Le mariage au Mali
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Description

Au Mali, il y a le mariage religieux, le mariage civil et le mariage coutumier. Les mariés, quand ils passent à la mairie, signent pour la monogamie ou pour la polygamie. L'excision pour les filles demeure largement pratiquée, et chacun a son avis sur la question... Sont proposées ici les synthèses de cinquante neuf entretiens individuels sur leurs expériences du mariage.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2010
Nombre de lectures 104
EAN13 9782296932036
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le mariage au Mali. Témoignages
Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa
Dernières parutions
Gisèle FOTSO, L’enseignement de l’arabe au Cameroun, 2009.
Jean-Emet NODEM, Vente de médicaments à la sauvette à l’Ouest-Cameroun, 2009.
Alexei JONES, L’institutionnalisation de la participation de la société civile dans les politiques de développement, 2009.
Elie SADIGH, Afrique, le continent pillé. Atouts, handicaps, perspectives et propositions, 2009.
Dr GUIBLEHON Bony, Neveux et esclaves dans les rites funéraires chez les Wè et les Anyi-bona de Côte d’ivoire, 2009.
Stéphane SCRTVE, La crise de la démocratie en Afrique, 2009.
Henriette MANGA NDJIE BINDZI MBALLA, Les Pygmées face à l’école et à l’État, 2009.
Serge Armel ATTENOUKON, L’Afrique : poubelle de l’Occident ? La gestion des déchets dangereux, 2009.
Cédric ONDAYE, Comprendre les enjeux bancaires en Afrique Centrale, 2009.
Laurier Yvon NGOMBE, Le Droit d’auteur en Afrique, 2009.
Roger KAFFO FOKOU, Cameroun : liquider le passé pour bâtir l’avenir, 2009.
André YABA, Proverbes et idiotismes de sagesse des Bandzèbi. Gabon – Congo-Brazzaville, 2009.
Ferdinand BAKOUP, L’Afrique peut-elle gagner sa place dans la mondialisation ?, 2009.
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Essè AMOUZOU, Pauvreté, chômage et émigration des jeunes Africains. Quelles alternatives ?, 2009.
Damien MEKPO, Pour une économie centrée sur l’Homme en Afrique, 2009.
Momar CISSÉ, Parole chantée et communication sociale chez les Wolof du Sénégal, 2009.
Mamadou Aliou BARRY, L’armée guinéenne. Comment et pour quoi faire ?, 2009.
Papa Ibrahima DIALLO, Les Guinéens de Dakar : migration et intégration en Afrique de l’Ouest, 2009.
Solène LARDOUX


Le mariage au Mali. Témoignages


L’Harmattan
© L’HARMATTAN, 2009
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-10858-5
EAN: 9782296108585

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
Note de l’auteure
Le mariage en Afrique de l’Ouest est un sujet de grand intérêt non seulement pour les démographes, mais bien entendu plus encore pour les Ouest-africains puisqu’il représente une des étapes les plus importantes dans leur vie. Au Mali, la pratique du mariage est presqu’universelle et peut avoir lieu à un très jeune âge de la femme, surtout en milieu rural. Les résultats des enquêtes démographiques et de santé (EDS) rendent compte d’une relative stabilité de l’âge au premier mariage avec un âge médian de 15,7 ans en 1987 pour les femmes de 20-49 ans au moment de l’enquête, de 16 ans en 1995, de 16,5 ans en 2001 et 16,6 ans en 2006 pour les femmes de 25-49 ans. Pour les hommes de 30-59 ans, les âges médians au premier mariage étaient de 25,8 ans en 1995 et en 2006. L’écart d’âge entre conjoints a diminué entre 1987 et 2006 où il est passé de 9,8 ans à 7,4 ans.
Le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, et de leurs familles, ayant été légitimée et reconnue par les parents et la communauté. L’entrée en premier mariage correspond à un processus au cours duquel ont lieu le paiement de la dot, les cérémonies : religieuse musulmane, coutumière et civile, le début de la corésidence des époux et l’arrivée du premier enfant. Selon les expériences individuelles, ces étapes ne sont pas toujours toutes observées et peuvent l’être à des intervalles plus ou moins rapprochés.
Le mariage est polygame (un homme ayant plusieurs femmes) ou monogame. La pratique de la polygamie est très importante au Mali et est plus répandue en milieu urbain qu’en milieu rural ; en 1987 45 % des femmes en union étaient en union polygame et en 2006 elles étaient 40 %. La proportion des femmes vivant en union polygame augmente avec l’âge et à 45-49 ans plus de la moitié des femmes en union sont en union polygame.
Traditionnellement les démographes ont considéré l’âge du mariage des femmes comme le moment du début de l’exposition au risque de grossesse et comme un facteur associé au nombre total d’enfants nés. Or, dans le cas présent, le faible recul de l’âge au mariage pourrait cacher des changements. Ainsi certaines mutations en cours s’observent dans la nature des cérémonies, les séquences dans lesquelles celles-ci ont lieu et les membres de la parenté qui sont impliqués.
Le Mali est l’un des pays du monde où le niveau de fécondité demeure le plus élevé. En 2006, l’indice synthétique de fécondité (ISF) des femmes entre 15 et 49 ans, était de 6,6 enfants par femme au niveau national soit de 4,8 enfants à Bamako et 7,2 en milieu rural ; le niveau de fécondité a peu changé depuis 1987 où il était de 6,9 enfants par femme (5,4 à Bamako et 7 en milieu rural), et même depuis 1960-61 où le niveau de fécondité, sans doute surestimé, était de 7,4.
En 2004, grâce à une bourse de l’université de Pennsylvanie à Philadelphie, j’ai pu réaliser, aidée par des chercheurs et enquêteurs locaux, une enquête qualitative sur les mariages au Mali. J’ai mené des entretiens semi-directifs dans plusieurs villes et villages répartis sur l’ensemble du territoire. Les répondants sont des femmes et des hommes de plus de 18 ans, qui ont même pour certains plus de 50 ans, mariés au moins une fois. Les habitants de Bamako interviewés ont été socialisés dans la capitale. Dans les villages les pratiques traditionnelles sont toujours largement répandues et les répondants ont été interrogés en plusieurs régions du Mali aux différentes ethnies. Assez de répondants ont été interrogés pour que l’on note des répétitions dans les descriptions. Dans chaque village ou quartier, en moyenne huit entretiens étaient conduits par l’auteure et des enquêteurs locaux, auprès de femmes mariées et d’hommes de générations distinctes ainsi que des personnes ressources telles qu’un imam, une présidente d’association de femmes et un enseignant.
Par respect de l’anonymat, il n’est mentionné ici aucun nom de personne, même les initiales sont fictives. Nous remercions toutes celles et ceux qui ont bien voulu nous aider dans nos recherches ainsi que l’État malien pour son accueil. « Aw ni ce » merci.
I. Bamako, Lafiabougou (Bambara)
Témoignage n° 1 de madame R. L., divorcée, un enfant
Mes parents m’ont promise à l’ami de mon père. Ils m’ont consultée et moi j’ai répondu que je ne m’opposais pas à leur volonté. Si j’ai agi ainsi c’est uniquement à cause des parents, et surtout à cause de ma maman, pour respecter sa volonté. Je connaissais cet homme car il venait de temps en temps chez nous.
