Politique et religion au défi de la communication numérique

Politique et religion au défi de la communication numérique

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Livres
136 pages

Description

L'ouvrage vise à animer la structuration d'une réflexion portant sur le politique et le religieux, phénomènes associés et distincts à la fois, sur la toile de fond des médias, en général, et des médias émergents, en particulier. Il incarne une diversité de préocuppations qui donne vie aux questions communicationnelles en lien avec les mutations induites par les nouvelles formes (numériques) de communication politique et religieuse comme paradigme de sens de l'actualité médiatisée et de la médiatisation de l'information.

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Date de parution 21 décembre 2018
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EAN13 9782336859392
Langue Français

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Communication et Civilisation
Collection dirigée par Nicolas Pélissier

La collection Communication et Civilisation, créée en septembre 1996, s’est donné un double
objectif. D’une part, promouvoir des recherches originales menées sur l’information et la
communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les
découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D’autre part, valoriser les études portant
sur l’internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales.
Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui
motive le statut d’interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l’on se réfère à l’anthropologie,
aux technosciences, à la philosophie ou à l’histoire, il s’agit de révéler la très grande diversité de
l’approche communicationnelle des phénomènes humains.
Cependant, ni l’information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets
autonomes et autosuffisants.

Dernières parutions

Anne-Marie LAULAN (dir.), Le retour au territoire, 2018.
Jean-François TETU, Le récit médiatique et le temps, Accélérations, formes, ruptures, 2018.
Alain KIYINDOU, Noble AKAM et Etienne DAMOMEO , bjets connectés et développement
intelligent, 2018.
Docteure Nawel CHAOUNI,F ans des séries télévisées sur les réseaux socionumériques (RSN),
2018.
Maud PELISSIER et Nicolas PELISSIER (dir.M), étamorphoses numériques. Art, culture et
communication, 2017.
Nicolas OLIVERI, Manuel ESPINOSA, Christelle WATY-VIAROUGE, La création de contenus au
cœur de la stratégie de communication, Storytelling, brand content, inbound marketing, 2017
Audrez ALVES et Marieke STEIN (dir.),L es mooks. Espace de renouveau du journalisme
littéraire, 2017.Sous la direction de
Mihaela-Alexandra TUDOR, Gheorghe CLITAN
et Márcia Marat GRILO





POLITIQUE ET RELIGION
AU DEFI DE LA COMMUNICATION
NUMERIQUE









Comité scientifique et comité de lecture

Christian Agbobli, (PR UQAM, Montréal, Canada), Stefan Bratosin (PR, IARSIC-CTS du CORHIS,
Université Paul Valéry de Montpellier 3, France), Gheorghe Clitan (PR, PFC, Université de l’Ouest
de Timi-soara, Roumanie), Mihai Coman (PR, FJSC, SPARTA, Roumanie), Eric Dacheux (PR,
Université Blaise Pascal Clermont Ferrand, COMSOL, France), David Douyère (PR, Prim, IUT de
Tours, Université François-Rabelais, France), Catherine Ghosn (MCF HDR, CORHIS, Université
Paul Sabatier de Toulouse, France), Philippe J. Maarek, (PR UPEC, ISCC/CNRS Paris, France),
Elena Golopentia Matei (PR, FJSC, Université de Bucarest), Florin Lobont (MCF, PFC, Université
de l’Ouest de Timisoara, Roumanie), Ionel Narita (PR, PFC, Université de l’Ouest de Timisoara,
Roumanie), Nicolas Pelissier (PR, SicLab, Université de Nice-Sophia Antipolis, France), Alexandru
Petrescu (MCF, PFC, Université de l’Ouest de Timisoara, Roumanie), Paul Rasse (PR UNS, SicLab,
France), Robert Reisz (PR, PFC, Université de l’Ouest de Timisoara, Roumanie), Silviu Rogobete
(PR, PFC, Université de l’Ouest de Timisoara, Roumanie), Haytham Safar (PR, CERM, Université
de Mons, Belgique), Laurențiu Tanase (PR, FT, Université de Bucarest, Roumanie), Marcel Tolcea
(PR, PFC, Université de l’Ouest de Timisoara, Roumanie), Mihaela-Alexandra Tudor (MCF HDR,
IARSIC-CTS du CORHIS, Université Paul Valéry de Montpellier 3, France)

e eOuvrage issu d’une sélection des travaux du 21 et 22 Colloque
bilatéral franco-roumain en Sciences de l’information
et de la communication les 8-10 juin 2017,
Université de l’Ouest de Timisoara, Roumanie

