Le mariage au Mali

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Au Mali, il y a le mariage religieux, le mariage civil et le mariage coutumier. Les mariés, quand ils passent à la mairie, signent pour la monogamie ou pour la polygamie. L'excision pour les filles demeure largement pratiquée, et chacun a son avis sur la question... Sont proposées ici les synthèses de cinquante neuf entretiens individuels sur leurs expériences du mariage.

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Ajouté le 01 janvier 2010
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EAN13 9782296932036
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Note de l’auteure
Le mariage en Afrique de l’Ouest est un sujet de grand intérêt non seulement pour les démographes, mais bien entendu plus encore pour les Ouest-africains puisqu’il représente une des étapes les plus importantes dans leur vie. Au Mali, la pratique du mariage est presqu’universelle et peut avoir lieu à un très jeune âge de la femme, surtout en milieu rural. Les résultats des enquêtes démographiques et de santé (EDS) rendent compte d’une relative stabilité de l’âge au premier mariage avec un âge médian de 15,7 ans en 1987 pour les femmes de 20-49 ans au moment de l’enquête, de 16 ans en 1995, de 16,5 ans en 2001 et 16,6 ans en 2006 pour les femmes de 25-49 ans. Pour les hommes de 30-59 ans, les âges médians au premier mariage étaient de 25,8 ans en 1995 et en 2006. L’écart d’âge entre conjoints a diminué entre 1987 et 2006 où il est passé de 9,8 ans à 7,4 ans. Le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, et de leurs familles, ayant été légitimée et reconnue par les parents et la communauté. L’entrée en premier mariage correspond à un processus au cours duquel ont lieu le paiement de la dot, les cérémonies : religieuse musulmane, coutumière et civile, le début de la corésidence des époux et l’arrivée du premier enfant. Selon les expériences individuelles, ces étapes ne sont pas toujours toutes observées et peuvent l’être à des intervalles plus ou moins rapprochés. Le mariage est polygame (un homme ayant plusieurs femmes) ou monogame. La pratique de la polygamie est très importante au Mali et est plus répandue en milieu urbain qu’en milieu rural ; en 1987 45 % des femmes en union étaient en union polygame et en 2006 elles étaient 40 %. La proportion des femmes vivant en union polygame augmente avec l’âge et à 45-49 ans plus de la moitié des femmes en union sont en union polygame. Traditionnellement les démographes ont considéré l’âge du mariage des femmes comme le moment du début de l’exposition au risque de grossesse et comme un facteur associé au nombre total d’enfants nés. Or, dans le cas présent, le faible recul de l’âge au 5

mariage pourrait cacher des changements. Ainsi certaines mutations en cours s’observent dans la nature des cérémonies, les séquences dans lesquelles celles-ci ont lieu et les membres de la parenté qui sont impliqués. Le Mali est l’un des pays du monde où le niveau de fécondité demeure le plus élevé. En 2006, l’indice synthétique de fécondité (ISF) des femmes entre 15 et 49 ans, était de 6,6 enfants par femme au niveau national soit de 4,8 enfants à Bamako et 7,2 en milieu rural ; le niveau de fécondité a peu changé depuis 1987 où il était de 6,9 enfants par femme (5,4 à Bamako et 7 en milieu rural), et même depuis 196061 où le niveau de fécondité, sans doute surestimé, était de 7,4. En 2004, grâce à une bourse de l’université de Pennsylvanie à Philadelphie, j’ai pu réaliser, aidée par des chercheurs et enquêteurs locaux, une enquête qualitative sur les mariages au Mali. J’ai mené des entretiens semi-directifs dans plusieurs villes et villages répartis sur l’ensemble du territoire. Les répondants sont des femmes et des hommes de plus de 18 ans, qui ont même pour certains plus de 50 ans, mariés au moins une fois. Les habitants de Bamako interviewés ont été socialisés dans la capitale. Dans les villages les pratiques traditionnelles sont toujours largement répandues et les répondants ont été interrogés en plusieurs régions du Mali aux différentes ethnies. Assez de répondants ont été interrogés pour que l’on note des répétitions dans les descriptions. Dans chaque village ou quartier, en moyenne huit entretiens étaient conduits par l’auteure et des enquêteurs locaux, auprès de femmes mariées et d’hommes de générations distinctes ainsi que des personnes ressources telles qu’un imam, une présidente d’association de femmes et un enseignant. Par respect de l’anonymat, il n’est mentionné ici aucun nom de personne, même les initiales sont fictives. Nous remercions toutes celles et ceux qui ont bien voulu nous aider dans nos recherches ainsi que l’État malien pour son accueil. « Aw ni ce » merci.