Pour faire sa demande l’homme a apporté dix kolas {1} puis vingt kolas, trente kolas, ensuite le grand panier de kolas est venu avec la dot. Je n’ai été au courant de rien de précis, c’est mon père qui gérait tout, même ma mère n’avait pas le droit d’intervenir. Je sais qu’il y a eu aussi une valise avec des habits, des pagnes, des tissus. Je n’ai touché à rien parce que je n’avais pas le droit de le faire, là, c’est ma mère qui s’en est occupé. Après la troisième kola, le mariage religieux a eu lieu. Il s’est passé un mois environ entre la cérémonie religieuse et la cérémonie civile. C’était à mes treize ans.
Pour le mariage civil, vers 8 h 30, ils sont venus me chercher. Vers 9 h, il y a eu la cérémonie chez le maire. Les alliances ont été échangées. Le mari avait tout payé : la robe, la coiffure, les bijoux, les chaussures … Après la mairie on m’a ramenée directement chez mes parents. L’après-midi on m’a lavé la tête, les mains, les pieds, et la nuit les sœurs de mon mari et la magnomagan {2} sont venues me chercher pour m’emmener chez mon époux, il y avait là aussi sa marraine, la coépouse de sa mère et ma marraine. Ils ont tenu une réunion et ma marraine a rappelé mes droits à mon mari : ne pas m’insulter, ne pas me maltraiter (bissani nindia, ne pas me frapper avec un fouet), s’occuper de moi et m’entretenir en habits, nourriture, soins etc., ne pas insulter mes parents - ce qui est une cause de rupture du mariage.
Puis tous les invités sont partis sauf la magnomagan qui est restée une semaine, elle passait la nuit dans le salon, me faisait de la bouillie, mettait du beurre dedans et je buvais, elle m’habillait, me lavait et m’accompagnait quand je devais sortir, bref elle s’occupait de moi.
C’était la première nuit que je passais avec un homme, j’étais enfant, je gardais mon slip tellement que j’étais gosse ! Nous avons eu des rapports sexuels dès cette première nuit. Comme il m’a trouvée vierge, il a donné des cadeaux à la marraine et à ma maman pour les remercier d’avoir su bien me garder. Elles ont aussi reçu des poulets, du beurre, des noix de kola et de l’argent. Pendant les sept jours qui ont suivi, j’ai dû rester dans la chambre, je ne faisais rien. L’homme, après trois jours, a pu partir vaquer à ses occupations mais il revenait le soir.
Après cette semaine, on m’a ramenée chez ma mère et le soir on a chargé mes bagages pour m’emmener définitivement chez mon mari. C’est là que j’ai rencontré son autre épouse, car mon mari était polygame. On vivait tous dans une seule cour. On m’a appris comment faire la cuisine et comment m’occuper de mon mari. Après quarante-cinq jours d’apprentissage, cela a été à mon tour de prendre les choses en main. J’ai invité tout le monde : sœurs, frères, amies.
J’ai eu mon premier enfant à quinze ans. J’étais chez mon mari et tous les deux on s’est occupé de l’enfant. Avec la coépouse, on partageait la cuisine – deux jours de cuisine et deux nuits par femme. Mon arrivée n’avait pas plu à la coépouse, chaque fois elle faisait des histoires. Après trois ans de mariage, on ne s’entendait plus avec mon mari, je suis donc partie. Je suis retournée chez mes parents, ensuite ont commencé les médiations.
Mes parents ont convoqué mon mari pour qu’il s’explique, il a refusé de venir ; une année après, mon père lui a encore envoyé quelqu’un, il a répondu qu’il ne viendrait pas parce je n’étais pas restée chez lui. J’ai passé cinq années dans l’attente et après j’ai dit à mon père que je voulais divorcer. J’ai introduit une demande de divorce au tribunal suite aux conseils du frère d’une copine. J’ai dû payer. La sixième année j’ai obtenu mon papier de divorce, et cette même année j’ai mis l’enfant à l’école. Le fait que mon mari soit resté cinq ans sans venir me chercher m’a favorisée. La loi exige qu’on ne laisse pas sa femme plus de trois ans, et dans la coutume c’est trois mois. Après la confirmation du divorce j’ai récupéré mes bagages, d’ailleurs c’est le mari lui-même qui les a envoyés.
Au moment du divorce, le tribunal a condamné mon mari à me payer des dommages et intérêts. L’avocat m’a dit que quand l’enfant aura trois ans si son père demande à le voir, je dois le laisser partir, de même si l’enfant veut aller chez son père, je ne dois pas l’en empêcher. Quand l’enfant a demandé à partir, j’ai transféré son école chez son père.
Lorsque j’étais petite, j’avais été excisée, c’est bien, parce que si au moment de l’accouchement l’enfant touche le clitoris il va mourir, et puis si l’homme se rend compte que sa femme n’est pas excisée, le mariage n’aura pas d’avenir, donc si j’ai une fille je la ferais exciser, c’est comme ça chez nous. Mon garçon a été circoncis.
Pour ce qui est de dire ce qui fait un bon mari, c’est difficile, je n’ai pas de mari pour le moment, et c’est Dieu seul qui définit le bon et le mauvais. Mais en tout cas, la polygamie, ce n’est pas bon, il n’y a pas d’entente entre le mari et la femme, et même s’il y a entente, c’est différent quand vous êtes seule.
Témoignage n° 2 de monsieur C. T., deux enfants
J’aurais aimé me marier avec une fille que j’avais choisie mais malheureusement ça n’a pas marché, ses parents n’étaient pas d’accord. Ma première épouse a été ma cousine, raison pour laquelle on me l’a donnée en mariage. Je la connaissais depuis qu’elle était petite. Nos familles alors étaient même contiguës, il n’y avait qu’un mur qui nous séparait. J’ai donc écrit à ma cousine pour lui demander si elle acceptait de se marier avec moi et elle a dit oui, alors j’ai déposé une kola. Mais à la première kola, ses parents n’ont pas voulu, on a envoyé d’autres kolas et là ils ont été d’accord. Il a fallu payer la dot de 50 000 CFA, ce sont mes parents qui ont presque tout réglé.
Au mariage religieux, les parents des deux mariés doivent être présents. Cela se passe à la mosquée. Mon père étant décédé, c’est mon oncle paternel qui s’est chargé de l’organisation du mariage religieux, on fait ça un jeudi ou un dimanche après la prière de 16 h. Juste après le mariage religieux, il y a eu « la chambre nuptiale. » Selon la coutume, l’homme et la femme restent dans la chambre pendant une semaine, mais ça n’est pas tellement respecté, certains passent la nuit et le lendemain ils vont au boulot. La femme généralement, elle reste. Moi, j’ai respecté la semaine mais ça ne m’a pas empêché d’aller travailler. Il y avait une vieille qui s’occupait de nous, elle nous donnait de l’eau à boire, elle lavait les habits, préparait de la bouillie - les hommes n’aiment pas la bouillie, ce sont les femmes qui en prennent. Il y avait aussi du poulet, du riz. Les parents, les amis apportent à manger, cela peut venir de la belle-famille ou des copains et de leurs femmes. Souvent on tue une bête, moi j’ai payé un mouton et des poulets - à ce moment-là, le mouton ne dépassait pas 20 000 ou 25 000 CFA.
Deux ans après le mariage religieux, on a fait le mariage civil à la mairie. Il avait fallu attendre parce que ma femme continuait ses études. Pendant deux ans on n’a pas habité ensemble, elle venait chez moi, mais elle n’y habitait pas, et c’est seulement après le mariage civil que l’on a vécu tous les deux dans ma famille. Mais elle étudiait encore, elle faisait le second cycle. Finalement elle a abandonné les études. Le mariage civil s’est déroulé un dimanche matin à la mairie. Il n’y avait pas beaucoup de monde. Malgré tout, on a eu encore des dépenses. La mariée portait sa robe de mariage avec ses bijoux et il y avait eu un montant à payer à la mairie. A la sortie, les parents qui étaient restés dehors nous ont salués et nous sommes partis à la maison. La griotte de la famille, la conteuse, nous accompagnait. A la mairie, on peut signer pour la monogamie ou la polygamie, moi j’ai signé la monogamie.
