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La tortue chez les bafia du Cameroun

De
224 pages
Cet essai en quatre volets présente le cycle de la tortue : Le premier est une étude des rôles du personnage de la tortue dans les contes. Le second fait le portrait de la tortue, qui se distingue non seulement par son intelligence et sa sagesse mais par ses qualités de pédagogue et d'ancêtre qui en font un être sacré et un totem. La troisième partie étudie l'évolution de son image et de son mythe dans la société bafia en pleine mutation et la dernière partie en dégage la signification aux plans psychologique et philosophique.
Voir plus Voir moins

LatortuechezlesBafiaduCamerounf
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Problématiquesafricaines
CollectiondirigéeparLucienAYISSI
Il s’agit de promouvoirlapensé relativeaudevenir éthique et politique de l’Afrique
dans un monde dontonproclamed plus en plus la in de l’histoire et de la géographie.
L’enjeuprincipal decettepensée promouvoirestlaréappropriationconceptuelle,parle
intellectuels af icains (philosophes,politistes, tles autres hom es et femmesdeculture),
d’un débatqui estsouventinitié et mené ailleur pard’autres, masdont lesconclusions
trouventdansl continentafricain,lechampd’applicationoud’expérimentation.Lapensée
àpromouvoirdoi notamment s’articuler,danslaprspectivedelajusticeetdelapaix,
autour desquestions liées au vivre-ensemble et auxmodalitéséthiquesetpolitiquesdel
gestiondeladifférencedansunespace politique où la précarité fait souventlelit de la
conflictualité.
Lacollection«Problématiquesafricaines»aégalementl’ambitiond’êtreunimportant
espacescientifiquesusceptiblederendredeplusenplusprésentel’Afriquedanslesdébat
mondiauxrelatifsàl’éthiqueetàlapolitique.
Déjàparu
Serge-ChristianMBOUDOU,L'heuristiquedelapeurchezHansJonas.
Pour une éthique delaresponsabilitéàl'âge delatechnoscience,2010.
AaronSergeMBAELAII,Chroniquesphilosophiquesd’unp dagogue,
2010.
RogerBernard ONOMOETABA,Letourisme culturel au Camerou ,n
2009.
AndréLiboire TSALAMBANI, Lesd éfis de la bioéthique àl ’ère
éconofasciste,2009.
JosephEPEE EKWALLA, Les syndicats au Cameroun. Genèse, crises
et mutations,2009.
HubertMONONDJANA, Histoiredelaphilosophieafricaine,2009.s
JosephDONG’AROGA
LatortuechezlesBafia
duCameroun
Mythes,représentationsetsymboles
m
©L’Harmattan,2010
5-7,ruedel’Ecolepolytechnique;75005Pari
http://www.librairieharmattan.co
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-12486-8
EAN:9782296124868REMERCIEMENTS
La nécessité d’une revalorisation des civilisations africaines n’est
plus à démontrer. La réalisation du présent ouvrage, qui souhaite y
contribuer, n’a pu se faire sans la consultation de personnes
compétentes et susceptibles de répondre à un questionnaire. Mais la
production d’untravail semblable nécessite une bonne formation de
base. L’unde mes devoirs les plus impérieux est par conséquent de
témoigner ma reconnaissance à mes éducateurs avant de donner la
listede mes informateurs.
Mes remerciements s’adressent,au premierchef,à ma mère,Yàkàn
à Aroga Marthe, qui, en m’apprenant le ripkàk, la langue de mes
pères, m’a initié à la culture de mes ancêtres et qui, en m’envoyant à
l’école, a accompli l’acte décisif qui fut le point de départ du
processus de ma formation. Qu’elle trouve ici l’expression de m
gratitude filiale.
A tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à ma formation
morale et intellectuelle: à mes maîtres et professeurs tant du primaire,
du secondaire quede l’université.
1
Au regretté abbé Nnuka à Byábàk Patric , l’unde ceux qui ont
éveillé monattentionà la richessedes valeursculturellesdes traditions
desBafia et à la beauté du rikpàk, leur langue.Que sonâme repose en
paix.
Je m’en voudrais de ne pas citer mes informateurs qui ont répondu
avec joieà mon questionnaire.Je pense notamment:
2 3
Au regretté Bol à Zok surnommé “Sava nt Perdu . Il était
“savant” par ses qualités de guérisseur et d’artiste ; mais “p erdu” (i.e.
handicapé) par les séquellesde la maladiedeHansendont il fut frappé
dans sa jeunesse. Traditionaliste au sens de défenseur zélé de l
tradition ancestrale, ses propos ne sont pas sans passion ni sans ironie
à l’égarddesdétracteursdes án бə tàtá (leschosesdesancêtres).
1
Décédé le 22 juillet 1978.
2
Décédéen mars 1981.
3
En français.
i б б i б
a

e
aA Tábù à Mand qui s’estdistingué par la pureté de sa langue, la
simplicité de son style, la fermeté de ses convictions et l’étenduede
ses connaissances. Autant de qualités qui attestent son imprégnation
par la sagesse traditionnelle des Bafia, sa vie de sédentaire dans son
village natal qu’il n’a presque jamais quitté pour longtemps, son
“p étrissement” par les mœ ursetcoutumesdechez lui.
A Bidias à kŏ, le vieillard toujours joyeux et gai. Il possède une
bonneconnaissancede l’histoiredesBafiaetde leur littérature orale.
ABy àkàNnò
dyó à shó
s àArógà
BòdioàR bwe
sháàBol
R ámáàNd
I àZà
Qui m’ont apporté soit un ou deux contes, soit une phase de
l’histoiredesBafia.
Aeux tous, j’adresse mes remerciementsdechercheur.
