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Projets en Action Sociale

De
240 pages
Dans le secteur social et médico-social, le législateur impose désormais que les associations, leurs établissements et services rédigent leur projet. " Projet thérapeutique ", " projet éducatif ", projet individualisé de l'usager ", évaluation et contrôle de la " qualité du projet "..., la question du projet est incontournable. Quels sont les enjeux et les spécificités du projet dans le secteur social et médico-social ? comment les associations de ce secteur s'emparent-elles de ces obligations ? Est-ce une opportunité de transformation et de changement ? Assiste-t-on à l'émergence de nouvelles valeurs visant à redonner aux individus et aux groupes sociaux plus de citoyenneté.
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Ouvrage coordonné par Chantal Humbert

PROJETS EN ACTION SOCIALE Entre contraintes et créativité

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Savoir et Formation dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault
A la croisée de l'économique, du social et du culturel, des acquis du passé et des investissements qui engagent l'avenir, la fonnation s'impose désormais comme passage obligé, tant pour la survie et le développement des sociétés, que pour l'accomplissement des individus. La fonnation articule savoir et savoir-faire, elle conjugue l'appropriation des connaissances et des pratiques à des fins professionnelles, sociales, personnelles et l'exploration des thèses et des valeurs qui les soustendent, du sens à leur assigner. La collection Savoir et Formation veut contribuer à l'infonnation et à la réflexion sur ces aspects majeurs.

Dernières parutions
Geneviève CHARBERT-MÉNAGER, Des élèves en difficulté. Claudine BLANCHARD-LAVILLE et Dominique FABLET, L'analyse des pratiques professionnelles. Jacky BEILLEROT, Claudine BLANCHARD-LAVILLE, Nicole MOSCONI, Pour une clinique du rapport au savoir. Monique LINARD, Des machines et des honlnzes. Luc BRULIARD et Gérald SCHLEMMINGER, Des origines aux années quatre-vingt. Gilles BOUDINET, Réussites, rock et échec scolaire. Daniel GAYET, Les peiformances scolaires, comment on les explique. Pascal BOUCHARD, La morale des enseignants. Claudine BLAN'CHARD-LAVILLE (dir.), Variations sur une leçon, analyse d'une séquence: "L'écriture des grands nombres". Annie CHALON-BLANC, Introduction à Jean Piaget. Patrice RANJARD, Préface de Gérard MENDEL, L'individualisme, un suicide culturel. Les enjeux de l'édition. Noël TERROT, Histoire de ['éducation des adultes en France. Jean-Louis LOUBET DEL BAYLE, Initiation pratique a la recherche documentaire. Gérard IGNASSE, Hugues LENOIR, Ethique etforlnation. Claudine BLANCHARD-LAVILLE, Dominique FABLET, Analyser les pratiques professionnelles.

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6968-X

SOMMAIRE

INTRODUCTION - Ch. Hulnbert.....................................

7

Cllapitre I - Enjeux et spécificités du projet dans le
~' e c te u,'" soc i a I. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Le

projet

COlnrne enjeu entre volonté

du débat associative

dén10cratique, 17 39 53 71 91 et politiques

J J Sc ha ii e r . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . ... ... . . . . ... . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Le projet:

soc i al es, J. P agè5'..

. . ... . ... . . .. . . ... . . .. . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Projet et délnarche qualité. Enjeux et conséquences luanagériales, D. Guaquère............................................ Projet d'école, projet d' établisselnent médico-social. Élélnents pour une approche contrastée, M Chauvière.....

Projets de ville et projets de vie, B. Berra!........................ Chapitre II - Les processus d'élaboration de projets Le projet: toute une histoire, Ch. Hunlbert La place des jeux de pouvoir dans l'accolnpagnelnent des démarches de projet, M Foudria! Écriture et projet, A. André Projet individualisé et référent. Des liens cOlnplexes, MJ Berger & Ch. Hu111bert Projets d'innovation et dynamique institutionnelle dans les dispositifs de suppléance falniliale, D. Fable!
~

101 115

133
151 167

Chapitre III - ProJ'ets et formation - Projets en formation
L'inavouable proj ection éducative, J.P Bigeauit...............
Projet adolescent et telnps, E.H Riard............................... Trajectoire socio-professionnelle, projet de formation et rapport à la forll1ation, M Foudria!...............................

