Les royaumes nagos de Pobè et du Hollidjé, et leurs voisins

Les royaumes nagos de Pobè et du Hollidjé, et leurs voisins

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Français
259 pages

Description

Ce livre raconte la tradition et l'histoire des petits royaumes nagos, qui se se sont défendus durant des siècles contre l'envahissement et la traite des esclaves. L'auteur les décrit de l'intérieur, en tant qu'héritier. Un tabou ancien disait pourtant que « Pobè ne raconte pas son histoire ». Mais il est apparu à la nouvelle génération que le souvenir faisait partie d'une identité à préserver, à défendre. Issus de la tradition orale, les récits mythologiques et historiques se mélangent.

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Informations

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Date de parution 31 janvier 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140141836
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

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Etudes africaines
Série Anthropologie
Valentin Omonlègbé A
Les royaumes nagos de Pobè et du Hollidjé, et leurs voisins
Légende, histoire, traditions, résistance
Préface de Dan Schurmans
LES ROYAUMES NAGOS DE POBÈ ET DU HOLLIDJÉ, ET LEURS VOISINS
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Collection « Études africaines » dirigée par Denis Pryen et son équipe Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
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Valentin Omonlègbé ABOGOUNRIN LES ROYAUMES NAGOS DE POBÈ ET DU HOLLIDJÉ, ET LEURS VOISINS Légende, histoire, traditions, résistance Préface de Dan Schurmans
*** © L’Harmattan, 20205-7, rue de l’École-Polytechnique75005 Pariswww.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-18639-9 EAN : 9782343186399
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Préface
Les colonisateurs sont entrés en Afrique avec leurs bottes, ignorant ce qu’ils écrasaient. D’aucuns étaient brutaux, d’autres pas. Beaucoup étaient convaincus, de bonne foi ou de mauvaise, d’apporter avec eux le progrès, la prospérité, et pour certains, la propagation de la Foi. Ils exploitaient, mais la civilisation qu’ils pensaient donner en échange valait bien, à leurs yeux, d’imposer aux gens quelques humiliations. Mettre le pays en valeur. Développer les cultures, les échanges. Construire une ligne de chemin de fer grâce au travail forcé. Créer une administration efficace. Ratisser l’impôt… Ce livre donne illustration de tout cela grâce à des documents d’époque, et l’effet qu’ils font, à la lecture, est stupéfiant. Comme nous étions naïfs, « nous autres » Européens ! Comment pouvions-nous passer à côté d’une civilisation, sans même en percevoir l’existence ? Car ces administrateurs, ces militaires étaient aveugles. e Nous sommes au début du XX siècle, juste avant et pendant la Première Guerre mondiale, dans la colonie qui s’appelait alors le Dahomey et dépendances. Précisément dans une de ces 1 dépendances : les petits Royaumes Nagos , qui faisaient alors la limite des possessions anglaises. Pays riche, nous dit l’auteur. Riche en productions agricoles, sans doute, mais il n’y a ici rien qui fasse tourner la tête au colonisateur : pas de métaux précieux, pas de diamants, pas de pétrole. Rien qui mérite de gros investissements. Les ressources allouées aux Administrateurs sont pingres. On vit donc sur le pays et sur l’habitant, mais on se contente du peu qu’ils donnent – et pour eux, c’est beaucoup. On administre. On affirme la présence de la France, dans un coin d’Afrique qui longtemps fut disputé. Si les Danois, les Hollandais, les Portugais sont partis, il reste, à l’Est, les Anglais,
1 Ce nom est souvent écrit Nagots, surtout dans les textes d’époque coloniale. (D.S.)
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et à l’Ouest, les Allemands. Entre ces deux grandes puissances ennemies, il n’y a qu’une soixantaine de kilomètres de côte basse, parsemée de lagunes et de mangroves. Un fleuve s’abouche là : l’Ouémé. C’est par là que les Français sont entrés. Après avoir chassé les Hollandais de Ouidah, ils fondent Cotonou, arrachent Porto Novo aux Portugais et y installent leur Administration. Ils soutiennent une guerre très dure contre le royaume d’Abomey, qui fut longtemps leur fournisseur de bois d’ébène, et envoient en exil leur roi, Béhanzin. Tout reste à faire. Les Nagos, au nord de Porto-Novo, relèvent la tête : ils se croient débarrassés d’Abomey, leur ennemi séculaire. Il faut vite leur faire comprendre qu’ils n’ont fait que changer de maître. Et s’étendre vers le Nord, aussi loin que possible, pour qu’enfin tous les territoires français se touchent et s’administrent d’un seul tenant. Hélas, les Anglais sont proches. Et comme d’habitude, ils intriguent…
L’auteur de ce livre, Valentin Omonlègbé Abogounrin, nous raconte cette histoire du point de vue de ses ancêtres, qui y ont joué un rôle et qui en ont payé le prix. Un des intérêts du livre, c’est que ce point de vue africain sur un pan de l’histoire coloniale s’exprime par des citations d’officiers européens ! C’est là un subtil décalage, qui donne tout son sel au récit. Ils croient connaître le pays nago, et passent à côté : leur méconnaissance des réalités sociales (un tel, « à qui l’on donne le titre de roi, mais qui est en réalité le chef de canton de... ») les conduit parfois à un étonnement réel (système de« leur renseignement est meilleur que le nôtre, ils savent tout de nos déplacements »), parfois à des jugements sommaires («le nagot est par nature ingrat et incapable de reconnaître les bienfaits reçus»). En contrepoint, l’auteur nous déploie les fastes et les déboires de ces royaumes séculaires, leurs rituels et leurs contraintes, leurs mythes et leurs nécessaires adaptations. Les interrogatoires des notables de Pobè, coupables en 1907 de « menées séditieuses », sont à cet égard savoureux et instructifs. Ce sont tous des descendants de rois, des prêtres, des conseillers à la Cour. Ce sont aussi, devant le tribunal militaire, de simples prévenus indigènes, dont on ne questionne que les faits déjà établis, sans jamais interroger les motivations. Tout en se