© L’Harmattan, 2018
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-85939-2Sommaire
Couverture
4e de couverture
Communication et Civilisation
Titre
Copyright
Sommaire
Avant-propos
Mihaela-Alexandra TUDOR
Les recherches sur la religion numérique : révolution, évolution ou simple mutation ?
Mihai COMAN
Religion, politique et nouveaux médias : lieux d’incarnation des pathologies communicationnelles
Mihaela-Alexandra TUDOR
Le mythe politique français de la laïcité : foi et sens politique
Stefan BRATOSIN, Marie JAUFFRET
Le journalisme, une petite religion horizontale ?
Nicolas PÉLISSIER, Márcia Marat GRILO
L’analyse sémiotique d’un dispositif de Net art, comme objet artistique de contestation des autorités
ecclésiastiques roumaines
Ana-Maria SEZONOV HANARU
Institution vaticane et technologies informatisées : des interactions médiatiques pour communiquer avec
le grand nombre
Angela ANZELMO
La Coalition pour la famille : imbrication du religieux et du politique dans le débat en ligne
Camelia CUSNIR
De la radicalisation à la déradicalisation en ligne : le rôle paradoxal des réseaux socio-numériques
Mohamed Anouar LAHOUIJ
La manipulation du comportement électoral par le biais des symboles religieux
Gheorghe CLITAN, Oana BARBU-KLEITSCH
La gestion des mosquées au Nord-Cameroun à l’heure du numérique : fonction, acteurs et défis
Madji BOUBA
L’information religieuse au défi du numérique
Márcia Marat GRILO
Église orthodoxe, culture médias et communication numérique
Anamaria FILIMON-BENEA, Ioana VID
Les enjeux des réseaux sociaux dans la protection, promotion et valorisation du patrimoine religieux
Iva ZUNJIC
Miscellanées, Les médias numériques et les risques du terrorisme religieux
Lucian IONICA
De la mise en débat du concept de légitimité dans le discours politique par les dispositifs numériquesPhilippe BELLISSENT
SCIENCES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION AUX ÉDITIONS
L’HARMATTAN
AdresseA v a n t - p r o p o s
En 2017, le réseau Iarsic du CORHIS (EA 7400) de l’Université Paul Valéry de Montpellier 3
organisa, pour la deuxième fois, avec Si-cLab Méditerranée de l’Université Côte d’Azur une double
e eédition du colloque bilatéral franco-roumain. Il s’agit des 21 et 22 éditions accueillies par les
organisateurs roumains, l’Université de l’Ouest de Timisoara, la Faculté des sciences politiques,
philosophie et communication (PFC) et l’Académie roumaine, le Comité roumain d’histoire et de
philosophie de la science et de la technique (CRIFST), filiale de Timisoara.
Le sujet proposé par le colloque – politique et religion au défi de la communication numérique –
complexe et ambitieux – peut être néanmoins facilement situé. D’abord, parce que le fait religieux et
la politique ont fait, depuis une vingtaine d’années, retour en force. Ensuite, parce que la religion et
la politique sont essentiellement liées à la communication en tant que sous-systèmes particuliers de
communication de la société, bien que leurs sphères d’action semblent sans doute différentes. La
religion ne se caractérise pas seulement par son rapport à la transcendance ou à la sphère sacrée, mais
également par son rapport aux sphères anthropologique, sociale et sociétale, culturelle et politique.
La politique n’est pas restreinte à un espace laïc, à un ordre et une réalité profanes, elle s’impose
dans et stabilise la société selon des logiques complexes, certaines étant empruntées à la sphère du
sacré. Les réalités profanes, qu’elle institue et articule, englobent un ordre sacré imposé à la vie
