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LES CONSTITUTIONS PSYCHIQUES

De
114 pages
Une fois déchue la référence à la " dégénérescence ", les psychopathologues cherchèrent un nouveau modèle des maladies mentales dans la " constitution ". Celle-ci devait permettre une typologie recouvrant, par degrés insensibles, le mode d'être de l'individu et le genre de psychose à laquelle il se trouvait prédisposé…Cet ouvrage reproduit la grande confrontation de 1925 qui eut lieu entre les plus grands psychiatres de l'époque, cliniciens, phénoménologues, psychanalystes, sous l'égide de la Société de l'Evolution Psychiatrique.
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R. Allendy, H. Codet, Henry Hey R. Loewenstein, F. Minkowska E. Minkowski, G. Robin

LES CONSTITUTIONS PSYCHIQUES

Collection Psychanalyse et Civilisations Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée par Jacques Chazaud

Renouer avec les grandes œuvres, les grands thèmes, les grands moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend maintenir l'exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective historique, l'impact d'ouverture et le potentiel de développement des grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes présents et à venir.

Dernières parutions

Cryptes et fantômes en psychanalyse, P. HACHET, 2000. Vie mentale et organisation cérébrale, C. J. BLANC, 2000. Psychothérapies de psychotiques, C. FORZY,2000.
Une psychiatrie philosophique: l' organo-dynamisme, P . PRATS,
2001.

Les délires de personnalité, Gilbert BALLET, 2001. Psychanalyse et rêve éveillé, J. et M. NATANSON,2001. Les processus d'auto-punition, A. HESNARDet R. LAFORGUE,2001. La schizophrénie en débat, E. BLEULER, H. CLAUDE, 2001. La folie érotique, B. BALL, 2001. Vrais et Faux mystiques, J. L'HERMITTE, 001. 2

R. Allendy, H. Codet, Henry Hey, R. Loewenstein, F. Minkowska, E. Minkowski, G.Robin

LES CONSTITUTIONS PSYCHIQUES

Présentation de Jacques Chazaud

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Illustration de couverture: de Delacroix)

types morphologiques

(détails d'un tableau

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-2265-2

PRESENTATION

Selon une vue un peu schématique, dont nous n'avons nullement l'intention de contester la pertinence dans le cadre des sciences sociales, la psychiatrie - compte tenu de son développement spiral, torse (sinon retors...) - devrait être conçue selon le développement de ses paradigmes successifs: Aliénisme; Maladies mentales; Structures. .. Le « modèle» actuel restant à préciser. Ces paradigmes dirigeraient les cadres idéologiques des théories et des pratiques. Rien n'apparaît plus vrai, si l'on se place au niveau supérieur de la généralisation abstraite. Cependant, l' œuvre « fondatrice» de l'Aliéniste PINEL- qui n'est certes pas négligeable! - est peut-être, moins décisive qu'on ne le dit dans la «rupture épistémologique» que dans celle qualifiable de « politique» (politique générale et politique de la santé). Elle ne saurait être considérée d'ailleurs comme un commencement absolu, un «.fiat lux». Contemporain, voire compilateur, des anglais CULLEN, CRICHTON,etc., de l'italien CIllARURGI,du savoyard DAQUIN,il n'avait sur eux, pour se hausser à la figure emblématique, que l'expression « philosophique» (stoïcorévolutionnaire modérantiste) de son action. Le génie de PINEL, au-delà du mythe de la « libération des chaînes» des insensés, est d'avoir fait des « aliénés », non pas des sujets de la folie, mais des Sujets de Droit. Il n'aurait, sinon, aucune préséance sur les TUKE et autres « philanthropes» ; au premier chef en ce qui concerne le « traitement moral» ! On doit aussi relever, fait marquant pour l'époque, l'optimisme affiché par le Grand homme sur la réversibilité et la curabilité de la «manie ». Ce préjugé d'une restitution des potentialités « citoyennes)} de I'homme était une idée neuve en Europe, s'il nous est permis de détourner ainsi une formule de l'Ange noir (dixit MALRAUX) e la Grande Révolution, concernant le d bonheur. .. I

