Parentalité, addiction et travail social

Parentalité, addiction et travail social

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Le questionnement de l'ouvrage tourne autour des représentations sociales d'un parent souffrant d'addiction et tout spécialement de dépendance au produit "drogue". Cet ouvrage apporte des outils d'intervention sociale auprès des parents dépendants. Il permet aux professionnels d'objectiver les obstacles de l'évaluation du risque de la dépendance du parent sur l'enfant : permettre une reconnaissance symbolique du parent et préserver l'intérêt de l'enfant dans la limite des compétences parentales.

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Ajouté le 01 avril 2013
Nombre de lectures 167
EAN13 9782296533721
Langue Français
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Parentalité, addiction
et travail social
Christiane Saliba Sfeir
Le questionnement de l’ouvrage tourne autour des représentations
sociales d’un parent souffrant d’addiction et tout spécialement de
dépendance au produit « drogue ». Permettent-elles une adhésion
institutionnelle à la notion de la prévention, objectif majeur de
cette réforme de la protection de l’enfance ? Infuencent-elles les
confgurations des familles recréées par les parents dépendants ? À Parentalité, addiction quelle diffculté d’évaluation du risque se confronte le travailleur
social ? Quelle est la place du produit et celle du parent ? Y a-t-il
une peur qui masque l’un au bénéfce de l’autre ? Quels points et travail social
communs entre une addiction et une autre (alcool, drogue), entre
une famille en diffculté et une autre (troubles psychiatriques,
prostitution et dépendance) ? Quelles représentations genrées de
mère et père interfèrent-elles dans le regard professionnel et éthique
du travailleur social ? L’intervention sociale spécialisée dans le
cadre des centres de soins d’accompagnement et de prévention en
addictologie (CSAPA) présente-t-elle des spécifcités pertinentes ?
Autant de questions auxquelles ce livre se propose de
répondre à partir d’une analyse des pratiques professionnelles
et des représentations sociales véhiculées. Il apporte des outils
d’intervention sociale auprès des parents dépendants. Il permet aux
professionnels d’objectiver les obstacles de l’évaluation du risque de
la dépendance du parent sur l’enfant : permettre une reconnaissance
symbolique du parent et préserver l’intérêt de l’enfant dans la limite
des compétences parentales.
Christiane Saliba Sfeir, sociologue et assistante sociale, a une
expérience de 15 ans dans un centre de soins spécialisés en
toxicomanie (CSST), auprès de parents toxicomanes. Professeure
associée en sociologie à l’université libanaise de Beyrouth, elle
participe à des formations de travailleurs sociaux et de professions
paramédicales en France et à Beyrouth. Elle est l’auteure de diverses
contributions sur les questions de la famille, la parentalité et la
dépendance.
ISBN : 978-2-296-99786-8
22,50 e L O G I Q U ES S O C I A L ES
Christiane Saliba Sfeir
Parentalité, addiction et travail social
LOGIQUES SOCIALES









PARENTALITÉ, ADDICTION
ET TRAVAIL SOCIAL

















Logiques sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot

En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si
la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales »
entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action
sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou
d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des
phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique
ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes
conceptuels classiques.

Dernières parutions


Hélène BUISSON-FENET et Delphine MERCIER (dir.),
Débordements gestionnaires, Individualiser et mesurer le travail
par les outils de gestion, 2013.
Robin TILLMANN, Vers une société sans classes ? Le cas de la
société suisse contemporaine (1970-2008), 2013.
Délina HOLDER, Natifs des DOM en métropole. Immigration et
intégration, 2013.
Fred DERVIN (dir.), Le concept de culture. Comprendre ses
détournements et manipulations, 2013.
Séverine FERRIERE, L’ennui à l’école primaire. Représentations
sociales, usages et utilités, 2013.
Jean-Yves DARTIGUENAVE, Christophe MOREAU et Maïté
SAVINA, Identité et participation sociale des jeunes en Europe et
en Méditerranée, 2013.
Agnès FLORIN et Marie PREAU (Sous la dir. de), Le bien-être,
2013.
Jean-Michel BESSETTE, Bruno PEQUIGNOT (dir.), Comment
peut-on être socio-anthropologue ?, 2012.
Yves LENOIR, Frédéric TUPIN (dir.), Instruction, socialisation et
approches culturelles : des rapports complexes, 2013.
Yolande RIOU, L’identité berrichonne en question(s). De
l’Histoire aux histoires, 2012.
Pierre VENDASSI, Diagnostic et évaluation : la boîte à outils du
sociologue, 2012.
Isabel GEORGES, Les nouvelles configurations du travail et
l’économie sociale et solidaire au Brésil, 2012. Christiane Saliba Sfeir





PARENTALITÉ, ADDICTION
ET TRAVAIL SOCIAL































































© L'Harmattan, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99786-8
EAN : 9782296997868
Remerciements

