La reconstruction transculturelle de la Justice

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Dans le contexte de la présente mondialisation, les cultures prétendent être les seules formes de vie justifiables. Mais la guerre pour les divers monopoles culturels réactive les fondamentalismes de toutes les religions et transforme les cultures en pouvoirs. L'objet de cet ouvrage est de reconsidérer les relations entre mondialisation, communautés et individus en situant les unes par rapport aux autres les cultures et les valeurs authentiques sur lesquelles elles sont fondées.

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Date de parution 01 septembre 2011
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EAN13 9782296466388
Langue Français

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LA RECONSTRUCTION TRANSCULTURELLE DE LA JUSTICE
MONDIALISATION, COMMUNAUTÉS ET INDIVIDUS
CollectionPerspectives transculturelles dirigée par J. Poulain, H.J. Sandkühler et F.Triki
La réduction de la mondialisation à la globalisation économique ne fait pas justice au développement des diverses cultures du monde. Ce développement ne saurait en effet être réduit à ce que désire en faire le Fonds Monétaire International : une affaire négociable en termes purement économiques. Il exige un véritable dialogue interculturel qui ne se contente pas de laisser cohabiter les cultures comme des traditions fermées qui ne désirent s½affirmer qu½aux dépens des autres. Ce dialogue doit pouvoir faire appel aux formes les plus évoluées et les plus réfléchies des diverses cultures qui constituent le patrimoine mondial de l½humanité.
Cette collection entend participer à ce dialogue en mobilisant tout le potentiel critique des sciences humaines et des philosophies contemporaines pour dégager ce qu½il y a de véritablement universel dans ces différentes cultures, pour mettre en lumière ce qui résiste en elles à la critique mutuelle qu½elles exercent les unes à l½égard des autres, et pour valider ce que découvre l½expérimentation mutuelle inédite qui se propage ainsi.
L½universalisation effective qu½elles parviennent à effectuer d½elles-mêmes doit pouvoir distinguer ses propres résultats des effets polémiques de la guerre des cultures, de cette guerre qu½engendre le désir qu½a chacune d½étendre son hégémonie sur les autres. Elle ne forge un être humain capable d½intégrer en lui leurs multiples richesses qu½en laissant advenir à la parole cette autocritique transculturelle, par laquelle advient à l½existence le monde commun auquel elles aspirent.
© L÷HARMATTAN,2011 5-7, rue de l÷École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55360-6 EAN : 9782296553606
PERSPECTIVES TRANSCULTURELLES Collection dirigée par J.Poulain, H. J. Sandkühler et F. Triki _________________________________________
Jacques Poulain, Fathi Triki et Christoph Wulf (Ed.)
LA RECONSTRUCTION TRANSCULTURELLE DE LA JUSTICE
MONDIALISATION, COMMUNAUTÉS ET INDIVIDUS
Tous nos remerciements à la Commission allemande pour l½UNESCO qui a permis la rencontre entre les participants à ce volume ainsi que la publication de ce volume.
Introduction
La reconstruction transculturelle de la justice
par Jacques Poulain, Fathi Triki et Christoph Wulf
L§expérimentation libérale de la justice et la guerre des cultures
Dans le contexte de la présente mondialisation, les cultures prétendent être les seules formes de vie justifiables. Mais la guerre pour les divers monopoles culturels réactive les fondamentalismes de toutes les religions et transforme les cultures en pouvoirs qui affirment aussitôt la puissance et l½universalité de leur esprit critique et l½invalidité de l½esprit critique des autres cultures. Les cultures sont en effet tentées de mimer la chasse économique globaleauxmonopolesetdes½imposerelles-mêmescommelavérité universelle de la vie humaine et des sociétés, en faisant disparaître les autres cultures à la façon dont la compétition commerciale et la croissance économique généralisée se trouvent complètement balayées par l½apparition desmonopolescommerciaux.Aussitendent-ellesàsedispenserd½opérer toutecritiqueàl½égardd½elles-mêmes.Enagissantainsi,ellessedisquali-fient comme cultures car elles suivent le modèle d½une expérimentation totale de l½être humain, inspirées en cela par le modèle libéral qui leur est sous-jacent. Pour