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La ruralité et le développement rural en Côte d'Ivoire

De
282 pages
De ce travail, peuvent être dégagées des pistes de réflexions et aussi d'action concernant l'interprétation du monde rural dans la nouvelle économie ivoiriènne. Important pour la communauté scientifique de la psychologie sociale, il interpelle aussi, décideurs politiques, techniciens de l'État et paysans ivoiriens eux même.
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La ruralité et le développement rural Etudes
en Côte d’Ivoire africaines
Série Sociologie
Un regard psychosocial
L’introduction de la notion de représentation pour l’analyse
de la place et de la relation à la ruralité dans la culture
ivoirienne constitue une avancée très intéressante dans le Yapi Y
champ des sciences sociales. La notion de représentation
sociale considérée maintenant comme une notion-clé dans
les sciences humaines est ici particulièrement bien maîtrisée
et située dans ses dernières avancées théoriques qui ouvrent
des perspectives nouvelles dans l’utilisation et la valeur LLLLLLLa rura rura rura rura rura rura ruralitalitalitalitalitalitalité é é é é é é heuristique de la notion.
Du point de vue global de l’intérêt scientifi que et social,
ce travail s’inscrit dans le courant des recherches qui, dans eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeet le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dét le dévvvvvvvvvvvvvvvvvvvvvveloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppemeneloppement rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rurt rural al al al al al al al al al al al al al al al al al al al al al
les sciences humaines, articule l’approche théorique et
méthodologique d’une notion et de son opérationnalisation en Cen Cen Cen Cen Cen Cen Cen Cen Cen Cen Cen Cen Cen Cen Cen Côôôôôôôôôôôôôôôôtttttttttttttttte d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ive d’Ivoiroiroiroiroiroiroiroiroiroiroiroiroiroiroiroireeeeeeeeeeeeeeeed’une part, et son application à un problème social concret,
réel et central dans l’économie sociopolitique du pays d’autre
part. De ce travail peuvent ainsi être dégagées des pistes de
Un rUn rUn rUn rUn rUn rUn rUn rUn rUn rUn rUn rUn rUn rUn rUn regaregaregaregaregaregaregaregaregaregaregaregaregaregaregaregard psd psd psd psd psd psd psd psd psd psd psd psd psd psd psd psyyyyyyyyyyyyyyyychosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialchosocialréfl exions mais aussi d’actions concernant l’intégration du
monde rural dans la nouvelle économie ivoirienne.
Nous sommes donc ici en présence d’un travail de premier
ordre qui devrait être reçu et apprécié très positivement tant
par la communauté scientifi que de la psychologie sociale, que
par les différents acteurs qu’il interpelle : décideurs politiques,
techniciens de l’Etat, et paysans ivoiriens eux-mêmes.
Yapi YAPO est professeur titulaire de psychologie des
processus sociaux de représentations à l’Ecole Normale
Supérieure d’Abidjan où il dirige le Groupe d’Études et de
Recherches sur les représentations sociales (G.E.R.S).
De 1984 à 1990, il a été consultant chargé de la promotion
rurale à la direction de la promotion rurale et de l’installation des jeunes
au ministère du Développement rural de Côte d’Ivoire
Etudes africaines
Série Sociologie
ISBN : 978-2-343-08575-3
29 €
La ruralité et le développement rural en Côte d’Ivoire
Yapi Y