Mes remerciements vont à celles et ceux qui ont cru à ce travail, à celles et
ceux qui ont accepté de me confier les récits de leurs pratiques
professionnelles, à celles et ceux qui ont fourni les éléments de leurs
parcours pour comprendre mieux les intrications de la parentalité et de
l’addiction.
Je remercie particulièrement l’équipe du centre Horizons et plus
particulièrement Jean Ebert et Jacqueline Pradel pour leur confiance, leur
écoute et leur soutien.
Ma gratitude s’adresse à Hani Féghali pour son soutien, son appui, ses
critiques, sa lecture, ses conseils ainsi que pour son amitié.
Introduction
CONTEXTE : LA DIFFICULTÉ DE MISE EN ŒUVRE DU NOUVEAU DISPOSITIF DE
PRÉVENTION
La loi du 5 mars 2007, réformant la protection de l’enfance, vise à
renforcer la prévention et mettre en avant la notion de l’intérêt de l’enfant.
Toutefois, la stigmatisation du mode de vie addictif et notamment
toxicomaniaque, présente dans l’imaginaire social et professionnel, pourrait
altérer les nuances de cette évaluation du danger. Comment définir le
danger : est-il réel, potentiel ou construit par la force représentative du mode
de vie toxicomaniaque, dangereux, par définition, pour l’enfant ? La notion
de danger reste floue dans les textes législatifs et la difficulté n’en demeure
pas moins d’évaluer la gravité du risque encouru.
Les travailleurs sociaux en contact avec des familles composées de
parents dépendants de drogue sont directement concernés par ce registre
représentationnel paradoxal de la « drogue » et de la « parentalité ». En effet,
la réaction sociale inspire la désignation en termes d’interaction
relationnelle (Goffman, 1975). Elle définit la déviance toxicomaniaque dans
un ensemble de représentations sociales négatives autour de la toxicomanie.
Celles-ci sont imprégnées de morbidité, de danger, d’irresponsabilité, de
violence et de délinquance.
ENJEUX : LE PARADOXE DE LA MISE EN PLACE DE LA PRÉVENTION AUPRÈS DE
FAMILLES DÉPENDANTES
La question des parents dépendants de drogue, longtemps marginalisée
dans les politiques publiques, aura une place privilégiée dans cette réforme si
les mesures de prévention s’appliquent auprès de ces parents. L’expérience
du terrain auprès de cette population a démontré la difficulté à ce jour de
travailler sur le registre représentationnel du parent toxicomane qui
permettrait une adhésion institutionnelle à la notion de prévention et à celle
de la diversification des modes d’accueil d’un enfant. Le parent dépendant
usager des Centres de soins spécialisés en toxicomanie (CSST) n’est pas
considéré assez fiable pour la notion de contrat préventif concernant son
7 enfant. L’image de père et mère est affectée par la réaction sociale liée à la
drogue mais également par les déterminants genrés de mère et père. La
famille constituée par le parent dépendant et son enfant est située dans la
catégorie de « famille à risque » pour la socialisation de l’enfant et pour
l’ordre social. Elle nécessite donc obligatoirement une intervention judiciaire
de protection de l’enfance pour préserver une « normalité parentale ».
Les notions de « famille à risques » et de « famille précaire » introduisent
celle de régulation sociale qui n’est pas un ajustement mais un système
d’inter-relations, d’interactions à l’œuvre autour, sur et avec la famille et ses
acteurs (Commailles, 1987). Cette régulation reste une fonction
fondamentale du travail social. Le risque social que représente une famille
recréée par un parent toxicomane s’inscrit dans les politiques de la protection
de l’enfance. Il place les travailleurs sociaux comme interlocuteurs
privilégiés de ces familles. Outre la difficulté de l’évaluation, figure celle des
représentations de la bonne et de la mauvaise mère, du bon ou du mauvais
père. C’est l’univers de réalité sociale où baignent ces travailleurs sociaux
dans leurs schèmes de valeurs personnelles et professionnelles.
L’analyse des pratiques professionnelles situe la thématique des
représentations sociales au cœur de la réflexion autour des effets de la
professionnalisation sur le sens commun, et sur les configurations familiales
reproduites (maintien de l’enfant, signalement, placement…). Quel rôle le
travail social joue-t-il dans la reproduction et la réaffiliation familiale et
sociale dans un contexte des transformations familiales des trente dernières
années et dans la confrontation aux valeurs véhiculées dans l’imaginaire
social ? La drogue constitue-t-elle un objet de risque supérieur à d’autres
produits tel l’alcool ?
La famille dépendante à la drogue présente-t-elle chez les professionnels
des formes d’appréhension différentes de celles induites par d’autres familles
en difficulté telles que la prostitution, la monoparentalité, l’incarcération, la
pauvreté et les troubles psychiatriques ?
La naissance de l’enfant réintroduit le parent dépendant de drogue dans le
système de filiation et de droit social. La précarisation des conditions de vie
des familles créées par les usagers de drogue des CSST influence leur
autonomie parentale, leur interaction intrafamiliale et intergénérationnelle.
Elle accentue souvent les sentiments de dévalorisation, de honte et de sous-
estime de soi. Ceux-ci se répercutent sur la trajectoire de consommation
ainsi que sur la trajectoire parentale. Par conséquent, quelles sont les
pratiques des travailleurs sociaux qui jouent le rôle de liaison entre les deux
mondes protagonistes dans les maternités, les PMI, les centres de soins,
l’aide sociale à l’enfance, la polyvalence de secteur, les CSST ? Le travail
social spécialisé se retrouve autant confronté que le généraliste dans
l’approche concernant la parentalité et essentiellement la maternité des
8 usagers de drogue. Le parent dépendant visible réunit un ensemble de
critères de « vulnérabilité » et de « fragilité sociale ». La désaffiliation
sociale induite par le mode de vie toxicomaniaque constitue un facteur de
risque familial et un danger potentiel pour des liens familiaux favorisant
l’équilibre, la santé, la sécurité, la moralité et l’éducation d’un enfant.
OBJECTIF : L’ÉVALUATION DES PRATIQUES PROFESSIONNELLES AUTOUR DES
FAMILLES DÉPENDANTES
Ce livre cherche à éclaircir les processus cognitifs et les interactions
sociales autour de la famille dépendante de drogue. La naissance de l’enfant
reste un moment clef dans l’histoire de l’acteur parent. Ce livre essaie
d’identifier l’influence des représentations sociales des travailleurs sociaux
dans la détermination de l’intériorisation des fonctions parentales, leur
épanouissement et leur répercussion sur la structure de la famille. La
perception par le parent de sa parentalité, de son identité individuelle et
familiale ainsi que de sa place en tant qu’acteur social lui sont renvoyées par
les interactions avec l’environnement institutionnel, familial et social.
L’intervention sociale spécialisée auprès de ces familles en difficulté
constitue une caution pour les parents dépendants et pour les professionnels.
Une relation de confiance est à construire avec l’usager et le professionnel
partenaire. Elle devrait préserver la fonction symbolique du parent et mieux
évaluer ses compétences parentales auprès de son enfant.
Ce livre s’adresse aux professionnels du travail social et de la protection
de l’enfance. La confrontation chez le travailleur social entre les
représentations intériorisées et l’éthique professionnelle reste d’actualité. Le
soutien à la fois de la parentalité et de l’enfant est un processus continu
auprès de la famille et des partenaires. La réponse à ces questions guide
forcément les pratiques professionnelles dans leur évaluation et leur réponse
au risque renvoyé par la situation des familles.

