La sécurité alimentaire mondiale

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La quête de la sécurité alimentaire est aussi vieille que l'humanité. Toutes les civilisations ont dû répondre au souci d'approvisionner les populations, au risque de conflits. Longtemps mesurée par la quantité, ce facteur a pris une dimension qualitative depuis les pandémies des années 1990, telle la crise de la vache folle. Ces 34 contributions s'efforcent de caractériser les paramètres politiques, institutionnels, économiques, sociaux et technologiques afin de poser un diagnostic à l'échelle mondiale par grandes filières agricoles et agroalimentaires.

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Ajouté le 15 septembre 2017
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EAN13 9782336797991
Langue Français
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Sous la direction de
Jean-Louis Rastoin et Christian Ferault





La sécurité alimentaire mondiale

État des lieux et prospectives




Préface de Patrick Caron,
Cirad, président du Groupe d’experts de haut niveau (HLPE)
du Comité des Nations Unies sur la Sécurité alimentaire mondiale (CSA)









© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

EAN Epbub : 978-2-336-79799-1A V E R T I S S E M E N T
Les auteurs des chapitres de cet ouvrage s’expriment à titre personnel et leurs propos
n’engagent ni leurs institutions, ni l’Académie d’agriculture de France.P R É F A C E
Le bilan des Objectifs du Millénaire met en évidence une bonne nouvelle : la
majorité des pays, 73 des 129 concernés, ont atteint les objectifs fixés pour combattre
la sous-nutrition chronique, en réduisant sa prévalence par deux en 25 ans ou en la
ramenant au-dessous du seuil de 5 %. De même, la prévalence au niveau mondial, qui
frappait 30 % de la population mondiale en 1930, est passée de 18,6 % en 1990-92 à
10,0 % en 2014-2016 selon les évaluations de la FAO. Mais que ces chiffres ne nous
réjouissent pas trop vite   ! Ces améliorations sont effectivement le fait des pays
émergents qui ont connu une croissance exceptionnelle pendant la période. Dans le
même temps, le nombre de personnes affectées est resté le même, environ 800
millions, et ce constat est d’autant plus désolant que l’humanité dispose aujourd’hui
d’aliments en quantité suffisante pour satisfaire les besoins de tous. C’est intolérable :
un enfant meurt toutes les 30 secondes des conséquences de la sous-nutrition. Et
dans le même temps, les carences en micronutriments d’un côté, affectant aujourd’hui
2 milliards de personnes, le surpoids et l’obésité de l’autre, concernant 1,4 milliard, ont
pris une importance considérable et leur expansion, extrêmement rapide et
préoccupante, en font des problèmes majeurs de santé publique. Que la question de la
sécurité alimentaire et nutritionnelle reste l’un des thèmes premiers de l’agenda
international n’a donc rien de surprenant. Que l’un des 17 Objectifs du Développement
durable soit consacré au triple fardeau imposé par cette question hautement prioritaire
ne doit faire l’objet d’aucun doute.
Cet ouvrage est donc bienvenu. Saluons à cet égard l’initiative prise par l’Académie
d’agriculture de France. Parce que le problème reste entier, mais surtout parce qu’il se
déplace et change de nature. À l’instar de l’Agenda 2030 adopté à New York en
septembre 2015, il revêt aujourd’hui une nature globale et n’est plus uniquement une
question du Sud. Il suffit, s’il en était besoin, de flâner dans le métro parisien pour s’en
convaincre. Le Comité de la sécurité alimentaire ne s’y était pas trompé en affirmant
juste avant la fin du dernier millénaire qu’il ne s’agissait plus uniquement de garantir au
niveau global les apports énergétiques de l’humanité, et que le défi recouvrait de
nombreuses dimensions liées à l’accès, à la stabilité dans le temps, au lien entre diète
et santé, et ce pour chaque individu.