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I. Bamako, Lafiabougou (Bambara)
Témoignage n° 1 de madame R. L., divorcée, un enfant Mes parents m’ont promise à l’ami de mon père. Ils m’ont consultée et moi j’ai répondu que je ne m’opposais pas à leur volonté. Si j’ai agi ainsi c’est uniquement à cause des parents, et surtout à cause de ma maman, pour respecter sa volonté. Je connaissais cet homme car il venait de temps en temps chez nous. Pour faire sa demande l'homme a apporté dix kolas 1 puis vingt kolas, trente kolas, ensuite le grand panier de kolas est venu avec la dot. Je n’ai été au courant de rien de précis, c’est mon père qui gérait tout, même ma mère n’avait pas le droit d’intervenir. Je sais qu’il y a eu aussi une valise avec des habits, des pagnes, des tissus. Je n’ai touché à rien parce que je n’avais pas le droit de le faire, là, c’est ma mère qui s’en est occupé. Après la troisième kola, le mariage religieux a eu lieu. Il s'est passé un mois environ entre la cérémonie religieuse et la cérémonie civile. C’était à mes treize ans. Pour le mariage civil, vers 8 h 30, ils sont venus me chercher. Vers 9 h, il y a eu la cérémonie chez le maire. Les alliances ont été échangées. Le mari avait tout payé : la robe, la coiffure, les bijoux, les chaussures … Après la mairie on m’a ramenée directement chez mes parents. L’après-midi on m’a lavé la tête, les mains, les pieds, et la nuit les sœurs de mon mari et la magnomagan 2 sont venues me chercher pour m’emmener chez mon époux, il y avait là aussi sa marraine, la coépouse de sa mère et ma marraine. Ils ont tenu une réunion et ma marraine a rappelé mes droits à mon mari : ne pas m’insulter, ne pas me maltraiter (bissani nindia, ne pas me frapper avec un fouet), s’occuper de moi et m’entretenir en habits, nourriture, soins etc., ne pas insulter mes parents - ce qui est une cause de rupture du mariage. Puis tous les invités sont partis sauf la magnomagan qui est restée une semaine, elle passait la nuit dans le salon, me faisait de la
Ou colas, sorte de noix, fruits du kolatier, arbre originaire de la côte occidentale d’Afrique. Les kolas contiennent des alcaloïdes stimulants. 2 Femme, le plus souvent âgée, qui s’occupe de la mariée le jour des noces.
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bouillie, mettait du beurre dedans et je buvais, elle m’habillait, me lavait et m’accompagnait quand je devais sortir, bref elle s’occupait de moi. C’était la première nuit que je passais avec un homme, j’étais enfant, je gardais mon slip tellement que j’étais gosse ! Nous avons eu des rapports sexuels dès cette première nuit. Comme il m’a trouvée vierge, il a donné des cadeaux à la marraine et à ma maman pour les remercier d’avoir su bien me garder. Elles ont aussi reçu des poulets, du beurre, des noix de kola et de l’argent. Pendant les sept jours qui ont suivi, j’ai dû rester dans la chambre, je ne faisais rien. L’homme, après trois jours, a pu partir vaquer à ses occupations mais il revenait le soir. Après cette semaine, on m’a ramenée chez ma mère et le soir on a chargé mes bagages pour m’emmener définitivement chez mon mari. C’est là que j’ai rencontré son autre épouse, car mon mari était polygame. On vivait tous dans une seule cour. On m’a appris comment faire la cuisine et comment m’occuper de mon mari. Après quarante-cinq jours d'apprentissage, cela a été à mon tour de prendre les choses en main. J’ai invité tout le monde : sœurs, frères, amies. J’ai eu mon premier enfant à quinze ans. J’étais chez mon mari et tous les deux on s’est occupé de l’enfant. Avec la coépouse, on partageait la cuisine - deux jours de cuisine et deux nuits par femme. Mon arrivée n’avait pas plu à la coépouse, chaque fois elle faisait des histoires. Après trois ans de mariage, on ne s’entendait plus avec mon mari, je suis donc partie. Je suis retournée chez mes parents, ensuite ont commencé les médiations. Mes parents ont convoqué mon mari pour qu’il s’explique, il a refusé de