La ruralité et le développement rural en Côte d’Ivoire
Un regard psychosocial

















Collection « Études africaines »
dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études
africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux
qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries
thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
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Christine THÉODORE, Objets d’initiation. Rencontre avec un chasseur dozo. Échanges d’objets
et modifications des interactions, 2016.
ePierre Kamé BOUOPDA, Histoire politique du Cameroun au XX siècle, 2016.
Théophane AYIGBÉDÉ, Déchets solides ménagers et risques environnementaux au Bénin, 2016.
Tidiani SIDIBE, L’essentiel du management d’une banque commerciale. Du front office au
backoffice, 2016.
Justelle MATSITSA KIANGATA, Conscience historique et devenir des États africains, 2016.
Alhousseini MOULOUL, Les Touaregs du Niger. Chroniques des années de braises, 2016.
Emmanuel KAMDEN, Innovation entrepreneuriale et développement durable en Afrique : défis et
opportunités, 2016.
Albert B. KALONGA LUSE-LUA-NZAMBI, Désarmement, démobilisation et réintégration
des enfants-soldats. Échec au Sud-Kivu ?, 2016.
Zakaria FADOUL KHIDIR, Anthropologie des populations tchadiennes. Les Béri du Tchad,
2016.
Célestin HITIMANA, Rwanda : deux siècles de crimes contre l’humanité, 2016.
Maximin Lucien DA, La noix de cajou, levier de développement local au nord-est de la Côte
d’Ivoire, Contribution au développement socialement durable, Cas du district du Zanzan : Gontougo et
Bounkani, 2016.
Ousmane KOUANGBE HOUZIBE, L’impasse démocratique en Afrique francophone : le cas
du Tchad. Les dimensions juridiques, politiques et institutionnelles de la démocratisation en Afrique
subsaharienne, 2016.
Titi PALE, Les femmes victimes de la guerre civile ivoirienne. Récits d’atrocités et (auto)
reconstruction, 2016.
Blaise SARY NGOY, La problématique de l’émergence des économies africaines, 2016.
Maurice M’BRA KOUADIO, Les religions ancestrales des Akan de Côte d’Ivoire. Ethnographie
des pratiques contemporaines, 2016.
Benoît KOUAKOU OI KOUAKOU, La réussite paradoxale à l’école. Quand réussissent des
élèves africains qui avaient peu de chance de réussir, 2016.
Patrick DEVLIEGER, Jori DE COSTER, Lambert Nieme, Léon
MBADUKHONDE, Handicap et technologie en contextes africains, 2016.
Djilali BENAMRANE, Sankara, leader africain, 2016.
Ladji BAMBA, La contrebande en Côte d’Ivoire. Le cas du district d’Abidjan, 2016.
Ibou SANE, Jeau-Claude ANGOULA, Famille et politique en Afrique. Entre le meilleur et le
pire, 2016.
Melchior MBONIMPA, L’Afrique terre de jihad. Les groupes islamistes armés sur le continent,
2016.
Yapo Yapi
