L’initiative de cet ouvrage est opportune, en ce qu’elle s’attache à revoir et actualiser
les images anciennes, parfois dépassées. A commencer par détricoter les destins
intimement liés de l’agriculture et de l’alimentation. Ceci est d’autant plus nécessaire
que nous ne parvenons pas, presque logiquement, à nous défaire du regard porté sur
eces liens au cours du XX siècle. Si d’énormes progrès ont été réalisés en matière de
production et de productivité agricoles en moins d’un siècle, permettant fort
heureusement de déjouer les projections et prédictions malthusiennes, il convient
aujourd’hui de reformuler la question à traiter. Il ne s’agit plus de dire comment
alimenter une population croissante, alors que nous savons par ailleurs que le croît
démographique n’est plus, sauf en Afrique sub-saharienne, le moteur premier de
transformation des systèmes alimentaires. L’enjeu est plutôt de définir et mettre en
œuvre les trajectoires et modalités permettant d’alimenter la planète en tenant compte
de leurs conséquences. En effet, il nous faudra, pour alimenter le monde et chacun de
manière saine et durable, prendre soin des ressources renouvelables, atténuer les
changements climatiques, générer emplois et revenus, renouer avec la fonction
énergétique assignée à l’agriculture après l’exception historique d’une productionquasi-exclusivement dédiée à l’alimentation, et ce dans un contexte de perturbations
politiques et de retour du protectionnisme, de perturbations environnementales,
d’intenses transitions alimentaires et nutritionnelles liées à un processus d’urbanisation
violent, de risques climatiques, sanitaires et énergétiques. Il était logique, alors que
l’humanité vient de passer d’un à sept milliards d’individus en deux siècles, de nous
ecentrer ainsi au XX siècle sur la capacité de production de l’agriculture pour que cette
dernière surpasse un croît démographique inédit. Les révolutions qu’elle a connues ont
en partie limité famines et guerres catastrophiques. Quitte à en oublier le reste. Elles
ont dans le même temps généré une empreinte environnementale et sociale posant
question. Et c’est aujourd’hui aux systèmes alimentaires dans leur globalité, compris
comme l’ensemble des acteurs, institutions et interactions impliqués dans
l’alimentation d’une population, comme dans leur diversité et leur pluralité qu’il faut
s’intéresser. En repositionnant l’agriculture dans les mouvements en cours comme
dans ceux à inventer, et en revisitant la place de la ville tant celle-ci est déterminante
et fait peur par sa capacité à innover.
Réintégrer dans l’analyse comme dans l’action la prise en compte des
conséquences environnementales des modes de production ou encore de la
concentration liée à l’industrialisation de l’agriculture ne sera pas chose facile. Ceci
nous amène, comme le montre l’ouvrage, à nous réoutiller : nouveaux regards,
nouveaux paradigmes comme nous y invite Jean-Louis Rastoin, nouveaux concepts et
outils. Il est à cet égard intéressant de constater, et l’ouvrage le montre fort bien,
comment contextes et concepts évoluent concomitamment, au gré des oscillations
entre oublis et crises, et comment se met en place, progressivement et parfois trop
timidement, une gouvernance mondiale des systèmes alimentaires. Il est fondamental
que l’ensemble des disciplines scientifiques y contribuent ; il l’est tout autant d’adosser
et construire ces avancées à partir d’une confrontation de points de vue et d’expertises
multiples, et parfois contradictoires, à l’exemple de la controverse concernant le
« produire plus ». Sur ce point également, l’ouvrage nous montre la voie.
Produire de nouvelles images représente une noble et ardente obligation de la
science en ces temps d’intenses mutations. Savoir d’où l’on vient et comment nous
projeter est essentiel. Nous inscrire dans l’histoire tout en en modifiant le cours, en
réconciliant les temps passés, présents et futurs, n’est-ce pas là l’essence même du
développement durable   ? Mais il faut pour cela nous défaire des lunettes anciennes,
capter les signaux et ajuster nos regards et visions. Et peut être quelque peu échapper
à l’aphorisme d’Auguste Comte rappelé par Jean-Louis Rastoin dans cet ouvrage :
« Savoir pour prévoir afin de pouvoir » ; le futur est aussi rupture, comme le montrent
les éclairages prospectifs présentés ici et il nous appartiendra d’imaginer et inventer
ces futurs possibles. Il nous appartiendra également d’écrire une route qui ne peut se
dessiner uniquement par projection, mais que les contributions rassemblées dans cet
ouvrage permettent d’éclairer.
A cet égard, l’innovation, en affirmant l’enchâssement de ses différentes
dimensions, techniques comme organisationnelles, représente un enjeu majeur. En se
fondant sur la proximité entre acteurs, producteurs et consommateurs, sur les
solidarités et apprentissages qui en résultent, sur la spécificité de chaque contexte et
situation, l’échelle infra-étatique territoriale est essentielle. Elle peut et doit contribuer
au renforcement des capacités et aux démocraties. Elle est ainsi appelée à participer
aux changements que nous appelons de nos vœux, dans chaque situation comme à
l’échelle globale. Mais elle ne saurait être suffisante, y compris s’il s’agissait de
succomber à l’illusion de reproduire des expériences locales et territorialesprometteuses. À l’instar des rapports du Panel d’experts de haut niveau (HLPE) du
Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), l’ouvrage illustre combien le
changement nécessite l’agencement d’initiatives locales, de politiques publiques
nationales dépassant les strictes approches sectorielles et facilitant la co-existence de
systèmes alimentaires pluriels, et de cadres internationaux faits de conventions et
d’accords impliquant institutions gouvernementales et ONG, et permettant cohérence
et arbitrage.
Les chapitres de cet ouvrage illustrent de manière originale l’ensemble de ces points
et enjeux, et il faut en remercier les auteurs, de disciplines scientifiques, d’expertises et
d’institutions variées. Gageons que ces contributions nous permettent, chacun à notre
place, de dessiner, si possible ensemble, un futur durable.