profane (la sensibilité au mal, la nécessité de la conservation, les figures politiques sacralisées, les
rituels politiques électifs, etc.). Plus précisément, la religion ne s’est jamais retirée de certaines
activités considérées par la suite séculières tout comme la politique ne s’est jamais retirée des
activités considérées comme appartenant au domaine du sacré. Constat plus révélateur que jamais à
l’aune de la révolution numérique.
L’essor des médias émergents met en exergue le fait que la religion et la politique ont toujours été
au cœur de l’activité humaine, surtout parce qu’elles se partagent des espaces à la fois séculiers et
sacrés, intimes et publics, des territoires où des hommes et des femmes se gouvernent collectivement
et se livrent au débat public en confrontant leurs opinions privées. C’est dans ce contexte que les
travaux sélectionnés pour cet ouvrage ont fait écho à l’intérêt manifesté par les sciences de
l’information et de la communication pour l’impact actuel des nouvelles technologies numériques
dans les domaines individuel et socio-politique. Les textes recouvrent un certain nombre de
problématiques majeures concernant le politique et le religieux qui renvoient à des bouleversements
surprenants non seulement dans le plan symbolique et fonctionnel, mais aussi en termes de
structuration et d’action sociales.
Sous la pression du développement galopant des médias et des nouvelles technologies
numériques, mais aussi en proie à leurs propres besoins intrinsèques de performance dans le champ
de la communication, le politique et le religieux induisent des transformations sociales profondes à
la faveur d’un nouvel ordre idéologique. Internet, Facebook, youtube, Instagram, Linkedin, Pinterest,
Tweeter, WhatsApp, tablettes, smartphones, etc. sont en train de changer non seulement la manière de
faire de la politique, la façon de pratiquer la religion, ou les règles qui organisent les rapports entre le
politique et le religieux, mais aussi les contenus mêmes de la politique et de la religion en imposant
aux mondes démocratiques un nouveau cadre rendu incontournable par la technique pour penser
l’articulation entre le politique et le religieux.
Les auteurs qui ont contribué à cet ouvrage ont affronté les questions du religieux et du politique
dans le cadre de la médiatisation et de la digitalisation en les approchant à partir de plusieurs angles :
les théories courantes dans le domaine, les exemples ou les études empiriques (mis à jour), l’examen
des détournements et tournures plus ou moins symboliques inhérents aux frontières fragiles du
politique et du religieux à l’aune des (nouveaux) médias.
S’inscrivant donc pleinement dans la foulée des contributions au développement d’une recherche
sur le fait religieux en sciences de l’information et de la communication, l’ouvrage vise à animer la
structuration d’une réflexion portant sur le politique et le religieux, phénomènes associés et distincts
à la fois, sur la toile de fond des médias, en général, et des médias émergents, en particulier. Il incarne
une diversité de préoccupations qui donnent vie aux questions communicationnelles en lien avec les
mutations induites par les nouvelles formes ( numériques) de communication politique et religieusecomme paradigme de sens de l’actualité médiatisée et de la médiatisation de l’information. C’est la
raison pour laquelle deux textes, libres, mais pas éloignés du thème principal, n’approchant pas
frontalement la question, clôturent le volume. Tant le débat sur le religieux et le politique aura pris
sa place.