187 195 221

LISTE DES AUTEURS

Alain ANDRÉ Marie-Josée BERGER Brigitte BERRA T Jean-Pierre BIGEAUL T Michel CHAUVIÈRE Dominique FABLET Michel FOUDRIA T Daniel GUAQUÈRE Chantal HUMBERT Jacques PAGÈS Emile- Henri RIARD Jean-Jacques SCHALLER.

INTRODUCTION
Chantal Humbert

La question du projet est au cœur de la culture des associations. Au-delà mên1e de leur objet, 'c'est un projet de société qui fonde les associations. Il y a 20 ans, dans le secteur du travail social, la seule perspective d'écrire un projet était in1médiatement associée au risque de « figer l'action». Aujourd'hui le législateur impose la rédaction du projet, dans Ul1mouven1ellt général de société où tout doit être projet au risque de ne pouvoir être reCOlillU d'être et exclu. Qu'il s'agisse du «projet individualisé de l'usager », du projet « thérapeutique », « éducatif»... d'un établissement, de l'évaluation ou du contrôle de la « qualité» du projet, désorlnais la questiol1 du projet semble être devenue une évidence. C'est précisément cette évidence qu'il nous semble indispensable aujourd'llui d' interro ger. Nouvelle mode? Nouveau langage? Nouvelles logiques? Nouvelles pratiques?.. Que recouvre actuellement ce concept? Quel sens prend-il dans le contexte d'une société qu'on dit « sans projet» et dans laquelle les exclus sont les citoyens qui sont «sans projet» ? S'agit-il d'une 110uvelleidéologie? Va-t-on vers un véritable « terrorisme du projet» ? Ou assiste-t-ol1 au contraire à l'énlergence de 110uvelles valeurs, d'une

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« culture de projet» visant à redonner aux il1dividus et aux groupes sociaux plus de citoyelmeté ? Qu'est-ce qU'UI1projet collectif? Utopie? Illllsion groupale? Soulnission pure et simple aux contrail1tes éconol11iques? Illjonctioll, paradoxale imposallt des 110rmes pour inllover? Entreprise de cllangelnel1t au service de l'individu, de« l'usager» ? Comment les associatiolls du secteur social et 1llédico-social traversent-elles cette période? Quels effets, ces nouvelles obligations produisentelles? Assiste-t-ol1 à U1le rigidificatiol1, à Ulle llormalisation des pratiques ou est-ce au c011traire une opportu11itéde changement qui se dessine? Le Ce11trede Fornlation Permanente et Supérieure de l'ANDES!!, s'adresse depuis lnaintenant vingt ans aux professioilllels du secteur social et médico-social. A ce titre, c'est un véritable observatoire des évolutions des Inentalités et des pratiques. Les formateurs qui y interviennent ne SOlltpas seulement des spécialistes de la psychanalyse, de la sociologie, de l'économie et des finances, du droit, de la psychosociologie... Par leurs illterventiolls auprès des professionnels, auprès des équipes de travail, auprès des équipes de direction, au sein l1lêlne des établissen1ents, ils ont aussi une connaissance du secteur socIal, de son histoire, de sa culture spécifique et de ses valeurs. C'est dans ce contexte que le projet de cet ouvrage collectif est né. Depuis plusiellrs années, les ouvrages théoriques relatifs au projet, les guides mét110dologiques, les ficlles techniques pour réaliser un projet d'établissement, fleurissent. En tant que formateurs, enseignants, intervel1ants, d'un Inêlne organislne, il ne s'agissait donc pas pOlIrnous de faire un livre de plus sur la tlléorie ou la
l

ANDESl

Européen

- Association Nationale des Cadres du Social - Rond - 63bis Bd de Brandebourg - 94200 - Ivry sur Seine.
8

Point

l11éthodologie de projet, n1ais de tel1ter de forn1aliser l10S expériences, 110Sobservatiol1s et 110Sal1alyses relatives à ce secteur social aux prises avec la questiol1 du projet.

