La transmission clinique

La transmission clinique

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Français
241 pages

Description

La clinique est une véritable traversée. En psychanalyse et en psychodrame qui en est une variante, la formule d'Euripide "patheimathos" en rend compte : l'épreuve enseigne. Reprise à l'Ecole de Louvain par Jacques Schotte, en ce qu'elle comporte une perspective de transmission de/par la clinique, la formule annonce la "transmissio" latine, qui donne "transmission" en français. "Envoyer au-delà" désigne initialement non pas l'envoi, mais le trajet et la traversée. L'homme en souffrance se transmet à lui-même quelque chose de son destin dans ce creuset qu'est la rencontre clinique avec le psychanalyste ou le groupe et le jeu en psychodrame.

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Date de parution 14 janvier 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140140471
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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quand le psychanalyste vient côtoyer le travail social. EnIn, la formule
C’est pourquoi la musique, et plus spéciIquement le jazz dans
Bernard Robinson
LA TRANSMISSION CLINIQUE
Études psychanalytiques
Préface de Philippe Van Haute
LA TRANSMISSION CLINIQUE
Études Psychanalytiques Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat La collectionÉtudes Psychanalytiquesveut proposer un pas de côté et non de plus, en invitant tous ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, « hors chapelle », « hors école », dans la psychanalyse. Dernières parutions Jean-Paul MATOT,L’homme décontenancé. De l’urgence d’étendre la psychanalyse, 2019.Cléopâtre ATHANASSIOU-POPESCO,Étude du noyau narcissique primaire en psychanalyse d’enfant, 2019. Jeanne DEFONTAINE,Dérives perverses dans le couple et blessures d’enfance, 2019. Françoise PEYPOUDAT,Regards psychanalytiques sur la formulette de tradition orale,Les enjeux de la transmission, 2019. Nafissa BOUKERCHE-DELMOTTE,Clinique et politique de la douleur, 2019. Cléopâtre ATHANASSIOU-POPESCO,L’organisation du moi,À propos du parasitisme,2019. Julien MAUCADE,La radicalisation ou La résurrection du père par le fanatisme, 2018. Jean-Tristan RICHARD,Handicaps, institutions et psychanalyse, 2018. Béatrice BÉRARD, Lydie CAMUS, Laurent KOELBLEN, Marie-Sarah NÉJADI, Dorit PERL, Christine ZIMAMOU-PRIGENT,Perversion – Variations sur un thème, 2018. Catherine COMBASE,Histoire de Psyfa – Psychanalyse et famille, 2018. Radu CLIT,Du trauma à l’écriture, un point de vue sur la création littéraire de Herta Muller, 2018. Claude NACHIN,Abrégé de psychanalyse, 2017. Cléopâtre ATHANASSIOU-POPESCU,L’observation d’un bébé de zéro à deux ans dans sa famille. Commentaire psychanalytique, 2017.
Bernard Robinson La transmission clinique Préface de Philippe Van Haute
© L’HARMATTAN, 20205-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr/
ISBN : 978-2-343-19201-7 EAN : 9782343192017
A Jean-Pierre Winter A Alain Didier-Weil, qui est parti sans savoir ce qu’il (ne) m’a (pas) transmis A Matthieu, qui veut tout savoir Et à Eloïse, qui veut tout faire toute seule
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PRÉFACELa question du transfert est centrale à la psychanalyse. Dans le rapport transférentiel, l’analysant (se) transmet quelque chose à soi-même. Le problème du transfertet de la psychanalyseest donc intrinsèquement lié, s’il n’y est pas identique, à la problématique de la transmission et de l’interprétation qui va de pair. On comprend dès lors pourquoi la psychanalyse met l’accent sur l’homme comme « sujet en histoire » qui ne cesse de s’interpréter. Cette problématique, on ne peut la comprendre ni l’approfondir, Bernard Robinson ne cesse de nous le répéter dans son beau livre sur « La transmission clinique » que vous tenez dans vos mains, qu’à partir d’une anthropologie clinique élargie. Il répond de cette manière à l’inspiration profonde de Jacques Schotte qui s’inspirait lui-même de Lacan, mais plus encore de Lipod Szondi. Schotte qualifiait ce dernier, non sans humour, « le plus grand des méconnus et le plus méconnu des grands » Dans sa «pathoanalyse de l’existence», Szondi systématise l’une des idées directrices de Freud : l’étude de la psychopathologie est la « voie royale » vers la compréhension de l’humain. Le système pulsionnel szondien prend son point de départ dans les grandes catégories de la psychiatrie classique qui, du coup, reçoit une signification essentiellement anthropologique. L’anthropologie ne peut vraiment faire droit à la réalité humaine que si elle puise systématiquement dans la souffrance humaine. Mais, ce n’est pas seulement de la psychiatrie en tant que telle