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Promenades autour de la temporalite

De
255 pages
Voici enfin du nouveau sur la temporalité, perception, notion ou apprentissage, sur les rythmes de l'activité ou de la pensée, la durée du présent ou de l'absence, le tempo individuel ou relationnel dans le travail ou les loisirs, chez l'enfant ou l'adulte, travailleur ou sportif, chercheur ou artiste... Dans la filiation des débats Einstein, Piaget, Fraisse et Zuili, de la Physique à l'Epistémologie, de la Psychologie scientifique à la Psychanalyse, l'auteur très documenté nous promet des suites très diversifiées.
Voir plus Voir moins

Nadine

ZUlLI

PROMENADES

AUTOUR

DE lA TEMPORALITE

Psychologie

scientifique:

à quoi, à qui sert la recherche

L'orme, arbre en voie de disparition, pourrait symboliser le Droit à la Connaissance, si fragile en ce début de siècle.

L'Harmattan 5-7, rue de rÉcole-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

cgL'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4312-9

PETITE

CHRONIQUE

DE NUIT (1973-1999)

Entendez-vous La petite musique de nuit de W.-A. Mozart ? Il faut ce qu'il faut quand il est question d'art ! Pour accompagner nos mille et une questions, Ne faut-il pas quelque préparation? Trève de plaisanterie, Non, docteur Schweitzer, n'est pas minuit! Et pas non plus l'heure du laitier. Connaître son rythme et l'assumer... Disais-en 1973 à la Télé Dans « Les grandes énigmes» de R. Clarke. Il n'était pas question de quarks; Mais de chercher à savoir, histoire de fous? Après quoi donc, tous, courons-nous? Physiciens ou photographes, Chacun y porta son paraphe. Pour finir, comme psy, je donnai la parole, A des enfants dans leur école. Je les questionnai sur le temps Qui passe et qui, psychologiquement, Leur donne à compter, pour certains, L'effet de l'activité des mains Ou l'art d'agir le lendemain... Alors que d'autres, moins nombreux, PAS PLUS HEUREUX NI PLUS PEUREUX, Ressentent en eux l'effort et le silence... Qui forment la patience! Qui donnent la connaissance ?
Il est temps que nous admettions Que ce n'est pas le temps qui passe, Mais nous qui passons...

INTRODUCTION

GENERALE

Cet ouvrage traite particulièrement de la temporalité, du temps vécu ou perçu et, tout d'abord, de la perception en général. La perception du temps, nous tenons à la distinguer de la notion de temps, en nous plaçant dans la filiation des débats entre P. Fraisse (pour la Psychologie expérimentale) et J. Piaget (pour l'Epistémologie génétique)1. Ce volume2 contient des textes publiés ou bien des communications en Colloques, Séminaires ou autres événements médiatiques interdisciplinaires. Nous abordons quelques-uns de nos « Thèmes temporels brodés pour une Université du Temps libre », autour du TEMPS, des RYTHMES et de la DUREE. Perception du temps des choses ou du temps des hommes, durée des apprentissages, rythmes et styles perceptifs et expressifs temporels, tempo spontané psycho-moteur, organisation des rythmes d'activité. Horizon temporel (passé, présent, futur)

2

Nous avons entendu les derniers ceux de Fraisse qui nous proposa, dans son Laboratoire.

1

cours dès

de Piaget à la Sorbonne le début de nos études,

et aussi d'entrer

Nous remercions vivement Annick Prévost, qui a bien voulu nous lire et

nous proposer des améliorations. Ce faisant, elle s'est sentie «jeune chercheuse», nous donnant le sentiment d'avoir atteint l'un de nos buts: « Que l'élève puisse dépasser le maitre... » ! Annick Prévost, psychologue clinicienne, psychothérapeute, fit sa formation à notre méthode d'Accompagnement interface Education Thérapie (A.E.T.) dont elle contribua à la dénomination. Cf. PREVOST A. et ZUlLI N.- Un accompagnement à l'interface Education Thérapie (1998). Cf. ZUlLI N. et PREVOST A. 1998.

