Musicothérapie traditionnelle chez les Komian en Côte d'Ivoire

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Description

Dans la thérapie des Komian, la musique permet d'établir un procès de guérison pour soigner certaines pathologies psychiatriques. A l'heure où se pose avec acuité la problématique des savoirs traditionnels et leur prise en compte par la science et les systèmes officiels de santé, cet essai pose les bases d'une recherche et d'une collaboration entre thérapeutes traditionnels et médecins assermentés.

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Date de parution 01 février 2012
Nombre de visites sur la page 2 078
EAN13 9782296483378
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Musicothérapie traditionnelle
chez les Komian en Côte d’Ivoire

Du même auteur :

Musicologie et développement dans la société ivoirienne,
Sarrebruck (Allemagne), Éditions Universitaires Européennes, 2011.

© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55978-3
EAN : 9782296559783

Koffi Modeste Armand GORAN

Musicothérapie traditionnelle
chez les Komian en Côte d’Ivoire

Préface du Pr Jérémie Kouadio N’Guessan

A Patricia,
Samira-Chrystal et Axel-Joshua !

REMERCIEMENTS

Il m’est impossible de remercier comme il le faudrait tous ceux
qui, à un titre ou à un autre, ont contribué à l’aboutissement de
cet ouvrage. Je tiens donc à exprimer au moment où ce travail
est mis sous presse, mes sincères remerciements aux
professeurs Simon-PierreEKANZA, N’DAPaul,AKA Adou,
DICK Kobinan Rufin et SEMITIAni Jules dont je salue la
mémoire, pour leurs critiques et leurs observations.
Je suis également reconnaissant à la communauté des komian
de Moossou, à mes guides KODJODaniel etADIGRAN
JeanPierre, àABOLI Pierre etGORANEdgar pour les prises de
vue.
Je voudrais également exprimer toute ma gratitude aux familles
GORAN, KANGAet TIGORI, notamment àArnaud, Maxime,
Chantal, Nelly, Mariam, Latif, Lucien, Innocent, Olivier,
Laetitia,Brigitte, mes frères et sœurs pour le soutien moral et
matériel. Je n’oublie pas également, OumouDOSSO, Michel
ASSEMIAN, YapoASSEMIEN, Jean-Claude KOUA,
ClémentineDJANE,FOTO Valentin,BOKA, KOUASSI John,
N’GORAN Vincent auxquels je dois la persévérance dans ce
travail ainsi que TEHE Hermann (pour l’assistance
technique dans lapassation du testVerdeau-Paillès).
Je ne saurais terminer sans penser àAngèle OUEGNIN,
ZONGO Suzanne, TIGORI Maïmouna,GisèleCHATELAIN,
BILE N’DEDEet famille,YapoSévérin, KANGAH Enokou
Serges, KOUADIO Vianey-Eric,NADRO Ourega Toussaint,
ABBA Emmanuel,StéphaneYAPI,AKOUFélicien,ODI
Ange,Michel,Jean-Marie,Julienne etOlivierANOUMOU,
AnicetDUBOIS,AsKouakouNorbert,KOFFI MahiPaul,
LONGRESébastien pour lesaides reçues.

AVERTISSEMENTD’ORDREPHONETIQUE

Pour ce travail, nous nous sommes servi, au chapitre de la
transcription des termes en langue locale, des conclusions du
séminaire organisé en 1977 par l’Institut de Linguistique
Appliquée (I.L.A.) de l’Université d’Abidjan sur
l’« orthographedes langues ivoiriennes» telles que présentées
dans les tableaux ci-dessous. Néanmoins, devant certaines
difficultés de retranscription, nous avons opté pour la méthode
de la transcription littérale.

Consonnes
Phonèmes
[b]
[c]
[d]
[f]
[g]
[h]
[k]
[kp]
[l]
[m]
[n]
[/]
[p]
[r]
[s]
[t]
[v]
[w]
[j]
[z]

graphies
b
c
d
f
g
h
k
kp
l
m
n
ny
p
r
s
t
v
w
y
z

1

1

Voyelles
Phonèmes
[i]
[{]
[6]
[e]
[P]
[a]
[ã]
[u]
[<]
[@]
[o]