venir ; une année après, mon père lui a encore envoyé quelqu’un, il a répondu qu’il ne viendrait pas parce je n’étais pas restée chez lui. J’ai passé cinq années dans l’attente et après j’ai dit à mon père que je voulais divorcer. J’ai introduit une demande de divorce au tribunal suite aux conseils du frère d’une copine. J’ai dû payer. La sixième année j’ai obtenu mon papier de divorce, et cette même année j’ai mis l’enfant à l’école. Le fait que mon mari soit resté cinq ans sans venir me chercher m’a favorisée. La loi exige qu’on ne laisse pas sa femme plus de trois ans, et dans la coutume c’est trois

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mois. Après la confirmation du divorce j’ai récupéré mes bagages, d’ailleurs c’est le mari lui-même qui les a envoyés. Au moment du divorce, le tribunal a condamné mon mari à me payer des dommages et intérêts. L’avocat m’a dit que quand l’enfant aura trois ans si son père demande à le voir, je dois le laisser partir, de même si l’enfant veut aller chez son père, je ne dois pas l’en empêcher. Quand l’enfant a demandé à partir, j’ai transféré son école chez son père. Lorsque j’étais petite, j’avais été excisée, c’est bien, parce que si au moment de l’accouchement l’enfant touche le clitoris il va mourir, et puis si l’homme se rend compte que sa femme n’est pas excisée, le mariage n’aura pas d’avenir, donc si j’ai une fille je la ferais exciser, c’est comme ça chez nous. Mon garçon a été circoncis. Pour ce qui est de dire ce qui fait un bon mari, c’est difficile, je n'ai pas de mari pour le moment, et c'est Dieu seul qui définit le bon et le mauvais. Mais en tout cas, la polygamie, ce n’est pas bon, il n’y a pas d’entente entre le mari et la femme, et même s’il y a entente, c’est différent quand vous êtes seule. Témoignage n° 2 de monsieur C. T., deux enfants J’aurais aimé me marier avec une fille que j'avais choisie mais malheureusement ça n’a pas marché, ses parents n’étaient pas d’accord. Ma première épouse a été ma cousine, raison pour laquelle on me l’a donnée en mariage. Je la connaissais depuis qu’elle était petite. Nos familles alors étaient même contiguës, il n’y avait qu’un mur qui nous séparait. J’ai donc écrit à ma cousine pour lui demander si elle acceptait de se marier avec moi et elle a dit oui, alors j’ai déposé une kola. Mais à la première kola, ses parents n’ont pas voulu, on a envoyé d’autres kolas et là ils ont été d'accord. Il a fallu payer la dot de 50 000 CFA, ce sont mes parents qui ont presque tout réglé. Au mariage religieux, les parents des deux mariés doivent être présents. Cela se passe à la mosquée. Mon père étant décédé, c’est mon oncle paternel qui s’est chargé de l’organisation du mariage religieux, on fait ça un jeudi ou un dimanche après la prière de 16 h. Juste après le mariage religieux, il y a eu « la chambre nuptiale. » 9

Selon la coutume, l’homme et la femme restent dans la chambre pendant une semaine, mais ça n’est pas tellement respecté, certains passent la nuit et le lendemain ils vont au boulot. La femme généralement, elle reste. Moi, j’ai respecté la semaine mais ça ne m’a pas empêché d’aller travailler. Il y avait une vieille qui s’occupait de nous, elle nous donnait de l’eau à boire, elle lavait les habits, préparait de la bouillie - les hommes n’aiment pas la bouillie, ce sont les femmes qui en prennent. Il y avait aussi du poulet, du riz. Les parents, les amis apportent à manger, cela peut venir de la belle-famille ou des copains et de leurs femmes. Souvent on tue une bête, moi j’ai payé un mouton et des poulets - à ce moment-là, le mouton ne dépassait pas 20 000 ou 25 000 CFA. Deux ans après le mariage religieux, on a fait le mariage civil à la mairie. Il avait fallu attendre parce que ma femme continuait ses études. Pendant deux ans on n’a pas habité ensemble, elle venait chez moi, mais elle n’y habitait pas, et c’est seulement après le mariage civil que l’on a vécu tous les deux dans ma famille. Mais elle étudiait encore, elle