La ruralité et le développement rural en Côte d’Ivoire
Un regard psychosocial





















Préface d’Alphonse Yapi-Diahou
















































































































À Jean-Claude ABRIC, naturellement

À mon père
À ma mère
Aux travailleurs de la Terre de Côte d’Ivoire


























































































































































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08575-3
EAN : 9782343085753
PREFACE
Les travaux sur l’agriculture ne se comptent plus ; ceux
consacrés aux paysans foisonnent sous la signature des géographes,
des sociologues et des anthropologues. Ils le sont autant sous la plume
des agroéconomistes, mais plus rarement sous celle des psychologues,
du moins en terre africaine. Terre d’une autre agriculture en marche
ou rêvée, surtout face aux exigences d’un monde changeant, sous
l’effet d’une urbanisation galopante, génératrice de villes plus
conquérantes et plus exigeantes : à leur porte, elles réquisitionnent les
terres agricoles pour s’étendre… Et à l’agriculture qu’elles privent
ainsi de son support, elles réclament leur nourriture, les biens
nécessaires au rayonnement de leurs marchés, les matières premières
indispensables au fonctionnement de leurs établissements
manufacturiers… Le contexte, celui de la marche vers une société plus
urbaine, doit produire un agriculteur nouveau, façonner son univers
de vie et de travail, pour faire de cet agriculteur l’égal du citadin,
remarquable par ses connaissances, sa citoyenneté pleine et entière, sa
capacité à décider, sans toujours attendre de la ville et de ses cadres
ses besoins en nourriture, de soins. Le livre est autant entraînant qu’il
suggère des questionnements.
Le défi scientifique de cet ouvrage est évident. L’auteur n’est
pas sectaire, puisqu’il puise dans les contributions des disciplines qui
ont polarisé leur attention sur le sujet, sur l’agriculture, le monde
paysan et le monde rural. Deux chapitres rappellent ce défi en visitant
les nombreux points de vue développés et soutenus par des
générations de chercheurs évoluant dans des disciplines comme la
sociologie (Chauveau, Meillassoux) ou sa sœur anthropologie
(Paulme, Augé) ou encore la géographie, sous quelques plumes
comme celle de Dian Boni. Les économistes sont représentés avec
Simplice Yapi Affou, à travers des travaux d’une actualité
permanente, comme la relève paysanne. La fidélité du psychologue,
spécialiste des représentations, à ses co-disciplinaires est
irréprochable. Avec leurs outils conceptuels, théoriques et
méthodologiques qu’il a su remarquablement travailler, il en vient à la
Côte d’Ivoire, non sans détour sur la ruralité.
7 De mémoire de chercheur en sciences humaines et sociales,
dans le contexte ivoirien, placer le débat sur le plan pour le moins plus
large que ceux plus réducteurs de campagne, agriculture, paysan, est
une œuvre innovante de la part de l’auteur : je veux parler de la
ruralité à la fois comme concept et horizon d’analyse. Yapo a voulu
une notion englobante comme pour marquer la complexité du monde
rural, imprimer une analyse systémique de cet univers.
Pour les nécessités de la démonstration scientifique, c’est à
un tour de la Côte d’Ivoire rurale et urbaine que le lecteur est convié,
d’abord dans les textes, puis avec les populations. Un profil de la Côte
d’Ivoire fixe le lecteur sur la rugosité de la texture de ce pays, dans les
différentes sphères du vécu et des pratiques observées dans le temps
long. Il en va ainsi des choix stratégiques pour le développement, pour
le cadre et les conditions politiques définissant le rôle des différents
acteurs, celui des citoyens de toute condition. Par l’adossement de son
économie à l’agriculture dans une quête effrénée de croissance,
l’héritage économique est assumé. Moins lisse est l’héritage
politique. La recomposition du paysage politique, marquée par la
libération de l’espace politique et l’émergence d’une pluralité de
formations politiques, semble loin de pénétrer le cœur de la classe
politique. Sans doute faute d’un bilan critique du passé pour jauger la
maturité des diagnostiqueurs. La pratique dans ce champ du profil,
tout aussi invariable, rime avec la manipulation des ruraux que relaie
un discours idéologique de construction savante. Inlassablement les
discours dominants successifs revendiquent une affinité avec la
composante paysanne de ces ruraux, selon une posture dialectique, du
reste jamais discutée dans les sociétés savantes !
Une multitude d’organismes a vu le jour pour assurer aux
ruraux leur intégration à l’ordre économique et politique national, que
l’auteur schématise dans une synthèse des structures de promotion
rurale. Aux organismes d’encadrement l’ouverture du rural à des
techniques nouvelles, de culture et de gestion assurant l’entrée des
ruraux dans la logique des producteurs ces techniques, le capitalisme.
Solidaires des premiers organismes, à la seconde génération ou
catégorie revenait le rôle d’impulser de nouvelles sociabilités sur des
bases d’affinités professionnelles doublées d’intérêts économiques
majeurs : tel est le rôle des groupements à vocation coopérative. La
complexité de la ruralité est suggestive, pour prévenir des dangers
8 d’une condamnation des ruraux au repli sur leur seul univers social :