Graphies
I
in
6
e
P
a
an
u
un
@
o

PREFACE

Depuis des décennies, les chercheurs et penseurs africains ont
adopté comme credo et projet la valorisation des pratiques
culturelles africaines pour en faire, selon eux, les moyens
pléniers du développement intégral ducontinent.Il faut dire
qu’après les magistrales leçonsadministrées parCheickAnta
Diop et lesautres, leçons qui sontautant decoups deboutoirs
donnésàla citadelle de l’aliénationculturelle, lechamp des
recherchesafricaina acquis reconnaissance, fierté et, pourquoi
ne pas le dire, une utilitécertaine.Aussi,anthropologues,
sociologues, linguistes, historiens, écrivains, … musicologues
ont-ils investicechampàpeine défloréavecuneboulimie qui
n’ad’égal que le sentiment honteux d’avoir trop longtemps
laissé lesautres prospérer, en les dénaturant parfois, sur nos
savoirs et valeurscivilisationnels.Gnôpthi se auton«
Connaistoi toi-même»avait professéSocrate dans laGrèceantique.Les
chercheursafricains semblent s’êtreappropriécette maxime du
grand philosophe.Connais ton histoire,connais ta culture,
connais talangue,connais les pratiques médicinales de ton
terroir !Tel semble être désormais lecri de ralliement des
savants de notrecontinent.
Le sujet du livre deGoranKoffiModesteArmand est une
parfaite illustration decette démarche heuristiquecentrée sur
les valeursculturelles endogènes.Le projet estambitieux et
intéressantàplus d’un titre.En effet, il ne s’agit ni plus ni
moins que de donneràvoir età comprendre l’utilisation de la
musique dans lathérapie pratiquée par l’une desconfréries les
plus fascinantes, maisaussi les plus énigmatiques de la culture
ivoirienneakaln :a confrérie des komian.Le komian dans la
cultureakan en général etabouré en particulier,cumule les
fonctions de devin, de medium entre le monde visible et
invisible, de guérisseur, de psychothérapeute, etc.Cette
énumération non exhaustive desattributs du komian donne
toute lamesure de son importance dans lasociétéabouré.C’est
une professionàmultiple facettes que le présent ouvrage nous
permet de décrypter.Le komian,comme tout thérapeute,
possède une profondeconnaissance de lanature duale de
l’homme, le physique et le spirituel.Dans laphysiologie

1

3

humaine, il privilégie la tête, lesyeux, les oreilles, la bouche, le
nez, lecœur et le ventre qui sontàlafois réceptacles de
sentiments, de sensations et d’émotions maisaussi moyens de
contactavecl’environnement physique visible et
l’environnement invisibmle ;ais en même temps lapsyché de
l’homme l’intéresse etchez lesAbourécette dernière se
compose de deux entités: leúmienque traduit
approximativement le françaisâme(ou plutôtsouffle vital,
énergie vitale) et lewawè, l’ombre qui est en fait le double
parfait dechaque personne,au demeurant très prisé par les
sorciers-mangeurs d’âmes.C’est d’ailleurs pourcette raison que
cette dernière entitébénéficie d’une protection spéciale de la
part des komian.
Toutescesconnaissances sur ladualité de lanature humaine,
mais également toutes lesautres relativesàlathéogonieabouré
constituent en quelque sorte les «modules de formation »de
l’élève-komianaucours d’une longue initiation.Si on ne naît
pas komian, tout le monde ne peut pas pourautant devenir
komian,caràla base il yaune présélection fondée sur les
prédispositions naturelles et le potentiel psychique de
l’individu.C’est pourquoi,ce sont les génies eux-mêmes qui,
«àpa»,rtir d’une sémiologie identifiéechoisissent lecorps
qu’ils vont habiter et dont ils vont faire leur porte-parole lors
des séances de divination et de soinsaux malades.Avec
beaucoup de détails, l’auteur décrit les signescaractéristiques
de l’homme ou de lafemme prédestiné(e)àlafonction de
komian.Onapprendainsi que le premier signe prémonitoire se
manifeste sous forme de maladies mentalesàrépétition.La
suite est un long processus dont les principales étapes sont la
Séparation : l’appelé subit une sorte de métamorphose physique
et psychique qui en fa; l’it un individu différentAdmission :
l’appeléaccèdeau statut d’adepte du komialn ;a Révélation :
l’appelé prend définitivementconscience de son état d’initié ; le
Rle komietour :an peut désormais,au niveau de lasociété,
remplir samissionàlafois spirituelle, sociopolitique et
culturelleau sein de sa communauté.
Laliturgie du komian,àl’instar de toutcérémonialcultuel,
comprend différentes phases que l’auteur nommeséquences, un
peuàlafaçon desactes d’une pièce de théâtre.Achaque

