Maltraitance psychologique et résilience

-

Livres
272 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Face à des pratiques communicationnelles, relationnelles, et de projet aliénantes, l'enfant/adolescent cherche à développer des rôles dans le face-à-face relationnel avec l'adulte maltraitant, à construire une identité positive personnelle et sociale et, enfin, à maintenir un projet de soi primordial, à défendre un projet scolaire ou professionnel. À l'âge adulte, il lui appartient de retravailler son histoire sous la forme d'un récit d'enfance qui apparaît comme un nouveau processus de résilience.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2011
Nombre de visites sur la page 322
EAN13 9782296471351
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Maltraitance psychologique et résilience
CollectionHistoires de résiliencesDirigée par Michelle Van Hooland La collectionHistoires de Résiliences propose de rendre compte d’histoires de personnes qui ont su résister et se construire face à une expérience de vie difficile telles que la maltraitance, la maladie, le deuil…. La collection s’intéresse au vécu difficile du côté des savoirs, des processus de résistance et de construction. Elle est ouverte autant aux jeunes qu’aux adultes, aux professionnels qu’aux non-professionnels. Les histoires de résiliences peuvent être l’objet d’un travail à plusieurs voix : à une seule voix, à deux voix -entre un auteur et un facilitateur d’histoire, à différentes voix dans un cadre institutionnel par exemple de foyers de l’enfance. Les histoires de résiliences peuvent se présenter sous diverses formes : histoires de vie, comptes-rendus scientifiques mais aussi histoires fictionnelles de résilience avec notamment des contes. Livres parus Van Hooland M., 2009, Histoires de résilience au foyer de l’enfance, Paris : L’Harmattan. Carhaix J. et Rennais B.L., 2009, Parkour d’adolescents, Résister et se construire en foyer de l’enfance, Paris : L’Harmattan.
Michelle Van HoolandMaltraitance psychologique et résilience Approche psychosociale et biographique
Du même auteur chez le même éditeur VAN HOOLAND M. (Ed.), 2009, Histoires de résilience au foyer de l’enfance, coll. Histoires de résilience, Paris : L’Harmattan, 138 pages.
CARHAIX J., RENNAIS B. L. et VAN HOOLAND M., 2009, Parkoursd’adolescents, résister et se construire en foyer de l’enfance, coll. Histoires de résilience, Paris : L’Harmattan, 70 pages.
VAN HOOLAND M., 2008, Les contes du sac percé. Six petites histoires de résilience. Paris : L’Harmattan. 64 pages.
VAN HOOLAND M., 2006, Maltraitance communicationnelle (L’histoire communicationnelle dans les récits d’enfance maltraitée), Paris. L’Harmattan. 303 pages.
VAN HOOLAND M., 2005, La troisième personne. Maltraitance, résilience et interactions verbales (Analyse psychosociolinguistique de témoignages). Paris : L’Harmattan, 348 pages.
VAN HOOLAND M. (dir.), 2005, Psycho-sociolinguistique. Les facteurs psychologiques dans les interactions verbales. Paris : L’Harmattan, 208 pages.
VAN HOOLAND M., 2002, La parole émergente. Approche psycho-sociolinguistique de la résilience. Parcours théorico-biographique. Paris : L’Harmattan, 278 pages. VAN HOOLAND M., 2000, Analyse critique du travail langagier : du langage taylorisé à la compétence langagière. Paris : L’Harmattan, 247 pages. © L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56169-4 EAN : 9782296561694
Introduction
Les autobiographies peuvent être définies comme des «récits d’apprentissages» et des «récits de formation» (Delory-Momberger, 2005). Lorsque ces autobiographies sont des récits d’enfance maltraitée relatant une résilience, elles sont définies comme des «histoires de résilience» (Manciaux, 2003) appartenant à une «littérature de résilience» (Gianfrancesco, 2000). En effet, elles apparaissent comme des «récits de pratiques» (Bertaux, 2005) parentales psychologiquement maltraitantes, des récits des apprentissages face à ces pratiques (ou récits des stratégies) et des récits de transformation puisque l’écriture de l’adulte écrivant sa maltraitance met en acte un processus de résilience dans l’actuel (Anaut, 2002).
Comme le conseille Manciaux (2003 : 7), il est intéressant de se pencher sur «la littérature contemporaine (…) toujours riche d’histoires de résilience» car cette «littérature de résilience» se compose d’autobiographies dans lesquelles «les auteurs ont décrit les différentes formes de maltraitance bien avant les médecins, et découvert la résilience bien avant les professionnels» (Ib.). Cette littérature de résilience étudiée selon une approche psychosociale laisse apparaître une définition du processus de résilience de l’enfant et de celui de l’adulte dans et par le récit de vie. En effet, l’approche psychosociale de cette littérature étudie la résilience selon un modèle intégratif et multifactoriel de la santé.
Le modèle intégratif et multifactoriel de la santé proposé en psychologie de la santé (Bruchon-Schweitzer, 2002) permet de prédire une issue telle qu’une compétence face à un événement de vie stressant. Pour prédireune issue, il faut prendre en compte d’une part, lesantécédentsà savoir ce que la personne vit et ce que la personne est et d’autre part, la transactionque la personne met en place face à cet événement autrement dit ce qu’elle fait. Ainsi, la résilience face à la
8
maltraitance psychologique peut être abordée selon ce modèle intégratif : face à l’événement de vie qu’est la maltraitance, l’individu met en place un processus transactionnel à partir d’un ensemble d’antécédents, ce qui a pour issue une compétence spécifique.