Ni traité, ni enseignement académique, ces « promenades» se font autour de travaux évolutifs: recherche, enseignement ou formation, suivi clinique ou pédagogique dans l'accompagnement d'enfants ou d'adolescents en difficulté à l'école et d'adultes en reconversion ou en réinsertion. Réécriture de certaines de nos publications et de textes inédits, la plupart des chapitres sont précédés d'une introduction et suivis de commentaires reflétant l'évolution de nos pratiques et de notre conceptualisation. Le fil conducteur de la succession de ces textes est marqué par notre évolution professionnelle, singulière et peu répandue, de chercheuse en Psychologie scientifique devenue praticienne de la Psychanalyse. Partage des connaissances, ouverture de la recherche fondamentale sur la recherche-action, pour des applications utiles à partir de découvertes dites théoriques, mais aussi pour de nouvelles recherches à partir des bonnes questions de praticiens? comment traiter du subjecti~ de l'affectif ou de l'émotionnel sous-jacent à toute perception ou action, apprentissage ou mémorisation, sans glisser dans les recettes basées sur des affirmations gratuites. Dogmatiques, de telles recettes sont sous-tendues par des prosélytismes idéologiques qui avancent masqués sous des étiquettes promettant le bonheur, l'harmonie ou même la longévité... volume: «Promenades autour de la temporalité, Psychologie scientifique: à quoi et à qui sert la recherche », Ce devrait traitant être suivi de volumes de : Pédagogie:
».

Il s'agit d'explorer

un domaine

complexe:

portant

le même titre général

et

« Psychologie

clinique: comment fait-on la recherche ».
fait-on de la recherche entre

« Psychologie,

Ecole et Entreprise

8

Promenades à travers des thèmes brodés. .. Broderie comme dans la tradition artisanale en Afghanistan, dont l'histoire commence avec le souci de « cacher un trou dans un manteau1 de berger ». Sublimation? Broderie comme dans le livre de Marie Cardinal: « Le passé empiété» où elle « tire les fils, les tisse» et réarrange les « points de couture» traditionnels en y mettant du rouge quand son « écriture thérapeutique» l'exige. Ne dévoilons rien de la mise en scène de Marie Cardinal qui, en « innovant pour l'à-venir... », se trouve en prise avec notre conclusion sur « l'histoire de nos premières perceptions »2... Avant cette introduction générale, on peut lire notre Petite
chronique de nuira Ce poème scientifique reflète nos premières découvertes des années 60 évoquées à la Télévision4. Une publication5 relate cette émission interdisciplinaire sur la temporalité.

1

le manteau

en peau

de mouton

retourné

est indispensable

dans

les

montagnes 2
3 4

afghanes.

Encyclopédie Lidis 1977.

ZUlli

N.- Petite chronique

de nuit, Arts & Psyché

2000.

Pourquoi courons-nous après /e temps? Emission Les grandes Enigmes de R. Clarke et N. Skrosky, Avril 1973. Question posée à un physicien, un Qhysiologiste, un photographe, un journaliste et une psychologue.
S

ZUlli N.- Temps des choses, temps des hommes,
Psychologie médicale, SPEI, Paris

Expression

et

Signe,

1974.

9

QU'EST-CE

QUE

PERCEVOIR

1

Introduction Ce chapitre de l'Encyclopédie Lidis, nous fut demandé en 1976 par Madame Yvonne CASTELLAN2 qui souhaitait qu'il eût dix ans d'avance' En 2002, nous ne le croyons pas périmé. Pour ce chapitre, nous avons sollicité des spécialistes: Guy Tiberghien, sur les sensations, Daniel Martins sur la motivation et Geneviève de Parseval sur l'ethnologie et la clinique3. Notre contribution à Lidis, seule rapportée ici, traite de : La perception en psychologie: genèse ou structure La perception en psychanalyse: genèse et ruptures La mère, médiateur indispensable d'une bonne perception du monde. Nos travaux sur la temporalité, objet de ce volume, apparaissent dans ce chapitre sur la Perception comme un des concepts: structuration et développement - affects et représentations - réalité externe et interne - privations sensorielles normal et pathologique régulations temporelles.

*

1

Cf.- ZUlLI Les trois

N.- Univers
professeur

de la Psychologie
à l'Université

normale, peuvent

vol. Il, Encyclopédie
(Paris XIII).

Lidis 1977. 2 Y. Castellan,
3

de Villetaneuse

chapitres
Lidis.

de ces

collègues

être

consultés

dans

l'Encyclopédie

Qu'est-ce que percevoir
LA PERCEPTION EN PSYCHOLOGIE: STRUCTURE OU GENESE Percevoir c'est rechercher, plus ou moins intentionnellement, des informations afin de prévoir les changements ou les constances, anticiper les séquences d'événements ou maÎtriser les situations.
TROIS OPERATIONS FONDAMENTALES

Discriminer des différences ou des variations, identifier des objets ou des événements, telles sont les deux activités perceptives fondamentales qui exigent un processus de décision du sujet dans l'exploration du monde. Etudiées séparément, ces deux opérations mentales sont en fait très liées entre elles et il est souvent difficile de dire laquelle précède l'autre 1 . Pour discriminer, il faut pouvoir comparer deux ensembles de stimulations ou bien comparer une stimulation présente avec un modèle absent (une représentation). Pour identifier, il faut pouvoir se référer à des ensembles de catégories, à des concepts, des répertoires d'objets, de formes, de couleurs ou à des « quantités continues ou
discontinues d'espace ou de temps »2.