1

4

séquence correspondent une gestuelle et des objets rituels
appropriés (machette, pirogue, pagaie, etc.).Ces différentes
séquencesrythment laprogression de lapossession ducorps du
komian par les génies, le tout sur fond de mélodiesassorties.
Lorsque l’entrée en transeatteint son paroxysme, le komian
devientalors le porte-parole et l’interprète des génies qui vont
l’investiràtour de rôleàdes instants précis du déroulement du
cérémonial.Leschantschoisis et entonnésà ces moments-là
sontautant d’éléments de lathérapie suggérée par les génies
selon les différents diagnostics posés.
Leschoses présentées decette façon peuvent donner
l’impression qu’on nage en plein folklorisme.C’est tout le
contraire qu’il faut retenircar,comme le montre l’auteur, le
komian utilise làdes techniques éprouvées de psychothérapie
comme elle se pratiqueailleurs dans le monde.Parmices
techniques, lamusicothérapie est laplus usitée.D’ailleurs en
tant que méthode thérapeutique, elle semble très rependue dans
le monde puisqu’elle estattestéechez divers peuples
autochtones de laterre.
Lamusicothérapie pratiquée par le komianallie musique
instrumentale etchants dont les paroles sontchargées de vertus
curatives d’essence divine ou,àtout le moins, surnaturelle.On
dénombreainsi quatre types de pales proles :aroles
exorcisantesayant pour objectif de faire sortir du malade le
maléfiqueagent de lamalales pdie ;aroles propitiatoires ou
paroles d’invocation deDieu dont le seul nom éloigne la
malveillance pour faire placeàla bienveillance ;les paroles
adorcisantes destinéesàfaire fusionner dans lecorps du patient
les énergies perturbatricescontrairesafin d’y rétablir l’équilibre
et l’harmonie propicesàlaguérison ;enfin les paroles
conjuratoires quiconsistentàtenir éloignés tous les éléments
jugés négatifs,comme une mise en quarantaine.Toutce
cérémonial prend laforme d’une scène de théâtre où paroles
proférées se mêlentauxchants etaux rythmes des pas de danse
du komian.
Pour éviter que toutcelane paraissebeaucoup trop théorique
aux yeux du lecteur, l’auteurapris soin decompléter son
analyse par laprésentation des résultats de l’application de la
méthodologie thérapeutique du komianàdes sujetscobayes.

1

5

Parlant des protocoles suivis, l’auteur note qu’au-delà des
spécificités culturelles, lesdits protocoles ressortissent bien à
l’universel.C’est ainsi, par exemple, qu’il montre que le test
Verdeau-Paillès, conçu pour l’Occident, est parfaitement
applicable à la méthode thérapeutique du komian. «Que ce soit
en Occident ou en Côte d’Ivoire» écrit-il, «le recours au test
Verdeau-Paillès (…) permet de proposer des solutions
thérapeutiques qui conduisentà laguérison».
On voit bien, à travers cet excellent livre, que derrière
l’institution komian que d’aucuns auraient classée avec mépris
au rayon de folklore fétichiste, se trouve une démarche
méthodique et scientifique toute vouéeàlaguérison.
Au terme de lalecture d’un tel ouvrage où lascientificité des
connaissancesancestrales est révélée par leurconfrontation
avecles démarches scientifiques modernes, on ne peut
s’empêcher de penseràtousces savoirs perdusàjamais pour
avoir été l’objet d’ostracismecolonial et postcolonial.Mais
apparemment tout semble encore possible et le travail deGoran
KoffiModesteArmand laisse espérer que, pourvu qu’on y
mette lavolonté et larigueur scientifique requise, des pans
entiers desculturesafricainesancestrales peuvent encore être
exhumés pour échapperàl’oubli et nourrir lascience
universelle.

Abidjan, le 06 juillet 2011

Jérémie KouadioN’Guessan
ProfesseurTitulaire enSciences duLangage
Doyen de l’UFR Langues,Littératures etCivilisations
Université deCocody-Abidjan

1

6

AVANT-PROPOS

La musicothérapie est l’usage de la musique dans le traitement
des maladies. Si cette technique de soins est ordinaire et
d’usage clinique en Occident, parce que ses fondements
scientifiques et son cadre épistémologique et de logique
rationnelle ont été établis et reconnus par tous, en Afrique noire,
et particulièrement enCôte d’Ivoire, elle demeure encore
empirique et logée dans l’irrationnel parce que non encore
explorée par les chercheurs africains et ivoiriens.
Ce livre vient donc combler une lacune. Il vient surtout, dans
une position pionnière et d’avant-garde, corriger une injustice
scientifique en valorisant les techniques de musicothérapie des
femmes komian,ces guérisseuses traditionnelles dont la
réputation, en matière de guérison des maladies est bien établie
en paysabouré et même hors des frontières decette localité
ivoirienne située dans le département deGrandBassamau
sudest lagunaire de larépublique deCôte d’Ivoire.
Les femmeskomiapn duaysabouré -car il yade même des
hommes komian – sont issues d’unechaîne ininterrompue de
traditions thérapeutiques mystiquesàtransmission initiatique
ésotérique ou secrète depuis des siècles.Elles sont par
conséquent dépositaires deconnaissances traditionnelles
anciennes,àl’instar desnonkaradeFodonon en pays taguana
(localité deKatiola)auCentre-nord de larépublique deCôte
d’Ivoire.Cette recherche dont les résultats sontconsignés dans
ce livre estàsaluer :elle révèleau grand jour dans lecercle
scientifique universitaire ivoirien l’existence decette tradition
thérapeutique séculaire en l’actualisant sur desbases
scientifiques pertinentes.Lamusicothérapie des
femmes komianabouré deMoossou sortainsi de son empirisme
et ducadre de satradition secrète pour intégrer l’univers de la
rationalité épistémologique et de lavalidité scientifique.
C’est dire ici qu’aveclascience médicale des
femmes komianabouré, l’anthropologie de l’irrationnelcède la
place désormaisàlareconnaissance d’une phénoménologie
thérapeutique prouvée etaffirméecomme valable pour servir
d’appointàlathérapeutique des hôpitaux en se positionnant
comme unealternative efficace dans larecherche de solutions