Patrick Caron
A V A N T - P R O P O S
L’Académie d’agriculture de France, lointaine héritière de la Société d’agriculture de
la Généralité de Paris, fondée en 1761 par Louis XV, réunit, depuis cette époque, les
scientifiques et autres acteurs les plus éminents dans les domaines de l’agriculture, de
l’alimentation et de l’environnement. Elle constitue un creuset de disciplines multiples
au sein duquel sont confrontées les idées, notamment par ses séances publiques
hebdomadaires.
Ses 300 membres français et 120 d’autres nationalités, originaires d’une
cinquantaine de pays, sont répartis en dix sections régulièrement réunies.
L’objet de cette Académie peut être résumé par le triptyque :
– réfléchir sur les progrès dans ses domaines de compétence,
– expliquer les enjeux techniques, économiques, sociaux et environnementaux,
– éclairer la société et les décideurs par des avis, rapports, revues, synthèses et
ouvrages.

La Compagnie œuvre de plus en plus v i a des groupes de travail transversaux
associant des membres de ses différentes sections et des personnalités extérieures,
compétents et désireux de réfléchir et proposer sur des préoccupations majeures de la
société. Ces groupes, au nombre d’une vingtaine actuellement, ont généralement une
période d’existence limitée, bornée par l’achèvement de leurs travaux et la production
d’un rapport ou d’un livre.
Il en a été ainsi du thème « Agriculture, filières et sécurité alimentaire ». Le groupe
de travail éponyme, animé par Jean-Louis Rastoin a démarré ses travaux fin 2013,
avec 31 membres de l’Académie appartenant à huit de ses sections (cf. liste en fin
d’ouvrage) et une dizaine d’autres spécialistes reconnus. Les travaux de ce groupe se
sont inscrits dans le cadre qui suit.
Le contexte d’insécurité alimentaire croissante dans de nombreux pays du monde et
à l’échelle internationale suscite de nombreuses questions d’ordre technique,
économique, social, politique et éthique, à la fois dans la communauté scientifique,
dans la société civile et pour les décideurs. L’objectif est, en conséquence, d’identifier
et de hiérarchiser ces questions, d’examiner les réponses proposées par les experts et
de formuler des suggestions sur les grandes orientations à donner à l’action publique
afin d’aller vers plus de sécurité alimentaire en France, en Europe et dans le monde.
Il a d’abord été décidé des thématiques pertinentes pour traiter de ces problèmes
complexes : les concepts, la dynamique de la consommation, la production agricole et
les filières agroalimentaires, la gouvernance, la régulation des marchés et les modèles
de prospective.
Au début de la réflexion, les participants ont pu préciser la problématique et la
méthode de travail selon quelques points forts :
– la sécurité alimentaire est un concept évolutif au fil des doctrines et des politiques.
Actuellement, on doit s’intéresser à la fois à la demande solvable et insolvable, ce
qui met au centre des échanges les questions de pauvreté et de répartition de la
nourriture disponible, et donc l’application du « droit à l’alimentation » inscrit dans
la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, en notant que les deux tiers des
« affamés » sont des paysans ou des ruraux   ;
– cette sécurité dépend des évolutions de la consommation alimentaire :composition de la ration, comportement des consommateurs et gaspillage,
croissance économique, démographique et urbaine   ;
– les modèles de production afin d’assurer la sécurité alimentaire doivent évoluer
pour prendre en compte des facteurs de plus en plus contraignants : changement
climatique, pression foncière, évolution technologique, financement, structures
productives et évolution des filières   ;
– le rôle des politiques publiques est devenu déterminant. Or elles sont souvent
insuffisantes au plan national, parfois ambiguës ou reposant sur des intérêts
divergents au niveau international. Il n’y a pas de consensus intergouvernemental
pour une lutte efficace contre l’insécurité alimentaire   ;
– l’échelle de gouvernance est importante à considérer : nationale et régionale,
prépondérante, internationale avec ses conflits d’intérêts et ses visions variées,
mais aussi locale, par les systèmes alimentaires territorialisés.

Le groupe s’est réuni autant que nécessaire permettant d’écouter puis de discuter
d’interventions soigneusement préparées sur des thèmes dont l’ensemble forme le
projet.
Chaque audition a donné lieu à une note de synthèse incluant les questions,
observations, interrogations et remarques des participants.
L’Académie a ensuite tenu deux de ses séances hebdomadaires publiques sur ce
thème, les 22 janvier 2014 et 7 octobre 2015.
Les auditions et échanges au sein du groupe ont ensuite conduit à élaborer un
ouvrage en cinq parties. Un soin tout particulier a été mis dans la recherche du
consensus entre les participants afin d’aboutir à une production très actuelle et reflet
des connaissances et des questions posées aux différents niveaux d’approche. Un
fonctionnement itératif a permis d’aboutir à ce résultat.
