Le travail non rémunéré

Le travail non rémunéré

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Français
274 pages

Description

Le constat de l'importance du travail des femmes traduit un hiatus relatif à la manière dont l'analyse économique appréhende la contribution productive des femmes et l'intègre à la lutte contre la pauvreté. Le travail des femmes, souvent non rémunéré, est largement sous-estimé dans les pays en développement.Cet ouvrage établit le lien entre l'évolution dans la pensée économique du discours sur la pauvreté, l'intégration progressive des rôles sexués à l'analyse économique et la comptabilisation du travail non rémunéré en prenant comme cas pratique le Burkina Faso. Il propose une alternative en faveur d'un développement humain reposant sur des fondamentaux économiques soucieux d'équité.

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Date de parution 11 octobre 2018
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EAN13 9782140102684
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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NON RÉMUNÉRÉ
Cette réflexion soulève la question du travail non rémunéré en
débat remonte aux précurseurs de la comptabilité nationale tels que William Petty (1664) et aux économistes néoclassiques avec une
En comptabilité nationale, le produit intérieur brut (PIB) reflète-t-il la réalité des créations de valeur ? Qu’en est-il des productions non marchandes telles que le travail non rémunéré ? Si celui-ci est aussi
femmes est largement sous-estimé dans les pays en développement,
des rôles sexués à l’analyse économique et la comptabilisation du
Faso. L’ensemble de la réflexion est placé au cœur de la théorie
prix Nobel d’économie (1998). Ainsi, l’ouvrage propose, dans une
des fondamentaux économiques soucieux d’équité.
pauvreté, des questions sexospécifiques et de la modélisation
ÉTHIQUE ÉCONOMIQUE
E TRAVAIL NON RÉMUNÉRÉ
LE TRAVAIL NON RÉMUNÉRÉ
Enjeux pour le développement
Barbara Ky
Préface de Jacques Charmes
LE TRAVAIL NON RÉMUNÉRÉ
Enjeux pour le développement
Éthique économique Collection dirigée par François Régis Mahieu L’éthique rejoint l’économie dans la recherche du bonheur pour soi et pour les autres. L’individu n’est pas totalement opportuniste, il concilie égoïsme et altruisme. Reconnaître les formes de l’éthique est une priorité en économie : vertu, responsabilité, discussion, justice. Une attention particulière est accordée à l’éthique du développement, en particulier à la considération accordée à la justice intra et intergénérationnelle dans le cadre du développement durable. L’éthique se traduit par des évaluations et des sanctions vis-à-vis de ceux qui ont la responsabilité de lavie bonne. Cette collection concilie recherche et pédagogie, réflexion et action, dans l’optique la plus large possible. Dernières parutions François-Régis MAHIEU,Une anthropologie économique, 2016. François-Régis MAHIEU, Thierry SUCHÈRE (coord.),Autour de l’anthropologie économique. Actualité des écrits du professeur André Nicolaï, 2014. Jérôme BALLET et Mahefasoa RANDRIANALIJAONA (eds.), Vulnérabilité, insécurité alimentaire et environnement à Madagascar, 2011. Jean-François TRANI (ed.),Development efforts in Afghanistan: Is there a will and a way?, 2011. Arnaud MAIGRE,De l’éthique en économie, 2010. Ali TOUSSI,Le taux d'intérêt dans un système financier islamique, 2010. Ali TOUSSI,La banque dans un système financier islamique, 2010. Jean CARTIER-BRESSON,Economie politique de la corruption et de la gouvernance, 2008. Réseau IMPACT,Repenser l’action collective. Une approche par les capabilités, 2008. Laurent PARROT (coord.),Agricultures et développement urbain en Afrique subsaharienne. Gouvernance et approvisionnement des villes, 2008. Laurent PARROT (coord.),Agricultures et développement urbain en Afrique subsaharienne. Environnement et enjeux sanitaires, 2008. Samir ZEMMOUR,Vers une certification de qualité halal ?, 2007. Samir ZEMMOUR,Le marché de la viande Halal : évolutions, enjeux et perspectives,2006. Jérôme BALLET, Katia RADJA,Le capital social en action, 2005. J. BALLET, J.-L. DUBOIS, F.-R. MAHIEU,L’autre développement, 2005. J.P. MINVIELLE et A. LAILLER,Les politiques de sécurité alimentaire au Sénégal depuis l’indépendance, 2005.