Mihaela-Alexandra TUDORLes recherches sur la religion numérique : révolution, évolution ou
simple mutation ?
1Mihai COMAN

L’apparition et puis la généralisation d’Internet ont atteint les différentes formes de manifestation
des religions de la planète. Comme d’habitude, l’essor d’un nouveau médium (support
technologique) est accueilli par deux types de discours – l’un utopique, euphorique, annonçant la
révolution de la société et l’amélioration, voire la suppression des problèmes auxquels on se heurte,
et l’autre dystopique, déplorant la destruction possible des mécanismes sociaux et des valeurs
culturelles et la perte d’un certain « âge d’or » (pas très éloigné, d’ailleurs), condamné à tout jamais.
Lorsqu’on parle de religion, les discours acquièrent une intensité particulière, souvent en
contradiction avec les évolutions sociales et religieuses (Hojsgaard et Warburg, 2005). Si, au début,
les confrontations se plaçaient dans les paramètres de ces deux familles de discours, très vite, de
nombreuses autres approches se sont emparées du territoire de ce qu’on a appelé « religion en
ligne », « religion numérique », « cyber religion », « e-religion », etc. Ainsi, les approches
spéculatives ont commencé à être concurrencées et croisées par d’autres perspectives, où les
approches confessionnelles se sont confrontées aux productions de la culture populaire et les travaux
provenant du champ de la sociologie des religions aux approches anthropologiques, psychologiques
et historiques (Karaflogka, 2014).
L’axe central de l’entier champ scientifique est donné par la relation entre le support
technologique et le système culturel (en l’espèce, la religion). On rencontre ici une ancienne
problématique et un paradigme scientifique défendu par des noms célèbres : le déterminisme
technologique et ses champions, de H. Innis et M. McLuhan jusqu’à B. Latour, de W. Ong et E.
Havelock à R. Williams et J. Carey. Dans cette perspective-là, « les études sur la religion numérique
prêtent attention aux implications en ligne-hors-ligne de la reformulation des pratiques religieuses
existantes et des nouvelles expressions de la spiritualité en ligne » (Campbell, 2016, p. 3). Mais,
c’est juste une facette du phénomène, concentrée sur l’emploi d’Internet à des fins religieuses ; dans
la sphère de ces croisements, se trouvent aussi le riche vocabulaire religieux des jeux en ligne,
l’existence de nombreuses applications religieuses pouvant être téléchargées sur les téléphones
portables et les tablettes, le flux de mèmes à thématique religieuse circulant dans les médias sociaux,
les messages religieux sur Facebook ou Twitter, ou bien les constructions religieuses des mondes
alternatifs (du type Otherkin).
En se rapportant à l’histoire (de quelques décennies seulement) des recherches scientifiques,
Campbell et Vitullo (2016) identifient quatre étapes : la période descriptive (axée sur la présentation
des différentes formes de religion en ligne), la période des typologies (où sont proposées différentes
catégories et classifications des formes religieuses en ligne), la période des investigations
comparatives entre les formes religieuses hors-ligne et en ligne et l’étape actuelle, préoccupée par les
influences réciproques entre les religions hors-ligne et en ligne (voir aussi Cho, 2011).
Concepts et thèmes
Sur le fond, les nombreuses études dédiées au rapport entre religion et Internet se basent sur une
typologie simple, consacrée et peaufinée par Christopher Helland (2000, 2005, 2016) : « religion
online » et « online religion ». A l’un des pôles du spectre, la religion dans l’« en ligne » inclut les
sites qui offrent des informations sur une religion, un culte, une dénomination quelconque ; ceux-ci
représentent et sont produits par une institution religieuse et fonctionnent comme un milieu contrôlé,
à communication unidirectionnelle ; les usagers cherchent des informations concernant leurs
activités religieuses « hors-ligne », ce qui veut dire que leur religiosité préexiste par rapport à la
création du site. A l’autre pôle, la religion (purement) en ligne concerne les sites qui offrent un
milieu interactif et moins contrôlé d’activité religieuse ; ces sites sont produits par des « instances »
qui ne sont pas officiellement reconnues comme des religions et n’ont donc aucun rapport avec une
religion, un culte, une dénomination « hors-ligne » ; les usagers sont des consommateurs et des
producteurs de rituels en ligne et la religiosité est produite seulement par des interactions en ligne.Ce modèle binaire réapparaît également sous des appellations différentes chez d’autres auteurs :
par exemple, Hoover (2012) fait référence à la distinction entre « la numérisation de la religion »
(les formes par lesquelles les religions s’adaptent au nouvel environnement) et « la contribution du
digital au religieux » ; Karaflogka (2002) parle de « religion on cyberespace » (toute religion