Dans un premier temps, une approche historique, sociologique et
juridique de la notion conceptuelle de ‘famille’ est faite pour reconstruire
chronologiquement l’évolution des formes familiales. Dans ce cadre-là, sont
présentées les autres notions conceptuelles de parentalité, d’addiction et de
représentations sociales des travailleurs sociaux autour du risque social que
représente une famille dépendante.
Dans un deuxième temps, une présentation de la démarche
compréhensive ethnosociologique qui analyse les récits des pratiques des
travailleurs sociaux, fait ressortir les représentations sociales de leur
environnement familial ainsi que celles appartenant au champ de l’exercice
9 professionnel permettant d’éclaircir les enjeux concernant les questions déjà
formulées.

Dans un troisième temps, une approche quantitative des caractéristiques
de la famille dépendante de drogue et bénéficiant du soutien institutionnel
spécialisé est faite. Elle illustre une observation des interactions
intergénérationnelles et des familles recréées par le parent dépendant dans un
contexte d’accompagnement médico-social visant la personne dans sa
globalité.

NB La transcription des entretiens analysés dans ce livre a cherché à
restituer le plus fidèlement possible le mode d’expression des interviewés.

10
CHAPITRE I

Approche historique, sociologique et juridique
de la famille, de la parentalité, du travail social
et des représentations sociales
1. APPROCHE HISTORIQUE ET PHILOSOPHIQUE DE LA FAMILLE
1.1. Philosophie et mythe familial
L’intérêt particulier que portent les sciences humaines à la notion de
famille se manifeste à travers leur contribution à la construction et
l’accompagnement de cette notion dans l’histoire sociologique et
philosophique de chaque société. L’approche historique de la famille montre
la diversité des formes familiales. Elles ont existé à toutes les époques et en
toute société. Elles symbolisent la continuité de la vie par la procréation,
comme le dit Lévi-Strauss : « Les filiations successives forment des lignes
de descendance, et la réalité de la famille tient avant tout à sa continuité dans
le temps par la procréation. Les parents procréent des enfants ; devenus
adultes, ceux-ci feront de même. » (Lévi-Strauss, 1986 : 10). Il reconnaît que
« le fait de famille est universel » (1983, p. 80). Parenté, alliance, affection,
fonctions, institution… sont des attributs de différents modèles familiaux
dans l’histoire. Les anthropologues préfèrent l’aspect vertical : parenté,
lignage, filiation et les sociologues celui de l’horizontal : institution,
structure… La philosophie participe à la création du mythe familial. Aristote
définit la famille comme le lieu de la philia qu’on traduit par le refus de
l’esprit de calcul, le lieu où l’on met en suspens l’intérêt au sens étroit du
terme, c'est-à-dire la recherche de l’équivalence dans les échanges. Hegel
considère l’affectivité comme une base de la cohésion sociale : « en tant que
substantialité immédiate de l’esprit, la famille se détermine par son unité
sentie par l’amour » (Aurioux, 1990 : 952). La philosophie accompagne
l’évolution des formes familiales en corrélation avec les changements de la
société et le passage à l’Etat moderne ainsi qu’avec l’évolution du droit civil et des politiques familiales. Ceux-ci permettent d’étayer un espace public
différencié et perfectionné en interaction avec l’institution éternelle et
naturelle de la famille. Cet accompagnement n’est pas étonnant dans la
mesure où, d’une part la recherche ethnologique possède un caractère
philosophique comme le rappelle Lévi-Strauss « mère et nourrice du doute,
attitude philosophique par excellence » (1973 : p. 37) ; et d’autre part « tout
ce qui concerne le monde, philosophiquement, c’est le monde dans lequel est
l’homme, et nécessairement le monde dans lequel est l’homme par rapport à
l’homme qui est dans le monde » (Sartre, 1990 : 283).
La prohibition de l’inceste institue formellement « le passage de la nature
à la culture, de l’humanité biologique à l’humanité culturelle, de la filiation
selon la chair à la filiation selon l’esprit, de l’humanité comme espèce à
l’humanité comme valeur » (Compte-Sponville, 2001 : 239). La famille
réalise concrètement ce que la prohibition de l’inceste institue en associant
des injonctions de mariage en dehors du cercle étroit de la parenté.
D’ailleurs, les structures de la parenté font apparaître la signification
profonde de la prohibition de l’inceste comme condition primordiale
d’échange selon trois types de relations : consanguinité, alliance et filiation.
Les femmes constituent alors, par les règles d’alliance positives, les moyens
de relations entre des groupes définis entre eux en termes de parenté.
1.2. Du pater familias à la famille démocratique dans l’histoire
L’image de la réalité sociale conçue par les historiens passe de celle
d’une agrégation conflictuelle de groupe d’intérêts ou comme un ensemble
d’institutions à une multitude de cellules vivantes, identifiables par leur
activité biologique, économique et affective (Burguière, 1986). L’approche
historique préfère alors l’étude des systèmes familiaux pour englober les