Je n’ai jamais aimé la polygamie parce que pour moi ça a trop d’inconvénients, quand on est d’un pays pauvre et que l’on se marie avec deux, trois, quatre épouses, on ne peut pas les prendre en charge. Sinon je suis d’une famille polygame, mon père avait trois femmes qui vivaient dans le même ménage, chacune des femmes, chaque jour, avait la responsabilité du repas, et en cas de maladie ou de déplacement, une coépouse était obligée de prendre en charge la cuisine.
J’étais enfant de la première femme mais je ne restais pas avec ma propre maman. A l’époque c’était comme ça, la maman ne s’occupait pas de son enfant. Je suivais toujours ce qu’on appelle « une marâtre », une coépouse qui s’occupait de moi, me lavait, lavait mes habits, elle était la seule responsable. Ma vraie mère n’avait pas un grand rôle à jouer, elle n’avait pas le droit de dire à « la marâtre » : « Ne fais pas ça à mon fils. » A présent chaque femme s’occupe de son propre enfant, et pourtant on voit beaucoup d’enfants qui ne sont pas bien éduqués. Avant, un enfant qui se comportait mal était corrigé même par un autre parent, c’est le contraire qui se passe présentement : tu touches à un enfant d’autrui tu as des problèmes !
La polygamie a cependant de bons côtés s’il y a une bonne union et si les tâches sont partagées. Actuellement la polygamie semble avoir plus d’inconvénients que d’avantages parce qu’il n’y a plus d’union entre les gens. Pourquoi pratiquait-on la polygamie autrefois ? Il y avait un problème de culture : plus tu as de femmes, plus tu as d’enfants, plus tu as de bras valides pour travailler dans les champs, et quand les parents sont vieux, les enfants doivent assurer la relève et s’occuper à leur tour des parents.
Témoignage n° 3 de madame N. S., divorcée, mère de plusieurs enfants
J’ai rencontré mon futur mari chez mon oncle, le jeune frère de mon père, je n’avais aucun lien de parenté avec lui. Il est venu voir mon oncle disant qu’il me voulait en mariage alors qu’il y avait déjà plusieurs personnes qui voulaient se marier avec moi. J’avais quatorze ans. Comme chez nous la tradition c’est la kola, il a donc avancé les trois kolas. A chaque fois il donnait dix kolas, plus 50 F. Puis il a donné un panier et 50 000 CFA. Comme j’étais très demandée, il était pressé de tout régler rapidement. Mes parents ont accepté que cet homme devienne mon mari. C’est le Bon Dieu qui l’a voulu, je lui étais destinée ! Mais mes parents ne le connaissaient pas, personne de la famille ne connaissait son caractère. Mon père adoptif, car je n’ai pas connu mon père qui est décédé quand j’étais en bas âge, avait simplement dit qu’il fallait que je me marie dans la même ethnie.
Le mariage s’est fait à la mosquée dans le village de mon père adoptif. Il n’y a pas eu de mariage civil. Mon mari était un artisan. Le mariage à la mairie existe surtout pour garantir les droits d’héritage de la femme dans le cas où son mari est fonctionnaire, ce n’était pas le cas. J’ai reçu deux pagnes, deux grands boubous, deux camisoles, deux paires de chaussures, deux mouchoirs de tête, plus 5 000 F, c’était la dot. Après, il y a eu encore deux mois avant que j’aille chez mon mari pour la vraie union entre nous. J’étais à l’école et la question se posait de savoir si oui ou non je devais interrompre mes études, ce que j’ai fait finalement.
Pour célébrer le mariage coutumier, il y a eu le tam-tam, le djembé {3} et le ntamani {4} . La nuit on m’a lavée, après je suis partie chez mon mari pour la chambre nuptiale. Mon mari m’a donné 20 000 F comme cadeau, à l’époque c’était une grosse somme. Il y avait une conseillère, la magnomagan, une parente à moi, elle m’a dit de respecter mon mari, de me soumettre à lui, de respecter les beaux-parents, elle m’a parlé de la cohésion de la famille et des questions sur les rapports sexuels. J’ai appliqué ses recommandations, mais j’avais déjà reçu une bonne éducation dans ma famille et partout où je vais, je fais comme chez mes parents. La magnomagan était là pour préparer la bouillie, la tradition est de ne donner que de la bouillie à la femme mariée, on lui donne seulement le bouillon, juste le jus. Moi-même je n’ai rien compris parce que quand je suis retournée à la maison, je suis tombée de faiblesse ! On raconte que quand la mariée prend des aliments lourds, elle est tout le temps dans les toilettes pour la selle, ce qui n’est pas recommandé.
Mon mari n’avait pas d’autres épouses. La polygamie est d’une autre époque et moi je suis contre parce que beaucoup d’hommes prennent plusieurs femmes sans pour autant subvenir à leurs besoins. C’est pourquoi tu vois beaucoup de femmes faire du commerce, c’est uniquement pour se prendre en charge elles-mêmes. Et puis, les hommes ont toujours une préférence entre les femmes, ce qui pose souvent des problèmes ! Les hommes ne sont pas corrects envers les femmes. En Afrique les coépouses ne peuvent pas s’entendre, il y a toujours des tensions entre elles. En principe on ne doit pas mettre ensemble les coépouses, pour qu’elles ne soient pas frustrées à cause de gestes que le mari fait vis-à-vis de l’une au détriment de l’autre. Si elles sont éloignées, elles ne le sauront pas, sinon de telles pratiques tuent la femme.
Mais je vois des différences entre mes propres mariages (puisque j’ai ensuite divorcé et que je me suis remariée) et celui de mes filles. Par exemple, ma première fille étudiait quand son mari a été muté pour son travail, alors que toutes les cérémonies du mariage n’étaient pas encore accomplies. Son mari est allé voir le père de ma fille, mon ex-mari, pour lui demander l’autorisation d’emmener tout de même sa femme avec lui, le père a accepté de peur qu’un autre homme ne la détourne. Après leur retour, ils ont organisé le mariage.
Quant à l’excision, une autre tradition qui ne date pas d’aujourd’hui, on l’a trouvée avec nos parents et on continue de le faire, donc j’ai fait exciser mes filles. J’ai vu ici, quatre femmes qui étaient divorcées parce qu’elles n’avaient pas été excisées. L’excision c’est pour diminuer la sensibilité chez la femme. Actuellement les femmes font beaucoup d’adultères surtout si elles ne sont pas excisées. Chez nous, le jour de l’excision on fait également balafrer les tempes, on perfore aussi les oreilles.
Ce que je peux ajouter c’est qu’à l’heure actuelle, il n’y a plus de mariage, les hommes ont démissionné et le mariage ne tient qu’aux femmes. Un exemple : il y a une fille à côté dont on avait demandé la main depuis qu’elle était petite, mais la fille a eu une grossesse avant le retour de son prétendant qui avait mis du temps à venir. Alors le père l’a renvoyée de chez lui ; sa marâtre, sa belle-mère, est venue la confier à l’un de ses frères, où elle a encore eu une autre grossesse avec un autre homme. La fille, qui n’est toujours pas mariée, souffre de cette situation.
