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PSYCHANALYSTE OU ES-TU ?

De
128 pages
" Moi qui ne suis ni philosophe, ni psychologue, mais seulement Favez… Je parle comme un paysan qui rentre de ses champs ". C'est dire que derrière les grands débats théoriques, les scissions dramatiques et spectaculaires des chapelles se renvoyant l'anathème, on découvre un praticien à la recherche du véritable sens de l'analyse, dans sa pratique d'artisan qui redoutait d'être entraîné dans les " grandes surfaces " psychanalytiques de notre temps.
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Psychanalyste,
où es-tu?Collection Psychanalyse et Civilisations
Série Trouvailles et Retrouvailles
dirigée par Jacques Clza:aud
Renouer avec les grandes œuvres, les grands thèmes, les grands
moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie,
de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend
maintenir l'exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et
des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera
également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective
historique, l'impact d'ouverture et le potentiel de développement des
grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe
et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes
présents et à venir.
Dernières parutions
L'instinct et l'inconscient, W. H. R. RIVERS, 1999.
Hallucinations et délire, Henri EY, 1999.
La confusion mentale primitive, Philippe CHASLIN, 1999.
La réception de Freud en France avant 1900, André BOLZINGER,
1999.
Récits de vie et crises d'existence, Adolfo FERNANDEZ-ZOÏLA,1999.
Première éditiol! : Dunod, 1976
Deuxième éditiol! : Privat, 1986
@L'Harmattan, 1999
ISBN: 2-7384-8167-1Georges FAVEZ
Psychanalyste,
où es-tu?
Présentatio/l de Jacques Postel
L'Harmattan Inc.L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 55, rue Saint-Jacques
75005 Paris - FRANCE Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9Présentation
Georges Favez (1901-1981) était un peu le Ramuz de la
psychanalyse parisienne. Il avait en elfet la même ascendan-
ce Helvétique puisqu'il éeait né le 15 février 1901 à Lausanne
où ses parenes tenaients une épicerie fme. Il se disait d'ail-
leurs plus vaudois que suisse, ses ascendants étant natifs du
pecic village de Servion où il avaie retrouvé des armoiries
fàmiliales remontane à 1344. Il avait la même simplicité, le
((génie de la patience ». Il avaie aussi ce même goût demême
l'authentique et du concret, ce même besoin d'aHer aux
((choses avant de prétendre aux idées. On meurt de pré-
tendre à l'idée avant d'avoir été aux choses», c'est l'extrait
du journal de Ramuz, que notre psychanalyste avait retenu
pour mettre en exergue à l'entrée de son ouvrage.
((Sa modestie était bien connue: Moi qui ne suis ni
philosophe, ni psychologue, mais seulement Favez _.. je parle
comme un paysan qui rentre de ses champs JJ. Ainsi se
décrivait-il, dans ces pages toujours marquées par la pondé-
ration et le respect des réalités concrètes. C'est dire que
derrière les grands débats théoriques, les scissions dramati-
ques et spectaculaires des chapelles se renvoyant l'anathème,
on découvre ce praticien (se méfiant d'ailleurs constamment
((pratiquant J») à la recherche du véritabled'être pris pour un
sens de l'analyse, dans sa pratique d'artisan qui redoute
((d'être entraîné dans les grandes surfaces» psychanalytiques
((parler dude notre temps. Et son propos est avant tout de
psychanalyste et de se demander ce qu'il fait de la psycha-
nalyse JJ actuellement, alors que la psychanalyse est prise
((dans le piège d'une demande goulue et aveugle)J de con-
((sommation, et que sa réponse risque d'être avide de pres-
tige et de puissance, aveugle elle-même. Des aveugles con-
duits par des aveugles JJ (p.5).
Dans ces dix textes écrits entre 1956 et 1974, Georges
Favez réalHnne l'importance des trois éléments qui lui parais-
sent essentiels en psychanalyse: la !Tustration, l'humour,
l'angoisse.Psychanalyste, oÙ es-tu?VIII
C'est à la !TustratÏon qu'est consacré le premier chapitre
((où il nous rappelle que l'analyste de,rrait se situer au.delà de
l'opposition de la !Tustration et de la gratification », car
((1une et l'autre tiennent à un niveau de valorisation auquel
- parce qu'il esc lm niveau conscient - échappe l'essentiel
des événements. L'attiwde /Tustrante ,'alorise l'agressivité,
l'attitude gratifiante valorise l'amour. Elles ne les déculpa-
blisent pas. Il faut remarquer, par ailleurs, que ces résulçats
sont obtenus plutôt ((à l'usure» que par un travail propre.