horsligne qui présente son contenu dans le cyberespace) et « religion in cyberspace » (des formes
religieuses qui existent uniquement dans le cyberespace). Par rapport à la deuxième catégorie, Iqbal
(2016) identifie trois structures : les sites web religieux informels (ceux qui ne sont pas contrôlés
par des institutions religieuses reconnues), les sites web créés par de nouvelles formes de
religion/des mouvements religieux (comme « New Age », « Technopaganism », « Wicca », etc.) et
les sites web commerciaux développés pour répondre aux aspirations religieuses, en dehors des
institutions et des autorités religieuses officielles.
Utiles sur le plan typologique, ces distinctions ne sont pas absolues ; les études consacrées aux
sites de certaines religions officielles, des sites réalisés par les ecclésiastiques de celles-ci, révèlent
qu’ils fournissent des formes variées d’interaction et permettent la création de micro-rituels marqués
par des aspirations individuelles (Synagogue-Temple Beit Israel, Anglican Cathedral, Hindu
Virtual Temple, Christian Virtual Church ) ; ainsi, un type aussi bien que l’autre permet des formes
variées d’interaction, non seulement par les échanges de messages entre les participants, mais aussi
par la création de certains rituels synchrones ou asynchrones (Jacobs, 2007). En d’autres termes, les
participants peuvent prendre part aux cérémonies (des prières jusqu’aux pèlerinages) pendant leur
déroulement sur le site de la religion concernée, ou bien, ils peuvent accéder à ces rituels aux
moments choisis par eux-mêmes, indépendamment du calendrier et du canon religieux consacrés.
D’autres fois, certaines institutions religieuses reconnues proposent des versions en ligne atypiques –
comme c’est le cas de Methodist Church of Britain qui a créé, en 2004, la première « église 3D »,
The Church of Fools : les membres pouvaient produire leur avatar et, ainsi, ils pouvaient prier,
discuter, et même prêcher dans un environnement 3D.
De cette typologie dérivent deux grands thèmes de recherche portant sur la religion numérique : la
question de l’autorité et la question de l’authenticité. Il est évident que, pour ce qui est d’Internet, qui
est un médium de type plusieurs à plusieurs, (« many-to-many ») on soulève les problèmes du
contrôle et de la conservation de l’autorité ecclésiale. Les leaders cléricaux ne peuvent exercer un
contrôle total ni sur les matériels publiés sur leurs sites (où les commentaires peuvent ouvrir les
portes du débat et de la contestation), ni sur la manière dont les ecclésiastes et les membres de leur
communauté religieuse utilisent le contenu et encore moins sur les autres sites, blogs ou autres
formes de communication dans les médias sociaux, qui concurrencent la religion ou le culte
concerné (Barker, 2005, Campbell, Lovheim, 2011, Cheong, 2011, Dawson, 2000, Duteil-Ogata,
2015, Ferrigni, Spalletta, 2015, Jonveaux, 2009, Palmer, 2014). En outre, la circulation des
messages religieux dans des formes proches de celles de la culture populaire induit la possibilité de
certaines combinaisons symboliques et interprétations qui sont différentes du canon religieux
(Pasulka, 2016, Posamai, 2015).
D’autre part, la disparition de l’expérience religieuse vécue in presentia, celle qui constitue
(conformément aux thèses classiques fonctionnalistes) la base de la communauté des croyants, et le
remplacement de celle-ci par une communauté virtuelle, composée de personnes ne se connaissant
pas entre elles (et ne pouvant pas se connaître vraiment), qui mettent en commun des discours (et ne
partagent pas l’expérience de la communion avec le sacré) et qui peuvent être investies
simultanément dans de multiples activités profanes (elles ne sont pas complètement impliquées dans
le rituel), soulèvent les questions suivantes : « Quelle action ou activité en ligne peut être considérée
comme une véritable action religieuse ? Comment est-il possible de déterminer si les gens pratiquant
des formes de religion en ligne réalisent en fait des activités religieuses réelles et vivent des
expériences religieuses authentiques ? » (Helland, 2005, p 6). Les études qui ont suivi la
construction de communautés virtuelles et ce type d’interactions religieuses se sont concentrées en
particulier sur la prière et le pèlerinage (Campbell, 2005 ; Catellani, 2014 ; Douyère, 2011 ; Foltz, F.
et Foltz, F., 2003 ; Hill-Smith, 2009 ; Lundby, 2012 ; Whitehead, 2014 ; Young, 2013), en suivant
les divers modes de translater dans l’« en ligne » les pratiques cérémoniales du « hors ligne ».
Même si ces débats peuvent paraître attrayants et provocateurs, un regard vigilant nous révèle
qu’ils ne sont que l’écho de certaines controverses plus anciennes, nées en même temps que
l’explosion des programmes religieux à la radio et puis à la télévision. A l’époque, tout commemaintenant, les chercheurs ont remarqué les deux grands défis de la rencontre de la religion avec un