Il convient enfin last but not least) d’exprimer ma gratitude
d’étudiant à mes professeurs de l’université de Bordeaux III,
particulièrement à Mr M. HAUSSER qui a accepté de patronner cette
modesteétudeet n’acesséde m’assister par ses sagesconseils.
Convaincu d’avoirfait de mon mieux ce que vous m’avez aidé à
réaliser, je vous adresse ici, chers parents, maîtres et amis, me
sincères remerciements.
6
s
(
ŋ Ɔ б Ɔz
ε r έ z б i
ə M
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ŋ é ə B
ə M ŋ ə B
ŋ б á
ŋ iINTRODUCTION
L’inspiration du sujet de la présente étude, loin d’être récente,
trouve sa source dans la prime jeunesse de l’auteur. Encore à
1
l’internat, nous, jeunesMbamois venusétudieràYaoundé, lacapitale
du Cameroun, étions étonnés de l’irrévérence avec laquelle nos
camarades des autres régions du pays parlaient de la tortue.
N’auraient-ils fait qu’en parler, nous n’eussions pas été scandalisés
outre mesure. Mais ils consommaient sa viande et en vantaient le
délices gustatifs. Ils faisaient plus. Ils promettaient de rapporter du
village, à notre intention, un mets assaisonné de viande de tortue. I
n’enfallait pas tant pour nous rendre méfiants. Tout, lors des rentrées,
devenait tabou pour nous. Tout cadeau, tout présent comestible.
peine l’insistancedes donneurs pour nous rassurer de la pureté de leur
offre pouvait-elle nous persuader de l’agréer.Et c’est timidement qu
nous acceptions un gâteau d’arachides ou de concombres.Devenaient
également taboues invitations et réceptions, rien ne garantissant
l’absencede viandede tortueauxagapes.
-Pourquoiavez-vous la tortueen horreur
A cette question de nos camarades répondait le silence. Ou, tout au
plus, un haussement d’épaules. La réponse était en nous, elle était
nous. Nous étions nés et grandissions dans une culture où la tortue
était vénérée, redoutée. Répondre à la question « pourquoi?»était
plus fort que nous.Nous savions que la tortueest unanimaldangereux
parce que nos parents nous l’avaient dit, eux-mêmes instruits par nos
grands parents.Maisce savoirétait indicible.
Le présent ouvrage est une tentative de réponse, un effort pour
exprimer ce qui semblait jadis inexprimable. Ambition fort
audacieuse. L’auteur s’engage dans un domaine inexploré, les Bafia
n’ayant pas encore fait l’objet de recherches approfondies. De ce
dernier fait les raisons sont historiques. Au Cameroun, c’étaient
surtout les missionnaires qui étudiaient, pour les besoins de
l’évangélisation, les langues et les traditions des populations locales.
En quête de conversions massives, ils privilégièrent les grands
1
NatifsdudépartementduMbam.
?
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A
l
sensembles ethniques (Ewondo, Bassa, Bulu) au détriment des
minorités qui reçurent le messagedivinà travers les languesdesautres
tribus. Le catholicisme fut prêché aux Bafia en ewondo, le
protestantisme en bulu – les hommes d’un certain âge reconnaissent
avoir fréquenté l’école bulu – l’Islam en haoussa. Ces religions
opposées les unes aux autres ont ainsi déchiré de façon assez tragique
un groupe déjà numériquement faible. Les effectifs des fidèles bafia
étaient par conséquent très limités dans chaque confession religieuse.
Oncomprend pourquoi traditionset langue bafia sont restéesen friche
jusqu’à nos jours. Se pencher sur une langue parlée par moins de
20.000 hommes dont à peine le tiers était converti, fut jugé inutile par
les missionnaires.
Il s’enfautcependant pour que la présenteétude soit la premièredu
genre faite sur les Bafia. Les colons allemands avaient laissé de
monographies sur cette ethnie. Notamment, Die Bafia und die Kultur
1
der mittelKamerun Bantu de Günter Tessmann, et l’article du Major
2
Puder D ie Bafia (Bapea) expedition . Plus tard, en 1954, Mme
Dugast (Idelette) consacra aux Bafia et Yambassa quelques pages de
son ouvrage Peoples of the central Cameroon. Avant elle, et à l’en
croire, le Docteur L.K. Anderson fut “la personne à avoir étudié la
3
langue bafia le plus près” ; c’est lui qui l’aurait classée dans l
catégorie des langues semi-bantou. L’auteur regrette de n’avoirpas pu
trouver les références de l’ouvragedu Docteur Anderson malgré ses
efforts. Les années qui suivirent furent marquées par le silence des
chercheurs sur lesBafia. Il fallut attendre 1967 pour que MmeGladys
Guarisma, Vénézuélienne, étudie le Bafia dans sa thèse Esquisse
4
phonologique du Bafia . D’autres recherches, semble-t-il, son
actuellement en cours. Mais celles-ci comme les autres sont l’œuvr e
d’étrangers. Aucun ouvrage de valeur scientifique reconnue n’aété
jusqu’ici réalisé (et publié) par un Africain sur les traditions et l
langue bafia. Quelques autochtones, il est vrai, se sont livrés à la
recherche, constituant des corpus, collectant des informations. L’un
1
Stuttgart, 1914.
2
InDeutschesKolonialblatt, 1911, pp. 454-457.
3
Notes sur les Bafia et Yambassa, extrait de Peoples of the central Cameroon,
International AfricanInstitute –Londres 1954 ; traduit de l’anglais par E.
Mohamadou, p. 7.
4
Bulletinde laSELAF, 1, juin 1967.
8
a
t
a
” – “
sd’eux, le regretté abbé Nnuka à Byabàk Patrice, a étudié le rikpàk,
1
composé des cantiques et des poème , rédigé des monographies et
traduit la bible. Mais l’œuvr e, importante, de l’homme d’églisereste
inédite.De là l’impossibilité de citer un seul de ses ouvrages, ceux-ci
n’étantdu reste pasà la portéede l’auteurdu présentexposé.
