Multiples du social

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Le social ne se laisse pas saisir facilement. Il est multiple, tant par les objets qui permettent de l'explorer que par la manière dont ces objets eux-mêmes se donnent à voir. Ces textes questionnent les catégories qui sont aujourd'hui redessinées par notre société. La nature, le corps, les techniques, le religieux, l'identité, la création, l'esthétique, la production des normes, ou encore les pratiques ludiques, sont à ce titre interrogés dans ce qu'ils produisent en termes d'exister ensemble.

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Date de parution 01 juin 2010
Nombre de visites sur la page 68
EAN13 9782296253544
Langue Français

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Socio-anthropologie Collection dirigée par PierreBOUVIER
Dernières parutions
LéaSALMON-MARCHAT,Les enfants de la rue àAbidjan,2004. JacquesBERNARD,Socio-anthropologie des joueursdéchecs,2005. PierreNoëlDENIEUIL,FemmesetentreprisesenTunisie : essai sur les culturesdutravailminin,2005. ErwanDELON,JeunesBretons ou«l’identité enchanteresse »?,2007. Alain (Georges)LEDUC,RogerVailland(1907-1965):unhomme encombrant, 2008.
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© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-11587-3 EAN: 9782296115873
Introduction
LA SOCIOANTHROPOLOGIE OU L’EXPLORATIONDESFRONTIERES
Caroline MORICOT
Au tournant des années quatre-vingt, la socioanthropologie s’est organisée en courant de pensée autour d’un constat : la nécessité de repenser les frontières disciplinaires, de créer des ponts pour penser l’humain et le social dans ses nouvelles formes. Plutôt qu’un carcan disciplinaire (avec ses contraintes, mais aussi ses protections), la démarche socioanthropologique s’est progressivement rendue visible au sein d’un réseau qui rassemble des chercheurs d’horizons divers, travaillant sur des objets souvent très différents.Un important travail a été accompli sur le plan théorique et méthodologique, les chercheurs ont affuté leurs outils, ont consolidé leurs approches, conjuguant la proximité sociologique et la distance anthropologique, mêlant des perspectives locales et globales, articulant empirisme et universalisme. Forts de ces apports, les auteurs qui ont contribué à cet ouvrage explorent quelques-uns des mondes de notre société de la modernité à l’aune de la posture socioanthropologique.Issus des deuxièmes journées de la socioanthropologie qui se sont tenues enSorbonne en septembre 2007, les textes rassemblés ici ont en commun de questionner les catégories du social qui sont aujourd’hui redessinées par notre société. La nature, le corps, les techniques, le religieux, l’identité, la création, l’esthétique, la production des normes, ou encore les pratiques ludiques, sont à ce titre interrogés dans ce qu’ils produisent en termes d’exister ensemble.
Repenser les frontières
« C’est au confins des sciences, à leurs bords extérieurs, aussi souvent qu’à leurs principes, qu’à leur noyau et à leur centre, que se font leurs progrès », écrivaitMarcel Mauss en 1924.Dix ans plus tard, il reviendra sur cette question :« Quand une science naturelle fait des progrès, elle ne les fait jamais que dans le sens du concret, et toujours dans le sens de l’inconnu. Or l’inconnu se trouve aux frontières des sciences, là où les professeurs « se mangent entre eux », comme dit Goethe (je dis mange, mais Goethe n’est pas si poli). C’est généralement dans ces domaines mal partagés que gisent les problèmes urgents. (…) C’est là qu’il faut pénétrer. »(Mauss, 1980, p. 290 et 365) Il aura fallu du temps avant que cette injonction maussienne ne commence à se réaliser.L’histoire de nos disciplines montre que c’est d’abord vers leur centre qu’elles se sont tournées.Ce travail était sans doute nécessaire à leur institutionnalisation et à leur reconnaissance.MaisMauss ne semblait pas vouloir séparer les deux mouvements – vers l’intérieur et vers l’extérieur – qui allaient permettre selon lui la progression des connaissances.Sans doute avait-il anticipé les difficultés qu’il faudrait surmonter, en particulier les rivalités autour des territoires dessinés par les disciplines, comme autour des objets de recherche.C’est aussi au dépassement de ces difficultés que s’est attelée la
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socioanthropologie. Ainsi, la pratique du « détour » proposée par Georges Balandier constitue dans ce sens un outil puissant qui permet aux chercheurslad’ouvrir sur « connaissance des formes sociales dans leur diversité » et qui « initie à une autre manière de les voir » (Balandier, 1981, p.203). Explorer les marges des disciplines comme celles des pratiques sociales constitue donc un enjeu important, voire un défi dans certaines circonstances car imposer un dialogue pluridisciplinaire n’est jamais chose facile.Pourtant, le jeu en vaut la chandelle !Car de l’exploration des frontières intellectuelles, comme de celles des interstices du social, émerge du sens : l’étrangeté du social, l’altérité des pratiques et des 1 représentations donnent à voir nos objets sous un jour différent .
Repenser les objets