Mais cela ne peut rejeter, purement et simplement, dans les ténèbres extérieures les avancées d'un GALIEN,de PARACELSE même, et plus tard (1761) d'un BOISSIER LA DE CROIX DE SAUVAGES mettant systématiquement (en s'inspirant de SYDENHAM) e l'ordre dans le magma de la d folie, distinguée dans la huitième classe de la Nosologie méthodique aux fins d'indications différenciées. Ses quatre ordres (bien connus de PINEL) comportaient, parmi d'autres, des cliniques (fort peu vieillies) de l'hypochondrie, de la mélancolie, de la manie, pour ne rien dire de I'hystérie, etc. A côté des discursions étymologiques sur les «paraphrosimes », où se retrouve la racine «phrène », il discutait des parafero et transfero en rappelant les « morbi mentales» (<< maladies mentales» qui précèdent donc, dans leur référence, 1'« aliénisme » !...) caractérisées phénoménologiquement par leurs « allucinations » et délires... Ce détour pour dire que les grands «paradigmes» n'ont jamais rien inspiré mais, loin d'être des causes, apparaissent comme des produits, sans qu'on puisse cependant contester qu'ils «illustrent» l'esprit du temps! La praxis concrète se situe à un autre niveau, plus (illusoirement 1) conscient. Pour maintenir, sans excès d'artifice rationalisateur, la notion de paradigme, au moins devrons-nous constater qu'elle «ramasse », à chaque étape du développement social et de la recherche des sous-ensembles d'inspiration fort différente. Dans les «temps obscurs» (entendons ceux d'avant les «lumières» aux intensités variables), WEYER(dit, chez nous, WIER) dénonce déjà, du point de vue de la médecine, « L'imposture et tromperies des diables, des enchantements et sorcelleries» (1570), mettant ainsi en cause, comme « folle opinion» le paradigme de la « possession », réputée «moyenâgeuse» (alors qu'au XITIo siècle un THOMAS d'AQUIN - parmi tant d'autres - considérait comme maladies les troubles de l'humeur, l'amentia, et autres perturbations de l'âme, pour lesquelles il préconisait une thérapeutique conjointe: psychologique de soutien et sornatoII

médicamenteuse! Au temps dit de l' Aliénisme, les partisans des « passions» se distinguaient de ceux des « membranes» (arachnoïdites) tandis qu'émergeait - avec la médecine physiologique» -, une théorie organismique synthétique de « l'irritation», que l'on retrouvera chez MOREAU(de Tours) et, selon des récurrences plus ou moins explicitées longtemps encore. On connaîtra ensuite la lutte des « psychistes » opposés aux «somatistes », avant que «l'organodynamisme» l'une des versions du structuralisme - s'oppose aux deux... Cela ne va pas sans conséquences représentatives. Comme pourra l'écrire un H. EY, orfèvre en la matière, « on a la clinique de sa théorie». Quitte, d'ailleurs, à préciser que la clinique se distingue de la pratique. Ainsi la psychanalyse, participait-elle du paradigme des maladies mentales - qu'elle enrichissait - tout en modifiant profondément ses niveaux d'observation et ses modalités d'intervention... Un moment marquant de l'évolution des idées fut celui du règne de la doctrine de la « dégénérescence », inaugurée par le très catholique MORELet laïcisée par l'illustre MAGNAN.On pouvait avoir, avec elle, l'impression d'une totalité incluant exhaustivement clinique-étiologie-pathogénie et fondée scientifiquement dans la biologie de l'époque. Ce n'est pas le lieu de développer ici son contenu et son emprise (même FREUD,tout en émettant des réserves sur sa portée, se gardait bien d'en nier l'existence dans ses premiers écrits I). Lorsque la dégénérescence et ses « stigmates» perdirent leurs attraits (en nous laissant, au passage, les catégories toujours actuelles de la Démence Précoce, des bouffées délirantes polymorphes, du Délire à évolution systématique, etc...), on vit
-

et c'est là notre sujet - apparaître, parallèlement à

« l'automatisme mental », la « constitution» pour faire nouvelle référence.