place alors aux structures d’animation de la vie rurale, d’amélioration
du cadre de vie en milieu villageois, d’ouverture de tous aux savoirs,
savoir faire et être, d’accès à la citoyenneté. Emportés les uns après les
autres par les exigences d’une libéralisation sans concession, ces
structures et mécanismes, qui furent à la fois le fleuron du capitalisme
d’Etat et le symbole de l’Etat providentiel, ne comptent plus de
survivants, à l’heure de l’approfondissement de la décentralisation et
de l’avènement de la « départementalisation », symbolisée par les
Conseils Généraux. D’autant que ces nouvelles Institutions rayonnent
sur l’aire d’intervention de ces Fonds, et que leurs compétences
recouvrent celles des Fonds Régionaux d’Aménagement Rural
(FRAR). Débat pour une efficacité des Départements Institution ou
querelles entre instances déconcentrées et décentralisées pour le
captage des ressources financières allouées ? Dans le dos des ruraux et
pour malmener la ruralité.
Citadins et ruraux croisent leurs regards à l’invitation du
psychologue. Les premiers, les citadins, sont promoteurs et animateurs
des institutions censées interagir pour et dans l’intérêt des ruraux et
faire progresser la ruralité. Dire la ruralité, la décliner, c’est à cet
exercice pour le moins périlleux que se trouve confronté un
échantillon de fonctionnaires abidjanais, par ailleurs lecteurs de leurs
conditions urbaines. Aux ruraux de conjuguer à leur autobiographie,
leur représentation de l’univers du travail et de vie des citadins. Le
résultat du jeu de miroir est sans appel. Une Côte d’Ivoire duale. Celle
des ruraux associée à la pauvreté, à la pénibilité du travail, et celle des
citadins marquée par la modernité, l’aisance sociale et matérielle. La
certitude est ainsi ancrée chez les ruraux, sur la multitude des
avantages que confère le statut de citadin quand le milieu urbain
symbolise l’environnement qualifiant, le lieu de la richesse, et s’élève
en un modèle de référence. L’argent comme indicateur d’accès à la
modernité et moyen de la modernité. C’est donc légitimement que les
paysans rêvent de cette modernité-là. En réalité les images renvoyées
paraissent plus brouillées. Des clichés et des vécus s’entrechoquent de
part et d’autre des deux mondes questionnés. Aussi, la confrontation
met-elle en évidence les écarts au discours techniciste, une belle
méconnaissance du fait rural, de l’univers des ruraux, de leur
quotidien angoissé par la pénurie des ressources, conséquence d’une
9 débauche de travail sous-payée. Heureusement, loin du repli sur leurs
conditions et environnements respectifs, citadins et ruraux sont
ouverts les uns sur les autres par l’intermédiation des institutions
sociales incarnées par l’école, les administrations et les appareils
d’encadrement, ou encore par les lois de l’économie sans frontière,
créatrices de mobilités.
Une longue série d’hypothèques tendant à stériliser les efforts
des paysans est énumérée, dans une posture pédagogique permettant
au lecteur de cerner les jeux de miroir certes, sans exclure la
nécessaire compréhension des faiblesses de l’économie ivoirienne.
Avec des effets inégalement ressentis, sont rappelées tantôt les
hypothèques institutionnelles et administratives, celles plus féroces
liées aux différentes formes de ponction subies par les paysans, celles
d’ordre social dues à l’inexistence de modes d’indemnisation des
catastrophes naturelles ou de système de couverture sociale ouverte
aux paysans… Des hypothèques non sans risques sur la cohésion
nationale.
Les faiblesses chroniques de l’économie ivoirienne sont
pointées, dominées qu’elles sont par la corruption, la paupérisation
croissante, la pauvreté rampante. Mais le corps de la société qui
célèbre l’accumulation financière et matérielle sans questionner les
conditions et l’agenda de réalisation de celle-ci, peut-elle être
exemptée de toute responsabilité ? Surtout quand le village, univers
des ruraux, des paysans producteurs et pourvoyeurs des usines, des
navires marchands en route vers les grandes places de la
mondialisation, demeure le lieu, le cadre d’exhibition des biens
brutalement acquis ? Le village chante l’hymne à la prédation !
A quand l’agriculteur entrepreneur, produit exclusivement de
la seule campagne ? Un entrepreneur des champs, sans filiation
clientéliste avec l’univers de la prédation que constituent la ville et ses
appareils institutionnels d’encadrements, concentration de prédateurs.
Les suggestions conclusives sont nombreuses, et ont le mérite
d’ouvrir le débat sur le devenir des ruraux, et par delà sur
l’agriculture, et les conditions de son évolution. Sans être exclusif, le
format d’une assemblée ouverte, associant en permanence aux ruraux,
les professionnels de la recherche scientifique, le corps associatif, les
10 institutions publiques et privées et leurs personnels composites, a les
faveurs du psychosociologue des représentations. Indissociable de la
ruralité dans ses contours savamment rappelés, ce débat invite à
scruter les chemins pour une ruralité nouvelle.
Alphonse YAPI-DIAHOU,
Professeur des universités,
Responsable du LADYSS (UMR 7533)-Paris 8
Vice-président du Comité d’experts CORUS II.
11 ... « Une étude n’apporte jamais de conclusions tranchées et chacun
peut y trouver des arguments en faveur d’une action immédiate ou
d’un renvoi à des études plus élaborées… »
S. Moscovici, in préface à Claudine Herzlich, 1969, p. 7