1

7

aux nombreux problèmes de soins auxquels sont confrontés les
populations ivoiriennes.
Le livre du docteurGORAN Koffi ModesteArmand est ainsi
une initiative scientifique heureuse pour le monde médical
ivoirien et africain. Il peut et doit servir de base et de référence
à un enseignement universitaire qui élargit le cadre des
disciplines de l’anthropologie médicale avec:
-l’ouverture de structures de formation, de laboratoires sur la
culture et lasanté en vue de rendre opérationnel,au sein de
l’Université deCocody, le programme duCAMESde
valorisation de lamédecineafricaine ;
-l’établissement d’une médecine intégrativearticulant
psychodrame, psychothérapie,croyance et spiritualité pour la
valorisation de l’ethnoscienceafricaine.
Dansce projet, l’implication de l’Université deCocody et de
l’OrganisationMondiale de la Santé est indispensable puisque,
àterme, il s’agit de faire émerger une génération de
musicothérapeutescompétentsayant les pieds dans une
tradition de techniques thérapeutiques éprouvées par des siècles
d’usage et latête dans une modernité médicale quicherche
encore ses marques devant des phénomènes pathologiques qui
ladépassent.

Dr ADIGRANJean-Pierre
Spécialiste de civilisations africaines
Enseignant-chercheurà l’INSAAC

1

8

INTRODUCTION

L’une des raisons pour lesquelles il a été décidé de rendre
intelligible, pour ainsi dire, une technique thérapeutique
musicale qui semble réservée à une classe particulière d’initiées
est en grande partie née des difficultés liées aux problèmes de
santé en Afrique.Difficultés que nous pouvons, somme toute,
résumer par le coût onéreux de la médecine moderne
occidentale, par le manque ou l’insuffisance des infrastructures
médicales, par le nombre réduit des praticiens de cette
médecine ainsi que par la faiblesse des données culturelles
locales dans les programmes étatiques de santé. Nous pensons
qu’il est important d’expérimenter d’autres traditions
thérapeutiques en appoint à la médecine occidentale moderne
ou médecine officielle dans un projet commun de guérison en
Afrique.De ce point de vue, l’évocation d’une thérapie
traditionnelle peut constituer aujourd’hui l’une des modalités
importantes permettant d’exploiter les autres dimensions du
processus de guérison des malades.D’où l’intérêt que suscitent
les recherches pouvant concourir à la lutte contre les fléaux qui
menacent la santé des populations.
Aussi, avons-nous choisi d’explorer, dans cet ouvrage, les
1
techniques de musicothérapie chez les komiaplusn et
précisémentchez les femmes guérisseuses traditionnelles en
2
paysabouré deMporter un nouveoossou pourau regard sur les
pra; pour nous intéressertiques de guérison endogèneaux
processus de guérison qui font un usageaccru de lamusique
afin d’épauler lamédecine officielleàvenirà bout de toute

1
Lekomianestconnu dans lalittérature religieuse française, sous la
désignation de vaticinateur ou de vaticinatrice selon qu’il s’agit d’un individu
de sexe masculin ou de sexe féminin.Toutau long de notre travail, nous
substitueronsau terme vaticinateur / vaticinatrice,celui de komian.Un
chapitre est réservéàl’étude ethnologique du komian.
2
Moossou est un village et un quartier de laville deGrand-Bassam.Le terme
Abouré «sertà désigner lalangue et ses locuteurs» (BOGNY, 2001 : 191),
même si lesAbouré se nommentAbou (ABLE: 17)., 1978PourJean-Noël
LOUCOU, «c’est l’appellationAbouré qu’aretenue l’administrationalors
que les ethnies voisines les identifient par les noms deAgouaetCompa»
(2002 : 129).