faisait le second cycle. Finalement elle a abandonné les études. Le mariage civil s’est déroulé un dimanche matin à la mairie. Il n’y avait pas beaucoup de monde. Malgré tout, on a eu encore des dépenses. La mariée portait sa robe de mariage avec ses bijoux et il y avait eu un montant à payer à la mairie. A la sortie, les parents qui étaient restés dehors nous ont salués et nous sommes partis à la maison. La griotte de la famille, la conteuse, nous accompagnait. A la mairie, on peut signer pour la monogamie ou la polygamie, moi j’ai signé la monogamie. Je n’ai jamais aimé la polygamie parce que pour moi ça a trop d’inconvénients, quand on est d’un pays pauvre et que l’on se marie avec deux, trois, quatre épouses, on ne peut pas les prendre en charge. Sinon je suis d’une famille polygame, mon père avait trois femmes qui vivaient dans le même ménage, chacune des femmes, chaque jour, avait la responsabilité du repas, et en cas de maladie ou de déplacement, une coépouse était obligée de prendre en charge la cuisine. J’étais enfant de la première femme mais je ne restais pas avec ma propre maman. A l’époque c’était comme ça, la maman ne s’occupait pas de son enfant. Je suivais toujours ce qu’on appelle 10

« une marâtre », une coépouse qui s’occupait de moi, me lavait, lavait mes habits, elle était la seule responsable. Ma vraie mère n’avait pas un grand rôle à jouer, elle n’avait pas le droit de dire à « la marâtre » : « Ne fais pas ça à mon fils. » A présent chaque femme s’occupe de son propre enfant, et pourtant on voit beaucoup d’enfants qui ne sont pas bien éduqués. Avant, un enfant qui se comportait mal était corrigé même par un autre parent, c’est le contraire qui se passe présentement : tu touches à un enfant d’autrui tu as des problèmes ! La polygamie a cependant de bons côtés s’il y a une bonne union et si les tâches sont partagées. Actuellement la polygamie semble avoir plus d’inconvénients que d’avantages parce qu’il n’y a plus d’union entre les gens. Pourquoi pratiquait-on la polygamie autrefois ? Il y avait un problème de culture : plus tu as de femmes, plus tu as d’enfants, plus tu as de bras valides pour travailler dans les champs, et quand les parents sont vieux, les enfants doivent assurer la relève et s’occuper à leur tour des parents. Témoignage n° 3 de madame N. S., divorcée, mère de plusieurs enfants J’ai rencontré mon futur mari chez mon oncle, le jeune frère de mon père, je n’avais aucun lien de parenté avec lui. Il est venu voir mon oncle disant qu’il me voulait en mariage alors qu’il y avait déjà plusieurs personnes qui voulaient se marier avec moi. J’avais quatorze ans. Comme chez nous la tradition c’est la kola, il a donc avancé les trois kolas. A chaque fois il donnait dix kolas, plus 50 F. Puis il a donné un panier et 50 000 CFA. Comme j’étais très demandée, il était pressé de tout régler rapidement. Mes parents ont accepté que cet homme devienne mon mari. C’est le Bon Dieu qui l’a voulu, je lui étais destinée ! Mais mes parents ne le connaissaient pas, personne de la famille ne connaissait son caractère. Mon père adoptif, car je n’ai pas connu mon père qui est décédé quand j’étais en bas âge, avait simplement dit qu’il fallait que je me marie dans la même ethnie. Le mariage s’est fait à la mosquée dans le village de mon père adoptif. Il n’y a pas eu de mariage civil. Mon mari était un artisan. Le mariage à la mairie existe surtout pour garantir les droits d’héritage de 11