INTRODUCTION

Les réflexions proposées dans cet ouvrage sont une analyse
à la fois rétrospective et prospective sur les rapports à la ruralité et les
stratégies de développement rural en Côte d'Ivoire.
Et, comme le lecteur le constatera, cette réflexion
n’épouse pas le schéma traditionnel et classique des recherches
académiques, consistant en un développement organisé et continu de
travaux d’un chercheur faisant apparaître le cheminement et
l’évolution d’expériences orientées vers la vérification d’hypothèses
théoriques spécifiques.
Notre démarche à cet égard, initie une tout autre perspective.
Elle repose sur une conception de la recherche universitaire, comme
pouvant apporter directement in vivo, des réponses concrètes aux
questions de notre environnement immédiat : le développement
socioéconomique et social par exemple. De ce point de vue, cette analyse,
dans son originalité, se veut comme une recherche scientifique fondée
sur un corps théorique attesté d’une part et débouchant sur une visée
de transformation du milieu, d’intervention, de conseil et de
finalisation par rapport à l’environnement socio-économique d’autre
part.
La voie ainsi empruntée dans son fondement et dans sa
logique interne, répond elle-même à une interpellation qui nous est
faite, en tant que psychosociologue, comme Moscovici, ne s’y est pas
trompé, en donnant déjà cette impulsion et cette orientation à notre
discipline.
La psychologie sociale, encore n’a pas à être gardienne des
normes fussent-elles, celles de la pensée. Elle doit se pencher sur les
phénomènes observés et dégager leurs régularités propres.
(Moscovici 1976 ; p.248). Ou encore lorsqu’il nous rappelle, selon la
logique du modèle génétique de l’interaction sociale, ceci : La
recherche d’une définition précise du deuxième modèle (…) devrait
aider la psychologie sociale à se consolider et à l’amener à élargir sa
portée en abordant les aspects moins évidents et moins ordinaires des
15
rapports sociaux qui ne sont pas aussi aisément saisissables, en
d’autres termes, les aborder en s’écartant du sens commun. Et il
pourrait surtout la comparer dans le paysage historique
d’aujourd’hui, la mettre en mesure de répondre aux questions du
présent. Sinon, la psychologie sociale risque de se dissoudre en une
psychologie individuelle. (Moscovici, 1979 ; p. 15-16.)
Notre conviction et notre détermination vont dans le sens de
développer une psychologie sociale plus audacieuse et plus active
dans le décryptage des réalités sociales et des pratiques, afin de ne pas
se laisser phagocyter et marginaliser par la sociologie sur le terrain des
transformations sociales et du développement économique et social.
La publication de cet ouvrage apparaît sous ce rapport, comme une
réponse à cette préoccupation. En effet, comme individu d’origine
rurale, nous avons eu et nous avons encore avec fierté, le privilège
d’être associé au fait rural comme situation sociale dans sa réalité
propre, grâce à l’observation participante : le témoignage social.
Confrontant à l’expérience, les discours du sens commun sur la
ruralité à ceux des universitaires chercheurs et des "praticiens" de la
promotion rurale, nous nous sommes trouvés devant une situation
marquée par une triple insatisfaction :
 insatisfaction par rapport à l’image de la ruralité traduite par
le sens commun et véhiculée dans le champ social. Ce
sentiment déplaisant tire sa justification de notre observation
personnelle :
 insatisfaction par rapport à l’orientation des recherches
dominantes et les images qu’elles dégagent de cette réalité
elle-même ;
 insatisfaction, enfin par rapport à la conception et à la
conduite de la promotion et de l’évolution de la ruralité,
comme secteur d’activités humaines, socio-économiques et
professionnelles.
A la suite de ces constatations majeures, nous avons voulu tirer
argument de ces limitations et de ces lacunes propres aux images
sociales développées, liées aux approches empiriques d’une part, et
des hypothèques qui pèsent sur le développement de la ruralité et
16