1

9

forme de pathologie.C’est le lieu de dire que l’existence des
thérapies musicales est un lieucommun dans toutes les
3
cultures .Cependant, enCôte d’ivoire, force est deconstater
qu’aucune information officielle n’atraitàl’existence de soins
par lamusique et pourtant, l’ona, en milieu non hospitalier,
souvent recoursàdes pratiques thérapeutiques renforcées par la
musique.Celaestconfirmé par lasituation en vigueurau sein
de l’Université deCocody-Abidjan et même du pays où
l’évocation de lamusicothérapie se résumeàun module
d’enseignementalors qu’elle devrait donner lieuàune véritable
formation débouchant sur des emplois dans les milieux
hospitaliers, éducatifs, sportifs,commerciaux, judiciaires, etc.
Parconséquent,ce travail fait office de pionnier dans le
domaine.Ce qui,bien entendu, lui imprime une spécificité
découlant de ladialectique entre les données positivistes dont la
science se fait le porte-voix et les données surnaturelles qui
dépassent l’entendement humain.
L’intérêt que nous portonsàlaprofession musicothérapeute
doublée de lanotoriété de lathérapie des komian -bien qu’elle
4
soit un patrimoine propreaux kwa- expliquent notrechoix pour
ce sujet tant lecaractère transculturel et l’utilité sociale decette
pratique plaide pour son exploitation, savalorisation et sa
promotion.Nous y reviendrons.Maisavant, il est utile de savoir
que lamusicothérapie est une forme d’art-thérapieàmédiation
musicale, qui faitappelàuneapproche sensorielle du son et de
lamusique dans unbut thérapeutique.Elle est «l’utilisation de
la musique, du son, du rythme dans une relation de
5
psychothérapie» .

3
EnOccident,c’estaprès les deux guerres mondiales et la crise économique
de 1929 queces thérapies ont véritablement fait leurapparition dans l’univers
de lamédecine moderne pour gagner leur lettre de noblesse dans les hôpitaux.
4
EnCôte d’Ivoire, les languesKwasont parlées par lesAkan.LesAkan sont
un groupe ethnolinguistique qu’on retrouve dans trois pays d’Afrique
occidentale :Togo,GhanaetCôte d’Ivoire.LesKwa appartiennentàla
grande famille linguistiqueNiger-congo ouNiger-kordofanienne (BOGNY,
Op.cit. : 181).
5
(E)LECOURT,La pratique de la musicothérapie,Paris,ESF, 1986, p.14.

2

0

La musicothérapie est un mode de soins qui s’articule autour de
trois approches que sont la musicothérapie réceptive, la
musicothérapie active et les techniques depsychosynthèse.
En musicothérapie réceptive, le sujet est soumisàl’écoute d’un
programme sonore dont lecontenu est élaboré selon l’âge, la
culture et lanature de lapathologie du malade.Lebut
poursuivi,àtraversce programme, est de «supprimer les états
d’angoisse, d’anxiété, de nervosité, d’insomnie ainsi que de
6
traiter diverses maladies psychosomatiques» .
Parcontre, en musicothérapieactive, l’accsur desent est mis «
productions sonores pour faciliter la communicationavecdes
7
enfants psychotiques,autistiques ou des personnesâgées » .
8
Inventé parLuigiPerson ,leconcept de techniques de
psychosynthèsecombine «la musicothérapie réceptive avec
9
d’autres méthodes de relaxation» .Il peut s’agir de la
musicothérapieassociéeau trainingautogène deSchultz, de la
musicothérapiecombinéeau rêve éveillé dirigé deDesoille, de
lamusicothérapie et du réflexe de relaxation deBenson, de la
musicothérapie et de lasophrologie, de lamusicothérapie et de
larelaxationàinductions multiples deMichelSapir, de la
musicothérapie et du yoga, de lamusicothérapie et du massage,
etc.
Les techniques de musicothérapie se rapportent donc aux divers
modes d’utilisation du son et de lamusique dans uncontexte de
psychothérapie.Elles ont pour finalité d’aider les maladesà

6
(J.)JOST, «Musicothérapie : de larechercheàlapratique » inGestions
Hospitalièresn°245,avril 1985, p.317.
On entend par états d’angoisse, lamanifestation de symptômes
neurovégétatifs en tant qu’expression somatique d’un dérèglement de
l’appareil psychique.L’anxiété se rapporteàune peur sans objet ouàune peur
que l’on ressent dans l’attente imminente d’un danger imaginaireau point de
plonger sonauteur dans un profond désarroi.Quantàlanervosité, elle se
rapporteàun état d’irritabilité de plus en plus permanent.L’insomnie désigne
des troubles du sommeil, qui peuvent être dus, entreautres,àl’anxiété.Ceci
étant, des informationscomplémentaires seront données surces pathologies
dans ladeuxième partie decet essai.
7
(J.)JOST,art.cit. p.317.
8
CfBENCE(Léon)& MEREAUX(Max),Guide pratique de musicothérapie,
ST-JEAN-DE-BRAYE(France),EditionsDangles, 1987, p.28.
9
BENCE(Léon)& MEREAUX(Max), idem., p.19.