Témoignage n°4 de madame A. N., mère de famille et griotte
J’ai rencontré mon mari par l’intermédiaire d’une amie, chez elle, on s’est vu et on s’est plu. Il a dit qu’il souhaitait se marier avec moi et j’ai accepté. Donc il est parti expliquer ça à ses parents et moi j’ai fait la même chose avec les miens. Les parents de mon mari ont demandé à me voir car faire un mariage sans voir la femme ce n’est pas possible, c’est comme acheter un cheval sans le voir. Je suis partie dans leur village, ses parents m’ont considérée et m’ont aimée. Alors les premières kolas ont été versées, d’abord dix kolas, plus 500 F. Pour avoir une femme en Afrique, on fait comme ça. Si les parents de la femme acceptent, vous venez encore avec trente kolas plus 1 500 F. Il y en a certains qui donnent un panier de kolas plus 100 000 F, d’autres un panier de kolas plus 200 000 F pour les jeunes filles ! Pour celles qui sont déjà mariées ou divorcées, on paie 20 000 F ; si on ment, si la femme a déjà été mariée ou si elle est divorcée, on doit rembourser.
Ensuite il faut faire le mariage religieux, donner une date fixe pour le mariage. Ce sont les parents du mari qui décident, tout dépend d’eux à ce moment, ce sont eux qui ont en charge la femme ; ils vont tout payer : la robe de mariée, les chaussures, le maquillage, les photos, un sac de riz, un mouton, plus 20 000 F pour les parents de la femme. Chez les musulmans le mouton est égorgé dans la journée pour le repas. On peut faire le mariage religieux avant le mariage civil afin qu’il n’y ait pas trop de monde. Les sœurs du mari vont chercher des pagnes, le mari donne une certaine somme pour acheter quelques habits et ce sont les sœurs qui complètent. Quand nous avons été mariés religieusement avec mon mari, nous nous sommes vus régulièrement, il venait chez mes parents et je venais chez les siens.
Pour le mariage civil, le mari va faire une première déclaration à la mairie où on va lui donner une date : dans quinze jours, dans un mois. Le mariage civil peut avoir lieu pendant la matinée et le mariage religieux pendant l’après-midi ou l’inverse, Le jour du mariage civil, un matin, on est allé à la mairie. Il y avait deux témoins, ceux de la femme et ceux du mari. Toutes les dots avaient été payées. Après le mariage civil, on a fait le cortège pour aller saluer les gens, on est venu à la maison et on est allé danser. On est parti aussi saluer les parents de mon mari, derrière le fleuve. Les réjouissances ont lieu chez le mari mais ce sont les parents de la femme qui paient pour les tam-tams et la griotte. Le mariage a duré environ une semaine. Les marraines, les sœurs, la magnomagan (la conseillère) accompagnent en voiture la femme chez son mari.
Moi, j’ai dû attendre un mois entre le mariage civil et l’entrée chez mon mari, car mes parents n’étaient pas prêts pour les dépenses dont ils avaient la charge. Le jour d’entrée chez le mari, vers le crépuscule, les femmes se rassemblent et amènent une calebasse remplie d’eau. Les marraines, les sœurs, les voisines viennent former un cercle autour de la femme. On dit devant elle ce qu’elle a fait à la maison : elle a bien travaillé, elle a respecté ses parents, elle a bien aidé la famille et on lui lave les mains, les jambes, la figure, la tête en la couvrant d’un pagne noir. Alors, elle est prête, elle rentre dans sa chambre ; la petite ou la grande sœur du mari reste avec elle et on attend patiemment le moment venu d’emmener la mariée chez son mari. Lui, il attend chez lui. Mais on va chercher une autre chambre pour que les nouveaux mariés passent sept jours ensemble, ce sont les jours de noce, les nuits de noce. La femme restera camouflée sous la moustiquaire, même s’il fait chaud, pendant une semaine du matin au soir sauf le moment où elle va se laver, c’est la loi africaine. La nuit, le mari vient se coucher avec sa femme. Pendant tout ce temps, la magnomagan prépare la bouillie pour donner à la femme, elle lui prépare l’eau pour se laver, elle l’aide. Le mari part passer la journée chez lui, il mange normalement, il peut recevoir des amis. Des visiteurs viennent aussi voir la mariée, ses copines, ses parents. Le mari fait des cadeaux à sa femme, de l’argent, des bagues d’alliance, des bracelets en or.
Le matin du septième jour, de très bonne heure, on m’a accompagnée à la maison de mes parents pour déménager. Ma mère et mes cousines m’avaient préparé deux grandes valises remplies d’habits, plus des ustensiles de cuisine, des calebasses, des meubles aussi, une armoire, un frigo, une coiffeuse, un matelas, des fauteuils … Ce sont mes parents qui ont tout payé, ils avaient tout prévu parce que je suis fille unique.
Ma première enfant est née en 1979, à peu près quatre ans après le mariage. J’avais déjà eu un contact physique avant le mariage religieux avec mon mari, mon premier rapport sexuel avec un homme c’était en 1971-72, et dans de bonnes circonstances, c’était un ami. Aujourd’hui, j’ai de grands enfants et qui ne sont pas encore mariés et je fais la griotte. J’aide mon mari. Au cours des mariages, religieux ou civils, je chante des louanges, des bénédictions et je danse. Certains mariés veulent que les griottes viennent pour donner de la joie, d’autres ne le veulent pas comme les Wahabias, eux ils n’aiment pas les griots, c’est dans leur religion. Les familles gardent toujours les mêmes griots. Il y en a plusieurs sortes : les Kouyatés ce sont les principaux en Afrique, les autres ce sont les Diabatés, les Konés, les Dounias, tous sont des Bambaras. Les griottes Kouyatés ce sont les vraies mais certains Kouyatés ne savent pas faire les griots. Il n’y a pas de prix fixe, ce sont les marraines qui nous paient, elles vont donner peut-être 2 000 ou bien 5 000 F, ça dépend de leur volonté. S’il y a une de nos amies qui a un mariage chez elle, elle nous appelle, et le jour venu, les marraines nous donnent la liste de ce que l’on va chanter. Les parents s’assoient pour nous écouter, on chante, les gens dansent. L’homme aussi a son griot, chez lui là-bas, chacun s’amuse de son côté. C’est aussi parfois le rôle de la griotte d’aller dans la chambre nuptiale pour accompagner les marraines et la magno magan muso, c’est-à-dire la conseillère.
Mon mari a trois épouses, je suis la troisième, il dit qu’il ira jusqu’à quatre comme l’autorise la loi. Il passe deux nuits avec chacune de ses épouses et il a une chambre particulière. Il est assez âgé. Il travaille, il a une bonne situation et s’occupe très bien de sa famille, il paie un sac de riz, un sac de mil, des condiments, tout. Je l’aide dans mon ménage. Avec mon propre argent, je m’occupe principalement de mes enfants. La polygamie cela existe toujours, mais vraiment il y a trop de polygamie ici ! Les hommes sont malins aujourd’hui, ils sont tous en train de signer pour la polygamie parce que s’ils signent pour la monogamie quand tôt ou tard ils voudront se marier une deuxième fois ce sera difficile : il faut demander l’autorisation à la première femme, il faut qu’elle accepte, et si elle n’accepte pas, l’homme devra divorcer. Pour éviter cela, il arrive que l’homme, s’il peut le faire, propose une somme d’argent 150 000,250 000,300 000 F.
