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La violence scolaire au Cameroun

De
182 pages
Le phénomène de la violence scolaire est devenu récurrent dans les établissements scolaires camerounais. Il est perçu socialement comme une menace à l'ordre scolaire et à l'ordre public. C'est une réaction significative des inégalités. L'ambition de cet ouvrage est d'élucider la violence scolaire. Le champ éducatif à lui seul ne permettant pas d'apporter les réponses souhaitées face à cette forme de violence, une approche anthropologique est apparue nécessaire.
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MBONJIEDJENGUÈLÈet Pierre François EDONGONTEDE
LA VIOLENCE SCOLAIRE AU CAMEROUN
Anthropologie d’un fait quotidien
La violence scolaire au Cameroun
MBONJIEDJENGUÈLÈet Pierre François EDONGONTEDE
La violence scolaire au Cameroun
Anthropologie d’un fait quotidien
Des mêmes auteurs
MBONJI EDJENGUÈLÈ Santé, maladies et médecine africaine. Plaidoyer pour l’autre tradipratique, Yaoundé, PUY, 2009, 302 pages. Mort et vivants en negro-culture. Culte ou entraide ?Yaoundé, PUY, 2006, 188 pages. L’Ethno-perspective ou la méthode du discours de l’ethno-anthropologie culturelle, Yaoundé, PUY, 2005, 121 pages. La Science des sciences humaines. L’anthropologie au péril des cultures ?Yaoundé, Éditions Étoile, 2001, 138 pages. Les Cultures-vérité. Le Soi et l’Autre. Ethnologie d’une relation d’exclusion,Yaoundé, Éditions Étoile, 2000, 134 pages. Les Cultures de développement en Afrique. Essai sur l’impossible développement sans révolution culturelle, Yaoundé, Éditions Osiris-Arica, 1998, 255 pages. EDONGO NTEDE Pierre François Ethno-anthropologie des punitions en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2010, 210 pages. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06587-8 EAN : 9782343065878
"La violence scolaire est à la fois le fruit et la graine de la violence sociétale"
(Yannick Joyeux,L'Éducation face à la violence, ESF, 1996, p. 172.)
AVANT–PROPOS
Forme de socialité, espace de façonnage des êtres, lieu de socialisation et de sociabilité, l’école est au centre d’interactions multiformes parmi lesquelles la violence, qui est l’un des invariants comportementaux de l’humain. Sous le feu roulant des analyses critiques des spécialistes de l’école, la violence à l’école est passée du statut d’épiphénomène à celui d’analogonle champ de force qu’est la subsumant société. L’homme n’a pas que des aspects reluisants, il en a aussi de sombres.« L’être humaindit Yves Michaud (1998), n’est pas un animal tendre ». Et parce que ses désirs sont mimétiques, il culmine selon René Girard, dans unerivalité victimisante. L’école n’en fait pas l’économie : agressions contre les enseignants ou entre apprenants, rackets, insultes, larcins, vandalisme, mendicité, viol, harcèlement.
Qu’elle soit le fait d’un nombre de plus en plus croissant desociaux »« vaincus Dubet, 2005) enclins à (François renverser ou diluer le stigmate en s’attaquant à l’école et à ceux qui la fréquentent, ou le fait d’actants internes à l’institution (relation pédagogique asymétrique) ou d’envahisseurs externes, la violence est usage de la force ou de la parole comme mode d’atteinte aux personnes et aux biens, elle est infraction à l’intégrité et à la dignité, transgression, défi de l’autorité…
La violence dans la société et à l’école fait l’objet de quête de sens et d’étiologie, pulsion combative due à la monoamine-oxydaseM.A.O.), dégradation du lien (gène social, frustration inhérente aux inégalités, contestation du discours hégémonique de l’enseignant et des pratiques pédagogiques à violences éducatives autrefois tolérées parce qu’initiatiques.
Loin d’être une explication de plus, l’argument du livre est de décrire les formes modernes de la délinquance scolaire, syntone et réflexive, ce qui n’exclut cependant pas l’esquisse de la lecture généraliste de l’anthropologie modélisant la violence scolaire en opposition binaire :
1. Élèves en quête de savoirversusenvahisseurs en quête d’avoir. 2. Ethno-culture de l’école, son ethnonyme, ses frontières, sa langue, ses règles juridiques, sa structuration politique, son expression artistiqueversusles cultures périscolaires. 3. Groupes d’âges institutionnels d’apprenantsversusagresseurs à âges variables. 4. École comme espace d’éducationversus école comme marché pourawacheursen mal d’approvisionnement. 5. Élèves arborant des emblèmes de réussite matérielle versus ceux aspirant à consommer lesdits emblèmes sans souscrire aux indispensables processus graduels et sacrificatoires de la formation institutionnelle.
Bref, par sa complexité, la violence à l’école est justiciable d’un traitement à la fois spécialisé et holistique. Sans garantie de cernes exhaustifs, ni d’éradication, parce que consubstantielle à la vie, à la nature humaine et à la société. Prétendre venir à bout de la violence à l’école suppose de changer l’homme, c’est-à-dire de lui faire violence.  MBONJI EDJENGUÈLÈ
8
INTRODUCTION
L’école camerounaise est un terrain en friche qui n’a pas souvent été visité. Les anthropologues semblent avoir mis entre parenthèses les questions d’éducation. L’anthropologue américaine Margaret Mead (1977 : 210) avait déjà dénoncé ce fait en écrivant, à propos de son ex-époux lui aussi anthropologue, Réo Fortune :« Réo décida qu’il s’occuperait de la culture, et me laisserait la langue, les enfants, les techniques ». De nos jours, parce que soucieuse de totalité, l’anthropologie de l’enfance explore les champs de la psychologie du développement et des tendances plus conformes à son objet. D’où l’analyse des représentations symboliques de l’enfance et des rituels auxquels celle-ci donne lieu. Mais aussi, l’examen des pratiques de soins de la prime éducation ainsi que les modalités d’insertion familiale et sociale du jeune apprenant.
Les recherches faites dans le système éducatif camerounais révèlent que de nombreux dysfonctionnements restent tabous. C’est le cas de la violence qui s’y enracine chaque jour au grand dam de la communauté éducative. On peut même se demander si les professionnels de l’éducation et les autres membres de la communauté éducative ne veulent pas se faire les complices de ces violences banalisées ou cachées. Pourtant, l'école n'est pas indépendante de la société et l'analyse de la violence scolaire dépasse le champ de l'éducation et renvoie aux dimensions politique, idéologique et culturelle. Le système scolaire a été décrit comme un instrument de reproduction des positions sociales inégales. L’institution scolaire joue un rôle dans la bonne ou mauvaise gestion des désordres scolaires.
Le thème de la violence scolaire que nous abordons dans cet ouvrage, malgré sa faible médiatisation au Cameroun, le