2

1

surmonter les difficultés psychologiques, les nombreux troubles
somatiques et psychosomatiques, d’une part, etceux souffrant
de troubles psychiques, névrotiques et psychotiques, d’autre
part.Par ses techniques, lamusicothérapie se présentecomme
«une thérapie privilégiée pour les personnes qui ont des
10
difficultés de communicationqui souffrent d’isolement.» ou
11
Ce qui en fait uneauthentique psychothérapie .
Cette recherche, par lebiais de lathérapie des komian vise donc
àmontrer que la corrélation entre lamusique et laguérison est
connue et pratiquée enCôte d’Ivoire et enAfrique.
Autrement dit,cette étude se propose de mettre en lumière,à
partir de l’exemple du komian, l’existence d’une thérapeutique
africaine des procédés musicaux.
12
Concernant l’état de laquestion, les travaux deDUCHESNES
13
etESSANEont, toutautant,abordés l’histoire, l’organisation
et lafonction sociale duculte komianbien qu’ESSANEsoitallé
plus loin en présentant, dans une problématique de l’ethnologie
de l’initiation,cecultecomme un système ésotérique équivalent
aux écoles ésotériques occidentales.Celadit,ces deuxauteurs
ne traitent pas dans leurs ouvrages, des rôles et des effets de la
musique dans lathérapie des komian sibien queces travaux ont
servi dans laprésentation des fondements et descaractéristiques
decette thérapie.
Laquestion de lathérapeutique des procédés musicauxadéjà
fait l’objet de plusieurs travaux qui remontentaux littératures
antiques égyptiennes et grecques ; elle est mêmecontenue dans
divers textes religieux et sacrés.Le pouvoir des sons et de la
musique sur lasanté de l’homme étantconnue depuis les
origines de l’humanité, il serait superfétatoire de relayer ici
toutecette littérature fournie quia connu ses heures de gloire

)(
(J.)JOST,art.cit. p.317.
11
(J)VERDEAU-PAILLÈS, «Parmi les psychothérapies : lamusicothérapie
et saspécificité » inl’Encéphale,Vol. 17, n°1, 1991, p.44.
12
(V.)DUCHESNE,Le cercle du kaolin. Boson et initiés en terre anyi Côte
d’Ivoire,Paris,Institut d’ethnologie,Musée de l’homme,Palais deChaillot,
1996.
13
(S.)ESSANE,l’Initiation royale chez les Agni,Thèse deDoctorat d’Etat,
UniversitéPaulValery deMontpellier 3 (France), 1980.

2

2

durant l’Antiquité (égyptienne, grecque, romaine) et la
Renaissance.
Retenons que lesbases de lamédecine psychosomatique se sont
bâties sur lebinôme son/être humain.Cebinôme en tant que
complexe estau départ de lamodernisation des liens unissant la
14 15
musiqueàlathérapieavecHELMHOLTZetSTUMPF.
Aujourd’hui, en effet, lecomplexe son/être humain est devenu
l’essence même de lamusicothérapie en tant que thérapie se
servant des procédés musicaux ou des élémentsconstitutifs de
lamusique pour ouvrir lescanaux decommunication
spécifiquesau sujet.C’est pourcette raison que lamusique est
utilisée dans lamédecine et plus particulièrement dans ses
16
ramifications psychologiques et psychiatriques .
Parler des liens entre lamusique et laguérison dans lathérapie
des komian renvoie généralementàladanse etàlatranse en
tant que techniques psychophysiquesà caractère thérapeutique.
Cetteconception estcertainement dueau fait qu’en plus des
croyances locales, les travaux réalisés jusque-làet présentés par
17
ROUGET, ont été orientés vers ladimension thérapeutique
des techniques psychophysiques en tant quecontribution des
génies - entités métaphysiques -au processus de guérison.
D’ailleurs,ces techniques sont perçues par la conscience

14
Cf :La théorie physiologique du soncité par (L.)BENCEet (M.)
MERAUX,Guide pratique de musicothérapie,Saint-Jean-de-Braye (France),
EditionsDangles, 1987, «Coll.Santé naturelle », p.11.
15
Cf :La psychologie du soncité par (L.)BENCEet (M.)MERAUX, idem.,
p.11.
16
(J.)ARVEILLER,Des musicothérapies,Issy-les-Moulineaux (France),
EditionsScientifiques etPsychologiques, 1980, «Coll.Psychologie et
pédagogie de lamusique ».
17 e
(G.)ROUGET,La musique et la transe,2 édition,Paris,Gallimard, 1990.
(A.)ZEMPLENI, «Ladimension thérapeutique duculte des rab, ndöp, tuuru
et samp : rites de possessionchez lesLebou etWolof » inPsychopathologie
II-3, 1966, pp. 295-439.
(G.)COSSARD, «Musique dans leCandomblé » inLa musique dans la vie,
Paris,Ed.T.Nikiprowetsky,O.C.O.R.A., 1967, pp. 159-207.
(M.)LEIRIS,La possession et ses aspects théâtraux chez lesEthiopiens de
Gondar,Paris,Plon, 1958.
(R.)BASTIDE,Le candomblé deBahia(Rite nagô),Paris,Mouton, 1955.
(J.)MONFOUGA-NICOLAS,Ambivalence et culte de possession,Paris,
EditionsAnthropos, 1972.