Les petites préoccupations quotidiennes, c’est pour nous les femmes ainsi que les problèmes des enfants. Il y a aussi des conseils qui sont organisés entre nous. Il faut qu’on s’entende bien dans la famille. Mais, dans notre cas, la première épouse reste en dehors, elle n’est pas griotte, elle est Malinké Bamanan. Nous, les deux autres épouses, on est griottes, c’est la raison pour laquelle la première ne veut pas de contact avec nous, elle s’est séparée de nous ; elle habite dans la même concession, dans la même famille, mais elle ne nous cause pas ; elle est toujours dans sa chambre - avec sa politique ! Il n’y a pas de contact entre elle et son mari, il a peur d’elle, il l’a écartée. Par contre, entre la deuxième coépouse et moi, il n’y a pas de problème, et tous les enfants s’entendent bien. La deuxième coépouse a eu deux enfants, des garçons, le premier s’est marié l’année dernière, le deuxième aussi s’est marié avec une blanche en France. Mes filles disent : « On n’aime pas la polygamie parce qu’il y a trop de difficultés. » Elles trouvent que ce n’est pas très heureux comme situation. J’ai aussi deux garçons, ils prendront la décision eux-mêmes, mais l’homme a une bonne position quand il est polygame.
Moi, je n’ai pas été excisée mais mes filles l’ont été au baptême, sept jours après la naissance. C’est mon mari qui l’a voulu, ça ne m’a pas plu du tout. Sa mère a pris mes filles le matin de très bonne heure pour aller les faire circoncire sans me demander l’autorisation. Cela a duré une semaine. Ma troisième fille a perdu beaucoup de sang et j’ai dû m’occuper d’elle. Je suis contre parce que c’est dangereux et ça coupe aussi tout plaisir. Si on pouvait éviter ça, je serais très satisfaite. Il y a eu beaucoup d’accidents, là où nous sommes.
Entre mon mariage et le mariage d’aujourd’hui, il n’y a pas de très grandes différences. Seulement aujourd’hui il y a de l’excès : le cortège, la voiture, beaucoup de dépenses. Ce qui est mieux, c’est que de nos jours, ce sont les mariés qui s’occupent eux-mêmes de leur mariage et non plus uniquement les parents.
Témoignage n° 5 de madame A. C., mère de famille et épouse d’un monogame
Avant mon mari, aucun homme ne m’avait fait de proposition de mariage. Mon mari est le petit frère de l’époux de ma copine. Je l’ai rencontré dans une fête, je n’étais plus à l’école, j’avais à peu près 23 ans. On a fait quelques années ensemble jusqu’à ce que qu’on ait un enfant. On n’a pas attendu longtemps après la naissance de l’enfant pour se marier. Mon futur a envoyé les trois kolas à mes parents, et ces derniers ont annoncé la nouvelle à la famille. Le délégué de mon mari est alors venu demander à mes parents quelles étaient nos coutumes, les conditions qu’ils devaient remplir pour que le mariage ait lieu. Mes parents ont fixé la dot à 100 000 F plus un panier de kolas. Le fait que nous ayons eu un enfant n’a rien changé. Après avoir reçu la kola et la dot, mes parents ont de nouveau appelé tous les autres membres de la famille pour leur faire savoir que désormais il y avait un homme qui m’avait demandée en mariage et en même temps, ils les ont consultés. Après ça, mes parents ont fixé une date pour la célébration du mariage. Toutes les transactions ont été faites par les frères de mon père.
Aujourd’hui les jeunes ont ajouté d’autres festivités, par exemple pour le partage de la kola, ils font une petite fête. En ce qui me concerne, à peu près un mois après la kola, les cérémonies ont eu lieu : mariage civil et mariage religieux le même jour, puis une semaine de noce. J’avais 26 ans. Le mari a pris en charge tous les frais : 50 kg de riz, les condiments, 25 000 F. Il a donné 20 000 F pour le mariage religieux à la mosquée, avec des pagnes, des chaussures, des soutiens gorges, tout, des kolas et aussi la valise. La valise et l’argent sont donnés aux représentants de la mariée. Ceux qui étaient à la mosquée en mon nom, c’était mon père, son ami, le démarcheur et quelques femmes, même chose du côté de l’homme.
Pour la cérémonie de la mairie, le mari paie une robe de mariée, les frais de la coiffure, une paire de chaussures. Le matin il vient prendre la femme devant la porte de ses parents avec ses amis et ses parents à lui, et en un cortège on va à la mairie. Mon mari avait la voiture de l’un de ses amis. J’avais des tresses particulières pour ce jour-là.
L’après-midi vers 17 h, tous mes parents se sont réunis, ils m’ont fait asseoir sur un mortier pour me couvrir avec un pagne, ils m’ont lavé les pieds, les mains, le visage et ils ont fait un cercle autour de moi ; chacun a raconté ce que je lui ai fait dans la vie de bon comme de mauvais. Les parents de mon mari étaient là aussi pour parler de lui. Au crépuscule, les amis de mon mari sont venus me chercher en voiture pour m’amener dans la case nuptiale. La magnomagan m’a accompagnée. Au cours de ces journées, des visiteurs viennent parfois dans la chambre pour saluer mais ils ne peuvent pas me voir, je dois rester sous la moustiquaire. La magnomagan demeure dans une pièce voisine, elle ne parle pas du tout. Son travail est de préparer de la bouillie dans laquelle elle met des racines considérées comme aphrodisiaques et elle fait des incantations. Cette bouillie est très utile pour la femme, grâce à cela elle n’aura pas de difficultés sexuelles durant la semaine de noce. Il y a certaines vieilles femmes aussi qui mettent quelque chose dans l’eau de la jarre, chacune a ses secrets. Si le mari trouve que la femme est vierge, il peut donner des cadeaux, de l’or, de l’argent. Moi, j’avais eu une relation sexuelle avant mon mariage avec un autre homme que mon mari.
Le matin du huitième jour, on m’a ramenée chez mes parents. Mon mari a envoyé un panier de riz, de l’huile, du parfum, une natte et un peu d’argent pour ma nourriture. Toute cette journée, mes parents se sont affairés pour emballer mes bagages, compter le nombre de tasses, de vêtements, de paire de chaussures, bref tout ce qui doit accompagner la femme dans sa nouvelle maison. Vers 16 h, les parents de mon mari sont venus me chercher pour m’amener dans leur maison qui est aussi celle de mon mari, c’est alors que j’ai déménagé définitivement.
Avant le déménagement, mes parents m’avaient donné des conseils par rapport au mariage : comment me comporter avec mon mari, avec les parents de mon mari, comment gérer une famille, comment m’organiser pour faire face à tout ce qui m’attend. Ils m’avaient dit encore que l’honneur pour une femme est de se marier, c’est pourquoi je dois faire attention pour réussir mon mariage. La femme qui déménage chez son mari va rencontrer une nouvelle famille qui n’a pas la même éducation que celle qu’elle a reçue. Fonder une famille, pour une femme ce n’est pas un grand boubou qu’on porte quand on veut ( ce la sigi te dolokiba ye ) ! Les parents donnent tout ce qu’ils peuvent donner, ça dépend de leurs moyens. Tout est quantifié selon le nombre de pièces, mais pas l’argent qu’on a mis dedans. Une fois qu’on arrive chez les parents du mari, on reste quinze jours sans toucher à la cuisine. On assiste les femmes qui préparent les mets, c’est une période d’apprentissage et d’observation, et ce n’est que le seizième jour qu’on commence à faire la cuisine soi-même.