la femme dans le cas où son mari est fonctionnaire, ce n’était pas le cas. J’ai reçu deux pagnes, deux grands boubous, deux camisoles, deux paires de chaussures, deux mouchoirs de tête, plus 5 000 F, c’était la dot. Après, il y a eu encore deux mois avant que j’aille chez mon mari pour la vraie union entre nous. J’étais à l’école et la question se posait de savoir si oui ou non je devais interrompre mes études, ce que j’ai fait finalement. Pour célébrer le mariage coutumier, il y a eu le tam-tam, le 3 djembé et le ntamani 4 . La nuit on m’a lavée, après je suis partie chez mon mari pour la chambre nuptiale. Mon mari m’a donné 20 000 F comme cadeau, à l’époque c’était une grosse somme. Il y avait une conseillère, la magnomagan, une parente à moi, elle m’a dit de respecter mon mari, de me soumettre à lui, de respecter les beauxparents, elle m’a parlé de la cohésion de la famille et des questions sur les rapports sexuels. J’ai appliqué ses recommandations, mais j’avais déjà reçu une bonne éducation dans ma famille et partout où je vais, je fais comme chez mes parents. La magnomagan était là pour préparer la bouillie, la tradition est de ne donner que de la bouillie à la femme mariée, on lui donne seulement le bouillon, juste le jus. Moi-même je n’ai rien compris parce que quand je suis retournée à la maison, je suis tombée de faiblesse ! On raconte que quand la mariée prend des aliments lourds, elle est tout le temps dans les toilettes pour la selle, ce qui n’est pas recommandé. Mon mari n’avait pas d’autres épouses. La polygamie est d’une autre époque et moi je suis contre parce que beaucoup d’hommes prennent plusieurs femmes sans pour autant subvenir à leurs besoins. C’est pourquoi tu vois beaucoup de femmes faire du commerce, c’est uniquement pour se prendre en charge elles-mêmes. Et puis, les hommes ont toujours une préférence entre les femmes, ce qui pose souvent des problèmes ! Les hommes ne sont pas corrects envers les femmes. En Afrique les coépouses ne peuvent pas s’entendre, il y a toujours des tensions entre elles. En principe on ne doit pas mettre ensemble les coépouses, pour qu’elles ne soient pas frustrées à cause
Tambour africain en bois, de forme tronconique, recouvert d’une peau de chèvre tendue par des cordes. 4 Tambour d’Afrique occidentale aux tonalités variables, dit aussi « drum talks » en anglais.
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de gestes que le mari fait vis-à-vis de l’une au détriment de l’autre. Si elles sont éloignées, elles ne le sauront pas, sinon de telles pratiques tuent la femme. Mais je vois des différences entre mes propres mariages (puisque j’ai ensuite divorcé et que je me suis remariée) et celui de mes filles. Par exemple, ma première fille étudiait quand son mari a été muté pour son travail, alors que toutes les cérémonies du mariage n’étaient pas encore accomplies. Son mari est allé voir le père de ma fille, mon ex-mari, pour lui demander l’autorisation d’emmener tout de même sa femme avec lui, le père a accepté de peur qu’un autre homme ne la détourne. Après leur retour, ils ont organisé le mariage. Quant à l’excision, une autre tradition qui ne date pas d’aujourd’hui, on l’a trouvée avec nos parents et on continue de le faire, donc j’ai fait exciser mes filles. J’ai vu ici, quatre femmes qui étaient divorcées parce qu’elles n’avaient pas été excisées. L’excision c’est pour diminuer la sensibilité chez la femme. Actuellement les femmes font beaucoup d’adultères surtout si elles ne sont pas excisées. Chez nous, le jour de l’excision on fait également balafrer les tempes, on perfore aussi les oreilles. Ce que je peux ajouter c’est qu'à l’heure actuelle, il n’y a plus de mariage, les hommes ont démissionné et le mariage ne tient qu’aux femmes. Un exemple : il y a une fille à côté dont on avait demandé la main depuis qu’elle était petite, mais la fille a eu une grossesse avant le retour de son prétendant qui avait mis du temps à venir. Alors le père l’a renvoyée de chez lui ; sa marâtre, sa belle-mère, est venue la confier à l’un de ses frères, où elle a encore eu une autre grossesse avec un autre homme. La fille, qui n’est toujours pas mariée, souffre de cette situation. Témoignage n°4 de madame A. N., mère de famille et griotte J’ai rencontré mon mari par l’intermédiaire d’une amie, chez elle, on s’est vu et on s’est plu. Il a dit qu’il souhaitait se marier avec moi et j’ai accepté. Donc il est parti expliquer ça à ses parents et moi j’ai fait la même chose avec les miens. Les parents de mon mari ont demandé à me voir car faire un mariage sans voir la femme ce n’est 13