Un con1ité de lecture a été constitué, cOlnposé de 7
l11embres : Brigitte BERRAT, Jean-Pierre FOUDRIAT, Dalliel GUAQUERE, Cllantal MUSIOL, Jacques P AGÈS. BIGEAULT, Michel HUMBERT Thierry

Un appel à communications écrites a été adressé à tous les formateurs de l'ANDES!. Au total, les 13 textes présentés dalls cet ouvrage abordent sous des facettes différentes cette questiol1 du projet dans le cl1alnp de l'action sociale: facettes juridique, sociologique, psyc110sociologique, psychanalytique. . ., à l'échelle de la société, des groupes et de l'individu. Nous avons tenu à garder cette vision qui ressemble en quelque sorte à celle d'un kaléidoscope. Pourtant, quels que soient les angles de vue, une lllêlne approche traverse ces textes: celle qui consiste à refuser d'envisager que des projets collectifs ou illdividuels puissent être réduits à la mise en oeuvre de procédures préétablies, de réponses formelles aux exigences du législateur ou des organismes de tutelle et de cOlltrôle. Les auteurs de cet ouvrage s'accordent tous à mettre ell évidence la dimension «complexe» du projet: à l'articulation entre le social, l'organisatiomlel et l'Ilumain, elltre cOlltrailltes et utopies. La mise en évidence de cette cOlnplexité Il' a pas pour fonction d'éviter de fourllir des réponses mais bien plutôt d'éviter de faire l'économie des questions. Dans les périodes où l'incertitude domine, la telltatioll de l'outillage et de l'efficacité peut être grande. Dès lors, les marchands de projets ne sont pas loin. Mais là où les réponses devielment reines, bien souvellt la pensée se lneurt. DallS UIl contexte où les valeurs d'efficacité et
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d'iI1génierie, de qualité 110rmalisée et d'excellence, d' opérationnalité ilnmédiate et de résultats tendent à primer, la lnéthodologie de projet n'est-elle pas pure instrulnentalisation, ultime tentative de 111aîtriseface à l'illsupportable de l'incertitude? Quelle place les cOlltrailltes actuelles laissent-elles à la recl1ercl1edu sens de l' actiol1, à la prise en COll1pte processus, à la l1lise des ell évidence et à l'analyse des écarts, au doute... ? Dans cet ouvrage c'est l'interrogation sur le cllangement qui est présente; changement envisagé comme un proce'ssus inscrit dans le temps et dans l'espace, dans les jeux de pouvoirs et les conflits, les contraintes et les espaces de liberté et de création. Peut-on en effet penser un projet qui ne soit pas projet de changement? Intervenir dans le secteur social et lnédico-social n'est-ce pas tenter de transformer des situations génératrices de souffrallce, d'aliénation, d'exclusion afin que les individus et les groupes retrouvent U11 de leur peu liberté, de leur possibilité d'expressioll et de création? Les 13 textes regroupés dans cet ouvrage sont organisés en trois chapitres. Dans le premier chapitre, les auteurs y traitent de la façon spécifique dont la question du projet se pose dans le cllamp de l'action sociale et de ses elljeux actuels. Les processus d'élaboration de projets seront abordés dans le deuxième chapitre. Enfin, le champ du dernier chapitre sera celui de la formation et de l'éducation.
LES AUTEURS

Alain ANDRE, est l'auteur d'ouvrages et d'articles didactiques consacrés à l'écriture littéraire, aux ateliers d'écriture et à l'écriture des pratiques professiolmelles. Il dirige la société Aleph-Écriture, organislne de formation et 10