diverses formes que les groupes familiaux peuvent prendre allant du pater
familias à la démocratie familiale.
Dans la famille de l’Ancien régime en France, les études démographiques
et historiques ont montré la dominance de la famille nucléaire. Paysanne ou
aristocratique, la famille traditionnelle est résolument patriarcale. Elle
impose ses vouloirs à ses membres, dictés par l’intérêt du groupe, dont le
père est le chef (Perrot, 2000). L’époux-père domine sa femme et ses
enfants. Il transmet le nom, gère les biens dans le régime de communauté,
décide du domicile, contrôle les fréquentations de sa femme et de ses
enfants… La famille existant dans un système symbolique de parenté
biologique et social s’identifie donc comme l’institution qui articule la
différence des sexes et la différence des générations (Théry, 1996).
C’est avec le changement de droit familial que ce contrôle patriarcal
commence à diminuer. L’évolution du droit de la femme et son
émancipation ainsi que la promotion de l’enfant et les lois de protection
12 juridique de l’enfance ont bouleversé les rapports sociaux de sexe et le
rapport de pouvoir au sein de la famille patriarcale.
eEn effet, la famille au XVII siècle se constituait par le mariage. Celui-ci
se caractérisait par une formalisation religieuse imprégnée de toute la
moralisation familiale et la répression de la sexualité préconjugale. Au
eXVIII siècle, le mariage d’amour émerge et le lien amoureux et le lien
matrimonial ne devaient faire qu’un. La Révolution française modifie le
droit familial. Elle abolit les coutumes et établit l’égalité entre les héritiers et
fait du mariage un contrat civil susceptible d’être dénoué par le
divorce (Perrot, 2000). Mais le code Napoléon en 1804 rétablit néanmoins la
domination de l’époux/père et réduit la femme à la soumission : elle est
eassujettie à l’homme. Il a fallu attendre la fin du XIX siècle pour permettre à
ela femme d’exercer librement un travail et le XX siècle pour qu’elle puisse
être considérée comme citoyenne à part entière : avoir le droit au vote,
eexercer librement une profession, percevoir un salaire… Au XIX siècle, les
rapports familiaux patriarcaux sont également remis en cause dans le débat
juridique autour du travail et de l’obligation scolaire des enfants. Le
législateur, dans un souci de protéger l’enfant de la violence du père et de la
cupidité de l’entrepreneur, intervient dans la sphère privée. Il établit des
règles morales nouvelles et agit directement sur les relations
intergénérationnelles de pouvoir, plus généralement sur une forme verticale
du lien social.
Il se produit alors un passage progressif de l’image du père qui, à l’instar
de la famille aristocratique décrite par Tocqueville, possède un droit
politique, celui de commander ses enfants, et de prendre en charge la
conservation de l’ordre familial et social ; à celle d’une famille plus
démocratique basée sur l’autonomie de ses membres et sur l’interdépendance
de leurs échanges.
Néanmoins, le modèle du pater familias hante encore la civilisation
française dans ses principes de pouvoir, de contrôle et de domination
masculine. La référence reste toujours l’image de la famille traditionnelle,
dite normale, dont le chef est le père et la figure de l’autorité comme un
héritage indissociable de notre représentation sociale de la famille. Il sert de
base d’évaluation consciente ou inconsciente pour le reste des modèles
familiaux existants quel que soit l’objectif de cette évaluation : s’y opposer
ou la normaliser.
13 2. APPROCHE SOCIOLOGIQUE ET JURIDIQUE DE LA FAMILLE CONTEMPO-
RAINE ET L’INTRODUCTION DE LA NOTION DE PARENTALITÉ
2.1. Notion socio-juridique de la famille et autonomie des acteurs
Au XXe siècle, une évolution socio-juridique de la famille s’opère en
interdépendance avec les changements économiques, l’organisation sociale
instituée par l’Etat Providence, la diversité de modes de vie observables sous
l’emblème de l’individuation et de l’autonomie des acteurs. Le modèle de la
famille des années cinquante fut défini sous l’influence des théories du
sociologue américain Talcott Parsons sur la famille. Selon lui, les processus
d’industrialisation segmentent la famille d’abord en l’isolant de son réseau
de parenté, ensuite en réduisant la taille du groupe domestique à un ménage
conjugal, avec un petit nombre d’enfants. Le groupe domestique partage ses
responsabilités éducatives et financières avec d’autres institutions, les rôles
masculins et féminins sont bien distincts. Le père a un rôle instrumental, il
pourvoit aux besoins de la famille et la mère a un rôle expressif auprès des
enfants tout en étant mère au foyer.
Ce modèle fort critiqué trouve son infirmation dans les bouleversements
des modèles familiaux à partir des années soixante-dix. Les indices
démographiques en constituent la preuve : baisse de taux de nuptialité de
6,2 pour mille en 1980 à 4,9 pour mille en 1997 ; baisse du taux de fécondité
de 1,9 enfant par femme en 1980 à 1,7 en 1997 pour remonter à 1,95 enfant
par femme en 2007 ; augmentation des couples non mariés de 4,2 millions
de personnes parmi les 29,4 millions vivant en couple en 1994 ;
augmentation des naissances naturelles de 11,4 % des naissances en 1980 à