imputables au caractère même des conceptions institutionnelles
suggérées d’autre part. Pour ce faire, nous avons choisi d’aller au-delà
de ces simples constats d’évidence, en interrogeant les discours
sociaux sur la ruralité, ce, à partir de deux convictions centrales :
• La ruralité est une situation sociale et psychologique
intelligible.
• Les discours pour appréhender cette réalité sont des discours
inscrits dans la dynamique des appartenances de groupes.
Ces deux convictions centrales s’insèrent dans l’étude des
contreparties subjectives, comme dimension essentielle de l’approche
de la ruralité. Cette proposition pose, en effet, que comme l’identité
sociale et le statut sont déterminés par les caractéristiques de
l’individu et de l’organisation dans laquelle cet individu évolue, la
ruralité est aussi définie par un ensemble de situations objectives et
par un ensemble d’appropriations subjectives. L’environnement, la
pression des réalités et des conditions concrètes d'existence, le pouvoir
comme forme d’organisation sociopolitique, et enfin les pratiques,
constituent les traits fondateurs de ces caractéristiques objectives de
toute situation sociale. Généralement, par pratique, on entend "le fait
de pratiquer une activité, de s’y adonner habituellement et
régulièrement" (In dictionnaire Hachette de la langue française, 1980 ;
p. 1249), ou encore l’exercice de la procédure d’une activité (Ebalé
Moneze, C., 1991 ; p. 4). Le terme de pratique dans la perspective de
ce travail, prend la signification de manière typique de faire, propre à
une vision du monde : une idéologie pratique, comme on peut
l’entendre, dans l’expression, pratique du développement rural, initiée
par les instances institutionnelles. Outre l’aspect constitué par les
conditions objectives, l’autre dimension concernée par la définition de
la ruralité est constituée par l’appropriation du vécu, la manière dont
les individus ou les groupes convoqués reconstruisent ces réalités
objectives. L’image qu’ils se font des autres et les relations qu’ils
développent entre eux, déterminent cet ensemble d’appropriations
subjectives. Mais comment baliser théoriquement ce double étayage ?
En effet, MOSCOVICI, 1979 ; p. 187 désigne les représentations
sociales comme la façon dont les individus théorisent les expériences
qu’ils connaissent, en parlent et en outre la façon dont les théories
17


ainsi formées les amènent à construire la réalité et en dernier ressort
à déterminer leur propre comportement. Celles-ci dans notre
perspective sont saisies en tant que produit culturel, traduisant une
réalité interprétée par un groupe ou une catégorie sociale. De cette
manière, nous avons marqué un axe exploratoire d’investigation :
La ruralité en tant qu’objet de représentations sociales, définie à
partir de discours sociaux.

