//img.uscri.be/pth/548bb49017d2ef3fba82460818cecca704f5e50f
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La Recherche-Action au service de l'auto-développement

De
145 pages
C'est à partir d'une expérience vécue par l'auteur en Guinée, dans un camp de réfugiés sierra-léonais et libériens, que les alternatives de la recherche-action et de l'auto-développement ont été proposées pour tenter de répondre aux questions suivantes: comment établir une relation de confiance et d'équité avec des populations dépendantes de l'aide internationale ? Quelle éthique professionnelle embrasser pour faire du développement un développement humain et intègre et que les populations améliorent leurs conditions de vie selon leurs savoir-faire ?
Voir plus Voir moins

La Recherche-Action
au service de l'auto-développem.ent

Photo de couverture:

Giuseppe Rullanti

site: www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattan1@wanadoo.fr <e> L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9808-x EAN : 9782747598088

Giuseppe Rullanti

La Recherche-Action
au service de l'auto-développetnent

L'Hartnattan

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14.16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Misti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

REMERCIEMENTS
Je tiens à exprimer ma sincère reconnaissance aux personnes qui ont participé à l'élaboration de cet ouvrage: Mountaga el Karim Diagne, Lawrence Olivier, Roland Junod, Evelyne Savard, Yvon Pelletier, Catherine Rullanti, Antonio Rullanti, Sébastien Rullanti, Katarina Mareda, Maria Carmen Rico De Sotelo, Manu Cassan, Sylvain RaIdi, Michèle Asso, PierreGilles Frebourg, Odile Perret, Jean-Laurent Fervel, Nathalie Petit, Isabelle Mage, Safya Bron, Patricia Gomes de França Gtihwiler, Pablo Mateu, l'équipe de « Trajets », Chantal Longchamp, Sarah Raug et à tous ceux et toutes celles qui m'ont, de par leur écoute et leurs conseils avisés, soutenu dans cette aventure. Un grand merci aussi à la Fondation Hélène & Victor Barbour pour son soutien financier et à la maison d'édition L'Harmattan pour cette publication. Je souhaite dédier ce livre à tous les réfugiés sierra-Iéonais et libériens que j'ai eu la chance de côtoyer, dans le courant de l'an 2000, en République de Guinée. La dignité ne se marchande pas!

PRÉFACE
Ce livre est étonnant. Les pays occidentaux ont mis sur pied un vaste système qui, comme on peut le constater aujourd'hui au Cachemire, en Haïti et en Asie du Sud-Est, dépense des sommes colossales au nom du développement et de l'assistanat international. L'assistance aux réfugiés fait partie de ce système sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Là où il y a une guerre, des famines ou des désastres naturels, des organismes internationaux ou non gouvernementaux interviennent rapidement pour soulager les plus démunis. Qui peut s'en plaindre? Certainement pas les victimes de ces conflits ou de ces catastrophes ni ceux qui travaillent pour ces organisations. Pourtant, les choses ne sont pas si simples. TI suffit d'être attentif ou, comme Giuseppe Rullanti, d'avoir travaillé sur le terrain pour se rendre compte que ce précepte est devenu une partie du problème. Sans avoir la prétention de faire la leçon à qui que ce soit, la lecture de cet essai va nous en convaincre. À l'heure actuelle, la préoccupation majeure des pays victimes des Tsunamis ou des séismes dans la région du Cachemire est l'aide elle-même: comment l'acheminer efficacement? Comment éviter sa répartition inégale sur un même territoire? Comment conjurer la fraude? Comment s'assurer quelle parvient véritablement aux victimes? Le système fait problème mais lorsqu'on est sur le terrain le constat est souvent pire. Les différents organismes humanitaires sont en compétition l'un contre l'autre créant ainsi de nouveaux obstacles qui ne sont pas uniquement d'ordre bureaucratique. Ces obstacles entra vent la pertinence des interventions pour répondre à une logique de rendement ou de profit censée élever l'organisation dans la hiérarchisation du marché de l'humanitarisme. Giuseppe Rullanti montre bien dans son ouvrage comment il a dû les contourner tout en affrontant l'indifférence et la mesquinerie de certains coopérants envers les populations réfugiées.