37,6 % en 1995 pour devenir majoritaires 50,5 % en 2006 pour la première
fois depuis 10 ans ;augmentation du taux de divortialité de 22,5 % en 1980 à
38,3 % en 1996 ; sur fond d’un allongement spectaculaire de l’espérance de
vie, elle atteint en 1996, 74,1 ans pour les hommes et 82 ans pour les
femmes et en 2007, 77,5 ans pour les hommes et 84,4 ans pour les
femmes (Leridon et Villeneuve-Gokalp, 2007).
Dialectique individu et famille
Irène Théry propose une nouvelle approche pour interpréter scientifi-
quement ces mutations de la famille et rejoint de Singly (1993) autour de la
« dialectique individu et famille » qui reste au cœur du débat social sur les
échanges familiaux. Il s’agit d’étudier le lien familial contemporain sur un
temps long en le situant dans un contexte social, économique, culturel et
politique. Ne pas séparer la famille nucléaire, qui est souvent le ménage ou
le groupe domestique que forment les parents avec leurs enfants, de la
famille étendue qui est l’ensemble plus large des ménages formant la
14 parentèle ; en rapportant l’institution familiale au système symbolique de la
parenté (Théry, 1998).
Le mariage considéré comme un contrat de genre évolue avec les progrès
de l’éducation et du travail des femmes. Il prône depuis les années soixante
l’égalité entre l’homme et la femme après une longue histoire de
hiérarchisation sexuée et d’un rapport inégalitaire entre homme et femme
instituant le pouvoir naturel de l’homme. Paradoxalement, un phénomène
social de « démariage » apparaît avec cette évolution. Irène Théry l’explique
comme « la place sociale de l’institution matrimoniale qui a changé avec les
transformations des représentations du couple : le choix de se marier ou non
devient une question de conscience personnelle et le mariage cesse d’être
l’horizon indépassable des relations entre les hommes et les
femmes » (Théry, 1998 : 32).
Dans ce contexte de démariage, le lien de filiation se retrouve en relation
avec l’évolution de la place de l’enfant dans la famille contemporaine.
Devant la pluralité des modèles familiaux, une affectivation et une
personnalisation des liens avec l’enfant se mettent en place. « Quelle que soit
la situation juridique du couple, c’est la naissance d’un enfant qui crée
socialement une famille » (Terré et Fenouillet, 1996). La puissance
paternelle, base de la famille patriarcale est abolie par la loi du 4 juin 1970 et
remplacée par la notion d’autorité parentale. L’autorité parentale assoit
l’égalité entre homme et femme, modifie leur rôle éducatif et ce qui était un
pouvoir sur la personne et les biens de l’enfant est devenu un devoir mis à
leur charge.
Une valeur supérieure est attribuée à l’individu-enfant. Un primat est
donné à son éducation et à son épanouissement. Pour Philippe Ariès, la
famille moderne se replie sur l’enfant, sa vie se confond avec les relations
plus sentimentales des parents et des enfants. « L’enfant est roi et les enfants
sont rois. » (de Singly, 1993 : 20). La transmission intergénérationnelle se
concrétise sous forme de capital scolaire à assurer pour l’enfant. Les rapports
familiaux entendus jusqu’à l’heure en termes de puissance ou de pouvoir
souverain sur la personnalité de l’enfant, font place à une « autorité
complexe de droits et de devoirs » (Terré et Fenouillet, 1996).
Du couple conjugal au couple parental
Un passage s’opère de la famille conjugale de Durkheim (1938) toujours
centrée sur les relations, à la famille « éducative » et « sentimentale »,
famille légitime, unie et stable, à des cellules plus atypiques et à l’apparition
de la notion de la « parentalité », notion sociologique entrée dans les mœurs
dès 1970 avec l’émergence de la « monoparentalité ».
L’instabilité du lien conjugal se traduit par la pluriparentalité, les familles
recomposées, monoparentales etc. ; le lien de filiation reste un lien
15 inconditionnel. Quoi qu’il arrive, ce que l’on doit à son enfant, c’est l’aimer,
le soutenir, le protéger. Il s’agit de construire un système reposant sur le
couple parental en maintenant les liens de l’enfant avec père et mère malgré
l’éclatement du couple conjugal. La socialisation de l’enfant et la fonction de
reproduction sociale de la famille, à dominante scolaire (Lahire, 1995),
restent des caractéristiques inhérentes à toute cette diversité familiale
institutionnelle dont les rituels stables se conjuguent autour de l’enfant. Entre
autorité, éducation, amour et rituels sociaux, la personnalité de l’enfant se
forme dans un système intersubjectif d’échanges et une interdépendance de
l’environnement sociétal (Elias, 1993). Finalement, comme le dit Bourdieu,
dans sa définition, la famille devient un mot d’ordre ou mieux une catégorie,
principe collectif de construction de la réalité collective qui est un « des
éléments constitutifs de notre habitus, une structure mentale qui, ayant été
inculquée dans tous les cerveaux socialisés d’une certaine façon, est à la fois
individuelle et collective ; c’est une loi tacite (nomos) de la perception et de
la pratique qui est au fondement du consensus sur le sens du monde social
(et du mot « famille » en particulier), au fondement du sens
commun » (Bourdieu, 1993).
2.2. Naissance de la notion de parentalité