D’où ce livre établi selon le plan suivant :
– Besoins, attentes et comportements des consommateurs,
– Prospectives des filières agroalimentaires,
– Innovations techniques et organisationnelles,
– Institutions et gouvernance,
– Politiques publiques, société civile, science et sécurité alimentaire.

Il est destiné aux décideurs publics et privés, à la sphère académique et aux
étudiants concernés, mais également à toute personne soucieuse de trouver, sous un
volume réduit, des éléments de réponse aux questions que chacun peut se poser sur
un sujet aussi capital pour le futur de l’humanité.
Christian FeraultINTRODUCTION
La sécurité alimentaire : concepts et enjeux
Jean-Louis Rastoin

La sécurité alimentaire est un concept apparu dans les années 1970 pour
caractériser une démarche de lutte contre un déficit calorique et un état de faim. Il a
par la suite évolué dans les années 1990, à la suite de plusieurs crises sanitaires
survenues en Europe, vers une approche qualitative — notamment nutritionnelle —
pour enfin intégrer au tournant des années 2000, des critères de durabilité. Aujourd’hui,
on utilise fréquemment le terme d’insécurité alimentaire, car il traduit mieux la situation
mondiale, avec plus de 40 % de la population frappée par une forme ou une autre de
malnutrition. L’objectif d’une sécurité alimentaire durable constitue donc l’un des
eenjeux majeurs du XXI siècle.
11. LA LONGUE QUÊTE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
La question de la faim et des famines – et donc de l’insécurité alimentaire
« classique » – est une question aussi vieille que l’Homo sapiens, car liée aux
ressources biologiques naturelles puis artificialisées avec l’apparition de l’agriculture
au néolithique il y a plus de 10 000 ans, ces ressources étant elles-mêmes
dépendantes de conditions agroclimatiques. Cependant, les spécialistes attribuent
beaucoup plus les famines à des causes anthropologiques (principalement politiques
et militaires) qu’à des catastrophes naturelles.
Famines et maladies d’origine alimentaire
Pendant des siècles, un difficile équilibre entre la population et les ressources
alimentaires a été recherché. Souvent rompu, il a conduit à d’épouvantables famines,
dont les plus récentes ont concerné certains pays d’Afrique ou d’Asie. Contrairement à
eune opinion largement répandue, inspirée par le positivisme comtien, le XX siècle a
causé bien plus de ravages par la famine que tous les siècles qui l’ont précédé. Un
spécialiste de l’université du Sussex, S. Devereux, estime à plus de 75 millions le
enombre de morts de faim entre 1903 et 1998, contre 2 millions au XVII , 10 millions au
e eXVIII et 25 millions au XIX (dont plus d’un million de personnes en Irlande entre 1845
et 1850). Cette évolution correspond à une aggravation dans le temps de la mortalité
e 2par famine jusqu’au milieu du XX siècle , avec un facteur de progression de 37 fois
e eentre le XVII et le XX siècle, alors que la population n’a été multipliée que par 8 dans
le même temps. Sur les 32 famines de grande ampleur recensées au siècle dernier, 11
sont imputables à des catastrophes naturelles (sécheresses dans 9 cas, inondation et
tremblement de terre dans 1 cas) et 21 à des causes humaines (conflits armés parfois
aggravés par des sécheresses et politiques gouvernementales) (Devereux, 2002). On
relève en particulier les génocides par la faim perpétrés par Staline en Ukraine (7 à 8
millions de morts entre 1932 et 1934), Mao Tsé-Toung en Chine (30 à 33 millions de
morts, lors du « grand bond en avant » de 1958-62) et Pol Pot au Cambodge (1,5 à 2
millions de morts en 1979).
Au total, la folie des dictatures s’est révélée bien plus meurtrière que les élémentspuisque les ¾ des victimes ont été privées de nourriture du fait de déplacements
massifs de populations ou de guerres. Nous sommes alors sur le registre de décisions
totalement exogènes au système alimentaire qui ne peuvent qu’inspirer l’appel à la
raison et à la sagesse, mais qui posent néanmoins le problème de l’acheminement de
nourriture en situation de crise et de l’aide alimentaire.
Dans les années 1950, la sous-alimentation – entendue comme un déficit calorique
produisant la sensation de faim – faisait des ravages et concernait environ le tiers de
l’humanité, principalement dans les pays du Sud. Josué de Castro, géographe brésilien
et figure emblématique des organisations internationales, décrivait une « géopolitique
de la faim », liée à la pauvreté, et frappant principalement les zones rurales (de Castro,
1951). En ces temps de bipartition politique et idéologique du monde et de guerre
froide, le souhait des pays « non-alignés » était de s’affranchir des importations en
provenance des pays du Nord en développant leurs agricultures. Les fondements de
cette conception de la sécurité alimentaire sont cependant plus anciens et plus larges,
ils remontent à la Conférence internationale de Hot Springs (États-Unis), en 1943, au
cours de laquelle l’ambition des gouvernements présents était de « mettre l’humanité à
l’abri du besoin alimentaire » qui devait conduire à la création de la FAO en 1945 et à
une mention, dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 du droit à
l’alimentation : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa
santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation… » (article
25).