Le système visuel et la vision binoculaire repèrent le contour et la forme, la couleur et la profondeur; complétés par une activité intellectuelle de codage, ils sont conditionnés par un développement affectif. Ce dernier est indispensable à l'accès au langage, utile aux catégorisations qui nous font passer de la sensation à la perception.
1

Lorsqu'on

reconnaît

une personne

au loin,

parmi

d'autres

non connues,

il

y a simultanément des identifications: « Je la repère visuellement, je dénomme» et des discriminations: « je compare sa taille ou la couleur ses cheveux à celles d'une autre personne qui se trouve à côté d'elle». 2 Dénomination de base des travaux de Piaget. Il fut d'abord zoologue sa définition de l'intelligence se fonde sur l'idée d'adaptation l'environnement.

la de et à

12

La perception, « d'invention, dans à signification ou activité générale d'objets pouvant tensions, heurter

moment» du comportement d'intégration et un univers d'objets changeants, complexes, promesse bénéfique ou maléfique, est une d'ajustement de l'individu à un monde ou non satisfaire ses désirs, réduire ses ou valoriser son moi.

LES CONDITIONS

DE STRUCTURATION

DU PERCEPT

Les propriétés du système nerveux déterminent bien évidemment la forme et le contenu des perceptions. Ensuite, la personnalité, l'apprentissage, la motivation interviennent pour modifier et notamment altérer l'acte perceptif. Dans la mesure où la perception facilite l'ajustement à l'environnement, on conçoit qu'elle dépende aussi de l'orientation de l'attention. Le seuil perceptif lui-même varie suivant le niveau de préparation du sujet: on perçoit mieux et plus ce qu'on connaÎt, ce qu'on attend ou redoute. La fréquence des rencontres avec l'objet permet la formation d'un répertoire d'expériences qui influence la perception ultérieure. La probabilité subjective que l'objet soit perçu est plus importante que la probabilité objective. Ce que Francès appelle « effet de contexte» définit une perception à partir de l'environnement, du début, des moyens, des consommations et des frustrations dont elle est l'objet. Il y a interaction entre contexte et contenu perceptif. En tant qu'elle est connaissance de l'objet en référence à un champ sensoriel (Piaget), la perception évolue avec les attitudes et la personnalité. Schématisation, sélection ou sensibilisation perceptive sont des mécanismes de défense (Fraisse) aboutissant à une modification de seuils (intensité ou durée de stimulation), à une réorganisation, en fonction des choix ou des rejets, de la demande interne du sujet à l'égard du milieu externe (Ombredane).

13

Face aux objets concrets du milieu, on peut inférer chez le sujet des états de satisfaction, d'anticipation qui ont un caractère passager.

LE DEVELOPPEMENT

PERCEPTIF

La complexité de l'organisme et son autonomie à l'égard du milieu vital augmentent avec l'évolution des espèces. Les relations avec le milieu s'exercent grâce à des mécanismes intermédiaires de plus en plus nombreux et compliqués. La connaissance est l'un de ces mécanismes, l'exploration de l'environnement étant d'autant plus utile que la probabilité est faible de rencontrer des objets satisfaisants. Les facteurs héréditaires détermineraient les limites et les capacités perceptives (Solley et Murphy), ces limites pouvant être également liées à l'environnement (conditions de stimulation), aux modalités sensorielles (vision centrale ou périphérique) ou encore aux états du sujet (hasard des impulsions). La perception serait ainsi une construction Pour Piaget la perception est essentiellement figurative, mais les apports de l'intelligence, définis au long du développement de l'enfant, concernent plutôt les actions que les objets ou les situations (correction rétinienne de l'image). A six mois, il existe une constance perceptive de l'objet malgré le changement de position de celui-ci (le biberon renversé est toujours un biberon). A neuf mois, la permanence de l'objet perçu signifie que, s'il est caché sous un écran, une couverture, le biberon est recherché par l'enfant qui en a une «image », trace de l'objet ou effet consécutif du mouvement du bras qui cache l'objet. De six à huit ans se constituent les «constances» de grandeur et de distance puis, vers douze ans, les conservations des quantités perçues. La masse de la boule de glaise reste identique quand elle est transformée en saucisson; le volume de sirop est le même malgré la contenance et la forme différentes du verre. 14