.

. III

.

Nous n'entendons pas faire ici l'étude méthodique de ce nouveau «petit paradigme» qui dominait, encore, de façon plus ou moins avouée, lorsque nous commencions nos études de spécialité. La « constitution» semble une appellation due à ARNAUD(1903) (d'autres disent de BOUCHARD) dans le cadre de la clinique de MAGNAN,sans qu'il puisse s'agir encore, sous la forme des « psychoses constitutionnelles », d'un concept. Faisons un saut de plus de vingt ans pour ouvrir l'ouvrage de G. ACHILLE-DELMAS M. BOLLsur La et personnalité humaine (1927). Ils y distinguent, pour ainsi dire abruptement, les «psychopathies acquises» (organotoxiques) et « constitutionnelles» dont les anomalies... constitutives sont innées, héréditaires et immuables. Elles sont réputées être exactement au nombre de cinq, correspondant aux dispositions affectives fondamentales... On croit rêver lorsque les deux auteurs affirment qu'ils apportent, ainsi, une psychologie enfin « scientifique », à l'encontre de ce qui restait des facultés scolastiques! Mais cela est dans l'air du temps. DupRÉ avait décrit (dès 1907), d'ailleurs beaucoup plus finement, la « constitution émotive» puis la mythomaniaque, etc. M. de FLEURY,BARBÉ,DillE, etc. partagent ce point de vue. Suivant le principe bemadien (remontant en fait à von HELMONT transmis via BROUSet SAIS)d'un continuum en « hyper» et en « hypo », des fonctions, les constitutions aboutissent - dans les cas morbides - à la paranoïa (hypertrophie du moi), à la folie morale (perversions), à la mythomanie (fabulation, simulation, hystérie), à la maniaco-dépressive (cyclothymie), aux réactions émotionnelles anormales (anxiété, obsessions, phobies). Dans la classification typologique de nos auteurs, il y aurait entre constitutions psychopathiques et « dispositions» des correspondances diverses: paranoïa/avidité; perversions/bonté; mythomanie/sociabilité; cyclothymie/activité; hyperémotivité/ émotivité. A partir de cette notion générale des constitutions, on vit apparaître plusieurs écoles se référant toujours plus ou moins directement au cadre d'un déterminisme biologique. IV

Les unes (initiées par HEYMANSet WIERMSA)pratiquent « l'analyse factorielle» en restant au niveau phénoménal de l'émotivité, de l'activité et de la réactivité primaire ou secondaire. C'est là, en un sens, reprendre au plan psychologique la classification physiologique des types nerveux de PAVLOV(actifs équilibrés et excitables, inactifs inhibés ou inertes ). PAVLOVne faisait pas mystère de reprendre, sous cette terminologie les tempéraments (ou diathèses) h,ippocratiques: phlegmatiques, colérique-sanguin, bileux-mélancolique, lymphatique... D'autres privilégieront les fonctions (respiratoire, digestive) ; les données physiognomoniques ou morphologiques (SIGAUD, CORMAN,KRETSCHMER, urtout s avec ses « leptosomes », pycniques, athlétiques) ; les prédominances développementales embryologiques (types endo-, méso-, ectodermique de SHELDON) ou encore l'importance ; des appareils sympathique /parasympathique et endocriniens
(LAlGNEL-LA VAlSTINE, PENDE). En passant par les types épi-

leptiques et criminels de LOMBROSO, eux cents fleurs ont d fleuri, jusqu'à la conception œcuménique du Dr, et R.P., VERNONqui donnèrent des boutures jusqu'à nos jours, dont la moindre n'est pas le « typus mélancholicus » du grand clinicien T ALLENBACH.