La notion de parentalité est apparue au milieu des années 1970 avec
l’apparition de la catégorie de « famille monoparentale » qui témoigne selon
Nadine Lefaucheur (1991) de la crise de la famille nucléaire suite aux lois
sur le divorce par consentement mutuel, l’autorité parentale et l’interruption
volontaire de grossesse. C’est le premier terme sociologique qui nomme un
modèle familial différent de celui de la famille nucléaire. L’invention de la
parentalité est la résultante des transformations des structures familiales
depuis trente ans et la complexification des configurations parentales et des
trajectoires familiales (famille monoparentale, famille recomposée,
homoparentalité, etc.).
Trois niveaux de la parentalité selon Théry
Irène Théry (1998, 1995) distingue trois axes de la filiation qu’elle
désigne en sociologie de droit comme trois niveaux de la parentalité :
biologique, domestique et généalogique. La parentalité domestique est celle
qui correspond à la notion de « possession d’état » ; le parent domestique est
celui qui élève l’enfant dans sa maison. La parentalité biologique qui
correspond au lien biologique entre un parent et son enfant ; le parent
biologique est le parent géniteur. La parentalité généalogique qui correspond
à la filiation généalogique « le parent généalogique est celui que le droit
désigne comme tel », inscrivant l’enfant dans la lignée. La parentalité
généalogique correspond donc à la parenté et renvoie à une place juridique.
16 Pour les juristes, la parentalité n’est pas un mot du droit civil. La notion
de parentalité, est un « néologisme dérivé de l’adjectif parental qui pourrait
traduire les termes anglo-saxons de parenthood ou de parenting, qui
désignent respectivement la condition de parent et les pratiques
parentales » (Martin, 2003 : 11). La primauté de la mère introduisait « la
maternalité » et depuis les années 80, on commence à parler de « la
paternalité » pour introduire plus concrètement le rôle du père dans ce que
De Singly (2000) nomme « famille relationnelle ».
Un grand usage est fait de cette notion par différents acteurs publics et
médias ; particulièrement les travailleurs sociaux et les psychologues. Le
dictionnaire critique de l’action sociale (1995) définit la parentalité comme
« un terme spécifique du vocabulaire médico-psycho-social qui désigne de
façon très large la fonction d’ « être parent » en y incluant à la fois les
responsabilités juridiques, telles que la loi les définit, des responsabilités
morales telles que la socio-culture les impose et des responsabilités
éducatives ». C’est le premier ouvrage qui propose une définition. Cette
définition met l’accent sur les fonctions parentales et sur l’aspect normatif de
ces dernières ; elle privilégie le champ de l’éducatif et des responsabilités.
La parentalité devient un statut social ouvrant à des droits et des devoirs.
Trois axes de la parentalité selon Houzel
Suite à une réflexion d’équipe de diverses disciplines (pédopsychiatrie,
sociologie, travail social…) autour des pratiques de l’Aide sociale à
l’enfance, Houzel (1999) définit la parentalité en trois axes fondateurs de
tout lien entre parents et enfants : l’exercice de la parentalité, l’expérience de
la parentalité et la pratique de la parentalité. Chacun des axes définit un point
de vue sur la parentalité qui dans la réalité n’est pas dissociable des autres
points de vue.
L’exercice de la parentalité renvoie à l’ « identité de la parentalité » à ce
que l’on a coutume d’appeler « le niveau symbolique ». Il a un aspect
fondateur qui définit les cadres nécessaires pour qu’un groupe humain, une
famille et un individu puissent se développer. Il a trait « aux droits et devoirs
qui sont attachés aux fonctions parentales », à la place donnée dans
l’organisation du groupe social à chacun des protagonistes, au père, à la
mère et à l’enfant et notamment « dans une filiation et une généalogie ». Les
dysfonctionnements interviennent soit par excès, par exemple, avoir une
rigidité dans des exigences disproportionnées par rapport à l’âge de l’enfant,
soit par défaut, par exemple, avoir des difficultés à assumer l’autorité
parentale, incitations à des comportements asociaux, discontinuité dans les
liens.
L’expérience de la parentalité renvoie aux fonctions parentales dans leur
niveau subjectif, affectif et imaginaire de tout individu dans un processus de
17 « parentification ». Celui-ci désigne plutôt l’ensemble de processus qui se
déroule lorsqu’un individu devient un père ou une mère. Ces processus se
situent au cours de la période de la grossesse et des premiers mois de la vie
de l’enfant premier-né. Ils sont sous l’influence de déterminants multiples et
de nature très différente. Ils dépendent de facteurs sociaux, culturels et
juridiques, psychologiques et biologiques. L’expérience de la parentalité
comprend les représentations que se fait l’individu dans ce processus de ses
propres parents et implique la confrontation entre « l’enfant fantasmatique,
l’enfant imaginaire et l’enfant réel ». C’est l’axe du ressenti, le fait de se
sentir ou non parent de cet enfant-là. Les excès se révèlent dans un
comportement fusionnel, une emprise, une confusion intergénérationnelle...