Le nombre restreint des ouvrages réalisés sur lesBafia et le silence
des Africains sur cette aire culturelle qui est loin de manquer de
richesses, justifientcette modesteétudeaux yeuxde sonauteur.Celui-
cientend,en s’ylivrant,combler une lacune.Il n’ya pas plus légitime
activité pour un intellectuelafricain que laconservation, par l’écriture,
de ce qui reste des traditions de ses pères, la volonté de sauver du
silence et de la mort toute une civilisation, une vision particulière du
monde, qui ne sauraitêtredénuéede valeurs universelles.On necitera
jamaisassezces proposdeMarcelGriauleetGermaineDieterlendans
leur ouvragecommun, Le Renard pâle
La connaissance des traditions des sociétés africaines
d’Afrique noire constitue un apport de très grande valeur à
l’histoire des civilisations. Il devient donc nécessaire chaqu
jour davantage qu’elles soient enregistrées et publiées pour
êtreconservées,enseignéeset inscritesdans le patrimoinedes
2
peuples qui les ont vécues.
Appréhender la psychologie, la mentalité, la vision du monde des
Bafia à travers ce miroir qu’estle symbole de la tortue, lequel reflète
les principes fondamentaux de la sagesse, de l’anthropologie et de la
religion de cette tribu, en particulier, et de la plupart des ethnies du
département du Mbam, en général, tel est l’objet de cette étude. I
importecependant,avantde le présenter,de s’interroger sur lesBafia.
LESBAFIA : a)DEMOGRAPHIE
3
Les Bafia s’appellent eux-mêmes kpàk. Selon Idelette Dugast ,
1
le nom “Bafia” était utilisé par les Bati pour désigner les kpàk et
1
L’abbé Nnuka a écrit des milliers de vers enbafia. C’était un poète d’une
inspiration intarissable.
2
M. GRIAULE et G. DIETERLEN, Le Renard pâl , Paris, Institut d’Ethnologie,
1965, p. 57.
3
I.DUGAST, op.cit., p. 2.
9
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ə B
ə B
l
e
:
scorrespond à un surnom. “Ba - fia” viendrait de “Fia”, participe passé
du verbe “nfiak”, qui veut dire “sais ir un poulet par lecou”. “Ba - fia”
voudraitdire “c eux qu’ona saisis par le coucomme des poulets”. Une
autre version fait venir le mot “Bafia” de “Bofia”, nom d’un che
yambassa qui aurait refusé de recevoir les Français sur son territoire
après le passage des Allemands et leur aurait indiqué le territoir
kpàk. Mais la version la plus scientifique à notre avis est que le
nom Bafia résulte de la transformation du mot kpak par les
étrangers: pia pour lesEton, nos voisins, fia pour lesEwondo et
Bafia pour lesEuropéens. L’administration coloniale adopta ce terme
qu’elle appliqua à d’autresethnies voisines des kpàk à proprement
parler.Il s’agitdesLemande,des péi,etc.
Le territoire desBafia se situe dans la vallée du Mbam, sur la rive
droite du fleuve. Il a la forme d’un quadrilatère et couvre une
superficie d’environ 370 km², mesure environ 30 km de l’Est à
l’Ouestet 25 kmduNordauSud.
Le groupe bafia est en réalité composé des kpàk, ké et péi.
Les kpàk sont les plus nombreux et se regroupent autour de 7 clans
dont les fondateurs sont les filsde l’ancêtre légendaireMkpàketde sa
femmeB kira.Voici la listede ses fils:
YàkànàMpkàk
NgamàMkpàk
GuiféàMkpàk
RumàMkpàk
əə àMkpàk
SanàmàMkpàk
B zabàMkpàk (mort sansdescendance)
àMkpàk.
Il serait présomptueux de croire que la présente liste respecte
l’ordre de naissance. Mais il est certain – tous les informateurs son
d’accord sur ce point que Yakan fut le fils aîné de Mkpàk et de
1
LesBati furent, selonDugast, lesderniersennemisdesBafia.Voircarteenannexe.
“Les Tsinga (Balinga)… Les Baveuk, les Yangafuk, les Manguissa, les Ngoro e
d’autres (sont désignés) sous l’appellation générale de Bati (R.P.J. BOHN, “L e
premiersAllemandsdans leMbamde 1888à 1905” , 1978, inédit, p. 11.)
10
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Ɔr Ɔ K
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S
ŋ i
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ə B ə B ə B
ə B
ə B
ə B ə B
ə B
ə B
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fB kira et le benjamin. Tels sont les ancêtres créateurs des clans
de la tribu kpàk qui portent leurs noms.
Nul ne sait où fut enterré le patriarche Mkpàk mais on localise l
sépulcre de B kira, sa femme, à Yakan où elle mourut seule de
fatigue en pleine savane en revenant de Rum et portant l
1
benjamin de la famille qui continuait à téter le cadavre de sa mèr .
B kira à Mkpàk, femme de Mpkàk à Wáyák, selon la légende, avait
pour ses enfants un amour si grand qu’ellepassa toute sa vie à leur
rendre visite, allant de l’un à l’autre sans se repose . B kira fut
inhumée sous un arbre qui, dit-on, est le théâtre traditionnel des
palabres de tous les fils du Mkpàk. Celui-ci avait, semble-t-il,
distribué des bénédictions (m sha) et des charismes à ses fils: à
Yàkàn, l’aîné des enfants, il fit le don de la guerre. Ses descendants
furent en effet des pugilistes invincibles, maîtres dans le rapt de
femmes (ri ), et, dit-on, de mémoire de pugiliste, “le flanc d’un
yakan n’a jamais touché la terre”. A Ngam fut donné le pouvoir
(ilàmi). Les plus célèbres chefs kpàk, Matsan à Anyu de D et
Mbàrà à to de R n sont tous de Ngam. Sanam et əə ,
participant du pouvoir charismatique de Ngam, ne reçurent rien de
particulier. Le commerce (dūné) fut le don de Guifé, le pillage
(Bikūm) celui de Rum.A le benjamin de la famille fut accordée
une nombreuse descendance. Les passent en effet pour être
numériquement supérieursauxautresclans b kpàk.