DICTIONNAIRE

INTERSENSORIEL

: UN PRELANGAGE

Les mécanismes perceptifs essentiels évoluent en fonction de l'âge; l'exploration, qui dirige les mouvements oculaires, les poses et contractions du regard, dépend de l'intelligence et de la capacité d'attention. La perception globale (Decroly) est corrélative de celle des petits détails: quand une forme est complexe ou mal structurée, l'enfant s'attache plus à ses détails que lorsqu'il s'agit d'une forme forte et simple. Chez l'enfant de quatre ans (Bryant), la capacité de comparer, de faire des inférences déductives et peut-être même d'opérer des transformations sur les images, existerait déjà dans la perception, sinon dans le langage. Par exemple, il y aurait une sélection des informations pertinentes: l'orientation vers le haut et vers la droite permet d'accéder à la notion haut-droit, à partir des expériences antérieures (Gibson) mais aussi en fonction de l'activité mnémonique ou du poids des effets de contexte. Par ailleurs, dès avant douze mois et même encore un peu plus tôt, on pourrait montrer l'existence d'un prélangage ou «dictionnaire intersensoriel» (Bryant) associant trois modalités conjointes telles que le tact, la vue et l'audition 1. Il est à peine nécessaire d'ajouter que la perception externe obéit aux facteurs sociaux, culturels et linguistiques et aux habitudes perceptives. A l'intérieur du sujet, plus vagues et moins susceptibles de vérification expérimentale, sont l'auto-observation, la rêverie, la planification de l'action. Le problème reste posé du lien et de la compatibilité entre perceptions endogènes et exogènes.

Parmi les auteurs évoqués, dont le nombre nous était limité à l'origine par les producteurs de l'encyclopédie, Bryant a une place spéciale pour son apport, tout à fait nouveau à l'époque (1974). Pour la première fois il était dit, à partir d'études très sophistiquées, que le très jeune enfant présentait des compétences perceptives déjà complexes. Cf. également Neubauer P.B.- Exceptionallnfant.

1

15

Quelqu'un dont on entend souvent la voix à la radio, sans l'avoir jamais vu, peut paraÎtre bizarre quand on le voit pour la première fois, par exemple à la télévision. La silhouette, associée imaginairement à une voix ne correspond plus au personnage imaginé. Le sentiment d'étrangeté du moment fait penser à une dissonnance cognitive (Poitou).

LA PERCEPTION RUPTURES1

EN PSYCHANALYSE'

GENESE

ET

L'orientation dans le monde se fait grâce à la distinction intérieur-extérieur, «dedans-dehors », à la conscience qui doit utiliser l'expérience musculaire pour différencier perception et projection. Pour la psychanalyse, la perception est le moyen de vérifier la réalité (externe ou interne). C'est aussi le conflit entre désir inconscient, puissances extérieures ou intérieures qui imposent le refoulement et enfin réalité de l'appareil psychique. Le monde intérieur, imaginaire, illusoire, est distingué du monde extérieur, objectif ou « réel », à partir des « Principes du fonctionnement mental» (principe de plaisir et principe de réalité) de Freud. Le sujet, actif ou passif, cherchant le plaisir ou évitant le déplaisir, explore le monde et s'en distingue. Freud postule l'existence d'une fonction de protection contre les excitations externes dont l'afflux risquerait d'agresser l'organisme. L'image est celle d'une goutte de cytoplasme qui, pour vivre, doit s'entourer d'une membrane protectrice, sélective pour les stimulations du milieu qu'elle filtre.

Dans la zone interdisciplinaire de Psychologie générale, génétique ou clinique, il est intéressant de consulter la thèse de TRAN THONG qui compare les stades du développement et leur succession « nécessaire» ou non dans le temps, chez Piaget (l'intelligence de l'enfant), Wallon (les émotions et les types moteurs chez l'enfant) et Freud (la sexualité orale, anale ou génitale).

1

16

Objectivement, l'appareil nommé pare-excitations est constitué par les terminaisons nerveuses périphériques et sensorielles qui ne transmettent, à l'intérieur de l'organisme, que des fractions de l'excitation externe. Chez l'enfant, la mère joue le rôle de pare-excitations, favorisant les contacts acceptables et évitant l'excès ou le stimulus douloureux. Par extension, le pare-excitations revêt pour Freud une signification psychologique pure: le jeu de l'investissement et du désinvestissement du système Perception-Conscience crée un véritable fractionnement du prélèvement perceptif sur le monde, analogue à l'inexcitabilité périodique des nerfs qu'étudie la physiologie. Par ailleurs, en proposant à l'enfant un répertoire d'expériences et de contacts, la mère permet de discriminer les zones érogènes (orale, anale, génitale) sur le mode du choix (incorporation), du rejet (expulsion, projection, défenses) et du conflit (libido). Mais cette spécification, favorisée par des phénomènes transitionnels1 (soins, jeux), se fait en association avec le développement de la vision, de l'audition, du tact, nécessaires à l'intégration de la libido (sexuelle et agressive).