d'illitiative culturelle spécialisé dalls l'écriture. Il COlldllità l'ANDESI des formations celltrées sur l'écritllre professiolmelle. Marie-Josée BERGER, psychanalyste, anilne de 110lnbreusesfornlations dalls le cadre de l' ANDESI, auprès des professionnels de l'action sociale et médico-sociale et au Sei!ldes établissements. Brigitte BERRA T, sociologue, enseignallteformatrice à ISIS-CREAI conduit des études et des recherclles sur les enjeux des politiques sociales et urbaines et intervient à ce titre dans les formations de l'ANDESI. Jeall-Pierre BIGEAUL T, psychanalys"te, a enseigné en Sciences de l'Éducation à Paris-X-Nanterre et dirigé le Centre de Réadaptation Psychothérapeutique (CEREP). Sa longue expérience institutionnelle lui a inspiré plusieurs ouvrages consacrés à une lecture psychanalytique de l'éducation: approche qui sous-tend les formations qu'il conduit à l'ANDESI. Micllel CHAUVIERE, sociologue, est directeur de recllerche au CNRS, membre du GAPP ( groupe d'analyse des politiques publiques) à l'ENS de Cachan. Depuis de nOlnbreuses almées, il COllduitdes travaux dans le domaine du social, du familial et du socio-judiciaire, du triple point de vue des acteurs, des médiations cognitives ou instrumentales et de l'action publique.. Il anilne régulièrement des conférences à l'ANDESI. Dominique FABLET, est enseignant-chercheur au département de Sciences de l'Éducation de l'Université de Paris-X-Nanterre. Dans le cadre du Centre de Recherche Éducation et Formation (CREF-EA 1589), il poursuit plus particulièrement des activités de recherclle, d'illtervention et de fornlation, dal1s le champ des institutions de suppléance familiale. Il interviellt régulièrenlent à l'ANDES!. Il

Micl1el FOUDRIA T, sociologue, enseignant à l'U11iversité Paris-XII, est spécialiste de la sociologie des organisations. Il a réalisé des analyses relatives aux jeux de pouvoirs et a c011duitdes délnarcI1es de projet et de cl1a11gement da11s différents types d' établisseme11ts sociaux. Il est respo11sablepour l'Université Paris-XII, de la coordination du partenariat avec l'ANDESI relatif à des fOflnations diplôlnantes (licence, maîtrise de sciences de l'éducation et diplôme de troisième cycle). Daniel GUAQUERE, psychologue, dirige l'association ANDESI et son centre de forlnation depuis 1991. Il conduit régulièremel1t auprès des cadres de l'action sociale et au sein des établisselne11ts, des actions de diagnostic et des actio11S de formation liées aux changements organisatiolmels. Cl1antal HUMBERT est directrice-adjointe de l'ANDESI. PsycI10sociologue, elle est responsable des formations sur site et conduit en particulier des actio11S visal1t à accompagner l'élaboration et la réactualisatiol1 des projets d'établissements sociaux et médico-sociaux. Elle

est d'autre part, chargée d'enseignement à l'université
Paris-X-Nanterre.

..

Jacques PAGES, avocat spécialisé dans le droit hospitalier, e11seigneà l'université Paris-II-Assas. Il exerce des fonctions de conseil auprès des associatiol1s du secteur social et est Inembre de c011seils d'adlninistration d'associatio11s. Il intervient dans les formations de cadres de direction de l' ANDESI depuis de nombreuses années. Emile-Henri RIARD est professeur de psychologie sociale à l'Université de Reims-Champagne Ardenne. Dans le cadre de ses recherches sur les adolescents dits « ordinaires» et « difficiles », il conduit actuellement une a11alyse comparative de la genèse du projet de vie des adolesce11ts marocains vivant au Maroc et en France. Il intervient à l' ANDESI sur ces questions. 12

Jean-Jacques SCHALLER, est lnelnbre du COllseil Scielltifique de l'association ItÎ11éraires, partellaire de }'ANDESI pOlIr la COl1duite de certaines actiollS de forl11atioll. Sociologue et 111aÎtre de conférellces à l'Ul1iversité Paris-XIII, il dirige le DESS «Politiques Sociales et Stratégies de Direction ». Il mène des recllerclles sur le sens des conduites des populatiol1s l11argi11aliséeset sur les modes d' illterventioll innoval1ts que développent les acteurs de l'action sociale.

