturelle, morale, éthique) qui fait dire à certains responsables politiques que « rien ne sera plus comme avant » ou « que le pire est sans doute devant nous », une telle preuve tiendrait du miracle. Et pourtant, il faut encore oser parler d’humanité. C’est une mine plus inépuisable que les mines d’or des grands de ce monde, et je ne désespère pas qu’on parvienne un jour à la mise en forme d’un réel d’ici ouvert sur le monde.

NOS PEURS NE SONT PLUS EN NOUS, MAIS SOUS NOS YEUX
A la Réunion, les grèves e

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