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collective comme le fondement de cette thérapie puisque ces
études ont plutôt fait ressortir le structuralisme relationnel entre
la transe, la danse et la guérison tout en faisant des premières
les signes manifestations de ces entités. A ce titre, elles servent
de techniques de divination, d’indications thérapeutiques et
d’indicateurs de guérison. Même dans les cas de fausse
18
possession ou possession négative, comme dans le ‘‘Ndöp’’
des Wolof au Sénégal, la danse et la transe sont perçues comme
vecteurs de libération et de guérison si l’on se réfère aux
travaux de ZEMPLENI et deCOSSARD.Elles permettent ainsi
de diagnostiquer l’origine du mal, de donner des indications
thérapeutiques et de repousser les mauvais esprits.
Dans cette perspective, la musique est présentée comme moyen
d’induction, et parfois même,comme ladimension sonore de la
manifestation présentielle des génies.Qu’elle soit vocale,
instrumentale ou vocaleaccompagnée, lamusiqueassure
symboliquement des fonctions dont l’efficacité semble réglée
celleonventionnellement :caractérise l’adresse faiteaux
divinités et permetainsi de déclencher la communion et la
communicationavecles génies,àtravers les techniques
psychophysiques.Lamusique se présente dès lors,comme une
prière des hommes en direction des génies et un indicateur
manifestatoire de leur présence.
Au regard descroyances populaires et de l’état des travaux, il
ressort que lamusique semble ne pasavoir d’impact
thérapeutique sice n’estàtravers les techniques
psychophysiques quandbien même que l’interaction musique/
thérapie remontreàlanuit des tempscomme le dit sibien
ALPERSON, «la musique a une part importante dans les rites
magiques employés par les hommes préhistoriques dans leur
19
lutte contre la maladie»bien plus, nous ne pouvons que
constater que les techniques psychophysiques ne peuvent, d’une
manière générale, se réaliser sans qu’il n’yait production
musicale.Lecaractère dynamogénique et même thérapeutique

18
Le ‘‘Ndöp’’ est unculte de possession sénégalais dans lequel lamusique
viseàdéclencher latranse.
19
(P.)ALPERSON, «Harmonie et santé : perspectives philosophiques sur les
relations entre musique et médecine » inl’Information Psychiatrique,Vol.67,
n°1, janvier 1991, p.36.

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de la musique est donc induit, puisqu’on lui reconnaît d’être à la
base de leur manifestation et de la survenue des génies si l’on se
réfère aux travaux susmentionnés.
Aujourd’hui, la scientificité de l’influence thérapeutique de
l’Art d’Euterpe est largement admise comme en témoignent la
mise en place de tests projectifs detype musical, la
réhabilitation de disciplinescomme lamélothérapie et la
musicothérapie, jusqu’alors qualifiées de para-sciences.L’usage
de lamusique dans lamédecineclinique n’est plus unecuriosité
même si son domaine de prédilection reste lapsychiatrie.
Si enOccident et enOrient, larelation entre lamusique
et laguérison n’est plusàdémontrer, dans lecontexte
traditionnel ivoirien,aucune étude scientifiqueàproprement
parler, n’aporté sur l’efficacité thérapeutique de lamusique.
C’est pourcomblerce vide que nousavons décidé de nous
servir de lathérapie desKomian.
Issue de l’aireculturelleAkan,cette forme de soins yassume
une fonction decontrôle, de régulation de l’ordre social et de
l’ordre religieux par lecanal des génies et desancêtresainsi
qu’une fonction de thérapie par lamusique.Danscette
perspective, elle permet decomprendre et de structurer le social
àtravers les liens entreDieu, la création, lesHommes et la
musique.Dans saphase opératoire,cette thérapie,àl’instar de
bien d’autres enAfrique, est marquée, du débutàlafin, par la
réalisation des techniques psychophysiques sous induction de la
musique.
Dansce protocole en effet, lamusique endosse une posture
thérapeutique fondamentale, puisqu’elle est utilisée dans la
prise encharge de personnes souffrant de maladies mentales
comme les névroses et les psychoses.Par là, elle fait ressortir
l’universalité de son influence thérapeutique.Elle montreainsi
comment l’homme subitcette influence sur le plan organique
par le truchement de latransformation des vibrations sonores en
pensée, en vision, en expressioncorporelle et même en
impressionscénesthésiquescomme le révèlent les tests
20
projectifs de type musical .

20
(J.)VERDEAU-PAILLÈS,Lebilan psycho-musical et lapersonnalité,
Courlay (France),Ed.J.M.FUSEAU, 1981.