Aussi originale se voulut-elle, la doctrine des constitutions n'en a pas moins été... stigmatisée comme l'héritière honteuse de la vieille dégénérescence, passant de la généralité floue à une « génétique» imaginaire calquée sur la nosologie de KRAEPELIN. Elle a pu paraître comme une « solution paresseuse» (E. MOUNIER,1947) et n'a pas tardé à donner lieu à interrogation sur la possibilité de son « acquisition» (M. NATHAN: Les psychoses évitables, 1929), en mettant en cause les « types purs» parallèlement à l'offensive « psychodynamique ». Là n'est pas le problème. Comme l'exprimait MouNIER (dans son Traité du caractère): «La tentation est grande (...) de considérer le normal comme la limite inférieure de l'anormal (. ..) la constitution sert alors d'instrument à un impérialisme de la clinique (...) qui lui est tendu par la V

porte de l'infirmerie spéciale ». Le philosophe exprimait très ouvertement, alors, la question de savoir si les « dissolutions» reprenaient les voies de l'édification de la Personne (sur le modèle cartésien de la réversibilité de l'analyse et de la synthèse mathématique). J. DUBLINEAU, pédopsychiatre et psychiatre d'adultes insistait - juste après la guerre (de 39-45) - sur les aspects évolutifs et interactionnels de la morphoplastie dans le milieu socio-psychologique de l'individu. C'était là revenir à l'aphorisme de B. PASCAL: «Il n'y a pas d'homme plus différent d'autres que soi-même dans différents temps ». Il serait, toutefois, totalement erroné de penser que la notion de constitution ait perdu toute opérativité, quitte à prendre des appellations plus masquées (de même que la dégénérescence qui subsiste sous le nom, plus élégant, de «dysharmonie d'évolution»...). Ainsi, les éditeurs de La psychanalyse d'aujourd'hui devaient, avec la bénédiction du biographe officiel de FREUD,E. JONES, produire - sous la plume inspirée du neuropsychiatre J. de AJURIAGUERRA, futur
Professeur au Collège de France

- un

travail

avec R. DIAT-

KINE et J. GARCIA-BARRACADO où, sous couvert de «Psychanalyse et neurobiologie », la constitution réapparaîtra sous le nom «d'équipement»; les bébés se distinguant par leurs aspects hypo et hypertonique comme par leur organisation rythmique de phases... Pourquoi s'en étonner? FREUDlaissait à la « disposition héréditaire» toute son importance, selon la variété de la « constitution sexuelle », en association avec les événements de la vie infantile, pour former la disposition acquise agissant en série complémentaire avec les événements traumatiques. Il ira même jusqu'à écrire (dans ses Leçons d'introduction...) qu'il se demandait si la plus remarquable des régressions n'était pas «déterminée principalement par les conditions constitutionnelles héréditaires» . Il paraît alors inutile d'aller plus loin, quitte à laisser en suspens les relations somato-psychiques entre constitution, tempérament et caractère... VI

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L'ouvrage ici re-publié, grâce à la bienveillance du pt"J. POSTELet du Dr Y. THORET,respectivement Président et Secrétaire Général des Cahiers de l'Evolution Psychiatrique, reprenant le numéro 4 de la seconde série (1932), est exceptionnel. Les plus grands noms de la psychopathologie, de la psychiatre et de la psychanalyse de la première moitié du :XXO siècle s'y retrouvent. L'ensemble apparaît - après coup dominé par l'Essai de H. EY qui est loin d'ailleurs d'y dire son dernier mot, mais est déjà à contre-courant des idées reçues du moment. Il n'est pas pour autant question d'établir de « palmarès» : les premiers éditeurs avaient pris la précaution, et nous les suivons ici, de se cantonner à l'ordre strictement alphabétique des contributions. Celles-ci sont diverses, contradictoires, d'inspirations hétérogènes, et même hétéroclites: tous les ingrédients sont ainsi réunis pour créer un ensemble passionnant. Le résultat est digne de la promesse; mais il appartient maintenant au lecteur d'en être juge.
J. CHAZAUD

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Membre titulaire, Conseiller scientifique de L'Évolution Psychiatrique

VII