Cette transaction est définie à partir de la psychologie sociale à travers le processus de personnalisation (Tap, 1988). Ce processus est un processus de construction psychologique à travers plusieurs stratégies qui sont les stratégies de coping, identitaires, positionnement et projet. Ainsi, face à l’événement stressant de maltraitance psychologique définie comme un ensemble de pratiques parentales psychologiquement aliénantes du point de vue de l’identité, l’enfant/adolescent met en place un processus transactionnel dynamique de personnalisation. Dit autrement, face à des pratiques communicationnelles, relationnelles, temporelles, spatiales et de projet aliénantes, l’adolescent cherche à maintenir des relations, à s’octroyer le droit à la parole, à avoir des objets et un espace personnel, à se réaliser dans un projet. Il cherche à augmenter ses ressources et réguler l’émotion par des stratégies de coping, à développer des rôles dans le face-à-face relationnel avec l’adulte maltraitant par des stratégies de positionnement. Il cherche à développer une identité positive personnelle et sociale à travers des stratégies identitaires et enfin, à maintenir un projet de soi primordial, défendre un projet scolaire ou professionnel à travers des stratégies de projet.
Toutefois, même si la psychologie sociale de la santé envisage les compétences comme issues, elle ne permet pas de les définir. C’est le recours à la recherche biographique qui permet de le faire et ceci en deux temps. Ces deux temps réfèrent au moment de la sortie physique de la maltraitance psychologique pour l’adolescent et au moment de la sortie psychologique de la maltraitance pour l’adulte ex-enfant maltraité. La référence à la recherche biographique et spécifiquement la référence au courant de labiographie éducative (Dominicé, 1998) rend compte d’unecompétence à apprendre au moment de la sortie physique de la maltraitance psychologique pour l’adolescent. L’adolescent a su apprendre,
9
apprendre à apprendre : il sait apprendre, évaluer ce qu’il apprend, développant ainsi une métacognition importante. La référence à Delory-Momberger (2003 ; 2005) concernant sa définition de lacompétence biographiquecompte de ce rend que réalise l’adulte ex-enfant maltraité dans le récit de vie. Selon l’auteure, la compétence biographique est la capacité à relier le passé, le présent et l’avenir, la capacité à réfléchir sa vie et la capacité à donner forme à son expérience. Il apparaît, à partir des récits d’enfance maltraitée réalisés par des adultes, que si ceux-ci réussissent à relier le passé, le présent et l’avenir et à réfléchir à leur vie, le récit construit cette capacité à donner forme à leur expérience de maltraitance. L’adulte donne forme dans et par le récit d’enfance maltraitée résiliente à son expérience biographique de maltraitance selon deux aspects : il transforme son savoir biographique réfléchi en savoir biographique abstractif d’une part, et d’autre part, le récit transforme ses stratégies en ressources biographiques. En effet, dans et par le récit, l’adulte transforme ses stratégies passées en ressources c’est-à-dire il transforme son processus de personnalisation passé en un nouveau processus qui aboutit à cette capacité. Le récit est processus de résilience. Ce travail se fait, via le récit, sur les stratégies spécifiques. Les stratégies de coping comportent les stratégies génériques centrées sur le problème et centrées sur l’émotion. Chacune comporte des stratégies spécifiques. L’une correspond à l’augmentation des compétences. L’adulte augmente ainsi, par le récit, sa capacité à communiquer et spécifiquement sa capacité narrative qui a pu être contrainte pendant son enfance. L’autre stratégie est l’expression clarificatrice : le récit lui permet d’exprimer son émotion, celle qu’il a pu apprendre à ne pas exprimer. Les stratégies de positionnement correspondant au développement d’un personnage pendant l’enfance sont travaillées dans le récit par la fonction auteur. L’écrivant adulte ex-enfant maltraité devient un auteur-narrateur-personnage dans un récit autobiographique fictionnalisé. De même, les stratégies identitaires sont travaillées. Alors qu’il a pu chercher à conquérir une identité positive avec un soutien social, dans un espace-temps différent, le récit publié lui ouvre un espace-temps : un espace (champ) culturel et le récit peut le faire
10
revenir sur l’espace-temps antérieur qu’il compare à ce qu’il est devenu. Le récit est enfin le travail des stratégies de projet. Il s’agit tout autant d’une stratégie de projet de soi : relancer sa vie lorsque les pratiques de maltraitance psychologique ont pu aboutir au degré zéro des événements de vie (anniversaire, fête, narration de ses journées, etc.) et en même temps, ouvrir le projet de soi primordial pour d’autres puisque témoigner, c’est dénoncer et donc proposer une expérience biographique.
Ainsi, le présent ouvrage présente la résilience personnalisation de l’enfant/adolescent et la résilience personnalisation de l’adulte à partir de ce modèle psychosocial intégratif de la résilience. Dans le premier chapitre, le cadrage théorique est posé. Dans le deuxième chapitre, selon ce modèle intégratif de la résilience de l’enfant/adolescent, la maltraitance psychologique en tant que pratiques parentales psychologiquement aliénantes, le processus transactionnel de personnalisation, les déterminants et l’issue à savoir la compétence d’apprentissages sont présentés. Dans le troisième chapitre, le processus de résilience personnalisation travaillé dans et par le récit d’adultes ex-enfants maltraités est exposé.