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1

ENJEUX ET SPÉCIFICITÉS DU PROJET DANS LE SECTEUR SOCIAL

LE PROJET COMME ENJEU DU DÉBAT DÉMOCRATIQUE
Jean-Jacques Schaller

Le secteur social et médico-social .est confronté, depuis les arulées 70, à la notion de projet; concept à la lTIode, avant de devenir, dernièrement, une exigence réglementaire. Ce concept peut tout à la fois servir aussi bien à une réflexion socio-politique sur l'hon1me et sur la société, qu'être utilisé comme outil teclmocratique et être connoté de façon équivalente aux notions de programme, de plan d'action. .. Mais si l'on affirme que les mots donnent du sens à la réalité qu'ils recouvrent, alors l'elnploi du cOllcept de projet est bien plus qu'une simple facilité de langage. Et si le travailleur social constitue le champ de son intervention par le langage, que son discours, en schélTIatisant le réel, l'organise et le détermine, alors le cOllcept de projet est beaucoup plus qu'une convention sur laquelle il faut se mettre d'accord: c'est un enjeu! Il nous semble nécessaire, en un premier temps, de poser qu'un projet ne peut être défini par l'acteur luimême. Sinon le risque est de s'enfermer dans la conscience de l'acteur (ressenti fragmentaire) sans pour cela saisir le sellS de son action. Le projet doit être reconstruit en examinant l'ellsemble des rapports sociaux qui le constituent. C'est en cela qu'il est un enjeu! 17

Appliqué au secteur sanitaire et médico-social, le recours à ce concept correspolld le plus souvent à une représentation 11lorcelée et rétrécie du projet d'Actioll Sociale: un projet minoré, prisollnier de logiques simplifiantes et mutilantes qtli visent pIllS à orgalliser l'exclusion et/ou la nOflnalisation qu'à ouvrir sur le sens de l'actiol1. Or, ill1e saurait être dissocié d'une al1alyse globale des enjeux qui traversent notre société en profollde transformation sociale, économique et culturelle. Pour nous, définir le projet c'est l'examiner dans ce champ social en transformation et envisager SOIl illscriptioll dalls ces processus qui nous concernent. L'objet de cet article réside ell la tentative d'ulle déconstruction préalable nécessaire afin de retrouver les nouveaux enjeux sociaux portés par ce concept.
POSITION DE LA RÉFLEXION

La France - comme d'autres sociétés occidentales traverse un étrange «passage à vide». Et derrière la cacophonie trompeuse de l'information règne, en fait, un énorme silence, comme une panne de la production de sens. Notre société quitte, depuis les almées 1975, le cllalnp 11istoriquedes enjeux industriels pour se confronter à ceux des enjeux du champ postindustriel, du chalnp de la «société programmée» pour reprendre l'expression d'Alain Touraine (1973). La société programmée se distingue fondamentalement de la société industrielle en ce que ce n'est plus le rapport homme/nature qui est en son centre, c'est-à-dire la volonté de l'homme de dominer la 11ature,de produire des biens et des services matériels. La société programmée se caractérise, elle, par le fait que ce SOlltles rapports de comlTIunication entre les êtres humains qui sont prédominants. Est ell jeu un rapport 110mme/holnme, où la société est avant tout définie par sa 18

capacité d'agir sur les 110nlmes, c'est-à-dire, lIon pas sur leur travail matériel, luais sur leur persollllalité. Ainsi, VOYOIlS 110US apparaître Ulle société à la fois de

ratiollalisation mais aussi de liberté et d'affirmation du sujet illdividuel. Ces appels à des mouvements de défellse de la liberté du sujet sont des réponses à la capacité croissante d'elllprise de la société sur les illdividus par le fornlidable développement des industries culturelles par lesquelles notre personnalité est modelée. Deux logiques s'affrontent: l'une centrée sur le système de modélisation et l'autre centrée sur le sujet et sur la défellse de son individualité. La société progranlluée est le produit du rapport conflictuel entre ces deux nl0uvemellts : entre une domination culturelle du sujet et la reconnaissallce de l'altérité. L'appel au sujet, l'appel à la liberté, l'appel à la capacité de gérer sa vie et de défendre sa propre individualité est la source des formes de défellse collective d'aujourd'hui contre l'emprise de ces nouveaux appareils de modélisation culturelle, que ceux-ci soient politiques, économiques ou culturels. Face à un système produisant des messages de conformation unidimensionnelle et globalisante, le débat dénl0cratique doit retrouver toute sa force pour défendre le respect d'espaces de libertés individuelles. Dans ce contexte qui se déclil1e dans le secteur social et médico-social en crise économique, crise de légitimité, crise du système de protection sociale, l'Action Sociale est dévalorisée. La récession des orientations politiques de l'Action Sociale ramène le projet dans Ulle situation de projet minoré. La façon d'analyser cette crise n'est pas un simple choix scientifique, c'est un enjeu, au sellS de la l1écessité d'une prise de position.