L'AFFECT

ET LA PERCEPTION

Le développement pulsionnel, pulsion de regarder par exemple, va comprendre plusieurs moments: activité dirigée sur l'objet étranger, abandon de l'objet et retournement sur le corps propre (passivité), mouvement du sujet pour être regardé par l'autre (importance du dialogue « œil à œil). Ce dernier temps est favorisé par le jeu, avec son prolongement dans l'appel à l'autre, dont l'absence amène le sujet au retour sur soi et favorise la constitution d'une image rémanente. La perception diffère des représentations, même intensément mémorisées; ce décalage décrit notre relation au monde extérieur.
1

WINNICOTT

D.W.- Jeu et réalité. 17

Cette capacité perceptive n'est pas possédée par l'enfant au début de la vie psychique. « Nous hallucinions l'objet satisfaisant quand nous ressentions le besoin de celui-ci, puis il y eut abandon de la satisfaction hallucinatoire pour l'épreuve de réalité. Reste à savoir comment... »1. Ainsi, le besoin de l'objet précède la représentation par le mot, ce dernier étant l'indice de la perception. L'objet est investi avant d'être perçu (Freud). L'affect (investissement) peut être éveillé soit par la perception externe (possibilité d'un danger), soit par la représentation (évocation d'un fantasme construit dans la psyché) (Green). l'éveil dû à l'affect accompagne la tension croissante et la décharge. Ainsi, d'une part, dans la réalité externe et le monde extérieur
deux ordres de faits sont reliés: la perception et l'acte;

d'autre part, dans la réalité interne et le monde intérieur: la représentation et l'affect. la perception externe serait le pivot de l'affect dans sa fonction anticipatrice; l'attente angoissée de la mère par le nourrisson, comme signal d'angoisse et fonction d'externalisation, oblige l'enfant à trouver au dehors les signes annonciateurs d'un état de danger du dedans (Freud).

1

WINNICOTT

D.W.-

Les

processus

de maturation

chez

l'enfant.

18

REALITE

EXTERNE

ET INTERNE

Pour Freud, la réalité matérielle ne se confond pas, on l'a vu, avec la réalité psychique qui a une forme d'existence particulière: les désirs inconscients. Les modalités typiques de cette réalité sont les « scénarios», notamment le roman familial que se construit l'individu. Freud refuse les fantasmes comme dérivés des souvenirs réels et comme expression imaginaire masquant la réalité. D'une part, des fantasmes dits originaires, schémas inconscients, seraient transmis héréditairement. D'autre part, des fantasmes conscients (ou inconscients) résulteraient plutôt de choses entendues, tandis que les rêves résulteraient de choses vues à la période préhistorique (enfance de l'individu). Les psycho-névroses, elles, émaneraient de scènes sexuelles vécues à la même époque infantile. L'obsession est ainsi décrite par Freud: « La perception de A provoque l'émotion, une idée ou représentation d'effet exagéré; B, idée désagréable et justifiée, est refoulée ». Les sensations et sentiments du dedans (processus intellectuels) deviennent des perceptions par l'intermédiaire des représentations verbales. Lorsque la pensée est en état de surcharge, les idées sont réellement perçues comme venant du dehors (hallucinations) et donc considérées comme vraies. Le psychique, tout comme le physique, n'est pas en réalité ce qu'il nous apparaÎt, bien que la correction soit moins difficile pour les perceptions internes que pour les perceptions externes (illusions). Les perceptions internes appartiennent essentiellement aux séries plaisir-déplaisir et ont une importance dans l'économie pulsionnelle. Elles se manifestent comme une force conductrice sans intervention du moi. Les objets internes sont moins inconnaissables que le monde extérieur. La mère, premier objet investi, serait le premier objet « perçu» (Freud).

