Les Mutations du livre et de la lecture : En 40 pages

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Livres
39 pages
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Description

Les technologies issues de l'informatique changent nos vies. Les dispositifs et les pratiques de lecture sont aujourd'hui en pleine mutation et le livre imprimé ne peut plus suivre le rythme de l'époque. Dans son essai Les mutations du livre et de la lecture, le prospectiviste Lorenzo Soccavo s'attache à éclairer l'ampleur de ces mutations, à préciser leurs enjeux, et à les replacer dans une perspective historique et anthropologique. Le format de la collection l'oblige à la concision et à pointer d'entrée de jeu les points névralgiques : l'évolution des statuts d'auteur, d'éditeur et de lecteur, l'avenir des librairies et des bibliothèques, la disparition ou l'hybridation technologique du papier, sont abordés brièvement, mais avec une acuité qui en appelle à la réflexion critique du lecteur. Sans concessions, mais optimiste, s'il postule que l'avenir du livre ne peut pas être son passé, c'est surtout pour nous appeler à la vigilance et à voir au-delà d'un simple passage de l'édition imprimée à l'édition numérique. L'auteur nous invite à penser le livre du futur comme une chance, une possible ouverture sur un nouvel ordre conceptuel.D'abord lecteur passionné, puis chercheur indépendant en prospective du livre et de la lecture, Lorenzo Soccavo travaille depuis le début des années 2000 à mobiliser les lecteurs et l'interprofession du livre autour des enjeux qui se cristallisent aujourd'hui sur le monde de l'édition, avec l'émergence de nouveaux dispositifs et de nouvelles pratiques de lecture. Conférencier et auteur entre autres de Gutenberg 2.0, Le futur du livre (M21 éd., 2007) et De la bibliothèque à la bibliosphère (Morey éd., 2011), il oriente depuis 2013 ses travaux sur la médiation documentaire numérique dans le souci de réintroduire de la relation humaine, notamment avec le web 3D immersive, face aux algorithmes des bibliothèques et des librairies numériques. Son activité de veille stratégique et technologique porte aussi sur les rapports entre nouveaux dispositifs, nouvelles pratiques de lecture et émergence de nouvelles formes de narration.

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Date de parution 10 novembre 2014
Nombre de visites sur la page 239
EAN13 9782371680159
Langue Français

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De l’autre côté de la page
Avec le numérique le livre et la lecture traversent bien plus qu’une simple crise de croissance. C’est d’une véritable révolution culturelle qu’il s’agit. A la fin du 15e siècle l’invention de l’imprimerie ne fut qu’une évolution nécessaire. L’ambition de Gutenberg était seulement de permettre la reproduction en nombre des ouvrages jusqu’alors recopiés à la main, mais le dispositif de lecture du codex, des feuilles pliées, réunies en cahiers reliés et protégés par une couverture restait le même, et durant de nombreuses décennies le livre imprimé allait continuer à se référer à son prestigieux ancêtre manuscrit. De même l’invention et la transformation des alphabets ne traduisent qu’un simple processus évolutif par rapport à l’élaboration des écritures à partir de 3300 avant J.-C., qui fut, elle, une véritable révolution culturelle, tout comme quelques millénaires auparavant l’émergence de la faculté du langage au sein des premières sociétés d’hominidés. L’écriture a constitué un véritable saut ontologique, elle a donné aux hommes le pouvoir de garder trace du langage oral dans le temps et l’espace et de fixer leurs mythes. A en croire Platon dans son dialogue Phèdre, l’écriture a pourtant été un objet d’inquiétudes, notamment pour Socrate qui craignait qu’elle ne produise «dans les âmes[…] que l’oubli de ce qu’elles savent en leur faisant négliger la mémoire ». Dans ce dialogue Socrate rétorquait à son interlocuteur ce que certains opposent encore aujourd’hui aux utilisateurs de l’encyclopédie en ligne Wikipédia : «Tu donnes à tes disciples la présomption qu’ils ont la science, non la science elle-même. Quand ils auront, en effet, beaucoup appris sans maître, ils s’imagineront devenus très savants, et ils ne seront pour la plupart que des ignorants de commerce incommode…».
Au 21e siècle il apparaît évident que l’imprimé ne peut plus suivre le rythme de l’époque, même si beaucoup pensent toujours comme Socrate. Nous constatons tous cependant que la nouvelle donne qui s’instaure ne se limite pas au monde du livre et de la presse écrite.A l’extrême même, l’impact du numérique sur l’écosystème de la lecture pourrait être purement et simplement considéré que comme un simple épiphénomène d’une révolution numérique globale. Mais, comme nous le verrons justement au cours de cet essai, il n’en est rien, bien au contraire. Précisément parce qu’il s’agit de langage et de lecture, c’est au niveau du processus d’hominisation-humanisation que les effets des mutations en cours s’exprimeront dans un plus ou moins proche avenir. Un signal faible qui va dans ce sens est le développement d’un capitalisme linguistique, désigné par David Rowan dansWired dès août 2009, puis explicité par Frédéric Kaplan, professeur en charge de la chaire de Digital Humanities à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. En 2011 Kaplan a stigmatisé les effets de régularisation de la langue induits par l’algorithme d’enchérissement et de