Nous avons alors travaillé sur un ensemble de matériaux
discursifs recueillis selon deux méthodes complémentaires :
* l’étude des traces ou des processus sociaux fondée sur une
thématique institutionnelle et
* la production de sujets par entretiens semi-directifs, axée, elle sur
une thématique psychosociale.
Le corpus obtenu au cours de ce recueil d’informations a été
soumis à une double analyse qualitative des données que sont
l'analyse de contenu et l'étude de l’étayage du discours sur la ruralité.
Les essais d’écriture issus de ce cadre théorique et
méthodologique se sont appuyés sur deux hypothèses de travail et un
postulat.
1. Hypothèse sur l’identité des ruraux au sein de la société ivoirienne.
Dans l’ensemble des couches et classes sociales qui constituent
les forces d’un pays donné, on peut identifier les ruraux, comme
appartenant à une catégorie sociale, qui est le symbole d’un modèle
culturel plus ou moins homogène.
2. Hypothèse sur la construction de la représentation de la ruralité au
sein de la société ivoirienne
Il existe dans la société ivoirienne des représentations
différentes de la ruralité. Autrement dit, les représentations
construites trouvent leur saillance et leurs significations en fonction de
18


l’expérience sociale des personnes ou des groupes impliqués, dans
leur rapport à la ruralité comme situation sociale.
Par ailleurs, la formulation de ces deux hypothèses s’appuie
sur une conception et une orientation des recherches sur la ruralité,
libellées comme suit : une analyse purement descriptive,
monographique, voire reproductrice des modèles de vie, de
l’organisation, du sentiment pittoresque des situations d’études, de
population rurale, ne permet pas de comprendre les processus
psychologiques et sociaux mis en œuvre par les ruraux dans leurs
rapports avec le modèle économique de développement dominant et
avec les autres groupes sociaux de la formation sociale de référence.
Ensemble, ces trois considérations permettent de préciser le
postulat suivant :
Toute représentation sociale, pensons-nous, est liée à l’espace,
à la vie matérielle, aux rôles sociaux et aux modèles culturels des
individus ou des groupes issus de la société de référence. Ce postulat
lui-même pose la représentation sociale, comme produit socioculturel.
Cet ouvrage comporte deux parties déclinées en huit chapitres.
La première partie composée de quatre chapitres institue une
problématique nouvelle relativement aux travaux sur la ruralité en
sciences sociales :
Le premier chapitre présentant la ruralité comme une situation
sociale est une revue de la littérature portant sur la problématique de
ce travail fondée sur l’observation participante et dégageant les
objectifs de ce livre.
Le deuxième chapitre présente le champ théorique et
conceptuel défini à partir des représentations comme théorie de la
pensée sociale, dans sa définition et dans son approche.
Le troisième chapitre, présente le contexte de production des
constructions sociocognitives, les techniques de recueil et de
traitement des données produites
19
Le quatrième chapitre expose les rapports entre l’agriculture
et les pratiques institutionnelles en rapport avec les métiers de
l’agriculture.
La deuxième partie de l’ouvrage soutenue par quatre chapitres
également, présente les constructions analytiques suggérées par les
données méthodologiques.
Le cinquième chapitre expose une analyse critique et
dynamique des options institutionnelles en matière de développement
rural par un exposé sur l’état des lieux pour en dégager les contraintes
et les hypothèques.
Le sixième chapitre initie un traitement des discours et des
pratiques institutionnels à travers leur mise en lisibilité d’une part et
une analyse psychosociale des discours affectés à l’énonciation, au
contenu du discours sur la ruralité d’autre part.
Le septième chapitre traite de l’organisation des champs
sémantiques et réseaux notionnels des représentations sociales de la
ruralité
Le huitième chapitre enfin, est un essai de développement
d’une conception alternative relative à la promotion rurale en Côte
d’Ivoire.
Cet ouvrage est dédié aux paysans de Côte d’Ivoire en général
et aux agriculteurs en particulier comme une catégorie
socioprofessionnelle essentielle à la vie nationale. C’est l’occasion de
leur rendre un hommage personnel et public en raison de leur part
considérable prise dans la construction de la nation ivoirienne.
20 Première partie
ÉLÉMENTS DE DÉFINITION D’UNE PROBLÉMATIQUE