pas possible, c’est comme acheter un cheval sans le voir. Je suis partie dans leur village, ses parents m’ont considérée et m’ont aimée. Alors les premières kolas ont été versées, d’abord dix kolas, plus 500 F. Pour avoir une femme en Afrique, on fait comme ça. Si les parents de la femme acceptent, vous venez encore avec trente kolas plus 1 500 F. Il y en a certains qui donnent un panier de kolas plus 100 000 F, d’autres un panier de kolas plus 200 000 F pour les jeunes filles ! Pour celles qui sont déjà mariées ou divorcées, on paie 20 000 F ; si on ment, si la femme a déjà été mariée ou si elle est divorcée, on doit rembourser. Ensuite il faut faire le mariage religieux, donner une date fixe pour le mariage. Ce sont les parents du mari qui décident, tout dépend d’eux à ce moment, ce sont eux qui ont en charge la femme ; ils vont tout payer : la robe de mariée, les chaussures, le maquillage, les photos, un sac de riz, un mouton, plus 20 000 F pour les parents de la femme. Chez les musulmans le mouton est égorgé dans la journée pour le repas. On peut faire le mariage religieux avant le mariage civil afin qu’il n'y ait pas trop de monde. Les sœurs du mari vont chercher des pagnes, le mari donne une certaine somme pour acheter quelques habits et ce sont les sœurs qui complètent. Quand nous avons été mariés religieusement avec mon mari, nous nous sommes vus régulièrement, il venait chez mes parents et je venais chez les siens. Pour le mariage civil, le mari va faire une première déclaration à la mairie où on va lui donner une date : dans quinze jours, dans un mois. Le mariage civil peut avoir lieu pendant la matinée et le mariage religieux pendant l’après-midi ou l'inverse, Le jour du mariage civil, un matin, on est allé à la mairie. Il y avait deux témoins, ceux de la femme et ceux du mari. Toutes les dots avaient été payées. Après le mariage civil, on a fait le cortège pour aller saluer les gens, on est venu à la maison et on est allé danser. On est parti aussi saluer les parents de mon mari, derrière le fleuve. Les réjouissances ont lieu chez le mari mais ce sont les parents de la femme qui paient pour les tam-tams et la griotte. Le mariage a duré environ une semaine. Les marraines, les sœurs, la magnomagan (la conseillère) accompagnent en voiture la femme chez son mari. Moi, j’ai dû attendre un mois entre le mariage civil et l’entrée chez mon mari, car mes parents n’étaient pas prêts pour les dépenses 14

dont ils avaient la charge. Le jour d’entrée chez le mari, vers le crépuscule, les femmes se rassemblent et amènent une calebasse remplie d’eau. Les marraines, les sœurs, les voisines viennent former un cercle autour de la femme. On dit devant elle ce qu’elle a fait à la maison : elle a bien travaillé, elle a respecté ses parents, elle a bien aidé la famille et on lui lave les mains, les jambes, la figure, la tête en la couvrant d’un pagne noir. Alors, elle est prête, elle rentre dans sa chambre ; la petite ou la grande sœur du mari reste avec elle et on attend patiemment le moment venu d'emmener la mariée chez son mari. Lui, il attend chez lui. Mais on va chercher une autre chambre pour que les nouveaux mariés passent sept jours ensemble, ce sont les jours de noce, les nuits de noce. La femme restera camouflée sous la moustiquaire, même s'il fait chaud, pendant une semaine du matin au soir sauf le moment où elle va se laver, c’est la loi africaine. La nuit, le mari vient se coucher avec sa femme. Pendant tout ce temps, la magnomagan prépare la bouillie pour donner à la femme, elle lui prépare l’eau pour se laver, elle l'aide. Le mari part passer la journée chez lui, il mange normalement, il peut recevoir des amis. Des visiteurs viennent aussi voir la mariée, ses copines, ses parents. Le mari fait des cadeaux à sa femme, de l’argent, des bagues d’alliance, des bracelets en or. Le matin du septième jour, de très bonne heure, on