Voilà présenté le groupe kpàk. Qu’en est-il des ké et des
péi ? Les ké se divisent en trois sous-groupes: les ūk , les
3
ίίk et les B t . ūk , l’ancêtreéponyme du clan ūk est un
4
descendant de Gùnù (lui-même fils de Mb n ) et le père de ίίk .
Tandis queB t descend de Múnt , fils de R nd . ūk , ίίk e
B t furent, croit-on, dotés de dons particuliers: à ūk fut attribuée
1
“ any gàd il dit un proverbe: avait tété lecadavrede sa mère”.
2
Unproverbe dit en effet ; Uk k y B kirà : tu voyages comme la mèr
B kira.
3
Pour Dugast, op.cit., p.3, les Beké sont composés uniquement des ίίk et de
B t , les Muk constituant un groupe indépendant. Nos enquêtes n’ont pas
confirméce pointde vue.
4
ίίk signifie K yani (la cabane). ίίk, semble-t-il, est né dans une cabane où s
mère fut isolée par son père pour infidélité.
11
a ί K i ί K
Ɔ ŋ á i
s ί K
ŋ i
e ” ŋ i ə G є έ έ “
Ɔ r Ɔ “K ” ŋ ó є z Ɔ Ɔ r Ɔ K
Ɔ M ŋ á i
t ί K Ɔ M έ έ m i ŋ á ŋ á i
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, Ɔ M Ɔ M ŋ á i ί K
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2
ŋ i
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e Ɔr Ɔ K
ŋ i
e
ə B
Ɔr Ɔ K ŋ iune population nombreuse, à ίίk le pouvoir, à B t la richesse.
Mais les ūkò acceptent difficilement la domination des ίίk qu’ils
considèrent comme leurs cadets voire leurs enfants. Le grand chef
ūk ,Babàn à K bà ne souffrait pas l’autorité de Ribwém àBumba
de ίίk car,disait-il, “il n’estpas normal qu’unfilsdomine son père”.
Les ūk ,du reste, sedistinguent par leurcaractèrebelliqueux.On
signaledans l’histoiredesBafiadeux rebellionsdes ūk : l’unesous
l’occupation allemande contre l’envahisseur germanique, l’autresous
l’occupation françaisecontre lechef supérieur matsàn.Ils voulaienten
effet se libérer de la tutelle de ce dernier et avoir leur chefferie. La
tentative échoua. La rébellion contre le colon allemand fut également
unéchec maisaprès une résistance notable.La légende raconte que les
guerriers ūk rendus invisibles étaient montés sur une toile
d’araignée d’où ils massacraient les troupes allemandes. Ils furent
trahis par une vieille femme qui, menacée de voir mourir sa
progéniture, révéla aux Allemands le secret de la force des ūk .
Alors ce fut une boucherie, les troupes allemandes décimaient les
indigènes. Menacés de mort, les chefs des clans voisins livraient les
réfugiés. Cette guerre, les Bafia l’appellent T kiri Bàtà et la situent
approximativement entre 1900 et 1910. Ainsi se présente le groupe
ké. Qu’enest-il des péi ? Ils se localisent dans les villages de
Gàà, Ké , Lakp , Ndəŋ et Did ri, et sont en réalité des Balom ou
Fàk à don qui se sont installés en pays b kpàk dont ils ont adopté la
culture.Lesdeux groupes (les péiet lesBalom) se reconnaissenten
effet un ancêtre commun: Madzà. Telle est la population du pays
bafia.Selon lesestimationsdeDugast,en 1954,elle s’élevaità 18.396
habitants avec une densité moyenne de 50 au km² et un taux de
croissance de 2,2.Compte tenu de ces données, on est fondé de croire
que la population actuelle des Bafia (y compris de la diaspora)
dépasse le quadruple des estimations deDugast, soit environ 100.000
âmes.
b)HISTOIRE
Du point de vue historique, le peuplement du pays bafia ne s’est
pas réalisé sans frottement. L’étymologie du nom bafia indiquée par
Dugast et évoquée plus haut est déjà significative à cet égard.Dugast
écrit parailleurs:
12
ə B
ə
Ɔz ŋ à ŋ
ə B ə B
i
Ɔ M
Ɔ M
Ɔ M
Ɔ M
ί K
ŋ i Ɔ M
ί K Ɔ M
ŋ á i ί KLe pays était déjà occupé par les Yambassa lorsque les
1
Bekk , venant des montagnes du pays lemandé, vinrent
s’installer après avoir repoussé les Yambassa à quelques
kilomètres seulement,dans unedirectionOuest-Est.Ils furent
suivis par lesBekpakdont les traditions laissent supposer qu
leur migration se serait effectuée dans la même direction. Ils
rapportent qu’ilsviennent de la région nord du pays babimbi
et ont pénétré le pays bafia par la Sanaga et les montagnes de
Don. Leur migration passe au milieu des Yambassa et de
Bekkeet va finalement se heurterauBaneetFak (Balom .