ment analytique. Devant un analyste frustrant, il faut à la
longue se laisser faire; devant un analyste gratifiant, il fàut à
la longue être gratifié, C'est pourquoi, tout ce qui se passe
au.delà et au.dessous éc11appe, et nous ne savons rien de ce
que la frustration fàit du plaisir amoureux, et rien de ce que
[a gratification fait, dans la pensée du patient, du plaisir
((agressif» (p. 19). Dans le rendez. vous avec le psychanal)'s.
te », sujet du deuxième chapitre, s'affirme bien cette nécessité
de se situer au.delà de l'opposition frustration'gratification. Et
((il fàut laisser à l'anal)'sé la possibilité de contester, car on ne
peut pas épargner la contestation à l'analysé. Sans elle, il ne
pouITait pas dire quel est pour lui l'enjeu de l'analyse. Et c'est
elle, fmalement, qui doit restaurer l'unité de sa personnalité
et la sauvegarder. Elle le peut, chaque fois qu'il en est fait bon
usage I) (p. 43). Le quatrième texte reprend et développe le
((thème de l'introduction: Psychanalyste où es-tu? ». Ni phi.
losophe, ni psychologue, m' psychiatre (et l'on connaÎt les
dangers de la formation médicale comme créatrice de défen.
ses objectivantes), l'analyste ne doit surtout pas être ce que les
patients en feraient volontiers (avec parfois sa complicité), un
((fétiche, c'est.à.dire l'objet qui, dans sa construction, réussit à
introduire à la fois dans ses structures la négation et l'affir-
((mation de la castrarion» (p. 54). Il doit rester celui qui
attend, celui qui croit qu'on se dévoile toujours, qu'on donne
toujours pour Fmir, ne serait.ce que pour finir, les significa.
tions profondes des symptômes »,jusqu'à la fin de l'analyse;
((fin du transfert, fin d'un monde, comme m'a dit quelqu'un
en analyse. Fin de l'enfance, waiment fin de l'enfance. Fin de
la possibilité de faire de l'analyste ce qu'on veut, et pour le
psychanalyste de faire du patient ce qu'il veut ». Car, alorsPrésentation IX
« le transFert, le contre-transFert tombent dans le vide»
(p. 57).
La qualité essentielle de J'analyste serait fmalement
d'avoir de J'humour que, dans le cinquième chapitre, G. Fa-
l'ez oppose avec beaucoup de pertinence à l'ironie. « L'ironie
est psychanalyse sauvage, usurpation dérisoire. Elle donne
l'illusion du savoir» (p. 61). Mais J'ironiste est malheureux, et
il est incapable de jeter son propre masque. Ce n'est que celui
de l'autre qu'il prétend aITach er. Mais y aITive.t-il? Car
l'ironie est à la Fois négation, et projection. Elle renvoie sur
l'autre la panie de soi qui reste reFusée par le sujet, et elle
n'est fmalement qu'une méconnaissance particulièrement
agressive. Sans doute renvoie.t.elle à des frustrations précoces
et à un ressentiment très primitiF qui sans cesse anIme J'iro.
niste dans la violence, la rage d'un être qui se sent menacé
par la rencontre « menacé d'être découvert, déjà découvert.
Et l'ironie s'apparente à la délinquance» (p. 61). En revanche,
« l'humour, c'est la fin des identifications régressives, la fm
des entreprises de séduction, il est retour à soi.même quand
la liberté du retour à soi.même a été rendue possible par
l'analyse»... « (il) reconnaît que la vie et la mort sont notre
désir commun. Il suppose une réaction désintéressée»
(p. 63).
Après la frustration et l'humour, l'angoisse est le troi-
sième élément de la trinité freudienne. Dans l'interprétation,
dans l'illusion et la désillusion de la cure psychanalytique,
titres des deux chapitres suivants, et surtout dans le huitième,
« Un rendez.vous avec J'angoisse », G. Favez nous montre très
bien que la rencontre cIans cette cure est d'abord avec
l'angoisse; angoisse du patient, mais an~oisse aussi du psy-
chanalyste, qui émerge, qui dIsparaît, qui s'étale,
manifestation latente, prévue ou inattendue, « même blo-
quée, même niée dans son exhibition avouée dans la déné-
gation » (p. 95), seul vrai moteur de la psychanalyse. « Fina-
lement, le psychanalyste accueillera l'angoisse comme un don
qui lui est fait» (p. 96). C'est elle aussi qui entretient la
résistance à l'analyse. Mais il y a aussi « la résistance de
l'analyse» beaucoup plus subtile, thème du neuvième cha-
pitre: la peur de perdre son patient est redoutable pourPsychanalyste. où es-tu?x
l'analyste. Elle évoque la peur chamelle d'avoir risqué de
perdre sa mère, et le souvenir cuisant de l'avoir perdue après
((Le propos de l'analyse, dans son exigencel'avoir retrouvée.