Barbara Ky LE TRAVAIL NON RÉMUNÉRÉ Enjeux pour le développement Préface de Jacques Charmes
© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-14685-0 EAN : 9782343146850
Sommaire
Préface ................................................................................................. 7 Avant-propos ....................................................................................... 9 Résumé .............................................................................................. 11 Acronymes ......................................................................................... 13 Introduction ....................................................................................... 17 Chapitre 1 LA PAUVRETÉ : UN CONCEPT PLURIDIMENSIONNEL ......... 31 Chapitre 2 QUELLE RELATION ENTRE LA PAUVRETÉ, LES FEMMES ET LE DÉVELOPPEMENT ? ................................................................ 49 Chapitre 3 LA QUESTION DU GENRE DANS LES CSLP ............................. 71 Chapitre 4 LE TRAVAIL NON RÉMUNÉRÉ ENTRE MÉCONNAISSANCE ET SOUS-ESTIMATION ................................................................. 99 Chapitre 5 ENJEUX DE LA VALORISATION DU TRAVAIL NON RÉMUNÉRÉ ................................................................................... 125 Chapitre 6 QUE RÉVÈLE L’ENQUÊTE BUDGET-TEMPS DU BURKINA FASO ? .................................................................. 155 Chapitre 7 ESTIMATION DU TRAVAIL NON RÉMUNÉRÉ AU BURKINA FASO : QUELLES LEÇONS ? ............................. 187 Conclusion générale ........................................................................ 219 Références bibliographiques ........................................................... 229 Remerciements ................................................................................ 259 Table des matières ............................................................................ 261
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Préface
L’ouvrage que nous présente Dr Barbara Ky s’inscrit dans un long débat qui remonte aux grands économistes néoclassiques. Longtemps en effet, la conception de la production sur laquelle raisonnaient les économistes n’incluait pas les services. Adam Smith, influencé par les physiocrates, limitait la définition de la production aux seuls biens. Et cette conception perdura chez Marx et dans les balances matérielles (l’équivalent des comptes nationaux) des pays socialistes. La définition de la production, et donc du travail, étendue à l’ensemble des services a été introduite par Alfred Marshall qui, dans son Économie de l’industrie (un ouvrage qui date de 1879, mais dont il e faudra attendre la 4 édition de 1909 pour y voir aborder le sujet), jeta les bases de la conception moderne du Produit Intérieur Brut (PIB) : « Tout ce qui est produit au cours d’une année, chaque service rendu, chaque nouvelle utilité, fait partie du revenu national. Ainsi inclut-il, le bénéfice tiré de l’avis d’un médecin, le plaisir d’entendre un chanteur professionnel et la jouissance de tous les autres services pour lesquels une personne peut être embauchée afin de les effectuer pour une autre ». Plus tard en 1920, son élève Arthur C. Pigou tira les conséquences de l’interprétation limitative des idées de Marshall par ceux qui ne s’intéressaient qu’à la mesure de la production des seuls services transitant par le marché, en énonçant le paradoxe du gentleman qui diminue le bien-être national en épousant sa re gouvernante ou sa cuisinière (1 partie, chapitre 3 de sonÉconomie du Bien-Être). L’extension de la notion de travail à l’ensemble des services (et par suite son extension à la production) sera ensuite reprise par les grands noms de l’économie féministe, Margaret Reid en 1934 et Marilyn Waring (1988) dont le titre de l’ouvrage phare résume bien la situation Compter pour rien. Ce que les hommes évaluent et ce que les femmes valent, signifiant par-là que le travail des femmes est négligé par une comptabilité nationale (ce que les hommes évaluent) qui ne tient pas compte de l’ensemble du travail domestique et de soins principalement effectués par les femmes (ce que les femmes valent).