Chapitre I
LA RURALITE COMME SITUATION SOCIALE

I. 1. La ruralité dans la problématique des sciences humaines et
dans les stratégies de développement
De nombreuses recherches et études de population font recours
à la ruralité, comme support d’investigation. Ces travaux, dans leur
grande majorité, d’orientation académique, relèvent des champs
sociologique, anthropologique, voire géographique. Une autre
perspective minoritaire, mais présente dans l’approche de la ruralité,
concerne la recherche finalisée, ayant une visée pratique et de
développement socio-économique. Les lire dans leur grande diversité
ne permet pas de saisir les idées qu’ils développent, les problèmes
qu’ils posent, ceux qu’ils laissent en suspens et les objectifs qu’ils
poursuivent dans leur faire. Aussi avons-nous choisi de les suivre dans
le cheminement global de leurs orientations et de leurs perspectives.
a) La ruralité dans la problématique des recherches
académique et universitaire de type monographique
De façon générale, lorsqu’on parle de la ruralité, on fait
systématiquement référence aux paysans, aux ruraux ainsi qu’au
métier qu’ils exercent, l’agriculture, le travail de la terre :
l’exploitation agricole.
Cette représentation oriente les activités, les pratiques et les
recherches quelle qu’en soit leur nature. Ainsi des courants de fondamentales ont espéré qu’en étudiant les activités
agricoles des paysans (M. Augé, 1970, 1979) et leurs créations
humaines (A. Deleuze, 1964) ils en viendraient à comprendre leurs
réactions et leurs comportements profonds. Dans cette même optique,
les travaux de géographie humaine et économique s’orientent vers une
description des modes culturales et des pratiques agricoles des
populations rurales (B. HOLAS, 1957). D’autres recherches, dans
cette même problématique décrivent la nature des propriétés et des
23
difficultés propres à la pratique de la profession d’agriculteur et
l’organisation de l’espace chez les paysans (DIAN Boni, 1967, 1982).
Dans une tout autre perspective, les recherches ethnologique et
sociologique, elles, s’intéressent à l’étude et à l’analyse des modes de
vie, des phénomènes religieux, des phénomènes sociopolitiques, des
liens de parenté, des mythologies, des croyances propres aux
populations d’une part, et d’autre part, à l’étude du changement
comme fait de société, les rituels, les systèmes symboliques et les
valeurs d’autre part. L’analyse de l’organisation des cultes et le
fondement de la cosmogonie d’une part, et l’approche des classes
d’âge, des filiations matrilinéaires, constituent les thèmes dominants
des travaux ethnologiques (D. PAULME, 1962 ; C. LURRUCA, 1970
Pierre ETIENNE, 1973). Les économistes ruraux, eux, analysent à
partir de cas particuliers, le passage du mode de production
traditionnel à un mode de production marchand (C. MEILLASSOUX,
1964, J. CHAPRON ; E. TERRAY, 1965). Dans cette perspective, le
discours anthropologique, économique et social développe une thèse
axée sur l’analyse des clivages internes sous un angle historique.
Dans la visée de cette même problématique, l’approche du
courant de la socio-économie rurale, de type agroéconomiste,
s’intéresse et s’interroge à partir de « l’analyse concrète de la
"situation concrète", sur l’avenir des populations rurales dans
l’environnement socio-économique national actuel, pour montrer en
définitive et avec fermeté, à la fois le "scepticisme du chercheur" et
"l’optimisme" innocent des officiels » (AFFOU Yapi, 1987 ; 1990 ;
1991).
La sociologie du développement s’inscrit dans cette
perspective critique (J. P. DOZON, J. P CHAUVEAU, 1985 ; 1991)
Parallèlement à cette recherche universitaire classique, se
développe tout un courant d’approche de la ruralité axé sur une
certaine conception du développement et de la ruralité comme objet
du discours institutionnel.
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b) La ruralité dans la perspective de la recherche de développement
et de transformation socioéconomique
Cette perspective apparaît comme le domaine d’action des
experts, des opérateurs de développement, des agences internationales,
gouvernementales, des instances politiques nationales et des
universitaires portés sur la recherche de développement. Voyons avec
J. P. CHAUVEAU les caractéristiques fondamentales de cette
perception de la ruralité et qui orientent cette approche : tant dans les
milieux académiques que dans les agences gouvernementales,
internationales ou non-gouvernementales, la thèse prévaut que le
développement rural passe d’abord par la lutte contre la pauvreté et
par la couverture des besoins fondamentaux, que ces objectifs ne
peuvent être atteints que dans l’exacte mesure où les populations et au
premier chef les agriculteurs sont associés à la définition des objectifs
et participent à la mise en œuvre des moyens adaptés à ces objectifs ;
qu’enfin une telle participation, doit impliquer prioritairement les
groupes ruraux numériques les plus représentatifs, mais
habituellement les moins représentés dans les structures de
développement. (CHAUVEAU, 1991 : 1). Après avoir montré
l’impact et le poids de ce développement institutionnel dans certaines
littératures (G. BELLONCLE, 1975 ; MEISTER, 1979 et dans les
stratégies de développement (UMA-LELE, 1979 ; CHAMBERS,
1990), l’auteur relève dans une approche qu’il qualifie de
socioanthropologique, l’histoire de ce courant, pour constater ensuite une
certaine récurrence et une permanence du thème de la ruralité dans la
stratégie des opérateurs du développement.
Il montre par ailleurs que cette perspective institutionnelle est
envisagée depuis toujours selon deux voies, deux stratégies :
- soit dans une politique de contrainte au prix d’une faible efficacité et
d’une réponse de dérobade de la part des paysans ;
- soit dans une politique d’association ou de participation des paysans.
Une analyse pointue de cette perspective institutionnelle
permet entre autres considérations de dire qu’elle destine la ruralité à
une grille de référence forgée dans une image dans laquelle elle veut
loger cette ruralité taillée à sa mesure et correspondant à sa vision
globale du monde.
25
Nous sommes dans ce créneau, renvoyés à une image de la
ruralité perçue comme une réalité imparfaite et dissonante qui
bloquerait une certaine représentation sociale attestée, et donc à
façonner par imposition dans un rapport autoritaire « maître-élève »,
propre à une certaine relation pédagogique, d’une part, et développant
en cela, l’image de « l’amitié du cheval et du cavalier », sous le rapport
« d’une politique d’association et de participation », d’autre part. Cette
représentation institue la ruralité comme un instrument et un outil de
production, de rendement et de richesse qu’il faut rentabiliser et
perfectionner pour la conformer aux exigences de la rationalité
supposée. Il résulte de cette situation, une violence à la fois cognitive et
politique dont l’analyse circonstanciée et sui generis n’est pas notre
propos, dans cette présentation théorique. Nous avons voulu mettre en
exergue ce que peut être une approche de la ruralité dans cette
perspective institutionnelle.
Ainsi, comme on peut le constater et de façon générale la
ruralité apparaît un champ d’investigation pluriel, tant pour les
sciences humaines que pour les opérateurs du développement avec des
motivations diverses à décrypter. De ce fait, son approche et son
analyse ne sauraient se faire dans la logique d’un champ de recherche
autonome. Les géographes qui analysent les rapports entre l’homme, le
milieu naturel et la distribution des phénomènes humains ont
commencé à se pencher sur la ruralité. L’économie rurale, comme
branche de l’économie nationale, étudie, elle, les structures
économiques liées aux activités des ruraux. L’histoire sociale qui
s’attache à un passé où l’agriculture était l’activité de la grande partie
des hommes, fait une large place à la description de la vie paysanne.
Les ethnologues étudient les structures archaïques dans lesquelles la
recherche ou la production de la nourriture occupent tous les hommes.
Les opérateurs du développement se fondent sur leur rationalité propre
et analysent la ruralité, comme support et moteur du développement
dans la perspective du changement socio-économique. Pourrait-on
envisager encore une place pour les représentations sociales dans ce
vaste domaine d’investigation ?
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1.2. L’approche psychosociale de la ruralité comme situation
sociale
Notre perspective part d’un constat et se développe autour d’une
idée simple. En effet, la plupart des études menées à partir de la ruralité,
et que nous venons de présenter, l’inscrivent dans un pôle où elle est
appréhendée en seconde personne, c’est-à-dire illustrée par l’analyse de
spécialistes à partir de discours « publics, des autres ». C’est le constat.
Notre approche « s’énonce clairement », et ce sera l’idée instituée, de la
manière suivante : envisager l’étude de la ruralité dans un rapport en
première personne, qui consiste dans l’analyse des systèmes
interprétatifs forgés dans le creuset de la subjectivité des ruraux
euxmêmes, à travers des discours contextualisés, à partir de leurs vécus, des
pratiques liées à leurs activités professionnelles, des conditions
concrètes de vie et de travail dont ils portent intensément témoignage.
Or jusqu’à présent tout se passe comme si la ruralité ne recouvrait rien
de précis, de spécifique et donne pour cette raison, lieu à des discours
sans prise nette avec le réel constitué. Il faut donc rompre avec cette
façon de voir et reformuler une problématique plus heuristique et plus
engageante de l’étude de la ruralité, comme un concept plus
dynamique qui entretient des relations conflictives avec le champ social
dans lequel elle se réfère et s’institue concrètement. En définitive, dans
notre perspective, la ruralité constitue une réalité, un réel qui comporte
des aspects ponctuant et activant son rapport à la société de référence.
Elle est à la fois et distinctement :
• D’abord un cadre de vie et une partition géographique, marqués
par une spécificité certaine, propre : une originalité structurée
par des modes de vie. Ainsi, elle symbolise des habitudes, des
modèles culturels, des valeurs, porteurs de croyances ancrées,
pétrifiées dans un champ socioculturel de référence identifiable.
• Ensuite, la couverture d’une catégorie socioprofessionnelle. De
la sorte, elle se présente comme un secteur d’activités
sociohumaines, un métier qui renvoie à des connotations spécifiques,
produites, introduites et véhiculées dans la formation
socioéconomique, et perçues et vécues comme telles. Cette
perception se développe et prend corps à travers un ordre
sociopolitique, aussi, identifiable. En quoi, la ruralité s’offre comme
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