m’a accompagnée à la maison de mes parents pour déménager. Ma mère et mes cousines m'avaient préparé deux grandes valises remplies d’habits, plus des ustensiles de cuisine, des calebasses, des meubles aussi, une armoire, un frigo, une coiffeuse, un matelas, des fauteuils ... Ce sont mes parents qui ont tout payé, ils avaient tout prévu parce que je suis fille unique. Ma première enfant est née en 1979, à peu près quatre ans après le mariage. J’avais déjà eu un contact physique avant le mariage religieux avec mon mari, mon premier rapport sexuel avec un homme c’était en 1971- 72, et dans de bonnes circonstances, c’était un ami. Aujourd’hui, j’ai de grands enfants et qui ne sont pas encore mariés et je fais la griotte. J’aide mon mari. Au cours des mariages, religieux ou civils, je chante des louanges, des bénédictions et je danse. Certains mariés veulent que les griottes viennent pour donner de la joie, d’autres ne le veulent pas comme les Wahabias, eux ils n’aiment pas 15

les griots, c’est dans leur religion. Les familles gardent toujours les mêmes griots. Il y en a plusieurs sortes : les Kouyatés ce sont les principaux en Afrique, les autres ce sont les Diabatés, les Konés, les Dounias, tous sont des Bambaras. Les griottes Kouyatés ce sont les vraies mais certains Kouyatés ne savent pas faire les griots. Il n’y a pas de prix fixe, ce sont les marraines qui nous paient, elles vont donner peut-être 2 000 ou bien 5 000 F, ça dépend de leur volonté. S’il y a une de nos amies qui a un mariage chez elle, elle nous appelle, et le jour venu, les marraines nous donnent la liste de ce que l’on va chanter. Les parents s’assoient pour nous écouter, on chante, les gens dansent. L’homme aussi a son griot, chez lui là-bas, chacun s’amuse de son côté. C'est aussi parfois le rôle de la griotte d'aller dans la chambre nuptiale pour accompagner les marraines et la magno magan muso, c’est-à-dire la conseillère. Mon mari a trois épouses, je suis la troisième, il dit qu’il ira jusqu’à quatre comme l’autorise la loi. Il passe deux nuits avec chacune de ses épouses et il a une chambre particulière. Il est assez âgé. Il travaille, il a une bonne situation et s’occupe très bien de sa famille, il paie un sac de riz, un sac de mil, des condiments, tout. Je l’aide dans mon ménage. Avec mon propre argent, je m’occupe principalement de mes enfants. La polygamie cela existe toujours, mais vraiment il y a trop de polygamie ici ! Les hommes sont malins aujourd’hui, ils sont tous en train de signer pour la polygamie parce que s’ils signent pour la monogamie quand tôt ou tard ils voudront se marier une deuxième fois ce sera difficile : il faut demander l’autorisation à la première femme, il faut qu’elle accepte, et si elle n’accepte pas, l’homme devra divorcer. Pour éviter cela, il arrive que l’homme, s’il peut le faire, propose une somme d’argent 150 000, 250 000, 300 000 F. Les petites préoccupations quotidiennes, c’est pour nous les femmes ainsi que les problèmes des enfants. Il y a aussi des conseils qui sont organisés entre nous. Il faut qu’on s’entende bien dans la famille. Mais, dans notre cas, la première épouse reste en dehors, elle n’est pas griotte, elle est Malinké Bamanan. Nous, les deux autres épouses, on est griottes, c’est la raison pour laquelle la première ne veut pas de contact avec nous, elle s’est séparée de nous ; elle habite dans la même concession, dans la même famille, mais elle ne nous 16