Une intervenante de Médecins Sans Frontière me rapportait qu'une déléguée d'une organisation internationale disait ceci à propos des réfugiés: « ce sont tous des voleurs, des paresseux, des profiteurs et des fraudeurs ». On se demande quels résultats une telle opinion des réfugiés peut donner. D'autres délégué(e)s, en travaillant et en consacrant leurs énergies à aider les plus démunis, ne partagent heureusement pas cette vision. Cependant, la plupart ne disposent pas des outils adéquats pour transformer l'aide actuelle en une approche plus intègre et plus respectueuse des populations censées être dans le besoin. La recherche-action décrite dans ce livre propose à ce titre des pistes de réflexion qui peuvent être utiles à toutes personnes intéressées à s'investir autrement dans les domaines du développement et de l'assistanat international. Avant de nous donner quelques outils, l'auteur nous offte une nouvelle lecture du rôle que tiennent les organisations internationales sur le terrain. Ces organisations ne sont pas neutres car elles introduisent des dynamiques sociales et créent de nouveaux clivages sociaux là où elles interviennent. Il y a ceux qui, parmi les réfugiés, travaillent pour ces organismes, en défendent les buts et les visées sans tenir compte ou se préoccuper des besoins réels des leurs. Cette nouvelle classe a ses propres objectifs. Ses visées stratégiques ont leur propre logique et quelques fois celle-ci s'oppose aux principes de bases et aux valeurs même de la communauté. Plus encore, les organisations internationales, quelque soit leur nature, restructurent la société des camps, y réintroduisent une politique, une manière de vivre ensemble fondée sur des valeurs d'efficacité, de résultats. Je ne m'attarderai pas sur les comportements ignobles qu'ont certains coopérants. Ce ne sont pas là des peccadilles ou des erreurs de parcours inévitables dans ces circonstances car, le plus grave dans tout cela, c'est le cynisme, l'idée que c'est le prix à payer pour J'aide qu'on leur offie si généreusement. Inquiétant n'est-ce pas! Giuseppe Rullanti nous montre autre chose, une autre possibilité: d'abord, qu'une intervention efficace n'est possible que sur un autre système de valeurs. Ce système de valeurs n'est pas incompatible avec celui des organisations internationales à la 10

condition que celles-ci changent leur priorité: l'aide n'est pas une fin en soi. C'est peut être ce qu'il y a de plus étonnant dans ce livre.
La recherche-action qui fut à l'origine de cet ouvrage a pour seule valeur la dignité humaine. Tout ce qui a pu être fait, malgré les nombreux obstacles, l'a été sur la base du respect de l'autre. Les réfugiés n'ont pas été traités comme des victimes, des misérables ou des laissés-pouf-compte dont il faut à tout prix s'occuper. L'auteur les a considérés comme des êtres humains à part entière dont chacun d'entre eux s'est vu reconnaître à sa juste valeur. L'aide, appelons-là de cette façon sans la qualifier, n'est possible que lorsque notre regard cesse de juger pour reconnaître en l'autre un autre moi-même. Ça ne se limite pas à un problème d'argent, de distribution, de moyens. Nous serions très surpris de constater que les gens sont capables de s'organiser même lors des pires catastrophes; ils l'ont fait pendant des siècles, avant que n'existe l'aide humanitaire. L'autre chose que montre ce livre intelligent, car il est au-delà de toute morale, c'est que seule une impolitique peut vraiment être efficace. J'entends par là un travail qui se situe au niveau de la solidarité essentielle: celle de l'homme à l'homme. Là où chacun devient une personne dans un échange symbolique de nos identités. Au-delà du réfugié se trouve l'homme et celui-ci a conscience de ce qui lie son existence à celle des autres. Giuseppe Rullanti démontre que le coopérant peut travailler au niveau le plus essentiel: celui des valeurs. Le préjugé que celui-ci a de la population ne peut que disparaître, que s'effacer pour laisser place à une reconstitution autorégulée de la société par ellemême. Il ne peut et ne doit y mettre de la politique. Dans ce nouvel espace social, dans ce lieu à partager, il y a de la place pour tous ceux qui veulent travailler ensemble. Il y a de quoi être étonné. Je le fus et j'espère que vous le serez à la lecture de ce très beau livre.
Lawrence Olivier Professeur en sciences politiques à l'Université du Québec à Montréal

Il

A V ANT ..PROPOS

Assisté, reclus et stigmatisé : le peuple des camps entre espoir et abandon.