L: multiplicité des objets, qui renvoie à la multiplicité dese social est multiple champs d’études à l’intérieur de nos disciplines, mais aussi multiplicité des manières dont ces objets se donnent à voir (c’est précisément à cette plasticité du social que s’attache la socioanthropologie).L’attention portée aux ritualisations profanes (C.Rivière), aux formes évanescentes ou marginales d’être ensemble (endoréisme de P.Bouvier), aux pratiques ordinaires de la vie quotidienne, renouvelle profondément l’objet de recherche.Car nos catégories sont questionnées et ce questionnement est au fondement du travail des socioanthropologues. «La socio-anthropologie cherche à comprendre plus qu’à porter un jugement sur les formes d’agrégation des sociétés contemporaines. (…)Nous proposons d’autres formes, moins évidentes, où l’individuel et le collectif se muent, s’entrecroisent, créent des construits de pratiques heuristiques, voire des ensembles populationnels cohérents, même éphémères. » (Bouvier, 2000, p.116). La posture socioanthropologique propose donc un point de vue sur les objets du social : une attention particulière aux formes non institutionnalisées d’agrégation, aux croisements de pratiques individuelles et collectives, aux hésitations dans ces pratiques et à leurs dimensions parfois marginales, aux représentations et à l’imaginaire qui soutiennent ces manières d’être au monde. L’attachement au travail de terrain est un point commun aux différents auteurs de cet ouvrage.Leur pratique de chercheur les conduit à investir dans la durée un groupe social, un groupe professionnel, ou plus simplement un ensemble d’individus qui partagent un intérêt, dans le but de saisir la compréhension qu’ils ont de leur monde, de repérer ce qui donne sens à leur action.Une telle posture de recherche suppose de constamment ménager des ouvertures, de protéger la curiosité intellectuelle pour d’autres approches, et finalement de rester attentif à ses propres marges. Le livre est construit en dix chapitres.Chacun d’entre eux regroupe différentes contributions à une réflexion sur un thème commun introduit respectivement parSophie Poirot-Delpech (représentations et pratiques de la nature),CarolineMoricot (corps, techniques et société),FlorentGaudez (représentation, création, cognition),Sylvie Craipeau (jeux, dépendance et évasion),AlainLeduc (facettes de l’esthétique contemporaine),SylviePédron-Colombani (religion, identités, lien social),Pierre-Noël
1 La publication semestrielle depuis 1997 de la revue «Socio-Anthropologie » fondée parPierreBouvier rend compte de cette approche et en nourrit régulièrement la réflexion.
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Denieuil (identité, culture et processus sociaux) et Hélène Prévot (norme, normalisation et institution) qui ont rassemblé les textes et tissé un échange entre leurs auteurs. Deux «Dentre les chapitres.ialogues » s’intercalent Ils tracent des liens entre les différents thèmes abordés, ils les articulent autour d’enjeux problématiques plus larges. Le premier dialogue est celui tissé entreGéraldBerthoud etAlainGras.Il porte sur la question de la technique et du devenir de nos sociétés technologiques.Les deux auteurs en explorent les imaginaires et leur mise en œuvre portée par la notion de progrès dont ils font la critique.AlainGras commeGéraldBerthoud font le constat qu’une profonde incertitude domine aujourd’hui le monde etBerthoud de souligner que le risque le plus grand est peut-être finalement celui de ne plus parvenir à comprendre.L’analyse qu’il fait des rapports américains et européens sur la convergence technologique souligne combien les « solutions » techniques semblent les seules possibles, face aux « problèmes » qui se posent dans nos sociétés.Le projet d’amélioration de l’humain passe par sa technicisation et finalement par sa fabrication dans le but d’améliorer ses performances physiques et mentales.C’est le processus de légitimation de ce projet et ses conséquences sur la définition de l’humain qu’analyseGéraldBerthoud.AlainGras aborde en particulier la question du risque technologique dans un monde où les techniques et les humains sont insérés dans un vaste et puissant réseau de dépendances qu’il nommeMacro-SystèmeTechnique.Il analyse par la suite les parades que le monde contemporain façonne pour se protéger des risques nouveaux inhérents à cette situation. IrèneBellier etPierreBouvier interrogent, dans un deuxième dialogue, la question de l’identité collective.IrèneBellier travaille la question de la reconnaissance des « peuples autochtones » comme catégorie politique et analyse le processus par lequel des communautés sont parvenues à faire reconnaître leurs droits auprès de l’ONUau prix d’une reconsidération des frontières établies par lesEtats-nations.Les notions de « peuple », de « nation » et d’ «Etat » sont renégociées dans leurs rapports les unes aux autres.PierreBouvier interroge, pour sa part, le multiculturalisme à partir de la situation postcoloniale desAntilles françaises.Le retour sur l’œuvre d’AiméCésaire et sur celle deFrantzFanon permet àPierreBouvier, à partir d’un détour littéraire, d’approcher la condition du colonisé et d’éclairer celle du post-colonisé en particulier dans la transformation des rapports de domination.Les discours officiels ne suffisent pas à comprendre une telle situation et l’intérêt pour des « relais informels », qui rendent compte des représentations inscrites dans le quotidien, constituent un matériau précieux : c’est le cas des cérémonies religieuses, de l’attention portée au langage, par exemple. L’ensemble des travaux présentés dans cet ouvrage constitue un état des lieux d’un 2 certain nombre de champs de recherche investis par la socioanthropologie aujourd’hui. Au-delà de la diversité des auteurs et de leurs objets, apparaît une communauté de pensée, une même manière d’approcher les processus du social, de penser les multiples manières dont ils se donnent à voir.
2 Certains auteurs choisissent d’écrire « socioanthropologie » et d’autres « socio-anthropologie ».Leur choix a été volontairement respecté.
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Bibliographie
BALANDIER G. (1981), « La sociologie aujourd’hui », inLes cahiers internationaux de sociologie,VolumeLXXI,Paris,PUF. BOUVIER P. (2000),La socio-anthropologie,Paris,ArmandColin. ère MAUSS M. (1980),Sociologie et anthropologie,Paris,PUFédition 1950)., (1 RIVIERE C. (1995),Les rites profanes,Paris,PUF.
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