la plus impérieuse, est tout d'abord que la mère soit retrou-
vée (heureuses retrouvailles) dans sa plus étroite proximité,
pour la perdre (expérience la plus humaine: la frustration). Il
ya résistance de l'analyse aussi longtemps que la mère n'est
((pas perdue» (p. 10]). C'est une nostalgie de la puissance, de
la grandeur perdue, de l'ineffable... nostalgie du pouvoir
perdu, du pouvoir sur le désir de la mère, qui sera répétition
en fàce de celui qui porte le beau nom de père. Désir de
puissance auquel l'analyse résiste, auquel il appartient dès
lors à l'analyste de dire non, parlant au nom de l'analyse. La
psychanalyse dit non. Le psychanalyste dit-il non? La ten-
tation de dire oui est grande et perçue aux moindres signes.
Vivre du désir de l'autre, des autres, du plus grand nombre.
Fervents, dociles, fascinés par le pouvoir de celui qui répond
oui et joue avec eux de l'ineffable. Le fort (dujeu de fort-da)
est ainsi évité, épargné dans ce désir qui n'est pas de frus-
tration. Qui est mutilation quand même, régression facilitée,
entretenue, organisée» (p. 103). Il n'est pas toujours fàcile à
l'analyste de renoncer à cette tentation. Il faut qu'il puisse
cesser de craindre la frustration et accepter, à la Fm de
(( ((encore,l'analyse, qu'on lui dise merci et adieu », et non
encore ». Qu'il reste attentif à cette résistance de l'analyse!
((l'analyse, si elle est frustration, est aussi présence de quel-
qu'un qui sait de quoi il s'agit, ou est censé le savoir, et qui ne
la craint plus, pour en avoir reconnu le pouvoir bénéfique et
la leçon de modestie » (p. 104). C'est bien cette leçon que veut
((nous donner le livre de G. Favez. Nous analystes, plaidoyer
pour l'humour» est le titre de son dixième et dernier cha-
pitre. Seule la modestie convient à l'humour, et peut l'en-
((tretenir. L 'humour apparaît avec la reconnaissance, deve.
nue possible, de la vérité sur soi» (p. 108). Cet humour n'est
pas corrosif, et il n'a rien à voir, comme nous l'avons vu plus
((haut, avec l'ironie. Il est décantation de nos ambitions, de
nos idées toutes faites ou apprises, reçues, défensives, et de
nos susceptibilités» (p. 109). Il est acceptation de l'imprévu et
((des choses les plus étonnantes. Car J'analyste entend des
choses par lui non prévues, imprévisibles, même qui le trou.Présentation XI
vent abasourdi et réjoui, souvent, s'il peut l'être)) (p. 111). La
vrai sécurité, en effet, n'est pas dans la théorie, toujours mise
en question, soumise à vérification. « Elle n'est pas dans la
parole des maîtres qui ne sont des maîtres que s'ils ne sont
pas dupes de leurs prestiges») (p. 111). C'est l'analyse de
chacun qui le prépare à accueillir l'imprévu; « il est vain
d'imaginer pouvoir apprendre à prévoir l'imprévu, ou J'en.
seigner. Ce serait prétendre maitriser le déroulement de
l'analyse)) (p. 111). Et surtout, J'humour évite de tomber dans
le sectarisme psychémalytique. Sur ce point, J'auteur est très
net: «Je suis déçu par le sectarisme psychanalytique actuel
qui se montre ouvertement méprisant envers quiconque s'en
défend et sy refuse. Méprisant et ironique. On y entend
quelque chose de la mégalomanie défensive, agressive,
angoissée de l'enfant. On y peut entendre aussi une demande
d'amour, un besoin d'être aimé, une dépendance qui éton.
))nent; c'est le « qui n'est pas avec moi est contre moi (p. 106.
107). Et il faut reconnaître que « nous sommes aujourd'hui
devant une certaine épreuve de sectarisme psychanalytique,
une épreuve certaine. Ou bien la psychanalyse lui échappe,
ou bien il échappe à la psychanalyse. C'est l'épreuve de la
pertinence de 1analyse, de sa nature la plus authencique, de
sa résistance.