Babimbi se trouve en pays bassa. Les kpàk affirment en effe
avoir une origine commune avec lesBassa et les Yambassa. L’ancêtre
commundeces troisethnies,appeléBorok par les kpak, serait venu
duSoudanet se serait installéen paysbassa précisémentdans la grotte
3
de “Ng k Litubà” où il vivait seul avec sa famill .Après la mort de
Borok ses enfants se dispersèrent. Mkpàk alla à Do an, une grande
savane qui s’étend en pays ny k n. C’est à partir de Do an que
progressivement, le territoire actuel fut occupé par des clans
d’agriculteurs en quête de terres nouvelles. Ce processus ne fut pas
toujours pacifique. Les kpàk, semble-t-il, durent livrer bataille aux
Bekke et aux Yambassa. La datation même approximative de ces faits
est impossible: la tradition historique de ces peuples ne remonte que
jusqu’aumilieu du 19 siècle. Vers 1810 lesBamoun organisèrent un
4
raid . Ils déferlèrent à travers le pays et attaquèrent les kpàk dans
les montagnes de Don. Ceux-ci durent d’abord reculer vers le Sud,
jusque dans le territoire des Bekke. Parvenus à ce point, les kpàk
opposèrent une résistance si farouche que les Bamoun durent lâcher
priseet ne revinrent plus jamaisdans le pays.
Plus tard, vers 1880, il y eut une attaque desFoulbé. Ils vinrent du
Nord-Est et traversèrent le Mbamavec toute leur cavalerie. Ils furent
1
La transcriptiondes noms bafia parDugast a été respectée. On notera la différence
aveccellede l’auteur.
2
DUGAST, op.cit., p. 5.
3
“ Bóròk anəŋί iréb dit un proverbe (litt.: Borok s’estcouché la savane) Bor ok
vit seul en savane”. Ce proverbe s’applique aux personnes dont les habitations sont
isolées.
4
DUGAST, op.cit., p. 5.
13
“ ”
ə B
ə B
e
ə B
ŋ Ɔ Ɔ
ŋ
e Ɔ
ə B
t ə B
)
2
s
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eimmédiatement attaqués sur leur arrière et durent se replier vers l’Est,
retraverser leMbametchercher refugeen paysBabouté.
Quelques années plus tard, c’est avec lesBati qu’il y eut la guerre.
Ceux-ciavaientdû reculer sous l’effetde la pousséedesBabouté,eux-
mêmes talonnés par lesFoulbé: lesBati commencèrent par s’installe
pacifiquement dans les forêts inhabitées du Mbam. Il s’établità cette
époque uncontact permanententre lesBatiet lesBafia,entraînant une
interpénétration culturelle et linguistique. Mais bientôt naquirent de
conflits et lesBati avancèrent au cœu r du pays bafia.Après une séri
de luttes entre les deux groupes, les Européens intervinrent pour
chasser lesBati horsdu territoirebafia.
Voici, selon l’informateur Bol à Zok, la légende qui rapporte les
deux grandsépisodesde la guerrede peuplement:
C’est dans la grande savane de Do àn, à Ny k n où il
s’installa que Mpkàk engendra ses huit enfants. Mais
comment les kpàkacquirent-ils le territoire qu’ilsoccupent
actuellement ? Par la guerre. Ils habitaient d’abord au-delà de
1
la rivière R k ri . De jeunes gens partis à la chasse
traversèrent la rivière et découvrirent l’actuel territoire alors
occupé par un peuple qu’ils appelèrent Ty . De retour au
village ils tinrent les propos suivantsà leurs parents:
N ous avons découvert une belle et grande savane par delà la
rivière. Mais elle est occupée. Chassons-en les habitants e
prenons-là, il y fait bon vivre.” Les anciens leur répondirent:
N ous ne pouvons pas chasser ces hommes sans consulter
l’oracle de l’araignée”. Interrogé pour tous les enfants de
B kira, l’oracleindiqua əə à Mkpàk. Consultée pour tous
les enfants de əə , la mygale choisit celui qui s’appelait
Barkùm à Támbói. Barkùm fut donc investi du pouvoir de
diriger la guerre. On lui mit le sàgàrà, symbole de capitaine
de guerre constitué par un épi de mil (ts si ki gəŋ) un
morceau de bambou (mbambué), une variété de lianes
1
Ces épisodes se situent longtemps après les batailles menées contre lesBeké et les
Yambassa qui se sont terminées par une installation provisoire des kpàk en pays
yambassa. La rivière R kori est la frontière naturelle entre les actuels territoires de
tribusbafiaetyambassa.
14
s i
ə B
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S
S ŋ i

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ε r ε
Ɔ i
ə B
Ɔ Ɔ ŋ
e
s
rsauvages (rik d ), un tesson de carapace de tortu
(kui), le tout fixéà la pointed’une lance.L’ennemi futchassé
mais, malgré l’insistance de ses hommes fatigués,Barkùm ne
voulait pas cesser la guerre. L’effet des herbes de guerr
qu’onlui avait fait avaler durait encore. Il en était ainsi du
capitaine de l’autrecamp, Kàlàk à Ty ty . Barkùm et kàlàk
sous l’emprise magique des herbes et écorces qu’ilsavaient
absorbées, voulaient continuer à lutter, tuer, massacrer.Alors
les hommes des deux camps décidèrent d’opposer les deux
capitaines dans un combat singulier, afin que, dans leurs
élans fougueux, ils se tuent l’un l’autre et mettent fin de cette
manière à la guerre. Ils réalisèrent cette idée et les capitaine
se trucidèrent l’unl’autre.Avant de mourir et ne voulant pas
que ceux qui l’avaientcondamné à mort profitassent de son
pouvoir,Barkùm vomit la liliacée qu’ilportait dans le ventre.