Forécariah juin 2000. L'expérience de recherche-action qui fait l'objet de ce livre touche à sa fin: une expérience riche en enseignements pour Giuseppe Rullanti, mais aussi une expérience humaine d'abord marquée par une blessure, puis porteuse d'un cri du cœur qui se veut appel à la conscience. Témoin pour quelques jours de cette expérience je m'autorise ces quelques images, gravées dans ma mémoire. Forécariah est un camp de réfugiés sur le territoire de la Guinée Conakry à la frontière de la Sierra Leone; 32.000 réfugiés sierra léonais et libériens panni les 480'000 qui ont fui la guerre civile y vivent dans un camp patronné par le HCR, qui coordonne aussi l'action d'un certain nombre d'ONG. Forécariah présente certes au visiteur l'image de la précarité, mais pas cette image de «désastre humanitaire» qui épisodiquement émeut l'opinion. Les écoliers passent leurs journées dans le complexe scolaire Koti Annan, seule construction non-éphémère inaugurée par celui dont elle porte le nom, les adultes s'organisent pour améliorer l'ordinaire du camp: travaux collectifs, petits commerces. Au cours de leurs visites officielles les responsables humanitaires ou politiques se voient offerte l'image d'une population organisée et responsable, les enfants ont appris à accompagner leurs chants et leurs danses de mille mercis à toutes ces organisations auxquelles leur existence paraît être suspendue. Parfois aussi la ftustration et la colère se font jour comme au cours de cette rocambolesque journée de juin, une journée de pluie, où les réfugiés ont revendiqué des bâches de protection pour ne pas vivre dans la boue, et où on a répondu par l'envoi de l'armée à la prise en otage... d'une clef d'un véhicule humanitaire.

13

Ce même jour on est à la veille de l'action initiée par Giuseppe Rullanti et portée par un collectif: l'inauguration d'un centre communautaire. Le bâtiment libéré pour cette fonction a été recouvert de fresques imagées par les enfants dans une ferveur incroyable, que les animateurs ont eu toutes les peines du monde à canaliser. Il en est de même au cours de la journée d'inauguration: concours de dessin, chants, danses et improvisations théâtrales, olympiades; une énergie inouïe s'exprime à travers toutes ces actions, une énergie chargé de tensions, déployée à la face des officiels accueillis en grande pompe. Chargé de distribuer des crayons et des feuilles de papier, je suis littéralement pris d'assaut. Lorsque trois quarts d'heures plus tard chaque enfant est doté du matériel tant convoité, un silence inspiré et magique s'installe parmi ces centaines d'enfants agenouillés sur le sable. Leurs dessins disent tout: les violences subies, les rebelles qui massacrent des parents et amis et brûlent leurs maisons, le quotidien du camp avec les quelques symboles de sécurité qu'il leur offre: une ambulance, le château d'eau, l'école. .. Il faut percevoir aussi la fierté et la force qui se dégagent des chants et des poèmes dits et parfois écrits par ces enfants, comme une revendication d'exister à la face du monde. L'intuition de Giuseppe Rullanti se révèle dans toute sa force à travers ces actions: une approche qui met en valeur l'accès à l'expression, la ré-invention de l'action collective au quotidien; cette dimension qu'il appelle fort justement auto-développement, est porteuse d'une solidarité humaine et d'un souffle d'espoir que la gestion de l'urgence humanitaire tend à escamoter. Novembre 2000. Suite à des incidents à la frontière impliquant selon le gouvernement des rebelles sierra léonais, selon d'autres sources des rebelles guinéens, les réfugiés sont accusés par le gouvernement de faire le jeu des rebelles. Le président parle de crimes, de trafics d'armes et de drogue, de diffusion du sida. Offert à la vindicte populaire, le peuple de Forécariah est l'objet de violentes attaques de la part de l'armée et de la police. Certains sont tués sur place, les autres sont dispersés et prennent la route d'un incertain retour au pays. Human Rights Watch signale de 14