maximiser la satisfaction des désirs tout en respectant la liberté de tous, l½expérimentation libérale de l½être humain érige le consensus entre partenaires sociaux comme la seule instance capable de juger les hypothèses de vie expérimentées dans la vie économique et culturelle. Ce consensus s½avère puissant et s½affirme comme la seule puissance culturelle qui semble fonder comme telles tant les communautés globales que les communautés locales. Cela se produit à la façon dont l½expérimentation scientifique établit un accord entre l½hypothèse scientifique et le monde visible, considérant ainsi cet accord comme la plus haute forme de confirmation de sa vérité. La justification de ce transfert de l½expérimentation scientifique dans la vie sociale est simple : la réponse du consensus social semble être aussi indépen-
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dante du désir des partenaires sociaux de valider leur expérimentation économique ou culturelle que l½est la réponse du monde visible à l'égard du désir des scientifiques de voir leurs hypothèses confirmées. Dans ce contexte, c½est un communautarisme fermé qui paraît caractériserlarenaissancepseudo-politiquedessectarismesreligieux:il implique sans aucun doute une sorte de marginalisation des individus. Car il mime lui aussi le traitement qu½imposent aux individus les régimes libéraux Comme l½écrit à bon droit Sheldon Wolin : ¼la politique (libérale) des intérêts décourage le développement d½une culture civile favorable à la défense des droits, à l½approbation d½actions communautaires, elle décourage pareillement l½activité qui définit la citoyenneté. La politique des intérêts dissout l½idée du citoyen considéré comme un être pour qui il est naturel de s'assembler avec d½autres citoyens en vue d½agir à des fins propres à la communauté dans son ensemble. Elle lui substitue la notion d½une pluralité d½individus qui se groupent en fonction d½intérêts conflictuels. L½individu n½est pas, d½abord et avant tout, une créature civique attachée par des liens qui lui préexistent, à des créatures qui partagent la même histoire, la même communauté d½ensemble, et le même destin qu½elle. Bien au contraire, homme ou femme, il est qui cadre moyen, qui camionneur, féministe, employé de bureau, cultivateur, ou homosexuel, et comme il est ainsi immédiatement identifiable, il se trouve naturellement mis à part des autres. Membre d½un groupe d½intérêts, l½individu reçoit une éducation foncièrement anticivique. On lui apprend que son premier devoir est de soutenir les intérêts de son groupe parce que la politique n½est qu½une lutte en vue de conquérir des avantages. Tout au contraire, il est d½un citoyen de décider quoi faire, dans une situation non pas où l½intérêt serait le même pour tous, mais où il existe des différences qu½il faut prendre en compte et, autant que possible, intégrer à la décision. A la différence du ¼groupie, le citoyen doit acquérir une vision de l½être-en-comm un, et penser non pas en exclusion, 1 mais par intégration et compréhension » . Les fondamentalismes contemporains identifient les partenaires sociauxàeux-mêmescommedes«groupies»,commes½ilétaitessentielà l½intérêt du groupe que tous les membres de la communauté aient un intérêt exclusif pour leur communauté fermée et comme s½ils étaient obligés d½obéir aveuglément à leurs prescriptions. Dans les communautés fermées améri-caines,ilsdoiventseprotégereux-mêmescommesichaquemembred½une communauté étrangère constituait pour eux un ennemi virtuel. Dans les communautés islamiques fermées, ils peuvent obliger les femmes à obéir aveuglément à leurs maris. L½Union européenne se ferme en limitant de façon sélective l½immigration des étrangers. L½identité de ces groupes ne semble assurée que si et seulement si ce retour aveugle à un totémisme archaïque où le groupe social fonde son unité sur l½exclusion de ceux qui lui sont étrangers, la sauvegarde l½aide des institutions étatiques.
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Cette expérimentation économique et culturelle reste aveugle et les conflits interculturels qui opposent les communautés restent eux aussi également aveugles tant que ces consensus et ces communautés oublient de juger de l½objectivité de leur consensus et de ces communautés qui émergent dans cette expérimentation culturelle du genre humain.