Mon mari n’a pas d’autres épouses que moi, mais à mon avis, la polygamie c’est bien, parce que si on signe pour la monogamie avec un homme, le jour où il va décider de se marier avec une autre femme, il ne pourra pas le faire aux yeux de la loi. S’il s’entête à le faire, c’est le cas le plus fréquent, il sera obligé de divorcer de celle avec qui il a signé la monogamie, donc maintenant, les femmes préfèrent signer pour la polygamie. On ne peut pas empêcher l’homme de ne pas se marier ou bien de ne pas aimer une autre femme. Moi j’ai signé pour la polygamie. Si les femmes s’entendent bien, ça va bien se passer, l’homme va avoir plus de moyens et de chances. Mais s’il y a des problèmes entre les femmes, ce n’est pas facile et c’est là que ça devient insupportable. Il devient difficile pour l’homme de rester dans la famille. Même les enfants ne vont pas s’aimer. Il y a certains hommes, une fois qu’ils se marient avec une seconde femme, ils ne vont plus s’occuper de la première - la dernière est toujours favorisée par rapport à la première ! C’est comme ça que les problèmes commencent à cause du manque d’équité que l’homme accorde entre les femmes. Nous les femmes, notre rôle est de gérer la famille, le quotidien…
Quant à mes filles, elles ne sont pas encore mariées. Une a été promise, mais il n’y a pas eu de célébration pour le moment, et c’est elle qui a trouvé le monsieur en question. Mes filles ont été excisées comme moi je l’avais été. On fait ça chez nous, de tout temps, c’est une coutume. Ce n’est pas bien de ne pas le faire, on le fait partout au Mali. Ce sont les « femmes forgerons » qui font cela (c’est une caste comme il y a la caste des griots). Il n’y pas de mal.
Témoignage n° 6 de monsieur A. K., monogame et père de famille
J’ai rencontré ma femme pour la première fois dans une cérémonie. On s’est vu, on s’est aimé. C’était à un baptême, c’était la volonté de Dieu ! Personne n’est intervenu entre nous. Je lui ai dit directement à ma manière, elle a compris, j’ai été de son goût. On s’est fréquenté six ans et puis un jour j’ai décidé de la demander en mariage pour qu’on puisse fonder un foyer, c’était une femme idéale pour moi. Elle était d’accord parce qu’elle m’aimait.
Mon grand-père a fait les démarches. Il est allé voir les parents de la fille, il a envoyé son griot pour parlementer. Les parents ont dit qu’il n’y avait aucun problème, qu’elle n’était pas promise à quelqu’un d’autre. A partir de là, on a envoyé les kolas et une somme de 100 000 F, plus une valise. C’est ma belle-sœur qui a financé, moi aussi j’ai participé. Entre la grande kola et la célébration de mariage, cela a pris encore beaucoup de temps, à peu près deux ans, car il faut beaucoup de temps pour préparer un foyer, ce n’est pas facile.
Avec ma femme, jusque-là, on ne vivait pas ensemble parce qu’elle était trop gardée, elle vient d’une famille d’un imam. Donc on s’est aimé, on s’est fréquenté de temps en temps. Elle venait chez moi mais pas tellement. Je lui faisais des cadeaux, c’est très normal, si on aime une femme. Il y a toujours des cadeaux, le jour des fêtes, on se donne de bonnes paroles, de l’argent, des mouchoirs, des choses comme ça. Avant elle, franchement je n’avais jamais pensé au mariage avec une autre femme !
Mon grand frère et mes sœurs ont dû faire beaucoup de démarches. Le mariage civil a eu lieu le matin. On est parti à la mairie tout simplement avec la famille, les voisins et les amis d’enfance. Ensuite on est allé faire des salutations dans la famille, et chez mon grand frère, dans sa villa, on a dansé. Le soir, vers 16 h, il y a eu le mariage religieux à la mosquée. J’ai simplifié mon mariage par rapport à la coutume du Mali. N’empêche qu’il y a eu des frais et tout le monde sait que le jour du mariage il y a à manger, des boissons… Si tu veux ta femme, il n’y a pas de problème, tu paies tout, heureusement nous n’avons pas eu à emprunter.
Ensuite comme le veut notre coutume bambara, il y a eu les sept jours de chambre pour les mariés, avec des cadeaux, des visites. Mais moi je ne veux pas habituer une femme à l’argent, ici il n’y a pas d’argent, comme les chanteurs disent : « l’argent c’est la clé du monde ! » Mais il ne faut pas s’habituer à l’argent, ce n’est pas bon. Moi mon cadeau c’est de remercier ma femme jusqu’à mon dernier jour, je ne peux pas l’oublier ! La chambre nuptiale, c’était chez moi, chez mon père, dans notre famille. En haut à l’étage, on avait préparé des chambres. Après les sept jours de la chambre nuptiale, ma femme est repartie chez elle, elle a fait quinze jours là-bas. Puis ses parents l’ont amenée avec ses affaires, on la fait venir avec les vieilles qui font les tractations.
Après deux ans, en 1996, nous avons eu notre premier enfant. J’ai signé pour la polygamie parce que ça fait partie de mon expérience : les femmes deviennent correctes s’il y a le risque pour elles que l’homme prenne une deuxième épouse, mais je n’ai pas dans ma tête de me marier à une autre ! Nos enfants, eux, feront ce qu’ils voudront, je ne peux pas parler pour eux.
Moi je trouve qu’exciser une fille c’est normal. Cela peut faciliter beaucoup de choses, diminuer la sensibilité. Ce sont les grands-mères qui font ça à l’âge de six mois. Ce n’est pas mon domaine. Ce que je peux dire encore, c’est que si tu te maries vite à un certain âge, ça te donne le courage de travailler, de te ressaisir, de ne pas faire n’importe quoi.
II. Bamako, Niaréla (Bambara)
Témoignage n° 7 de madame S. B., mariée contre son gré
Mon mari, un marabout, a été mon professeur. Il m’a observé et un jour il est parti me demander en mariage. Nous sommes des voisins. Mes parents ont accepté mais moi vraiment je n’étais pas pour ce mariage, je n’aimais pas mon mari, c’est sa physionomie qui ne me plaisait pas, il était vieux. Seulement mon père, qui est un religieux, m’a dit : « Tu vas te marier avec lui que tu le veuilles ou non. » Il a demandé à mon mari de donner ce qu’il pouvait donner. Celui-ci a donné un panier de kolas plus 75 000 CFA. On ne s’est pas fréquenté avant notre mariage. Moi je passais devant chez lui pour aller à l’école, c’est mon chemin, je ne le regardais même pas ! Il m’envoyait de l’argent. D’autres hommes me désiraient mais mon père voulait que je me marie avec celui-là. Mon père lui a dit de venir : même s’il n’a pas d’argent, il va l’aider. Mon père a pris beaucoup de choses en charge, même la moustiquaire pour la chambre nuptiale c’est lui qui l’a achetée !
Je faisais le commerce de salades, de haricots et de pommes de terre. Les après-midi après l’école, je déposais mon sac, j’allais trouver ma mère qui avait tout préparé et j’installais ma table à la porte. A la fermeture de la télé, mon père me demandait de rentrer même s’il restait des aliments à vendre. Comme je faisais du commerce pour ma mère, le jour du mariage, elle a remis de l’argent à ma grande sœur pour acheter des ustensiles de cuisine, des vêtements, c’est surtout le jour même du mariage qu’elle a acheté beaucoup de choses pour mon trousseau.
Entre la décision et la célébration du mariage, il y a eu trois ou quatre mois d’intervalle. Mon père m’avait demandé d’arrêter les études mais moi je m’étais mis en tête de continuer. C’est sur la route de l’école qu’on m’a interceptée, en me disant : « Viens, on va à la mairie pour faire la déclaration et célébrer ton mariage civil », et c’est avec ma tenue d’école que je suis allée à la mairie !
Le mariage religieux, le même jour, a été pris en charge par les parents de la belle-famille, je les ai vus à la maison, juste après la prière du crépuscule. Nous avons préparé du gingembre.