19

PSYCHANALYSE

ET PSYCHOLOGIE

Des objets-choses aux êtres animés, psychologie et psychanalyse apportent des résultats différents en termes de traitement de l'information ou de régulation des affects. Si les « choses» ont une existence cosmique, physicochimique, indépendante de l'homme, c'est bien l'homme qui en fait l'étude grâce à son activité mentale et qui leur donne ce statut de choses. Et si c'est encore l'homme adulte qui entreprend la « connaissance» du monde, et notamment la science de la perception1, c'est bien comme petit enfant que l'homme commence à explorer ce monde. Ses yeux et ses mains, après sa bouche et son nez, vont, avec ses oreilles et la peau de tout son corps, goûter, apprécier ou craindre cet environnement complexe qu'il semble recevoir de façon passive. Les informations nombreuses qui vont stimuler ses sens seront découvertes progressivement, sous forme de sons ou de couleurs, éprouvées en chaud et en froid, distinguées, dans le proche ou le distant, en net ou en contraste. Dans cet espace réduit, plus ou moins stable et riche en variations de contenu, le nourrisson fait connaissance avec le mouvement des choses ou des êtres qui, dès les premiers échanges, lui font rencontrer des résistances, des obstacles ou bien des silences. La genèse psychologique des objets et la psychophysiologie des sens (vue, toucher, aboutissant dans les premiers mois aux coordinations musculaires et à la vision binoculaire) sont mises en parallèle pour définir la dimension intérieurextérieur (Balint). Ainsi, la vue, le toucher, l'ouïe permettent de situer, de construire l'objet à l'extérieur du corps, tandis que les odeurs, saveurs concernant les substances, et non les objets, sont localisées à l'intérieur. La sensibilité thermique est intermédiaire entre l'intérieur et l'extérieur, ainsi qu'entre les différents sens, suggérant mélange et même confusion, entre le moi et l'environnement. L'air serait le prototype des substances aconflictuelles assurant l'indistinction intérieur-extérieur.
1

Même

si, pour
il s'agit

l'Astronomie,
toujours

l'instrumentation
de la perception dite

est
« armée

de plus
».

en plus

sophistiquée,

20

Les contenus de l'intestin venant de l'intérieur du corps sont rejetés à l'extérieur, tandis que le lait maternel, d'abord externe, est incorporé par le nourrisson comme matière ou substance, mais aussi comme objet repéré dans un « espace ami» (Balint). Au cours des deux premiers mois, le nourrisson « perçoit» le sein ou le biberon s'il a faim. Mais, s'il est submergé par un état de déplaisir (il crie parce qu'il a faim), l'activité de décharge prédomine et enraye la perception du sein-biberon satisfaisant. Les perceptions internes, sensations de plaisir ou de déplaisir, modulent la qualité des relations que le nourrisson entreprend avec sa mère.

LA PREMIERE

RENCONTRE

DE L'ENFANT

AVEC LE MONDE

La nature et la fréquence de leurs « rencontres », lors de soins ou contacts divers, vont déterminer les chances de faire coïncider, chez l'enfant, l'état de besoin interne (la faim) avec le signal externe de satisfaction (le biberon ou la voix de la mère) et aussi de mettre en présence la force pulsionnelle avec un objet de désir ou un but anticipé. On ne peut séparer l'affect de la perception; on ne peut recevoir quelque chose de bon de l'extérieur sans le désirer, l'attendre (l'investir), y être préparé ou, même, souffrir d'autres besoins concurrents ou bien de craintes envahissantes. Si la voix de la mère n'est pas suivie dans le bon délai de son apparition, l'anticipation produit un désagrément ou de la détresse. Les diverses stimulations sont associées en un ensemble non encore structuré ou analysé (Vurpillot), de sorte que la présence des unes fait anticiper les autres. Le lait, reçu en même temps que de nombreuses sensations éprouvées lors de l'ingestion du lait, s'intègre peu à peu dans un ensemble de perceptions complexes, « tableau sensoriel» de Piaget ou « stéréotype dynamique» de Pavlov. 21

Les sensations des trois organes perceptifs secondaires, présents à la naissance (main, labyrinthe, peau), sont subordonnées au système perceptif primaire (cavité orale). Opérant conjointement, les modes sensoriels ne sont pas encore différenciés; les sensations se mêlent, « saisies» par le nouveau-né comme une situation unifiée avec caractère d'absorption, d'incorporation (Spitz). Mais la perception est action (incorporation) du moi qui échantillonne, « goûte» l'environnement. Les comportements appétitifs (crier parce qu'il a faim) seraient également consommatoires (commencer à manger) tout au début de la vie 1 . Peu à peu l'acte consommatoire sera retardé par rapport à l'acte perceptif, agent de survie (qu'il soit appétitif ou défensif). L'association conditionnée entre succion et mouvement de la main, dans un même rythme, aboutit à l'auto-perception (l'enfant se voyant entrain de téter) et à la proprioception (sensibilité des organes profonds de la vie de relation, muscles, ligaments et os). Les signaux venant de l'extérieur sont reçus par la peau ou les organes des sens; les signaux venant de l'inférieur correspondent à la sensibilité des organes profonds et des viscères. Dans les premiers mois, différents signes ou signaux sont reçus par l'enfant: l'équilibre et la posture, la tension, musculaire ou autre, la température, le contact cutané et corporel, les sonorités, les tons, les résonances, les vibrations et le rythme (espacement entre événements et durée de ces événements ou tempo personnel). Mais les propriétés de la situation « objective» supposent une intensité et une durée dépassant un certain seuil pour être perçues par le nourrisson.