La reconstruction transculturelle de la justice
Suffit-ildetenterd½ouvrircescommunautéslesunesauxautresà l½aide d½un dialogue interculturel ? Ou s½impose-t-il de relever le défi auquel l½expérimentation totale de l½homme nous confronte? De reconnaître comment communautés et individus opèrent à travers elle une mutation culturelle qui les obligent à soumettre à un jugement d½objectivité leurs relations économiques, politiques et éthiques comme les sciences dite «dures»prétendentdéjàpouvoirlefaireàproposdeleursobjets?Suffit-il de le reconnaîouretesopmi½si½dli-t-ntermplaagedl½usgumeu½jnenedt véritédanslafaçondontlesindividusseformenteux-mêmesetlesunsles autres au c¯ur de cette expérimentation ? La fonction de la critique universitaireest-ellesimplementd½accompagnercettemutation?Oudoit-elle être déterminante dans la formation d½un consensus communautaire éclairé tout comme dans la culture de soi dévolue à toute personne ? L½objet de cette rencontre était de reconsidérer les relations entre mondialisation, communautés et individus en situant les unes par rapport aux autres les cultures et les valeurs authentiques sur lesquelles elles sont fondées et en explorant leurs capacités à réélaborer une véritable culture de la justice à l½aide d½un dialogue transculturel. Nous avons à réintégrer l½usage d½un jugement critique et objectif dans cette expérimentation culturelle en validant les formes de vie culturelles qui s½universalisent et s½affirment comme conditions de vie universalisables. La restructuration des ressources de recherche dont on a besoin pour cela implique la mobilisation de toutes les forces de jugements critique disponibles : les sciences humaines, la philosophie, l½anthropologie de la communication, les sciences économiques et politiques mais aussi la littérature, les arts et l½esthétique comme modèles d½autocritique animant la créativité et sa régulation. C½est seulement ainsi que nous pourrons améliorer la compréhension entre cultures, augmenter les potentialités du dialogue interculturel et instaurer, par exemple, une possibilité de réévaluation des relations existantes entre hommesetfemmesdanslacultureeuro-méditerranéenne. Comme le montrent à l½évidence les contributions qui suivent, les résultats désastreux produits dans le développement de cette guerre interculturelle contraignent les communautés et les individus à admettre qu½ils ne sauraient se reconnaî» auquel ledernier homme tre dans ce « néolibéralisme se vante de pouvoir les réduire. Le seul calcul qui meuve cette mondialisation ne vise en effet qu½à procurer une maximisation des 9
gratifications au moindre prix possible et à la pérennisation de l'oligarchie adaptée à cette finalité. Ses résultats sont validés en temps réel : par l'oracle du marché, par un oracle justifié par le consensus expérimental réglant l'adaptation des rapports sociaux aux progrès scientifiques et techniques. Il tient son rôle de dernière instance au jugement collectif qui reconnaît son objectivité et valide ainsi la privatisation économique et politique du monde au nom de la rentabilité fonctionnelle de l'unification universelle des forces de production : le pouvoir politique n½a plus pour rôle que de le consacrer dans son rôle et dans l½exercice de son rôle, justifiant ainsi le diagnostic porté par Max Weber sur la réduction de l½éthique à une rationalité fonctionnelle et technocratique. Laprésentehumanitéyestconfrontéeàelle-mêmecommeàun problèm-mêaeppraa.Lapolitiqueelleniletnocnruoelbacumeurltît compro-mise avec une erreur philosophique, celle qui identifiait la dignité de l½homme à sa capacité à instaurer une maitrise morale des ses rapports avec ses propres désirs aussi bien qu½avec les désirs et les actions d½autrui. Elle se voit ainsi contrainte d'admettre la fausseté de l'image philosophique qui, à la fois, l'oblige à tenter de s'y reconnaître et lui interdit de le faire : l'identification de l½être humain à son idéal moral, poursuivi comme volonté de soumettre à l'esprit l'être irrationnel de désirs, de passions et d'intérêts, auquel elle réduit l'homme comme être sensible, visant par là à assurer à l½être humain sa propre maîtrise de lui-même à la façon dont celui-ci parvient à maîtriser scientifiquement et techniquement le monde. L'expérimentation culturelle et totale à laquelle s½adonne l'être humain pour accéder à cette maîtrrecem-mêleiusideèle pourtant la solution de ce problème même si elle semble soumise, elle aussi, à cette recherche de maîtrise. Parce que cette expérimentation tente d½instaurer un consensus communicationnel et démocratique et y reconnaît sa seule source de légitimation, elle ne lui montre pourtant la fausseté de cet idéal moral de maîtrise de lui-même à travers ses effets présents et son incapacité d½y trouverlasourced½uneharmonieaveclui-mêmequ'en lui révélant la dynamique de communication à laquelle la déficience de ses coordinations biologiques à l'environnement l'a contraint à s'adonner pour créer institutions et psychisme à l'image de cette communication, rendant insignifiants aussi bien cet appétit de maîtrise de soi que la frustration infligée aujourd'hui à cet appétit par la mondialisation. Aussinepeut-ellepluscroireauxvertustranquillisantesde l½idéologie néolibérale lorsqu½elle renvoie cet échec au hasard qui règne soi-disant dans l½expérimentation néolibérale de la justice. Comme l½exprime R. Maté : « il faut dénoncer l½imposture d½auteurs comme John Rawls, dont la théorie de la justice est le mot de passe de notre temps, lorsqu½il ose affirmer que les inégalités actuelles sont le produitÚ du hasard. C½est évidemment pour éviter d½avoir à se poser le problème de la responsabilité historique 2 qu½ill½affirme».Aussilelibéralismefait-ill½objetd½unejuste 10