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défendant habilement, ils pâtissent du mépris dont on les accable, et ne peuvent réagir. Ils réagiront cependant, quelques années plus tard, quand les habitants des terres noires du Hollidjé se révolteront et mèneront la vie dure aux troupes coloniales, deux années durant. C’était la Grande Guerre et, sans doute, les officiers français avaient-ils d’autres préoccupations. Mais l’auteur prend soin de préciser que les mêmes troupes allaient bientôt conquérir le Togo allemand, et que cette guerre eut aussi ses dimensions africaines, qui ne furent pas négligeables. L’arrestation du roi Otoutou, et de toute sa Cour, précéda de quelques mois la fin du conflit avec les Hollis, ce qui montre bien l’existence d’une bonne organisation militaire chez ces paysans armés. La fin est poignante : le roi, ses ministres, ses généraux, déportés en Mauritanie, y mourront tous. Leur tombe, si toutefois elle exista jamais, a disparu dans les sables, et cette absence contraire à tous les rites, laisse aux populations du Hollidjé un deuil inextinguible. La première partie du livre remonte beaucoup plus loin que la colonisation. Il est même impossible de dire jusqu’où, car nous sommes dans un pays de tradition orale, où les récits historiques s’enracinent dans des légendes et dans des mythes dont ils se dégagent sans solution de continuité. Et cela est fascinant. Un des auteurs béninois, cité par V. O. Abogounrin, signale avec raison la ressemblance (purement formelle) entre la tradition yorouba et la mythologie grecque : c’est qu’ici, comme dans la Grèce antique, l’histoire des dieux se mêle à celle des hommes, sans que l’on puisse les départager. Hérodote, et même Thucydide, nous donnent des exemples de la même situation, du même souci de distinguer le mythe de la légende et la légende de l’histoire, sans y parvenir. Oranyan, l’ancêtre vénéré des gens de Pobè, est-il un roi d’Oyo ou d’Ifé, villes et royaumes historiques du Nigeria, ou est-il la figure incarnée d’un dieu cosmogonique ? Et les interminables migrations des Pobéens, à la recherche de la terre prédestinée qui les accueillera un jour, n’évoquent-elles pas celle des Hébreux ? La particularité du récit africain est la proximité entre le mythe, la légende et l’époque où nous sommes : le patriarche Fadoukpè, qui mène son peuple, a des descendants très actuels.
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L’organisation du royaume, telle que l’auteur nous la décrit, est également actuelle. Elle est enracinée dans la tradition et, en même temps, très soucieuse de modernité. Par exemple, elle agrège aux divers conseils liés aux cultes « animistes », pratiqués depuis l’aube des temps, un « conseil des religions exogènes » qui tient compte de la présence de musulmans et de chrétiens dans le royaume. Le fameux « syncrétisme béninois » fait la preuve de son inventivité : comme l’écrit l’auteur, aucun culte ne peut être pratiqué sans l’accord du roi, qui possède le pouvoir spirituel ; mais cela étant, toute personne peut pratiquer la religion de son choix. Car le roi, et le dieu Ohoundo, bien évidemment l’autorisent. La structure politico-religieuse traditionnelle a d’ailleurs très bien résisté à trente ans de démocratie populaire, malgré les efforts du pouvoir révolutionnaire. Lorsque celui-ci veut faire abattre les arbres de la forêt sacrée, les dieux s’y opposent, et le premier arbre abattu casse la tête du bûcheron sacrilège. Et quand l’État accable les gens d’impôts indirects, le roi décide de déplacer le lieu du marché, le positionne en un lieu sacré, devant son palais, et y interdit la perception des taxes !
Mais si ce pouvoir fonctionne si bien, c’est parce qu’il est lié, en permanence, à la vie des gens : il organise des rituels pour que les paysans aient de bonnes récoltes. Il associe tous les habitants à ses fêtes. Il exerce, bien sûr, un contrôle social sans faille : comme dans de nombreux carnavals européens, un masque commente publiquement les événements récents et satirise les travers et les petites fautes commises. Pour les fautes graves, il y a des sanctions, qui peuvent aller jusqu’à la mort. Rien ne lui échappe. Mais la sanction s’exerce par la volonté des dieux. Que peut-on reprocher aux dieux ?
La description que fait l’auteur de cette structure sociale et de ses rites laisse encore bien des zones d’ombre (et il en faut !). Mais sans doute est-ce la première fois que quelqu’un prend le soin de donner tant de détails. S’il ne nous dévoile rien des secrets des cultes et de ceux du royaume, il nous montre, comme peu de gens l’avaient fait avant lui, la richesse et la complexité d’une société traditionnelle yorouba. Cette société que les colonisateurs avaient si mal comprise. Une chose, notamment,
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