cause pas ; elle est toujours dans sa chambre - avec sa politique ! Il n’y a pas de contact entre elle et son mari, il a peur d’elle, il l’a écartée. Par contre, entre la deuxième coépouse et moi, il n’y a pas de problème, et tous les enfants s’entendent bien. La deuxième coépouse a eu deux enfants, des garçons, le premier s’est marié l’année dernière, le deuxième aussi s’est marié avec une blanche en France. Mes filles disent : « On n’aime pas la polygamie parce qu’il y a trop de difficultés. » Elles trouvent que ce n’est pas très heureux comme situation. J’ai aussi deux garçons, ils prendront la décision euxmêmes, mais l’homme a une bonne position quand il est polygame. Moi, je n’ai pas été excisée mais mes filles l’ont été au baptême, sept jours après la naissance. C’est mon mari qui l’a voulu, ça ne m’a pas plu du tout. Sa mère a pris mes filles le matin de très bonne heure pour aller les faire circoncire sans me demander l’autorisation. Cela a duré une semaine. Ma troisième fille a perdu beaucoup de sang et j’ai dû m’occuper d’elle. Je suis contre parce que c’est dangereux et ça coupe aussi tout plaisir. Si on pouvait éviter ça, je serais très satisfaite. Il y a eu beaucoup d’accidents, là où nous sommes. Entre mon mariage et le mariage d’aujourd’hui, il n’y a pas de très grandes différences. Seulement aujourd’hui il y a de l’excès : le cortège, la voiture, beaucoup de dépenses. Ce qui est mieux, c'est que de nos jours, ce sont les mariés qui s’occupent eux-mêmes de leur mariage et non plus uniquement les parents. Témoignage n° 5 de madame A. C., mère de famille et épouse d'un monogame Avant mon mari, aucun homme ne m’avait fait de proposition de mariage. Mon mari est le petit frère de l’époux de ma copine. Je l’ai rencontré dans une fête, je n’étais plus à l’école, j’avais à peu près 23 ans. On a fait quelques années ensemble jusqu’à ce que qu’on ait un enfant. On n’a pas attendu longtemps après la naissance de l’enfant pour se marier. Mon futur a envoyé les trois kolas à mes parents, et ces derniers ont annoncé la nouvelle à la famille. Le délégué de mon mari est alors venu demander à mes parents quelles étaient nos 17

coutumes, les conditions qu’ils devaient remplir pour que le mariage ait lieu. Mes parents ont fixé la dot à 100 000 F plus un panier de kolas. Le fait que nous ayons eu un enfant n’a rien changé. Après avoir reçu la kola et la dot, mes parents ont de nouveau appelé tous les autres membres de la famille pour leur faire savoir que désormais il y avait un homme qui m’avait demandée en mariage et en même temps, ils les ont consultés. Après ça, mes parents ont fixé une date pour la célébration du mariage. Toutes les transactions ont été faites par les frères de mon père. Aujourd’hui les jeunes ont ajouté d’autres festivités, par exemple pour le partage de la kola, ils font une petite fête. En ce qui me concerne, à peu près un mois après la kola, les cérémonies ont eu lieu : mariage civil et mariage religieux le même jour, puis une semaine de noce. J’avais 26 ans. Le mari a pris en charge tous les frais : 50 kg de riz, les condiments, 25 000 F. Il a donné 20 000 F pour le mariage religieux à la mosquée, avec des pagnes, des chaussures, des soutiens gorges, tout, des kolas et aussi la valise. La valise et l’argent sont donnés aux représentants de la mariée. Ceux qui étaient à la mosquée en mon nom, c’était mon père, son ami, le démarcheur et quelques femmes, même chose du côté de l’homme. Pour la cérémonie de la mairie, le mari paie une robe de mariée, les frais de la coiffure, une paire de chaussures. Le matin il vient prendre la femme devant la porte de ses parents avec ses amis et ses parents à lui, et en un cortège on va à la mairie. Mon mari avait la voiture de l’un de ses amis. J’avais des tresses particulières pour ce jour-là. L’après-midi vers 17 h, tous mes parents se sont réunis, ils m’ont fait asseoir sur un mortier pour me couvrir avec un pagne, ils m’ont lavé les pieds, les mains, le visage et ils ont fait un cercle autour de moi ; chacun a raconté ce que je lui ai fait dans la vie de bon comme de mauvais. Les parents de mon mari étaient là aussi pour parler de lui. Au crépuscule, les amis de mon mari sont venus me chercher en voiture pour m’amener dans la case nuptiale. La magnomagan m’a accompagnée. Au cours de ces journées, des visiteurs viennent parfois dans la chambre pour saluer mais ils ne peuvent pas me voir, je dois rester sous la moustiquaire. La magnomagan demeure dans une pièce voisine, elle ne parle pas du 18