qu’il s’agit ici, comme une lecture superficielle du système szondien nous ferait peut-être croire.Pathei mathosest l’adage premier de l’anthropologie clinique élargie dont il s’agit : lepathiqueenseigne, nous sommes instruits par la souffrance. Mais il y a plus. Ce n’est pas seulement la psychanalyse classique – la « cure-type » - qui nous confronte au problème de la transmission. Robinson souligne que cela vaut aussi pour le psychodrame d’inspiration analytique et pour l’art. Le premier offre un dispositif novateur qui enrichit le dispositif classique en s’adressant à certains types de patients réfractaires à la relation dyadique. Par ailleurs la psychanalyse s’est tournée dès son début vers l’art pour pouvoir comprendre le problème énigmatique de la transmission. Mais Freud s’intéressait plutôt à l’art plastique et au théâtre. Suivant Jacques Lacan et surtout Alain Didier-Weil dont il souligne à juste titre l’importance et l’originalité, Robinson se tourne vers la musique et plus encore vers (l’improvisation dans) le jazz. La musique nous livre un matériel « clinique » inattendu qui permet de comprendre ce qui nous échappe dans les cures. Ce qui réunit ces différents domaines, c’est bien qu’ils constituent tous les trois un dispositif qui permet à l’homme de traverser ce qu’on a aussi appelé une « transe » pour que se transmette quelque chose qui le concerne, mais qui lui échappe en même temps.
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On voit l’ampleur et la complexité du cheminement que nous propose Bernard Robinson. La réflexion clinique et anthropologique qu’il appelle de ses vœux nous amène non seulement vers les fondements anthropologiques de la psychanalyse, mais elle nous montre en même temps que la transmission que la psychanalyse permet, et que son éthique nécessite, n’est peut-être pas son privilège. Il s’agit ici d’un message important à un moment où la psychanalyse classique vit des moments difficiles tant dans le monde universitaire, où elle est souvent disqualifiée parce que non scientifique, et dans le monde clinique où elle est dénigrée parce qu’on la juge non efficace et élitaire. L’anthropologie que développe Robinson nous oblige à penser non seulement ce qui est essentiel à la psychanalyse – la transmission de ce qui est notreextimité–, mais elle montre en même temps des liens avec d’autres domaines (le psychodrame, l’art et la musique) dont les dispositifs spécifiques permettent des effets analogues. De cette manière, plusieurs frontières commencent à glisser et perdent leur évidence sans pour autant disparaître. Plus concrètement, Robinson dévoile le caractère hautement idéologique d’une opposition tranchée entre une psychanalyse soi-disant « pure » et ses « variantes impures ». La référence à l’improvisation dans le jazz est ici révélatrice et constitue l’un des axes des plus originaux du livre de Robinson. Cette référence montre bien comment l’élargissement vers l’art et l’anthropologie clinique chère à Schotte nous permet de mieux comprendre l’éthique psychanalytique. La musique en général, le jazz en particulier, mime le pulsionnel. En effet, la participation et le contact qui s’y constitue sont de l’ordre pulsionnel : battement, scansion, transe, danse. La musique nous permet ainsi de transcender le monde des individus singularisés et séparés vers le grand tout de l’univers Mère qui nous porte. Pour que le soliste puisse s’y risquer, les autres – ses compagnons de route musicale – doivent renoncer à leur univers instrumental propre pour ne manifester que leur présence soutenante. En cela, ils ressemblent à l’analyste qui offre sa présence et son oreille pour que l’analysant puisse risquer le type de régression contrôlée sans laquelle la transmission reste impossible. L’analysant doit en effet quitter le terrain du familier et de la conscience pour atteindre ce qui est de l’ordre du pulsionnel (et qui concerne donc notre existence corporelle comme source de plaisir et donc aussi comme lieu d’interdit) d’où quelque chose doit émerger. Il y a une proximité profonde et essentielle entre l’improvisation dans le jazz et la libre association dans la psychanalyse. Tant dans le jazz que dans la psychanalyse, il s’agit de renoncer à une maîtrise défensive du moi pour que surgisse ce moment de fragilité où « autre chose » se laisse entendre. Tout comme le discours dans l’analyse, la musique se donne comme un lieu autre d’où s’entend ce que nous ne pouvons d’habitude entendre. Il s’agit de l’ouverture furtive à l’inconscient qu’opère aussi à sa manière le théâtre tragique auquel s’intéressaient tellement Freud et Lacan, tout comme par exemple le mot
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