Les Nations unies se sont, dans cette perspective, dotées d’un rapporteur spécial
pour le droit à l’alimentation (Jean Ziegler, puis Olivier De Schutter). La création du
3World Food Council en 1974 lors de la première Conférence mondiale de
l’alimentation à Rome s’inscrit encore dans cette optique « quantitative » de la sécurité
alimentaire. Le tournant « qualitatif » est pris lors de la Seconde conférence mondiale
de l’alimentation à Rome en 1996, avec une définition de la sécurité alimentaire proche
de celle du CSA (cf. infra).
Les crises sanitaires d’origine alimentaire, liées à des problèmes bactériologiques
(toxicité) remontent également loin dans le temps : que l’on songe, par exemple au
« mal des ardents » ou ergotisme dû à une mycotoxine parasite du seigle qui aurait tué
en l’an 994 plus de 40  000 personnes en France, et causé de nombreux morts depuis
ele Moyen-Age jusqu’au milieu du XX siècle (Delaigue, 2002). Ces crises de la qualité
de nos aliments ont été fortement médiatisées depuis 1995, date de l’encéphalopathie
spongiforme bovine (ESB) et ont impulsé à cette date l’émergence de la notion de
« sûreté alimentaire en Europe et dans les pays riches », puis abouti à l’élargissement
de la définition première de la sécurité alimentaire traitée ci-dessus. La montée des
maladies de l’excès alimentaire, et notamment de l’obésité, justifie ainsi une nouvelle
approche dite de « sécurité alimentaire et nutritionnelle » aujourd’hui promue par les
agences spécialisées des Nations unies : FAO (Agriculture), OMS (Santé) et Unicef
(Enfance).
4Une conception évolutive de la sécurité alimentaire
Selon ces organisations inter-gouvernementales : « La sécurité alimentaire et
nutritionnelle existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès
physique, social et économique à une nourriture saine dont la quantité consommée et
la qualité sont suffisantes pour satisfaire les besoins énergétiques et les préférences
alimentaires des personnes, et dont les bienfaits sont renforcés par un environnementdans lequel l’assainissement, les services de santé et les pratiques de soins sont
adéquats, le tout permettant une vie saine et active. » (CSA, 2012).
Dans cette définition, l’accent est mis sur deux points importants : la santé et la
culture. La santé est de nature psycho-somatique, avec la référence à la non-toxicité
bactériologique, chimique ou physique des aliments, et à l’équilibre des diètes, d’une
part, et à l’impact psychique de l’acte alimentaire, d’autre part. Ceci soulève la question
de comportements de consommation (commensalité et convivialité des repas).
L’aspect culturel de l’alimentation concerne la manière de s’alimenter, toujours héritée
d’une longue histoire (Malassis, 1997).
Il manque toutefois dans la définition du CSA une dimension importante si l’on se
place dans une optique de développement durable « global » : la façon de produire les
aliments. En effet, le mode de production et de commercialisation des produits
agricoles et alimentaires influence profondément la consommation et peut être
générateur d’externalités négatives irréversibles ou faiblement réversibles sur la santé
publique, l’environnement et l’emploi et ne pas être équitable au sens d’une
gouvernance participative et d’un juste partage de la valeur créée entre les acteurs du
5système alimentaire . Toutes les civilisations sont fondées – ou font une large place –
sur la production et la consommation des aliments : « l’alimentation embrasse tout
entière l’histoire de l’humanité » comme l’a très justement indiqué Massimo Montanari
de l’université de Bologne (Montanari, 1995).
En conséquence, le concept de sécurité alimentaire tel que proposé par le CSA doit
nécessairement être élargi à tous les critères du développement durable : équité
(alimentation de qualité pour tous et partage de la valeur créée dans les filières de
production), gestion patrimoniale des ressources naturelles (système productif
respectant l’environnement au sens large, y compris les paysages), efficience
économique, co-décision inter-acteurs. Comme d’autre part, le terme de sécurité
alimentaire et nutritionnelle est à la fois redondant (la qualité nutritionnelle est une
condition nécessaire et non suffisante de la sécurité alimentaire) et restrictif (la nutrition
n’est pas et ne doit pas être le seul garant de la qualité alimentaire : les qualités
organoleptiques et culturelles des aliments sont tout aussi importantes du point de vue
socio-anthropologique et biologique), nous proposons, sur la base des définitions de la
FAO, puis du CSA, la formulation suivante :
« La sécurité alimentaire est une situation caractérisée par une possibilité d’accès
physique, social et économique, à tout moment, de tous les êtres humains –
considérés individuellement et collectivement – à une nourriture saine dont la quantité
consommée et la qualité sont adéquates pour satisfaire les besoins biologiques et les
préférences alimentaires et culturelles de chacun dans un objectif de bonne santé. La
sécurité alimentaire implique que l’ensemble du système alimentaire doit être en
mesure de satisfaire aux critères d’un développement durable ».