De toute façon, il est vraisemblable que l'analyse peut
conduire à l'un et à l'autre, au sectarisme et à l'humour. Avec
l'humour, cependant, la vie de l'analyste paraît plus aisée.
Celle de l'analysé, fmalement aussi. L 'humour protège bien la
liberté individuelle. Il en favorise l'expression)) (p. 113.114).
Sur cet éloge de 1'humour, se termine ce recueil qui nous
montre toutes les qualités de son auteur. Ses analysants, ses
élèves, le retrouveront bien, dans cette manière authencique.
ment psychanalytique, à la fois pleine d'humour et de respect
pour J'autre, avec laquelle il pratiquait et situait la psycha.
nalyse, en se gardant de tout sectarisme et de tout pr~jugé
idéologique. Il y apparait souvent comme précurseur lorsqu'il
décrit par exemple les diverses formes de la contestation, de
l'illusion et de la désillusion, et de la résistance de la psy-
chanalyse elle. même à la découverte fTeudienne telle qu'elle
apparaît dans cette énorme demande de consommation et
d'accomodement à toutes les sauces, que celles. ci viennentXII Psvchanalvste. oÙ es-tu?.-
des vieilles cuisines du corps et de la biologie, ou des nou-
velles cuisines de la communication, de la linguistique et de la
systémique.
Quatre vingts ans après sa naissance, jour pour jour,
Georges Favez devait nous quitter, le 15 février 1981. Il avait
d'abord été pasteur (de l'Eglise Evangélique libre du Canton
de Vaud) ayant soutenu une thèse de théologie sur Luther. Il
allait ensuite s'intéresser à la psychopédagogie à l'Institut de
l'Education de Genève dirigé par Claparède, dont il fut
l'étudiant pendant plusieurs années, avant de se rendre à
Paris en 1937 pour y faire un stage prolongé dans le service
de G. Heuyer. C'est là qu'il commence son analyse avec
Hartmann qu'il retrouve ensuite à Lausanne après la décla.
ration de la deuxième guerre mondiale. Son analyse sy
poursuit jusqu'à l'émigration défmitive de son analyste aux
Etats.Unis (en 1941). Devenu à son tour analyste, Georges
Favez partage alors son travail entre son cabinet de Lausanne
et des consultations publiques à l'Office Médico.Pédagogique
de cette ville. Il y est également chroniqueur à la Radio, y
faisant une série de causeries sur la psychologie de l'enfant, la
psychanalyse. Ces chroniques seront publiées après la guerre
aux éditions Roth en deux volumes: le premier, en 1946,
sous le titre « Problèmes de l'adaptation à la vie », et le
deuxième, en 1947, sous celui de « Les personnes et les
rôles ». Il revient à Paris en 1947 pour participer à la création
du Centre Médico'Psycho.Pédagogique du lycée Claude Ber-
nard. Il reprend alors une tranche d'analyse avec S. Nacht, et
devient membre de la Société Psychanalytique de Paris, en
1948. Il s'installe définitivement dans cette ville en 1952,
après avoir épousé Juliette Boutonier. Il devient un membre
éminent de la Société Française de Psychanalyse, après la
première scission de 1953, suivant ainsi son épouse, D. La.
gache, J. Lacan et F. Dolto. Lors de la scission de cette
société, en 1964, il participe à la fondation de l'Association
Psychanalytique de France dont il sera un des dirigeants les
plus prestigieux, étant en particulier « un membre des plus
motivés du Comité chargé d'organiser l'enseignement»
(D. Anzieu). C'est donc au sein de cette dernière société psy-Présentation XIII
chanalytique qu'il a Formé le plus grand nombre de ses
élèves. Mais son prestige et son rôle éminent ne lui one jamais
Fait quitter sa modestie et son ouverture au dialo{fUe, même
avec les plus jeunes et ks plus igriorants. Car il se méfiait
comme de la peste de cette idéalisation du grand homme
dans les sociétés psychanalytiques françaises. Il y voyait avec
((humour une séquelle toujours tenace de la royauté: les
((Français sont restés monarchistes », suggérait-il; il n y a que
nous les Suisses pour être, depuis toujours, proFondément
démocrates », ajoutait-il en souriant. Ce recueil est donc loin
de représeneer l'ensemble de son œuvre;". Il en reste cepen-
dane, la partie la plus significative, dans le domaine de la
psychanalyse.
Jacques POSTEL
;~
Une bibliographie complète peut-être consultée dans
Documents et Débats, bulletin intérieur à l'A.P.F., n° 20,
mars 1982, p. 81-82.