Après le mariage traditionnel, il y a eu la chambre nuptiale. Nous avons fait les sept jours ensemble avec mon mari. Les gens nous rendaient visite tous les jours. Il y avait une vieille à côté de nous, elle nous chauffait de l’eau, faisait la bouillie sari pour moi et préparait la nourriture pour nous. Elle me parlait aussi de la conduite à tenir pendant le mariage (des questions délicates), surtout il fallait respecter son mari. Quand j’allais me laver, elle me disait comment faire. Mon mari a été mon premier homme. Pour le premier rapport sexuel, il m’a dorlotée ; je n’ai pas voulu mais il l’a fait quand même. Comme cadeau, il ne m’a pas donné seulement 20 000 F, et la valise avec des pagnes Wax {5} , des chaussures, de la pommade, des parfums ; il y avait aussi des vans {6} ; cela correspond à environ 30 000 CFA. La dot je n’ai pas su, cela s’est fait en mon absence.
Juste après la chambre nuptiale, j’ai été dans ma famille et ils ont préparé mon trousseau puis je suis rentrée chez mon mari, une sœur de mon mari m’a accompagnée chez lui. Après quinze jours dans la famille de mon mari, j’ai pris la cuisine en main.
C’est quand j’ai commencé à avoir des enfants, à l’âge de vingt ou vingt et un ans, que j’ai connu des difficultés. Même pas une année après le mariage j’ai eu un garçon ! J’ai fait des grossesses rapprochées.
La polygamie en soi n’est pas mauvaise si l’homme se comporte bien mais ce qui n’est pas bon, c’est quand l’homme fait des différences entre les femmes. A la mairie, j’avais signé pour la polygamie parce que mon mari m’avait dit que je n’avais pas le choix, il a dit aussi que quand il aura les moyens il ira jusqu’à prendre quatre femmes ! Moi je ne savais même pas qu’il avait déjà d’autres femmes, c’est quand je suis venu ici qu’on m’a informée de tout ça. Les coépouses avaient déjà de grands enfants. Si j’avais eu le choix, je n’aurais pas voulu que mon mari en prenne une autre.
Moi j’ai été excisée. Jusqu’à présent mes garçons ont été circoncis mais les filles pas encore. Leur père a dit qu’on le fera quand elles seront un peu âgées, mais la petite sœur de mon mari qui est une jeune femme mariée n’a pas été encore excisée, cela suppose qu’on ne va sans doute plus le faire pour elle. Nous, les femmes, nous supportons avec patience. Même si je suis embêtée, quand je vais chez moi en famille, mon père me demande de retourner chez mon mari.
Témoignage n° 8 de madame F. G., mère de famille, épouse d’un polygame
Un homme qui habitait à côté de chez nous avait dit à mon futur mari : « Il y a une fille près de chez moi qui est bien, c’est une fille à marier. » J’ai accepté la proposition parce que mon prétendant était jeune. Avant lui, un autre homme m’avait demandée mais j’avais refusé, c’était une proposition parentale, et puis je ne l’aimais pas, ce n’était pas l’homme de mon choix. Beaucoup d’autres me voulaient, je ne peux pas tout dire ! En trois mois, tout a été réglé. Ses parents ont fait les démarches de mariage, c’est-à-dire que des amis de son père ont apporté les kolas, puis la grande kola a été partagée et les fiançailles ont eu lieu, bientôt la date du mariage a été fixée.
Avant la célébration, mon futur mari venait me voir, mais moi je n’ai jamais été chez lui, ce n’est pas dans notre culture. A chaque fois qu’il venait me rendre visite, si c’était dans la matinée, il m’apportait de la viande, des poulets, des macaronis etc., s’il ne pouvait pas venir, il donnait de l’argent à ses frères pour me l’amener.
A l’occasion du mariage, en complément de la contribution du mari, ma grande sœur a tout pris en charge. Mes mamans exprimaient les besoins, et ma grande sœur, parce que c’est elle qui a le plus de moyens, donnait le nécessaire. Entre la fixation de la dot du mariage et la célébration, il s’est passé environ un mois. Pour le mariage religieux, on a fait appel à l’imam. A la mosquée, il a fait la lecture du Coran et a prononcé les noms des mariés, puis il a célébré le mariage.
A la mairie, il a fallu payer 10 000 F. Il y avait tout le monde, hommes et femmes des deux côtés du couple. Après la mairie, nous avons été chez mes parents et les parents du marié pour les salutations. Ensuite il y a eu l’apéritif au dancing, et nous avons mangé et dansé. Puis nous sommes rentrés pour faire le mariage coutumier ( konio ). C’était en 1994. Selon mes parents et moi, c’est le mariage civil qui compte le plus, mais le mariage religieux aussi est bon car c’est pour Dieu. La belle-famille a assuré la plupart des dépenses, ils avaient aussi payé ma dot de 150 000 F et la valise au moment du mariage religieux. Le mariage civil est plus coûteux que le mariage religieux parce qu’il y a beaucoup d’invités, mais tout a pu être payé sans emprunt.
Après ces cérémonies, nous avons fait la chambre nuptiale pendant une semaine. Une femme, appelée magnomagan, préparait de la bouillie sari pour moi et de la viande pour nous, elle faisait chauffer aussi de l’eau pour nous laver, elle jouait en plus un rôle d’éducatrice. Mon mari ne sortait pas, nous avons fait les sept jours ensemble ; quand des visiteurs étaient là, on pouvait quitter la chambre pour causer avec eux. Avant mon mari, je n’avais pas eu de rapport sexuel. Comme on s’aimait on l’a fait de notre propre gré. Si ton mari te trouve vierge il est fier et il te fait des cadeaux. En plus, c’est important dans ta vie de femme parce que tu seras toi aussi fière de toi-même. Comme cadeau mon mari m’a donné de l’or.
Après la chambre nuptiale, j’ai donc déménagé chez mon mari. Des parents à moi et des amies m’ont accompagnée ainsi que des parents de mon mari et surtout la marraine appelée demba jala tigui. J’ai fait les quinze jours dans la famille paternelle de mon époux, et le quinzième jour je suis retournée dans ma famille pour être tressée et pour préparer mes bagages. Comme trousseau j’ai amené des marmites, des tasses, des vêtements, des draps, en somme des ustensiles pour le ménage.
J’ai eu mon premier enfant à l’âge de dix-huit ans. Mon mari a voulu la polygamie et je n’ai rien dit, dans nos familles c’est comme ça : ma mère a une coépouse, et dans la famille de mon mari, elles sont trois femmes. Si cela ne tenait qu’à moi je dirais que ce n’est pas une bonne chose, mais c’est la coutume, je n’y peux rien ! En général il y a une mésentente entre les coépouses, c’est ce qui engendre tout le mal dans la famille, mais moi, je n’ai pas ce problème car on s’entend bien. Il y a des femmes qui ne veulent vraiment pas se voir. Certaines difficultés aussi sont dues au mari. Je n’ai jamais pensé à divorcer, parce que mon mari ne fait pas de différence entre ses épouses, tout ce qu’il doit donner à ma coépouse, il passe par moi. Même s’il amène de la nourriture, c’est moi qui fais le partage ! On est dans la même cour. Nous nous conseillons entre nous, on s’assoit et on cause, on se dit : « Entendons-nous, rien ne vaut l’entente car la vie est très courte. »
Ce qui compte pour la femme, c’est de bien s’occuper de son mari. Tout ce qui le concerne est important : quand il a besoin de manger, je le sers, je fais la lessive, je blanchis ses habits … De même un bon mari c’est celui qui s’occupe de sa famille, il t’habille, il te donne bien à manger et quand tu es malade il te soigne. Dans les dépenses du mariage, c’est la nourriture, l’habillement et la santé qui coûtent le plus.