Il en résulte que la sécurité alimentaire suppose réunies un certain nombre de
conditions : la disponibilité des aliments (assurée par la production locale et, le cas
échéant, par des importations) ; la diversité et la qualité (nutritionnelle, organoleptique
et culturelle) des produits ; l’accès aux aliments (physique, économique et social) ; le
choix et l’utilisation raisonnée des produits (information claire et niveau suffisant de
formation des consommateurs, conditions hygiéniques de consommation) ; la présence
d’un dispositif de soins adapté aux maladies d’origine alimentaire ; des modes de
production et de commercialisation des aliments conformes aux critères du
développement durable (Rastoin, 2013).Insécurité alimentaire en Méditerranée
Dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée (PSEM), on peut parler
d’une triple insécurité alimentaire, en termes de santé du consommateur, de
dépendance extérieure et de fragilité et instabilité du système productif. La
sousalimentation y est relativement réduite, mais stagnante. On observe en revanche
une prévalence élevée de certaines de ces maladies, dont l’obésité, le diabète, les
affections cardio-vasculaires. Les pays du Maghreb et l’Égypte affichent une
dépendance croissante des marchés extérieurs pour leur alimentation (plus de 70
milliards de dollars d’importations en 2015), en particulier en céréales et
oléoprotéagineux qui constituent la base de leur diète. Cette dépendance creuse
les déficits publics tant au niveau de la balance commerciale que du budget. Les
récentes révolutions dans la région ont pointé la question lancinante du
sousdéveloppement rural. Dans lesquelles l’avenir est handicapé par la montée de
nouvelles contraintes : épuisement des ressources en eau, dégradation des sols,
pression foncière accrue, chômage de masse, changement climatique, etc.
L’enjeu d’une sécurité alimentaire durable est central et invite à définir rapidement
de nouvelles politiques alimentaire et agricole. La région méditerranéenne
possède deux atouts exceptionnels pour construire une sécurité alimentaire
partagée : une communauté culturelle et naturelle autour de sa diète alimentaire
reconnue par les nutritionnistes du monde entier et un espace euro-méditerranéen
géostratégique de proximité (Rastoin, 2015).
2. LE LOURD BILAN DE L’INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE MONDIALE
Environ 3 milliards de personnes sur les 7,4 que compte aujourd’hui notre planète,
soit 40 %, souffrent de malnutrition par défaut ou par excès : c’est le constat d’un
échec de grande ampleur.
Déficits et excès alimentaires
Le déficit alimentaire concerne un apport calorique ou en micronutriments
insuffisant. En moyenne, il faut apporter 2200 kcal par jour pour satisfaire aux besoins
physiologiques du corps humain. En dessous apparaissent la sensation de faim, puis
la sous-alimentation pouvant aboutir à la mort. La FAO chiffrait en 2014-2016 le
nombre de sous-alimentés chroniques dans le monde à 793 millions (11 % de la
population mondiale), dont l’écrasante majorité (778 millions) dans les pays en voie de
développement (13 % de leur population) (FAO et al., 2015). L’essor des pays
émergents – qui sont parvenus à faire reculer de manière importante la pauvreté chez
eux – a permis de diminuer en valeur absolue de plus de 200 millions de personnes le
nombre de sous-alimentés depuis le début des années 1990. Seule l’Afrique
subsaharienne voit encore ce nombre augmenter (230 millions en 2015 contre 210 en
2000), du fait de sa démographie et de sa difficulté à diffuser sa croissance
économique vers les catégories les plus pauvres de sa population. Même en Asie, le
nombre des sous-alimentés est encore de 512 millions, malgré une diminution de 230
millions depuis 1990. La question de la faim dans le monde demeure en conséquence
critique. L’insuffisance alimentaire qui caractérise une ration énergétique trop faible par
rapport aux besoins physiques pour mener une vie saine, touche plus de 1,2 milliard
d’individus en 2015, soit 17 % de la population mondiale.
Mais il existe une autre forme de carence alimentaire : l’insuffisance en vitamines et
oligo-éléments (dont principalement les acides aminés essentiels, le fer et l’iode) quitoucherait deux milliards de personnes, dont les sous-alimentés.
D’un autre côté, les maladies d’origine alimentaire (principalement obésité,
pathologies cardio-vasculaires, diabète, certains cancers) ont considérablement
progressé dans les dernières décennies (de manière foudroyante si l’on se situe à
l’échelle historique) et touchent plus d’un milliard de personnes. Les statistiques de
l’OMS montrent que près de la moitié de la mortalité mondiale serait imputable
directement ou indirectement à des maladies d’origine alimentaire. On est donc en
présence d’un phénomène de santé publique majeur, avec d’énormes impacts
socioéconomiques et une interrogation d’éthique sociétale très préoccupante.