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5

Aussi, s’agit-il, par cette étude, de montrer dans quelle mesure
les modalités d’utilisation de la musique telles qu’évoquées
s’appliquent dans la thérapie des Komian ainsi que les maladies
qu’elle peut aider à soigner.
En somme, ce travail, vise à mettre en lumière les mécanismes,
et les méthodes par lesquels la musique contribue à l’effectivité
de la guérison. Telle que présentée, la perspective théorique de
cette recherche permet de dégager un intérêt anthropologique et
un intérêt médical.
Le premier, en rapport avec anthropologie médicale, est d’ordre
théorique et a une visée épistémologique: montrer les
fondements et ladémarcation de lathérapie desKomian d’avec
lamusicothérapie occidentale, on ne peut évoquer lamédecine
négro-africaine sans faire référenceaubinômeNature/Culture.
Lapertinence de lamédecine négro-africaine réside dans la
«corrélation entre lanaturecomme réceptacle de médicaments
et support physique d’une part, et la culturecomme ensemble
21
des valeurs sociales, d’autre pa,rt »alors quecelle de la
médecine occidentale ramène son efficacitéàla biochimie età
la chirurgie.
Avecla colonisation, l’onaoublié que les processus
thérapeutiques de tout peuple priscomme données de la culture
etcentre placentaire desbesoins religieux, sont un indicateur du
niveau d’harmonie existant entre lui et son milieu.Ils se
présentent mêmecomme unavatar de l’idéal religieux,comme
une pertinence et uneconservation de l’identitéculturelle.
Par là, il devient possible d’inscrire lathérapie des komian dans
l’horizon du possible en tant quecapacité qu’elle offreà
assumer toute seule un procès de guérison.Ainsi, l’idéologie
thérapeutique komian pourrarésistercomme «une actualité
culturelle dans l’attitude et le comportement de l’homme
22
africain face à lamaladie» puisqu’aucune idéologie de
domination «ne saurait créer […] une vision nouvelle du
monde qui constitue une rupture radicaleavec tout ce quiavait

21
(F.)KOUAKOU N’GUESSAN, «Pour uneanthropologie médicale
africainine »Annales de l’université d’Abidjan,sérieF, tomeVII,
ethnomusicologie, 1978, p.93.
22
(S.)ESSANE,Une sociologie de l’université enAfrique,Abidjan,PUCI,
2001, p.167.

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6

23
été exprimé jusqu’alors» s’ilne tient pas compte du passé
culturel du peuple en question.
Le second intérêt, en rapport avec la médecine officielle, est
d’ordre pratique et vise la création d’un institut universitaire de
formation et de recherche en musicothérapie.
La première, intitulée Fondements et caractéristiques de la
thérapie des femmes komian ou guérisseuses traditionnelles
comprend deux chapitres.
La deuxième partie nommée Rituels thérapeutiques, art-thérapie
et processus de guérison chez les femmes komian estconstituée
de deuxchapitres.
Latroisième et dernière partie, titréeRéceptivité musicale et
guérison dans lathérapie des femmes komian, viseàdémontrer
l’influence thérapeutique de lamusiqueau travers d’un test
projectif.Elle possède elle-aussi, deuxchapitres.

23
Cf : (L.)GOLDMANN(1978)cité par (S.)ESSANE, idem., p.133.

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PREMIEREPARTIE:
FONDEMENTSETCARACTERISTIQUES
DELATHERAPIE DES KOMIAN

La thérapie des komian, à l’instar de bien d’autres du pays et
même ducontinent, «se présente idéologiquement comme une
conception générale de l’univers, de la vie et de l’homme, une
24
totalité cohérente» .Etudiercette thérapie ne peut doncse
faire que sous laforme «d’une cosmologie comportant une
cosmogonie, une théologie, une anthropologie, d’une ontologie
et d’une psychologie, d’un corps de techniques et de
spéculations ‘‘physiques’’, d’une éthique et d’une organisation
25
sociale, d’une littérature et d’un art» .
En d’autres termes,cette thérapie est tributaire des
représentations de la Vie et de l’Homme dans la cultureabouré.
Or, évoquercetteculture revientà aborder la cosmologie dece
peuple.C’est dire qu’on ne peut étudier les fondements et les
caractéristiques de lathérapie des komian sans se référerà
l’ensemble de leurs savoirs théoriques et de leurs pratiques qui
rendentcompte de leurconception de la Création et des liens
entre l’Homme et l’Univers.Au regard decette perspective,
nousavons organisécette partie en deuxchapitres.
Le premier, intitulé ‘‘Fondements de lathérapie des komian’’,
porte sur les savoirs et les pratiques thérapeutiques deces
guérisseuses, quise présententcomme une explication
totalisante de la Création tout en faisant ressortir l’utilité sociale
de l’institution komian.
Le second, titré ‘‘Présentation de lathérapie des komian’’, vise
àmontrer les dimensions et lescaractéristiques decette
thérapie,ainsi que les modes de traitement dont elle fait usage.

24
(H.)MEMEL-FOTE cité par (M.D.)GADOU, «Conception didade lavie
et de l’homme » inL’Arc a dit,N°5/2003, p.20.
25
(H.)MEMEL-FOTE cité par (M.D.)GADOU, idem., p.20.

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