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Economisme et Mythe Managérial Nous sommes dans une période où les cOlnptables SOllt devellus el11pereurs au 110m d'ul1e conception aseptisée et scientiste de l'éconolnie. Les catégories comptables ne SOIltqu'uIle création sociale qui s'ellraciIle dans toute l'épaisseur des appareils de pouvoir. En vertu d'un l1lécanislne irùlérent au discours, la cOlnptabilité est passée d'un simple i!lstrument de classification à l'explication et à la mise en ordre de la causalité. Ainsi, réduire la période de lnutation actuelle à une crise économique est un malentendu qui semble bien faire le jeu des prédateurs. Comment en parle-t-on? Moins de dix ans après la chute du mur de Berlin, le nl0nde est loin d'être réunifié mais bien au contraire éclaté. D'Ull côté, l'internationalisation des marchés et la diffusion nl0Ildiale de biens de consonlmatioll ; de l'autre, la montée des intégrismes et des nationalismes de tous ordres. D'un côté, les flux de la modernisation scientifique et technique; de l'autre, des religions, des communautés, des nations. D'Ull côté, le nl0nde de la production exporte du travail vers des pays où il n'est pas cher; de l'autre, il importe du travail peu onéreux au Sei!lmêlne de la société française. D'un côté, le Nord riche crée des nielles dans le Sud pauvre; de l'autre, il constitue ell son sein même des enclaves de pauvreté au delà de toute mesure. Folie pure que de dire que la seule issue est ce monde du marché alors que nous voyons la distance entre le Nord et le Sud devenir cOllsidérable et, dans notre sphère occidentale, les inégalités augnlenter et les formes de margillalisation se développer. Certains disent que les illégalités entre pays riches et pays pauvres se réduisent 20

par enricllissement des pays pauvres, grâce à cette globalisation du mOllde. Mais qui accède à cette richesse? Que faire face au n1arché Ino11dial? Que faire pour résorber le chômage? L'apologie du marché et de l'individualisme produit 1111selltilnellt d'insécurité et d'illcertitude face à Ulle cOlltradictioll inconcevable: la Inultiplicatio11des ricllesses et l'augmelltation des inégalités jusqu'à l'insupportable (un Inillion de RMIstes). La France est la quatrième puissance mondiale avec quelques entreprises qui se placent sur les marcllés Î11temationaux et font que le COlnmerce extérieur français enregistre des excédents. DallS un même temps, le chômage progresse, les salaires stagnent et les déficits sociaux et publics se creusent, ce qui produit un sentilnellt, pour une part de plus en plus forte de la population, de se se11tir abandonnée, vidée dans ses identités, dans sa culture, menacée dans ses intérêts et dans son avenir. Ces images se produisent dans une société qui, de l'avis de tout le monde, s'enricl1it globaleme11td'année en almée, ce qui rend l'insécurité encore plus intolérable. COlll1nelltles gells peuvent-ils comprendre que plus la société s'enrichit, plus ils ont du mal à vivre, que plus la modernité se développe, plus ils se trouvent réduits au strict nécessaire, touchant un salaire dérisoire pour un travail - insigne faveur - de plus ell plus précaire. Dans ce contexte, et tout naturellelnent, les Inéthodes écoll0miques tentent d'envahir le secteur social et Inédico-social. Le social est sous-évalué, tandis que l'économique est surévalué. Cependant personne ne nie les dimensions psychologiques et sociales de l'exclusion, de la lnarginalité, du handicap, mais l'idéologie rampante d'un éCOll0misme s'insillue de plus ell plus COlnme modèle central d'explication. 21

Aujourd'hui le cOlltrôle sur l'Action Sociale est lTIotivépour l'essentiel par Ul1epure logique éconollliste au détril1lent de la place accordée à l'évaluation du sellS véritable de ses missions. L'Action Sociale compte de lTIoinsen moins d'acteurs de telTain, et de plus en plus de
COl1trôleurs.