Des modes de production peu durables
L’insécurité alimentaire peut aussi s’évaluer à travers d’autres externalités négatives
dans les processus de production et de consommation alimentaire par prélèvement sur
des ressources naturelles souvent non renouvelables, nuisances environnementales et
gaspillage.
Selon l’UNESCO, 70 % de l’eau utilisée dans le monde sont consacrés à l’irrigation,
20 % à l’industrie et 10 % à l’approvisionnement en eau potable (UNESCO, 2008).
L’agriculture est donc de loin le premier utilisateur d’eau. Les spécialistes estiment qu’il
6faut, au Proche-Orient , 15 000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande bovine, 6 000
l pour 1 kg de viande de volaille, 1 500 l pour 1 kg de céréales ou de légumineuses, 1
000 l pour 1 kg d’agrumes (FAO, 1997). Dans le cas d’exportation de produits
agricoles, on parle d’eau virtuelle pour caractériser ce détournement d’eau nationale
pour satisfaire un marché étranger, ce qui pose la question de l’orientation productive :
vaut-il mieux – toutes choses égales par ailleurs – exporter des tomates marocaines en
Europe et importer du blé français au Maroc ou produire plus de tomates en Europe et
plus de blé au Maroc ?
Le système alimentaire est également énergétivore : si, en France, moins de 3 % de
la consommation énergétique totale est imputable à l’agriculture, en cumulant les
secteurs de l’agrofourniture, de l’industrie agroalimentaire, des emballages et de la
logistique, c’est près du quart de l’énergie totale qui est utilisée pour produire,
7commercialiser et cuisiner nos aliments .
Les pollutions de toute nature imputables au système alimentaire sont importantes,
notamment en raison des produits chimiques et pharmaceutiques abondamment
utilisés en agriculture. Ces nuisances s’ajoutent à l’émission de gaz à effet de serre :
20 % sont imputables en France à l’agriculture et au moins autant à la fabrication
8industrielle, aux transports et à la préparation des aliments .
Le système alimentaire est peu efficient si l’on considère le niveau élevé de pertes
entre le champ de l’agriculteur et le lieu de vente, et de gaspillage entre le point d’achat
et la consommation réelle. Les pertes sont estimées. Au total, ce seraient 1,3 milliard
de tonnes de nourriture qui seraient perdues, soit le tiers de la production alimentaire
mondiale (environ 100 kg/habitant/an dans les pays à haut revenu et 10 fois moins
dans les pays pauvres). C’est au niveau final de la chaîne alimentaire et dans les pays
riches que le gaspillage est le plus important : le quart de la nourriture achetée y serait
jeté (Gustavsson et al., 2012).
L’insécurité alimentaire s’explique donc à la fois par les modèles de production et de
consommation. Le diagnostic rapide qui vient d’en être fait montre que les deux
systèmes alimentaires qui sont les plus répandus dans le monde : le système
agroindustriel qui est aujourd’hui majoritaire puisqu’il concerne près de 60 % de lapopulation mondiale et le système traditionnel d’autosubsistance familiale ou
villageoise, ne sont pas satisfaisants dans une optique de développement durable. En
même temps, le diagnostic suggère des pistes d’action qui sont à l’œuvre, mais ne
parviendront probablement pas à une amélioration substantielle de la sécurité
alimentaire.
Le défi qui est posé à l’humanité à l’horizon de deux générations (2050) est ainsi de
nourrir « durablement » près de 10 milliards de personnes, dont 3,3 milliards dans les
mégalopoles de plus d’un million d’habitants et les 2/3 en milieu rural, rurbain et dans
des villes de taille petite à moyenne. Dans ce contexte, la diversité, la proximité et la
gouvernance des systèmes alimentaires constituent des leviers décisifs pour sortir de
l’insécurité alimentaire.
3. LES CAUSES DE L’INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE
De nombreuses études mettent en avant la pauvreté comme première cause
d’insécurité alimentaire (par exemple Smith et al., 2000, INS et CRES, 2013). L’accès à
la nourriture est conditionné en premier lieu par sa disponibilité et, dans le cas où cette
disponibilité existe, par la capacité d’acquisition des ménages. Cette capacité est
d’autant plus limitée que les revenus sont faibles. La première loi d’Engel stipule que
plus les revenus sont bas, plus les débours consacrés à l’alimentation sont élevés
(dans les pays les moins avancés économiquement, les dépenses alimentaires
absorbent plus de la moitié des dépenses totales des ménages). Dans ces conditions,
on comprend que les ménages les plus pauvres sont aussi les plus touchés par
l’insécurité alimentaire aussi bien quantitative que qualitative. Les classes sociales
défavorisées sont également les plus vulnérables à la hausse des prix des aliments de
base, comme on a pu l’observer lors de la crise des marchés de 2007-2008.