Mes filles ont été excisées à l’âge de quarante jours, c’est notre coutume. On dit que si une fille n’est pas excisée, elle sera très sensible et que cela entraîne des difficultés de la reproduction. Mes filles ne sont pas mariées, mais si elles doivent se marier pour la première fois à un homme polygame, je leur dirais de penser à la famille d’où elles viennent et d’être patientes.
Selon moi, il n’y a pas trop de différences entre les mariages d’aujourd’hui et ceux d’hier. Quand même on dit qu’avant il n’y avait pas tout ce tapage ! Maintenant nous appelons les griots pour faire ce qu’on appelle sumu, et c’est la concurrence qui commence, cela crée des jalousies : si quelqu’une donne 10 000 F, l’autre veut faire plus - souvent même il y en a qui vont prendre du crédit ! Moi je demande à la communauté de minimiser les tapages, d’éviter de faire une liste de noms qu’on remet aux griots pour faire des louanges. La vie d’aujourd’hui est très dure, les gens n’ont pas les moyens. Quand on a des cérémonies, je dis de ne pas mettre mon nom sur la liste parce que je n’ai pas assez d’argent.
Témoignage n° 9 de madame V. S., veuve
Un jour mes parents m’ont appelée pour me dire que je devais me marier à un tel. Je n’avais pas de pouvoir de décision, je n’ai fait que subir. Un autre homme a demandé à m’épouser mais mon père n’a pas accepté cette demande parce que les parents de mon mari avaient été les premiers.
Après le versement des kolas, on ne se fréquente pas, au contraire. Dès que j’étais informée de l’arrivée de mon prétendant, je courais pour me cacher. Je me méfiais, j’avais honte de le voir devant mes parents. Pour les fiançailles, on ne demande pas beaucoup d’argent. Ma mère a été chargée de faire les achats : des perles pour un collier, une paire de chaussures, des foulards.
A ce moment-là, il n’y avait pas de mariage civil, et pour moi, il n’y a eu que la célébration religieuse. C’est bien après que mon mari a fait le mariage civil, il a fallu que j’aie plusieurs maternités, je portais un enfant au dos, c’était en 1955.
Le jour du mariage religieux, il y avait les deux frères de mon père ainsi que leurs amis, de même du côté maternel, il y avait les deux sœurs de ma mère ainsi que les autres parents.
Pour le mariage coutumier, on te lave les pieds, les bras puis la tête, ce qui signifie que tu n’es plus jeune fille, tu as un statut de femme mariée. Ensuite la petite sœur de ma mère m’a emmenée chez mon mari, j’étais sur un vélo et les autres à pied. Mes amies jouaient le jita {7}
Dans la chambre nuptiale, on nous a préparé la bouillie sari à base de sorgho {8} et de viande rôtie, c’est la magnomagan qui fait tout ça. Le soir, on se lave, on cause avec le mari, on met de l’encens. Après trois jours, mon mari est sorti car il était en service. La chambre nuptiale a pour but de tranquilliser la mariée dans son foyer, c’est une chambre d’initiation au foyer. Moi, j’avais le droit de manger de la viande parce que j’étais trop jeune, je n’avais pas assez de force, j’avais quatorze ans. Mon mari m’a donné 2 500 F, à ce moment il n’y avait pas trop d’argent comme aujourd’hui, cet argent, je l’ai donné à ma mère. Il n’y a pas eu de fêtes, mon père ne l’a pas accepté, il a dit qu’il fallait alléger les charges du marié. Après les sept jours de la chambre nuptiale, tu reçois ton trousseau (ka minen siri) constitué de marmites, de calebasses, de vêtements, puis tu déménages chez ton mari. Pour moi, comme il n’y avait pas de coépouses, j’ai commencé tout de suite à faire la cuisine. Depuis ce jour-là jusqu’à son décès, il y a vingt ans, j’ai vécu avec mon mari. Maintenant chaque année, on fête l’anniversaire du défunt en faisant des offrandes pour que son âme dorme en paix. Je ne me suis jamais remariée. Pour mon premier enfant, j’avais à peine quinze ans, le dernier, je l’ai eu à trente-sept ans, et je l’ai perdu il y a seulement trois mois, il avait lui-même trente-sept ans.
Dans la manière de célébrer mon propre mariage et celui de mes filles, il y a eu des changements. Leur père était encore en vie et on a simplifié les choses. L’une s’est mariée à douze ans, elle était à l’école, et sa jeune sœur s’est mariée à seize ans. Avec leur mari, ils se sont rencontrés le jour du mariage seulement.
Moi, je m’entendais bien avec mon mari mais j’aurais accepté d’avoir une coépouse parce que si l’on s’entend, on se concerte et on se divertit. Mon mari ne voulait pas prendre une autre femme, mais moi j’étais fatiguée, épuisée avec tout ça. Dieu n’a pas voulu que j’aie une coépouse, c’était dû aussi à un problème d’argent. Quant à l’excision, c’est une pratique que nos ancêtres faisaient donc on les suit dans cette voie, c’est une bonne chose. Mes filles ont été excisées, il y a une ethnie spécialisée pour le faire, si quelqu’un d’autre le fait, ça ne réussit pas. Mais l’infibulation {9} ce n’est pas bon.
Témoignage n° 10 de monsieur A. K., père de famille et responsable politique
Ma femme et sa famille habitaient pratiquement à côté des miens, elle jouait avec ma sœur, ses frères et moi on a passé notre enfance ensemble. Ensuite elle est partie chez sa grande sœur qui était mariée, et puis plus tard chez un grand frère. Elle allait à l’école et venait souvent les week-ends et puis elle repartait. Je ne la voyais pas. Mais un beau jour, un petit neveu à elle m’a dit : « J’ai ce numéro de téléphone à te donner. » J’ai demandé pourquoi. Il a répondu : « Je ne sais pas. » J’ai dit « D’accord. » Le lundi ou le mardi, j’ai téléphoné à la fille. On a un peu discuté, et je lui ai demandé ce qui n’allait pas. Elle m’a dit que le week-end prochain elle serait à côté de chez nous. J’ai dit : « Il n’y a pas de problème, il faut venir ici, on va se voir. »
Après j’ai essayé d’avoir des renseignements sur elle par l’intermédiaire de ma jeune sœur qui était amie à sa grande sœur, elles m’ont dit qu’elle était sérieuse. Moi, c’était difficile de la courtiser, d’avoir des rapports amoureux avec elle compte tenu de tout ce que j’ai fait dans le quartier, et de ses copines qui tournaient autour de moi. Courtiser les filles j’ai commencé un peu tôt, il faut le reconnaître, mais le rapport sexuel proprement dit, ça a été après dix-huit ans, je ne me rappelle pas exactement quand. En tout cas, j’ai un enfant qui est à côté de notre carré, je ne peux pas le cacher, c’est la vérité. Si je ne me suis pas marié, c’est sûrement pour des raisons sociales. Nous n’étions pas du même milieu, le père de la fille était très aisé et nous, nous sommes pauvres. Elle est partie à l’étranger, mais l’enfant est resté ici.
J’avais encore fréquenté une fille pendant six ans, on vivait pratiquement ensemble, chez moi. Tout le monde pensait que j’allais la marier. Mais ses parents ont compris que peut-être je n’étais pas un bon mari pour elle, surtout sa mère qui a fait tout ce qu’elle pouvait pour nous séparer. J’ai dit : « Bon, c’est la vie ! » et je l’ai laissée. Oui, je l’ai laissée ! Mais bien qu’elle soit chez son mari, si elle passe, elle s’arrête, on se salue. J’ai un certain regret.

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