L’herbeprit racine.En saison sèche elle disparaît, grillée pa
la canicule, mais pendant la saison des pluies elle pousse de
grandes feuilles verteset s’entourede serpents pour qu’aucun
kpàk n’aillela cueillir. Depuis ce jour une croyance veut
que la pluie qui s’annonceducôtéde la liliacéedeBarkùm (á
nl k à Barkùm), c’est-à-dire du côté de əŋ, tombe
nécessairement. Le territoire convoité et partiellement
conquis s’appelait Kàkányá et s’étendait depuis la rivièr
R k ri jusqu’à la rive droite du Mbam. La partie conquise
s’étendait de la rivière R k ri jusqu’auvillage Ndiemi chez
à Mkpàk. Les ty ouFàk continuèrent à occuper toute
la région qui s’étenddu villageNdiemiauborddu fleuve.
Quelques années plus tard, constatant que leur population
avait augmenté, les kpàk décidèrent d’étendre leur
territoire jusqu’au bord du fleuve, de refouler lesFàk au-delà
du Mbam. Consulté, l’oracle de l’araignée indiqua à
Mkpàk, et chez , le sous-clan de Ndiemi du côté deBek
àB g ná ; et dans la famille deBek fut choisi Rim àB g ná.
C’estdonc Rim qui porta le Sàgàrà pour chasser les Fàk ou
Ty jusqu’au-delà du fleuve. Avant la guerre, Rim partit
chez ses oncles maternels, les Ny k n, et leur dit: “les
kpàk m’envoient en guerre contre les Fàk, alors je viens
vous dire au revoir avant d’yaller”. Les Ny k n lui dirent:
15
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“L’enfant ne meurt jamais là où ses pères l’ontenvoyé . Et
prenant une calebasse, ils y mirent deux abeilles et la lui
2
donnèrentendisant: “p rends, voici lesarme ; tu mèneras l
guerre cette calebasse à la main, si tu l’ouvres et la tend en
direction de l’ennemi, vous le chasserez de bonne heure”. De
retour, Rim attaqua les Fàk. Ceux-ci furent chassés depuis
Tso’ad m jusqu’au bord du Mbam, là où ils traversaient l
fleuve sur le dos d’unserpent géant (Nwai). Mais un ivrogne
monta sur le serpent et, au lieu de tenir sa lance la pointe
regardant le ciel comme ses compères, il la renversa et bless
le serpent mythique.Celui-cidisparut sous l’eau.Les kpàk
exterminèrent tous lesFàk restésendeçàdu fleuveet jetèrent
leurs corps dans l’eau.Depuis ce jour on appelle cette partie
duMbam leFleuve rouge (R bàlà mbà )àcausedu sang qui
3
y fut vers .
Telle est l’histoire de la tribu kpàk. Obscure en ses origines
perdues dans la nuit des temps, elle ne devient claire qu’avec
l’installation de Mkpàk dans la grande savane de Do án. Que se
passa-t-il entre la grotte et la savane ? Ngok Lituba etDo án ne sont-
ils pas deux étapes d’unelongue émigration dont le point de départ et
l’itinéraire sont ignorés ? Ces questions n’auront assurément pas de
réponses certaines. Peuvent néanmoins être tenus pour sûrs les points
suivants qui font l’accord des informateurs: l’origine commune avec
lesBassa, l’installationàDo án, laconquêtedu territoireactuellement
occupé.
Ce territoire a une végétation très variée, une faune très riche. Il est
recouvert de vastes savanes et de forêts profondes, habitées par des
1
Proverbebafia: “m anamawub a fitom fi s i”.
2
Les abeilles, à cause de leurs dards, symbolisent les armes de jet telles que les
lanceset les flèches.
3
Après la guerre, Rim, s’étantadossé contre un isob (arbre rabougri et épineux de
savanes mbamoises)dont uneépine lepiquadans le dos,décida qu’aulieu de Rimà
B g ná il s’appelleraitdésormaisIsobàB g náetdemandaà sescompatriotesde s
donner mutuellement des filles en mariage pour augmenter la populationb kpàk en
vued’une résistance plus fermeà uneattaqueéventuellede l’ennemi provisoirement
chassé.
16
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animaux de toutes sorte et fertile en cultures vivrières telles que l
manioc, l’igname, le maïs, le macabo…
Ainsi se présentent les Bafia. Ils offrent, avec les Yambassa, le
Lemandé, les Ya béta, des ressemblances culturelles notables. En
1907 le capitaine Allemand, Von Stein Zu Lausnitz, qui venait de
traverser le paysdesBassa,Fang,Maka,Babouté,Bamoun, fut frappé
par les traits distinctifs qui distinguaient la culture des Bafia et de
Yambassade toutes lesautres tribus traversées.IdeletteDugastécrit:
L’économie, l’organisation socialeet laculture matérielledes
Bafia et celles des Yambassa sont tellement semblables qu’il
3
sera traitédesdeux groupes sansdistinction .
Entreautres traits communsdeculture, il faut d’oreset déjà releve
que ces peuples redoutent et vénèrent pareillement la tortue. Les
Balom ouFàk à don en plus des ressemblances linguistiques avec les
Bafia, partagent avec ceux-ci le culte de la tortue. Sur les plans
culturel et folklorique, ils se rapprochent plutôt des Bamoun et des
Bamiléké.
Les barrières linguistiques ne permettent pas l’étude de ce trait
culturel commun dans l’ensemble de ces groupes ethniques. Aussi
l’auteur est-il obligé de limiter ses recherches à la seule tribu bafi
dont la langue lui est familière. L’unitéculturelle des peuples de cette
région permet d’espérer qu’enétudiant ce phénomène dans le cadre
d’une tribu, des constantes seront dégagées qui pourront se retrouver
dans lesautresethnies.
Il s’agit de décrire et d’analyser à partir de leur littérature orale,
l’image que les Bafia se font de la tortue, de dégager les croyances
qu’ils yattachentet la mentalité qui la supporte.