1

On peut

penser

à l'action

de

prendre,
22

dans

la bouche

ou sur la tête,

et à

l'action

d'ap/prendre...

ACUITE

PERCEPTIVE

ET EPREUVE

DE REALITE

L'acuité perceptive du nourrisson n'atteint pas le trentième de celle de l'adulte et les stimulations intermittentes sont chez lui préférées aux stimulations continues. Les tableaux sensoriels ne semblent pas persister au-delà de cinq à dix secondes et les réponses ne surviennent qu'après de longs délais ou pour de fortes stimulations, à des seuils élevés (Vurpillot). Vers quatorze à dix-huit semaines, les coordinations sensorimotrices complexes (vision, préhension) se mettent au point, et on peut parler de structures perceptives plutôt que de « pouvoir» d'appel et de réception. Les formes du visage humain sont perçues et mémorisées; les informations enregistrées sont plus nombreuses et conservées plus longtemps. Le cadre de référence présenceabsence qui décrit dans le temps les interactions de l'enfant avec sa mère, devient la matrice des régulations temporelles perception-action (Zuili). Ce sont ces régulations qui nous semblent préfigurer, dans les oscillations de l'affect, l'accès au réel et la constitution de l'objet. Grâce à des expériences répétées et réussies, lors des échanges du nourrisson avec sa mère, les discriminations se font peu à peu entre les différents éléments du tableau sensoriel. Lait et mère ou personne autre qu'elle, mère « avec lait» ou « sans lait », vêtue de rouge ou de bleu, parlant fort ou non, manipulant l'enfant vite ou lentement, le tenant de façon plus ou moins rassurante dans ses bras. La mère serait la principale source de renforcements sociaux positifs ou négatifs (Le Ny). Récompenses ou sanctions prodiguées par la mère, en réponse aux conduites précoces du bébé, ces renforcements externes seront peu à peu remplacés, dans le meilleur des cas, par des autorenforcements ou des appréciations ou même des décisions autonomes. Il s'agit de choix inconscients régis par le principe de plaisir et le principe de réalité, en adéquation de l'expérience interne avec l'expérience externe.

23

L'épreuve de réalité consiste à déterminer la source de la sensation interne ou externe, puis à formuler la cause de la constitution de l'objet, pour enfin se demander sa signification: qu'est-ce que cela signifie pour moi? La découverte du sens est suivie d'une quatrième étape qui consiste à trouver la réaction appropriée à la sensation perçue. Selon Balint, une autre épreuve de réalité concernerait nos affects: nos émotions, nos sentiments, ont-ils une cause externe ou interne. Seraient-ils une réponse appropriée aux conflits (attrait ou évitement) avec les autres ou avec soimême? Les perceptions peuvent donc être aussi - même pour le petit enfant - sources d'illusions, confusions, hallucinations. Limitées par l'épreuve de réalité propre à son âge, elles peuvent aboutir à des projections à l'extérieur de ce qui est pénible ou à des introjections à l'intérieur de ce qui est bon.

LA MERE, MEDIATEUR INDISPENSABLE PERCEPTION DU MONDE

D'UNE

BONNE

A partir de la quatrième semaine chez le bébé, le seul percept à distance qui provoque une réponse est le visage de l'adulte; il sert de transition de la perception par contact à la perception à distance. Le système diacritique, qui permet les discriminations, va remplacer l'organisation cœnesthésique primaire, sensibilité diffuse des tissus et organes, aboutissant à la distinction Moi/non-Moi. Le bébé, lorsqu'il est au sein, fixe sans discontinuer le visage de sa mère qui est vu plus souvent que tout autre et donc plus familier. La mère constituerait, on l'a vu, le premier objet perçu parce que le plus régulièrement retrouvé et le premier investi. Vers six à huit mois, l'angoisse peut apparaître à la vue d'un visage étranger.