nouveau moyen de communication : le maintien du contrôle sur le dogme religieux et les dilemmes
de la participation in absentia aux grandes cérémonies religieuses. Ainsi, dans un texte classique, S.
M. Hoover (1998, p. 151) conclut : « la substance et l’essentiel de cette situation, c’est que les
institutions religieuses sont obligées de céder le contrôle sur leurs propres symboles en échange de
l’accès à la sphère publique ». Il faut remarquer le fait que, dans la relation télévision-religion, « la
télévision » suppose en fait deux acteurs : le support technologique et les institutions médiatiques.
Ainsi, plutôt que de voir une médiation du message par un certain canal, on se confronte avec la
médiatisation de celui-ci, par les filtres du système des médias de masse ; c’est-à-dire des
organisations (avec des procédures bureaucratiques de recherche, production et diffusion des
messages), des journalistes (avec des filtres rattachés à une culture professionnelle particulière) et
des parties prenantes (des institutions politiques jusqu’aux sociétés impliquées dans la
commercialisation et la marchandisation de ces messages). Le concept de médiatisation a été
développé dans la sphère des études des médias (Couldry, 2014 ; Livingstone, 2009 ; Lundby, 2009,
2014) pour ensuite se tailler une place et être également utilisé dans l’analyse du rapport entre la
religion et les nouvelles formes de communication sociale : dans les travaux de Stig Hjavard (2011,
2013), qui instituaient les médias comme force majeure dans la construction culturelle moderne, la
médiatisation « fait référence à un processus à plus long terme, selon lequel les institutions sociales
et culturelles et les modes d’interaction changent à cause de l’augmentation de l’influence des
médias » (Hjavard, 2011, p. 125). Dans cette perspective, la religion et les médias se trouvent dans
« une sorte de relation dialectique et il est impossible de comprendre tout à fait l’un sans faire
référence à l’autre » (Hoover, 2011, p. 613 ; voir aussi Herbert, 2011 ; Hirschkind, 2011 ; Lundby
2014 ; Lynch, 2011 ; Morgan, 2013).
La relation entre Internet et religion est pourtant une relation de médiation, car, dans ce processus
de communication, n’interviennent ni organisations, ni professionnels spécialisés dans la collecte, la
vérification et la dissémination des informations ou dans la création du divertissement. « La
socialisation de la compréhension publique de la religion » (Campbell, 2016, p. 4) n’est pas
construite par des institutions spécialisées (les industries culturelles), mais par diverses organisations
religieuses, par des croyants, par d’autres acteurs participant aux flux en question ; ainsi, l’autorité
religieuse est le produit d’une médiation technologique et d’une médiation sociale et culturelle,
n’étant pas atteinte par les facteurs institutionnels et culturels spécifiques à la médiatisation,
c’est-àdire à la construction sociale de la réalité dans et par les organisations et la culture des médias
(Coman, 2005).
L’influence de ce qui a été appelé media logic est visible également dans les formes de
participation et de vécu de l’expérience religieuse télévisuelle. De nombreuses études sur ce thème
ont été inspirées par le succès du télévangélisme américain et par la propagation par la télévision des
messages, des cérémonies et des vécus religieux dans l’espace domestique (Hoover, 1998, Newman,
1996) ou par les manifestations extatiques nées des messes religieuses mariant les éléments de la
télévision et les traditions des différentes religions (Cruz, 2009, Eisenlohr, 2017, Meyer, 2009).
Cependant, la conclusion de P. Horsfield (1984, p. 159) demeure valable : « la religion à la
télévision, par exemple, ne peut pas pleinement exprimer l’élément participatif de la foi et de la
pratique religieuse, l’impact émotionnel de la prière en silence ou les aspects théologiques inhérents
de la vénération et du mystère divin. Eliminant ces éléments, les médias vident la croyance religieuse
de son essence et la réduisent à des informations sur des événements religieux ou à des spectacles qui
peuvent être vus ».
Modèles théoriques
Dans l’une des premières études consacrées à la réflexion sur les recherches en la matière,
Dawson (2000, p. 26) montrait qu’après une étape d’identification du champ de la recherche et
d’étude des thèmes majeurs ainsi définis, il faut arriver à « l’exploration théorique et empirique de
la relation spéculée entre Internet et une nouvelle conscience religieuse émergente ». En ce sens,
plusieurs chercheurs ont essayé d’aller au-delà des cadres du déterminisme technologique et ont
proposé des modèles théoriques intégratifs, en mesure de remplacer la vision causale mécaniciste par
une autre, dialectique, basée sur le caractère actif de la réception de messages. Pourtant, les études de
cette facture s’inspirent des concepts et des théories de la tradition des études des médias et donc