Les zoologistes appellent tortues tous les reptiles chéloniens
corps court, renfermé dans une carapace osseuse et écailleuse. C’est
un animal lourd, lent, dépourvu de dents. L’herpétologie distingue
trois espèces de tortue: la tortue de mer, la tortue d’eaudouce et la
1
Ce sont les animaux qui peuplent les contes du corpus. Le braconnage a appauvri
la faune.
2
Cette fertilitéestenbaisse progressive.
3
I.DUGAST, op. cit., p. 7.
17
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tortue de terr . Les Bafia consomment volontiers la viande des deux
premières tandis qu’ilsvouent un culte fervent à la dernière, laquelle
est le protagonistede nombrede textesde leur littérature orale.
De toutes ses composantes (proverbe, devinette, nom, devise,
prière, mythe, légende, épopée, fable, etc.), le conte est, enAfrique, le
genre le plus populaire, adoré des enfants, récréatif, informateur et
formateur: c’est “le moyen par excellence qui permet de prendre
connaissance de la vie sociale et des institutions qui la régissent et de
2
se familiariser avec les notions qui sont à la base même du savoir ;
en outre, il est “la projection symbolique des idées abstraites dans
3
l’univers objectif .Aussi connaître l’image que lesBafia se font de
la tortue de terre, c’estétudier le cycle de Kui-la-tortue. Les conte
4
sont en effet prépondérants dans le corpu qui contient néanmoins
d’autres genres littéraires notammentdes légendesetdes mythes.
Il est d’ailleurs difficile d’établir une barrière étanche entre le
différentescomposantesde la littérature orale.
Il n’ya, enAfrique noire, écrit L.S. Senghor, ni douanier, ni
poteaux indicateurs aux frontières.Du mythe au proverbe, en
passant par la légende, le conte, la fable, il n’y a pas de
5
frontièr .
Dans le même ordred’idées,MirceaEliadedéclare:
[…] Il n’ya pas de solution de continuité entre les scénarios
6
des mythes,des sagasetdescontes merveilleux .
Donc, la distinction des genres, bien que possible, semble sans
intérêt pour l’analyse ; du moins, dans sa perspective, l’auteur du
présentexposé n’ena paseubesoin.
1
Ces tortues ne portent d’ailleurs pas le même nom enbafia. La tortueaquatiqu
(marine ou d’eau douce) s’appelle K gbúsi ; seule la tortue terrestre s’appelle Kúi,
oubeaucoup plus rarement,Atsátsá.
2
P.ERNY, L’Enf ant et son milieu enAfrique noire,Payot,Paris, 1972, p. 175.
3
D. ZAHAN, La Dialectique du verbe chez les Bambara, Mouton, Paris-la-Haye,
1963, p. 115.
4
Ensemble de documents servant de base à la description ou à l’étude d’u n
phénomène.
5
L.S. SENGHOR, Préface aux Nouveaux contes d’ Amadou Koumba de Birago
Diop,PrésenceAfricaine,Paris, 1961, p.8.
6
M.ELIADE,Aspects du mythe,Paris,Gallimard, 1963, p. 241.
18
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Voici,au nombrede quinze, les texteset leurs sources.
Numéros TitresNoms et âges de Date et lie
des conte informateurs d’enregistrement
1 La tortue, l’araignéeetDieu ByábàkàNno 20 septembre 1978à
(75ans) Bafia
2 La tortueetDieuIzoboàZà 26août 1978àBafia
(55ans)
3 Zokt àYàkàn Bidiasà 26août 1978à
(60ans) Yaoundé
4 La tortue, la panthèreet la BodióàRibwém 29août 1978àBafia
biche (60ans)
5 La tortueet la femme R bámáàNd 8 septembre 1978à
(32ans) Bafia
6 La tortueet lesanimaux R bámáàNd 8 septembre 1978à
(32ans) Bafia
7 La tortueet labiche vont Bidiasà 15 octobreà1978à
chercher femm (60ans) Yaoundé
8 La tortueet sonbeau-père Bes àArógà 26août 1978àBafia
(34ans)
9 La tortue prend le pouvoir dyo à shó 27août 1978àBafia
(45ans)
10 La tortue, lecéphalopheet la TábùàMand 20 septembre 1978à
panthèr (50ans) Bafia.
11 La tortueet le porc əŋ àArógà 26août 1978àBafia
(34ans)
12 La tortue, le singeet la TábùàMand 20 septembre 1978à
panthèr (50ans) Bafia
13 La tortueet la panthère YakanàArógà 10 février 1981à
(60ans) Yaoundé
14 La tortue, l’éléphantet Bidiasà 15 octobre 1978à
l’hippopotame (60ans) Yaoundé
15 La tortueet labiche sedéfientà 26août 1978àBafia
I b àZà
lacourse
(55ans)
Les textes ont été classifiés du plus simple au plus complexe.
Affirmer l’absence de frontière entre le mythe et le conte, c’est
reconnaître que les deux genres s’interpénètrent, que le mythe tient du
conte et inversement. C’estaussi dire que le temps primordial n’est
pas totalement exclu de l’histoireni le sacré du profane. Le sacré
comme éternité englobe le temps ; il est le commencement et la fin, l
souffledynamiquede l’histoire.
Les plus simples sont les textes d’ungenre pur: les mythes. Les
plus complexes sont ceux qui ont atteint un degré de désacralisation
tel que le mythe n’yest plusévident.
19
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ǒ K i
ŋ
ŋs
Laclassification obéità une grillede thèmes.Les voicidans l’ordre
indiquéavec les textescorrespondants:
Les thèmesLes numéros des texte
s
Dieu N° 1, 2
s
La mort N° 3, 4, 5
s
La femme N° 6, 7,8
s
La politiqueN 9
s
La justice N° 10, 11, 12,13
s
Le sport N° 14, 15
Deux traductions des textes recueillis ont été réalisées. L’une
juxtalinéaire et littérale (qui ne figure pas dans la présente version) et
l’autre littéraire. Leur conjonction a permis une étude linguistique et
stylistiquedes textes pour une intelligence plus profondedeceux-ci.