De même, dans le secteur associatif, combien de Conseils d'Administratioll se pronol1cent-ils sur d'autres aspects que celui de la gestion fin~ncière? Cette diminution de la production d'énergie en action sociale au bénéfice du contrôle financier souligne combien le secteur a perdu le sens de son action, de ses utopies génératrices d'énergie, bref, une certaiI1e idée du développelTIent social et personnel. Le projet ne peut se dégager de l'économisme 11égémonique qu'en se réinscrivant dans la dialectique des rapports sociaux. Normes, Commande Sociale et Demande du Sujet Les normes ne sont pas naturelles, elles ne découlent pas d'un déjà là sacralisé ou scientifique. Elles doivent être appréhendées comme le résultat transitoire de rapports sociaux, armistices, lignes de front ou frontières provIsoIres. Un projet qui n'implique pas le débat avec le système de normes présent, un projet qui se situe en aval COInme exécutant de règles préétablies, immuables et absolues, bref, un projet qui suppose la q~estion des normes réglée, est un projet qui S'il1scrituniquement dans la reproduction au service de l'ordre dominant.

Il ne s'agit pas de rejeter la dialectique~ ordredésordre au bénéfice d'un contre-ordre. Les positions critiques n'ont pas pour but de détruire, supprimer, -refuser, l'utilisation d'un système de llormes. Il s'agit de replacer ces repères dans le processus de construction de la société par elle-même, de considérer les normes dans leur fonction 22

de signalisatiol1 indispensable tnais provisoire des rapports SOCIaux. La critique des norll1es, le regard sur leur sellS et sur les elljeux qu'elles arbitrent est indispellsable pour qu'émerge un projet véritable, qu'il soit personnel ou collectif. Pern1ettre aux respol1sables d'illterveIltioI1S sociales de se situer dans le rapport elltre norlnes et COIlduites suppose qu'à tous les niveaux (llistorique, politique, orga11isationnel) soit opérée une critique du système de 110rmes en place. Un projet sans critique de ce système reI1force l'exclusion en ce qu'il naturalise la marge et se réduit le plus souvent à de l'ajustement, de l'adaptatioll, de la régulation. Ce n'est pas la nature de telle conduite ou de telle déficience qui les signifie comme anormales mais leur place daIls un système de norInes. L'on peut cOllformer en soulignant que tel comportement ne correspond pas à la Ilornle, posée dans SOIlabsolue sacralité. L'OIl peut teIlter aussi de se dégager de cette position en parlallt siInplen1el1t d'écart elltre norInes et conduites avec Ulle voloI1té de réduire cet écart en rendant le plus possible de conduites cOl1formesmais au prix d'ulle l11odification du système de 1lormes. La période de vide social, serait-elle une période d'all0mie, où les normes allciennes SOlltdéclliquetées et les llouvelles trop diaphalles pour être encore visibles? Rien n'est lnoins sûr. Les transformatiolls lle se font pas toutes seules, naturellement, sans mouvements sociaux. Le projet renvoie aux grandes options sociales, philosophiques et tlléoriques du InomeIlt. De fait, les fornles concrètes d'organisation, les objectifs opérationnels et plus généraux allnollcés, les rapports entre les acteurs expriment les valeurs sous-jacentes des concepteurs. A moills d'accepter de n'être qU'U1l dispositif de reproduction, si1nple courroie de trallsmission aux 23

populations lnarginales de l'idéologie des dominants, à 1110insde refuser à l'acteur sa parcelle de liberté, aux groupes sociaux, leur capacité de créativité et leur possibilité de contrôler leur action, le projet se réduit à la seule mise ell forme d'un mandat, d'une commaIlde sociale des dirigeants politiques et administratifs. En prelnière approximation, le projet d'interveIltion résulte d'un compron1is eIltre la cOInn1ande sociale et la demande des usagers. Or, l'acteur dominant porteur de la comnlande tente de légitimer ses orientations et de s'instituer dans une position hégémonique, par la construction d'une tlléorie naturalisante des besoins. La notion de besoill est une véritable tâclle aveugle. Les organisations qui structurellt le chalnp social doivent, pour survivre et se développer, tenter d'accroître des besoins ou plus précisément une demaIldequiestprésentéecomIneissuedebesoins.La tlléorie des besoins, en ne mettant pas ell avallt la dialectique commande/demande, fait comme si les réponses mises en place découlaient naturellement de nécessités définies. Nous savons qu'il n'en est rien. Dans la majorité des cas, les besoins sont mesurés à l'aune des réponses instituées existantes. Même si elle est le fait de dirigeants 1110dernistes(progressistes), la commande, en ce qu'elle il1stitutionnalise et fige les besoills, se retrouve toujours ell décalage de la demal1de revendicatrice des populatiolls
111arginal es.

