La politisation de l'ordre sexuel

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Les conquêtes féministes, la luttes des minorités pour leur reconnaissance illustrent exemplairement la volonté humaine de se libérer des contraintes imposées par la Nature ainsi que des idéologies qui s'y adossent au nom d'un Ordre du Monde jugé éternel. Faut-il rejeter l'anthropologie, la psychanalyse, suspectes, au nom de la défense d'un Ordre Symbolique oedipien transcendantal, de s'opposer à toutes libertés politiques nouvelles acquises dans le domaine de la vie privée, de la filiation ?

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Date de parution 01 janvier 2009
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EAN13 9782336271439
Langue Français

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Introduction
Si nous nous affichons progressistes, nous risquons toujours d’être doublés sur notre gauche par un quidam « queer », inconnu, qui, derechef, avec un sourire dédaigneux ou narquois, nous traitera de « réac. » Ce que subissent aujourd’hui les défenseur(e)s de la parité, du mariage homosexuel, les antipornographes, les antiprostitution… Comment en est-on arrivé là ? « Queer » est un terme que l'on traduit improprement par « anormal », « louche », « tordu ». Il s'agit d'une injure adressée aux homosexuels américains masculins qui équivaut à « pédale », « sale pédé », et qu'ils ont détournéeen s'affirmantd'être queer. Ce mouvement désormais « fiers » est en pointe aux USA, au Canada, dans les universités sud-américaines, un peu moins, à ce jour, en Europe… En espagnol ce mouvement s’appelle Ky, le Ky de l’hymne phalangiste « si je viens à tomber… » qui est aussi le nom du gel microsoluble qui facilite les rapports anaux. Relativement récent, il s’appuie sur les revendications sociales, culturelles, sexuelles des féministes, gays, lesbiennes, et autres minorités sexuelles qui ont beaucoup lu Foucault, Deleuze, Guattari, Derrida… Ils sont à l’origine des Gender studies, des études du genre… Ce sont, par exemple, les études féministes qui affirment : nous allons réécrire l’histoire des Etats-Unis ou de l’Afrique, peu importe, car il est impossible d’écrire l’histoire de la même manière si on est homme ou femme, noir ou blanc, historien ou prolétaire… Les études queer énoncent que tout discours sur la nature ou le sexe est historiquement daté, au service d’intérêts politiques et théoriques. Elles dénaturalisent la sexualité pour affirmer que l’hétérosexualité est sinon une maladie mais comme le mariage, la procréation, une construction, un discours historiquement daté, au service d’idéologies particulières. Elles s’attaquent à la psychanalyse en affirmant que celle-ci est une machine à normativer et ce dès qu’il est question de papa, maman, de l’homme, de la
femme, du masculin, du féminin. Ce qui compte, ce ne sont plus la vérité philosophique, la nature, mais les singularités. Et l’hétérosexualité étant l’oppression par excellence, tout ce qui n’est pas hétérosexuel devient donc révolutionnaire. La revueRecherchestitre son numéro de mars 1973 : « Trois 1 milliards de pervers. »Comment la psychose, la perversion s’acculturent-elles à la société ? En obligeant celle-ci à accepter ce qui était autrefois perversion comme normalité. Pour les queers pas de normativité, seulement des multitudes. Rien de « fashion » dans le queer, mais la lutte politique contre les normalisations sexuelles et autres, pour la reconnaissance égalitaire des identités multiples, pour des plaisirs inconnus et illimités, pour l'invention, la création, le nomadisme, le droit à l'autotransformation de l'humain. Bien entendu tout ceci peut prêter à l’ironie, à la condescendance, 2 à la dérision. Par exemple François Ricard , écrivain, professeur, raconte ce qui se passe dans une université du Québec. Il y existe de très nombreuses réunions où sont convoqués les LGBTIQ (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres, Intersexes Questionning). Ces termes sont lexicaux et emblématiques. Des espaces sécurisés protègent les personnes stigmatisées du fait de leurs pratiques sexuelles minoritaires. Le peuple queer s’estime discriminé car on le référerait à une norme qui serait la norme hétérosexuelle, blanche et adulte. Conséquences logiques constatées par François Ricard : - La première concerne l’usage des noms de personne. En effet le fait d’être obligé d’utiliser le nom choisi, à la naissance, par des parents honteusement hétérosexuels, peut engendrer du stress émotionnel, de l’anxiété, de la frustration, de l’aliénation… Il convient donc que les enfants puissent faire un procès visant à modifier un prénom aussi aberrant que Maurice alors qu’ils se sentent femmes. - Deuxième conséquence : le Gender-neutral washroom. En effet « les personnes LGBTIQ ne se sentent pas chez elles ou sont mal acceptées dans les toilettes différentielles » hommes/femmes, ce qui pose un danger car « la répression des fonctions corporelles peut provoquer des problèmes de santé physique et de la détresse émotive à long terme ». Termes officiels employés par les comités de lutte contre la ségrégation. Selon Ricard, la suppression des urinoirs ne peut qu’entraîner une amélioration pour les LGBTIQ constipés et malheureux. 1 « Trois milliards de pervers. Grande encyclopédie des homosexualités. »Revue Recherches. Mars 1973 ; n°12. 2 Ricard F. « LGBTIQ. »Atelier du Roman. Paris : Flammarion, mars 2006 ; n°45, p 13-19.
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