24

Ces premières réactions indiquent que l'enfant a une image relativement stable et sécurisante du visage de la mère qu'il attend, perd et retrouve sans cesse. Peu à peu, les interactions avec la mère, diversifiées et déplacées sur d'autres personnes, qui la «représentent» symboliquement, se distribuent dans le temps de façon plus ou moins constante et stéréotypée. La forme temporelle de ces échanges parait être le cadre de référence qui permettra à l'enfant d'anticiper les rencontres, d'espérer les nouvelles satisfactions à partir de ses expériences passées, agréables ou non. Cela permet aussi d'organiser des conduites d'évitement utiles et des mécanismes de défense, suffisamment efficaces face aux expériences désagréables ou aux frustrations limitées. La relation mère-enfant et son climat émotionnel ont le rôle principal d'organisateur de la perception de l'objet d'amour, prototype de toute perception extérieure des choses (Spitz). La mère serait, on l'a dit, l'objet libidinal par excellence, dans un environnement dont le nourrisson ne perçoit d'abord que les variations d'intensité lumineuse, puis les densités relatives de couleur des objets et les mouvements. Les échanges vécus par lui, suites d'excitations et de décharges conduisant à des états de tension ou de détente, l'amènent à distinguer ce qui est réel de ce qui ne l'est pas, dans tout ce qui peut être touché, vu, entendu ou éprouvé comme réel. Cela reste difficile à trancher. Winnicott montre que la mère doit faire découvrir à son enfant le monde à petites doses et permettre, à la suite d'expériences de grande intensité affective, de le conduire à une perception exacte du monde intérieur.

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LA REALITE PERÇUE:

LE NORMAL ET LE PATHOLOGIQUE

Privations sensoriel/es L'aspect pathologique de ces premières relations constructives apparaÎt dans l'étude des privations sensorielles précoces: ou bien l'activité perceptive a été empêchée chez l'animal jeune ou bien elle s'est trouvée accompagnée d'expériences affectives trop intenses. Le développement perceptif présente alors des lacunes ou des distorsions qui contaminent le développement mental et la distinction entre le réel et l'imaginaire, entre réel externe et réel interne. L'étude des privations sensorielles, chez des aveugles-nés opérés par la suite, conduit à envisager la perception visuelle comme le résultat d'un apprentissage ET d'un engagement affectif indispensable donnant le désir de voir. Pour les nourrissons de une à quinze semaines, comme pour les patients opérés, ce qui est d'abord perçu c'est la

différence entre les formes ou les grandeurs. La
discrimination précède l'identification1. L'absence de barrière contre les excitations trop fortes amènerait l'enfant à des déviations dans les communications avec la mère, ce qui a une influence sur le développement de l'appareil perceptif et sensori-moteur (Neubauer). Il en est de même chez certains animaux testés dès le début de la vie, notamment les poussins. La vérification expérimentale de Riesen sur des singes des observations faites par Von Senden, aboutit à conclure que l'apprentissage perceptif sera plus lent et plus difficile chez l'animal qui aura été privé de la vue lors d'une période précoce de sa vie que chez l'animal normalement préservé (Francès). Chez le nourrisson et le jeune enfant, on peut parler de faim de stimulus, associée et s'ajoutant à la faim et à la soif proprement dite. Il s'agit de besoins qui font partie intégrante de cette faim d'amour ou de mère en quoi se résument tous les besoins du nourrisson (Racamier).
1

Cf. au début

de ce chapitre,

les deux opérations

fondamentales

de la

perception.

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Chez l'enfant, les effets de la frustration précoce, tels que carence affective ou privation sensorielle (Spitz et l'hospitalisme), sont profonds et parfois irréversibles. « L'enfant est sensible au monde extérieur; il s'en nourrit et en a besoin avant même de pouvoir s'en saisir en perceptions organisées et de s'en faire une représentation» (Lebovici-Racamier). Le monde des choses fournit à "enfant des objets favorables
à l'expérience de

sécurité et de stabilité

et

aussi

de

la

continuité indispensable à l'instauration d'une identité personnelle. Mais, si l'environnement de l'enfant doit être enrichi en stimulations et faire l'objet d'expériences ou apprentissages ludiques, on sait aussi qu'il doit être dosé.

LE MONDE

A PETITES

DOSES

ET A GRANDE

DISTANCE

Ce dosage efficace (Vurpillot, Lézine) portant sur la quantité et l'accélération des stimulations notamment visuelles, favorise l'optimum de motivation indispensable à un développement normal de la connaissance. On voit le rôle que joue l'entourage de l'enfant s'il peut, sans recette compliquée, lui assurer de bonnes conditions de motivation 1, tenant compte de ses capacités propres d'attente et de décision. Percevoir ses propres signaux de plaisir ou d'angoisse, et savoir accueillir ses manifestations tendres aussi bien que canaliser ses réponses agressives, sans les annuler systématiquement, telles nous semblent être les conduites spontanées utiles de la famille.

La motivation, utile seulement si elle est positive, ne doit pas être trop forte, sauf à entraîner une désorganisation des conduites. Cela est peu connu du public, parents ou maîtres. Ces derniers sont peu formés à la psychologie car les bases n'en sont enseignées ni en Philosophie (Baccalauréat), ni en Pédagogie à l'Ecole Normale (I. U. F. M.). 27

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