Les carences se manifestent dans un rejet, une déception, une maltraitance…
La pratique de la parentalité concerne « les tâches objectivement
observables qui incombent à chacun des parents : soins à l’enfant,
interactions comportementales, pratiques éducatives etc. ». Elle renvoie à la
« qualité de la parentalité ». C’est la mise en œuvre des soins parentaux et
des interactions : tâches d’ordre domestique, de garde, de soins, d’éducation
et de socialisation. Les dysfonctionnements peuvent se manifester par excès
telles qu’une surprotection, hyperstimulation ; soit par défaut telles qu’une
carence dans l’hygiène et l’alimentation, enfant livré à lui-même, absence de
suivi médical, manque de stimulation.
Il n’y a pas de parentalité possible sans « contexte social pas plus qu’il ne
peut y avoir de société durable sans parentalité » (Houzel, 2004 : 148); c’est
l’interface entre famille et société. Autrement dit, la parentalité ne peut
exister en dehors d’un contexte économique, culturel, social, familial et
institutionnel où se forment les réseaux de sociabilité et d’interdépendance.
Celui-ci devient un déterminant important du processus parental au point que
le terme « parentalisation » a été adopté (Delecourt, 2003). Il sert à
caractériser les différentes stratégies de soutien et de renforcement de la
parentalité ordinaire ourdies par des groupements spécialisés et, depuis peu,
par les pouvoirs publics. Le travail social et l’application des politiques
sociales et familiales font partie de ces stratégies de soutien et de gestion du
risque parental pour favoriser le bien-être de l’enfant.
3. LE TRAVAIL SOCIAL
3.1 Définition du travail social
Le social constitue la capacité de la société à agir sur elle-même. Il
contribue à la régulation sociale. C’est la contribution de tous en vue de
l’amélioration de l’ensemble de la société tout en étant fondée sur la notion
de la socialisation du risque (Donzelot, 1984). Le droit social trouve ses
18 origines dans cette revendication de la protection du risque que Durkheim
qualifie d’instrumentalisation de la solidarité sociale (Durkheim, 1991).
Le social est appréhendé comme « une valeur humaniste » (Murard,
2003) surtout pendant les trente glorieuses. Au cœur de la question sociale
ede la pauvreté du XIX siècle, il couvre le risque « travail » et le risque
« famille ». Au XX siècle, la question sociale devient celle de « l’exclusion
sociale » (Castel, 1995) composée d’une pauvreté qui s’associe à la perte des
facteurs de protection rapprochée autrement dit à la perte des liens familiaux
et sociaux. Avec la crise de l’Etat Providence, les politiques sociales
recentrent l’action de l’Etat sur les plus pauvres. Il s’agit d’un processus
d’exclusion et de désaffiliation sociale au sens de Castel (1991 : 25) inscrit à
la fois dans une dynamique de rupture du lien social et de re-liaison grâce
aux politiques sociales. Celles-ci agissent dans une notion de droit social en
opposition à l’assistance du XIX siècle.
Actuellement, ces politiques sociales prennent forme à travers « la
législation sociale » et tous les textes à portée officielle concernant la
question sociale de l’exclusion sociale pour refavoriser une logique de
cohésion sociale. Elles sont définies comme l’ensemble des décisions prises
par les pouvoirs publics. Brigitte Bouquet et Christine Garcette parlent « des
questions sociales » qui couvrent les domaines de l’emploi, le droit du
travail, l’insertion professionnelle, la protection sociale, les prestations
sociales, les allocations et revenus délivrés en fonction des ressources, la
politique de la ville, la politique de l’accès au logement, la politique en
faveur de la famille et de l’enfance, les politiques concernant certains
groupes à risques tels les handicapés, les immigrés, etc. (Bouquet et
Garcette, 2002).
3.2. Champ de l’action sociale
L’action sociale est une pièce des politiques sociales qui visent alors « le
mieux vivre ensemble ». Elle contribue à la régulation sociale et se structure
autour des concepts de réparation, de réadaptation, d’intervention
individualisée et collective, de prévention sous forme d’un ensemble de
dispositifs législatifs et réglementaires mis en œuvre par des institutions
sociales publiques, semi-publiques et par des associations partenaires.
Le travail social et les institutions sociales entrent dans le champ de
l’action sociale. Le terme « travail social » (Garcette, 1996 : 22) ou comme
le dit Michel Chauvière (1985 : 160) le « travail du social » est un terme
générique qui englobe toutes les interventions sociales, publiques ou privées.
Il était utilisé au même titre que le service social et ce n’est qu’à partir de
1938 que le terme service social désignera exclusivement l’exercice
professionnel des assistants sociaux. Il est alors différencié du travail social
qui englobera en plus la profession de l’éducateur spécialisé dans le domaine
19 de l’enfance inadaptée apparue au cours de la deuxième guerre mondiale
suivie dans les années soixante par la profession d’animateur dans les
maisons de culture, des villages de vacances, des centres aérés pour arriver
au concept actuel du travail social dans les années soixante-dix qui