La transcriptiona précédé la traduction.Transcription pour laquelle
a été utilisé “l ’alphabet général des langues camerounaises” élaboré à
l’UniversitédeYaoundé par les linguistescamerounaisdu 7au 9 mars
1979. Les graphèmes de cet alphabet ont été adaptés au cas particulier
dubafia.
La méthode est relative à la matière de l’analyse,c’est-à-direaux
textes constitutifs du corpus. Celui-ci est composé en majeure partie
de contes. Le conte est un récit.Ce dernier “désigne l’énoncénarratif,
le discours oral ou écrit qui assume la relation d’un événement ou
1
d’unesérie d’événements” . C’est“la succession d’événementsréels
ou fictifs, qui font l’objetde ce discours, et leurs diverses relation
2
d’enchaînement, d’opposition, de répétition, etc.” . Le conte est,
comme tout récit, pourvud’une surfaceetd’uneprofondeur.
RolandColinécrit:
Le passage du monde mythique et sacré à l’univers des
contes n’est jamais absolument tranché. La symbolique
demeure mais se désacralise progressivement, du moins dans
la première apparence. Tel conte peut alors s’interpréter à
deux degrés: d’abord en surface, pourrait-on dire, comme
une comédie aux personnages divers, ensuite en profondeur,
1
G.GENETTE,Figures 3,Paris,Seuil, 1973, p.88.
2
R.COLIN, Littérature africaine d’ hier et de demain,Paris,ADEC, 1965, p. 75.
20
s
°comme une expression de la connaissance des structures de
1
l’univer .
GreimasetBremond semblentêtredu mêmeavis ; ils tiennent pour
acquise l’opposition entre deux niveaux d’analyse du récit: le plan
des structures narratives immanentes et le plan de la manifestation.
Bremonddéclare:
[…] Tout récit considéré à un certain niveau… peut être
interprété comme un jeu de catégories conceptuelles et, à un
autre, plus immédiatement perceptible, comme une séquence
de tâches et d’épreuves dont les êtres humains (ou
2
humanisés) sont lesacteurs…
L’analyse des textes à ce double niveau s’impose. D’abord en
surface. C’est la morphologie du conte, c’est-à-dire son étude en tant
que discours narratif. Claude Bremond est tributaire de Propp. Celui-
ciécrit:
L’étude structurale de tous les aspects du conte est la
condition nécessaire de son étude historique. L’étude des
légalités formelles prédétermine l’étude des légalités
3
historique .
ClaudeBremond s’efforce de tirer de l’analyse de Propp des règles
générales sur le déroulement de tout sujet narratif. Il se concentre sur
la logique narrative, sur la syntaxe des conduites humaines. Il pense
que la fonction, l’élément le plus simple du récit, est un “atom
narratif ” et que le récitest formé par le groupementdecesatomes.
Bremond considère comme séquence élémentaire la triade tirée de
trois fonctions correspondant aux trois phases indispensables à tout
processus. La première ouvre la possibilité même sous la forme d’un
conduite correspondante ou d’événements prévisibles ; la seconde
réalise cette possibilité et la troisième termine le processus,
aboutissantainsiau résultatde l’événementcorrespondant.
Cependant, à la différence de Propp, Bremond considère que
chaque phase n’entraînepas derrière elle, dans un ordre obligatoire, la
1
Idem.
2
Cl.BREMOND, Logique du récit,Paris,LeSeuil, 1973, p.89.
3
V.PROPP, Morphologie du cont ,Paris,LeSeuil,1973, p. 25.
21
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s
svenue de la phase suivante ; à chaque fois s’ouvre le choix entre
l’actualisation d’une certaine possibilité, et l’absence d’une telle
actualisation.
La méthodedeBremond semble la plusefficace pour la pénétration
des textes du corpus. Sa démarche est plus adaptable à leur structure.
Elle est la mieux indiquée pour le traitement du présent sujet, elle qui
ne sépare pas le personnage de sa fonction. Telles sont les raisons
pour lesquelleselleaétéchoisie.
Greimas de son côté se concentre sur le contexte mythologique et
sur les oppositions paradigmatiques. Il part de la présence obligatoire
d’un négatif dans la première partie du conte et d’unpositif dans la
seconde (ladichotomiedans ladurée temporelledu récitentreavantet
après). Il a réussi à déterminer correctement le rôle essentiel de
épreuves dans le conte en tant que moyens permettant la solution des
rapportsconflictuels (par la transformationd’unesituation négativeen
une situation positive).
La méthode de Greimas sera également utile, certains contes du
corpus présentant une structure bipartite avec un négatif dans la
première partieet un positifdans la seconde.
Reste la profondeur du récit. Elle n’est pas sans rapport avec la
surface. Les rôles joués par la tortue renvoient à ce qu’ellereprésente
dans la société bafia qui a produit les contes.Ceux-ci sont l’image de
la société productrice. L. Goldmann a montré la nécessité de
l’existence d’une homologie ou d’une relation significative entre l
forme littéraireet lesaspects les plus importantsde la vie sociale.
Il importe donc de voir la société à travers les textes rendus
transparents par l’analyse structurale. On fera appel à la méthode
sociogénétique de L. Goldmann pour retrouver dans les contes les
structures de la société bafia précoloniale. Pour cet auteur les
véritables sujetsde lacréation “s ont les groupes sociauxet non pas les
1
individus isolés .
Si une telle déclaration est vraie du roman (donc de la littérature
écrite) comme le montre L. Goldmann, qu’enest-il du conte et de la
1
L.Goldmann, Pour une sociologie du roman,Paris,Gallimard,
22

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