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Mais comment mesurer le travail domestique et de soins puisqu’il n’a pas de prix fixé par les marchés ? La vision de Marshall ouvrait cependant la voie à une telle valorisation puisque ces services peuvent faire l’objet de transactions sur le marché. Encore fallait-il en mesurer la durée. Les enquêtes emploi du temps que la Conférence de Beijing (1995) contribua à remettre sur le devant de la scène sont devenues aujourd’hui l’instrument incontournable pour permettre la juste appréciation du travail non comptabilisé des femmes comme des hommes et les dernières décennies ont vu un rapide développement de ces enquêtes. On compte plus de 80 pays dans le monde à en avoir réalisé, dont seulement 10 en Afrique subsaharienne et 5 dans les pays à faible revenu. Un nombre encore plus faible de ces pays sont allés jusqu’à utiliser les résultats de ces enquêtes pour établir une estimation de la valeur du travail domestique non rémunéré en comparaison du PIB. C’est dire que le travail de Barbara Ky est précieux, et il l’est d’autant plus que rares sont les auteurs francophones à s’être saisis de ces questions. Son mérite consiste aussi à replacer ces réflexions dans le cadre de l’approche descapabilitésSen (Prix Nobel d’Amartya d’économie, 1998) et, plus largement, de la pauvreté. Articulant avec maîtrise les instruments de mesure de la comptabilité nationale et du budget-temps, l’ouvrage constitue une synthèse et une réflexion indispensables à un moment où devient plus évidente la marche inexorable et tant attendue vers la reconnaissance définitive des notions étendues de travail et de production, avec l’adoption de nouvelles recommandations en matière de définition de l’emploi par l’Organisation internationale du travail (2013) et le développement de comptes satellites de la production domestique qui ouvrent la voie à la prise en compte de celle-ci dans le cadre central des comptes nationaux.
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Jacques Charmes Directeur de recherche émérite IRD CEPED-Université Paris-Descartes
Avant-propos
Les moments de bonheur que rencontre un chercheur dans sa vie de scientifique sont relativement rares. Ces pépites de bonheur qui peuvent illuminer une vie de recherche souvent solitaire, résultent de la satisfaction d’avoir contribué à apporter quelques réponses à un questionnement collectif, ou proposé quelques pistes de solutions s’inscrivant dans l’émergence d’un progrès collectif.
Ce bonheur survient également lorsqu’une intuition, formulée dans le cadre d’un travail de recherche dans l’espace académique, arrive à trouver un écho favorable dans l’espace public, aux niveaux non seulement local, national ou régional, mais mieux, à un niveau universel comme celui des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
Il y a là, en quelque sorte, la marque d’une reconnaissance sociale et universelle, et l’euphorie qui en résulte doit laisser rapidement la place à la conscience d’une responsabilité à la fois morale et intellectuelle qui est celle de produire et de partager l’argumentaire sur lequel repose la force de ses intuitions, et le protocole scientifique qui a prévalu. La mission du chercheur se trouve alors renouvelée par l’obligation qu’il fait sienne de développer de manière plus argumentée et explicative ce qui désormais fait l’objet d’une attention particulière de la société. Ce partage a initialement été réalisé par le biais de publications et de communications dans diverses conférences et instances internationales.
C’est dans un tel contexte que le présent ouvrage reprend l’essentiel d’une thèse de doctorat en économie du développement soutenue en 2010 à l’université Paris-Descartes et intitulée « Contribution des femmes à la lutte contre la pauvreté au Burkina Faso : essai de quantification du travail non rémunéré féminin dans la Commune de Koupéla » dont la publication a été retardée pour des raisons d’urgence professionnelles.
Il traite de la nécessité de prendre en compte le travail non rémunéré, majoritairement produit par les femmes, dans les politiques de développement. Ce type de travail, occulté au moment de la rédaction de la thèse par les Objectifs du Millénaire pour le développement qui ont été adoptés en 2000, vient cependant d’être inscrit en 2015 comme
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