Le projet Il'est pas simple réponse à des besoins. Il introduit une vision du monde, de la société et de l'homme, une inscription dans les rapports sociaux. Technocratie et Déficit Idéologique Le .projet constitue un enjeu institutionnel à l'intérieur de systèn1es d'interventioll en concurrence de pouvOIrs. 24

Dans le secteur social, il convient de distillguer clairelnent ce qui est de l'ordre des orientations politiques relevallt des élus et des forces sociales (Associations cOlllprises) -, de ce qui est de l'exécution et de l'adlllinistration, de ce qui est du contrôle et de la régulation et de ce qui est de l'ordre du savoir tecllnique,
Ol)ératio11nel.

Or, d'un coup, les pouvoirs publics s'appropriel1t le concept de projet et ell imposent la production écrite avant d'exprimer leur domination dans un non-savoir estampillé par une question sans réponse: « Quel est votre projet? ». Quel est votre projet? Voilà la question posée, rarelllent par illtérêt, le plus souvel1t avec suspicio11. Pris dans les réseaux d'intervention en C011curre11ce de pouvoirs, le projet deviel1t un concept bâillon qui invoque le consensus pour masquer les rapports de dOlllination. L'approclle simili-méthodologique fondée sur des illterrogations du type « quelles finalités? quels objectifs gélléraux ? à travers quels objectifs opératio1l11els? selon quelle programmation? avec quels moyens? compte tenu de quelles contraintes? et évalué comnlent? ..» ne représente que la quincaillerie du questionnement, certes lltile si 1'011 reste au niveau organisationnel, lllais qui 11e en perlnet pas d'accéder à autre cl10sequ'à une technologie du proj et. L'utilisation du concept de projet auquel 011adjoillt Ullqualificatif (pédagogique, personnel, institutionnel. .. ), revient en fait à parler de progratllme d'intervention avec quelques attendus relevant de la commande et la description des moyens mis en place. En effet, face à l'absence de visibilité sociale, s'e11gouffre un technocratisme ll1âtiné de libéralisllle économique. Alors, formons des lnanagers, des ingénieurs sociaux. . .. mais pas avallt d'avoir arrêté où nous voulons
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aller, quelles visées nous défe11dollS,de qllels rapports sociaux nous rêvolls, quelle utopie ll0US fait ll1arcller et vers quelle imaginatioll créatrice 110USllons. a Sinoll, qui seront-ils? Les gel1tils al1imateurs d'tln 1110ndede violence et d'injustice? Ils deviel1dront des experts en Inarketing social. Ils seront les gardes-cl1asse à la frontière de la société à deux vitesses. Nous ne répéterons jamais assez que les fillS et les 1110yens entretiennent un rapport anlbigu quand ils ne sont pas articulés dans un projet. L'absence de réel débat sur les finalités laisse la place aux stratèges de la reproduction renforcée où tOllt se passe comn1e si, ne sachant plus où aller, l'Action Sociale avait d'autal1t plus besoin de techniciens de tout ordre pour orgalliser le sur place. Cependant, il existe une teclmologie de l'intervention qlli est respectable. La définition des objectifs, la Inétll0dologie et la programnlation des actions, ainsi que l'évaluation, suppose un travail sérieux et digne de respect. Mais ce n'est qu'un travail de professionnel, qui ne mérite l1i ce « trop d'110nneurou ce trop d'indignité» qu'on veut parfois lui attribuer. Finalenlent, il suffit de ne pas masquer derrière les llouvelles ingénieries de l'intervention ce qui n'est que pratique norll1ative et de reproduction sociale, mais de revendiquer un travail social sérieux au service de la collectivité.
ESPACES DE DÉBAT ET DÉMOCRATIE

Recréer les conditions du débat afin de faciliter l'expressioll de rapports sociaux nouveaux, tel est bien l'enjeu actuel auquel nous devons nous confronter, face à Ull pays qui peine à formuler ses projets, à définir ses objectifs. Car, c'est par le débat et la négociation que pourront être défil1is les projets de denlain. 26