La globalisation fait que les modèles de consommation locaux sont érodés et que
les produits traditionnels qui les forment disparaissent des filières locales de
production, entraînant des cessations d’activités en milieu rural et donc une
amplification de la pauvreté. Simultanément, les importations alimentaires vont
s’accroître, avec une instabilité des prix transmise par les marchés internationaux. En
outre, du fait de la concentration urbaine, on observe l’apparition de zones mal
desservies par les canaux de distribution, créant des « déserts alimentaires », sans
production ni commerce, rendant difficile un accès physique à la nourriture et créant
une précarité alimentaire. Ce phénomène est observable aussi bien dans les pays
pauvres que dans les pays riches. L’inadéquation de systèmes alimentaires aux
besoins des populations est ainsi une seconde cause de l’insécurité alimentaire.
Une troisième cause résulte de l’insuffisance de l’éducation alimentaire des
consommateurs, du déficit d’information sur les produits ou des dérives induites par un
marketing peu responsable, enfin des lacunes des dispositifs de contrôle de la qualité
des aliments et de sanction des fraudes.
Une quatrième cause concerne le manque de prévention des maladies infectieuses
et chroniques d’origine alimentaire ou la faible priorité accordée à leur guérison, qui se
traduisent d’abord au niveau de la faible place accordée à l’alimentation dans les
formations des professionnels de la santé, puis à celui des investissements dans les
infrastructures sanitaires spécialisées.
La cinquième cause identifiable de l’insécurité alimentaire tient à l’incomplétude, au
manque de coordination ou à l’absence des politiques publiques dans le domaine
alimentaire. Ainsi, l’alimentation constitue rarement un département ministériel à part
entière. Elle relève généralement de plusieurs administrations – agriculture, industrie,commerce et artisanat, santé, économie et finances – ayant chacune leur culture, leur
logique d’action et leur budget. Il s’ensuit le plus souvent une cacophonie
bureaucratique peu propice à l’émergence ou à la consolidation d’une sécurité
alimentaire nationale. Ce phénomène est amplifié à l’échelon des organisations
intergouvernementales.
Nommer ces causes de l’insécurité alimentaire, c’est suggérer des pistes d’action :
lutter contre la pauvreté (qui figure par ailleurs au premier rang des objectifs du
développement durable des Nations unies à l’horizon 2030), mettre en place de
véritables politiques alimentaires nationales et internationales incluant des volets
dédiés à la qualité et à l’environnement sanitaire, substituer des modèles de production
et de consommation alimentaires fondés non plus sur la globalisation, mais sur la
territorialisation.
CONCLUSION : VERS UN CHANGEMENT DE PARADIGME ?
Le monde a accompli d’immenses progrès depuis la révolution industrielle, qui s’est
accompagnée d’une révolution sociétale, et ces progrès se répandent lentement dans
l’ensemble de la planète. Il traverse aujourd’hui une crise de grande ampleur, mais il
ne faut pas sombrer dans un pessimisme attentiste. Le terme de crise vient du grec
krisis qui signifie à la fois moment périlleux et décision. La crise doit donc déboucher
sur un nouveau paradigme qui pourrait s’inspirer du concept de développement
durable fondé sur des valeurs multiples : éthique, équité, environnement, économie et
gouvernance participative.
Dans le système alimentaire, il s’agit d’assurer la transition entre un modèle
agroindustriel globalisé et un modèle de proximité territorialisé privilégiant la qualité
organoleptique et culturelle des produits, restaurant le rôle social de l’alimentation et
rapprochant les entreprises dans les filières. Un tel système suppose plus de RSG
(responsabilité sociale globale), plus de RSE (responsabilité sociale d’entreprise), plus
de transparence, plus d’innovation et surtout plus d’éducation alimentaire de la
maternelle à l’université du troisième âge.
Pour conclure, on peut convoquer le philosophe Auguste Comte dont l’aphorisme
« Savoir pour prévoir afin de pouvoir » (1844), nous suggère que toute recherche à
ambition de praxis doit mobiliser savoirs tacites et savoirs codifiés dans une approche
pluridisciplinaire et holiste guidée par des valeurs humanistes.
Finalement, ce qui a été mis en évidence pour l’une des fonctions essentielles des
sociétés humaines, l’alimentation, pourrait fort bien s’appliquer aux autres domaines :
se loger, se soigner, s’éduquer, se distraire…
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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trad. française, 1952, Géopolitique de la faim, Économie et Humanisme, Les
Éditions ouvrières, Paris.
CSA, 2012. S’entendre sur la terminologie, Sécurité alimentaire, Sécurité nutritionnelle,
Sécurité alimentaire et nutrition, Sécurité alimentaire et nutritionnelle, Comité de la
esécurité alimentaire mondiale, 39 session, Point V. a,, CFS 2012/39/4, Rome : 17
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Delaigue, 2002. Le Feu Saint-Antoine et l’étonnante intoxication ergotée. Contribution à
l’étude du mal des ardents et de l’ergotisme, Éd. Armine-Ediculture, 2002.
Devereux S., 2002. Famine in the Twentieth Century, IDS Working Paper, n ° 105,