représente l’ensemble des professions de l’humain et du relationnel. Faute de
clarté, la définition de Thévenet sera retenue pour préciser cet ensemble de
professions : « Les travailleurs sociaux sont des « professionnels reconnus
comme tels principalement par le ministère chargé des Affaires Sociales, qui
après formation qualifiante, se voient confier des tâches de nature sociale,
éducative, psychologique ou médico-sociale, auprès des populations en
difficultés. » (Thévenet et Desigaux, 1999).
Donc le terme de travailleur social est complémentaire des notions
d’action sociale et de politique sociale. L’action développée par les
travailleurs sociaux se situe « à la charnière de deux logiques : celle de
l’application des politiques sociales et celle de répondre aux demandes et
aux besoins des personnes et de l’environnement » (Bouquet et Garcette,
2002 : 21). Le travail social se trouve inscrit dans les politiques sociales tout
en comportant une marge de manœuvre pour favoriser la dimension
relationnelle individualisée et pouvoir concilier les objectifs de l’institution
employeur et ceux d’une autonomie du travailleur social qui permettra de
remonter les besoins de la population dont il s’occupe.
Depuis la décentralisation, l’Etat délègue une partie majeure de l’action
sociale aux conseils généraux et les travailleurs sociaux s’inscrivent alors
« dans une intersection du social, du politique et de
l’économique » (Hatzfeld, 1998 : 74). Pour répondre à la précarité des
usagers, ils doivent jouer un rôle de médiation entre les diverses instances
décisives pour favoriser la situation sociale et les droits des citoyens usagers.
3.3. Construction d’un sens en commun
Des sociologues comme Donzelot (1977) et autres ont longtemps critiqué
l’aspect asymétrique de la relation travailleur social - usager et l’ont plutôt
qualifiée de rapport de domination et de contrôle.
En survolant la réflexion de la philosophe allemande Hannah Arendt, il se
trouve que la dimension de « l’être ensemble », d’ « être avec et pour
autrui » (Arendt, 1972 : 153) cohabite avec la question de la domination
autrement dit il s’agit de la question de l’action concertée qui rappelle que le
pouvoir peut être autre chose que la domination ; il peut être la construction
d’un sens en commun.
Habermas distingue deux types de pouvoir. Le premier c’est le « pouvoir
administratif » symbolique basé sur une bureaucratie qui renvoie de la
violence physique et symbolique. Le deuxième c’est le « pouvoir
communicationnel » engendré par la communication dans l’espace public. Il
20 définit par conséquent deux types d’action : « action dominatrice » et
« action communicationnelle ». Dans le cadre de l’action
communicationnelle, il y a des négociations, des argumentations, des
discussions, des points de vue et des analyses pour aboutir à un
« consensus » sur la base duquel une relation permettant une revendication
égalitaire est possible (Habermas, 1987 : 295).
Dans la même logique, la dimension du pouvoir se trouve dans un
ensemble d’interactions sociales concertées qui rejoignent la vision de
Goffman autour du droit qui émane des interactions sociales et relation-
nelles. L’intervention sociale trouve son origine dans une législation sociale
concertée dans une société démocratique. L’ordre de l’interaction se
constitue entre un travailleur social et un usager qui fait émerger des
ajustements, des oppositions, des contradictions permettant d’accéder à une
régulation sociale.
Comme le signale Théry (1995), l’intervention de l’Etat soutient toujours
la famille dans ses politiques familiales en la considérant comme une
microsociété. A partir des années 70, la diversité des modèles familiaux
privilégie le primat de l’enfant. Par conséquent, dans les dernières décennies,
le travail social auprès des familles cible essentiellement le bien-être de
l’enfant à travers des politiques à destination de celui-ci (allocations
familiales, allocation parent isolé, protection de l’enfance…).
eAu XIX siècle, la notion de contrôle social des familles pauvres marque
l’intervention des assistantes sociales auprès des familles. Cependant,
l’évolution de la législation sociale s’accompagne d’une professionnalisation
des approches sociales pour se démarquer de l’assistance, promouvoir la
liberté et l’autonomie de la personne et des familles dans une optique de
régulation sociale définie comme un système d’inter-relations, d’interactions
à l’œuvre autour, sur et avec la famille et ses acteurs (Commaille, 1987).
Les sociologues affirment donc maintenant cette fonction de régulation
dans le travail social sans nier une fonction de contrôle du risque social et
familial. Il joue « le rôle d’interface » entre les partenaires variés de l’action
sociale et politique, entre usagers et institution (Le Bouffant et Guélamine,
2002 : 85).
4. ADDICTION
4.1. Entre dépendance à la drogue et mode de vie
La notion de dépendance désigne généralement des conduites
socialement réprouvées, déviantes et susceptibles de médication. C’est une
notion qui a longtemps accompagné la consommation de drogue et a servi
comme modèle de référence pour appréhender les toxicomanies mais les
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