Langues nationales, langues de développement ?

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Peut-on dire qu'il y a des langues de développement ? L'expérience nous montre que les pays qui s'arrachent au sous-développement ont tous une forte identité portée par une ou des langues nationales. Quels sont les dangers liés à l'hégémonie de certaines langues et comment les utiliser sans pour autant se soumettre à leur domination ?

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Date de parution 01 mars 2011
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EAN13 9782296801554
Langue Français

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Langues nationales, langues de développement ?
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54226-6 EAN : 9782296542266
Rachida Yacine Langues nationales, langues de développement ? Identité et aliénationL’Harmattan
INTRODUCTION Rachida Yacine  Langue, identité, développement semblent des concepts très profondément liés : la langue est un des fondements de l’identité mais celleci est assurément renforcée par le développement de la communauté considérée. En outre ce développement n’est possible qu’enraciné dans le mouvement culturel et social qui fonde l’identité du groupe : il n’y a pas de développement excentré, c’estàdire qui serait impulsé par des forces extérieures non relayées par la dynamique autocentrée de la communauté nationale, dynamique qui a tant à voir avec son identité largement fondée sur sa langue (ou ses langues dans le cas d’une nation multiculturelle qui dispose de plusieurs langues nationales).  Notre époque crée à ce sujet des ambiguïtés : d’une part 50 ans après les indépendances un grand nombre de pays doit encore passer par la langue du colonisateur qui reste bien implantée dans les secteurs scientifiques, techniques,
économiques, administratifs, politiques, d’autre part la mondialisation a imposé l’Anglais qui, s’il est une langue internationale reconnue, ne s’identifie pas à l’expérience communautaire, linguistique et identitaire, des pays individuels. Ce n’est certes pas la première fois que la langue économique n’est pas la langue nationale de nombreux acteurs du développement et cela ne devrait pas poser de problème aussi longtemps que la langue nationale est forte. Le Japon a adopté, adapté et dépassé en efficience et en créativité les dynamiques au début étrangères qu’il empruntait pour se développer parce que son identité propre était d’emblée très forte et créatrice. Une autre façon de se situer dans une dynamique qui montre que l’hiatus entre un pays et l’économie mondiale liée à des langues étrangères (coloniales par exemple) est surmonté, serait à chercher dans l’appropriation de ces langues, leur domestication par le pays dominé ou autrefois dominé. Il y a certes des illusions entretenues par les tenants de la francophonie ou de l’anglophonie (parce qu’ils veulent imposer leur langue comme instrument naturel pour leurs anciennes colonies) à l’égard de ce procès, mais il ne faudrait pas non plus sousestimer la capacité des peuples à faire d’un instrument de domination un instrument de libération.  Cet ouvrage est né de l’expérience d’une conférence internationale que j’ai organisée à l’Université d’Oran (apprentissage des langues et développement, Oran, février 2010) et des relations entretenues depuis longtemps avec divers membres de la communauté scientifique internationale (notamment nos relations avec le CICC de l’Université de Cergy en France et le SARI, Société d’Activités et de Recherches sur les mondes Indiens). Il aborde le problème du lien entre les langues, les identités et le développement.  Dans unepremière partie nous étudierons les pièges que recèlent les langues étrangères imposées comme langues de développement. Lalita Jagtiani, de l’Université du Havre, est spécialiste de linguistique (Universités de Bangalore en Inde et de Leeds) et  8
de littérature indienne. Elle est membre du SARI. Elle s’est penchée sur la question des savoirs et des discours dépendants de situations et de rapports sociaux inégalitaires. Avec le professeur Michel Naumann, de l’Université de Cergy Pontoise, président du SARI, elle étudie à cet effet un roman indien, situé au XIXe siècle, qui décrit une expérience scientifique (imaginaire) sur des êtres humains. La fonction même de la littérature est largement de mettre en question les discours. K. Basu, l’auteur de ce roman intituléRacists, montre que les langues les plus scientifiques en apparence sont en réalités lestées de présupposés idéologiques et de déterminations racistes, impérialistes et financières. Dans un second chapitre Michel Naumann s’attaque au discours d’émancipation de l’Occident pour en montrer les ambiguïtés. Il lui semble ainsi que la description de l’abolition de l’esclavage, loin de constituer un acte de repentance d’une civilisation coupable d’un crime contre l’humanité, devient un moyen de la célébrer et de nier à l’autre, esclave et Africain, la condition de sujet qui lui assure une place créatrice dans l’histoire et le développement. Ces discours sont tout à fait contemporains. Utiliser la langue du colonisateur c’est, parfois, vivre dans la gueule du monstre. Le professeur Brigitte Lestrade , germaniste de l’Université de CergyPontoise, étudie de son côté la prise de conscience en Allemagne de la nécessité d’alphabétiser en Allemand les travailleurs turcs. La langue de développement et d’intégration au pays hôte peut alors n’être qu’un outil au service des employeurs mais il apparaît que la communauté turque faisant de plus en plus partie de la communauté nationale cet enseignement doit viser beaucoup plus haut et se mettre aussi à l’écoute de ceux à qui il s’adresse puisqu’il s’agit de former de futurs citoyens. Uneseconde partiede la résistance des dominés à traite l’influence de la langue du dominateur. Deux interventions la constituent. Abdoulaye Dione est sénégalais. Il a obtenu un doctorat à l’Université de Cergy. Son sujet était le roman africain anglophone et la traite atlantique. Mais il aborde dans son  9
article un autre sujet. Il nous présente un romancier de son pays, C. H. Kane, dont les héros vont parfois, au nom de l’identité africaine et musulmane, menacée par l’école coloniale qui impose le Français comme langue des savoirs, jusqu’à affirmer qu’ils auraient renoncé au développement si cela avait été le prix à payer pour rester euxmêmes. Il s’agit là d’une approche de philosophe et de mystique qui nous parvient par l’intermédiaire d’une œuvre littéraire puissante et de très grande valeur. Une approche tout à fait différente, politique, idéologique, linguistique, poétique, est représentée par Dox, poète et militant révolutionnaire. Elle nous est décrite par Mme Dominique Ranaivoson, MCF à l’Université de Metz, spécialiste reconnue de littérature malgache. La stratégie révolutionnaire de cet auteur tente de remettre au centre de la vie culturelle de son pays la langue nationale qui en avait été délogée. Pour lui il n’y a pas d’identité sans langue nationale forte et pas de développement autocentré et réel sans identité forte. Latroisième partie de cet ouvrage est centrée sur l’apprentissage des langues, les méthodes, les institutions concernées et les stratégies impliquées. Universitaires roumaines, venues d’un pays qui est un fleuron de la francophonie tout en ayant produit une littérature de qualité exceptionnelle en langue roumaine, Viorica Banciu et Claudia Leah veulent impulser de nouvelles méthodes d’apprentissage des langues qui respectent la culture de l’autre et permettent l’instauration d’un dialogue. Quant à moi je tente de décrire la problématique algérienne de cette question en insistant sur la responsabilité de l’enseignant et des programmes. J’ai laissé au professeur Michel Naumann le soin de tirer une conclusion de nos recherches. Il rappelle qu’une langue est toujours double. Elle peut affirmer d’une part une identité fermée et impérieuse mais elle est en même temps, par nature, toujours capable d’impulser une identité ouverte. Les institutions, méthodologies, stratégies d’apprentissage,  10